Bonjour à tous !

J'espère que vous allez bien.

J'ai cru comprendre que le dernier chapitre vous avait agacé. Pas de panique, j'ai encore plein de choses à vous raconter, c'est pourquoi je partage avec vous le premier chapitre de la deuxième partie.

On change de décor, de nouveaux personnages arrivent, j'espère que toutes ces nouvelles dynamiques vous plairont. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Aussi, vous avez été nombreux à me demander pourquoi je donnais un prénom à la mère de Mak seulement maintenant. Alors, en réalité, le prénom "Sarah" ne vient pas de moi. Pour la rôle de la mère, j'ai emprunté le personnage, Sarah Hawkins, la mère de Jim ( le frère ) de La Planète au Trésor. Et pourquoi je ne dévoile son prénom que maintenant ? Et bien parce que je crois que Sarah reprends sa vie en main en défendant sa fille contre Weselton et gagne ainsi une certaine identité que sa dépression lui avait volé. J'ai donc trouvé cohérent que ce tournant arrive maintenant. Voilà, j'espère avoir répondu à vos questions.

J'espère également que le début de cette deuxième partie vous plaira. Je vous remercie tous pour vos joyeux commentaires. Merci de me lire, bien sûr.

Je vous embrasse,

A vendredi prochain,

Tendrement.

Deuxième Partie.

Chapitre 41 :

La blonde la plaqua contre un mur alors qu'elle gémissait en offrant son cou sans défaut. Elle sentit alors des mains aventureuses parcourir son corps. Des mains qui l'avaient déjà touchée tellement de fois. Des mains auxquelles elle se donnait volontiers. Puis des lèvres prirent possession des siennes. Rapidement, brutalement, ses vêtements ne furent qu'un lointain souvenir. La blonde la souleva sans effort et l'allongea sur le lit. Elle enroula ses jambes autour de sa taille alors que celle portant une longue cicatrice eut droit à une douce caresse. Cette balafre n'avait jamais été un problème entre elles, d'aussi longtemps qu'elle s'en souvienne. Rien n'avait jamais été un problème entre elles.

La blonde passa une main dans ses cheveux bleus, la faisant frémir.

Et sous milles caresses et baisers, les corps s'enflammèrent l'un contre l'autre pour s'endormir ensemble.

Plus tard, Mak, comme souvent, se réveilla seule dans des draps encore chauds de la présence de l'autre. Rien n'avait changé, elle n'était toujours pas du matin. Elle bâilla, s'étira longuement et passa une main sur son visage encore endormi avant de se lever pour déambuler comme une âme vagabonde dans l'appartement.

Elle se dirigea vers la cuisine, et comme tous les matins, y trouva son chien à qui elle offrit une caresse affective. Et comme tous les matins également, elle trouva deux petits comprimés blancs sur la table déposés à côté d'une note griffonnée à la va vite au stylo bille.

J'ai dû partir bosser. Tu m'as épuisée cette nuit. Je ramènerai le dîner de ce soir, repose-toi.

Bisous, Emma.

Mak, derrière son bar, remplissait par quatre les différents verres que ses clients lui commandaient. Ici, les lumières étaient tamisées, la musique forte, et les clients…surexcités. Tous venaient ici pour une raison. Pour trouver leur fin heureuse pour la plupart. Cet endroit était fait pour les laissés pour compte, les bancals, les mal-foutus, tous ceux dont les autres ne voulaient pas. Le but : leur accorder un moment de répit. La manière : rassembler une communauté marginale dans un endroit sympa autour d'un verre là où personne ne les jugerait. Oui, c'est ce que proposait le Storybrook, un bar lyonnais qui se transformait en boîte de nuit déjantée dès que la nuit tombait. Régina Mills était l'unique propriétaire de ce lieu qui invitait à de nombreuses libertés. Cet endroit prônait la tolérance, le respect des autres, et une ouverture d'esprit. Le concept : faire de nouvelles rencontres, sans à priori ni jugement.

La clientèle était principalement agréable et la tranquillité du Storybrook était assurée par un vigile aussi haut que large dont personne ne connaissait le prénom mais que tout le monde aimait appeler Hercule. De ce que Mak savait, Hercules était un ancien taulard que Regina avait tiré de la merde, lui permettant ainsi une réinsertion honnête dans la société.

De Regina également, Mak ne savait que peu de chose. De ce qu'elle avait cru comprendre, cette brune froide et parfois insensible n'avait pas eu un passé facile. A vrai dire, la fille aux cheveux bleus se demandait même comment sa patronne avait pu l'engager. Son entretien professionnel pour être barmaid dans cette boîte avait été un véritable fiasco. Les deux femmes s'étaient même engueulées violemment. Regina l'avait reçu et avait démonté, point par point son CV avec un sarcasme à toute épreuve. Mak lui avait alors dit que même si elle avait besoin d'un salaire pour vivre, elle préférait crever de faim que d'être, selon ses dires, traitée comme une chienne pour servir des cocktails merdiques à des connards dans un bordel. Sur ces mots, elle s'était levée en se disant que, tant pis, elle trouverait ailleurs.

Mais contre toutes attentes, une heure plus tard, Regina l'avait rappelé en lui annonçant qu'elle prendrait son premier service cette nuit et qu'elle avait intérêt à assurer. La jeune fille s'était alors présentée le soir même en tirant clairement la gueule et malgré une jambe un peu traîtresse et chancelante, avait terminé son service sans casser un seul verre et avec un nombre incalculable de numéros de client dans la poche.

Cela avait fini de convaincre Regina qui lui avait alors proposé un CDI et un salaire honnête. Au fil du temps, leurs rapports s'étaient améliorés même si Mak, qui ne savait définitivement pas garder sa langue dans sa poche, exaspérait souvent sa patronne. Malgré tout, et même si Regina ne l'avouerait jamais, elle savait que même si cette gamine avait véritablement un caractère de chien, elle était sans aucun doute la meilleure barmaid qu'elle n'ait jamais eue.

