Chapitre 96 : Guess and Guests

La meute s'était rassemblée chez Scott sans que Derek ne parvienne à s'ancrer dans la réalité. Son esprit était en plein black-out. D'ailleurs, sans la présence de ses compagnons et de son alpha, il aurait certainement déjà sombré dans le néant.

Ce n'était pas normal. C'était la seule pensée concrète qu'il pouvait esquisser clairement. La revendication n'était pas censée provoquer ce genre de trouble, au contraire, il aurait dû être en mesure d'aider son humain.

Son ancien bêta était venu le récupérer chez les Stilinski, accompagné de sa banshee de petite-amie et depuis, les deux lycans discutaient avec Allison pour tenter de trouver une solution. Seule Lydia, assise à ses côtés dans le sofa, semblait aussi hébétée que lui. Elle fixait le vide en se balançant d'avant en arrière tout en se rongeant l'ongle du pouce.

Lui-même ne devait pas être dans un meilleur état, englué dans les ténèbres et la souffrance qui irradiait chacune de ses cellules.

— Derek !

Surpris par le grondement animal qui s'élevait du torse de l'adolescent, il releva les yeux vers ceux carmin de son interlocuteur.

— Il faut que tu réagisses. Stiles a besoin de toi ! Ne le laisse pas tomber. Pas maintenant.

Une bulle de culpabilité éclata dans sa poitrine. Il se sentait capable de fondre en larmes d'une minute à l'autre.

Stiles. Son Stiles avait disparu. Par sa faute…

Cette fois, ce fut un hurlement lupin qui l'extirpa du gouffre l'ayant englouti tout entier. Il lui fallut quelques secondes pour prendre conscience des mains sur ses épaules l'agrippant fermement. Il cligna des paupières et fit tout son possible pour se caler sur la respiration de son alpha.

— Ça va mieux ?

Le souffle court, le loup de naissance hocha la tête, encore secoué.

Légèrement honteux de s'être ainsi laissé aller, il passa le regard sur chaque personne présente dans la pièce avant de reporter son attention sur le fils de Mélissa qui lui offrit un sourire en dépit des circonstances. Comment faisait-il pour ne pas s'effondrer alors que sa mère et son frère de cœur avaient disparu ?

— Bon retour parmi nous. Derek, écoute ! J'aimerais te laisser du temps. J'aimerais que ce soit possible, mais ça ne l'est pas. Tu comprends ?

À nouveau, il ne fut capable de rien de plus que d'un hochement de tête.

— Bien. Pour commencer, il faut qu'on prévienne Noah et je pense qu'il serait préférable que tu t'en charges.

oOo

Doigt sur la détente, cran de sécurité retiré, Noah tenait son arme à deux mains, prêt à lancer l'assaut.

Il espérait que son rythme cardiaque rapide, à l'instar de celui de ses hommes, ne trahirait pas sa présence avant qu'ils ne passent à l'action.

Plus que deux minutes.

Parrish était responsable de la deuxième équipe qui devait investir l'hôpital.

Après sa découverte, il n'avait pas attendu une minute de plus pour coordonner ces interventions. Il était hors de question que cette enflure s'en sorte. Pas après s'en être pris à son fils et à sa ville. Pas après avoir brisé le cœur de Mélissa.

Le silence était assourdissant, égrainant les secondes à une lenteur cruelle. Grâce à Chris Argent, son semi-automatique était chargé à l'aconit. Il serait donc le seul en mesure de neutraliser Paul Carter si l'arrestation tournait mal. Il fallait espérer que le criminel se trouve chez lui et non sur son lieu de travail.

Dix-huit heures.

Il donna le signal d'un geste du bras. Chacun connaissait son rôle et sa place. La porte fut défoncée, puis il investit l'appartement avec trois de ses hommes.

Une odeur de mort les frappa, leur faisant froncer le nez de dégoût bien avant qu'ils ne découvrent les deux corps sans vie. Sans s'attarder, ils continuèrent leur fouille du logement. Vide.

Avec un geste rageur, Noah retourna dans la pièce principale où déjà ses adjoints récoltaient des indices et prenaient des photos. Une expiration déçue et navrée lui échappa tandis qu'il s'agenouillait entre les deux cadavres. Leur visage ne lui était pas familier, mais il ne prétendait pas connaître chaque habitant de Beacon Hills.

— Celui-ci s'est fait égorger. Pour l'autre, je pencherais plutôt sur une nuque brisée. D'après leur pièce d'identité, ils sont originaires d'Arizona.

Comme Esther… Comme Paul.

Il remercia sa collègue et se releva pour analyser la table.

