Chapitre 40 :
Bonjour à tous !
J'espère que vous allez tous bien. Je suis très, très heureuse de partager avec vous le dernier chapitre de la première partie de cette histoire.
Rassurez-vous, ce n'est pas une fin ! La suite est déjà écrite et n'attend que vous. J'ai beaucoup peiné à écrire ce chapitre, il s'y passe beaucoup trop de choses pour moi x)
J'ai aussi eu pas mal de bug informatique ce matin alors pardonnez quelques potentielles fautes d'orthographe et de syntaxe, j'ai tenté de limiter la casse, vous verrez bien ce que ça donne.
Je crois avoir fermé toutes les portes que j'avais ouvertes dans cette première partie, mais si vous avez des questions, je me ferai un plaisir d'y répondre ;)
J'ose espérer que ce chapitre vous plaira, il est évident que j'attends vos retours avec impatience et que j'ai hâte de vous faire partager la deuxième partie que sera probablement moins longue.
Je vous souhaite une belle semaine, courage pour les cours, courage pour le boulot, et je vous dis à vendredi prochain !
Merci à tous, je vous embrasse,
Votre auteur.
Et Mak, en suivant précipitamment Anna, ne se doutait pas une seule seconde que tous ses amis avaient œuvré toute la nuit pour la couvrir.
Pendant que Kuzco et Ralph s'occupaient de la voiture de Weselton, Esméralda et Alice, armées discrètement d'une bouteille de champagne chacune, n'avaient cesser de remplir son verre et l'homme, bien trop préoccupé par ce qu'il venait de découvrir, n'avait même pas remarqué que celui-ci ne se vidait jamais.
Ils s'étaient ensuite retrouvés à l'extérieur du gymnase, ressentant le besoin de faire un débriefe dans cette mission plus qu'improbable.
- Ok, on en est où ? Avait demandé Alice.
- Ce vieux con va devoir prendre un bus pour rentrer chez lui, avait assuré Kuzco.
- Ouais, et il va devoir une belle somme à son mécano, avait ri Ralph. Il sera sûrement au lycée dans la matinée, mais ça nous laisse un peu de temps. Et vous ?
- On en est à cinq verres, et on ne compte pas s'arrêter là, avait souri Esméralda. Quelqu'un a eu des nouvelles de Mak ?
- J'ai essayé de l'appeler trois fois, avait soupiré Kuzco. Elle est injoignable, mais si elle est avec Lange, elle ne risque rien.
- D'ailleurs, on peut en parler ? Du fait qu'elles sortent...ensemble, je veux dire, avait chuchoté Alice, peinant encore à y croire.
- Je ne vois pas vraiment ce qu'on pourrait dire de plus, avait grimacé Kuzco en haussant les épaules. Elle nous cachait un truc énorme et comme des potes en carton que nous sommes, on n'a rien vu...
- Eh, ne culpabilise pas, avait rétorqué Ralph. Justement, c'est tellement énorme, comment t'aurais voulu qu'on devine ça ?
- Ralph a raison, avait renchérit Alice. Et puis tu la connais, elle est tellement introvertie...
Un silence pesant était passé alors que tous assimilaient lentement l'idée invraisemblable que Mak sortait avec leur prof de philo.
- En même temps, je comprends Litchi, avait finalement déclaré Kuzco en haussant les épaules. Elle est mignonne Lange... Elle risque quoi exactement ? Avait-il grimacé.
- Si Weselton en parle à Yzma et que le lycée porte plainte ? Que des emmerdes... avait soupiré Alice.
- Qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? avait demandé Ralph.
- Lange est venu nous chercher en gardav' alors s'il faut balancer un faux témoignage, je n'aurais aucun problème avec ça, avait rétorqué Esméralda, remplie de conviction.
- C'est sûr. Hors de question qu'elle fasse de la taule pour être tombée amoureuse, avait renchérit Alice.
- Doucement Thelma et Louise, avait calmé Kuzco. On va garder un œil sur Weselton. Je vais harceler Mak toute la nuit pour la prévenir, et quand le bal sera terminé, on rapplique chez elle, elle rentrera bien à un moment où à un autre.
Et voilà qu'ils se retrouvaient là, dans l'incompréhension la plus totale, sans véritablement savoir quoi faire pour aider leur amie. Une seconde, les quatre adolescents se turent. Les paroles de Kuzco, peut-être pour la première fois, paraissaient sages et réfléchies.
- Ok... autant qu'on profite de la soirée alors, décida Esméralda en se retournant pour entamer une marche vers le gymnase, suivie par Ralph et Alice.
- ... Alice, attends ! Appela discrètement le colombien en attrapant le poignet de la blonde.
Celle-ci se retourna, surprise et tomba nez à nez avec un Kuzco timide et mal à l'aise, chose qui ne lui ressemblait pas.
- Ça ne va pas ? Demanda-elle inquiète de voir son ami agir de la sorte.
Et pour alimenter cette inquiétude, Kuzco se gratta l'arrière de la tête en haussant les épaules.
- Si, si, tout va bien, seulement...
- Seulement quoi ?
- C'est...cette histoire, grimaça-t-il.
- Il est vrai que Mak a fait fort sur ce coup-là, sourit la blonde en peinant encore à prendre conscience que sa meilleure amie s'était lancée dans une relation interdite et qui plus est, avec une prof, il allait lui falloir un temps d'adaptation, c'était certain.
- C'est pas vraiment ce que je veux dire, soupira Kuzco, peinant à trouver ses mots alors qu'il jouait nerveusement avec un fil qui dépassait de son jeans.
- Mais alors qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda-t-elle, à présent curieuse.
- Je me rends compte que Lange a tout risqué pour être avec Mak, commença-t-il en prenant une grande respiration. Et ça m'a fait prendre conscience que moi, je flippe alors que je ne risque rien à être avec toi, soupira-t-il enfin en glissant ses grandes mains dans celles d'Alice. Parce que...bah, si ça te tente, je pense que ça pourrait être cool, sourit-il enfin en plantant son regard dans celui de la blonde.
Et sans argumenter davantage, Alice se pendit à son cou et l'embrassa sans lui laisser le temps de réfléchir, peut-être de peur qu'il se dérobe encore une fois.
Mais le jeune Kuzco n'en avait pas du tout l'intention, au contraire. Il entoura la taille fine de ses longs bras en se penchant un peu, n'ayant jamais vraiment remarqué à quel point Alice était petite.
Ils prirent leur temps, profitant ainsi de leur premier baiser, priant secrètement pour qu'il soit le premier d'une longue série. Il se séparèrent enfin quand l'air leur manqua mais restèrent l'un dans les bras de l'autre.
- Tu en as mis du temps...souffla Alice alors qu'un sourire, un sourire d'après premier baiser, étirait ses lèvres.
Kuzco le lui rendit volontiers, affichant une tête d'imbécile heureux.
- Je suis désolée, soupira-t-il.
- Mieux vaut tard que jamais, pardonna Alice.
