Cette histoire est dédiée à Julie et Nathanaël.
~Chapitre 34:
La lumière au bout du chemin.
*Elle marchait toujours sur ce chemin, se dirigeant vers cette lumière. Sa robe flottait autour d'elle et en son cœur Gabrielle sentait une sorte de bien-être. Mais elle s'arrêta soudain, une silhouette semblait se diriger vers elle. Elle n'arrivait pas à bien la reconnaître mais en son cœur elle sentait que cette personne ne lui était pas étrangère. La silhouette se dessina plus nettement et enfin elle la reconnut :
« Roi Théoden ? » S'exclama-t-elle.
Ce dernier s'arrêta, il la regarda et Gabrielle put voir un sourire se dessiner sur son visage.
« J'espérais vous revoir jeune Demoiselle… »
Gabrielle s'avança plus près de lui et ainsi ils se firent face.
« Mais pas sur ce chemin… »
Elle tendit vers lui une de ses mains qu'il prit dans les siennes.
« Vous n'êtes pas… »
Mais elle n'acheva pas, Théoden hocha la tête et reprit :
« Je pars rejoindre mes ancêtres… Mon temps sur cette Terre s'est achevé. C'est à vous de continuer à présent ce pour quoi nombre d'entre nous avons combattu. Il ne faut pas être triste Demoiselle… »
Il posa une main sur une des joues de Gabrielle.
« Je vois que vous aussi avez eu votre traversée… Il ne faut pas vous arrêter… Vous êtes attendue Gabrielle… »
Elle posa une de ses mains sur celle de Théoden qui était sur sa joue.
« Veillez sur elle c'est tout ce que je vous demande… »
Ils n'eurent pas besoin de se dire de qui il s'agissait. Gabrielle sentit les larmes lui monter aux yeux alors que Théoden se détachait d'elle en lui embrassant le front. Il put alors entendre :
« Là-bas il y a mes parents et une petite fille que j'aimais beaucoup… Saluez-les pour moi, Roi Théoden. »
Il hocha la tête et s'éloigna. Elle le regarda disparaître dans cette lumière blanche. Des larmes coulaient le long de ses joues alors qu'elle reprenait sa route dans le sens inverse. Elle se retrouva bientôt dans cette clairière où elle vit de dos des personnes entourant son corps. Elle soupira et ferma les yeux, sentant son esprit rejoindre ce corps qu'elle avait voulu fuir.*
oO§Oo
« Haldir ! Venez vite ! »
Le gardien se précipita vers eux alors qu'Elinë aidée par Glorfindel se relevait pour s'approcher du corps de Gabrielle.
Ce qu'ils virent les frappa, surtout Haldir. En effet, le long des joues de Gabrielle, des larmes coulaient. Linolen se plaça de sorte de surélever le corps de l'elfine tout en donnant des ordres :
« Rumil, faites-moi chauffer de l'eau s'il vous plait ! Orophin ma sacoche, une couverture supplémentaire s'il vous plait ! »
Elinë obéit et se détourna rapidement afin d'aller chercher une autre couverture. Haldir s'agenouilla et prit une des mains de Gabrielle.
« Elle se réchauffe ! S'exclama-t-il.
- Oui mon ami, je l'ai senti ! » Répondit doucement Linolen.
Glorfindel profita de l'agitation pour s'éloigner un petit peu.
« Mais pourquoi pleure-t-elle ainsi ? » Interrogea à nouveau Haldir.
Linolen perçut un brin d'affolement dans la voix du capitaine. Alors qu'il déposait la tête de Gabrielle sur ses genoux, il dégagea une de ses mains qu'il plaça sur le bras du gardien.
