Epilogue - So Fire
Stiles n'avait pas pris le temps de se changer. Il passa le seuil de la petite maison perdu au fond des bois avec empressement et se précipita à l'étage. Il ne fallait surtout pas qu'il soit de nouveau en retard s'il ne voulait pas subir la foudre de son amant. La semaine avait été harassante une fois de plus, aussi ne se sentait-il pas la force d'une dispute.
Il était rare que ses permanences de pompier se terminent à l'heure et il n'était pas non plus regardant. Il aimait son travail et s'était découvert une véritable vocation.
Au début, il avait souhaité financer ses études par correspondance en travaillant dans cette branche qui lui permettait, en plus de gagner sa vie, d'entretenir son corps, ce dont il avait bien besoin s'il voulait entrer dans les forces de l'ordre. La formation nécessaire pour rejoindre l'escadrille des combattants du feu n'était pas très longue et il l'avait effectuée dès sa sortie du lycée sans se douter qu'il tomberait amoureux de la profession.
Abattre Paul avait freiné ses ardeurs. Sauver des vies faisait toujours partie de ses ambitions, tout comme aider son prochain, mais l'idée d'utiliser à nouveau une arme pétrissait son âme d'une angoisse sourde et insidieuse. Il avait pourtant été au bout de sa première année d'étude avant de prendre une décision définitive. Il en avait bien sûr discuté avec son homme et son père qui l'avaient tous deux conforté dans son choix.
Après avoir monté les marches deux à deux, il rejoignit sa chambre tout en se délestant de son t-shirt près du corps. Il sursauta violemment lorsqu'il remarqua la silhouette immobile de Derek assis sur le bord du lit.
— Tu es en retard.
C'était devenu une habitude. Non pas que la ponctualité n'ait jamais été son fort, mais depuis la fin du lycée la tendance s'était aggravée.
— Je sais, pardon !
Il jeta son haut dans un coin avant de se diriger vers la petite penderie qu'il partageait avec son homme.
Il tressaillit lorsque les paumes chaudes de son conjoint s'enroulèrent à sa taille et qu'un torse se pressa contre son dos. Aussitôt, la température de la pièce augmenta et son souffle se raréfia. Même après trois années, le feu de sa passion ne s'était pas estompé. Un comble pour un pompier.
Il se laissa embrasser la nuque en tentant de réfréner ses frémissements et son désir montant, en vain. Comme si son corps n'obéissait qu'à un seul maître, sa peau se souleva de frisson et son sexe se réveilla en une belle érection. Haletant, il observa ses vêtements sans être capable de se décider, l'esprit aux abonnés absents.
— Tu viens de dire qu'on était en retard !
— Non, que tu étais en retard ! J'ai réservé pour vingt-et-une heures, je commence à te connaître !
Le sang de l'hyperactif s'embrasa de passion, mais aussi de reproche. Il se retourna tant bien que mal dans l'étreinte pour affronter le regard noirci de désir du loup.
— Et tu me laisses paniquer comme un con ?
Sa plainte mourut entre les lèvres de l'ancien alpha qui se délecta de son gémissement étouffé.
— Je t'ai déjà dit à quel point je te trouvais sexy dans ton uniforme ?
— Une centaine de fois au moins, mais je t'en prie, redis-le !
Derek caressa la mâchoire pileuse de son amant, les yeux rieurs et affamés.
— Et t'ai-je déjà dit que je te préfère sans cette foutue barbe ?
— Au moins autant de fois et, puisque la mémoire semble te manquer ce soir, tu adores mes muscles et tu vénères ma qu…
Rien n'avait véritablement changé. La meilleure façon de faire taire cette bouche insolente restait de l'embrasser.
L'adolescent fluet avait disparu. Les entraînements intensifs auxquels il s'astreignait avaient sculpté son corps pourtant toujours fin. Ses muscles fuselés faisaient perdre la tête au loup. Son physique plus délicat d'autrefois l'avait fait succomber, mais celui d'aujourd'hui l'enflammait. Lui qui n'avait jamais fantasmé sur un homme en prenait pour son matricule. Le fils du shérif était la virilité incarnée en dépit de ses yeux rieurs et joyeux qui pétillaient encore de candeur.
— J'ai plus de mal à t'appeler « niño » quand tu ressembles à un ours.
— Dixit celui qui arbore son éternelle barbe de quelques jours.
