Chapitre 36

Gray


Il la bat. Ce connard la bat.

Je n'ai pas eu besoin de longtemps avec Cindy pour le deviner, pour percevoir les signes. Je le vois dans sa façon de tressaillir lorsqu'il la touche. C'est sans doute imperceptible aux yeux des autres, mais ma mère avait la même réaction dès qu'il l'approchait, comme si elle anticipait le prochain coup. Cependant, ce n'est pas le seul signe. Son gilet manches longues, alors que le chauffage tourne à plein régime, en dit long.

Il y a aussi cet éclat de peur qui illumine son regard dès que mon père fait le moindre mouvement. Sa façon de baisser la tête lorsqu'il lui dit que la sauce est trop liquide. La série de compliment qu'elle lui fait parce qu'elle essaie de lui faire plaisir ou de ne pas l'énerver.

Nous en sommes à la moitié du repas, ma cravate m'étouffe et je ne pense pas pouvoir contrôler ma colère encore longtemps. Je ne crois pas que je tiendrai jusqu'au dessert sans lui sauter dessus et lui demander comment il peut faire ça à une autre femme.

Cindy et Natsu discutent de je ne sais quoi. Je serre ma fourchette si fort que je ne serais pas surpris qu'elle se casse en deux.

Il a essayé de me parler de hockey lorsque Natsu et Cindy sont partis dans la cuisine. J'ai essayé de lui répondre. Je suppose que j'ai même formé des phrases cohérentes, avec des sujets, des verbes et des compléments, mais depuis que Natsu et moi avons passé la porte de cette horrible maison, j'ai l'esprit ailleurs.

Chaque pièce fait renaître un nouveau souvenir qui me donne la gerbe.

C'est dans la cuisine qu'il m'a cassé le nez la première fois.

Le plus souvent, c'était à l'étage qu'il se défoulait, dans ma chambre, où je n'ose pas aller car j'ai peur des fantômes qui s'y cachent.

C'est dans le salon qu'il m'a projeté contre le mur quand mon équipe n'est pas arrivée en demi-finale. J'étais en quatrième. J'ai remarqué qu'il a accroché un tableau pour cacher le trou dans le mur.

- Donc oui, dit Natsu. Maintenant je chante un solo, mais c'est ce que j'aurais dû faire depuis le début.

- Cette fille a l'air d'une petite conne, répond Cindy.

- Cindy surveille ton langage, aboie mon père.

Le revoilà, ce soubresaut.

Ses excuses devraient suivre, mais à ma plus grande surprise, ce n'est pas le cas.

- Tu n'es pas d'accord, Silver ? Imagine que tu joues pour les Rangers et que ton goal te laisse tomber juste avant la finale de la Stanley Cup.

- Les deux situations ne sont pas comparables, rétorque mon père.

- Non, je suppose que tu as raison, s'empresse-t-elle de dire.

- Depuis quand sors-tu avec mon fils, Natsu ? demande-t-il soudain.

- Un mois, répond Natsu en gigotant, mal à l'aise.

Il hoche la tête, comme s'il était heureux de l'entendre. Lorsqu'il reprend la parole, je comprends pourquoi.

- Ce n'est pas sérieux, alors.

Natsu fronce les sourcils et moi aussi, car je sais ce que mon père pense. Il espère que ce n'est qu'une passade et que ça ne durera pas, pour que je me concentre entièrement sur le hockey.

Cependant, il a tort, et je m'étais trompé aussi. Je pensais qu'avoir quelqu'un me distrairait de mes objectifs, mais ce n'est pas le cas. J'adore être avec Natsu, mais je n'ai pas oublié le hockey. Je n'ai pas cessé de tout donner aux entrainements et d'infliger des raclées à mes adversaires. Ces dernières semaines m'ont simplement prouvé que je pouvais avoir Natsu et le hockey dans ma vie.

- Est-ce que Gray vous a dit qu'il voulait jouer chez les pros, après la fac ?

Natsu hoche la tête.

