C'est la foire d'empoigne ce chapitre… Littéralement XD

Bonsoir et bonne lecture à tous !


Chapitre 50 : Ondes et ricochets.


Au même moment où les deux jeunes membres des Yorozuya accompagnaient les deux gradés du Shinsengumi hors de l'hôpital, le quartier Kabuki avait illuminé toutes ses rues avec des néons multicolores et s'était peuplé des travailleurs de la nuit hâlant les passants pour faire leur publicité et harponner leurs potentiels clients. Les host clubs ne désemplissaient pas, tout comme les bars et restaurants dont les clameurs bruyantes se dissolvaient dans les airs aux alentours.

La foule était plutôt dense, comme si rien ne s'était produit ce matin, ce qui pouvait signifier que tant que le Shogun n'avait rien, la vie pouvait suivre son cours.

Et au milieu de cette foule, fendant la masse dense de passants, avançaient Kemono et Sougo.

Ce dernier se demandait encore ce qu'ils venaient faire dans ce quartier bien que trop familier, et même s'il marchait d'un pas décidé aux côtés de sa nouvelle coéquipière, il ne faisait au fond qu'imiter ses gestes et suivre sa direction générale.

Coéquipière qui se massa l'épaule gauche, non sans émettre un grognement.

-Tu as encore mal ? Demanda-t-il non sans trop s'y attarder.

Elle massa encore pendant quelques minutes le point douloureux, avant d'abaisser à nouveau son bras droit et de le laisser reposer sur son flanc droit.

-C'est bizarre, je me souviens pas avoir été blessée à cet endroit, ni même y avoir reçu un choc. C'est peut-être une crampe… Dit-elle de façon absente.

Un groupe de passants en kimono richement décorés et arrivant en sens inverse reconnurent alors l'uniforme de gradé de Kemono, et saluèrent le duo en s'inclinant légèrement en avant, non sans continuer leur route. Kemono en fit de même, imitée de près par Sougo.

-Rassure-moi, on est pas sortis juste pour patrouiller ici ? Demanda-t-il d'une voix las.

-Nous sommes ici pour deux raisons, à vrai dire répondit-elle. La première, comme tu peux t'en douter, est liée au futur, directement ou indirectement. Quant à la seconde, il s'agit de m'éviter moi-même.

-De t'éviter toi-même ? Releva-t-il.

-Je sais qu'à cette heure-ci, ce jour-ci, je ne serai pas présente en ces lieux. Et si je veux rétablir les choses sans trop modifier mon propre avenir, je dois éviter de me croiser.

Elle salua à nouveau d'une courbette polie et précise d'autres passants, puis continua :

-Et puis, j'ai le pressentiment que ce que j'ai vu du futur modifié est directement lié à ce moment précis.

Elle avait expliqué à Sougo pendant le trajet de la cachette de Katsura jusqu'à Kabuki, qu'elle avait déjà pu voir plusieurs fois de nouvelles scènes se rapportant au futur immédiat ou lointain, et que certaines de ces visions étaient bien des choses dont elle se souvenait, ou qu'on lui avait racontées après coup.

Mais il existait également parmi ces visions, une infime partie qui ne faisait aucun sens. Des évènements qui différaient de ce qu'elle savait ou avait vécu. Elle en avait donc conclu que ces visions additionnelles étaient bien le reflet des changements qu'elle avait apportés par sa présence et ses actes dans le passé.

Comme si ce qu'elle entreprenait changeait quelques éléments ça et là, sans pour autant changer l'issue finale du voyage.

-Une onde à la surface de l'eau ? Demanda alors Sougo.

Kagura acquiesça.

Elle avait en effet fait cette comparaison.

Si la catastrophe pouvait être comparée à une pierre jetée dans une mare, ses agissements à elle modifiaient la forme des ondes à la surface de l'eau créées par la pierre entrant en contact avec le liquide.

Sa théorie était donc la suivante : elle pouvait donc changer la forme et l'intensité des ondes, ou petits événements, entourant l'évènement principal. Elle ne pouvait donc pas changer ce qui serait au final.

Comme une rivière dont le cours se retrouverait scindé en deux, plusieurs chemins différents se dessinaient, pour irrémédiablement se réunir plus loin. Ses actions actuelles lui permettaient donc de changer de bras d'eau emprunté. Et elle espérait que modifier suffisamment de choses permettrait au ruisseau de sortir de son lit définitivement pour changer son cours.