Revanchard, Derek souda son bassin à celui de l'humain, imbriquant leurs érections l'une à l'autre à travers leur pantalon respectif. L'étudiant gronda lascivement en réponse. Il ne leur fallut pas plus pour se laisser entraîner dans les affres de la luxure. Les vêtements volèrent au hasard dans la chambre. Ils n'atteignirent jamais le lit, se contenant du tapis moelleux recouvrant le sol pour s'unir dans le plaisir.
Comme prédit, ils arrivèrent chez Hobrien's en retard, mais en habitués des lieux, le personnel du restaurant ne leur en tint pas rigueur.
Ils s'installèrent à leur table attitrée, prêts à fêter comme il se doit…
— Dis-moi, Fluffy, on fête quoi exactement ?
Le loup souffla un rire avant de changer peu habilement de sujet.
— J'ai reçu un message d'Isaac. Lydia et lui pensent revenir pour ton anniversaire.
Après le lycée, le groupe s'était éloigné de Beacon Hills pour leurs cursus universitaires respectifs.
Allison et Scott s'étaient trouvé un petit nid à San Francisco.
Maxime, Luna et Danny quant à eux avaient préféré Los Angeles tandis que Lydia s'était envolée à New York, emportant dans ses bagages son louveteau de petit-ami.
N'en demeure que la distance mettait à mal les liens de meute, si bien que toutes les excuses étaient bonnes pour revenir se perdre à Beacon Hills, et ce, au plus grand plaisir de Derek et Stiles.
— Scott m'en a parlé. Tu sais qu'Allison lui a demandé de la revendiquer à la prochaine éclipse lunaire ?
Si l'alpha luttait toujours contre son instinct, la chasseuse, elle, avait envie d'être reconnue comme sa compagne légitime. Lydia et Isaac n'avaient pour leur part, pas attendu pour franchir ce cap significatif. Le processus ne laissant aucune cicatrice disgracieuse, la banshee n'avait pas hésité longtemps avant de s'unir à son petit-ami.
— Quand est-ce ?
Le serveur les interrompit et Derek commanda deux coupes de champagne sans concerter son conjoint qui fronça les sourcils de plus en plus sceptiques. Il fit son possible pour rester concentré sur la conversation et secoua la tête pour se sortir de l'esprit la centaine de questions qui venaient de l'assaillir. Il fit un effort pour reprendre le fil.
— Le quatre avril. C'est un samedi. Je lui ai proposé d'avancer mon anniversaire au dimanche.
— Bonne idée… Qu'en pense Chris ? Doit-on se préparer à ce qu'il les débusque en pleine cérémonie pour cribler le corps de Scott d'aconit ?
Stiles souffla un rire en récupérant sa coupe. Ils en profitèrent pour commander avant de trinquer.
— À nous.
— À nous, répondit l'hyperactif sur le même ton avant de boire une gorgée.
Techniquement, il n'avait pas encore l'âge pour ce genre de boisson. Pas dans un lieu public en tout cas. Et Derek s'était toujours montré soucieux des règles, ce qui ne fit que renforcer son trouble quant à la raison de ce rendez-vous. Nerveux, il termina son verre sans même s'en rendre compte. Il se laissa resservir sans broncher, bien conscient qu'il ne tiendrait pas longtemps à ce rythme. Traîner avec des loups avait ce désavantage. Il y avait un éternel décalage entre l'état des humains et ceux des lycanthropes tant et si bien qu'ils avaient tous cessé de boire lors de leurs soirées. Conséquence immédiate de cette décision, il n'avait aucune tolérance et déjà il sentait les bulles lui monter à la tête.
— J'ai enfin des retours de la mairie. Le manoir devrait accueillir ses premiers pensionnaires dès le mois prochain.
Stiles s'enthousiasma de cette nouvelle. Il savait que ce projet tenait réellement à cœur à son compagnon. Des années qu'il travaillait pour voir accomplir ce rêve qu'il avait construit pour la maison de son enfance. Après avoir financé sa rénovation, il avait multiplié les rendez-vous avec la ville afin de faire de l'ancienne demeure des Hale un lieu de refuge pour les jeunes en perdition.
Qu'ils soient rejetés par leur famille à cause de leur sexualité, qu'ils subissent la violence physique ou morale, ou simplement après un décès les laissant démunis, les âmes esseulées pourraient y trouver un foyer. Il avait fallu monter une association, embrigader des volontaires pour s'en occuper, récupérer les autorisations. Mais enfin, ce rêve semblait à portée de main.