- Son emploi du temps va devenir encore plus chaotique. J'imagine que le vôtre le sera aussi, ajoute mon père. Où vous voyez-vous après la fac ? Broadway ?

- Je n'ai pas encore décidé, répond Natsu avant d'avaler une gorgée d'eau.

Je remarque que son assiette est vide. Il a fini de manger, mais il n'a pas demandé à se resservir. Moi non plus, d'ailleurs, alors que la cuisine de Cindy est divine. Ça fait des années que je n'ai pas mangé de dinde aussi juteuse.

- L'industrie de la musique n'est pas facile, continue mon père. Il faut énormément de travail et de persévérance. Mais surtout, il faut toute sa concentration.

- J'en ai tout à fait conscience, répond Natsu sur un ton qui me laisse deviner qu'il a des milliers d'autres choses à dire mais qu'il se retient.

- Le sport professionnel fonctionnel de la même manière, poursuit mon père. Les distractions peuvent coûter cher. N'est-ce pas fiston ?

Sous la table, je prends la main de Natsu dans la mienne et je la serre.

- Certaines distractions en valent la peine.

Son regard devient furieux.

- Je crois que tout le monde a fini de manger, intervient Cindy. Et si on passait au dessert ?

J'ai la nausée à l'idée de passer une minute de plus dans cette maison.

- En fait, Natsu et moi devons partir, je réponds. La météo a annoncé de la neige et j'aimerais rentrer avant que les routes ne deviennent dangereuses.

Cindy tourne la tête vers la baie vitrée de l'autre côté de la salle à manger. Il n'y a pas un seul flocon de neige dans l'air. Heureusement, elle ne dit rien. D'ailleurs, elle a l'air soulagée que cette horrible soirée touche à sa fin.

- Je vais débarrasser la table, propose Natsu.

- Merci, c'est gentil, répond Cindy.

- Gray, dit mon père en reculant sa chaise bruyamment. Un mot.

Puis il sort.

Cet enfoiré ne peut même pas remercier sa copine pour le délicieux repas qu'elle a préparé.

- Qu'est-ce que tu veux ? je dis en entrant dans son bureau. Et ne te fatigue pas à me demander de rester pour le dessert. Je suis rentré pour Thanksgiving, et maintenant je m'en vais.

- J'en ai rien à foutre du dessert. Il faut qu'on parle de ce type.

- Ce type ? je répète en éclatant de rire. Tu veux dire Natsu ? Parce qu'il n'est pas n'importe quel type, c'est mon petit-ami.

- C'est un handicap.

- Ah bon ? Explique-toi, je t'en prie.

- Sur tes trois derniers matchs, tu en as perdu deux, aboie-t-il.

- Et c'est de sa faute ?

- Bien sûr ! Tu n'es plus concentré sur le jeu !

- Je ne suis pas le seul joueur de l'équipe, et je ne suis pas le seul à avoir commis des erreurs durant ces matchs.

- Tu as pris une pénalité qui t'a coûter cher, dans le dernier, crache-t-il.

- Ouais, c'est vrai. Et alors ? On est toujours les premiers du championnat régional, et numéro deux au niveau national.

- Numéro deux ? hurle-t-il en serrant les poings. Et tu es content d'être numéro deux ? Je t'ai élevé pour être le premier, espèce de petite merde.

Il fut un temps où ses joues rouges et son regard noir m'auraient fait tressaillir, mais ce n'est plus le cas. Lorsque j'ai eu seize ans et que j'ai pris suffisamment de muscles pour pouvoir parer ses coups, j'ai compris que je n'avais plus à avoir peur de lui.

Je n'oublierai jamais son expression, la première fois où je me suis défendu. Son poing se dirigeait sur mon visage, et j'ai eu un moment de lucidité, j'ai compris que je pouvais le bloquer. Que je n'avais plus à supporter ses coups sans rien dire, que je pouvais les lui retourner, même.

