Chapitre 35 : Jacob
« Il part pour... Julliard ? Mais pourquoi ? » implora Alice. « Et comment ça se fait que tu es ou courant et pas moi ? Je suis sa sœur ! Sa meilleure amie ! » s'énerva-t-elle.
« Alice, calmes-toi, » ordonna Jasper. « Je parle beaucoup avec lui. Il ne voulait pas se porter malchance en le disant à tout le monde. Il en a parlé à Esmé et Rosalie, et apparemment, à Bella aussi. »
J'hochais la tête.
« Mais pourquoi ? » continua de supplier Alice.
« Je vais tout vous dire, » répondit-il en contemplant Alice puis Jacob. « Venez, on va boire un verre. »
Quelques minutes plus tard, nous étions installés dans un café. J'avais commandé un chocolat chaud tandis que les autres avaient commandé des cafés.
« Alors, » commença Jasper. « Tu sais qu'Edward et moi avons beaucoup parlé tandis qu'il s'enfonçait dans la dépression suite à sa rupture ? »
« Oui, » répondit Alice.
« Nous nous sommes installés dans un parc. Au lieu de lui demander ce qu'il s'était passé avec Tanya, et lui demander de se remémorer des souvenirs négatifs, je lui ai demandé ce qu'il aimait faire. Il m'a tout de suite répondu la musique. »
Alice acquiesça tandis que Jake continuait de le regarder, silencieux.
Jasper continua.
« Un peu plus tard, il m'avait trouvé, me demandant ce que je pensais de Julliard. Et, vous savez... c'est une grande école qui engage l'élite, quoi. Il m'avait regardé, hoché la tête et était parti. Mais, je ne le laissai pas faire si facilement, » ricana-t-il.
« Tu lui as demandé pourquoi ? » poursuivit Alice.
« Exactement. Il m'avoua que ç'avait toujours été son rêve mais qu'il avait peur d'abandonner l'université, de ne pas être assez doué... Alors je lui ai proposé un dilemme. Les inscriptions débutaient en septembre, je lui ai dit qu'il devait tenter l'expérience. Qu'il continue la biologie cette année en attendant de voir vers quoi sa demande allait aboutir. Ainsi, il n'aurait pas raté une année de cours et il aurait essayé. Il était tellement perdu, je ne pouvais pas le laisser se morfondre. C'était son rêve, je ne pouvais que l'encourager, affermir son estime également. »
Il se tue, prit une gorgée de son capuccino avant de soupirer.
« Je comprends, » dit Alice tandis.
« Il en a parlé à Esmé par la suite. Elle l'a directement soutenue, lui avouant que c'était le rêve de sa mère également. Il était heureux d'avoir, peut-être, la chance de vivre son rêve. Nous l'avons aidé à remplir sa lettre de motivation et compléter tous les papiers. Nous avons ensemble été déposer le tout dans la boite aux lettres. »
« Pourquoi il ne nous a rien dit ? » demanda Jacob.
« Il ne pensait pas être pris. Sérieusement, il ne pensait pas que ses capacités aillaient être retenues. Ce qu'est que quand on lui a demandé de remplir d'autres papiers et d'assister à un cours ouvert qu'il réalisa. Il y était allé lorsqu'il est allé chercher Rose à New York. »
« Ooooh. »
Le visage d'Alice s'illumina.
« C'est pour ça ! »
« Oui, » rit Jasper. « C'est comme ça que Rosalie a dû être au courant. »
« Et toi, Bella, comment tu l'as su ? » me questionna Jake.
« Il devait me le dire avant de commencer notre relation, » avouais-je d'une petite voix. « Nous ne pourrons être ensemble lorsqu'il partira... »
Alice prit ma main et me sourit chaleureusement.
.
. . .
.
Elle me consolait ainsi le restant de la nuit.
Le lendemain, je marchais en mode automatique. Je prenais activement note en cours, rentrait directement dans ma chambre. Je retournais en cours, puis les travaillais.
