Chapitre 35

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Stiles était sur la route.

Il était fatigué, épuisé au-delà de ce qui était humainement possible, et il sentait comme tout son corps brûlait à cause de cette douleur qui le parcourait du bout des pieds jusqu'à la pointe de ses cheveux.

Il essaya encore une fois de crier, mais ne réussit pas.

Les lumières de Beacon Hills, clignotant au loin, ne se rapprochaient pas. Tandis que le chemin qu'il avait parcouru, au bout duquel se trouvait Derek, abandonné et enfermé avec cette psychopathe, était un peu plus long à chaque pas.

Il ne cessa pas de pleurer.

C'était une plainte muette qui ne parvenait pas à s'échapper de ses lèvres. Il sentait bien la chaleur des larmes qui marquaient ses joues, et même la douleur qui irradiait de ses paupières d'avoir pleuré pendant des heures.

Mais pas un seul son ne sortait de sa bouche, si léger ou pleurnichard qu'il fût.

Réalisant que tout ceci semblait plus étrange que d'ordinaire, il marqua une pause. Et au lieu de se concentrer sur la route, il regarda ses propres mains.

Il avait six doigts à chacune d'elle…

Stiles ouvrit les yeux, très lentement, pour se retrouver devant le plafond du salon, chez lui.

Il était allongé sur le canapé, où il avait dû s'endormir la veille, trop fatigué pour monter les escaliers et s'allonger dans son lit.

Il nota une pression sur sa main, et tourna son regard vers l'homme assis près de lui qui le regardait avec préoccupation.

« Tu vas bien ? » Demanda son père, serrant une nouvelle fois ses doigts.

Malgré la lueur de désespoir qui brillait dans les yeux de son père, Stiles lâcha un soupir de soulagement… Il avait oublié la dernière fois qu'il avait émergé d'un cauchemar avec tant de facilité.

Pour finir de rassurer son père qu'il allait bien, Stiles serra ses doigts en retour.

« Je vais bien. » Répondit-il calmement. Il était toujours à moitié endormi et cette image de cette route sans fin sur laquelle il avait cru, pendant des heures, qu'il allait mourir en sachant qu'il laissait Derek derrière était toujours gravée sur ses paupières. D'un Derek qu'il avait abandonné.

Mais cela appartenait au passé.

Maintenant il était chez lui, avec son père, après être revenu du Mexique. Où ils avaient secouru Derek et où ils en avaient terminé avec leur pire ennemie.

Tout ceci étaient des bonnes nouvelles, et c'est celles-ci qu'il devait garder en tête.

« Il est quelle heure ? » Demanda-t-il en s'étirant avant de s'asseoir correctement sur le canapé. Sur ce qui avait été son lit cette nuit, comme ça avait le cas pour son père de nombreuses fois… Si sa mémoire ne lui jouait pas de tour, un fait qui s'était mis en place depuis la mort de sa mère, quand ils avaient été incapables de revenir à leur routine habituelle : chacun dans sa propre chambre, et dans le cas de son père, dans un lit qu'il ne partagerait jamais plus avec sa femme.

John Stilinski s'étira lui aussi, lâchant un bâillement scandaleux, et se leva pour se diriger vers la cuisine.

En chemin il l'avisa qu'il était dix heures du matin, mais qu'il ne partirait pas au commissariat. Il préférait l'accompagner à l'hôpital pour voir par lui-même ce que Melissa allait dire de ses blessures, et combien de temps elles mettraient à guérir.

« Je… J'avais l'intention d'aller au loft de Derek. » Marmonna le garçon en buvant son café, un peu préoccupé.

Comme Stiles était nouveau dans tout ce qui concernait les "relations", il ne savait pas encore exactement quel était le moment adéquat pour parler de petits amis majeurs avec son père. Peut-être que ce n'était pas la meilleure idée de sortir ça à peine réveillé, et que c'était recommandé de laisser quelques heures entre les deux. Notamment parce que c'était récent, et que peut-être il devrait lui donner un peu plus d'espace pour qu'il se fasse à l'idée que oui, son fils hyperactif, angoissé et qui ne se taisait jamais, sortait à présent avec quelqu'un… Pas seulement "quelqu'un", sinon qu'il s'agissait de Derek Hale.