- On va rattraper les conneries de Mak, et après ça, je te promets qu'on prendra du temps pour nous, assura le jeune homme. Deal ?
- Deal, sourit Alice.
- Dans combien de temps elle a dit qu'elle arrivait ? Demanda Esméralda, une impatience certaine dans la voix.
- Elle ne me l'a pas dit, répondit Kuzco.
Il était tôt alors qu'ils campaient non loin de la petite maison aux volets bleus. Quand le bal s'était terminé tard dans la nuit et qu'ils avaient été obligés de partir, ils avaient eu du mal à retenir un rire en voyant Weselton forcé d'appeler une dépanneuse pour rentrer chez lui. Ce petit acte de délinquance était encore loin d'avoir sauvé les fesses de Mak, mais au moins, ça les avait fait marrer.
Ils regardaient sans cesse d'un bout à l'autre de la rue, ne sachant pas par où Mak allait arriver. Et après quelques minutes, ils furent surpris de voir apparaître une Fiat 500 qui se dirigeait rapidement vers eux. Ils plissèrent les yeux et remarquèrent une tête bleue qu'il connaissait bien à l'intérieur du véhicule, conduit par une rouquine qu'ils n'avaient jamais vue.
- C'est mes potes, tu peux t'arrêter là ? Demanda Mak en remarquant que tous ses amis étaient là.
Anna hocha la tête et stoppa la voiture non loin de la bande de copains. Mak ne sortit pas immédiatement et souffla un bon coup.
- Ça va aller ? Demanda Anna. Tu veux que je reste ?
- Non, c'est déjà cool que tu m'ais ramené jusqu'ici, refusa poliment l'adolescente. Et puis si je dois innocenter Elsa, personne ne comprendrait pourquoi je traîne avec sa sœur.
Anna hocha la tête et un silence passa dans la voiture.
- Je te promets qu'avant ce soir, elle sera hors de danger, assura Mak en fronçant les sourcils, retrouvant, elle ne savait comment une certaine détermination, laissant son chagrin de côté.
- Je te fais confiance. Je sais que tu peux tout réparer, sourit Anna en prenant la main de l'adolescente dans la sienne. Et tu m'appelle s'il se passe quoi que ce soit, d'accord ?
- D'accord, répondit Mak en ouvrant la portière de la voiture.
- Je suis sérieuse Mak, intervint Anna en attrapant une dernière fois son poignet. Je suis là pour toi, assura-t-elle.
- Merci Anna, sourit tristement l'adolescente avant de déposer un baiser sur la joue de la rouquine et de sortir du véhicule alors que la Fiat 500 redémarrait déjà.
Mak grimaça en se dirigeant d'un pas fébrile vers ses amies qui l'attendaient silencieusement.
- C'est qui cette rousse ? Chuchota Kuzco à l'oreille d'Alice.
- Aucune idée, répondit la blonde.
Mak arriva vite, peut-être un peu trop vite à leur hauteur et lança :
- J'imagine que ça ne sert plus à rien de vous mentir.
- Bien vu, Sherlock, sourit Kuzco en posant une main sur l'épaule de son amie.
- Où est Lange ? Demanda Esméralda.
- On s'en fout, répondit immédiatement Mak. Qu'est-ce qui se passe exactement ?
- Hier, Weselton vous a vu, et pendant que tu étais dans les vapes, Lange l'a envoyé se faire foutre, expliqua Esméralda.
Les yeux de Mak s'écarquillèrent. Elsa avait fait ça ? Elle ne lui en avait pourtant pas parlé. Pourquoi lui avait-elle caché quelque chose d'aussi énorme ?
Elsa pourquoi as-tu choisis de porter ça seule... ? Se demanda-t-elle douloureusement.
Et qu'était-elle censée faire maintenant ? Comment pouvait-elle innocenter Elsa alors que celle-ci s'était montrée coupable devant Weselton ? Comment pouvait-elle les sortir toutes les deux de cette merde ? Car même si Anna lui avait assurée qu'elle pouvait tout réparer, là, elle commençait sévèrement à en douter.
- Il veut en parler à la vieille Yzma ce matin, reprit Alice.
- On a déglingué sa caisse pour nous faire gagner du temps, fit savoir Ralph.
- Vous avez fait quoi ?! S'exclama Mak qui ne s'attendait vraiment pas à ça.
Et au moment où Ralph allait répondre, la porte de la maison aux volets bleus s'ouvrit et deux visages que Mak connaissait bien apparurent.
- Ah ! Je me disais bien qu'on avait entendu des voix, sourit Jim.
- Coucou chérie, on se demandait quand tu allais finir par rentrer, annonça sa mère.
L'adolescente se figea sur place. Ça, ce n'était pas prévu. Pas du tout.
- Jim ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-elle en se disant que cette journée voulait définitivement sa mort.
- Bah je suis venu te faire une surprise pour fêter ton bac ! S'exclama le jeune homme comme si c'était l'évidence même. Viens, ma petite planète, j'ai un truc pour toi dans le garage.
- Jim, je...
- Viens ! Coupa-t-il en souriant sans écouter les dires de sa sœur.
Il l'attrapa par le bras sous le sourire amusé de leur mère et la positionna religieusement devant la porte du garage. Il se baissa et attrapa le levier qui actionnerait le mécanisme de la porte.
- Prête ? Demanda-t-il alors que des étincelles brillaient dans ses yeux bleus.
Mak hocha la tête alors qu'elle jurait intérieurement qu'elle n'avait pas le temps pour ça. Que bientôt, Weselton atteindrait le lycée et que la réputation d'Elsa serait perdue...
Jim ouvrit alors le garage et Mak put voir qu'un vélo flambant neuf y avait été déposé. Jim avait même fait l'effort d'y accrocher un énorme nœud rouge.
- Tadaaaa ! Sourit Jim en ouvrant les bras alors que leur mère les avait rejoints.
- Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Sourit Madame Lichtenstenner en passant un bras autour de ses épaules.
- C'est... je... je ne sais pas quoi dire, répondit l'adolescente qui se sentait doucement perdre pied.
Ce cadeau était parfait et pourtant... Pourquoi fallait-il que la vie lui offre un brin de compassion alors qu'elle avait prévu de se montrer forte et insensible pour faire face... Pour Elsa. En quittant l'appartement d'Elsa, ce matin, elle s'était juré qu'elle n'aurait pas le temps de pleurer aujourd'hui, que ces larmes attendraient, qu'Elsa passait avant tout. Alors pourquoi son cœur qu'elle était parvenu à cautériser jusqu'à présent, semblait se réveiller maintenant ? Non, elle n'avait pas le temps pour ça. Alors pourquoi ça lui faisait tellement mal. Pourquoi un simple vélo la mettait dans cet état ? Pourquoi un joli cadeau de la part de son frère la rendait si faible... Et bien incapable de retenir quoi que ce soit, elle éclata soudainement en sanglots. Comme ça, devant sa famille, devant ses amis. Elle avait honte. Elle avait tellement honte. Elle n'était pas assez forte pour Elsa... Et Elsa... Elsa lui manquait déjà tellement.