Un dîner entre amis qui aurait mal tourné ? Il n'y avait que deux paires de baguettes et, en vue de la disposition des boîtes de nourriture, cette théorie ne collait pas. Deux personnes s'étaient retrouvées autour de cette table. Paul et sa fille ?

Un autre de ses hommes l'interpella, mettant fin à son inspection. Il lui désigna de nouveaux indices : des traces de sang sur un meuble du salon et ce qui ressemblait à une régurgitation sur le sol, non loin des corps.

Que s'était-il passé ici ? Et surtout, quand ? Ce foutoir ne datait pas d'aujourd'hui.

Parrish à Stilinski. RAS à l'hôpital. Il n'est pas venu travailler depuis vendredi. Terminé.

Noah jura entre ses dents. Ce salopard leur avait filé entre les doigts.

Après avoir fait le point avec son second, il donna des ordres à son équipe. La soirée ne faisait que commencer. En plus de la paperasse sans fin qui l'attendait, il fallait joindre la morgue et le légiste, interroger le restaurateur, contacter la famille des victimes, mais surtout et avant tout, prévenir le FBI de leur avancée dans l'enquête. Il n'avait peut-être pas réussi à mettre la main sur le coupable, mais son identité était à présent irréfutable.

Il rejoignait son véhicule de fonction lorsque son téléphone vibra dans sa poche.

Il grimaça en avisant le nom de son correspondant. Merde ! Il avait promis à son fils d'être des leurs ce soir et avait déjà une bonne demi-heure de retard.

— Derek. Je suis navré, mais vous allez devoir vous passer de moi. Tu as eu le poste ?

Un léger silence s'ensuivit, court, mais pesant. Son rythme cardiaque s'emballa en réponse. Un mauvais pressentiment lui provoqua un frisson glacial qui longea sa colonne vertébrale, faisant hérisser les petits cheveux sur sa nuque.

— Noah… Stiles a disparu.

oOo

Il n'avait pas fallu cinq minutes au shérif pour les rejoindre dans la maison des McCall. Sa révélation avait plongé la meute en plein désarroi.

Toute l'histoire leur semblait invraisemblable, mais finalement, la disparition de Mélissa concordait avec l'identité de leurs adversaires.

Quelques zones d'ombre restaient à éclaircir, mais ce n'était pas le moment de débattre à ce sujet.

Luna était la louve qui avait empêché l'oméga aux yeux bleus d'achever Isaac. Elle avait dû trouver un subterfuge pour simuler la grippe.

Paul n'était pas à sous-estimer. Il était de toute évidence le cerveau des opérations et ce qu'ils avaient appris sur lui par l'intermédiaire de Maxime ne les rassurait pas.

Concernant ce dernier, ils ignoraient ce qu'ils devaient penser ou croire, mais ils se devaient de creuser la question. L'adolescent aurait peut-être des informations à leur communiquer qui pourraient leur être utiles.

Quant au troisième loup, il ne pouvait s'agir que de Ian. Malheureusement, après vérification de Noah, ce dernier avait été relâché en fin d'après-midi.

L'univers entier s'était de toute évidence ligué contre eux. Cette hypothèse fut d'ailleurs confirmée lorsque Parrish avertit son supérieur que le FBI était dans leurs locaux et qu'ils réclamaient sa présence de toute urgence. Le quadragénaire avait alors demandé à son bras droit de le couvrir et avait coupé son téléphone sans plus de cérémonie. Il préférait perdre sa place que son fils et était parfaitement conscient que sa seule chance de sauver celui-ci était de s'allier à la meute.

— La priorité numéro un, c'est de les localiser.

Quand il s'agissait de garder la tête froide et de diriger les opérations, le shérif était l'homme de la situation.

— J'appelle Maxime, proposa Scott avant de s'éloigner.

Les regards de la chasseuse et d'Isaac se posèrent sur la blonde vénitienne qui n'avait plus ouvert la bouche depuis son cri.

— Lydia ?

Isaac s'accroupit devant elle pour ancrer ses iris à ceux de l'adolescente puis il captura ses mains entre les siennes pour l'obliger à cesser de martyriser sa manucure parfaite.

— Je ne sais pas. Je n'y arrive pas.

Le murmure était à peine audible et vibrant de détresse.

— À quoi, ma déesse ?

Son souffle trembla au surnom et elle cligna des paupières pour chasser quelques larmes. Elle observa son environnement qui vrombissait d'un bruit étrange et inhabituel qu'elle était pourtant bien incapable d'identifier tout en sachant que ce devait être la réponse à leur problème.

— J'ignore où ils se trouvent.