— Au manoir, dans ce cas !
Il leva à nouveau sa coupe, vite imité par le loup de naissance manifestement heureux.
Lui aussi finissait de terrasser les démons de son passé. L'avenir leur souriait.
Après le départ d'Isaac pour New York, ils s'étaient installés quelque temps au loft avant que Derek ne leur déniche un petit nid douillet au cœur de la forêt. La maisonnette était à peine plus grande que la maison de campagne des Argent dans laquelle ils avaient passé un week-end inoubliable, plusieurs années plus tôt. Stiles en était tout de suite tombé amoureux.
Derek avait pourtant conservé son duplex, souhaitant en faire un point de chute pour la meute, si bien qu'ils continuaient tous à s'y réunir à la moindre occasion.
Une fois encore, le loup caressa la courte barbe de l'humain et sourit plus franchement.
— J'aurais aimé que tu la rases.
Stiles souffla un rire, légèrement enivré tant par le liquide ambré que par l'ambiance de leur soirée.
— Quand je serai ivre, tu pourras bien faire de moi ce que tu voudras. Même raser ma barbe… Oh mince, j'ai l'image en tête et je dois avouer que c'est assez sexy… Tu voudrais me raser, Fluffy ?
Sa jambe remonta lascivement le long de celle de l'ancien alpha qui affronta du mieux qu'il put le regard brûlant de luxure de son jeune amant.
— Faut-il vraiment que tu sois saoule ?
Le jeune pompier fit semblant de réfléchir tout en buvant une autre gorgée puis secoua la tête négativement.
Leurs plats arrivèrent et Derek attendit patiemment que le serveur disparaisse à nouveau. Il se redressa ensuite sur sa chaise, beaucoup plus sérieux tout à coup.
— Tu sais quel jour nous sommes, niño ?
Stiles fronça les sourcils et lutta contre l'idée de vérifier la date sur son cellulaire.
— Le vingt-sept février ? tenta-t-il avec une moue incertaine.
Il avait l'impression d'être de retour dans la classe de Harris et redoutait de donner la mauvaise réponse. Le rire du lycanthrope le détendit instantanément avant que ce dernier ne noue leurs mains sur la nappe.
— C'est bien ça et… si mes souvenirs ne me font pas défaut, il y a trois ans, ce même jour, un insupportable adolescent est venu frapper à ma porte pour me faire une demande des plus invraisemblables.
La bouche de Stiles s'arrondit sur un O parfait tandis qu'il prenait conscience de la raison de sa présence ici.
— Techniquement, je n'ai pas frappé. Ton loft est un vrai moulin.
— Tu m'as demandé de t'apprendre l'amour, Stiles ! C'était totalement hors de propos, mais tellement toi et au bout du compte, c'est toi qui m'as appris à aimer et l'être en retour.
— J'aurais peut-être dû me raser !
Son cœur s'était emballé face au sérieux incroyable de son compagnon.
Son instinct lui soufflait que cette soirée n'était qu'un nouveau commencement pour eux, à l'image de cette journée, trois ans plus tôt qui avait bouleversé leurs existences.
Derek ne sembla pas incommodé par ses mots et expira un rire avant de faire disparaître sa main sous la nappe.
— Ce que je veux dire, mon amour… Je ne pourrais jamais regretter ces trois années à tes côtés. Je t'ai déjà fait une promesse éternelle que j'aimerais renouveler ce soir.
Sa paume réapparut avec un écrin noir en son creux.
Le souffle de Stiles lui échappa. Il déglutit difficilement avant de souder ses prunelles à celles de son compagnon.
— Derek ?
Pour toute réponse, l'architecte se leva et contourna la table, sans considération pour les regards curieux posés sur lui. L'hyperactif était, une fois n'est pas coutume, paralysé sur sa chaise, plus silencieux que jamais. Incapable du moindre mouvement, il observa l'homme de sa vie mettre un genou au sol avant d'ouvrir le boîtier de velours, dans le plus parfait cliché de toute l'histoire du cliché. Il prononça les quelques mots qui firent éclater le cœur de son amant en une gerbe de joie. Un véritable feu d'artifice qui lui fit monter les larmes aux yeux tant le bonheur qui lui calcinait l'âme était intense.
— Mieczyslaw. Veux-tu m'épouser ?