« Elle ne doit pas sentir votre anxiété. Haldir, transmettez-lui le plus possible d'apaisement et de sentiments positifs. »
Elinë revint avec une couverture qu'elle plaça sur le corps de son amie. Puis elle s'agenouilla à son tour et lui prit son autre main. La tête sur les genoux de Linolen, ce dernier lui caressait les cheveux. Il ferma les yeux et parla doucement :
« Tu y es presque. Courage encore un petit effort. »
Quelques secondes plus tard, ce fut au tour de la voix d'Elinë de retentir doucement :
«Nous t'attendons tous. Ne baisse pas les bras, rejoins-nous. »
Haldir regarda ce visage tant aimé, il osa alors se pencher sur elle et effleurer les lèvres décolorées de la femme qu'il aimait :
« Reviens-moi mon ange. »
Une pression, faible d'abord, de sorte qu'Elinë pensa qu'elle avait rêvé, un peu plus fort qu'Haldir la ressentit pour cette seconde fois.
« Elle a bougé ! »
Et c'est doucement, avec lenteur qu'elle serra encore un peu plus fort la main d'Haldir puis celle de son amie.
oO§Oo
*Tout était noir mais elle entendait ces voix qu'elle connaissait tant :
« Tu y es presque. Courage encore un petit effort.»
« Nous t'attendons tous. Ne baisse pas les bras, rejoins-nous.»
- Reviens-moi mon ange. »
Elle continua à avancer aveuglément, suivant ces voix, sentant leur présence autour d'elle.*
Un mouvement de tête léger, Linolen essaya de la maintenir droite puis des pressions plus fortes et enfin.
Elle essaya d'ouvrir les yeux, y parvenant, elle les referma aussitôt, la lumière la gênant.
« Doucement Gabrielle, laisse tes yeux le temps de se réhabituer. » Murmura doucement Linolen.
Elle bougea de nouveau et parvint à articuler difficilement :
« Hal… Hal…dir… »
Cette fois le gardien serra à son tour la main de Gabrielle et murmura tendrement, la voix transpercée d'émotion:
« Je suis là, près de toi, comme je te l'ai promis. Doucement cher cœur. »
Un léger soupir s'échappa des lèvres de Gabrielle. Linolen fit un signe aux frères d'Haldir qui s'approchèrent. L'un tendit la sacoche tandis que l'autre en fit de même avec le gobelet rempli d'eau. Le guérisseur en sortit un pot qu'il ouvrit, il prit une pincée de poudre qu'il contenait et le mélangea à l'eau et porta le gobelet aux lèvres de Gabrielle.
« Bois ceci Gabrielle, cela te fera un peu de bien. »
Entrouvrant les lèvres, elle but gorgée par gorgée le liquide alors que Linolen lui soulevait la tête et tenait le gobelet. Une fois terminé, il la replaça sur ses genoux et ils purent la voir essayer d'ouvrir de nouveau les yeux. Cette fois, elle parvint à les entrouvrir suffisamment pour apercevoir les visages penchés au-dessus du sien. Celui de Linolen d'abord qui lui offrit un doux sourire :
« Je savais que tu reviendrais. » Lui murmura-t-il.
Puis celui d'Elinë. Cette dernière lui effleura le visage de la paume de la main et reprit, les larmes rendant sa voix tremblante :
« Tu nous as fait peur… »
Et enfin celui d'Haldir.
Gabrielle sentit son cœur se remplir de ce sentiment si intense qu'elle ressentait pour lui. Elle lâcha la main de son amie, essaya de se relever, fut rapidement aidée par Linolen qui avait deviné son geste. Ce dernier l'aida alors qu'Haldir ouvrait les bras pour l'accueillir. Linolen la plaça au creux des bras du gardien, celui-ci enfouit son visage dans son cou alors que cette dernière refermait ses faibles bras autour de ses épaules.
Elinë se sentit soudain de trop et après un regard sans équivoque envers Linolen, tous deux se relevèrent et laissèrent le couple seul.