Il était environ 2h du matin, les clients s'agglutinaient devant le bar alors que d'autres se chauffaient sur la piste de danse et qu'Hercule commençait à peiner à filtrer les entrées.

La boîte n'était pas foncièrement grande mais assez bien agencée pour accueillir une belle foule. Elle s'imposait comme une pièce principale, le bar prenant tout le fond de la salle. Devant celui-ci, un espace restait vide pour que les clients puissent danser entouré par de nombreuses tables et chaises pour ceux qui préféraient siroter tranquillement un verre.

Au fond de la boîte, un escalier en métal très New-Age amenait à une mezzanine où l'on avait déposé des fauteuils et des banquettes, offrant un espace plus confortable et intimiste qui faisait la joie de la clientèle, surtout la journée, pour le premier café du matin.

Les murs étaient rouges pour la plupart, donnant une ambiance qui appelait volontairement à la luxure sans jamais tomber dans la débauche. Regina aimait le rouge, et était avant tout une femme de goût. Mak, travaillant principalement de nuit, s'amusait à la voir arriver chaque soir en tailleur et talons hauts, dénotant complètement avec son métier. N'importe qui la croiserait dans la rue, penserait davantage à une banquière ou une avocate qu'à une teneuse de bar. Les clichés avaient la vie dure…

Les verres s'enchainaient. Mak les remplissait d'alcool, les faisait glisser sur le bar sans jamais en renverser une goutte, et encaissait les clients les uns après les autres, parfois refusant poliment de donner son numéro de téléphone au passage.

- Miss Lichenstenner, vous comptez venir à bout de ce rush avant le lever du jour ? Demanda Regina en passant derrière le bar.

- Eh, je vous rappelle que je suis seule et que je fais ce que je peux, alors si c'est pour râler, je préfère que vous retourniez dans votre bureau, gronda Mak, préparant un cocktail, une bouteille en verre dans chaque main.

Regina lui jeta un regard noir dont elle seule avait le secret mais n'argumenta pas davantage et attrapa à son tour un verre et une bouteille pour donner un coup de main à son employée.

-Détendez-vous un peu Regina, soupira Mak. La boite ne désemplie pas, ça devrait vous faire plaisir.

- Eh bien, Miss Lichtenstenner, nous dirons seulement que pour une fois je ne vous paye pas à ne rien faire, tacla la brune, faisant rire Mak.

Ces piques n'étaient pas méchants et la jeune femme avait appris à s'y habituer. Regina fonctionnait ainsi, toujours très distinguée mais à la fois effroyablement cassante. Mak savait que, pour leur bonne entente, et la survie de cet établissement, elle se devait de ne jamais prendre au sérieux ce que la brune lui disait. D'autant plus qu'elle savait pertinemment que même si Regina s'évertuait à dire le contraire, elle respectait et admirait le travail qu'elle fournissait chaque jour.

- Sérieusement, ça fait combien de temps que je travaille pour vous ? Quatre ans maintenant ? Vous ne voulez pas m'appeler par mon prénom ? Demanda Mak en encaissant rapidement un client.

- Je n'y trouverai aucun intérêt, répondit Regina, faisant rouler des yeux sa barmaid.

Enfin, les heures passèrent et les clients furent servis. La boîte se vida quelque peu. Nous approchions des 4h du matin, et Mak put se permettre de souffler un peu, servant les derniers clients couche-tard sur un rythme de croisière. Son service était loin d'être terminé, elle ne rentrerait chez elle que vers 6h, mais au moins maintenant, le travail était tout de même moins intense.

Regina souffla en s'appuyant contre le bar après s'être servie un verre de cidre. Mak l'avait toujours vu boire du cidre. Le volume de la musique avait été baissé et la boîte n'allait pas tarder à fermer. Mak attrapa un plateau sur lequel étaient disposés plusieurs verres à laver et le souleva d'une main experte. Elle allait déposer le tout dans l'évier mais fut arrêtée par la voix d'Hercule.

- Litchi ! Il y a quelqu'un pour toi à l'entrée !

Elle se retourna alors et jeta un œil vers la porte d'entrée. Et dans un fracas assourdissant qui fit taire tout le monde un instant, le plateau fut lâché au sol. Les nombreux verres présents dessus se fracassèrent contre le parquet du bar, et des gouttes d'alcool éclaboussèrent les chaussures de Mak. Car même si ses yeux n'y croyaient pas, son cœur lui, sut immédiatement reconnaître les cheveux blonds polaire, les yeux bleus, la taille fine, les longues jambes, la cambrure des hanches. Tout, absolument tout ce qu'elle avait cherché pendant tant d'années.

Regina fronça les sourcils en voyant sa barmaid écarquiller les yeux alors que sa mâchoire manquait de peu de se décrocher. Elle vit son corps se figer comme s'il se changeait subitement en statue de sel, sa peau devenir pâle au point de paraître exsangue.

Personne ne parlait ou alors seulement pour murmurer que jamais, ô grand jamais, aucun client n'avait vu cette barmaid casser un verre.

Quelques secondes passèrent alors que la boîte était comme bloquée en arrêt sur image.

Puis enfin, par-dessus la musique, les lèvres de Mak bougèrent.

- La blonde… précisa-t-elle sans jamais briser ce lien visuel. Tu ne la laisses pas entrer, ordonna-t-elle froidement au vigile.

Elsa grimaça à cette phrase alors que la vision de Mak fut cachée par les larges épaules du vigile.

- Je vous en prie, il faut vraiment que je lui parle, essaya-t-elle en faisant un pas en avant alors que l'homme bombait le torse devant elle, lui faisant comprendre qu'elle ne passerait pas.

- Vous l'avez entendu, elle ne veut pas vous voir, grimaça Hercule.

- Vous ne comprenez pas, j'ai besoin de lui parler, insista encore Elsa.