Mais Stiles devait toujours être à moitié endormi, parce qu'il ne s'était pas encore rendu compte que si son père n'avait pas hurlé vers le ciel quand il avait embrassé Derek devant lui ; il n'allait pas non plus le faire maintenant.

« Pas de problèmes. Je t'amènerai moi-même quand on sort de l'hôpital.

_ Sérieux ?

_ Bien sûr. Ca n'a pas de sens qu'on prenne les deux voitures si on va au même endroit.

_ Ouais… Mais… » Il se frotta la nuque, sans savoir comment exprimer ce qu'il voulait dire.

« Détend-toi. » Il lui fit un clin d'oeil en finissant de préparer le petit déjeuner. « Je te promets que je pars dès que tu descends de la voiture, et que je ne vais pas monter au loft pour lui lire ses droits…

_ Cette fois il n'a rien fait de mal. » Se dépêcha d'éclaircir Stiles. « Je veux dire, il n'a pas fait de mal à un innocent ni à qui que ce soit qui ne le méritait pas. »

Le Sheriff regarda fixement son fils, en silence, durant quelques secondes ; jusqu'à ce que ce soit Stiles lui-même qui détourne le regard pour se concentrer enfin sur la nourriture. Il venait de faire une phrase avec quatre négations de suite. Et à ce stade, son père savait que c'était la technique qu'il employait pour essayer d'amener la vérité sur son terrain… Si raison il avait.

Mais Stiles avait appris de ses erreurs, alors il changea rapidement de stratégie. Il ferma la bouche, contempla le petit déjeuner avec fascination, et resta ainsi jusqu'à ce qu'il soit temps d'aller à l'hôpital.

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La visite à l'hôpital fut moins dramatique que ce qu'ils espéraient.

Apparemment, les connaissances vétérinaires de Deaton, dont il s'était servi sur Stiles au moment de lui faire les premiers soins quant aux griffures de Kate, avaient été plutôt efficaces. Grâce à ça, avec de la chance et s'il continuait consciencieusement le traitement périodique que les avait donné Melissa, il ne finirait pas avec une cicatrice trop grande, qui marqueraient l'endroit où Kate l'avait attaqué.

Et puisqu'ils y étaient, parce que son père voulait gagner la médaille du père le plus angoissé du monde, et parce qu'il comptait sur l'inestimable collaboration de Melissa ; ils décidèrent de lui faire passer un check up complet – surtout la blessure qu'il avait au bras et une possible contusion à la tête qui n'était pas exclue. Et ils ne le lâchèrent que deux heures après être arrivés.

Ce qui fit que Stiles arriva au loft de Derek avec deux heures de retard.

Même si, techniquement, on ne pouvait pas considérer ça comme un retard parce qu'il n'avait jamais dit à quelle heure il passerait… Et parce que la personne qu'il était censé venir voir, n'était pas en train de l'attendre.

C'est là que les choses commencèrent à se compliquer : quand le Sheriff laissa son fils à l'entrée du loft, que Stiles monta les escaliers deux par deux pour ne pas avoir à attendre l'ascenseur. Et quand Cora Hale fut la seule à le recevoir.

Stiles, en se rendant compte qu'il n'y avait personne d'autre, essaya de dissimuler sa déception… La chose amusante fut que Cora, qui était là avant, échoua lamentablement à dissimuler la sienne.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » Demanda-t-elle les yeux écarquillés et la bouche entrouverte.

« Humm. J'ai dis que je venais ? »

Parce qu'il l'avait dit. N'est-ce pas ?

Et ce serait amusant que lui, celui dont tout le monde se plaignait de ne pas avoir de filtre quand il était question de raconter ce qui lui passait par la tête, l'ait seulement pensé dans cette situation précisément… Mais il était vrai que la veille il avait été réellement épuisé, et n'importe quoi – aussi incroyable que ça semble être – aurait pu arriver.

Heureusement, Cora intervint avant que Stiles ne commence à douter de sa tête… Encore une fois.

« Je sais. Mais Derek ne t'a pas appelé ? »

Et non. Ce n'était pas l'explication qu'il attendait.