Allison s'installa avec hâte aux côtés de sa meilleure amie et l'étreignit sans plus de cérémonie tout en lui chuchotant des paroles apaisantes pour la calmer et la réconforter.

— Tu te mets trop la pression, c'est tout. Il faut juste que tu te détendes.

Elle exagéra sa respiration pour inviter Lydia à l'imiter avant de lui sourire.

— Très bien ! Maintenant, comment procèdes-tu habituellement ?

De nouvelles larmes affluèrent avant d'inonder le visage de porcelaine de la lycéenne. Clairement pas la réaction escomptée.

— Stiles. C'est toujours lui qui m'aide à comprendre…

Au prénom de son amant, le cœur de Derek eut un sursaut douloureux et pourtant ce fut un sourire qui souleva ses lèvres. Son compagnon ne le réalisait pas, mais il était le pilier de leur meute. Il fallait qu'il le sauve. Il ne pouvait pas mourir sans savoir à quel point il était important pour chacun d'entre eux.

Le retour de Scott le ramena à l'instant présent.

— On a un problème. Max ne répondait pas, alors… J'ai appelé Danny…

L'alpha expira difficilement comme sous le choc de ce qu'il venait d'apprendre, ce qui devait sans doute être le cas.

— Maxime était au courant de tout. Il a tenté de piéger Paul lors de la nouvelle lune, mais de toute évidence, son plan a échoué.

L'information était dure à assimiler. Le fils adoptif de Ian avait eu vent des manigances de son oncle et avait essayé de les aider en secret. Et Danny ? Depuis quand était-il dans la confidence ? Ce dernier avait été anéanti d'apprendre la disparition de son ami et avait proposé à Scott de les rejoindre, ce que l'alpha avait tout de suite refusé. Il n'y avait malheureusement rien qu'il puisse faire pour leur prêter main forte et Scott se refusait de mettre l'Hawaïen en danger inutilement. Mieux valait qu'il reste en sécurité.

Ils n'eurent cependant pas le temps d'y penser davantage que quelques coups frappés contre la porte annoncèrent un visiteur inattendu. D'un doigt sur ses lèvres, Scott recommanda le silence à ses convives.

Noah fut le premier à réagir et s'assura de ne pas être visible depuis l'entrée. Rafaël avait peut-être décidé de saluer son fils ou de reconquérir son ex. Ou bien était-ce Danny venu les rejoindre en dépit du refus de son ami ? Dans tous les cas, personne ne devait savoir que le shérif s'était réfugié en ces murs.

La tension retomba quelque peu lorsque le jeune alpha entonna le nom de son hôte.

— Deaton !

— Ravi de te voir, Scott.

Le vétérinaire se montrait mesuré, comme à son habitude.

Curieux et soulagés de retrouver leur émissaire en vie, les autres ne tardèrent pas à les rejoindre dans le vestibule. Visiblement, le druide n'était pas décidé à entrer. Ses traits tirés mettaient en exergue son teint pâle. Il paraissait épuisé, mais n'arborait aucune blessure.

— Que vous est-il arrivé ? Nous commencions à perdre espoir de vous revoir sain et sauf.

Deaton sourit avant de tapoter l'épaule de son apprenti, touché par sa sollicitude.

— C'est une longue histoire qui devra attendre. J'ai croisé une personne devant chez toi et je pense important que tu acceptes de la recevoir. Tu me fais confiance ?

L'adolescent acquiesça vivement sans la moindre once d'hésitation. Après un signe de main de l'émissaire, un autre homme apparut.

Scott et Isaac n'avaient aperçu ce dernier qu'une unique fois, devant le lycée, au volant de sa voiture. Quant à leurs camarades, ils ne l'avaient jamais croisé. Aussi, Noah fut le plus prompt à réagir, dégainant vivement son arme pour mettre le nouveau venu en joue.

— Griffes en vue !

Ian ne fut pas surpris par sa réaction et leva simplement les paumes devant lui en signe d'apaisement.

— Je ne souhaite pas me battre. J'ai besoin d'aide et, vu ce que j'ai entendu, vous aussi. Maxime a disparu.

Sur ses mots, il cessa de réprimer son odeur naturelle, révélant ainsi son identité aux autres loups, tout en faisant étinceler ses yeux durant quelques secondes.

Derek et son ancien bêta furent aussitôt sur le qui-vive contrairement à Scott qui observa tour à tour le laborantin et son patron. Sa décision pencha en la faveur de ce dernier. S'il se méfiait de l'oméga, il avait une confiance aveugle en Deaton, et puis... il était en territoire connu et en supériorité numérique. D'un geste de la main, il enjoignit à ses deux bêtas de se détendre et Noah les imita avec une réserve évidente.