- Ne m'obligez pas à vous le dire d'une manière plus déplaisante, prévint Hercule en affichant pourtant un air désolé.

Les épaules d'Elsa s'affaissèrent alors qu'elle comprenait qu'elle ne parviendrait pas à entrer dans ce bar ce soir. Et face à son air si abattu, Hercule se pencha un peu et sourit :

- Écoutez, vous n'avez pas l'air foncièrement dangereuse, alors revenez un autre jour. Elle est presque toujours fourrée là, elle finira bien par vous écouter, rassura-t-il, bienveillant.

Elsa n'était pas convaincue, pas du tout, mais consentit tout de même à hocher la tête et à faire demi-tour non sans jeter un dernier regard à la jeune fille qui n'avait toujours pas bougé d'un cil.

Mak la regarda partir et ne décrocha d'elle que lorsqu'elle fut hors de portée. Et après quelques secondes, les clients reprirent le fil de leur conversation et profitèrent de leur fin de soirée.

- Si je ne vous connaissais pas, je dirais que vous venez de voir un fantôme, déclara Regina à une Mak dont le regard était resté épinglé sur l'entrée.

- Quelque chose qui s'en rapproche… répondit Mak, sans même offrir un regard à sa patronne.

- Vous voulez un verre de cidre ? Demanda Regina.

Enfin, Mak daigna tourner la tête vers elle, et demanda, les lèvres serrées :

- Vous n'avez pas quelque chose de plus fort ?

La brune hocha la tête et sortit un verre à shooter ainsi qu'une vieille bouteille de sous son bar. Elle remplit le verre à ras-bord et le tendit à son employée qui le vida d'une traite. Mak toussa deux ou trois fois alors que le liquide qui se confondait avec de l'essence lui coupa la respiration et la brûla de l'intérieur. Elle fit claquer le verre sur le bar et s'appuya contre celui-ci en passant une main tremblante sur son visage.

- Qui est-elle ? Osa demander Regina.

- Personne, répondit immédiatement Mak en se servant d'elle-même un deuxième verre qu'elle vida aussi vite. Putain c'est vraiment dégueulasse votre truc, grinça-t-elle. J'adore, conclu-t-elle entre deux quintes de toux.

Regina plissa les yeux en analysant le visage de sa barmaid. Il lui sembla qu'en quatre ans, elle ne l'avait jamais vu si tourmentée. Elle ne savait pas ce qui se passait, ni qui était cette blonde, mais elle savait en tout cas qu'elle n'était pas personne comme le supposait Mak. Elle jeta ensuite un œil à la salle et remarqua que les clients se faisaient à présent rare.

- Rentrez chez vous, Miss Lichtenstenner, je finirai avec Hercule.

- Vous êtes sûre ?

- Certaine, je vais vous appeler un taxi, déclara la brune.

- Non c'est bon, ma voiture est sur le parking.

- Je n'en doute pas, mais vous avez bu, alors je ne vous laisserai pas conduire, refusa Regina en attrapant déjà son téléphone.

- Je vais appeler ma coloc, elle va venir me chercher, consentit Mak.

Regina hocha la tête, trouvant cette docilité soudaine plutôt inquiétant de la part de la jeune femme.

- Bien, allez-vous installer dans mon bureau, je vous ferai savoir quand elle sera là.

Emma dormait paisiblement quand la sonnerie effroyable de son téléphone résonna dans tout l'appartement. Elle sursauta alors que le chien se mit à aboyer.

- La ferme, Colonel ! Gronda-t-elle en attrapant l'objet de malheur. Allo ?!

- Emma ? Tu veux bien venir me chercher au Storybrook, s'il te plait ? Entendit-elle.

- Mak ? Tout va bien ? S'inquiéta la blonde en regardant sa montre.

- Oui, je… baragouina la jeune fille. Tu viens me chercher ?

- Oui, bien sûr j'arrive, déclara Emma en se levant rapidement du lit, avant de raccrocher et de s'habiller le plus vite possible. Toi, tu gardes l'appart, ordonna-t-elle à Colonel avant de claquer la porte derrière elle.

Elle arriva heureusement bien vite au Storybrook et Hercules la laissa entrer sans difficulté. Elle s'approcha du bar derrière lequel une brune tirée à quatre épingles passait un coup de balais, ramassant du verre brisé.

- Bonsoir, Emma Swan, je viens chercher Mak, annonça rapidement la blonde. Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Une jolie blonde a voulu entrer, et Miss Lichtenstenner s'est sentie mal.

- C'est tout ce que vous savez ? Grimaça Emma.

- Oui, répondit froidement Regina. Je vais la chercher, attendez ici Miss Swan, annonça-t-elle avec de laisser Emma là.

La blonde haussa un sourcil. C'était la première qu'elle rencontrait cette brune et elle se dit qu'elle n'avait jamais rencontré quelqu'un de si peu avenant. En quatre ans, elle n'était jamais venue ici. Elle n'était pas vraiment fervente de ce genre de bar où l'air devenait électrique. Elle se dit simplement que Mak avait bien du courage pour supporter cette sorcière au quotidien.

Quelques secondes plus tard, Mak arriva à sa hauteur après avoir remercié sa patronne d'un hochement de tête.

- Ça va, ma jolie ? Demanda Emma en se confrontant à son visage anormalement fermé.

- On rentre ? Répondit seulement la jeune fille.

Emma hocha la tête en notant tout de même que Mak ne semblait pas disposée à répondre à ses questions ce soir. Elles sortirent toutes deux du bar et se dirigèrent immédiatement vers la coccinelle jaune d'Emma. De tous temps, Mak avait toujours connu cette voiture. Elle la détestait d'ailleurs. Tant pis, elle récupérerait la sienne sur le parking demain. Elle prit place côté passager et posa sa tête contre la fenêtre alors qu'Emma démarrait.