Et c'est ce que j'ai fait. Je me souviens de l'intense satisfaction que j'ai ressentie lorsque mes phalanges se sont écrasées sur sa mâchoire. Il a poussé un grognement de rage, et j'ai vu la surprise, et la peur, dans son regard tandis qu'il titubait en arrière.

C'est la dernière fois qu'il m'a frappé.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? je demande en désignant ses poings serrés. Tu vas me frapper ? Qu'est-ce qu'il y a, tu en as assez de cogner la gentille femme qui vit avec toi ?

Son corps entier se contracte.

- Tu crois que je ne sais pas que tu te sers d'elle comme défouloir ? je siffle.

- Fais gaffe à ce que tu dis, garçon.

- Va te faire foutre, je rétorque alors que ma respiration devient rauque. Comment peux-tu la battre ? Comment peux-tu frapper qui que ce soit ? C'est quoi ton problème ?

Il avance et s'arrête à un mètre de moi. Pendant une fraction de seconde, je me dis qu'il va me frapper, et j'ai presque envie qu'il le fasse pour que je puisse me venger.

Cependant, mes pieds ne bougent pas et mes mains restent pressées fermement contre mes cuisses. Car même si j'en meurs d'envie, je ne m'abaisse pas à son niveau. Je ne perdrai jamais le contrôle de mes émotions comme lui.

- Il faut te faire aider, je crache. Sérieusement, tu as besoin d'aide, et j'espère que tu l'auras avant que tu fasses encore plus de mal à cette pauvre femme.

Je sors de son bureau en titubant. Mes jambes tremblent tellement que c'est un miracle qu'elles me portent jusqu'à la cuisine, où je trouve Natsu qui rince des assiettes dans l'évier. Cindy est en train de charger le lave-vaisselle, et les deux pâlissent en me voyant.

Je me racle la gorge, mais cela ne fait pas disparaître le nœud qui s'y est installé.

- Cindy, je suis désolé de vous prendre Natsu, mais il faut qu'on parte.

Elle me dévisage un moment, puis elle hoche la tête.

- Pas de souci. Je peux faire le reste.

Natsu ferme le robinet et vient lentement vers moi.

- Est-ce que ça va ?

Je secoue la tête.

- Est-ce que tu peux attendre dans la voiture ? Il faut que je parle à Cindy.

Natsu ne sort pas tout de suite. Il retourne auprès de la jeune femme, hésite un instant, puis il la prend lentement dans ses bras.

- Merci beaucoup pour ce si bon repas. Joyeux Thanksgiving.

- Joyeux Thanksgiving à toi aussi, répond-elle en se forçant à sourire.

Je tends les clés de la Jeep à Natsu.

- Tiens, tu n'as qu'à la démarrer.

Il sort de la cuisine sans dire un mot.

J'inspire une grande bouffée d'air puis j'avance jusqu'à la jeune femme, et je suis horrifié de voir qu'elle sursaute légèrement et qu'elle se crispe. Est-ce qu'elle a peur que je la...

- Je ne vais pas vous faire de mal.

- Quoi ? Oh, Gray, non, je ne pensais pas que...

- Si, vous l'avez pensé, mais ça va. Je ne le prends pas mal. Je sais ce que c'est que d'être... Écoutez, je n'ai pas beaucoup de temps parce qu'il faut que je sorte d'ici avant de faire quelque chose que je pourrais regretter, mais il faut que vous sachiez une chose.

- Quoi ? demande-t-elle en lâchant la poignée du lave-vaisselle.

- Je...

Je déglutis avant d'aller droit au but, parce que ni elle ni moi ne voulons vraiment avoir cette conversation.

- Vous n'êtes pas la seule, d'accord ? Il nous a agressé physiquement et verbalement pendant des années, ma mère et moi.

Elle ouvre la bouche, mais elle ne dit rien.

- Ce n'est pas quelqu'un de bien. Il est dangereux, violent et... malade. Il est malade. Vous n'avez pas à me dire ce qu'il vous fait. Et peut-être que j'ai tort et qu'il ne vous fait rien, mais je crois que si, parce que je le vois dans votre comportement. J'étais pareil. Chacun de mes gestes, chacune de mes paroles... tout était ancré dans la peur. Je faisais tout pour ne pas l'énerver. Pour ne pas lui donner une raison de me frapper encore une fois.