Sougo l'espérait, lui aussi. Il espérait que tout cela serve bien à quelque chose, et que le cours du temps déraille pour partir dans une autre direction.

Kemono fit encore une autre courbette très précise à certains passants, ce qui ne manqua pas de faire pouffer de rire le policier.

Elle lui jeta un regard interrogatif, dont Sougo devina sans mal la question silencieuse.

-ça fait bizarre de voir quelqu'un d'aussi turbulent être aussi guindé, répondit-il alors non sans malice.

Elle détourna le regard sans rien répondre, se focalisant sur sa trajectoire à travers les fêtards sortis de bonne heure. Il se passa encore une bonne minute, avant que la jeune femme ne daigne dire un mot.

-Tu dois bien te rappeler que je n'ai rien à voir avec la Kagura que tu connais, Okita Sougo.

-ça, je veux bien te croire, dit-il avec son habituel visage impassible.

Impossible d'oublier l'écart monstrueux entre la gamine goinfre des Yorozuya et… Cette femme étrange. Sept années changeaient les gens en bien des choses. De bien des façons. Et même si sa fierté lui disait de ne pas se laisser mener par le bout du nez, il devait avouer que le calme prononcé et apparent de la jeune femme le déstabilisaient de plus en plus.

Elle lui lança à nouveau un regard, puis annonça :

-Nous sommes arrivés.

Elle désigna d'un rapide signe de la tête un host club mixte signalé par une pancarte lumineuse accrochée sur la façade d'un l'immeuble, et dont les néons aux couleurs chaudes projetaient un halo tout aussi invitant que ceux de tous les autres établissements. Un club que Sougo n'aurait sans doute jamais remarqué tout seul, dans cette mosaïque colorée de pancartes et de lumières collées les unes sur les autres.

Ils descendirent des escaliers éclairés d'ampoules oranges et jaunes, et dont les murs étaient ornés des portraits des différents hosts dont la compagnie pouvait être réservée.

Un jeune homme charmant aux longs cheveux blonds leur ouvrit la porte, non sans décocher un sourire ravageur à la Kagura du futur lorsqu'elle retira son chapeau. Elle lui répondit encore une fois en hochant de la tête, et sans même prendre la peine de lui décocher un sourire. De façon distante même, ce qui n'empêcha pas Sougo de jubiler intérieurement face à cette attitude. Sa Kagura aurait très certainement été embarrassée, ou au contraire se serait vantée éhontément d'un sex appeal qu'elle ne possédait pas. Du moins pas encore.

Il n'eut pas le temps de continuer sa réflexion qu'il fut agressé par le bruit ambiant de l'établissement où ils venaient de pénétrer. Des rires tonitruants aux discrets cliquetis provenant de la vaisselle des lieux, en passant par les mouvements frénétiques des serveurs et des hôtes allant ça et là, il avait presque envie de ressortir immédiatement. Il était déjà entré dans des hosts clubs avant, bien des fois même. Mais l'acoustique de la pièce située en sous sol semblait encourager le raffut incessant des lieux, au détriment de ses propres oreilles.

Il faillit en perdre de vue Kemono, qui s'affairait déjà à discuter avec un des serveurs derrière le grand bar de couleur noir et or qui longeait un des murs, juste devant ce qui semblait mener aux cuisines. Il l'entendit demander l'accès à une salle occupée à l'arrière, mais ne reconnut pas le nom qu'elle prononça ensuite. L'homme qu'elle interrogeait lui indiqua alors d'un signe de la main le début d'un couloir juste à côté du bar, ainsi que le numéro de la salle en question.

Le duo se dirigea alors vers le couloir, qui formait une sorte de U ressortissant un peu plus loin dans la pièce principale, et dont les côtés comportaient plusieurs portes menant à des pièces privées. On pouvait d'ailleurs entendre les fêtards hurler un peu plus de temps à autre, leurs cris tout de même en grande partie étouffés par le revêtement insonorisé des différentes cabines.

Kemono s'arrêta enfin, devant la salle numéro 5, et hésita. Elle s'écarta de la porte et se tourna vers Sougo.

-Il vaut mieux que ce soit toi qui entre le premier…

-Hein ? Pourquoi ? Interrogea Sougo, incrédule.

Il se demandait encore si la Yato ne lui préparait pas un coup fourré.