Elle cacha son visage de son bras alors que des larmes mouillaient déjà ses joues.
- Eh, LittlePlanet... si vraiment il ne te plaît pas, on peut encore le changer tu sais, fit savoir Jim qui ne comprenait pas l'état soudainement désemparé de sa sœur.
Les amis de Mak se jetèrent quelques regards entendus, ils savaient malheureusement que ces larmes n'étaient pas destinées à un simple vélo.
- Il est parfait... réussit à baragouiner l'adolescente avant de se jeter dans les bras de son frère.
Jim la serra contre lui en fronçant les sourcils, incapable de comprendre ce qu'il se passait.
- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Madame Lichtenstenner en un murmure à l'attention de son fils.
Jim haussa les épaules en grimaçant. Il ne pouvait lui répondre, il n'en savait rien.
Madame Lichtenstenner posa une main douce sur le dos tendu de sa fille alors que ses larmes, bien trop nombreuses, mouillaient le t-shirt de Jim. Mak tendit un bras en cachant son visage contre le torse de son frère et entoura la taille de sa mère.
- Chérie, parle-nous, demanda doucement sa mère.
Et les sanglots de Mak redoublèrent d'intensité. Si bien que Madame Lichtenstenner jeta un œil à Kuzco qui hocha la tête négativement, manière silencieuse de dire qu'il savait, mais que ce n'était pas avec lui qu'elle devait avoir cette conversation.
- J'ai besoin de vous... Murmura l'adolescente entre deux sanglots.
Jim fronça les sourcils, attrapa sa sœur par les épaules, se pencha à sa hauteur pour mieux capter son regard et assura :
- Je ferai tout ce que tu veux, mais il faut que tu me dises ce qui ne va pas.
Mak serra les dents, grimaçant en essuyant rageusement ses larmes alors que ses épaules s'affaissaient. Allait-elle vraiment faire ça ? Allait-elle tout leur dire maintenant ? Allait-elle révéler le secret qu'elle cachait depuis des mois ? Et finalement, avait-elle le choix ... ?
- Je crains que vous ne compreniez pas... avoua-t-elle en baissant les yeux.
Madame Lichtenstenner fronça les sourcils. Elle admettait qu'elle n'avait pas été très présente pour sa fille ces derniers temps, mais de tous temps, elles avaient toujours parlé de tout, sans tabou. Et elle se rappelait même que Mak n'avait pas hésité une seconde avant de lui dire qu'elle aimait les filles là où d'autres adolescents auraient eu quelques réticences... Alors qu'est-ce qui était si grave pour qu'elle doute à ce point ?
Madame Lichtenstenner s'agenouilla près de sa fille et prit sa main.
- Quoi que tu aies fait, je pourrais le comprendre, assura-t-elle.
L'adolescente chercha dans les yeux de sa mère ce qu'elle trouva presque instantanément. De la compassion, de l'incompréhension et beaucoup d'inquiétude.
- On comprendrait, répéta Jim en posant sa grande main sur la tête bleue. Maman ne m'a jamais renié, et pourtant tu sais combien de fois les flics m'ont ramené à la maison, sourit-il tendrement, désirant lui faire comprendre que même s'ils étaient brisés, ils n'en restaient pas moins une famille.
Mak hésita encore une seconde puis soupira :
- Je vous ai parlé d'une fille, avec qui je sors depuis quelques mois...commença-t-elle.
- Celle qui t'a brisé le cœur la dernière fois ? Demanda Jim.
- Plusieurs fois, précisa sa mère qui se souvenait qu'elle avait vu sa fille rentrer en larmes à de nombreuses reprises durant cette année.
Mak grimaça. Elle ne voulait pas que sa mère se fasse de fausses idées sur Elsa. Qu'elle la déteste par avance sur des à priori.
- Je ne vous ai pas tout dit sur elle, fit-elle savoir, incertaine de comment amener le sujet.
Et comme si son frère voulait l'aider inconsciemment, il rit, désirant la dérider un peu, et plaisanta :
- C'est quoi ? Une criminelle en cavale ?
Mak se figea, ne pouvant rire à une plaisanterie qui se rapprochait tant de la réalité. Sous sa réaction, Jim perdit son sourire et partagea un regard avec sa mère.
- Chérie, explique-toi, supplia presque sa mère avec une inquiétude non feinte.
- Ce n'est pas une criminelle ! Assura Mak précipitamment. Mais...il se pourrait qu'elle ait été ma prof de philo cette année...grimaça-t-elle, s'attendant déjà à la vague de reproches qui allait s'abattre. Mais avant que vous ne pensiez quoi que ce soit de carrément glauque, elle ne m'a pas forcée, à rien, jamais, appuya-t-elle.
Madame Lichtenstenner prit quelques secondes pour assimiler ce que sa fille venait de dire alors que Jim ne bougeait pas d'un cil. Voyant que personne ne réagissait, Mak continua :
- Je ne pouvais pas vous le dire, c'était beaucoup trop risqué pour elle. Pourtant hier soir, le cpe de mon lycée nous a vu, avoua-t-elle, se disant que c'était le moment ou jamais de se libérer de ce poids qui lui broyait les épaules depuis des mois.
- Le cpe ? Weselton ? Voulu savoir Jim, s'attirant un hochement de tête de la part de sa sœur.
- Et si je ne fais rien, il en parlera à ma directrice et Elsa aura des problèmes à cause de moi. Maman, je t'en prie, j'ai vraiment besoin que tu me fasses confiance. J'ai besoin de toi...souffla-t-elle alors qu'un sanglot menaçait déjà de revenir.
- Mais...elle est où, cette Elsa ? Demanda tout de même sa mère.
Elle vit alors les yeux de sa fille se remplir de nouveau de larmes alors qu'un sourire triste étirait ses lèvres.
- Elle a peur, alors elle est partie... avoua la jeune fille, alors que ses amis comprenaient maintenant pourquoi elle avait voulu éviter le sujet jusqu'à présent.
- Elle est partie où ? Demanda Jim.
- Je ne sais pas, mais elle m'a dit qu'elle reviendrait et je le crois, assura Mak.
Madame Lichtenstenner soupira silencieusement en partageant un regard avec son fils.
- Je ne te demande pas de comprendre Maman, supplia Mak. Je l'aime... souffla-t-elle.
Un silence passa devant la petite maison. Les amis de Mak se jetaient quelques regards inquiets. Ça y est, la bombe était lancée.
Madame Lichtenstenner plissa les yeux en observant sa fille. Mak le savait, le cerveau de sa mère tournait à plein régime. Et la jeune femme su ce qu'elle devait faire quand elle trouva dans les yeux de sa fille la même lueur un peu folle qu'elle avait déjà vu tant de fois dans ceux de son mari. La douce folie que provoquait l'amour.
- Je vais t'aider, déclara-t-elle et Mak put recommencer à respirer.