- Comment tu te sens ? Demanda la blonde en voyant très clairement les mains tremblantes de sa colocataire et son air soudainement si… Elle ne saurait même pas le décrire, elle ne l'avait jamais vu ainsi.

- Bien, répondit Mak sans lui jeter un regard.

- T'es sûre ?

- Oui.

Un silence passa dans la voiture, jusqu'à ce qu'Emma craque et demande :

- C'était qui cette jolie blonde ?

- Personne d'important.

- Étant donné l'état dans lequel elle te met, elle a tout de même l'air d'avoir une certaine importance, fit remarquer Emma.

- Swan, si c'est pour me faire subir l'un de tes interrogatoires, c'est pas la peine, gronda Mak que la colère étreignait rapidement. Je préfère encore que tu me laisses sur le trottoir.

Emma soupira sans se cacher.

- Tu ne vas rien me dire de plus ?

- Non.

- Tu es une vraie tête de mule, tu le sais ça ? S'énerva la blonde.

- Ouais, approuva Mak, toujours sur le même ton en fixant l'extérieur, se tenant aussi loin que possible de sa colocataire.

- J'aimerais comprendre Mak, insista Emma. Pourquoi est-ce que cette fille, sortie de nulle part, te met dans cet état ? Qui est-elle ? D'où vient-elle ?

Mak fronça les sourcils mais ne répondit pas pour autant, serrant les dents, s'enfermant dans son mutisme, jurant que beaucoup trop de questions s'abattaient sur elle.

- Ah ouais d'accord, tu as décidé de ne plus me parler ? Ricana la blonde. Comment je suis censé trouver des infos sur elle si tu ne me dis rien ?

Mak plissa les yeux, eut un très léger sourire à peine perceptible et piqua malicieusement :

- T'es un super flic, non ? T'es douée pour ça, alors démerde-toi.

Emma inspira longuement pour se calmer et enfin râla :

- Tu as vraiment de la chance que l'esclavage soit aboli parce que si c'était toujours légal, je t'aurai vendu depuis longtemps…

Mak sourit vraiment cette fois, ne croyant pas un seul mot prononcé.

- Je vais découvrir qui elle est, tu t'en doute ? Même si tu ne me dis rien, je le saurais, prévint Emma.

- Tu ferais un bien piètre flic dans le cas contraire, répondit Mak, imperturbable.

Emma roula des yeux en soupirant. Elle adorait sa colocataire, elle n'avait aucun doute là-dessus, mais elle devait avouer que sa capacité à la mettre hors d'elle battait parfois des records.

La blonde sentit pourtant une petite main se glisser sur sa cuisse, elle tourna la tête et croisa un regard un peu mélancolique qu'elle connaissait maintenant très bien.

- Merci d'être venu, sourit Mak.

Emma soupira, puis prit la petite main dans la sienne avant de refixer la route.

- Evidemment que je suis venue, mais ce n'est pas avec un petit sourire charmeur que tu vas t'en sortir.

- C'est un moyen de me dire que tu n'as pas envie de moi ce soir ? Demanda Mak, un rire moqueur au fond de la gorge.

- Ce n'est pas à prendre en compte, j'ai toujours envie de toi, déclara Emma. Mais même si tu me fais passer une nuit de rêve, je chercherai à savoir qui est cette blonde dès demain. Et je trouverai.

- Je sais… soupira Mak en perdant de nouveau son regard par la vitre sans jamais lâcher la main de sa colocataire.

Le réveil d'Emma la fit sursauter deux heures plus tard alors qu'elle n'avait que peu de sommeil à son actif. Elle ouvrit péniblement les yeux et sourit en voyant Mak qui dormait profondément, la tête de son chien reposant tranquillement sur ses jambes, tous deux prenant bien trop de place dans le lit.

Cette nuit encore, les gestes qui les liaient étaient revenus comme par réflexe. Elles avaient pris soin l'une de l'autre dans la pénombre de sa chambre. Mak, comme souvent, s'était abandonnée dans ses bras, puis avait pris possession de son corps.

Elle se souvint malgré tout que le sommeil de la jeune fille avait été agité, voire torturé tout au long de la nuit. Elle l'avait entendu se réveiller à de nombreuses reprises et elle jura qu'elle l'avait entendu pleurer par moment. Et si Emma savait bien une chose, c'est que Mak ne pleurait pas. Cela faisait maintenant quatre ans qu'elles vivaient ensemble, presque cinq ans qu'elle la connaissait, et jamais, ô grand jamais, elle ne l'avait vu, ni même entendu pleurer. Il était à présent 6h, et si elle voulait des réponses, il allait falloir qu'elle se dépêche.

- Toi, tu restes avec elle, murmura-t-elle à l'attention du chien de Mak.

Le chien sembla se contenter de cette demande et soupira d'aise en fermant les yeux.

Emma déposa un baiser sur le front de Mak et s'habilla rapidement avant de sortir. Elle monta dans sa voiture et prit la route pour le Storybrook.

- Tiens, la coloc est déjà de retour ? Sourit Hercule en la voyant arriver.

- Je ne serai pas longue, assura-t-elle. Je peux entrer ?

Hercule hocha la tête en passant une main dans ses boucles rousses et se décala pour laisser passer la jeune femme.

La boîte était à présent complètement vide et seule la tenancière s'occupait des derniers préparatifs avant d'ouvrir aux premiers clients du matin. Regina le savait, ce n'est pas aujourd'hui qu'elle aurait le luxe de dormir.

- Miss Swan, nous sommes fermés, annonça la brune dès qu'elle posa un regard sur elle.

- Je sais et ce n'est pas un verre que je veux, expliqua Emma en s'asseyant au bar sur les grands tabourets prévus à cet effet.

- Alors mise à part m'importer, qu'êtes-vous venue faire ici ?

- Et bien vous, ce n'est pas l'amabilité qui vous étouffe, fit remarquer Emma en haussant un sourcil. Vous êtes Regina Mills, c'est ça ? Mak m'a déjà parlé de vous.