Cindy a l'air horrifiée, mais le fait qu'elle ne dise rien confirme que j'ai raison.

- Bref. Je ne vais pas vous sortir d'ici par la force ni appeler les flics. Ce n'est pas mon rôle, et je n'interviendrai pas. Mais je veux vous dire deux choses. Premièrement, ce n'est pas de votre faute. Ne vous culpabilisez pas, parce que c'est son problème. Vous n'avez rien fait pour mériter ses critiques et ses attaques verbales, et vous ne l'avez pas déçu, car il est impossible à satisfaire. Deuxièmement, si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, je veux que vous m'appeliez, d'accord ? Si vous voulez parler, ou si vous voulez le quitter et que vous avez besoin d'aide pour prendre vos affaires, appelez-moi. Et si... si un jour, il va trop loin et que vous avez besoin d'aide, appelez-moi, bon sang. Vous pouvez me le promettre ?

Cindy a l'air sous le choc. Ses yeux bleus sont vitreux et elle cligne rapidement des paupières, comme si elle refoulait ses larmes. La cuisine est plongée dans un silence de plomb. Elle me dévisage en tripotant les manches de son gilet. Au bout d'un moment qui me semble avoir duré une éternité, elle hoche légèrement la tête.

- Merci, chuchote-t-elle.

Les radiateurs de la Jeep sont – évidemment – à fond lorsque j'y monte. Natsu a allumé le moteur et il a déjà attaché sa ceinture, comme s'il avait la même hâte que moi de partir d'ici. Je m'attache et je démarre aussitôt, pressé comme jamais de m'éloigner de cette maison cauchemardesque. Si j'ai la chance un jour de jouer pour Boston, je vivrai à l'autre bout de la ville.

- Eh bien c'était... dur, remarque Natsu.

- Dur ? je m'exclame en riant nerveusement. C'était une putain de torture, oui !

Il soupire.

- J'essayais d'être diplomate.

- Pas besoin. C'était un cauchemar du début jusqu'à la fin, je dis en agrippant le volant le plus fort possible. Il la bat, tu sais.

Natsu reste silencieux un moment, et lorsqu'il répond, c'est avec tristesse mais sans aucune surprise.

- Je m'en suis douté. Ses manches sont remontées dans la cuisine, j'ai vu les des bleus sur ses poignets...

Je suis encore plus fou de rage. Une partie de moi espérait encore que je m'étais trompé.

Un silence s'installe entre Natsu et moi. Je tiens le levier de vitesse et il pose sa main sur la mienne. Il caresse mes phalanges et sa chaleur naturelle parvient à me calmer un peu.

- Elle a eu peur de moi, je marmonne.

- De quoi tu parles ? demande Natsu, surpris.

- Quand on est restés seuls dans la cuisine, j'ai fait un pas vers elle et elle s'est crispée comme si elle avait peur que je lui fasse mal. Je la comprends, en plus. Ma mère sursautait tout le temps, et moi aussi d'ailleurs. Mais... putain. Je n'arrive pas à imaginer qu'elle m'ait cru capable de lui faire du mal.

- Ce n'est pas toi, Gray, dit Natsu d'une voix triste. S'il la bat, elle a sans doute peur de tous ceux qui l'approchent. J'ai connu la même chose après l'agression. Je sursautais tout le temps, j'étais nerveux et je doutais de tout le monde. Il m'a fallu un long moment avant de pouvoir me détendre avec des étrangers, et aujourd'hui encore, il y a des choses que je ne fais pas, comme boire en public. Enfin, sauf quand tu es là pour jouer le garde du corps.