« Hum. Non ? »

Cora lâcha un grognement, mais Stiles resta un peu plus tranquille qu'habituellement quand elle – ou n'importe quel autre Hale – faisait ça ; parce qu'il était clair que cette fois sa rage ne lui était pas destinée. Et au cas où ce n'était pas encore clair que la situation ne lui plaisait pas non plus à elle, Cora attrapa sa veste et la main de Stiles d'un mouvement rapide, et sortit du loft en le traînant derrière elle. Et le garçon, au risque de se retrouver brusquement avec une main en moins, n'eut d'autre choix que de la suivre jusqu'à la voiture, toujours sans savoir où ils étaient supposés aller.

La destination fixée, que Cora avait bien voulue lui indiquer pendant qu'elle conduisait la Camaro – quelque chose qui, de l'opinion de Stiles, ne pouvait répondre qu'à un désir de mort prématurée, parce que personne d'autre que Derek ne pouvait conduire sa voiture ; s'avéra être l'ancienne demeure des Hale. Le tas de pierres et de bois brûlés qui avaient été l'habitation de Derek pendant un certain temps, et où Stiles n'avait pas remis les pieds depuis sa dernière visite, soit quand la meute d'Alphas était apparue.

Neuf mois s'étaient à peine écoulés depuis mais, comme c'était habituel dans tout ce qui se passait à Beacon Hills, il lui sembla qu'il s'était écoulé des années… Même si, de son point de vue, ça ne faisait pas assez longtemps, puisqu'il n'avait jamais ressentit de dévotion pour le lieu où la famille de Derek avait été tuée.

Malheureusement, il était clair que Derek ne se souciait pas de revenir toutes les trentes secondes sur la scène de son pire cauchemar.

Evidemment que, dans ce cas, tout Beacon Hills devait être un terrain miné pour lui.

Ils ne parlèrent pas beaucoup durant le voyage, qui dura à peine dix minutes, et Cora n'avait pas non plus énormément de choses à dire de plus : elle savait qu'il avait été dans son ancien foyer et qu'il l'avait fait avec Peter, mais elle n'avait pas la moindre idée du pourquoi.

Stiles ne voyait pas l'ombre de la plus petite raison qui poussait Derek à revenir ici, quand la seule chose qu'il devrait faire était de se reposer à la maison.

Mais quelle qu'en soit la raison, Stiles savait que ça n'avait rien de positif.

Ces soupçons furent confirmés quand Cora se gara dans la clairière devant les restes du manoir, à côté de la voiture de Peter, et qu'ils trouvèrent les deux hommes sur un côté de la maison.

Ils ne montrèrent pas de signes qu'ils les avaient entendu arriver et restèrent immobiles, très proches, observant la terre qui s'étendait devant eux.

Stiles sentit un frisson parcourir son dos, mais Cora ne lui laissa pas le temps de s'en remettre. Lui donnant un léger coup dans l'épaule, elle lui fit signe de descendre de la voiture, parce qu'elle n'avait pas l'intention de le faire.

Et ce fut tout ce dont Stiles eu besoin pour comprendre qu'il avait de la chance de faire partie – d'une certaine manière – de la famille Hale qui, protecteurs qu'ils étaient les uns envers les autres, faisaient confiance à un simple humain pour qu'il les aide à trouver des solutions à leurs problèmes… Compréhension qui se vit renforcée quand il se dirigea vers les deux loups, et que Peter fit demi-tour pour marcher vers lui avec un visage sérieux, pour simplement poser une main sur son épaule en arrivant à sa hauteur.

« S'il y a la moindre éraflure sur ma voiture, je t'arrache la gorge. »

Stiles suivit des yeux les pas du plus vieux des Hale jusqu'à ce qu'il monde dans la Camaro, et sourit légèrement quand la voiture se mit en marche, s'éloignant du lieu.

N'importe qui se serait fait dessus devant la menace de Peter. Mais Stiles, comme bon Stilinski qu'il était – comme Stilinski expert en Hale qu'il était, avait appris à reconnaître ces menaces pour ce qu'elles étaient réellement : la plus grande preuve d'acceptation et de confiance que Peter Hale ne pourrait jamais offrir à quelqu'un.

Le sourire de Stiles, toutefois, disparu quand il tourna les talons et se trouva face à cet objet dont Peter avait confié la protection à un simple humain: Derek Hale.

Le Bêta n'avait pas bougé. Il lui tournait toujours le dos, les jambes légèrement écartées et les mains enfoncées dans les poches de sa veste de cuir. Ce n'était pas sa préférée. Celle-ci était restée en morceaux dans la cave où ils avaient été séquestrés.