- En bien j'espère.

- Étonnement, oui, tacla Emma que cette femme agaçait déjà. Je suis ici pour voir vos caméras, expliqua-t-elle.

- Expliquez-vous.

- Je veux savoir qui est la blonde d'hier soir. Et pour ça, j'ai besoin d'avoir accès à vos caméras de surveillance. Le parking en est-il équipé ?

- Il l'est, mais je ne vois pas pourquoi je ferai ça, répondit Regina tout en se servant un café. Après tout, si Miss Lichtenstenner n'a pas voulu vous en parler, c'est qu'elle doit avoir une bonne raison, non ?

Emma roula des yeux.

- Écoutez, quand j'ai rencontré Mak, elle ne savait pas s'occuper d'elle-même. Je ne lui veux pas de mal. Je ne cherche qu'à la protéger.

- Et c'est donc pour cette raison que je suis censée vous aider à traquer une inconnue ? Demanda Regina, peu convaincue en touillant distraitement le fond de son café.

- Je ne pensais pas être obligée d'en arriver là...soupira bruyamment Emma en portant une main à la poche de sa veste en cuir rouge pour en sortir une insigne de police avant de la poser sur le bar, face à Regina. C'est soit vous mon montrez ces foutues caméras, soit je reviens avec un mandat, expliqua-t-elle. C'est vous qui voyez.

Regina plissa les yeux en observant la plaque et comprit qu'elle n'avait pas le choix. Elle afficha alors un sourire des plus hypocrite et déclara :

- Suivez-moi, Shérif.

La blonde soupira. Shérif ? Pour qui se prenait-elle ? Emma se laissa entraîner dans le bureau de la brune, repéra son ordinateur et l'alluma en prenant place au bureau.

- Allez-y, faites comme chez vous, ironisa la brune qui n'avait jamais vu de manières si négligées.

- Merci, répondit Emma sans relever l'ironie et Regina se dit qu'en plus d'être mal élevée, cette blonde était stupide.

La blonde trouva rapidement ce qu'elle cherchait et visionna l'enregistrement de la caméra du parking quelques minutes avant que Mak ne l'appelle, une Regina curieuse qui regardait au-dessus de son épaule.

- Vous me faites des leçons de morales sur le respect de la vie privée, mais en réalité vous voulez savoir autant que moi, pas vrai ? Sourit Emma.

- Ma barmaid n'a jamais renversé un cocktail en quatre ans de carrière, et le jour où cette blonde apparaît, voilà qu'elle trucide tout un service de verres à whisky hors de prix, alors excusez-moi de me poser des questions, rétorqua la brune. Je pense à la sécurité de mes verres.

- De vos verres, bien sûr, soupira Emma alors que ses yeux analysaient les vidéos.

Regina allait répliquer, lui dire qu'elle n'avait pas à lui parler ainsi, surtout dans son bar, mais fut réduite au silence par une Emma victorieuse.

- Je te tiens ! S'exclama la policière en remarquant la silhouette d'une jolie blonde passer sur les caméras. C'est elle ?

- De mémoire, oui, c'est elle, approuva Regina en regardant mieux.

- Mignonne l'inconnue, admit la blonde en plissant les yeux.

Emma avança la vidéo de quelques secondes et sourit en pressant le bouton pause. Elle sourit avant de voler un stylo et un post-it sur le bureau de Régina pour y écrire une série de chiffres et de lettres.

- Qu'est-ce que vous faites ? Demanda Regina.

- Elle est partie dans un 4x4 rouge, et maintenant, j'ai sa plaque, sourit Emma en rangeant précieusement le papier dans la poche de sa veste.

- Et ça va faire avancer votre enquête ?

- Vous n'imaginez pas tout ce qu'on peut apprendre sur une personne avec sa plaque d'immatriculation, expliqua-t-elle en se levant. Merci de votre aide, Régina.

La seule raison pour laquelle je vous ai aidé est que vous m'avez fait chanter, Miss Swan, rappela froidement Régina en sortant de son bureau, suivie de près par la blonde.

- Vous êtes toujours comme ça ? Grimaça Emma en se dirigeant vers la sortie du bar.

- Comme quoi ?

- Rien, laissez tomber, soupira Emma. Merci quand même, dit-elle avant de s'enfuir, saluant Hercule au passage.

Emma arriva au poste de police et s'enferma immédiatement dans son bureau sans prêter attention à ses collègues. Elle entra la plaque d'immatriculation dans la base de données et lança une recherche. Son ordinateur ne tarda pas à lui donner quelques informations. Le document était plutôt maigre, et ne comportait aucune photo. Ça n'allait pas être si évident qu'elle le pensait.

- Alors qu'est-ce qu'on a ? Se demanda-t-elle pour elle-même. Tu t'appelles Elsa Lange, tu as 28 ans et ta dernière adresse est enregistrée à Arendelle, résuma-t-elle en parcourant le rapport des yeux. Mak est née là-bas, j'imagine que c'est là que vous vous êtes rencontrés, supposa-t-elle. Et tu es dans ma base de données uniquement parce que tu as été arrêtée l'année de tes 18 ans pour conduite en état d'ivresse. C'est pas très jolie ça, Mademoiselle, commenta-t-elle. Mais en dehors de ça, tu es blanche comme neige, en conclut-elle. Au moins tu n'es pas une criminelle en cavale, ce n'est déjà pas si mal… Termina-t-elle en se laissant aller contre le dossier de son fauteuil.

Elle soupira. Il est vrai qu'à présent elle avait un nom, c'était déjà un pas en avant, mais ça ne l'aidait pas beaucoup.

- Bon, il ne me reste plus qu'à te trouver…

Mak se réveilla en sentant la truffe froide de son chien lui réclamer des caresses. Elle grogna, espérant gagner encore quelques minutes de sommeil, mais le gros chien poilu qui n'en avait décidé ainsi, souleva sa main de son nez dans un geste maladroit.

