Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date : 5 novembre 2020

Bêta : Elda

Fandom: D Gray Man

Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé : Après s'être réveillée au XIXème siècle, Ennaël prend le nom d'Eve et devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Elle prend conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour l'avenir surtout quand débarquent petit à petit Road, les jumeaux, Allen, Tyki, Le comte, Lulubell et Skin Bolic.

En essayant de fuir le Comte, Eve rencontre Victor Hugo qui lui passe un tas d'informations sur la guerre sainte avant de mourir. Eve se découvre un étrange talent pour les instruments de musique et se demande avec horreur si elle ne serait pas le 14ème. Cela n'aide pas que le comte ait découvert ses talents et semble s'intéresser de plus en plus à elle.

Elle se dispute ensuite avec Tyki qui manque de la tuer avec ses pouvoirs Noah, commence une correspondance avec Conan Doyles et re-manque de mourir de la tuberculose. Suite à cette épreuve, Eve semble vraiment s'être intégré à la dynamique familiale… tellement que quelque mois plus tard, elle apprends le même jour qu'elle s'est fait adopté par le Duc Campbell (le Comte) et qu'elle va épouser Tyki. Eve a vraiment envie de s'immoler par magie. A oui parce qu'elle a découvert qu'elle pouvait faire de la magie entre temps. Meh.

Et au dernier chapitre : Eve rencontre un homme au cirque et se rappelle tout à coup de… qui elle est vraiment.


Et on est partit pour le dernier chapitre avant l'épilogue : (une partie de) l'histoire de vie d'Eve !

Bon, c'est un format très différent des chapitres que je fais habituellement, j'espère que vous apprécierez tout de même !

Bonne lecture :D


Je pense qu'il est grand temps que je vous raconte une histoire...

A l'extrémité des terres administrées par le Marquis Kamelott, à une bonne heure du Manoir, se trouvait un petit village sans grande importance. Coincé au milieu d'une forêt elle-même emprisonnée entre deux collines rocailleuses, il était assez rare que quiconque s'y arrête sans le faire exprès. Il faut dire, la seule chose qui nourrissait les gens du coin, c'était les quelques mines de charbons à flanc de colline. On aurait pu croire que les mineurs auraient été attirés en masse et que le village aurait grandi en une ville prospère et, en fait oui, cela avait été le cas dans le passé. Mais désormais, les mines étaient presque toutes à sec et le peu qu'il en restait était jalousement économisé par son gérant, Monsieur Manley Ashwood.

Investi par le Marquis Kamelott du droit et devoir de diriger le bon fonctionnement des mines et du village, avait fait fortune grâce à son sens aigu des affaires et son implacable rigidité. Autoritaire et perfectionniste, l'homme avait rapidement bâti une série de magasins de produits de nécessités diverses dans les villages alentours allant même à en ouvrir un à Londres. Il était universellement révéré et redouté pour son sens de la justice implacable et ses trop grandes attentes.

Son sens du devoir l'avait, peu après avoir été nommé maire, amené à prendre femme en la personne de Sophia Delware, la fille aînée d'un de ses possible partenaire d'affaire. Sophia était discrète et peu loquace et amenait avec elle une dote conséquente et des contrats prolifiques. Grâce à cela, Monsieur Ashwood n'avait plus à s'inquiéter des mines presque à sec et pu se concentrer sur la création de son empire. Mais évidemment, tout bon roi se doit d'avoir un héritier et Sophia lui offrit bientôt un fils aîné, Johan. Le chérubin était en tout point similaire à son père, les mêmes cheveux pâles et yeux gris dur et cela ne changea pas en grandissant. Autoritaire et sûr de son destin, il entra bientôt comme apprenti chez son père et jamais Manley ne pensa à prendre autre héritier. Pourtant, les autres enfant que lui fit Sophia n'étaient pas si mal.

La seconde, à peine deux ans plus jeune, Rosalie, était un modèle de vertu. Intelligente mais composée, elle savait habilement rediriger la conversation pour amener les autres à faire ce qu'elle voulait en toute discrétion. Cela ne voulait pas dire qu'elle n'était pas aimante, au contraire, elle semblait avoir une patience infinie pour ses frères et soeurs. Mais, hé bien, malgré tous ses talents, elle était née femme et dès son premier souffle, son père ne la destina, au mieux, qu'à un mariage arangé en vue d'obtenir un titre de noblesse tant désiré.

Même le second garçon, né enfin après deux fausses couches et cinq ans plus jeune que l'aîné, n'avait pas pu récupérer les grâces de son père. Constamment comparé à Johan, le garçon en vint dès que possible à faire tout le contraire des souhaits de son père, comprenant bien qu'il n'arriverait jamais à le rendre fier. Heureusement, sa soeur Cécilia, de deux ans sa cadette, était rapidement devenue son compagnon de misère. Elle-même à peine considérée par ses parents en tant que quatrième enfant, n'avait pas tardé à suivre les pas d'Andrew, quitte à devenir une fauteuse de trouble constamment en difficulté.