Je me demandais quand allait-il me contacter ? Quand mes parents allaient-ils prendre des nouvelles de moi ?
Jacob m'avait vue, morose marchant vers mon dortoir. Il avait eu envie de me tenir compagnie et était resté. Il me faisait rire, le seul capable de ne pas me faire penser à la grosse pagaille qu'était ma vie.
Cette nuit, je n'arrivais à dormir. J'étais anxieuse, je ne savais de quoi le lendemain serait fait.
Lorsque je me retrouvais seule, dans ma petite chambre, je me dis que j'avais besoin d'aide pour me détendre.
Mes parents sont la seule raison pour laquelle je n'ai plus réessayé de me tuer. Personne ne le savait mais j'avais fait trois tentatives de suicide.
La première fois, j'avais pris un médicament de chaque boite que nous avions. Ça n'a pas fonctionné, j'avais eu tellement mal au ventre que j'ai dû me faire vomir.
C'était après le soir du bal. Lorsque je m'étais ridiculisée, presque retrouvée nue aux yeux de tous.
La deuxième fois, c'était après que James m'avait agressé sous les gradins. Je m'étais dit qu'il avait raison, je n'étais qu'un chien après tout. Moins que cela même – je servais à rien. Je me trouvais laide, j'avais envie de me découper en deux dès que je parlais à quelqu'un. Alors, j'avais pris uniquement des calmants.
Des médecins m'en avaient prescrit parce que je faisais des crises d'angoisse hallucinantes avant d'aller à l'école et que je ne dormais plus. Je devais en prendre un le soir.
Chose que je n'ai jamais faite, évidemment. J'ai toujours une boite entière avec moi, d'ailleurs.
J'avais pris plusieurs sortes – antidépresseur, benzodiazépine, diazépam. Malheureusement, à cause des mélanges, j'avais été excité toute la journée au lieu de me faire dormir pour toujours.
Ouais, ça arrive vraiment, les mélange annulent le reste. Maintenant je le sais.
Si personne n'avait remarqué ces deux tentatives, la dernière ne passa pas inaperçue.
C'était après la pire journée de ma vie. J'avais encore fait une crise d'angoisse avant d'aller à l'école, ce que mon père n'acceptait pas. Ma mère pensait que je faisais mon enfant et m'avait engueulée.
Eh bien, oui, Bella, tu n'as plus quatre ans. Tu verras papa maman à la fin des cours.
J'étais rentrée et chaque personne que je croisais me disait quelque chose de méchant ou de rabaissant. Ils s'étaient donné le mot. Ça allait du « trop jolie ta veste, tu l'as achetée où que je n'aille jamais dans ce magasin » aux « purée, mange un truc sale anorexique ».
Je n'avais même pas pu manger dans la bibliothèque, elle était fermée, donc j'étais allée aux toilettes et deux filles parlaient. On était vendredi et elles avait été invitée à une fête. Banal, oui, mais toute mon année avait été invitée et j'avais même pas été informée. Pour dire à quel point j'étais invisible...
Lorsque je sortis, elles m'avaient regardé avec dégout, haussant un sourcil, condescendantes. Je me lavais les mains, évitant de croiser mon propre regard dans le miroir et sortis calmement. Au moment où je fermis la porte je les entendis rire et l'une dire à l'autre 'elle est tellement bizarre cette fille, c'était trop gênant'.
Et, comme si ça ne suffisait pas, un gars m'avait attrapé le bras et enfermé dans le placard à balais. Il avait allumé la lumière et dit :
« Il parait que t'es trop chaude, viens là. »
Il m'avait claqué mes fesses et mit sa main sur ma tête, me demandant de m'abaisser. Il avait retiré sa ceinture et j'avais crié 'non, s'il te plait', le suppliant et pleurant.
Avant qu'il n'enlève complètement son pantalon, il s'était figé face à ma supplique.
« Quoi ? C'est pas ce que t'aimes faire ? »
Je secouais la tête de gauche à droite frénétiquement, les larmes au bord des yeux. Il me prit le bras et m'aida à me relever.