Jim sourit en posant une main sur l'épaule de sa mère. Mak sauta au cou de sa mère, la serrant aussi fort qu'elle en était capable, soulagée de voir qu'encore une fois, celle-ci était de son côté.
- Merci...souffla l'adolescente.
Madame Lichtenstenner sourit, heureuse elle aussi, que sa fille lui ait enfin tout dit. Elle passa une main douce dans les cheveux de sa fille puis mit fin à l'étreinte.
- Bon, qu'est-ce qu'on doit faire pour sauver ta chérie ? Demanda-t-elle.
Mak voulut répondre qu'elle n'en savait rien, qu'à vrai dire, elle avait pour le coup bien besoin des conseils d'un adulte pour régler cette situation. Et contre toute attente, l'adulte adéquat se manifesta en la personne de Jim.
- Forcer ce vieux connard de Weselton à fermer sa gueule, et j'ai déjà un plan, sourit-il alors que ses yeux brillaient déjà de malice.
Madame Lichtenstenner manqua de rire en retrouvant l'adolescent se confondant avec un délinquant juvénile qui sommeillait encore en son fils.
- Allez, tous en voiture, ordonna Jim en jetant un regard vers la bande de copains.
- Quelle voiture ? Demanda Mak.
Jim partagea un sourire triste avec sa mère et jeta un œil vers la voiture de leur père qui dormait depuis deux ans dans leur garage. Une voiture que, pour des raisons sentimentales, Madame Lichtenstenner avait fait réparer, mais qu'elle n'avait jamais reconduit depuis.
- Il serait peut-être temps de la remettre en route, tu ne crois pas ? Demanda Jim.
Sa mère hocha la tête après une hésitation et déclara :
- Les clés sont sur le contact.
Et sans perdre plus de temps, tous s'engouffrèrent dans la voiture, heureusement plutôt spacieuse. Jim prit le volant, sa mère passa devant à ses côtés, et les cinq adolescents s'agglutinèrent à l'arrière. Kuzco prit Alice sur ses genoux, Ralph se retrouva presque plaqué contre l'une des fenêtres, et Esméralda prit place au milieu alors que Mak s'asseyait sur elle.
Jim démarra et sa mère, n'étant jamais montée dans une voiture depuis la mort de son mari, eut un sursaut, ce qui n'échappa pas à l'œil de ses enfants.
- Ça va, Maman ? Demanda Mak en passant sa tête entre les deux sièges.
Madame Lichtenstenner souffla un bon coup, croisa le regard de son fils et ordonna :
- Fonce.
Sans plus attendre, Jim passa la première et prit la route vers le lycée d'Arendelle.
- Eh, vous n'avez pas un indic dans le lycée qui pourrait nous donner un coup de main ? Demanda Jim en jetant un œil dans le rétroviseur.
- Tous mes amis sont déjà là, répondit Mak en haussant les épaules.
- Peut-être pas tous, sourit Kuzco en sortant son téléphone de sa poche.
- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Alice.
- Je ne suis pas censé vous le dire, mais quand Olaf s'est cassé le bras, on va dire que je lui ai fourni quelques...remèdes médicinaux à base naturelle si vous voyez ce que je veux dire, expliqua-t-il en cherchant un numéro bien précis dans son répertoire.
- Tu dealais avec l'un de nos pions ? S'étonna Esméralda.
- Tu devrais le dire encore plus fort, soupira Kuzco en approchant son téléphone de son oreille.
- T'inquiète, j'ai déjà fait pire, intervint Jim en passant une vitesse, s'attirant un regard noir de sa mère et un rire de Mak.
Kuzco attendit quelques secondes puis entendit :
- Allô ?
- Salut Olaf, c'est Kuzco. Dis-moi, ça te dit que j'efface la petite ardoise que tu me dois ? Demanda-t-il en mettant le surveillant sur haut-parleur.
- Ouais carrément, mais pourquoi tu ferais ça ?
- J'aurai juste un tout petit service à te demander.
- Je t'écoute, accepta Olaf.
- J'aimerais savoir si Weselton est arrivé au lycée.
- Euh...ouais. Il est arrivé il y a deux minutes, expliqua Olaf. Dans une nouvelle voiture d'ailleurs. Il avait l'air furax, il s'est enfermé dans son bureau, je crois qu'il a mal à la tête.
- C'est quoi sa nouvelle voiture ? Demanda Jim.
- Une voiture de location de ce qu'il gueulait ce matin. Une Merco blanche, toute neuve, il s'est fait plaisir le con...Répondit Olaf sans même se rendre compte que la voix avait changé.
- Il était sûrement encore bourré quand il l'a louée, rit Alice, faisant pouffer Kuzco.
- Ok, Olaf, tu peux t'arranger pour le garder dans son bureau un maximum de temps sans poser de questions ?
- Euh...bah ouais, je peux faire ça, répondit le surveillant sans vraiment comprendre ce qui se passait, mais s'il pouvait effacer les dettes qu'il avait envers Kuzco de cette manière, il n'allait pas s'en priver.
- Super, on se retrouve au lycée, déclara Kuzco avant de raccrocher.
- Et moi qui pensais que Weselton aurait droit à un peu de répit une fois que tu aurais fini le lycée, sourit Madame Lichtenstenner à l'attention de son fils.
- Je ne pense pas qu'il soit prêt à me revoir, rit Jim en se souvenant des nombreuses altercations qu'il avait déjà eu avec l'homme.
- J'arrive toujours pas à croire que vous ayez niqué sa caisse, intervint Mak.
- Eh, vois ça comme un acte purement altruiste envers ta nana, se défendit Ralph.
- D'ailleurs, tu vas pouvoir m'en parler maintenant, intervint Madame Lichtenstenner. Elle est comment cette fameuse prof ? Demanda-t-elle.
- Super canon, répondit Kuzco s'attirant un coup de coude de la part de Mak.
- Ça je n'en doute pas, sourit sa mère alors que sa fille rougissait un peu. Quel âge elle a ?
- 24 ans, répondit Mak en se disant qu'il était parfaitement étrange de parler de ces choses-là avec sa mère.
Madame Lichtenstenner hocha la tête, semblant se contenter de cette réponse.
- Et vous êtes ensemble depuis combien de temps ? Voulu-t-elle tout de même savoir.
Mak grimaça, elle n'avait foncièrement pas prévu d'avoir ce genre de conversation avec sa mère, ni aujourd'hui, ni dans ces circonstances. Et comme si son frère avait lu dans ses pensées, il déclara :
- M'man, tu lui feras ton interrogatoire plus tard, on est arrivé, sourit-il en offrant un clin d'œil à sa sœur dans le rétroviseur alors que leur mère roulait des yeux, en sachant que quand ses deux enfants se liguaient contre elle, elle ne pouvait pas lutter.
Jim gara rapidement la voiture devant le lycée en remarquant bien vite où était la fameuse Mercedes blanche.
Il coupa le contact, et demanda :
- Ok, qui sont les tueurs de voiture ?