Gabrielle put sentir les larmes de son capitaine lui mouiller le cou, elle s'en voulut et raffermit son étreinte du plus fort qu'elle put. Elle n'arrivait pas à lui dire quoi que ce soit tant l'émotion était là. Ce fut lui qui murmura :
« Ne m'abandonne plus jamais.»
Elle sentit Haldir se détacher, ils se retrouvèrent bientôt à se faire face, leur visage si proche :
« Je ne le supporterai pas une seconde fois ! »
Il lui caressa le visage, elle ferma les yeux et parvint à articuler d'une voix éteinte :
« Excuse-moi. »
Avant de se laisser aller contre lui les yeux toujours clos. Haldir la prit et la plaça de façon plus agréable. Attrapant une des couvertures, il la plaça sur elle alors que Linolen se rapprocha :
« Elle est épuisée, elle risque de dormir plus qu'autre chose ces prochaines heures. »
Le capitaine hocha la tête et se pencha sur Gabrielle pour déposer sur ses lèvres un chaste baiser.
« A combien de jours où d'heures sommes-nous de Minas Tirith ? » Interrogea soudain le guérisseur.
Glorfindel se rapprocha de nouveau et répondit :
« Si nous partons maintenant, nous y sommes pour la fin de la journée.
- Alors ne perdons pas de temps ! Ce qu'il lui faut à présent c'est un bon lit et du repos. »
Elinë rassembla avec l'aide de Rumil et d'Orophin les affaires. Ces derniers jetaient des coups d'œil tendres et amusés au tableau qu'offraient leur frère et Gabrielle. Glorfindel prépara les montures et bientôt tout fut prêt. Linolen souleva Gabrielle alors qu'Haldir montait sur son cheval, le guérisseur installa alors le corps endormi de l'elfine contre son gardien qui l'emmitoufla dans sa cape pour ne pas qu'elle prenne froid. La monture de Gabrielle fut confiée à Glorfindel et bientôt les sept chevaux partirent.
Dans son sommeil dans lequel elle avait basculé, Gabrielle ne sentait rien, mis à part cette présence qui apaisait son cœur.
oO§Oo
Les champs du Pelennor offrirent un bien triste spectacle aux six cavaliers quand ils les atteignirent. Il restait là des vestiges d'une bataille qui avait dû être sanglante. Ils s'avancèrent sur leurs montures évitant les corps des hommes.
Bientôt à leur vue s'offrit la vision d'Aragorn accordant la paix à l'Armée maudite de Dimholt, Gandalf non loin de lui s'inclinait. Puis un cri déchira le silence des champs.
Elinë se retourna vivement alors qu'Eomer découvrait le corps inerte de sa sœur. Rapidement Linolen descendit de sa monture et regarda autour de lui. Il se précipita vers eux et s'agenouilla aux côtés du nouveau roi du Rohan.
A son tour Glorfindel descendit de son cheval et alla à la rencontre d'Aragorn qui regardait cette scène, horrifié, alors que Gandalf se dirigea vers Haldir et qu'Elinë voyant Legolas descendit elle aussi de sa monture pour aller se jeter dans ses bras. Il l'accueillit sans se poser de question et contre lui il la sentit trembler, puis pleurer. Haldir ne bougea pas mais se laissa guider en compagnie de ses frères vers la cité blanche par Gandalf qui n'eut pas besoin de plus d'explications pour comprendre.
Bientôt Eowyn fut transportée au sein de la cité, ainsi que la plupart des blessés.
oO§Oo
Le soleil se couchait sur le Royaume du Gondor et les troupes des Hommes venaient de perdre beaucoup de leur effectif déjà mince dans cette bataille. Ils atteignirent le haut de la citadelle assez rapidement. Là le magicien blanc aida Haldir à descendre du cheval le corps encore endormi de Gabrielle.