« Heu... Ça va ? Je pensais que... Mais, James, il dit à tout le monde que tu l'as sucé sous les gradins. Il dit que t'es trop chaude. »
Je fis les yeux ronds, surprise, gênée.
Rabaissée.
« Ça va ? »
Je ne dis rien.
« Hé, je suis désolé. »
Mes yeux plongeaient dans les siens. Ils avaient une couleur d'or indéfinissable.
Il sembla voir la tristesse dans les miens parce qu'il tressaillit. Et j'ai vu. Je l'ai vu.
Pitié.
Putain, un gars que je ne connais même pas essaie de m'agresser dans un placard à balais et a pitié de moi. Je dois vraiment être misérable.
« Je te promets, je leur demanderai d'arrêter de t'embêter. »
Ne répondant toujours pas, je baissais la tête. Il chuchota encore un 'désolé' avant de s'enfuir.
Je ne sais comment j'ai survécu au restant de la journée mais lorsque je suis rentrée chez moi, je n'ai pas hésité et j'ai avalé le quart de la boite.
J'ai rapidement senti les effets et je me suis endormie.
Jusqu'à mon réveil à l'hôpital.
Tout le monde avait été au courant de ma tentative de suicide et on me laissa tranquille une semaine entière au lycée. À quoi bon m'acharner, il restait qu'un mois de cours...
Ce garçon, dont je n'ai jamais connu le nom, tint quand même sa promesse. A chaque fois que je le voyais, il demandait aux autres d'arrêter et me faisait un petit sourire. Je lui répondais par un petit sourire de reconnaissance avant de rapidement reprendre ma route.
Je n'ai jamais su s'il avait fait le lien entre son altercation et ma tentative dans la même journée. Je pense qu'il s'en voulait.
. . .
Mais aujourd'hui, je me sens agitée. Et fatiguée. J'avais besoin de dormir.
Pourquoi je lutte encore ? me demandais-je ce samedi matin.
Autant prendre un médicament et tout ira bien.
Ce que je fis. J'avais une boite d'Alprazolam, un calmant. Avec un peu de chance, il m'aidera à avoir l'esprit assez tranquille pour m'endormir.
J'en pris un demi puis allais me recoucher. Ce n'était pas cela qui allait me tuer.
Ce samedi, Jacob était encore venu me voir. Il resta avec moi toute la journée. C'est vraiment un gars super.
Il m'apprit qu'Edward il avait parlé à Jasper.
Pas à moi.
J'étais toujours tourmentée... New York... était là où étudiait Tanya. Je n'avais pas eu besoin de Jake ou encore d'Alice pour faire le rapprochement, je le fis seule.
Qu'il ait appelé Jasper me chagrina. Même s'il lui avait demandé de me dire qu'il m'aime je... enfin, pourquoi ?
Jasper me dit que ça se passait plutôt bien pour lui. Il aura une sorte de première audition ce lundi et qu'il reviendrait probablement dans le courant de la semaine. Avant ce week-end.
Jacob resta encore une fois très proche de moi. Lui et moi étions rapidement devenus inséparables. Il venait même étudier avec moi à la bibliothèque.
Il ne voulait pas que mes parents me rendent tristes.
Il ne voulait pas que le manque d'appel d'Edward me rende triste.
Ce lundi soir, il resta dormir sur le lit jumeau à côté du mien. Nous nous étions tenu la main, s'endormant avec le contact de l'autre. Amicalement, évidemment.
Je le considérais comme un bon ami. Jamais personne ne m'avait autant fait rire avec des idioties, à part Emmett peut-être. Mais, je ne le voyais pas autant.
Ce mardi soir, je travaillais à la bibliothèque, comme prévu. Madame Woodsen et Mike étaient avec moi.
Cependant, il n'y avait pas grand monde. Peu d'étudiants voulaient rester à la bibliothèque jusqu'à trois heures du matin. Mais aux alentours de 22 heures, Madame Woodsen me demanda de partir.