- Colonel...baragouina la jeune femme sans ouvrir les yeux. La paix, ordonna-t-elle en se rendormant déjà presque.

Puis, comme si sa conscience reprenait le dessus malgré le manque de sommeil, un flash de sa soirée d'hier la percuta tout à coup.

Le sommeil devint alors de l'histoire ancienne, elle écarquilla les yeux et se redressa, faisant presque sursauter son chien qui ne comprenait pas pourquoi sa maîtresse semblait tout à coup si angoissée.

Elle resta ainsi figée quelques secondes en se souvenant subitement d'absolument tout et tout particulièrement du regard bleu perçant d'une certaine blonde qu'elle avait cessé d'espérer revoir apparaître un jour dans sa vie.

Colonel vint lui lécher la joue comme pour la faire réagir mais cette technique ne sembla pas fonctionner.

Alors ce n'était ni un rêve ni un cauchemar ? Elle qualifierait plutôt ça d'un coup bas du destin. Elsa était revenue. Pourquoi comme ça ? Pourquoi maintenant après presque cinq ans ? Cinq longues années de recherche, d'espoir, et de déception. Et quand hier soir, elle avait posé son premier regard sur elle, c'était comme si son cœur s'était remis à battre, comme ça, d'un coup, après cinq ans de comas. Elle n'y croyait pas. Elle avait tenté tellement de fois de se convaincre qu'Elsa ne reviendrait pas, qu'elle l'avait oublié, abandonné… comment son esprit pouvait à présent concevoir qu'elle était belle et bien là ? Que ressentait-elle maintenant ? Elle peinait à définir les nombreuses émotions qui la traversaient, comme si elle restait en état de choc.

De la peur, elle avait ressenti beaucoup de peur en la voyant, comme si la vision soudaine de cette blonde lui rappelait à quel point elle y avait laissé un bout de cœur. De l'incompréhension aussi, comme si la totalité de cette situation lui échappait complètement. Et finalement c'était sûrement le cas.

Et enfin, l'émotion qui persistait encore ce matin qui l'avait fait pleurer cette nuit. De la colère. Aveugle et brutale… Une colère qui l'avait enveloppé dès la deuxième année qui avait suivi le départ d'Elsa et qui n'avait fait que grandir encore et encore comme un monstre qui ne rêvait que de la dévorer à la seconde où elle aurait le dos tourné.

De la colère envers Elsa d'être partie. De la colère encore envers Elsa de ne pas être revenue plus tôt. Et enfin de la colère contre elle-même de l'avoir attendue si longtemps…

A quel moment avait-elle arrêté d'attendre ? Elle ne s'en souvenait pas exactement. A quel moment avait-elle effleuré une petite mort en comprenant qu'Elsa ne reviendrait pas. A quel moment exactement avait-elle arrêté d'espérer ? A quel moment n'avait-elle éprouvé que de la colère à l'état pur pour son ancien professeur ?

La vibration de son portable la fit sursauter. Elle attrapa l'objet.

- Allô ?

- Salut, ma jolie. J'ai prévu de rentrer manger ce midi. Je te ramène quelque chose ? Demanda Emma.

- Une salade, ça ira, merci, répondit Mak en passant une main dans la fourrure épaisse de son chien.

- Une salade ? Tu ne veux rien manger d'autre ? Demanda la blonde en se souvenant que sa colocataire n'avait sans doute rien avalé depuis la veille.

- Un coca, répondit Mak.

- Effectivement, ça va te nourrir tiens… soupira Swan.

- Emma...gronda Mak.

- Bien, consentit la blonde. Je serai bientôt à l'appart.

- Ça marche, je dois juste sortir Colonel, bisous.

- A tout à l'heure, ma jolie.

Mak sourit quelque peu en raccrochant. Ma jolie… Emma l'avait toujours appelé ainsi, même la première fois qu'elle l'avait rencontré et qu'elle l'avait embarqué. Comme par mauvais réflexe de survie, son cerveau ne put s'empêcher de comparer. Avec Emma, à la différence d'Elsa, tout avait toujours été simple. Bon, hormis leur rencontre un peu musclée. Mais le reste avait évolué naturellement.

Cela remontait à quatre ans et Mak, à l'époque, n'était autre qu'une gamine brisée dans l'attente perpétuelle de voir une Elsa toquer à sa porte.

Après le lycée, l'adolescente qu'elle était encore un peu, n'avait pas eu le courage d'entreprendre de quelconques études, et avait seulement déménagé sur Lyon, jurant que chaque rue, chaque bâtiment, chaque intersection d'Arendelle lui rappelait Elsa. La blonde semblait hanter cette ville et Mak ne l'avait supporté qu'un temps. Elle avait alors voulu découvrir Lyon, ses musées, ses illuminations du 8 Décembre, ses vieux quartiers, son langage. Tout ce que cette ville avait à lui offrir.

Son frère, comprenant mieux que personne son besoin de fuir, parce qu'il l'avait ressenti avant elle, s'était engagé à lui payer ses premiers loyers, juste le temps qu'elle puisse se retourner.

Et Mak s'était rapidement faite engager au Storybrook et ainsi avait pu le rembourser. Son premier appart était petit et loin du centre. Ses voisins étaient bruyants et l'adolescente avait découvert les joies de vivre seule et en ville d'un même coup. Cette solitude, au début, l'avait soulagé, la laissant en paix dans les rêves qu'elle s'inventait, des rêves qui portaient toujours un seul et même nom, celui d'Elsa.

Puis les mois étaient passé et la solitude avait fini par devenir douloureuse. Évidemment, aucun de ses amis du lycée ne l'avaient suivi dans cette aventure, chacun ayant un avenir à construire de leur côté.