Restait alors le cinquième enfant, Eleanore, une troisième fille née presque quatre ans après la dernière. C'était une chose timide, hésitante qui ressemblait à sa mère dans le sens qu'elle ne pouvait dire un mot pour elle-même et à son père de par son physique identique. Il faut avouer que la mort de Sophia en couche alors qu'Eleanore approchait les quatre ans n'avait pas arrangé les choses. Le nourrisson n'avait même pas survécu au sacrifice de la mère et c'est par dépit que Manley Ashwood avait confié sa plus jeune fille aux soins de la deuxième pendant qu'il enseignait à l'aîné. Rosalie avait donc élevé Eleanore avec tout le soin dont elle était capable, mais ça n'avait pas été assez. Cependant, il était difficile de demander des comptes à la jeune fille alors qu'elle était elle-même encore une enfant à l'époque. Dans l'état, Rosalie avait fait du mieux qu'elle le pouvait au milieu d'une fratrie jalouse et ignorée. Au moins, Eleanore n'avait pas grandit sans amour, ce qu'il était plus difficile d'affirmer pour Andrew et Cécilia.

Il fallait cependant donner ce bon point à Manley, les enfants n'avaient manqué de rien. Sûr de sa bonne fortune, Monsieur Ashwood n'avait pas tardé à faire bâtir une grande maison en périphérie du village et employait pas moins de quatre serviteurs pour prendre soins de sa famille. Ainsi, la fratrie Ashwood avait grandi dans cette villa trop grande pour le nombre d'habitants, petits rois d'un royaume oublié.

Bientôt, Johan était marié à Eugénie par son père. Comme celui de Manley et Sophia, ce n'était pas un mariage d'amour mais plutôt d'affaire. Heureusement, les jeunes mariés étaient assez conciliants pour faire fonctionner les choses et aux fils des années, ils devinrent même amis. Ils eurent très vite une fille, Aimy Ashwood mais ensuite, les fausses couches s'enchainèrent au grand désespoir de Manley. Lui qui espérait un petit-fils pour assurer son affaire ne sut pas quoi faire. En désespoir de cause, il se tourna pour la première fois vers ses autres enfants. Rosalie n'avait pas attendu son père, cependant, et avait trouvé un bon parti auprès de Silas Darleston, un petit Lord fauché mais aimant. Manley était au ange et il accepta l'union des deux sans tarder. Il disposait de l'argent après tout mais il n'avait pas de titre alors cela arrangeait bien ses affaires.

Andrew et Cécilia, cependant, bien que d'abord très heureux d'être au centre de l'attention de leur père, furent bientôt étouffés par les attentes de ce dernier. Les deux jeunes adultes ne s'étaient pas rendu compte de la liberté dont ils disposaient auparavant. Cécilia, qui avait jeté son dévolu sur Kyle, le fils du tailleur du village se retrouva bientôt promise à un partenaire d'affaire de son père sans son avis. Andrew quant à lui, ne pouvait plus fricotter avec telle ou telle femme sans que Manley le rabroue publiquement et le traine à des leçons, essayant de lui apprendre en quelques mois ce que son frère avait pris des années à maîtriser.

C'est là où en était la situation familiale lorsque le drame avait frappé.

Revenus pour une réunion de famille, Manley, les cinq enfants Ashwood ainsi que leurs conjoints et la petite Aimy était à la grande maison l'après-midi du vingt-cinq décembre 1884. Ils avaient passé les derniers jours ensemble et la tension était à son comble. Manley et Andrew s'étaient déjà disputés trois fois, Cécilia vocalisait son mécontentement aussi fort que possible et Johan restait de marbre, dérouté de ne plus être le premier choix de son père. Dans l'ambiance lourde, la jeune Eleanore, pour l'instant à l'abris des machinations de son père, se faisait la plus petite possible, jouant avec Aimy pour rester à l'écart des autres. Malheureusement pour elle, Rosalie n'avait aucune intention de la laisser faire et passa, comme à son habitude son séjour en tant que médiatrice, apaisant son père, rassurant Johan et disciplinant les plus jeunes. Malgré son emploi du temps chargé, elle trouva tout de même moyen de passer du temps avec Eleanore. Comme maintenant par exemple, où les deux filles étaient assises au piano jouant un duet qu'elles avaient trop souvent travaillé plus jeune.