Il marcha en silence jusqu'à se stopper à côté de Derek, dans la même position que Peter venait d'abandonner. Il retint sa respiration jusqu'à ce que ce soit le plus âgé qui cesse de regarder le sol et tourne la tête vers lui pour enfin faire acte de sa présence.

« Hey… » Murmura timidement Stiles, rompant le silence. « Salut. »

L'accueil de Stiles aurait bien été plus enthousiaste, puisque c'était quand même la première fois qu'il était seul avec Derek depuis qu'ils s'étaient embrassés. En réalité, c'était la première fois qu'ils étaient seuls depuis tout ce qu'il s'était passé. Depuis qu'ils s'étaient embrassés ; depuis qu'ils s'étaient avoués leurs sentiments, ou juste qu'ils puissent faire quelque chose d'aussi simple que se tenir la main en le faisant…

C'était incroyable comme, après avoir traversé un enfer, les petites choses étaient celles qui le touchait le plus.

Mais cette effusion qu'il aurait aimé montrer dû être remise à plus tard en voyant l'expression de Derek. Ce n'était pas son expression de perpétuelle rage, ce qui était quand même une bonne nouvelle. Mais ce n'était pas non plus l'expression avenante qu'il lui avait montré quand il avait reconnu ce qu'il ressentait pour lui en l'embrassant dans la jungle, et qu'il était censé montrer maintenant que les problèmes avaient disparus.

Bien qu'il était clair que certains problèmes subsistaient.

Le roi de Stiles regarda le garçon avec calme, les lèvres légèrement entrouvertes. C'était un grand pas en avant, conjointement au détail que ses sourcils n'étaient pas fâchés. Malheureusement, aucun de ces gestes ne vinrent accompagné d'une parole de sa part, alors ce fut Stiles qui dû continuer… Commencer ? la conversation.

« Je… Je suis allé au loft, mais tu n'y étais pas… Cora m'a amené ici et-

_ Je pensais mettre moins de temps.

_ Oh… » Stiles se frotta les cheveux, nerveux même s'il était un peu apaisé par l'explication de Derek.

Néanmoins, il s'humidifia les lèvres et déglutit, parce qu'il était toujours un peu mal à l'aise avec tout ce silence. Ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait avec un Derek pratiquement muet. Mais après tout ce qu'il s'était passé entre eux, Stiles n'était pas préparé à revenir à la case départ.

Ca n'avait rien de juste.

Mais c'était tout à fait ce qu'il était en train de se passer.

« Si tu veux je m'en vais. » Offrit-il comme absurde excuse.

« Non.

_ Tu es sûr ? » Répliqua-t-il avec un peu de mauvaise humeur.

Comme réponse, Derek se tourna face à lui. Et avant que Stiles ne sache ce qu'il allait faire, il leva une main vers la joue du garçon. Il le fit avec calme, sachant que cette fois il avait tout le temps qu'il voulait, et laissa que toute sa paume couvre sa joue et une partie de son cou. L'adolescent, surpris par le geste et par la chaleur que dégageait Derek, ferma les yeux quelques secondes.

Et quand ils les ouvrit à nouveau, avec Derek qui le regardait fixement, ses propres yeux bougèrent par instinct. Au début ils plongèrent dans ces iris de cette couleur si claire, impossible à déchiffrer, et se perdit en eux jusqu'à ce que rien d'autre ne lui importe. Puis, baissant un peu les cils, ils descendirent pour se poser sur les lèvres charnues.

Derek sourit timidement devant les intentions si peu subtiles du garçon, mais n'eut aucun scrupule à faire de même : il regarda ses yeux marrons, plus beaux que ce dont il se souvenait, et ensuite ses lèvres toujours humides de perpétuellement se les lécher. Et quand les joues de Stiles commencèrent à rougir, il s'approcha très lentement de ses lèvres et les embrassa comme s'il s'agissait d'un fruit défendu, et il profitait de chaque seconde comme s'il avait attendu toute sa vie pour ce moment.

Stiles bougea à peine ses lèvres.