-C'est… Préférable, parvint-elle à dire.

« Pas si bavarde tout à coup, hein ? » se dit mentalement Sougo.

Il se ressaisit, et décida que de toute façon, il fallait bien rentrer à un moment ou à un autre.

Abaissant la poignée de la porte, il se retrouva submergé par un son horrible qui lui vrilla les oreilles.

Un type était en train de chanter sur le poste de karaoké. Enfin, Hurler serait le mot le plus approprié. Il était entouré d'une dizaine d'autres personnes vaquant à leurs occupations et se fichant royalement de la « prestation » qui leur était offerte. Peut-être étaient-ils sourds ?

Ils se tournèrent tous vers Sougo, même le type braillant à pleins poumons, dans un silence total à peine ponctué par une mélodie instrumentale d'une chanson jouant encore sur l'écran de la borne à karaoké.

Pas si sourds que ça finalement, s'ils avaient entendu la porte s'ouvrir malgré ce vacarme.

-Bah alors, c'est pas la serveuse mignonne de tout à l'heure ? Fit l'un d'eux, visiblement très déçu.

-Toujours pas de rab de crackers pour moi… Dit lascivement une petite blonde qui finissait son verre.

Remarques qui tombèrent dans l'oreille d'un sourd. Sougo avait le regard braqué sur une femme aux cheveux châtain, lisses et courts, qui le fixait avec méfiance du regard et dont le style vestimentaire lui était familier. Elle se leva soudainement, avec des mouvements raides et tendus, et Sougo dû regarder derrière lui pour voir que Kagura s'était avancée dans l'entrebâillement de la porte, se rendant visible aux yeux de tous. Il y avait une certaine tension dans l'air, et comprit immédiatement pourquoi Kemono lui avait demandé à lui d'ouvrir la porte : deux Yato se faisaient face, à moins d'une dizaine de mètres. Et il aimait encore moins l'idée que Kagura s'était servie de lui comme d'un bouclier. Il lui lança un regard noir.

-Oh, la police viens nous rendre visite ? S'étonna à haute voix le type qui avait torturé ses collègues de ses cris difformes.

Malgré le fait d'être en intérieur, il portait des lunettes de soleil aux verres ronds et opaques, et ses cheveux bruns ébouriffés n'étaient pas sans rappeler ceux du Patron des Yorozuya.

-On vient pas pour se battre, dit alors Sougo. On doit vous parler.

Enfin, du moins c'est ce qu'il pensait de la situation. Kemono n'avait pas vraiment été très précise quant à leur objectif ce soir.

-Tu m'étonne que vous venez pas pour vous battre ! Avec un type en civil et une beauté en uniforme, deux personnes, dans un lieu pareil ? S'esclaffa le chevelu. Rien d'officiel là-dedans, à moins que vous ayez les mêmes manières que ces moins que rien de Yakuza !

Son visage était familier à Sougo, mais il ne savait plus où il l'avait vu. Peut-être dans un rapport de police, mais à savoir lequel en particulier… Il n'était pas non plus du genre à tout retenir par cœur c'était plus la spécialité d'Hijikata, sur ce coup-là.

-Nous ne sommes pas venus nous battre, répéta Kemono. Et nul doute que vous n'agresseriez pas deux officiers de police sans être provoqués en premier lieu…

Cela sembla faire sourire encore une fois le marchand, prouvant qu'ils étaient sur la même longueur d'onde.

Un regard acéré se posa alors sur Sougo, passant outre les lunettes de soleil dissimulant les yeux de l'individu.

-Je suppose donc que vous êtes venus parler affaires, n'est-ce pas ?

L'ébouriffé avait dit cela avec un ton tellement sérieux d'un coup, que Sougo eut presque envie de poser la main sur son sabre. Mais se rappelant être pris littéralement entre deux Yatos sur la défensive, il chassa rapidement cette idée de son esprit.

Le chevelu posa alors une main sur l'épaule de la Yato qui se tenait à ses côtés, et reprenant un grand sourire, déclara :

-Faites donc de la place à nos amis, je paie une autre tournée !

Sourire qui se transforma soudainement en grimace de douleur, la Yato enserrant de sa main droite la main de l'homme posée sur son épaule. Et nul doute que ça devait être très douloureux, à l'expression de l'homme en question qui se tordait dans tous les sens en lançant à présent des regards pitoyables vers la Yato en question.