Kuzco et Ralph levèrent la main, Jim reprit :
- Vous vous sentez de faire encore pire avec celle-ci ? Demanda-t-il en pointant la Mercedes du doigt.
- Sans problème, répondit Ralph en notant mentalement que, si tôt le matin, personne ne traînait dans les rues, surtout pendant les vacances d'été.
- On va se faire plaisir, sourit Kuzco, se fichant pas mal qu'on le voit ou non.
- Les filles, vous restez à l'entrée et vous nous prévenez quand la vieille Yzma arrivera, dit Jim à l'attention d'Alice et d'Esméralda.
- Et nous on fait quoi ? Demanda Mak.
- On va dire deux mots à Weselton, répondit sa mère en ouvrant sa portière.
Sur ces mots délivrés avec une extrême froideur, tous partirent pour accomplir leurs missions respectives.
La famille Lichtenstenner grimpa rapidement le grand escalier et se retrouva bien vite devant la porte du bureau du cpe. Ils reprirent leur respiration une seconde et prirent le temps de se regarder comme pour mettre à jour les derniers détails de leur plan. Un plan qui échappait totalement à Mak, inconsciente de ce qui allait se passer une fois qu'ils seraient entrés dans ce bureau.
- Ma petite planète, commença Jim. Je vais dire des choses effroyables dans ce bureau, mais je veux que tu saches que je n'en penserai pas un mot, pas un seul, assura-t-il si solennellement que Mak failli ne pas le reconnaître.
- Ton frère a raison. Ce que nous allons faire ne sera que dans ton intérêt et dans celui de ton Elsa, murmura sa mère et Mak ne put que hocher la tête, plaçant une confiance aveugle en sa famille.
Ils se regardèrent une dernière fois, scellant le pacte silencieux qu'une fois qu'ils seraient sortis de ce bureau, Elsa serait blanche comme neige.
Jim toqua violemment contre la porte et n'attendit pas qu'on l'y autorise pour entrer, suivie de près par sa mère et sa sœur. Ils trouvèrent Weselton en compagnie d'Olaf.
- Monsieur Weselton, salua froidement Madame Lichtenstenner.
- Sarah ? Je suis surpris de vous voir ici, s'exclama l'homme en manquant de tomber de sa chaise. Que me vaut le plaisir de votre visite ?
- Soyez certain que le plaisir n'est pas partagé, cassa la jeune femme. Des rumeurs horrifiantes me forcent à venir ici aujourd'hui et croyez bien que je m'en serai passée.
A la suite de cette phrase, un silence de mort passa dans le bureau alors que Weselton se figeait sur place, que Jim se tenait droit, les mains croisées derrière le dos comme le meilleur garde du corps de sa mère et que Mak... se contentait d'essayer de ne pas mourir de stress.
Weselton afficha alors un sourire de façade et demanda poliment :
- Olaf, pourrai-tu nous laisser je te prie ?
Olaf jeta un œil d'incompréhension à Mak. Celle-ci hocha discrètement de la tête et le surveillant finit par sortir sans un mot, se doutant bien que la présence de l'adolescente avait un rapport avec l'appel qu'il avait reçu de Kuzco.
- Ce que j'avance n'a rien à voir avec de simples rumeurs, commença Weselton, en se levant de sa chaise.
- Ma fille a démenti ces rumeurs infâmes, et je la crois.
- Ne le prenez pas mal, Sarah, mais je crois pouvoir me permettre de remettre la parole de votre fille en doute, sourit l'homme. Après tout, James nous a déjà prouvé que les dires d'un enfant Lichtenstenner étaient souvent loin d'être fiables.
Jim serra les poings à cette phrase et avança d'un pas alors que le cpe faisait un pas en arrière.
- Jim, non, arrêta sa mère en passant un bras devant son fils.
- Il traite ma sœur de menteuse et de lesbienne et tu voudrais que je reste sans rien faire ? Demanda le jeune homme, feintant l'indignation alors que Mak comprenait doucement qu'il prenait ainsi le rôle d'un connard d'homophobe. Elle comprenait maintenant la mise en garde à laquelle elle avait eu droit avant d'entrer.
- Je ne fais qu'exposer les faits, se défendit Weselton.
- Qui sont ? Demanda Sarah.
- J'ai vu votre fille partir avec l'une de nos enseignantes la nuit dernière. Et le regard qu'elle lui portait ne trompait pas sur la nature de leur relation.
- J'ai fait un malaise, elle m'a ramené chez moi, intervint Mak.
- Une agréable jeune femme, très dévouée, appuya sa mère.
- Dévouée à quel point ? C'est surtout ça que j'aimerai savoir...piqua le cpe.
- Très cher Monsieur, ce que, moi, j'aimerai savoir, c'est à quel point la sécurité de ma fille a été compromise lors de ce bal, attaqua Sarah, ne lâchant rien. Car si cette jeune femme que vous accablez des plus bas instincts ne m'avait pas ramené Mak, je n'ose imaginer ce qui aurait pu lui arriver.
- Qui était responsable de ce bal ? Demanda Jim.
- Moi, grimaça Weselton. Mais...
- C'est donc votre faute, accusa Sarah.
- La sécurité des élèves a toujours été primordiale pour moi ! S'enflamma quelque peu le cpe. A l'inverse d'Elsa Lange et de ses tendances perverses envers votre fille...
- Tendances perverses ?! S'exclama Mak outrée de le voir ainsi parler d'Elsa. C'est vous qui m'avez envoyé en garde à vue parce que vous jugiez mon short trop court ! Accusa-t-elle alors que sa mère se tournait vers elle.
- Pardon ?
- Ma sœur a fait de la taule à cause de vous ? Demanda Jim pour être certain d'avoir bien compris.
- J'ai appelé la police parce que votre sœur a dégradé un mur du lycée.
- Mensonge ! Cria Mak. J'ai tagué un mur hors du lycée pour défendre mon opinion face à votre idéologie misogyne à la con ! Et Lange est venue me chercher.
- Sachez Mademoiselle Lichtenstenner que vous n'auriez eu aucun problème avec la justice et Madame Lange ne serait sans doute pas dans cette situation si vous aviez dénié vous habiller de manière plus décente. La seule fautive ici, c'est vous.
Mak grimaça, les mots de Weselton la touchèrent en plein cœur et sa culpabilité revint percer son âme. Jim vit le visage de sa sœur se décomposer et une rage folle, une rage adolescente qui ne l'avait jamais quitté, vint l'étreindre. Sans prévenir, il se rua sur Weselton, les yeux rouges de colère et attrapa le cpe par le col de sa chemise. Il le souleva du sol et le plaqua contre la grande fenêtre qui donnait vue sur le portail du lycée derrière le bureau.
- Jim ! S'exclama sa mère mais Jim n'écoutait plus alors que sa sœur écarquillait les yeux devant sa fureur.
Les jambes de Weselton gesticulaient dans le vide tandis qu'il avait posé des mains inutiles sur les avant-bras de fer du jeune homme.
- Lâchez-moi, peina à dire le cpe, troquant son regard venimeux pour des yeux terrifiés.