Il convia tout le monde dans la salle à manger avant de demander des explications à son invité.

— Qu'attendez-vous de nous ?

— Je ne pensais pas venir ici, pour être honnête. J'ai était libéré grâce à l'agent Graham. Il m'accorde vingt-quatre heures pour que je lui livre mon frère. C'est lui qui m'a donné ton adresse.

— Graham ?

Ce nom était familier à l'oreille de Scott.

— Un agent fédéral, expliqua le shérif. Pourquoi vous aurait-il conduit ici ?

— C'est un alpha et apparemment, il fait une affaire personnelle de chaque enquête liée au surnaturel. J'imagine qu'il sait que Scott est lui-même un loup-garou.

Maintenant qu'il évoquait le collègue de son père, l'adolescent se souvenait du regard insistant que celui-ci avait eu à son égard lors de la quarantaine du lycée. Il avait dû deviner sa lycanthropie à ce moment-là.

— Je veux juste sauver mon fils. Aider Paul à détruire votre meute n'a jamais été mon intention, mais il menaçait Max, alors j'ai collaboré, mais uniquement pour l'effraction du laboratoire. Je vous le promets.

— Pourquoi ne pas être venu nous trouver pour nous demander de l'aide ?

Allison était presque terrifiante. Son visage fermé et ses bras croisés lui conféraient une sorte d'autorité naturelle insoupçonnée.

— Pour tout vous dire, j'ai mis près de vingt ans pour me libérer de mon ancienne meute. Je n'avais aucune envie de me soumettre à un alpha de sitôt, sans vouloir t'offenser.

Le regard qu'il offrit à Derek aurait pu être risible en d'autres circonstances.

Ce fut ce moment que choisit Deaton pour intervenir. En quelques mots, il raconta ce qui lui était arrivé. Comment il avait remonté la piste de la meute de Spring Falls avant de se faire capturer par le nouvel alpha. Il fit le récit de ce qu'il avait pu apprendre sur les Everfool, la manière dont Ian avait organisé le coup d'État sans souhaiter le pouvoir pour lui, expliquant ensuite sa participation indirecte dans le plan de Maxime et enfin ses difficultés à convaincre Marc de le libérer pour qu'il puisse les prévenir. L'ancien policier avait finalement accepté en fin de matinée et le vétérinaire, privé de son téléphone, avait fait les six heures de route d'une traite jusqu'à Beacon Hills.

— J'arrive malheureusement trop tard. Je suis navré, Scott.

Le jeune homme tapota son épaule. Il n'y avait rien à pardonner.

Noah en avait assez entendu. Le temps jouait contre eux.

— Savez-vous où se cache votre frère ?

Avec consternation, l'oméga secoua la tête négativement avant qu'Allison n'insiste.

— Quand vous êtes venu avec Esther la première fois pour affronter la meute de Talia. Vous deviez bien avoir un lieu de rassemblement.

— Nous avions trouvé refuge dans l'ancien dispensaire à la sortie de la ville, mais il a été détruit depuis. J'ai vérifié. Je suis désolé.

C'était sans issu. Ils étaient de retour au point de départ. Sans aucune piste. Sans espoir.

L'esprit de Derek était au supplice à travers le lien. Ne rien pouvoir faire pour venir en aide à son compagnon était la pire des tortures. Il se laissa tomber sur le sofa, épuisé par le simple fait de rester concentré sur la réalité.

Deaton s'approcha de lui, sourcils froncés.

— Tu as revendiqué Stiles.

Comment avait-il pu le deviner ? L'ancien alpha n'eut pas l'occasion de s'interroger plus que l'émissaire reprenait.

— C'est récent et encore instable. Tu dois tout ressentir avec beaucoup trop de violence. C'est un miracle que tu sois capable de rester lucide.

Voilà qui expliquait son épuisement et sa difficulté à rester attentif... Scott se lança dans le récit détaillé des récents événements avant d'être interrompu par la vibration du téléphone de Derek.

Habituellement, il n'échangeait des messages qu'avec les membres de la meute et, à défaut, avec l'agence qu'il avait engagée pour gérer son appartement à Los Angeles.

Minuit approchait.

Les mains tremblantes, il déverrouilla l'appareil. Son cœur marqua un temps d'arrêt lorsqu'il avisa sa correspondante. Mélissa.

Il avait enregistré le numéro de l'infirmière lorsque celle-ci avait dû suturer le cou de son amant.