-M… Mutsu ! Ha... HAHA.. Tu… Tu m'fais mal ! Plaida-t-il d'une voix pitoyable, avec un air embarrassé.

Cette dernière, non sans afficher un regard exaspéré, retira la main maladroite de l'homme et s'assit à nouveau sur la banquette, non sans continuer de fixer avec intérêt les deux nouveaux arrivants. Le braillards s'assit à son tour à ses côtés, non sans masser sa main endolorie.

Le reste de l'assemblée s'était décalé suffisamment pour laisser de la place sur la banquette en face du Yato et de la personne semblant être leur patron, et vaquait de nouveau à ses occupations : boire, rire très fort, et manger tout ce qui se trouvait à portée de bras. Comme s'ils n'avaient jamais été interrompus en premier lieu.

Le jeune gradé du Shinsengumi hésita encore un peu, puis s'approcha, suivi de près par Kemono. Ils prirent place à l'endroit indiqué, Kemono sur sa gauche, avant de faire les présentations requises.

-Bon, je suis Sakamoto Tastuma, à la tête de la flotte marchande interplanétaire Kaientai ! Dit l'homme avec un grand sourire dévoilant toutes ses dents. Mais vous le saviez probablement déjà ! Et tous les gens autour de vous font partie de mon équipage. Et elle…

Il désigna d'un signe de la main la Yato se trouvant à ses côtés, qui ne daigna même pas lui porter un regard en retour.

-Elle… C'est Mutsu, mon bras droit !

Visiblement, la jeune femme n'était pas d'accord avec la description de son poste, et ressentit le besoin de préciser :

-Je suis la nounou de cet abruti. Je suis là pour rattraper toutes ses conneries, y compris quand il fait trop rapidement confiance à de parfaits inconnus

Sur ces mots, Mutsu lança un regard soutenu aux deux arrivants.

« Message bien reçu, clair et net », se dit mentalement Sougo.

Sakamoto Tastuma, lui, éclata de rire de sa voix bruyante, avant de se reprendre.

-Je suis le Capitaine de la première division du Shinsengumi, Okita Sougo se présenta-t-il. Et ça c'est…

Mince… Comment il devait la présenter, au juste ? Le temps qu'il pèse le pour et le contre de chaque option, la Kagura du futur avait déjà pris la parole.

-Kemono, Vice-Commandante suppléante du Shinsengumi, actuellement détachée à cette unité.

En même temps qu'elle s'était présentée, elle avait aussi soutenu le regard de Mutsu. Sougo se demanda même si elle tentait d'envenimer la situation, ou au contraire de la désamorcer. Il n'était pas vraiment au fait de ce qui se passait quand deux Yato se rencontraient, mais vu les dégâts dans le parc à proximité du quartier Kabuki, ça ne présageait jamais rien de bon. Il espérait donc que Kagura faisait plus d'efforts pour faire ami-ami, que se mettre à dos l'autre Yato.

-Et donc, qu'est-ce que le Kaientai peut faire pour la police spéciale du Bakufu ? Demanda Sakamoto tout en se grattant le crâne d'un air distrait. Encore une fois, ça me semble pas vraiment officiel, comme visite…

-Nous venons pour demander votre assistance dans une affaire portant atteinte à la sécurité de la capitale, commença Kagura. Un danger auquel vous avez déjà été malencontreusement exposés il y a peu…

Cela sembla déclencher quelque chose chez le marchand, qui baissa légèrement la tête, révélant deux yeux acérés au dessus de l'armature de ses lunettes de soleil. Et visiblement, la fête tout autour d'eux s'était arrêtée en même temps, l'attention de tous les occupants de la pièce a présent focalisée sur les deux nouveaux arrivants.

La tension était telle qu'on aurait pu trancher l'air avec une lame. Cela déplut à Sougo, qui porta instinctivement la main à son sabre.

Il se prit une claque à l'arrière du crâne de la part de Kemono, ce qui l'énerva encore plus.

-Qu'est-ce qui te prends grosse tarée ?! Grogna-t-il. Tu m'as presque scalpé !

Sa coéquipière du moment lui lança un regard exaspéré.

-Qu'est-ce qui te prends à toi, Okita Sougo ! Répliqua Kagura. Arrête de douter de tout et tiens toi tranquille !

Sérieux de la situation ou pas, il allait lui dire très graphiquement sa façon de penser, quand ils furent interrompus par le rire insupportable de Sakamoto Tatsuma.