L'absence d'Elsa lui déchirant le cœur un peu plus chaque jour, la jeune fille avait dû apprendre à faire de nouvelles rencontres, ne serait-ce que pour sa survie. Ainsi, elle avait appris à arpenter les rues de Lyon, et à assumer enfin une certaine vie sociale en allant boire des verres dans des bars. Chose qu'elle n'avait jamais faite auparavant.

Pourtant, l'idée l'avait rapidement séduite. Elle avait pris l'habitude de s'asseoir au fond du bar choisit généralement sur un coup de tête et d'observer le monde qui l'entourait. Dans ces moments-là, quand le souvenir d'Elsa était trop persistant, elle prenait plaisir à boire, encore et encore. Puis elle prenait le dernier métro, et titubait jusqu'à chez elle en priant pour qu'il ne lui arrive rien.

Un soir, pourtant pas si différent des autres, le bar qu'elle fréquentait était surpeuplé. Elle ne se rappelle pas exactement ni comment ni pourquoi, mais une bande de jeunes, fille et garçon confondu, avaient commencé à s'engueuler violemment alors qu'ils étaient assis près d'elle. Une bagarre a éclaté et l'un des types est tombé sur Mak, renversant l'entièreté de sa bière sur elle. La jeune fille, déjà bien éméchée ne s'était pas laissée faire et la situation a pris de telles proportions que le gérant avait appelé la police. Ce jour-là, Mak s'était fait embarquer par une blonde qui était, après quelques excuses, et quelques verres, devenue sa colocataire.

Sois sage, ma jolie, tu vas décuver en cellule, lui avait-t-elle dit.

Emma était de garde ce soir-là. Et Mak, enfermée dans sa cellule avait fini par discuter avec la blonde toute la nuit.

L'appartement d'Emma se situait dans le centre, non loin du Storybrook. Après quelques mois, il a alors paru naturel pour les deux jeunes femmes d'emménager ensemble.

Naturel… à vrai dire c'est ce qui rythmait leur relation. Elles ne savaient pratiquement rien du passé de l'une ou de l'autre et c'était très bien comme ça. Tout ce que savait Mak, était qu'Emma avait été abandonnée par ses parents quand elle n'était encore qu'un bébé et que Swan était le nom qu'elle s'était choisi en référence à un vilain petit canard dont on ne voulait pas.

Au fil des mois, Mak s'était rendu compte que, plus qu'une amitié, Emma lui offrait une relation de confiance, simple et sans prise de tête. La vie avec Emma était douce. Elles se voyaient peu à cause de leurs horaires complètement en décalage, mais savaient apprécier un repas ensemble au moins une fois par jour. Un rituel qui leur tenait à cœur. Soit le midi quand Emma rentrait pour manger, soit le soir avant que Mak ne parte travailler.

Cette routine a rythmé leur quotidien, créant certains liens, libérant de certains poids d'un passé parfois trop lourds. Mak aimait penser que vivre avec Emma lui faisait du bien. La solitude ne la tourmentait plus et la blonde n'était pas sur son dos non plus. A vrai dire, la jeune fille n'aurait pu rêver meilleure compagnie. Une compagnie si appréciable qu'un soir, lors d'un rare jour de congé qu'elles avaient en commun, elles s'étaient permises une petite soirée exceptionnelle durant laquelle elles avaient peut-être un peu trop bu.

Sans surprise, les choses avaient dérapé. Mak, qui se perdait encore souvent dans le souvenir d'Elsa, n'avait plus vu l'espace d'une seconde Emma devant elle, mais plutôt une grande blonde. Et rien d'autre qu'une grande blonde. Et ce que son cerveau aimait se rappeler, c'est qu'Elsa était une grande blonde.

Mak avait embrassé Emma, comme ça, l'image d'Elsa gravée dans sa rétine. Emma avait rendu le baiser et quand elle avait compris où la jeune fille voulait en venir en sentant ses mains glisser sous son pull, lui avait tout de même demandé si elle était sûre d'elle.

C'est à ce moment que Mak était revenue à elle et s'était rendu compte de ce qu'elle était en train de faire. La jeune fille n'a pas mis fin à leur affaire pour autant, mais a tout de même été claire sur un point.

Si je couche avec toi, c'est pour me souvenir de quelqu'un d'autre… avait-elle expliqué, quelque peu honteuse.

Emma, contre toute attente, a compris, puis a souri en l'embrassant de nouveau, faisant fi de son passé, sachant qu'elle se fichait du sien.

Et encore une fois tout aussi naturellement, les mois étaient passés et le rituel d'un dîner est devenu le rituel d'un dîner et d'une nuit.

Ici, il n'était pas question de sentiments, seulement de deux adultes consentants qui aimaient se faire du bien sans jamais se faire du mal.

Et peu à peu au fil des années, finalement sans qu'elle ne s'en rende compte, Mak ne pensait plus :

Si je couche avec toi, c'est pour me souvenir de quelqu'un d'autre…

Mais plutôt :

Si je couche avec toi, c'est pour oublier quelqu'un d'autre…

Et maintenant... qu'était-elle censée faire maintenant ? Qu'était-elle même censée penser de tout ça ? D'Elsa qui revenait après cinq ans ?

Une chose restait pourtant évidente. La colère. La colère était toujours là.

Colonel couina la sortant doucement de ses pensées.

- On va se promener, mon Colonel ? Demanda Mak.

Le chien, heureux, aboya.

- A vos ordres, rit Mak avant de se lever et de rapidement enfiler quelques fringues.

Elle siffla son chien en ouvrant la porte de l'appartement. Docilement, il la suivit.

Elle n'avait jamais eu besoin de laisse pour ce chien. Il l'avait toujours suivie.

Ils marchèrent ainsi quelques centaines de mètres sous le soleil brûlant d'août. Les terrasses des cafés étaient pleines. Les enfants étaient en vacances et vagabondaient accompagnés de leurs parents dans les rues. Lyon était une ville agitée, Mak ne pouvait pas le nier. Mais personne ne regardait personne, c'est ce qu'elle aimait. Comme si les gens avaient tant l'habitude de voir d'autres gens qu'ils ne faisaient plus attention les uns aux autres.