Il ne se rappelait que trop bien à quel point James Lichtenstenner pouvait se montrer colérique et instable.
Le pire des frelons... se souvint Mak en repensant à leur altercation le soir de Noel.
- Non, je ne te lâche pas, déclara Jim en fusillant l'homme du regard, les dents et les poings serré. On va causer un peu tous les deux.
Mak voulut avancer d'un pas, jurant qu'elle n'avait jamais vu son frère si terrifiant, mais fut vite arrêté par une main de sa mère se posant sur son épaule. Elle jeta un regard craintif vers sa mère qui lui répondit par un hochement de tête qui lui demandait seulement de lui faire confiance si elle voulait qu'Elsa n'ait plus rien à craindre.
- Que tu penses que ma sœur est une menteuse passe encore, on n'est pas connu pour être très honnête dans la famille, reprit Jim sans reposer Weselton au sol. Que tu crois qu'elle est une lécheuse de chatte, je peux aussi le concevoir, continua-t-il faisant grimacer sa sœur. Mais, là, tu l'as traité de putain et, ça tu vois, ça m'agace, termina-t-il presque calmement.
- Je...
- La ferme ! Coupa Jim en le plaquant plus fort contre la vitre. C'est ma petite sœur, je ferai tout pour elle. Hoche la tête si tu comprends, ordonna-t-il.
Weselton hocha docilement la tête alors qu'il peinait à respirer sous la poigne de fer du jeune homme.
- Et maintenant, j'apprends que tu l'as mise en danger par deux fois, qu'est-ce que je devrais faire d'après toi ? Hein ? Et toi, tu cris haut et fort qu'elle a donné son cul à une prof qui l'a sortie de la merde dans laquelle tu l'avais mise, résuma Jim alors que Weselton devenait pale.
- Je suis désolé... C'était une erreur de ma part, baragouina le cpe en comprenant qu'il n'avait pas le choix.
Jim sourit et reprit :
- Non, c'est trop tard pour les excuses. Je devrais te refaire le portrait, te laisser une marque indélébile pour que tu te souviennes de ne jamais plus toucher à un cheveu de ma sœur, grogna-t-il en levant le poing alors que Weselton fermait les yeux, prêt à recevoir le coup.
- Jim ! Intervint encore sa mère, arrêtant le poing à un centimètre de la joue de l'homme.
A ce moment-là, Sarah entendit le portable de Mak vibrer, signe qui leur indiquait qu'Yzma serait bientôt là.
- On n'a pas toute la journée, déclara Sarah, faisant comprendre à son fils que le temps leur manquait.
Weselton rouvrit les yeux, se confrontant au regard noir du jeune homme. D'un violent coup sec et rapide qu'on le lui avait appris à l'armée, Jim retourna le cpe et plaqua sa joue contre la vitre, le forçant ainsi à regarder à l'extérieur.
- Je vais tenter d'être assez claire pour ta cervelle de piaf, cracha Jim à l'oreille du cpe. Tu vois ta jolie voiture ? Demanda-t-il alors que Weselton baissait les yeux sur ce qu'il restait de son véhicule, dont les vitres et les phares étaient brisés, les pneus crevés, la carrosserie rayée à coup de clés. Si tu dis quoi que ce soit à qui que ce soit sur ma sœur, je m'arrangerai pour que tu ressembles à ta caisse et tu chieras dans ton froc, tu comprends ?
Weselton hocha vivement de la tête.
- Ce qui s'est passé dans ce bureau, reste dans ce bureau ainsi que toutes les rumeurs stupides auxquelles tu crois, parce que dans le cas contraire je te retrouverai, suis-je clair ?
- Limpide, grimaça Weselton. Je vous en prie, lâchez-moi.
- Oublie les Lichtenstenner ainsi que cette prof et je t'oublierai aussi, sommes-nous bien d'accord ? Appuya tout de même Jim.
- Nous sommes d'accord, approuva Weselton.
Enfin, Jim lâcha l'homme et celui-ci se rattrapa de justesse à son bureau en se massant la nuque, une peur évidente encore bien présente dans le regard. Mais Jim, n'en ayant pas totalement fini avec lui, pointa Mak du doigt et ordonna :
- Demande pardon. A moins que tu ne préfères qu'on reprenne là où on en était, menaça-t-il d'un air suffisant.
- Je suis désolée, Mademoiselle Lichtenstenner. Je n'aurais jamais dû soutenir de telles accusations, ni envers vous, ni envers Elsa Lange, s'excusa-t-il immédiatement en se penchant légèrement devant Mak.
L'adolescente prit le temps de l'observer une seconde et, luttant contre l'envie de lui cracher dessus, déclara seulement :
- On n'a plus rien à faire ici.
Sur ces mots, elle tourna les talons et sortit du bureau.
- C'était, en effet, un plaisir de vous revoir, Monsieur Weselton, sourit sa mère en la suivant.
Jim eut un dernier regard meurtrier et sortit à son tour. Ils soufflèrent un instant tous les trois dans le couloir et virent la directrice Yzma arriver et toquer à la porte du bureau du cpe.
- Putain, ça s'est joué à une seconde près, soupira Jim.
Ils virent Weselton ouvrir la porte.
- Monsieur Weselton, pourquoi souhaitiez-vous me voir ? Demanda Yzma et Jim se dit que les années n'avaient pas arrangé son sérieux problème de politesse.
Quelques mètres derrière Yzma, Weselton croisa le regard de Jim. Celui-ci, jouant son rôle à merveille et s'en amusant même un peu, fit courir un doigt en travers de sa gorge. Le message était plus que clair.
Le cpe se racla la gorge et annonça :
- Hm, je voulais vous souhaiter de bonnes vacances d'été.
- Et c'est pour ça que vous m'avez fait venir ? S'énerva déjà la directrice. Je serai déjà en vacances vous ne m'aviez pas appelé en pleine nuit pour une telle banalité !
- Pardonnez-moi, j'ai sans doute oublié ce détail, s'excusa l'homme.
- Vous aussi vous avez grand besoin de vacances mon cher Weselton. Oublier vous arrive beaucoup trop souvent ces derniers temps, soupira Yzma en s'éloignant déjà, impatiente de quitter la frénésie de ce lycée de malheur.
- Je suis navrée mais il y a certaines choses qu'il est pourtant préférable d'oublier, murmura-t-il, seulement entendu de Jim qui hocha la tête en prenant sa sœur par un bras, sa mère par l'autre avant de s'éloigner, sachant que ce vieux connard oublierait à jamais les Lichtenstenner.
Mak ne se retourna pas une seconde, désirant à jamais quitter cet endroit de malheur mais ressentit un gros pincement au cœur quand ils passèrent devant la salle 206. Elle espérait seulement, puisqu'à présent Elsa était innocenté, que d'elles, il restait un peu plus qu'une porte close de salle de cours.
Près de la voiture, ils retrouvèrent les amis de Mak et ils grimpèrent tous dans le véhicule, se disant qu'il était tout de même préférable de ne pas s'éterniser ici.