"Tu t'es encore améliorée depuis la dernière fois ! Tu as vraiment en don pour le piano, Eleanore." Sourit Rosalie après avoir appuyé sur la dernière touche alors qu'Aimy applaudissait de ses petites mains potelés à côté d'elles. Eleanore rosit aussitôt au compliment, remerciant sa grande soeur timidement tout en lui assurant qu'elle était encore plus douée. Eleanore avait pratiqué diligemment le piano tous les jours depuis son plus jeune âge. Ce n'était pas le cas de Rosalie qui avait abandonné quelques années auparavant et qui pourtant la suivait encore bien. Mais l'aînée n'était pas d'accord. "Si seulement ! Tu m'as dépassé depuis longtemps mais c'est sûr que ce gros ventre n'aide pas les choses." Sourit Rosalie en caressant son ventre rond du bout des doigts. Elle attendait un enfant avec Silas et était presque à huit mois. Son mari n'avait pas voulu qu'elle vienne rendre visite à la famille dans son état mais Rosalie n'avait rien voulu entendre et Silas avait dû abdiquer. Personne ne se mettait en travers du chemin de l'aînée des Ashwood, pas même leur père…

Et surtout pas Cécilia… pensa Eleanore morose lorsque sa seconde grande soeur entra dans la pièce avec un air ennuyé. "Heureusement qu'elle est bonne au piano, c'est bien sa seule qualité." Se moqua-t-elle et Rosalie se leva aussitôt pour réprimander la cadette. Malheureusement pour Eleanore, c'est ce moment que choisit la mère d'Amy, Eugénie, pour appeler Rosalie et Eleanore se retrouva bientôt seul avec Cécilia et la petite Aimy. Baissant la tête, s'attendant à une autre remarque blessante, Eleanore attrapa Aimy dans ses bras pour empêcher le bambin d'embêter sa tante et provoquer sa fureur.

"J'ai été trop dure, tu es aussi bonne pour t'occuper des enfants." Dit tout à coup Cécilia mais Eleanore ne releva même pas la tête: c'était trop beau pour être vrai. "C'est une bonne nouvelle, même si tu es trop moche pour trouver un mari, tu pourras au moins être la gouvernante d'un petit Lord." Se moqua sa soeur et le silence s'attarda entre elles. Eleanore savait ce que voulait Cécilia, elle voulait qu'Eleanore lui réponde pour qu'elle puisse se défouler encore plus mais la jeune fille ne lui donna pas satisfaction et bientôt Cécilia partit avec un dernier regard dégoûté.

Eleanore sourit tristement. C'était une petite victoire pour elle, n'est-ce pas ? Mon dieu qu'elle était pathétique… elle ne pouvait même pas empêcher sa soeur de lui marcher dessus… Cécilia avait raison… Soupirant, Eleanore sursauta lorsque la petite main d'Aimy tapota sa joue avec un petit "Tante Anore?" curieux. Baissant les yeux vers le bambin dans ses bras, la jeune fille sourit plus réellement avant de chatouiller Aimy faisant aussitôt exploser une bulle de rire du bébé qui lui réchauffa le coeur. Repoussant ses problèmes à plus tard, Eleanore profita de sa nièce pour quelques heures de plus avant de se diriger tristement avec elle vers le hall lorsque quatre heures sonna. Comme elle s'y attendait, tout le monde était déjà en train de s'affairer dans l'entrée, préparant le départ de l'aîné avec des gestes efficaces et rapide.

Manley Ashwood ne tolérait pas le retard.

Il ne tolérait pas les effusions d'émotions non plus d'ailleurs. Remettant Aimy à sa mère, Eleanore déposa discrètement un dernier baisé sur la tête blonde de la fillette avant de dire rapidement ses adieux à Eugénie. Johan était trop occupé à échanger ses derniers mots avec Manley alors Eleanore ne l'interrompit pas, reculant rapidement vers le fond près des serviteurs où Lucille, leur jeune bonne à tout faire, lui offrit un sourire rapide. Manley répétait encore une fois à Johan de recalculer les taxes de début d'année pour les Kamelott comme s'il ne lui avait pas déjà dit chaque jour depuis qu'il était ici.

Enfin, le chef de maison les laissa partir et Johan, Eugénie et Aimy disparurent dans un fiacre à destination de Londres. Eleanore regarda la voiture jusqu'à ce qu'elle tourne au fond de l'allée, disparaissant avec une pointe de jalousie. Elle aussi aurait voulu aller à Londres… Soupirant, elle se tourna vers le reste de sa famille, entendant Cécilia demander pourquoi Rosalie n'était pas rentrée avec Johan pour rejoindre son mari Silas resté à la capitale.

"Je vais rentrer la semaine prochaine, ne me dis pas que tu en as déjà assez de m…" La taquina Rosalie avant d'être tout à coup interrompu par un claquement sinistre.