« De quoi a-t-elle besoin ? »
Haldir reprit le corps de Gabrielle contre lui et répondit :
« De repos. »
Tous deux se dirigèrent vers les Maisons de Guérisons. Là, ils furent accueillis par les guérisseurs et les soignantes, l'un d'entre eux les mena à une petite chambre où Gabrielle fut étendue sur un lit. Une des femmes renvoya les deux hommes, Haldir, après une objection, se plia aux ordres et attendit à la porte de celle-ci alors que Gandalf, avec un soupir, rejoignit Aragorn qui venait d'arriver.
Eowyn avait, elle aussi, été menée aux Maisons, suivie par Merry. Tous deux furent soignés, ainsi que Faramir par Aragorn, dont le visage reflétait à présent de la fatigue.
En compagnie de Legolas qu'elle ne quittait plus, Elinë s'était assise sur un des bancs de la cour pavée et regardait la nuit et ses étoiles. Elle lui expliquait à voix basse les évènements de ces derniers jours.
Haldir, lui, avait rejoint Gabrielle et la veillait, il n'était plus question pour lui de s'éloigner d'elle. Linolen les regardait depuis l'embrasure de la porte, les bras croisés. Il avait offert ses services aux guérisseurs qui les avaient acceptés avec plaisir et soulagement, ainsi, il avait aidé et soigné des hommes atteints du souffle noir ou d'autres blessures. A présent, le plus gros des blessés étaient soignés et il s'était accordé un moment pour aller voir Gabrielle. Il fut bientôt rejoint par Aragorn qui était en compagnie des jumeaux d'Elrond ainsi que des frères d'Haldir, de Glorfindel et de Gandalf. Ils s'arrêtèrent devant la porte et le rôdeur se permit d'y jeter un œil.
« Comment va-t-elle ? » Interrogea-t-il doucement.
Linolen soupira et répondit :
« Compte tenu de ce qu'elle a traversé, je vais dire bien j'imagine. Elle nous a reconnus, enfin surtout Haldir, j'ignore si elle était consciente qu'on était à ses côtés. »
Le magicien blanc demanda alors :
« Aucunes séquelles ? »
- Hélas Gandalf, je ne peux vous le dire avec certitude. Je vous l'ai dit, elle s'est à peine éveillée et la seule personne qu'elle a reconnu fut Haldir. J'espère simplement qu'il n'y aura aucune séquelle comme vous dites. J'ai bon espoir malgré tout… »
Le rôdeur acquiesça et pénétra dans la chambre, suivi par Linolen et Gandalf. Les autres, d'un commun accord, décidèrent de rester en retrait afin de ne pas plus déranger le couple. Aragorn arriva près d'Haldir qui tenait une des mains de Gabrielle dont le visage pâle reposait sur un des oreillers. Il posa une main sur l'épaule du capitaine qui leva vers lui son visage, leurs prunelles se rencontrèrent et Aragorn put lire dans celles du gardien, toute l'inquiétude qu'il avait pu avoir ces derniers jours. C'est à ce moment-là que choisit Gabrielle pour ouvrir pour la seconde fois les yeux. Bougeant légèrement la tête, elle leva faiblement la main et la porta à son visage qu'elle frotta. Puis, ses yeux s'ouvrirent en grand, cette fois, voyant ainsi ses compagnons et amis autour d'elle.
« Bonjour… » Articula-t-elle d'une voix rauque.
Elle sentit son autre main être soulevée et des lèvres s'y poser dessus. Tournant la tête, elle croisa le regard bleu d'Haldir. Elle lui offrit un petit sourire alors que Linolen s'installait à ses côtés.
« Messieurs, je vais vous demander de sortir un moment, je dois m'assurer que tout est en ordre. »
Aragorn hocha la tête, sans un mot Gandalf sortit et le rôdeur en fit de même. Haldir se leva, se pencha sur elle et déposa un tendre baiser sur ses lèvres décolorées.
« Je reviens d'ici peu. »
Gabrielle hocha la tête et le regarda sortir en compagnie des autres. Elle vit la porte se refermer et ce fut la voix de Linolen qui la tira de sa contemplation.