- Alors, comment ça s'est passé ? Demanda Kuzco.
- J'ai cru que Weselton allait se pisser dessus, rit Jim en prenant la route qui les ramènerait à la maison.
- Moi, j'ai surtout cru que tu allais vraiment le cogner, intervint Mak.
- Disons qu'il a eu de la chance que ta directrice soit arrivée, avoua Jim.
- Depuis le temps que tu veux lui en mettre une, souris leur mère. Tu aurais peut-être dû...dit-elle, pensive. Il la méritait en tout cas, conclut-elle, étonnant ses enfants qui ne lui avaient pas vu un esprit si combatif depuis bien longtemps.
Mak rit en se penchant en avant sur les genoux d'Esméralda, refusant de l'écouter râler qu'elle était trop lourde. Elle savait qu'elle était un poids plume, Esméralda exagérait.
- Merci...je n'y serais jamais arrivée sans vous, dit-elle plus sérieusement.
Et pour seule réponse, parce que dans cette famille, même si on faisait des efforts, on n'aimait pas vraiment parler des grandes choses ou alors seulement avec des petits mots, Jim ébouriffa les cheveux de sa sœur et sa mère déposa un baiser sur sa joue.
- Eh, quelqu'un peut relever que nous avons fait de cette voiture une véritable œuvre d'Art avec Ralph ? Intervint Kuzco en haussant le ton.
- Je dois admettre qu'elle avait carrément de la gueule, consentit Jim qui se retrouvait un peu en ce jeune homme qui semblait être le meilleur ami de sa sœur.
- Tu aurais dû la présenter à ton bac d'Art, Litchi, rit Esméralda.
- Hm, si on n'aime le côté Demeure du Chaos, pourquoi pas, sourit Sarah.
- Je sais pas si c'est une œuvre d'Art, mais en tout cas ça m'a défoulé, déclara Ralph, faisant rire Alice à son tour.
Ils arrivèrent quelques minutes plus tard devant la maison aux volets bleus et Mak fut surprise d'y trouver Anna, attendant, assise au bord du trottoir. Jim se gara et l'adolescente sortit immédiatement de la voiture.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-elle immédiatement. Tout va bien ?
- Oui, oui, tout va bien ne t'en fais pas, assura la rousse en accueillant la jeune fille au creux de ses bras. Tu ne me donnais aucune nouvelle, je commençais à m'inquiéter. Comment ça s'est passé ?
- Bien, tout est réglé, assura Mak. On a tout réparé.
- Bonjour, c'est vous la copine de ma fille ? Demanda Sarah en arrivant derrière Mak.
- Euh non, je suis sa sœur, expliqua Anna, un peu prise au dépourvue en serrant la main que la mère de Mak lui tendait.
- Oh, pardonnez-moi. Sarah Lichtenstenner, la mère de Mak, expliqua-t-elle. Je croyais pouvoir rencontrer cette fameuse prof de philo.
Les yeux d'Anna s'écarquillèrent. Ah, on en était là, maintenant ?
- J'étais obligée de leur dire, intervint Mak. Ils m'ont aidé.
Anna hocha la tête en comprenant qu'apparemment, la mère de Mak n'avait absolument aucun problème avec la situation.
- Anna Lange, enchantée. Je ne vous remercierai jamais assez pour ma sœur.
- C'était un plaisir, sourit Jim en passant un bras autour des épaules de sa sœur.
- Tu dois être son frère ? Devina Anna. C'est fou ce que vous vous ressemblez, remarqua-t-elle comme Elsa l'avait fait avant elle.
Très peu fervente de banalités en tous genres, et surtout très curieuse d'en savoir davantage sur la personne qu'était Elsa Lange, Sarah soupira et déclara :
- Vous restez le temps d'un café ? Je crois que nous l'avons tous bien mérité.
Tous, la famille comme les amis de Mak hochèrent de la tête et Anna, même si elle trouvait étrange de rencontrer ces gens avant Elsa, accepta avec plaisir.
Ils entrèrent et prirent place autour de la table de la cuisine. Étrangement, tous étaient d'humeur plutôt joviale et de nouveaux liens, complètement incongrus se créèrent. Kuzco, s'étant trouvé un nouvel ami, discuta longtemps avec Jim. Anna, elle, apprenait doucement à apprivoiser cette nouvelle facette du monde de Mak, monde qui avait toujours été interdit à Elsa. Ils lui racontèrent comment ils étaient parvenus à clouer le bec de ce salaud de Weselton et les yeux d'Anna s'agrandirent quand elle apprit que Jim avait bien failli lui casser la gueule.
Mak ne savait plus vraiment où donner de la tête, mais parvint tout de même à relâcher une certaine pression après ce qu'elle venait de vivre. Cette journée était insensée et il lui semblait qu'elle avait duré une semaine et en même temps à peine quelques secondes.
Quelque part, elle était heureuse qu'Anna soit là même s'il était perturbant de la voir évoluer dans son quotidien, avec des gens qu'elle n'aurait jamais pensé lui présenter.
- Vous êtes la plus jeune des deux ? Lui demanda Sarah.
- Oui c'est ça, répondit Anna après avoir bu une gorgée de café. Et aussi la plus sociable, sourit-elle en jetant un regard lourd de sens à Mak qui savait mieux que personne ce qu'elle voulait dire. Raison de plus pour laquelle elle était presque soulagée que sa mère rencontre Anna avant Elsa. Je suis désolée que ma sœur...enfin, cette situation vous ait causé autant de soucis, s'excusa Anna, consciente qu'elle oubliait parfois à quel point cette situation était hors du commun. Je suis soulagée que vous compreniez.
- Qu'aurai-je pu faire d'autre ? Répondit Sarah en haussant les épaules. Je ne peux pas renier ma fille pour être tombée amoureuse et j'aurai été incapable d'être indifférente à son appel au secours, expliqua-t-elle. Je sais à quel point perdre la personne que l'on aime peut-être douloureux, grimaça-t-elle. Alors si je peux au moins lui éviter ça, peu m'importe que votre sœur soit son professeur. Vous voulez bien me parler d'elle ? Demanda-t-elle, ne pouvant se retenir davantage.
- Maman ! Gronda Mak, faisant sourire Anna.
- Tu ne veux rien me dire, alors je cherche où je peux, rétorqua sa mère. A présent tu n'as plus rien à me cacher alors j'aimerai tout de même en savoir un peu plus sur cette jeune femme.
Mak soupira discrètement. Evidemment, elle comprenait la réaction de sa mère. Après tout, même si elle le prenait remarquablement bien parce qu'elle connaissait les mystères de l'amour comme personne, Mak n'oubliait pas qu'elle venait de lui annoncer qu'elle était sortie avec sa prof de philo d'environ sept ans son aînée... Alors bon, si elle voulait en savoir plus, elle pouvait au moins lui accorder ça. D'autant plus que c'était en partie grâce à elle qu'Elsa était innocentée.