Sursautant, Eleanore se retourna précipitament pour voir Andrew, une main collée à sa joue, fixer leur père avec un regard noir. "Je ne tolérerai pas ton attitude plus longtemps ! Mon fils ne sera pas un bon à rien." Grogna Manley avant d'ouvrir une nouvelle fois la bouche pour laisser un flot de reproches s'en échapper. Eleanore n'hésita même pas une seconde et suivit furtivement les serviteurs aux cuisines. Rosalie allait s'en occuper, intervenir ne ferait qu'envenimer les choses, pensa nerveusement Eleanore.

"Quelle histoire ! Est-ce qu'il a vraiment mis enceinte Jeannette ?" Lui murmura Lucille aussitôt passé les portes de la cuisine et Eleanore répondit qu'elle ne savait pas réellement ce qu'il c'était passé. Cécilia le saurait sûrement, mais Andrew ne se confiait jamais à la plus jeune. Au loin, l'écho de hurlements résonnaient encore.

"Lucille, cesse de raconter des sottises et épluche ces légumes." Répliqua aussitôt Randolphe, le chef cuisinier de la maison et le père de Lucille. Lui, sa femme, sa fille et un garçon à tout faire était les serviteurs des Ashwood. Ils avaient été là aussi longtemps qu'Eleanore s'en souvenait et bien souvent, Eleanore pensait que son amitié avec Lucille était la seul chose qui lui avait permis de supporter le départ de Rosalie. "Miss Eleanore, vous ne devriez pas être ici…" Soupira l'homme mais il y avait peu de force dans sa voix. Eleanore se faufilait aux cuisines pour voir Lucille depuis des années et son père avait depuis longtemps abandonné de leur faire respecter les convenances. L'homme était si gentil et il aimait sa famille à n'en point douter. Eleanore s'était souvent pris à rêver de faire partie de leur famille, que Lucille soit sa soeur au lieu de Cécilia mais elle revenait souvent à la réalité ensuite. Elle n'aurait pas pu jouer du piano si elle avait été servante et au moins un bel avenir l'attendait même si elle n'avait pas de présent.

"En parlant de sottise, Kyle a trouvé un apprentissage dans le village voisin. Miss Cécilia va être verte de rage !" Gazouilla Lucille en pelant ses oignons. Eleanore se mordit la lèvre, une habitude nerveuse que Rosalie avait tout tenté pour lui enlever, sans succès. Kyle, en temps qu'héritier de l'affaire de son père n'était pas un mauvais parti. Et son joli minois avait certainement fait baver Eleanore plus d'une fois, il fallait l'avouer… Kyle était gentil et attentionné et fort et… rougissant Eleanore s'empressa d'enfourner un des gâteaux sec de Randolphe dans sa bouche pour se changer les idées. Même si Cécilia n'épousait finalement pas Kyle, jamais elle ne lui pardonnerait si Eleanore finissait avec lui… De toute façon, il y avait peu de chance qu'Eleanore puisse l'épouser. Son père ayant réussi à marier Rosalie à un petit Noble et étant en bonne voie de faire de même avec Cécilia,s'il le pouvait, il ferait de même avec Eleanore.

Ce ne serait pas si mal, se dit la jeune fille, Rosalie était heureuse avec Silas et même si le compagnon de Cécilia était un peu vieux rien n'indiquait qu'il en serait de même pour Eleanore. Et puis, si elle était mariée en dehors du village, elle pourrait enfin aller à Londres, voir même aux bals dont parlait souvent Rosalie !

Soupirant d'envie, Eleanore attendit patiemment que Lucille finisse d'éplucher les oignons, plaçant un mot ou deux lorsque la jeune servante reprenait son souffle. Bientôt, elle avait finit et Eleanore la suivit dans la buanderie pour étendre le linge que la mère de Lucille avait nettoyé. Eleanore aimait bien étendre les draps, elle avait toujours l'impression de créer un labyrinthe de blanc où elle pouvait se cacher. En plus, c'était la seule corvée que Randolph ne lui interdisait pas de faire. Peut-être était-ce parce qu'il était beaucoup plus rapide de le faire à deux que de laisser la pauvre Lucille essayer d'étendre les grands draps toute seule. De toute façon, si Eleanore aidait son amie, elles avaient alors plus de temps pour faire ce qu'elles voulaient ensemble ensuite.