« Gabrielle ? »
Elle tourna son regard vers lui et poussa un léger soupir. Il lui prit une de ses mains et la serra.
« Je vais m'assurer que tu vas bien d'accord ? »
Elle hocha la tête, Linolen vérifia sa respiration et son rythme cardiaque. Puis il testa ses réflexes et observa ses pupilles.
« Dis-moi, que ressens-tu ? »
- Je me sens fatiguée et faible. »
Linolen l'aida à se redresser un peu sur ses oreillers.
« C'est normal au vu de ce qui s'est passé. Te souviens-tu de ce qui est arrivé ? »
Il put la voir fermer les yeux et se crisper, reprenant une de ses mains pour l'encourager, il réitéra sa question :
« Gabrielle, de quoi te souviens-tu ? »
Une faible voix lui répondit alors qu'elle gardait les yeux clos :
« Il faisait noir, et puis il y avait cette voix, toujours plus forte… Il voulait que je le suive c'est ce que j'ai fait… J'étais si fatiguée et puis Rionna… C'était si tentant et puis tout semblait si calme. Et je les ai vus, ils m'ont dit de pas suivre ce chemin, de suivre mon cœur. De ne pas oublier qu'ici j'avais des gens qui tenaient à moi… »
Elle s'arrêta et Linolen put voir des larmes couler le long de ses joues pâles. D'un geste, il les essuya :
« Continue… »
Mais le silence se fit dans la chambre et Gabrielle frissonna :
« Gabrielle, continue, tu n'as plus rien à craindre, c'est terminé, tu es de nouveau là. »
Alors il la vit rouvrir ses prunelles et répondre :
« Il sera toujours là, il ne me laissera pas… »
- Gabrielle… »
Mais il put voir dans les yeux de la jeune elfe, quelque chose de différent, une sorte de volonté farouche qui se superposait à la fatigue qui la touchait :
« Linolen… Tant que je ne ferai pas le nécessaire pour le combattre, il jouera sur mes faiblesses. »
Le guérisseur la laissa parler, malgré les sauts que faisait sa voix.
« Je ne veux plus. Et je ferai en sorte que cela n'arrive plus. »
Un nouveau soupir s'échappa de ses lèvres. Linolen l'aida à se rallonger et remonta sur elle la couverture, puis doucement il se releva et se dirigea vers la sortie.
A la porte, adossé à un mur, Haldir attendait, le visage tendu et inquiet. Devant lui, Aragorn et Gandalf écoutaient Glorfindel qui leur faisait le récit de ces derniers jours. Quand la porte de la chambre s'ouvrit, tous se tournèrent vers Linolen. Ce dernier ferma la porte et se retourna pour leur faire face. A l'interrogation muette du gardien, il répondit :
« Elle va bien et se rappelle très bien de ce qui s'est passé. Maintenant il faut la laisser se reposer. Non Haldir ! »
Ce dernier allait entrer de nouveau dans la chambre mais le guérisseur l'en empêcha.
«Il faut la laisser, et vous aussi vous avez besoin de repos et de vous rafraîchir. Elle est hors de danger, prenez un peu de temps pour vous et revenez la voir quand vous serez prêt et dispos. »
Il fit un signe de la tête à Rumil et Orophin qui s'avancèrent et c'est à regret qu'Haldir les suivit. Gandalf regarda les compagnons s'éloigner et, Aragorn, après un dernier regard partit à son tour. Linolen s'inclina face à lui et décida d'aller aider les guérisseurs pendant une petite heure encore. Le magicien, lui, décida de rester près de Gabrielle et entra donc dans la chambre. Là, il vit l'elfine étendue, semblant dormir. Précautionneusement, il s'approcha et s'assit sur un des fauteuils face au lit.