- Elsa était terrifiée à l'idée que vous sachiez pour elle et Mak, commença Anna et Mak la remercia intérieurement de prendre la parole à sa place. Elle était persuadée que vous la verriez comme une pédophile qui profiterait de votre fille.
- Elle n'a jamais profité de moi, intervint Mak, incapable de laisser qui que ce quoi penser ça.
- J'ai bien compris ça, chérie, assura sa mère.
- En dehors de ça, si je devais décrire ma sœur, je dirais que c'est une handicapée des sentiments, anxieuse et un peu psychorigide qui est follement tombée amoureuse de votre fille, sourit finalement Anna.
Mak hocha la tête, le résumé était à peu près fidèle, du moins, elle l'espérait.
- Je ne veux pas enfoncer une porte ouverte, mais, quand crois-tu qu'elle reviendra ? Demanda Jim alors qu'une brûlure perçait déjà le cœur de sa sœur.
- Je n'en ai aucune idée, soupira Anna. Elsa réfléchit très mal quand elle a peur et il est difficile de lui faire entendre raison dans ces moments-là.
- C'est pour ça qu'elle a envoyé chier Weselton, intervint Esméralda alors que tous les regards se tournaient vers elle. Quand tu es tombée dans les vapes, continua-t-elle à l'attention de Mak, Weselton lui a fait comprendre que si elle partait avec toi, il aurait la preuve que vous sortiez ensemble. Et elle lui a dit d'aller se faire foutre. J'imagine qu'elle flippait tellement pour toi, qu'elle n'a même pas penser aux conséquences.
- Ouais, j'imagine...soupira Mak.
- Eh, rien n'est de ta faute, chuchota Anna en posant une main sur la sienne.
- Je sais, sourit tristement l'adolescente. Tu n'as pas de nouvelle ?
- Aucune, mais elle a dit qu'elle m'en donnerait bientôt. Je crois qu'elle a besoin de temps, tu comprends ?
- Oui, je comprends, répondit Mak en affichant un sourire de façade, alors que doucement, Anna la voyait se renfermer sur elle-même.
Et silencieusement, l'adolescente se leva et déclara :
- Je vais juste prendre l'air une seconde, je reviens.
Et sans rien ajouter, elle sortit de la petite maison. Elle referma la porte derrière elle et sortit une cigarette de sa poche qu'elle coinça immédiatement entre ses lèvres. Il lui semblait qu'elle n'en avait jamais tant rêvé.
Elle attrapa son téléphone et hésita. Puis elle trouva E. et hésita encore. Et entre deux hésitations elle s'en autorisa une troisième. Enfin, elle grimaça, prit son courage à deux mains et lança l'appel.
Elle attendit encore et encore en maudissant les nombreux bips sonores. Enfin, les bips s'arrêtèrent, on avait décroché...
- Elsa... ? Appela-t-elle faiblement.
Personne ne répondit, seulement un silence assourdissant. Pourtant, étrangement, elle crut deviner qu'on l'écoutait.
- Elsa, je... tu m'entends ?
A nouveau, le silence fut son seul témoin, si bien qu'elle doutait que quelqu'un soit à l'autre bout du fil.
- Tu ne veux pas me parler ? Demanda-t-elle, n'obtenant aucune réponse, comprenant qu'aujourd'hui, elle n'en aurait aucune. Je comprends... J'ai réussi, tu te rends compte ? Continua-t-elle alors que sa voix menaçait de se fendre. Tout est fini, personne ne cherchera à te faire du mal, sourit-elle alors qu'une larme solitaire coulait sur sa joue. Si tu savais ce que j'ai fait aujourd'hui, tu me prendrais sûrement pour une dingue, rit-il alors qu'un léger sanglot brisait sa plaisanterie.
L'adolescente se tut une seconde, écoutant mieux, percevant une très légère respiration derrière le silence.
Ses épaules s'affaissèrent. Elle soupira en fixant le ciel et supplia :
- Parle-moi, je t'en prie...
Mais rien, toujours et encore rien, seulement un immense néant sans fond.
Un néant dans lequel l'adolescente crut se perdre tant son cœur devenait froid et aussi cassant qu'une fine couche de glace.
- Tu me manques tellement... souffla-t-elle et elle jura presque avoir entendu un sanglot pour seule réponse à ces mots. Je t'attendrai, déclara-t-elle en tentant de garder une voix convaincante alors qu'elle était déjà tellement fragile.
Et sans qu'elle n'ait eu le temps d'ajouter quoi que ce soit, un autre bip, signe que l'appel était terminé, lui perça le tympan.
- Elsa ? Appela-t-elle encore minablement. Elsa ! Cria-t-elle cette fois en jetant furieusement sa cigarette avec la sensation effroyable de pouvoir attraper la main de son professeur alors qu'on la lui arrachait au moment d'effleurer sa peau. Elsa, je viens de te dire que tout était réglé, reviens, je t'en prie ! Hurla-t-elle dans le micro de son téléphone, ne concevant pas l'idée qu'Elsa ne l'entendait plus. Reviens-moi... supplia-t-elle faiblement en s'accroupissant, incapable de rester debout.
Elle avait l'impression abject d'avoir eu une chance de pouvoir faire revenir son professeur, et d'avoir essuyé un échec cuisant. De n'avoir peut-être, pas su trouver les bons mots, les bons gestes, les bonnes promesses. Ce genre de jeu dans lequel nous n'avons qu'un seul point de vie, qu'un seul cœur rouge en haut de l'écran. Un cœur... Mak sentait une brume mortelle, sûrement un brouillard d'acide envelopper le sien. Ou peut-être se recouvrait-il d'essence de térébenthine juste avant qu'on y mette le feu. Elle rêvait d'une allumette. Elle rêvait qu'on lui arrache le cœur, jurant qu'à cet instant, elle ressentait beaucoup trop fort, que ce même cœur avait sans doute vu beaucoup trop grand...
Elle porta une main à sa poitrine en grimaçant de douleur et son téléphone tomba au sol. Elle se recroquevilla sur elle-même, se transformant en une boule de désespoir qui gisait sur le bitume.
Elle entendit vaguement la porte de sa maison s'ouvrir puis sentit deux bras la serrer fermement. Elle devina le parfum de sa mère mais n'en était pas totalement certaine. On lui parlait, mais elle n'entendait rien, ou peut-être devinait-elle seulement qu'on lui assurait que les personnes qui s'aiment finissent toujours par se retrouver. Elle pleurait tellement... Et la douleur, cette douleur insupportable qui manquait de peu de la tuer. Où était passé son cœur ? Était-il tombé, comme ça, à ses pieds ? Était-il encore dans les mains d'Elsa ? Oui, ça devait être ça. Elle priait seulement pour que son professeur en prenne soin.
Elle ne pensait plus, ou alors seulement pour comprendre que comme ses cheveux teintés de la couleur qui l'avait toujours liée à Elsa, son âme venait de virer au bleu.
Alors ? Qu'en avez vous pensé ?