La peur au ventre, il ouvrit la missive avant de fermer les yeux d'effroi face au cliché l'accompagnant.

Stiles y apparaissait entravé, ensanglanté, trop épuisé pour maintenir sa tête droite.

Niño !

— Derek ?

Il papillonna des paupières pour lutter contre ses émotions et s'éclaircit la voix avant de lire le message à voix haute, préférant garder pour lui la photographie qui n'aurait rien fait d'autre qu'horrifier ses compagnons. Il voulait épargner chacun d'eux, mais surtout Noah.

— Rendez-vous à neuf heures sur le parking du lycée. Offre ta vie si tu veux que ton humain ne perde pas la sienne.

Puis, d'une voix morne, il énonça toutes les conditions que Paul avait jugé bon d'ajouter à la suite de son ultimatum. Notamment, le fait qu'il exécuterait Stiles si sa fille ne donnait aucune nouvelle dans les cinq minutes. Ce malade avait tout prévu. Quoi qu'ils tentent, ils ne pourraient jamais donner aux hurlements lupins de Luna les inflexions de puissance propres au statut d'alpha.

Au delà du plan, somme toute, implacable de leur adversaire, ce fut l'implication de la jeune louve qui surprit la meute. Savoir que cette dernière était capable de tuer de sang-froid les troubla au plus haut point jusqu'à ce qu'Isaac ne leur rappelle la couleur des iris surnaturels de l'adolescente. Elle n'était pas une meurtrière.

Le louveteau souleva ensuite l'idée d'avouer à l'oméga que Derek n'était pas l'alpha. À l'unanimité, la proposition fut rejetée. Le bourreau de Stiles détenait Mélissa. Ils ne pouvaient pas risquer qu'il s'en prenne à elle pour atteindre Scott. Et puis, ils n'avaient aucune certitude qu'il n'achèverait pas l'hyperactif en réalisant qu'il ne lui était plus d'aucune utilité.

Aucune issue ne semblait possible. Ils étaient piégés.

Durant pas moins d'une heure encore, ils cherchèrent et émirent des solutions qui furent toutes aussitôt rejetées.

Pour s'occuper les mains, Allison s'était mise à cuisiner et Lydia s'était jointe à elle. Malheureusement, les assiettes furent à peine touchées, l'angoisse nouant les estomacs de tous.

Enfin et de manière inespérée, le lien arrêta de malmener Derek qui poussa malgré lui un soupir de soulagement. Stiles devait être inconscient. Ce n'était certes pas rassurant, mais au moins il était vivant et ne souffrait plus.

Sans autre possibilité de sauver leurs proches, un plan bancal et désespéré fut mis en place.

Tendre une embuscade à Luna ne serait pas difficile. Il leur faudrait ensuite la convaincre de révéler l'emplacement de leur cachette et rejoindre celle-ci en moins de cinq minutes… en espérant que cela soit possible ! Il n'avait malheureusement pas d'autre solution.

Les couchages furent attribués dans le but que chacun se repose avant la confrontation du lendemain.

Deaton refusa la proposition de son apprenti de rester également. Ne pouvant rien faire pour les aider davantage, il préférait rentrer chez lui plutôt que d'être dans leurs pattes. Il les quitta non sans recommander à la meute de ne pas se séparer pour la nuit. Derek avait besoin de se sentir entouré des siens pour ne pas sombrer. C'est ainsi que Scott et sa clique partagèrent la chambre de l'alpha. Le shérif hérita de celle de Mélissa tandis que Ian fut installé dans la chambre d'amis.

Personne ne trouva le sommeil sinon par intermittence, si bien que l'épuisement eut raison d'eux aux abords des premières lueurs de l'aube.

À huit heures, ils étaient tous déjà rassemblés dans la cuisine, visages chiffonnés devant une tasse de café qu'Allison avait pris soin de faire couler pour tout le monde.

Scott venait de s'engouffrer dans la douche quand le téléphone filaire s'était mis à sonner. N'étant pas censé être là et craignant un appel de Rafaël, personne n'avait décroché, et ce malgré l'insistance du correspondant.

Derek avait l'impression de devenir fou à cause du carillon incessant. Il bouillonnait sur place, mâchoire contractée et mine plus renfrognée que jamais. Pour la meute, c'était un peu comme un retour dans le passé. L'ancien alpha avait retrouvé son visage fermé, et son regard ne pétillait plus.

Enfin, le jeune alpha réapparut au rez-de-chaussée et, au plus grand plaisir de tous, décrocha ce satané combiné. Ses yeux s'arrondirent de stupeur dès que la voix de son interlocuteur s'éleva, attirant sur lui l'attention de tous.