Il se rendit alors compte que la dernière fois que Derek l'avait embrassé – la seule fois où il l'avait fait, il s'était passé pratiquement la même chose, qu'il n'avait rien fait d'autre que se laisser embrasser et attendre que Derek ne prenne le contrôle. Il put alors justifier son comportement si absurde à ce moment – il était en train d'embrasser Derek Hale, et ça n'avait pas le moindre sens qu'il ne réponde pas à ses baisers – en pensant qu'il était toujours submergé par tout ce qu'il s'était passé, et que cinq minutes auparavant il pensait toujours qu'il allait mourir.

Maintenant ce n'était pas la même chose. Des heures étaient passées depuis son dernier tête à tête avec sa mort prochaine, et ils étaient enfin chez eux, sains et saufs, ensemble… Il était temps de commencer à prendre conscience de la situation et d'y réagir en conséquence. Autrement dit : profiter d'être avec Derek Hale comme Dieu voulait.

Même ainsi il décida de réagir avec calme, et ne rendit pas le baiser passionné. Après tout, c'était la première fois qu'il était réellement seul avec la personne dont il était complètement fou, et il n'avait pas de raison de tout faire d'un coup. Encore moins alors qu'il restait certaines brèches à reboucher.

Et surtout le plus important, il ne voulait pas que la passion masque ce qui comptait vraiment : la satisfaction et le soulagement que non… Ils n'étaient pas de retour à la case départ.

Loin de là.

Pour cette raison, la première chose qu'il fit quand Derek se sépara de lui et rompit le baiser en retirant sa main fut de l'enlacer avec une tendresse infinie.

Une étreinte de remerciement pour être ici, et pour le laisser être ici.

Ce fut Derek qui rompit la démonstration d'affection, même si cette fois il le fit parce qu'il sentit que Stiles tremblait.

« Tu vas bien ? » Demanda-t-il avec préoccupation.

« Ouais je… C'est juste que… Je pensais que tu avais changé d'avis concernant... » Il montra l'espace entre leur deux corps maintenant qu'ils n'étaient plus dans les bras l'un de l'autre. «… nous deux. »

Derek haussa un peu un sourcil, confus, mais il hocha immédiatement la tête quand il se rappela que sa capacité à exprimer ses sentiments laissait toujours à désirer.

Et peut-être pour cette raison, parce qu'il n'y avait pas meilleur moment pour apprendre que l'instant présent, il l'embrassa quelques fois de plus, avant de prendre sa main.

« "Nous deux" est la seule chose que j'ai fais de bien dans ma vie. »

Stiles sourit timidement, se gonflant de satisfaction de savoir qu'il était le seul et l'unique de toute la planète capable d'entendre ce type de phrases de la part de Derek Hale.

Et quand il fut enfin plus tranquille, il se concentra sur le lieu où ils se trouvaient.

Maintenant que la panique qu'il ne soit arriver quelque chose de grave avait disparue, son désir de savoir était revenu en force. Mais quand il vit la terre retournée devant eux, formant par hasard la silhouette très semblable à celle d'une tombe, et se trouvant par coïncidence à côté de ce qu'il savait être la tombe de Laura Hale ; il se mordit les lèvres pour s'obliger à ne pas poser de questions.

Derek haussa un sourcil, cette fois dans un geste plus moqueur.

« Allez. Demande. »

Stiles réagit comme s'il retenait sa respiration depuis une demi-heure.

« C'est une tombe ?

_ C'est celle de Kevin.

_ Qui est Kevin ?

_ Le garçon qui était avec Kate quand on était enfermé.

_ Le tout pâle ? » Il écarquilla les yeux, étonné. « Je ne savais pas qu'il était mort. » Il fit alors une grimace de mécontentement. « Même si je ne dirais pas qu'il ne le méritait pas. »

Derek essaya de dissimuler la peine qu'il sentit face aux paroles de Stiles. Bien qu'il comprenne vraiment qu'il avait des raisons d'être en colère, surtout quand il ne connaissait pas toute l'histoire, il lui semblait toujours incompréhensible la facilité avec laquelle les gens acceptaient la mort d'autres personnes. Même s'il ne s'agissait que d'inconnus.

A cet égard, les humains lui avaient toujours semblés plus sauvages que n'importe quel animal.

« Il ne savait pas ce qu'il se passait. » Lui expliqua-t-il calmement. « Et Kate s'est servi de lui.

_ Et bien… Il a été stupide de lui faire confiance. Il a eu sa récompense.