-Allons, allons ! Les couples devraient pas étaler leurs disputes conjugales en public ! Je sais que vous aimez ça, vous les jeunes, mais on a plus sérieux à discuter ! Et c'est comme la charmante demoiselle dit, on va pas se mettre à agresser deux policiers sans raison ! HA HA HA !

-Qu-quoi ?! S'exclamèrent en cœur les deux policiers, tout en se désignant chacun de l'index. AVEC LUI / ELLE ?!

Sougo sentit la bile lui monter dans la gorge. Avec l'autre tarée ?! Jouer au couple idiot ?! Jamais on ne l'y prendrait ! Déjà que la Kagura de son époque était insupportable ! Fallait vraiment avoir une case en moins pour penser un seul instant que ces deux-là pouvaient finir ainsi !

Il afficha une expression de dégoût et d'indignation exagérée, tout en faisant mine de vomir.

Sakamoto rigola de plus belle face à deux réactions agréablement et diamétralement opposées.

Car si Sougo, dans toute son immaturité, faisait la tronche, la Kagura du futur, elle… Rougissait ?

Et pas qu'un peu. Ce qui décontenança Sougo, encore une fois.

Elle n'avait pas le visage masqué par ses bandages, depuis la dernière fois. Donc aucun moyen de cacher le rose qui s'emparait de ses joues. C'était trop beau pour laisser passer une occasion pareille de l'enfoncer.

-Ben alors, on pense à des trucs indécents ? Sourit-il avec un sourire mauvais. Tu veux partager avec nous-

Kemono lui serra le bras gauche. Très fort.

Le rose avait définitivement disparu de ses joues, son visage regagnant sa pâleur fantomatique égalée seulement par sa chevelure, et deux fentes d'un bleu profond le fusillaient du regard sur place. Elle lui lançait clairement le défi d'en dire plus, sans doute pour lui arracher le bras, dans le pire des cas.

-ça fait MAL BORDEL ! S'écria-t-il.

Même Mutsu lui lançait à présent un sale regard, depuis l'autre côté de la table.

-HA HA HA HA HA HA ! Rigola Sakamoto. Ah, la fougue de la jeunesse. On était aussi comme ça, hein, Mutsu chérie ?

Il leva le bras comme pour le passer autour de la Yato, mais cette dernière l'agrippa en plein vol et serra également, ce qui provoqua également un cri de douleur de la part de l'homme en question.

-Je ne me rappelle pas à un moment ou à un autre avoir eu ce genre de relation désastreuse et immorale avec vous, Boss. Dit Mutsu avec une voix menaçante. Et je vous prierai de garder vos fantasmes de détraqué pour vous-même quand nous avons des invités.

-HAHA HAHA HAHA ! C'est Mutsu pour vous ! Toujours aussi timid- AAAAAIE !

Le dernier commentaire n'avait pas plus à la Yato, qui avait brièvement reserré son étreinte sur le bras déjà malmené de son patron. Si bien que Sougo se demanda si l'homme en question était vraiment en charge ici, vu la façon dont la Yato le malmenait.

Les deux jeunes femmes se lancèrent un regard, et d'un commun accord silencieux, relâchèrent toutes les deux leurs victimes respectives. Victimes qui se massèrent le bras, avant que le sérieux ne reprenne possession des lieux.

-Par un danger auquel on a déjà été exposés, vous voulez parler… Du poison qui a été introduit dans la ville ? Demanda Mutsu.

Kagura acquiesça d'un signe de tête.

-Malheureusement, ce n'était qu'une partie du problème, dit-elle. Il y a eu certains développements depuis.

Mutsu sembla énervée par la nouvelle, et seul un tic nerveux au coin de ses lèvres trahit son état d'esprit sur le moment. Ce qui ne fut pas le cas de certains membres d'équipage, qui commencèrent à vivement chuchoter entre eux. Visiblement, le sujet était prompt à agiter tout le monde.

-C'est pas vraiment une requête officielle, comme vous vous en doutiez, reprit Sougo. Et ça ne pourrait pas l'être, vu l'état actuel des choses. On ne sait pas trop à qui on peut faire confiance, et on veut aussi éviter une panique de masse dans les rues.

-Je vois… Mais en même temps, je sais toujours pas ce que vous voulez au Kaientai en particulier… Remarqua pensivement Sakamoto.