Je sais qu'il cherche à me faire sourire, mais ça ne marche pas. Je suis encore trop préoccupé par la réaction de Cindy. D'ailleurs, je n'ai plus envie d'en parler. C'est... trop dur. Heureusement, Natsu ne m'y oblige pas et j'adore ça chez lui. Il n'essaie pas de combler les silences.

Il me demande si j'ai envie d'écouter de la musique, et lorsque je hoche la tête, il branche son iPod. Cette fois-ci, je souris. C'est la playlist que je lui ai envoyée lorsqu'on s'est rencontrés, mais il ne met pas la première chanson, parce que c'était la préférée de ma mère. Heureusement, d'ailleurs, car si je l'entendais maintenant, je suis sûr que je fondrais en larmes. Ça prouve que Natsu Dragneel est incroyable. Il est toujours à l'écoute de mes sentiments et de mes humeurs. Je n'ai jamais été avec quelqu'un qui me comprenait si bien, si...naturellement.

Une heure passe. Je sais que ça fait une heure, parce que c'est la durée de la playlist. Lorsqu'elle arrive à sa fin, Natsu en lance une deuxième.

Je suis plus calme, à présent. Toutefois, chaque fois que j'ai l'impression d'aller mieux, je repense au regard apeuré de Cindy et j'ai de nouveau du mal à respirer. Je m'oblige à ne pas me concentrer sur mes doutes et sur la question qui ne cesse de me tarauder. Cependant, lorsque je quitte l'autoroute pour emprunter la nationale jusqu'à Hastings, la question surgit de nouveau et cette fois-ci je ne peux pas l'ignorer.

- Et si j'en étais capable, moi aussi ?

Natsu baisse le volume de la musique.

- Pardon ?

- Et si j'étais capable de faire du mal à quelqu'un, moi aussi ? je demande d'une voix rauque. Et si j'étais comme lui ?

- Tu ne l'es pas, répond-il avec certitude.

- Mais j'ai son caractère. J'avais envie de l'étrangler, ce soir. Il m'a fallu toute ma volonté pour ne pas le jeter contre un mur et lui casser la gueule. Si je ne l'ai pas fait, c'est juste parce que ça n'en valait pas la peine. Il n'en vaut pas la peine.

- Et c'est pour ça que tu n'es pas comme lui, justement, dit-il en me prenant la main. Toi, tu as la volonté de te maîtriser, donc tu n'as pas son tempérament. Ton père ne peut pas se contrôler, il laisse la colère prendre le dessus et il fait du mal à ceux qui sont plus faibles que lui. Qu'est-ce que tu ferais si je t'agaçais là, maintenant ?

- Comment ça ?

- Imagine qu'on ne soit pas en voiture. Imagine qu'on est dans ma chambre, ou chez toi, et que je... je ne sais pas, que je te dis que je couche avec quelqu'un d'autre. Ou même, imagine que je te dis que je couche avec toute l'équipe de hockey depuis qu'on s'est rencontrés.

J'ai la nausée rien que d'y penser.

- Qu'est-ce que tu ferais ? demande-t-il.

- Je romprais avec toi et je partirais.

- C'est tout ? Tu n'aurais pas envie de me frapper ?

- Bien sûr que non ! je m'exclame, horrifié.

- Exactement, répond-il en caressant ma main. Parce que tu n'es pas comme lui. Peu importe que tu sois en colère contre quelqu'un, tu ne le frapperais pas pour autant.

- Ce n'est pas vrai. Je me suis déjà battu sur la glace. Et une fois, chez Malone, j'ai mis une droite à un type qui disait des trucs horribles sur la mère de Luxus.

Natsu soupire.

- Je ne dis pas que tu n'es pas capable d'être violent. Tout le monde en est capable. Je dis que tu ne ferais pas de mal à quelqu'un que tu aimes. En tout cas, pas volontairement.

Bon sang, j'espère qu'il a raison, mais j'ai le même ADN que lui, alors... qui sait ?

Mes mains se mettent à trembler et je sais que Natsu le sent car il sert ma main plus fort.

- Gare-toi sur le côté, dit-il.