_ Moi aussi je lui ai fait confiance. » Répliqua-t-il, la voix un peu plus grave. « Et si je ne suis pas mort avec ma famille, c'est seulement parce qu'elle voulait que quelqu'un raconte l'histoire… Tu es en train de me dire que j'aurai du mourir aussi dans l'incendit pour avoir été stupide ? »

Le garçon sentit ses joues brûler.

« Non, bien sûr que non. Ca n'a rien à voir.

_ C'est exactement la même chose.

_ Tu venais de perdre Paige. Tu étais blessé et-

_ Et Kevin venait de perdre ses parents. Il était complètement seul. »

Stiles déglutit et eut la décence d'incliner la tête pour reconnaître son tort.

« Je… Je ne savais pas. »

Derek passa un bras autour des épaules du garçon pour l'attirer contre lui.

« Je sais que ce n'est pas bien ce qu'il a fait. Et que jamais ils n'auraient dû te mêler à ça. » Murmura-t-il sans quitter des yeux la terre fraîchement retournée. « Mais ce n'était pas non plus sa faute.

_ Pourquoi tu l'as enterré ici ? Ce n'est pas que ça me parait être une erreur mais… seulement…

_ J'ai demandé à Peter qu'il le cherche. Il a trouvé son corps dans le bois proche de l'usine où nous étions enfermés. » Il pinça les lèvres. « Je sais que personne ne le cherche et ne se chargera de ses restes… Mais l'enterrer dans le cimetière aurait engendré trop de questions. Comment est-il mort ? Pourquoi était-il si loin de chez lui ?

_ Je comprends.

_ Et ici j'ai été heureux pendant quinze ans… » Il haussa un peu les épaules. « Je pensais que c'était une bonne idée que, même si c'était après sa mort, il puisse sentir une partie de ce bonheur. »

Stiles hocha à nouveau la tête et afficha un sourire timide.

« Je crois que c'est la première fois que je t'entends parler de ta maison comme d'un lieu où tu as été heureux et pas seulement comme… Tu vois. »

Derek étira ses lèvres de la même manière que le garçon.

« Oui. C'est vrai. » Il embrassa son sourire.

Ce geste, aussi innocent que parfait, ému Stiles bien plus qu'il ne se l'était imaginé.

Il sentit ses yeux s'humidifier, et dans la seconde qui suivit un torrent de larme inonda ses joues, qu'il essaya de freiner comme il pu. Il se sépara de Derek, se frottant les yeux avec plus de rage que prévu, mais alors tout son corps fut secoué de sanglots.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive. » Derek s'approcha de lui cette fois avec prudence.

« Je suis désolé… Je suis vraiment désolé.

_ Ce n'est rien. » Murmura-t-il très bas, comme s'il s'adressait à un animal apeuré. « Je ne serais jamais énervé parce que tu montres tes sentiments. » Il leva une main jusqu'à la nuque de Stiles. « Qu'au moins un de nous le fasse…

_ Ce n'est… Ce n'est pas ça… » L'adolescent ne répondit pas au sourire comme le Bêta l'avait espéré.

« Alors ? »

Stiles se mordit la lèvre, essayant d'arrêter les nouveaux sanglots. D'un certain côté détestant se comporter de la sorte.

« Ce n'est pas juste.

_ Tu as raison… kevin n'avait pas à-

_ Je ne suis pas en train de parler de Kevin ! » Le cri de Stiles arriva si soudainement que Derek se retrouva sans savoir quoi dire ni quoi faire. Il se sépara un peu de lui, le regardant avec curiosité mais sans oser rompre totalement le contact. « Je suis tellement désolé. Je suis désolé pour tout ce qu'il s'est passé… Tout ce qu'elle… » Le garçon se mordit à nouveau la lèvre, s'obligeant à arrêter le torrent de paroles et sanglots. Et cette fois il mordit si fort qu'une goutte de sang perla.

« Hey… Tout est fini. Oub-

_ Je ne peux pas. Je ne peux pas l'oublier…

_ Stiles…

_ Je te jure que là tout de suite maintenant il n'y a rien de plus au monde que j'ai envie de faire que d'embrasser chaque millimètre de ton corps jusqu'à ne plus pouvoir respirer et…

_ Et pourquoi tu ne le fais pas ?