-On a des raisons de croire que les ennuis vont arriver du ciel, enfin, de l'espace. Continua le Capitaine du Shinsengumi.

-En d'autres termes, et pour aller droit au but : Vous avez besoin de notre flotte en appui, c'est ça ? Déduisit Sakamoto.

Touché. En plein dans le mille. Le marchand continua sur sa lancée :

-Et donc, il vous faudrait combien de vaisseaux ? On peut vous les louer à l'unité ou par lot, si vous voulez.

-Nous les louer ? Releva Sougo.

-Le carburant, c'est pas gratuit… Sourit Sakamoto. Je peux vous faire le vaisseau à 150 000 Yens l'heure !

Le prix exorbitant fit bondir le Capitaine du Sinsengumi sur place.

-Vous essayez pas de nous arnaquer ? Enfin, le gouvernement, plutôt ? Grimaça Sougo.

-Le carburant est pas donné… Répéta Sakamoto avec malice. Surtout avec les dernières taxes que le Bakufu a mises en place…

Et à présent, Sougo voyait enfin où ce roublard de négociant voulait en venir. Ça allait devenir intéressant.

-C'est sûr que les taxes sur le carburant spatial sont relativement élevées, dit Sougo. Mais je suis sûr que le gouvernement accepterait de faire un geste commercial, si on lui rendait un grand service…

Il tourna la tête vers Kemono et continua :

-Il faudrait avoir sous la main des officiers du gouvernement relativement haut placés pour ça, non ?

Kemono acquiesça d'un hochement de tête, sans trop comprendre où il voulait en venir. Elle devait sûrement avoir besoin d'un indice.

Sougo la désigna alors du doigt et tout en faisant à nouveau face à Sakamoto, proposa :

-Cette gradée est assez haut placée pour faire parvenir votre éventuelle requête concernant les taxes. Mais… Est-ce que vous avez ce qu'il faut en face ?

Sakamoto Tatsuma éclata de rire.

-Je vois qu'on va peut-être s'entendre, après tout ! Qu'est-ce que vous proposez concernant les taxes ?

-Réduction de 50 %. Dit fermement Sougo.

-100 %! Contra Sakamoto. C'est dangereux ce que vous devez faire ?

-50 % et l'entièreté de votre flotte, ajouta Sougo. Pas plus que vos voyages longue distance.

Kemono et Mutsu observèrent la joute verbale avec attention et enthousiasme. Le reste de l'équipage semblait aussi intéressé par l'issue de la confrontation, notamment car une diminution des taxes sur le carburant pouvait augmenter la marge et le bénéfice net du Kaientai, et donc leurs salaires.

-100 % et je vous fournit la moitié de la flotte du Kaientai ! Par longue distance, vous voulez dire avec les Harusame à repousser ?

-50 %, toute la flotte, pas de frais de location, insista Sougo. Et ça se peut, on est encore sûrs de rien. On parle de combien de vaisseaux en tout dans votre flotte ?

-Mmh… Vous êtes durs en affaires… Réfléchit à voix haute Sakamoto. Ona 9 vaisseaux en tout… 90 % et pas de frais de location !

-60 %, Pas de frais de location, toute la flotte. Sous deux jours. Renchérit Sougo.

-Sous deux jours ?! S'exclama Sakamoto. Ça risque d'être juste… Surtout pour toute la flotte… Une partie de nos effectifs est hors du système solaire, et même en les rappelant maintenant et en faisant la route en hyper espace, ils risquent de ne pas arriver à temps…

-Il nous les faut quand même, reprit Sougo. Je suis prêt à donner 20 % de réduction en plus s'ils arrivent dans les temps. Toujours en plus des conditions précédentes.

Le marchand sourit. Apparemment l'offre était plutôt alléchante.

-Il nous faudra aussi un vaisseau immédiatement, se permit d'intervenir Kemono. Peu importe sa taille. Mais il faut des détecteurs longue portée assez puissants.

Sakamoto prit un air confiant. Il avait encore un peu de marge de manœuvre, et proposa son offre finale :

-70 %, avec un bonus de 20 % si le reste de ma flotte arrive à temps, soit une réduction totale de 90 % sur les taxes. Pas de frais de location, et on vous file un de nos navires escortes maintenant.

Sougo sourit à son tour, et tendit une main au-dessus de la table basse qui les séparait. Le marchand ne se fit pas prier pour la lui prendre, et la serrer et secouer vigoureusement.