Elle disait qu'elle n'avait plus besoin de moi, que je pouvais aller dormir, elle me sentait fatiguée.
Elle m'avait dit ces mots. Elle avait raison.
Je sortis de la bibliothèque lorsque j'entendis des bruits de pas courir vers moi. J'eus un sursaut, apeurée, regardant autour de moi, recherchant d'où pouvait bien venir ce bruit.
« Bouh ! »
Je criais, sursautant d'un bond de deux mètres.
« Jake, » soufflais-je, soulagée.
Il ria franchement.
« J'aurais pu te tuer ! » lui dis-je.
Il ria encore plus fort.
« J'en doute, petit chaton. »
Je lui tirai la langue.
« Tu ne devais pas finir tard aujourd'hui ? »
« Si mais il n'y avait pas grand monde. On nous a lâchés plus tôt » souris-je.
Il me rendit mon sourire, me dévoilant toutes ses dents.
Pour être honnête, il était vraiment beau lorsqu'il souriait. J'en rougissais même.
« Tu voudrais sortir avec moi ? » demanda-t-il.
« Heu, quoi ? » répondis-je, penaude.
Il rit.
« Aller boire un verre... ? »
« Oh. Oui, pourquoi pas. »
Nous nous installâmes au bar The Bub à quelques mètres de la bibliothèque principale.
Il commanda deux petits verres. Je le regardais bêtement.
Nous passions une agréable soirée à discuter de tout et de rien. C'était toujours comme ça avec Jacob, c'était simple. Tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Il m'aidait à me sentir mieux.
Je lui racontais l'histoire de la pilule prise il y a deux nuits. Il semblait inquiet, me demandant de ne plus en prendre.
J'haussais les épaules.
« C'est pas ça qui va me tuer » affirmais-je.
« Je voudrais quand même que tu évites de prendre ces médicaments. »
Je le regardais, amusée.
« Quoi ? » demanda-t-il.
Je ris.
« Dit celui à la fumette facile. »
« Quoi ? Je... Bella ! »
Je ris.
« Ce n'est pas la même chose ! »
« Bien sûr que si ! Et tu le sais ! »
Il sourit puis détourna le regard. Il avait été pris à son propre piège.
Vers minuit, nous sortîmes du bâtiment. Il était tard, la nuit était belle, étoilée. Il faisait un peu frais donc Jacob me proposa sa veste en m'accompagnant vers mon dortoir.
Je lui dis que ce n'était pas la peine mais il insista. J'abdiquais.
Sur le chemin, il me demanda si j'avais envie d'essayer. Je repoussais sa demande, dégoutée qu'il puisse proposer cela ! Il incitait les gens à consommer des substances illicites maintenant ? Bien joué Jake !
Il ria.
« J'te taquine. »
Arrivée devant ma chambre, je l'invitais à entrer, comme à notre habitude depuis peu.
« Bella, je... dois te dire quelque chose. »
« Oui bien sûr. »
Il s'installa sur mon lit à côté de moi. Il prit ma main, chose qu'il faisait souvent pour me consoler, et joua avec mes doigts.
Il me regarda droit dans les yeux. Ses prunelles dorées brillaient dans ma chambre sombre.
Il mit sa main gauche sur ma joue, sa main droite toujours dans la mienne.
« Bella, je... »
Il me regarda, moi et puis mes lèvres. Je ne compris pas directement ce qu'il voulait me dire.
C'est alors qu'il avança sa tête, lentement, vers la mienne que je compris. Il avança encore, jusqu'à effleurer mes lèvres des siennes.
Avant d'avoir eu le temps de l'arrêter, avant même d'avoir eu le temps de penser, la porte de ma chambre s'ouvrit tout doucement.
« Surprise ! » dit une voix que je ne connais que trop bien.
Je restais figée, muette, sous le choc de la semi-révélation de Jacob.
Je pus tout de même apercevoir le sourire de mon invité surprise s'affaisser dans un mélange de tristesse, colère et appréhension.