La jeune fille savait mieux que personne à quel point il était parfois compliqué d'avoir les cheveux bleus, et depuis qu'elle était à Lyon, cela ne lui avait jamais paru aussi simple. Cela dénotait foncièrement d'Arendelle. Dans une ville si grande, elle paraissait bien petite, tout à fait inaperçue, et après Elsa, c'est ce qu'elle recherchait.

Et quand sa peau commença à brûler au soleil, elle siffla une nouvelle fois, et Colonel, qui s'était quelque peu éloigné, revint rapidement vers elle. Elle lui offrit une douce caresse et entama le chemin qui mènerait vers son appartement.

Elle tapa rapidement un code sur le pavé numérique de la grande porte de l'entrée et monta quelques marches.

Colonel se mit alors à grogner.

- Qu'est-ce qui se passe, mon grand ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

Le chien grogna encore et courut jusqu'au deuxième étage, suivie de près par sa maîtresse, qui n'était pas assez rapide pour le suivre.

Colonel aboya alors que Mak montait les dernières marches qui la séparaient de son palier. Et la jeune fille dû s'accrocher à la vieille rampe en bois vernis de l'escalier pour ne pas tomber en voyant la cause des aboiements de son chien.

Elsa était là. Appuyée contre un mur près de la porte de son appartement, les bras croisés, alors que Colonel lui montrait les dents. Comment était-elle entrée ? Sans doute grâce à un voisin serviable.

Mak ne put s'empêcher de la dévisager une seconde. De toute évidence, la blonde s'était coupé les cheveux. Ayant troqué ses longueurs contre un carré plongeant qui lui donnait un air plus solennel.

L'enseignante portait un simple débardeur blanc et ses longues jambes étaient enfermées dans un jeans bleu, le tout, sans surprise, surélevé de talons hauts indécents.

Elsa sourit en la voyant. Elle plissa les yeux en prenant, elle aussi, le temps de l'observer quelques secondes. Mon dieu que cette jeune adolescente avait changé…

Ses cheveux, éternellement bleus, étaient plus longs et attachés en un chignon désordonné. Un chignon du matin sans doute. Il n'y avait pas de doute là-dessus, elle la trouvait toujours aussi belle même si elle ne pouvait s'empêcher de remarquer avec douleur ses cernes évidentes, ses joues creusées et un air abattu qu'elle ne lui connaissait pas.

Elle remarqua aussi que la jeune femme, habillée comme souvent d'un short par cette chaleur, avait laissé sa cicatrice à découvert. Peut-être avait-elle réglé quelques comptes avec elle-même…

Colonel aboya encore une fois, les faisant sursauter toutes les deux.

- Colonel ! Gronda Mak avant de claquer des doigts.

Le chien, obéissant, se tut et vint s'asseoir aux pieds de sa maîtresse.

- Je vois que tu es sous bonne garde, sourit Elsa. Mais je crois qu'il ne m'aime pas beaucoup, grimaça-t-elle en jetant un regard au chien si grand qu'il arrivait à la cuisse de la jeune fille.

Le cœur de Mak sauta un battement. Sa voix. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle avait oublié la douceur de sa voix profonde. Sa façon si calme et posée de parler. La manière dont les mots passaient la barrière de ses lèvres.

Refusant de se laisser avoir par cette même voix, elle serra les poings, et avança de quelques pas sans répondre. Passant devant Elsa, elle fouilla sa poche, en extirpant ses clés et ouvrit la porte, essayant de masquer le tremblement de ses mains.

- Rentre, déclara-t-elle d'une voix froide.

Elsa entreprit un geste vers elle, mais fut rapidement arrêtée.

- C'est pas à toi que je parlais, précisa Mak en tenant la porte ouverte avant de tapoter sa cuisse à l'attention de son chien.

Colonel entra et la jeune fille ferma la porte sous le regard médusé de l'enseignante.

Elsa soupira et posa une main sur la porte en y appuyant son front.

- Lichtenstenner ? Appela-t-elle doucement. Je t'en prie, il faut que je te parle…

Mak, le dos contre la porte, ferma les yeux en tentant de calmer les battements de son cœur.

- Chérie, réponds-moi s'il te plaît...retenta Elsa.

Chérie...c'est nouveau… pensa Mak en se disant que certaines choses avaient changé sans qu'elle n'y prête attention.

Combien de filles Elsa avait-elle appelé ainsi durant ces cinq dernières années ? La confondait-elle avec quelqu'un d'autre ? L'avait-elle suffisamment oublié au point de ne même plus se souvenir comment elle l'appelait ?

La jeune fille se laissa glisser le long de la porte et s'assit à même le sol sans répondre à l'enseignante en se pressant les tempes.

- Je crois qu'il faut qu'on se dise certaines choses, continua Elsa, attendant toujours une réponse.

Quelles choses ? Que je te déteste ? C'est tout ce que je trouve à te dire… pensa amèrement Mak en roulant des yeux, soupirant silencieusement.

Puis, après quelques longues secondes où ni l'une, ni l'autre n'avait fait un geste, les épaules d'Elsa s'affaissèrent, et elle murmura :

- Je reviendrai…

Puis Mak entendit un claquement de talon bien familier s'éloigner pour enfin disparaître. Ça aussi, elle l'avait oublié. Le bruit de ses pas…

La jeune fille soupira en passant une main sur son visage. Puis lentement, comme si elle craignait de tomber, se leva et se dirigea vers la cuisine en titubant un peu.

Comme tous les jours, Emma avait déposé deux petits cachets blancs sur la table. Immédiatement, Mak les fourra dans sa bouche et les avala sans même un verre d'eau alors qu'elle sentait déjà ses émotions la submerger. Des médocs pour calmer des séismes, tant pis, elle en avait l'habitude.