Je le regarde en fronçant les sourcils. On roule sur une route droite et sombre, et même s'il n'y a pas d'autres voitures, je n'aime pas m'arrêter au milieu de nulle part.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai envie de t'embrasser et que je ne peux pas le faire si tu es concentré sur la route.

Je sens un sourire se dessiner sur mes lèvres. Personne ne m'a jamais demandé de me garer pour m'embrasser, et même si je suis épuisé, en colère et triste, l'idée d'embrasser Natsu est comme un rayon de soleil dans la nuit noire.

Sans un mot, je me gare sur le bas-côté et j'allume les feux de détresse. Natsu se rapproche et pose sa main sur ma joue. Il la caresse délicatement, puis il s'avance et ses lèvres effleurent les miennes.

- Tu n'es pas comme lui. Tu ne seras jamais comme lui, dit-il en embrassant mon nez. Tu es quelqu'un de bien, ajoute-t-il en mordillant ma lèvre inférieure. Enfin, parfois tu te comportes comme un enfoiré, mais c'est à un degré tout à fait tolérable.

Je souris jusqu'aux oreilles.

- Tu n'es pas comme lui, répète-t-il. La seule chose que vous avez en commun, c'est que vous êtes de super joueurs de hockey. C'est tout. Tu n'es pas comme lui.

Wow. J'avais vraiment besoin de l'entendre et je le remercie en l'embrassant. Ma langue se glisse dans sa bouche et je grogne parce qu'il a le goût de cranberries. J'ai envie de l'embrasser toute la nuit et pour le reste de ma vie.

Cependant, je n'ai pas oublié où nous sommes. Je romps le baiser tandis que sa main caresse ma cuisse et que mon pantalon devient de plus en plus étroit.

- Qu'est-ce que tu fais ? je demande d'une voix rauque avant de grogner de nouveau lorsqu'il frotte mon début d'érection.

- À ton avis ?

Je prends sa main pour l'arrêter.

- Je ne sais pas si t'as remarqué, mais on est dans ma voiture et on est garés au bord de la route.

- Et donc ?

Je m'apprête à répondre mais je suis brusquement incapable de formuler la moindre pensée cohérente alors que la main de Natsu caresse de nouveau mon entrejambe. Des bouffées de chaleur parcourent mon corps. Eh merde. Ce n'est pas le moment, mais je ne peux pas empêcher ma main de se promener sur son genou jusqu'à l'intérieur de sa cuisse. Je remonte davantage pour découvrir qu'il est aussi excité que moi.

- On ne peut pas faire ça, je dis en employant une force surhumaine pour retirer ma main.

- Pourquoi pas ? demande-t-il avec un regard aguicheur, ce qui ne m'étonne pas car je découvre peu à peu que Natsu est sacrément téméraire une fois qu'il a baissé sa garde et j'adore ça.

- N'importe qui pourrait passer, comme une voiture de flics.

- Dans ce cas, il vaut mieux qu'on fasse vite.

J'ai à peine le temps de cligner des yeux qu'il a baissé ma braguette et glissé sa main dans mon boxer.

- Va sur le siège arrière, j'ordonne.

- Tu es sérieux ? demande-t-il d'une voix malicieuse.

- Quitte à le faire, autant faire ça bien, je dis en feignant un soupir exaspéré.

Je rigole en voyant la vitesse à laquelle il se propulse à toute vitesse vers le siège arrière et j'ouvre la boîte à gants pour prendre une capote et un sachet de lubrifiant avant de le rejoindre à l'arrière.

Lorsqu'il voit ce que je tiens, Natsu est bouche bée.

- Ce sont des capotes ? Et c'est du lubrifiant ? Tu gardes des capotes et du lubrifiant... dans ta voiture...

- Bien sûr, je dis en haussant les épaules. Imagine que je sois en train de conduire et que je croise un type canon en panne sur le bord de la route ?

- Je vois. Alors, c'est ça, ton genre de mec ? Les mecs mignons en détresse ?

Je m'allonge sur lui en me redressant sur mes coudes.