« Je ne dors pas Gandalf. »
Le magicien eut un sourire et répondit :
« Je le sais. »
Gabrielle ouvrit les yeux et tenta difficilement de se redresser, rapidement Gandalf se dirigea vers elle pour l'aider. Il l'installa du mieux qu'il put et resta assis sur le lit, Gabrielle croisa son regard bleu et fit doucement :
« Allez-y. Posez-moi la question. »
Gandalf n'hésita pas alors et fit :
« Il ne vous a pas brutalisé ? »
Gabrielle parut surprise, elle fronça les yeux et répondit :
« Physiquement non, mentalement c'est une autre histoire.
- Mais vous êtes revenue.
- Parce qu'on a su me rappeler. »
Gandalf prit une des mains de Gabrielle et reprit :
« Vous avez montré une très grande force morale mon enfant, vous avez réussi là où votre grand-père a échoué. »
L'elfine parut surprise, le magicien se pressa de rajouter :
« Aucun de vos aïeuls, pas même votre père, n'ont réussi à le repousser de la sorte. Je me souviens qu'Aradan est resté plus de quatre semaines sous son influence, quant à votre grand-père, il a sombré au bout de huit semaines, cela l'a d'ailleurs tué. Et vous, deux jours… »
Gabrielle baissa la tête, confuse, mais Gandalf la lui releva rapidement :
« Oh non Gabrielle, il ne faut pas vous sentir gênée. Vous avez en vous une grande force morale mais aussi autre chose… »
Il put voir le visage de Gabrielle s'empourprer.
« Gabrielle, une grande force, bien plus forte que chez vos aïeuls vous habite, vous ferez de grandes choses mon enfant, vous avez en vous la force de nous surprendre.
- Je ne vois pas de quelle façon je pourrais vous étonner ou vous surprendre, moi qui n'ai même pas confiance en moi-même. »
D'un geste, Gandalf prit dans ses mains son visage et planta son regard azur dans le sien :
« Faites-vous confiance. Avancez, combattez et vivez mon enfant.»
Ces mots résonnèrent dans l'esprit de Gabrielle.
« C'est ce que mon père m'a dit.» Murmura-t-elle.
Et pour toute réponse, Gandalf lui fit un clin d'œil avant de se lever et de la laisser seule. Perplexe quant aux paroles du magicien, Gabrielle regarda autour d'elle. Elle ressentit soudain un énorme besoin de se rafraîchir. Avec lenteur, elle rejeta les couvertures et entreprit de sortir de son lit. C'est avec difficulté qu'elle y parvint enfin, mais dut se rattraper au pilier du lit à deux reprises. Regardant autour d'elle, elle vit une porte et en déduit que cela devait être la salle de bain. La tête lui tournait un peu, elle se dirigea d'abord vers le fauteuil où étaient déposées ses affaires. Là avec des gestes fébriles, elle sortit du sac une simple robe violine qu'elle prit et en s'appuyant aux murs elle arriva enfin à la salle d'eau.
Avec difficulté, elle prit un bain dans lequel elle resta un moment. Puis toujours avec lenteur, elle s'enveloppa dans une serviette et s'assit en face d'une coiffeuse qui lui renvoya son reflet. Passant une de ses mains sur son visage, elle découvrit ses cernes et sa peau si pâle. Elle soupira et prit une brosse qui était posée sur la petite table et entreprit de coiffer sa longue chevelure, mais le geste la fatigua et elle dut au bout de trois coups dans ses cheveux, s'interrompre. C'est alors qu'elle sentit quelqu'un derrière elle prendre la brosse et reprendre le coiffage. Levant les yeux, elle vit dans le reflet du miroir, le corps puis le visage d'Haldir.
« Laisse-moi faire.» Murmura-t-il.