-ON A UN DEAL ! S'exclama le patron du Kaientai. TOURNÉE GÉNÉRALE !

Proclamation aussitôt suivie de cris de joie emplissant soudainement la pièce.

Kemono, elle, poussa un soupir de soulagement.

Avec Sakata Gintoki d'un côté pour essayer de débusquer la 7eme flotte des Harusame, et eux prêts à faire barrage face au mystérieux vaisseau devant arriver sous peu, elle sentait que les choses se précisaient. Si elle pouvait joindre le vieux Matsudaira, leur plan pour un assaut en pince pouvait fonctionner.

Mais il y avait encore beaucoup d'inconnues dans cette équation complexe, et crier victoire maintenant pouvait être prématuré comme présomptueux.

-Et donc, reprit Sakamoto Tatsuma Où est-ce que ma flotte devra se positionner ?

-Nous avons estimé que l'ennemi suivrait une approche à découvert, donc si vous pouvez vous cacher près d'un des satellites de Jupiter, cela permettrait une interception rapide, répondit Kemono.

-Je vois… Vous pensez que les gaz de Jupiter permettraient de dérégler momentanément leurs radars… Analysa Sakamoto. Mais ça va le faire ! Le reste de ma flotte arrivera à temps !

-Et combien de vaisseaux on aura, en attendant le reste de cette flotte ? Demanda Sougo. C'est bien joli tout ça, mais s'il y a des imprévus, je ne donne pas cher de notre peau…

S'ensuivit un rire nerveux de la part du marchand.

-Ils arriveront à temps, je vous le dis… Pour l'instant, on a juste le Kairinmaru et deux navires éclaireurs.

-Donc un grand vaisseau et deux petits ? Grimaça Sougo. J'ai l'impression de m'être fait avoir, sur ce coup…

Mais Sakamoto afficha une expression confiante.

-Je peux vous assurer qu'ils arriveront au moment parfait. Il n'y a pas de meilleure motivation pour nous autres marchands que l'argent, après tout.

Puis, se tournant vers la Yato, il ajouta :

-Mutsu, envoie immédiatement un message par les relais sub-espace du Terminal à nos autres vaisseaux. Dis leur de revenir immédiatement vers la Terre à vitesse maximale. Peu importe s'ils ont déjà des négociations en cours, cet ordre est prioritaire. Et insiste bien sur le fait que tous les équipages qui arriveront en temps et en heure auront droit à une augmentation permanente de 10 % de leur salaire net !

-C'est compris ! Acquiesça la Yato avec un sourire complice.

Elle s'excusa et sortit immédiatement de la pièce encore en plein effervescence.

Puis le dirigeant du Kaientai reporta son attention sur les deux policiers, et commença à fouiller les poches de sa veste.

-Je vais vous confier le pass pour accéder à notre embarcadère privé dans le Terminal, dit-il. Ainsi que les codes de démarrage pour le Chibimaru.

Il sortit une sorte de carte gris métallique, et s'empressa de noter une série de chiffres et de lettres sur un calepin, avant d'en arracher la page, et de tendre le tout à Sougo.

Ce dernier regarda rapidement le pass et le papier.

- « Ory04ev3r » ? C'est ça le mot de passe ? Releva Sougo, un brin désemparé.

Tatsuma se contenta de hausser des épaules, ne voulant pas s'étaler sur ses précédentes cuites et le comportement peu civilisé qu'il avait pu avoir à la suite.

-Mais ça m'étonne tout de même que ce soit si facile, reprit le Capitaine du Shinsengumi. On se connaît à peine, alors même en étant du gouvernement, qu'est-ce qui vous dit qu'on va pas vous rouler ?

-Je vous connais pas vraiment en effet, mais si je dois en juger par la description que m'a donné Kintoki…

Il désigna d'un rapide signe de tête Kemono.

-Cette demoiselle doit être celle qui l'a prévenu pour le poison, et qui essaie d'empêcher tout ça. Termina le marchand.

Kemono approuva d'un hochement de tête.

-Alors, l'amie Yato qui a été empoisonnée… Commença-t-elle.

-C'était Mutsu, oui. Soupira bruyamment Tatsuma. On a rien pu faire pour le reste de l'équipage, et même pour elle c'était pas gagné. Mais rien que le fait de savoir que ce n'était pas mortel pour elle m'a vraiment soulagé…

La lassitude pouvait se lire sur le visage du marchand, mais il se reprit très rapidement en main.