"Tu crois que Kyle reviendra au village après son apprentissage ?" Demanda tout à coup Lucille alors qu'elles accrochaient un des dernier draps. Se figeant une seconde, Eleanore marmonna que c'était possible avant de continuer à étendre les draps sans un mot. Bien sûr, Eleanore allait épouser un beau noble riche, mais Kyle… Se mordant la lèvre, la jeune fille essaya de se calmer, un peu honteuse. Elle ne devrait pas être jalouse de Lucille, Kyle était un peu trop bien pour sa situation de toute façon, ils avaient peu de chance de finir ensemble. Secouant la tête, Eleanore murmura une excuse rapide à Lucille et la planta là avant de se diriger vers le rez-de-chaussée. Mais même en bas de l'escalier, elle entendait encore les hurlement de Manley et préféra sortir par la porte de service. Elle ne voulait pas provoquer son père.

Il faisait froid dehors et la neige recouvrait le sol. Hésitante, elle attrapa le manteau usé de Lucille accroché prêt de la porte et finit par se diriger vers la forêt accolée à la maison. Soufflant dans l'air glacé, elle prit tout naturellement la direction de la cabane qu'elle avait construit avec Randolphe lorsqu'elle était petite. C'était une chose branlante désormais, et un des murs s'était encore écroulé l'année dernière, mais c'était assez pour s'abriter de la neige. Eleanore n'avait pas envie de rentrer pour faire face à son père colérique ou sa soeur pleins d'attentes ou son amie amoureuse. Elle resta là bien une heure et c'est uniquement lorsque le soleil commença à descendre à l'horizon qu'Eleanore pensa à rentrer. Ils mangeraient bientôt et mieux valait ne pas se faire remarquer en étant en retard. Se relevant en frissonnant, Eleanore avança laborieusement en direction du manoir, sachant qu'elle devait se dépêcher mais n'ayant vraiment pas envie d'y aller.

"Miss Eleanore?" Une voix bourrue perça tout à coup les arbres et Randolphe apparut au détour d'un bosquet. "Ha, je me disais bien que vous seriez là. Miss Rosalie voulait venir vous chercher mais avec le bébé… je suis venue à sa place." Sourit gentiment le vieux serviteur. Le remerciant faiblement, un peu déçue qu'on soit venue la chercher si vite, elle le suivit à travers la forêt, trébuchant sur les grosses racines cachés par la neige. Morose, Eleanore se demandait comment elle allait pouvoir s'excuser auprès de Rosalie lorsque Randolphe s'arrêta net, la faisant trébucher dans son dos. "Miss Eleanore, restez là." Dit-il avant de partir à tout allure, laissant la jeune fille seul.

Au début, Eleanore ne comprit pas quel était le problème mais bientôt elle se rendit compte que la lumière orangée n'était pas dû au soleil qui s'était déjà couché mais plutôt… à un feu. Un incendie, visible au dessus des arbres, approximativement là où était le village. Le souffle coupé, Eleanore se demanda une seconde si elle devait suivre l'Ordre de mais… Rosalie… Lucille… Inquiète, elle se mit à courir, haletant de peur alors qu'elle semblait trébucher sur chaques racines de la forêt. avait depuis longtemps disparu mais elle connaissait le chemin par coeur et ils n'étaient, de toute façon, plus bien loin de la grande maison. Enfin, les arbres commencèrent à se faire plus rare et la lumière plus forte. Le sol s'était transformé en gadoue, la neige ayant fondu sous la chaleur qui rayonnait. Horrifiée, Eleanore se figea à la lisière des arbres, contemplant sans y croire la maison en flamme. Comment? Comment était-ce arrivé aussi vite ?! Ce n'était pas possible, une maison ne pouvait pas prendre feu si rapidement et, ho mon dieu ! Le reste du village était en flamme aussi ! Faisant quelques pas hésitants en dehors de la lisière de la forêt, elle remarqua bientôt les gens s'escrimer à éteindre le feu près du manoir et les cris de terreurs de plus loin à l'intérieur du village.

"Eleanore !" Cria tout à coup Rosalie et la grande soeur vient s'écraser dans les bras de la plus jeune. "Mon dieu, où étais-tu ? J'ai eu si peur ! Allons rejoindre Cécilia, Père et Andrew sont allés aider à éteindre le feu de l'autre côté du manoir." marmonna-t-elle nerveusement, sa main s'enroulant autour du bras d'Eleanore dans une prise de fer. Commençant à longer la grande maison en flamme, les deux Ashwood aperçurent bientôt leur soeur ainsi que Lucille et sa mère, blottis près de la grille menant au village. "Céci…!" Commença à crier Rosalie avec soulagement avant de s'arrêter net.

Une liane translucide venait de transpercer le coeur de leur soeur.

Devant leurs yeux écarquillés, le corps de la cadette explosa en un millier de lucioles avant de s'évanouir à jamais.