- Non, il se trouve que je préfère les garçons aux cheveux roses et au fort caractère. Un en particulier, qui a un corps absolument délicieux. Et un joli petit cul, j'ajoute en passant une main sous lui. Bref, le garçon le plus bandant que je connaisse.

- Espèce d'obsédé, dit-il en frissonnant.

- Ouais, mais tu m'aimes quand même.

Il retient son souffle alors je réalise ce que je viens d'insinuer.

- Ouais, c'est vrai, murmure-t-il en plongeant son regard dans le mien. Je t'aime.

Mon cœur semble prêt à exploser. D'autres me l'ont déjà dit. Mais cette fois, c'est différent parce que c'est Natsu qui le dit et qu'il n'est pas n'importe qui. Et parce que je sais qu'il le pense vraiment. C'est moi qu'il aime – Gray. Pas la star de hockey de la fac, ou le fils de Silver Fullbuster. C'est moi. J'ai du mal à parler tant je suis ému. Mais ce n'est pas le moment de rester silencieux.

- Je t'aime aussi.

En revanche, c'est la première fois que, moi, je le dis à quelqu'un, et ça ne me fait pas peur. Natsu sourit, puis il passe sa main sur ma nuque et tire ma tête pour m'embrasser. Nous ne parlons plus.

Natsu se tortille sous moi pour retirer son pantalon et son boxer tandis que je fais de même. Quelques instants plus tard, nos bouches se rejoignent à nouveau. Sans me détacher de ses lèvres, j'ouvre le sachet de lubrifiant et mes doigts vont préparer l'entrée de Natsu. Ses gémissements étouffés m'indiquent qu'il est aussi pressé que moi. Après plusieurs minutes, ni lui ni moi ne pouvons nous retenir plus longtemps, et j'enfile le préservatif.

- Tu es magnifique, je marmonne essoufflé, incapable de le quitter des yeux.

Je n'attends pas plus pour me glisser lentement en lui. J'aimerais aller lentement pour faire durer ce moment, mais je n'ai pas oublié où l'on est. Un bon samaritain – ou un flic – pourrait voir ma voiture et penser que l'on a besoin d'aide. S'il décidait de s'approcher, il aurait une vue splendide sur mon cul nu et les mains de Natsu qui agrippent mon dos.

Mes mouvements de bassins sont vite limités dans cette position. Je ne parviens qu'à faire des aller-retours rapides et peu profonds, mais cela ne semble pas gêner Natsu un seul instant. Il fait les bruits les plus sexy du monde à chaque fois que je le pénètre, et lorsque je touche un certain point, il gémit si fort que je dois contracter mes fesses pour ne pas éjaculer. Je sens l'orgasme arriver, mais je veux que Natsu vienne en même temps que moi. Je veux l'entendre crier et le sentir se contracter autour de mon membre.

Je glisse ma main entre nous pour le masturber énergiquement.

- Donne-moi tout, Bébé. Jouis pour moi. Je veux te sentir jouir, je susurre dans son oreille.

Il ne lui en faut pas plus pour venir en criant mon nom. Je suis incapable de résister à la vue de Natsu totalement abandonné au plaisir et je viens à mon tour.

Lorsque les vagues de plaisir disparaissent et que je retrouve mes esprits, je réalise quelle chanson nous accompagne.

- Tu as re-téléchargé de la K-pop ? je demande en écarquillant les yeux.

- Non... dit-il en souriant.

- Ah ouais ? Alors pourquoi j'entends du coréen ?

Il hésite un instant en faisant la moue, puis il soupire, dépité.

- Parce que j'aime la K-pop. Là. Je l'ai dit.

- Tu as de la chance que je t'aime. Sinon je ne le tolérerais pas.

- C'est toi qui as de la chance ! répond Natsu en souriant. Parce que tu es un véritable enfoiré et que je suis le seul qui te supporte.

Il a sans doute raison à propos du fait que je suis un enfoiré. Pour ce qui est d'être chanceux, ça me paraît évident.