Avec douceur, il coiffa les cheveux bruns de l'elfine et tressa ses cheveux. Puis il reposa la brosse sur la petite table et s'agenouilla de sorte qu'il plaça sa tête sur l'épaule de Gabrielle. Ils s'observèrent en silence au travers du miroir et ne rompirent ce contact que lorsqu'il sentit Gabrielle frissonner. Il saisit alors la robe et, avec douceur, il la lui passa, elle se laissa faire, heureuse de l'avoir à ses côtés. Quand il eut terminé, il s'agenouilla de nouveau mais cette fois face à elle. Il tendit vers elle une main et caressa sa joue, elle ferma les yeux, appréciant ce geste.
« Je vais te ramener dans la chambre, tu te sens la force de te lever ? »
Elle hocha la tête, il lui offrit alors son bras, elle s'y appuya et tous deux se dirigèrent vers la chambre. Il voulut la mener vers le lit mais elle refusa :
« Non… La fenêtre. »
Il regarda dans la direction que lui indiquait Gabrielle, en effet, sous une des fenêtres se tenait une sorte de banquette avec des coussins, Haldir eut un sourire et l'y mena. Il s'installa, calant son dos au mur et invita Gabrielle à venir contre lui, ce qu'elle fit sans se faire prier. Elle s'installa contre lui et elle laissa aller sa tête contre son torse. Le silence se fit et ce fut elle qui le rompit :
« Alors comme ça on me hurle dessus alors que je suis sans défenses ? »
Haldir eut un petit rire et répondit :
« Alors on veut partir loin de moi et me laisser ? »
Il sentit le corps de Gabrielle se crisper et il attrapa ses mains qu'il serra.
« Rionna est morte. »
Haldir soupira :
« Je sais.
- Je ne veux plus voir tout ça, je ne veux plus souffrir de la sorte, me sentir déchirée de toute part sans possibilité d'échappatoire. »
Elle tourna légèrement la tête et croisa le regard gris du capitaine. Elle détacha une de ses mains et la posa sur une de ses joues.
« Tu resteras toujours près de moi ? »
Gabrielle n'eut pas besoin de réponse, le regard d'Haldir parlant pour lui :
« Je trouverai en moi le courage, je ferai en sorte que cela ne se produise plus même si pour cela je dois… »
Il l'arrêta d'un geste, posa un doigt sur ses lèvres qu'il remplaça bientôt par les siennes. Ils échangèrent un doux baiser qu'ils rompirent à bout d'oxygène.
« Tu sais que je resterai près de toi mais pour cela il faut que tu me fasses confiance. »
Elle hocha la tête, et contre toute attente elle commença à lui parler : d'abord de ce qu'elle venait de vivre, cette terreur qui l'envahissait, ces nuits lui offrant des visions de cauchemars. Ces images, ces corps et cette voix… Cette voix qui s'était matérialisée en un homme qui hantait à présent ses rêves et ses visions plus réelles que jamais. Cette incapacité qu'elle avait de percevoir ce qui était réel ou pas, et cette douleur qui la rongeait…
Il l'écouta, sans rien dire et quand elle termina, il la serra un peu plus contre elle.
« J'ai peur de pas être à la hauteur. »
Elle reposa sa tête contre son torse et ferma les yeux. Il la sentit se décontracter et quand il baissa son regard sur elle, il vit qu'elle s'était endormie. Avec douceur, il la souleva et la porta sur son lit où il se coucha près d'elle. Une fois allongée, elle se colla à lui, un léger sourire aux lèvres.
Linolen repassa une heure plus tard, au même moment Aragorn arrivait pour lui aussi prendre des nouvelles de Gabrielle. Poussant la porte, le guérisseur eut un sourire à la vision qui s'offrit à lui, à ses côtés Aragorn eut la même réaction. Echangeant un regard, il referma la porte et tous deux s'éloignèrent.
Dans une autre chambre, une autre elfe dormait tendrement enlacés. Après qu'Elinë eut exorcisé sa douleur, son chagrin et son inquiétude. A ses côtés, Legolas la regardait, fragile comme jamais elle ne l'avait été.