"Qu'est-ce que… Cécilia…?" Murmura Rosalie d'une voix tremblante, ses doigts s'enfonçant dans le bras d'Eleanore. Au loin, Lucille ouvrit la bouche et un cri perçant couvrit le son des flammes. Ce fut seulement à ce moment là qu'Eleanore remarqua que les hurlements venant du village n'était plus. "Père !" cria l'aînée et, en effet, Manley, Andrew et le père de Lucille, des seaux encore en main, venaient d'apparaître au détour du coin, sans doute attirés par les cris. Haletant, Eleanore lâcha Lucille du regard pour se concentrer sur le village, cherchant le moindre signe de vie et elle vit… elle vit… une chose diforme, une ombre noir grotesque se mouvant sans même toucher le sol. Elle était lente mais tout autour d'elle, de grandes tentacules agitées avançaient dans toutes les directions comme si possédées par le malin.

C'était un monstre.

Et il venait vers eux.

Tout à coup, la chose se figea… et aussi rapidement que c'était arrivé, ses tentacules tranchèrent l'air, venant s'enfoncer dans la poitrine de Lucille et sa mère, les faisant disparaître à leur tour.

"Eleanore !" Murmura tout à coup Rosalie avant de tirer le bras de sa petite soeur, l'amenant aussi vite qu'elle le pouvait vers la forêt. "Mais et père ? et Andrew ?" demanda Eleanore à sa soeur mais l'aînée ne l'écouta pas, courant dans la neige avec un seul but en tête : les arbres.

Alors que les deux soeurs passaient les premiers troncs, Eleanore tourna la tête pour voir Manley disparaître à son tour, Andrew rampant au sol vers elles. Leurs regards se croisèrent et… Rosalie tira à nouveau sa main, la forêt les entourant de toute part, leur cachant le monstre et leur frère.

Cette fois complètement terrifiée, Eleanore se mit à courir à côté de sa soeur, prenant la tête pour la guider dans la forêt vers sa cabane. Rosalie n'avait jamais été du genre à sortir dehors, c'était Eleanore qui crapahutait toujours dans la forêt, ruinant ses robes et se faisant disputer par sa soeur. Maintenant, cependant, ces anciennes balades lui servait bien, et elles évitèrent les gros creux et bosses, avançant à toute vitesse entre les arbres. Mais… Rosalie était enceinte. "Ele...anore."Haleta la plus âgée, une main sur son ventre, une épaule contre un arbre pour s'appuyer. "Je ne peux plus… tu dois…!" La plus jeune secoua la tête, elle avait trop peur de se retrouver toute seule… sa meilleure amie, son père, son frère, sa soeur… C'était un jour normal, son père et Andrew s'étaient disputés comme d'habitude. Cécilia s'était moquée d'elle comme d'habitude. Manley ne lui avait prêté aucune attention… comme d'habitude. Et puis soudain ! En un instant !

Ils avaient disparu.

Et si Rosalie partait aussi ? Et si Eleanore elle-même…? Non, elle ne voulait pas ! Pas maintenant ! Glissant la main de sa grande soeur autour de ses épaules, Eleanore enroula son bras autour de sa taille et les tira en avant. Un pied après l'autre, le souffle court de porter ces deux vies en plus de la sienne. Ses chevilles s'enfonçaient dans la neige, les branches lui courraient le visage : elle avança tout de même. Elle n'était pas très courageuse, ni héroïque. Elle voulait simplement… ne pas être seule.

Et c'est cette peur qui guida ses pas alors qu'elle trébuchait, épuisée, dans la petite clairière non loin de sa cabane d'enfance. Elle… elle ne pouvait plus continuer comme ça. Que faire ? La décision fut prise pour elle, tout à coup, un bruit strident retentit et elle tourna la tête pour voir une espèce d'énorme orbe noir engloutir tout le village. Qu'est-ce que…? Une explosion. Renversées par le souffle, les deux femmes s'écrasèrent au sol, un véritable enfer sur terre se déchainant derrières elles.

"Eleanore !" Cria Rosalie d'une voix étranglée, se mettant aussitôt à genoux pour vérifier que sa soeur allait bien. La plus jeune, désorientée de la chute, mit un peu plus de temps à se lever. "Des voix…?" Murmura tout à coup l'aînée et Eleanore tendit l'oreille. Effectivement, alors qu'un silence irréel c'était développé, même le son des flammes et les oiseaux ayant été étouffé par l'explosion, des voix effacées pouvaient être entendues non loin. Est-ce que c'était le monstre ? L'aînée prit à nouveau le bras d'Eleanore pour la tirer plus loin dans la forêt. Ils devaient s'éloigner, vite ! Même si c'était d'autres survivant, attirer l'attention sur eux ou sur elles n'était pas une bonne idée…

Elles étaient sur le point de dépasser la cabane, lorsqu'un sifflement leur fit tourner la tête et les deux femmes virent, bouche bée, un homme percuter un arbre non loin. Sous la force du choc, l'arbre qu'il avait percuté s'écrasa au sol dans un horrible bruit et Eleanore plaqua une main sur sa bouche pour ne pas crier. Ce fut encore plus dur de résister lorsque l'homme commença à se relever avec un grognement. Comment était-il vivant ?! Ce… ce n'était pas normal. Etait-il un monstre aussi ? Tétanisée, il fallut que Rosalie tire à nouveau sur la main de sa soeur pour que les deux filles se mette en branle, s'éloignant tout doucement alors que l'homme se relevait.