-Donc sachant que peu de personnes savaient où nous trouver précisément à ce moment de la journée, et prenant en compte le fait que vous correspondiez à la description, ça ne pouvait être que vous ! Conclut Tatsuma. Et si Kintoki vous fait confiance, y'a pas de raison que j'en fasse autant !

Il rigola encore un bon coup.

Sougo, lui, put voir l'ombre furtive d'un sourire chaleureux sur le visage de la Kagura adulte.

Ce type ne savait même pas qui il avait réellement en face de lui, mais faire le rapprochement avec un de ses anciens compagnons d'arme lui avait vraisemblablement suffi pour leur accorder la même confiance. Il commençait également à comprendre pourquoi la Yato l'accompagnant pouvait se montrer aussi stricte.

D'un commun accord, Kemono et lui prirent congé du petit groupe, et se retrouvèrent à nouveau dans les rues à présent un peu plus calmes mais toujours aussi peuplées, sur le chemin du retour.

-On doit parler de tout ça à Kondo-san, dit alors Sougo.

-Je pense aussi que c'est le bon moment. S'ils se sont débarrassés de tous les traîtres, nous pouvons enfin mettre le Shinsengumi en action. Répondit Kagura en acquiesçant. Mais nous devront également contacter le vieux Matsudaira. Je ne suis pas sûre qu'il pourra intervenir comme il le veut, en revanche.

-à cause des pression d'ordre politique ? Interrogea Sougo, sans trop croire que Kagura pouvait l'éclaircir sur un sujet aussi complexe.

A sa grande surprise, elle put toutefois lui en dire un peu.

-On sait que le Shogun a été mis en place par les Amanto. Il est à la tête de ce pays, mais ça ne veut pas forcément dire qu'il peut faire tout ce qu'il veut, lui et ceux qui doivent lui obéir. Les Amanto ont le dernier mot, et si on doit contrer un de leurs vaisseaux, le Shogun comme Matsudaira auront peut-être les mains liées.

-Sans parler du fait que le Shogun est techniquement porté disparu depuis plusieurs heures, grâce à nous, concéda Sougo en soupirant.

-Avoir recours au Kaientai est donc une bonne solution, mais j'ai bien peur qu'il s'agisse de la seule solution que nous ayions. Conclut-elle.

Ils soupirèrent longuement tous les deux. Les choses se compliquaient déjà avant même l'heure et le jour donné.

-Au fait, tu avais vraiment autorité pour débattre des taxes comme ça à la légère ? S'enquit Kagura. Je te rappelle que je n'ai pas d'existence légale, donc je peux rien faire à mon niveau. Et je me doute que tu vas pas non plus revenir sur ta parole…

ça, pour tenir parole… Il allait en effet la tenir. Il n'était pas du genre à faire des accords ou des promesses dénuées de poids. Mais il n'avait pas non plus pris les choses à la légère.

-Ah, ça ? Disons que je laisserai un de mes supérieurs l'annoncer à Matsudaira, qui l'annoncera lui-même au Shogun à son retour.

Il sourit de façon purement sadique, avant d'ajouter :

-Je ne suis pas non plus un haut gradé, après tout.

Plusieurs quartiers au loin, un certain Vice Commandant démoniaque du Shinsengumi, encore assis à l'arrière d'une voiture de patrouille le ramenant au quartier général, éternua bruyamment avant de frisonner violemment.

-ça va pas Toshi ? Demanda Kondo, qui se trouvait assis au siège passager avant.

-Si… Trembla Hijikata. J'ai juste eu... Comme un mauvais pressentiment…


A suivre…


Et voilà pour ce chapitre ! Pas de ref à expliquer ce coup-ci!

J'ai été super heureuse de voir le bruyant Sakamoto débarquer à nouveau dans l'histoire ! J'adore l'écrire, et Mutsu est tellement une bonne contrepartie à son idiotie apparente que j'éclate de rire à chaque fois que ces deux là interagissent !

La scène de négociation a été ma préférée aussi, on sentait bien qu'ils jouaient aux échecs en 4 dimensions, 4 univers parallèles en avance sur nous JPP.

Le site a également réparé le bug sur les updates, donc tout est bien qui finit bien !

A la semaine prochaine pour la suite !