_ Parce que c'est impossible ! » Il cria avec colère, mais ensuite il relâcha ce sanglot qu'il ne fut pas en mesure de retenir plus longtemps. « Pas après ce que Kate t'a obligé à faire. »

Entendre le nom de Kate, des lèvres de Stiles, fut comme recevoir une balle en plein coeur.

« Ne dit pas son nom. » Demanda-t-il avec plus de tristesse que la rage qu'il sentait réellement. « Je t'en prie. Elle n'est pas là et-

_ Mais elle est encore là, Derek… » Tout son corps tremblait alors qu'il parlait. « Elle le sera à chaque fois que je vais te toucher et-

_ Ca n'arrivera pas.

_ Bien sûr que si ! » Il cria, repoussant d'un revers de main celle de Derek qui se trouvait toujours sur son épaule. « Tu vas avoir besoin d'années pour surmonter ce qu'elle t'a fait. Et ce n'est pas juste ! Tu allais bien. Et nous sommes tous ici, avec toi… Ce n'est pas juste qu'elle soit là aussi, dans tes souvenirs et… »

Ce fut le cri de rage qui poussa Derek à ne pas dire ce qu'il pensait : que Stiles ne le connaissait pas assez pour savoir ce qu'il voulait ou non.

Mais le fait que Stiles le dise en criant, pour ensuite se mettre à pleurer, lui fit se répéter sa phrase. Une fois, puis encore une autre…

Jusqu'à ce qu'il comprenne ce qu'il se passait réellement.

« Stiles. » Murmura-t-il, angoissé en voyant la préoccupation dans ses yeux marrons, n'en comprenant la raison que maintenant. « Qu'est-ce que tu crois qu'elle a fait ? »

Les yeux de Stiles s'écarquillèrent, montrant un regard de pure terreur.

« Non… » Il fit quelques pas en arrière. « Ne… Ne me demandes pas de le dire à voix haute… Je t'en supplie… »

Mais Derek ne le laissa pas s'éloigner plus de lui. Ni continuer de se sentir coupable de quelque chose qui n'était même pas arrivé.

« Il ne s'est rien passé. » Il posa une main sur la joue mouillée du garçon. « C'est ce que tu pensais ? »

Stiles tarda à comprendre ce que Derek était en train de lui dire… Ce que ça signifiait vraiment.

« Elle ne t'a pas… ? » Demanda-t-il, voulant s'assurer que c'était possible, bien qu'il ne soit pas capable de formuler sa question.

« Dieu, non… » Il l'enlaça avec précaution, nécessitant de l'avoir près de lui et de lui offrir n'importe quel réconfort pour qu'il arrête de pleurer. « Elle m'a tenu drogué tout le long. Si elle avait essayé, je n'aurai pas pu l'en empêcher… Mais elle n'en a pas eu l'occasion. Vous êtes arrivés à temps.

_ Vraiment ? » Demanda-t-il très bas. Tellement bas que ça ne ressemblait plus à sa propre voix. « Je pensais que… Que c'était pour ça que tu ne m'avais pas appelé. Que tu ne voulais pas me voir parce que… »

Il ne put terminer sa phrase. Pas parce que Derek l'avait interrompu, sinon parce que à cet instant ce dont il avait le plus besoin était de l'étreindre de toutes ses forces.

Et Derek le laissa faire. Tout le temps dont il eu besoin.

« Je suis désolé… » Murmura le garçon quand il rompit l'étreinte, mais appuyant sa tête contre le torse de Derek, puisqu'il ne voulait pas rompre leur contact. « J'aurai du te demander… Mais je ne savais pas comment et…

_ Non. Ne pense même pas à t'excuser. » Il caressa sa nuque, attendant que les sanglots disparaissent, sentant comme chaque larme qui mouillait son tee shirt le touchait jusqu'au plus profond de son âme.

Derek attendit patiemment – ça avait toujours été sa plus grande qualité – que Stiles arrête de pleurer, laissant derrière lui toute la peur qu'il pouvait maintenant oublier. Sachant qu'au moins elle ne l'avait jamais touché sans son consentement.

Une fois que ce fut fait et que le garçon récupéra un peu de son sourire, ils reprirent le chemin de la maison.

Ils le firent avec calme, main dans la main et sans regarder en arrière. Laissant derrière eux un passé juste à côté des cendres, qui étaient enfin froides.

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