"Qu'est-ce que…?" Dit-il tout à coup avant de fixer son regard sur les filles en se frottant la tête. "Ho, il reste des survivants… Pas de chance, il aurait mieux fallu pour vous que vous mourriez avec les autres."Dit-il nonchalamment, comme s'il ne se sentait absolument pas concerné avant de se lever et de frotter son costume pour en enlever la neige. "Désolé, Lady, mais ne vous inquiétez pas : ça ira vite." Ajouta-t-il avant d'enlever son gant et de marcher vers elles.

Mais avant qu'il ne puisse les atteindre ou que les filles puissent réagir, d'ailleurs, un cri inhumain retentit alors que des bruits de craquements retentissaient de plus en plus proche. L'homme jura et s'accroupit en direction des sons, ne faisant plus du tout attention aux Ashwood. Soudainement, le monstre fonça dans la petite clairière et l'homme lui sauta aussitôt dessus comme pour le retenir. La chose était encore plus difforme si c'était possible et d'un coup de tentacule, l'homme fut à nouveau envoyé dans un arbre. Eleanore soupira de soulagement… jusqu'à ce qu'elle se rende compte que, s'il n'y avait plus d'obstacles entre eux, alors…

Le monstre, dans son délire, avait dû le remarquer aussi car il hurla à nouveau avant d'envoyer ses tentacules sur les filles. "Eleanore !" Hurla Rosalie en essayant de se jeter devant sa soeur mais la plus jeune avait eu la même idée et les deux filles se rentrèrent dedans, évitant la tentacule de peu.

Enfin… presque.

Elles n'avaient même pas touché le sol, roulant sous la cabane dans l'arbre, qu'Eleanore hurlait. la tentacule l'avait frôlé derrière l'oreille gauche et elle avait l'impression que sa peau se décollait, que sa tête bouillait comme une marmite, que ses globes oculaires devenaient trop grand pour son crâne que… que…

"Eleanore ! Ho mon dieu, réponds moi, Eleanore !"

Eleanore ? Oui… oui… c'était son nom… n'est-ce pas ? Mais… n'étais-ce pas aussi JosIanELamHuTsukikoTheoDoreEnnAelBAstIanAlexAndraTrisTaNAJinNorberTFuxiaAmaLdoUpersePhoneLiAnnAbElLauriAmKoShuPhanBalDirHhgyuhUYGUYkHBYfgUYVBGbhjb…

"ELEANORE !" Hurla sa soeur et...(TatTinaFilfrUgheOkrA…) Eleanore ouvrit ses yeux, essayant de faire le focus sur la forme tremblotante au dessus d'elle. C'était sa soeur… (Magla ? Nyaguhen ? Alice ? Lorie ?) Rosalie et elle… et elle…

Pleurait ?

Des gouttes rouges tombaient partout sur elle, Rosalie avait les yeux grands ouverts et la bouche béante mais… Une main sortait de son ventre. La main recula et avec un cri étouffé et un sursaut involontaire, Rosalie retomba avec un bruit humide sur sa soeur. "Zut, le bébé est déjà mort… tant pis." Dit tout à coup une voix d'homme et Eleanore tourna la tête juste à temps pour voir une silhouette à peine discernable pour ses yeux fatigués lâcher un sac de chair sanguinolent. Hors de sa vision, ce qui aurait pu être son neveu s'écrasa dans la neige avec un bruit trop doux pour ce que ça impliquait. "Désolé Lady, j'avais promis que ce serait rapide mais mon Prince n'est pas en bonne forme, comme vous pouvez le voir…" Dit L'homme d'une voix traînante avant d'avancer pour s'accroupir à côté de Rosalie qui gémissait toujours. Il posa une main sur son cou et avec un craquement sec, lui tordit. "Bye, bye, Lady"

Rosalie ne bougeait plus.

Elle ne voulait pas être seule. Eleanore ne voulait pas être seule. Mais Lucille, Randolphe, Rosalie… ils n'étaient plus là. Et s'ils n'étaient plus là ? Alors Eleanore n'avait pas besoin d'être là non plus. Heureusement, ou peut-être plutôt malheureusement, avec ce qui était arrivé plus tôt, ce n'était pas les souvenirs d'autres vies pouvant prendre sa place qui manquaient.

Les yeux plongés dans ceux vitreux de sa soeur, Eleanore hurla alors qu'elle s'évanouissait au fond d'elle-même. Abandonnant ses précédents efforts pour se maintenir au-dessus de la masse hurlante qui avait pris possession de sa tête, elle fut aussitôt engloutie par la quantité de souvenirs. "Zut, tu étais toujours vivante ?" Marmonna l'homme en s'approchant. "Hey, hey, chut, tu vas rameuter le Prince, Road a déjà dû mal à le retenir" Ajouta-t-il en prenant son menton pour diriger son visage vers lui lorsque la jeune fille continua son cri sans s'arrêter.

Et puis, il n'y avait plus un son.

D'aussi près, elle pouvait enfin voir son visage et ses yeux se fixèrent sur les stigmates sur le front de l'homme. Au fond d'elle, embourbée dans la masses de vies qui s'étaient réveillés au contact du monstre, une en particulier, sembla tout à coup résonner plus fort que les autres. Cette vie reconnaissait les cicatrices et un sentiment d'urgence perça tout à coup le chaos de voix. Elle (ils ?) devaient s'enfuir ! Et Ennael était la seul vie qui savait pourquoi. Alors, comme si les autres souvenirs s'étaient concertés, les voix se calmèrent et Ennael fut propulsée aux commandes du corps. Avec un halètement choqué, Ennael fixa les orbes dorés au dessus d'elle, l'esprit trop confus pour comprendre où elle était. N'était-elle pas à l'hôpital ? Qu'est-ce qu'elle faisait dans la forêt…? Mais…même dans son état inconscient, un sentiment d'urgence lui enserrait toujours les tripes et elle commença à ramper en arrière, faisant à peine attention au corps ensanglanté d'une femme glissant au sol, trop occupée à éviter la main grise qui s'approchait de son coeur. Cet homme, c'était…!

"TYKI !" Cria tout à coup une jeune voix et l'homme jura avant de précipitamment sauter loin d'Ennael. Moins d'une seconde plus tard, une tentacule fouetta l'air au dessus de la jeune fille qui se laissa aussitôt tomber au sol, terrifiée.

Un cri monstrueux résonna tout à coup et Ennael se figea, le coeur battant à cent à l'heure. Tétanisée au sol, n'osant pas bouger un muscle, elle colla ses paupières ensemble alors que le monde autour d'elle s'illuminait de flashs. Le cerveau en vrac, elle avait du mal à comprendre si les pas ou les explosions venaient vers elle ou s'éloignaient et elle avait trop peur pour s'en assurer.

Des secondes, des minutes ou des heures, Ennael ne pourrait pas dire combien de temps elle resta à trembler sur la terre gelée sans oser esquisser un geste, entendant des bruits de combat au loin et priant pour que Tyki Mikk l'ait oublié. Elle ne pouvait même plus se lever, l'épuisement et le froid l'avait rattrapé et rien que plier ses doigts semblait être un effort surhumain. Enfin, ce n'est pas comme si elle avait le contrôle pour même penser à se lever… Dans l'état où elle était, son cerveau n'aurait même pas su discerner la droite de la gauche et encore moins donner l'ordre à ses jambes de fuir pour sa vie. Il avait besoin de faire le tri dans ses millions de milliards de souvenirs, de comprendre quoi garder et jeter pour que le corps soit à nouveau apte à fonctionner. Alors il prit ce qui était le plus proche et enfoui profondément le reste.

Le lendemain, lorsqu'Ennael se réveilla chez la mère Eglantine, paniquant en se demandant comment elle avait pu atterrir au XIXème siècle, elle ne se souvenait même plus avoir été un jour Eleanore Ashwood.

Ou en tout cas… pas pour deux ans et demi de plus.


Sans mentir, qui avait deviné cette histoire de vie passés ? :p C'est tout de même un peu plus réaliste (si on peut parler de réalisme dans cette situation...) que c'est la vision de Tyki qui a fait remonter à la surface une vie qui connaissait DGM parmi des milliers de vie que l'âme d'Eleanore avait vécu auparavant, non ? :3

Bon, vous vous en doutez, mais ça va être chaud patate pour Ev...Eleano..Ennael ? Evennalore ! dorénavant... Qui est prêt pour l'épilogue ? :D En attendant, vous pouvez vous amuser à relire les 49 chapitres précédents et compter combien de fois j'ai dis qu'Eve ne se souvenait pas avoir les cheveux si claire ou les oreilles percés ou les ongles trop long...

Pensez aux reviews et à la revoyure ! :3