Cinder : ce serait ce qu'il y aurait de plus intelligent à faire, mais on peut difficilement raconter une histoire sans contenu, non ? Le Severus Rogue que j'écris a, malgré les apparence, plus de soixante-dix ans, dont cinquante passées à se trouver au centre des événements pour les manipuler. Et déjà prouvé plusieurs fois qu'un succès discret ne lui est pas suffisant.
Lupinette : merci beaucoup, tes reviews font toujours chaud au cœur.
Le vent tourbillonnant autour de la tour de l'horloge avait rosis les joues de Lily, balayait ses cheveux en un entrelac curieux qui cachaient par moment ses yeux déterminés. Sa cravate avait été enlevée pour former un nœud improvisé dans une tentative seulement partiellement réussie de les retenir. Un sourire témoignait qu'elle était plus amusée que déçue de cet échec. Elle était splendide. Elle le quittait.
Le monde ne s'effondrait pas autour de Severus cette fois. Au contraire, il voulait tout retenir de ce dernier moment, du sourire de Lily, de l'hésitation dans sa voix quand elle tentait de formuler le plus délicatement possible les choses. Il avait su que Lily, radieuse, honnête, idéaliste, si déterminée et si généreuse, ne pourrait jamais comprendre, ne pourrait jamais admettre ce que Severus était. Il avait su et abordée cette deuxième tentative avec la certitude qu'elle était vouée à l'échec, qu'elle devait être vécue tant qu'elle durerait, sans projection dans le futur, sans questionnement sur la démarche à suivre. Severus lui sourit et prit ses mains dans les siennes. Il avait su comme il savait maintenant qu'il ne voulait pas perdre l'amitié de Lily. Il voulait continuer avec elle de relier les atomes à la magie, de chercher des livres d'alchimie qui pourraient orienter leurs expériences et qui ne se trouvaient probablement que dans la bibliothèque de Dumbledore. Il voulait encore qu'ils concourent pour savoir lequel parvenaient à faire le plus de rebonds avec les galets plats qu'ils lançaient dans le lac noir. Il voulait toujours arpenter les pourtours de ce lac avec elle, perdus dans une discussion animée. Il voulait la voir rire une autre fois de l'idiotie des croyances des sorciers qui ne connaissaient rien au monde moldu, parce qu'il valait mieux rire que pleurer. Il voulait la voir vivre cette vie terminée trop tôt la dernière fois, cette vie vécue avec la plénitude et l'intensité de celles qui s'achèvent vite. Il voulait la voir survivre cette nuit fatidique, la voir vieillir et peut-être devenir une figure familière pour son fils, il voulait assister à la révolution qu'elle promettait d'apporter au monde sorcier. Il voulait qu'elle meure après lui, une fois que la Tiers-vie l'aurait emporté, au terme d'une longue bataille qu'elle aurait mené avec lui.
C'était un doux rêve, mais Severus était conscient de la nature illusoire de celui-ci. Trop de facteurs lui échappaient pour qu'il puisse l'arranger. Il pouvait en revanche serrer ses mains et demander son amitié, raisonner avec elle que, pour le peu qu'ils s'étaient embrassés, rompre ne changeait pas grand-chose à leurs habitudes. Et elle de rire et de le reconnaître de bon cœur. Il pouvait vivre avec cela, vivre sans perdre une part de lui-même, vivre avec ses secrets.
Ceux-ci n'auraient pas été bien accueillis. Lily était si idéaliste, si confiante, si manichéenne dans sa vision du monde. Un défaut dans lequel de nombreux élèves tombaient ces temps-ci. Ils saisissaient le subtil changement de ton de la Gazette du sorcier, les récits de plus en plus insistants car de plus en plus fréquents des attaques de celui dont on osait encore écrire le nom de guerre. La peur, toutefois, commençait à s'installer. La semaine dernière, les mangemorts avaient osé une attaque risquée sur l'un des quartiers d'habitation de Villemagie. Le Gazette changeait son discours. Celle échouée du mois d'avant avait vu imprimé un flot de moqueries arrogantes. La plus récente montrait les murs calcinés de cinq maisons, dont ne restait que les fondations de celle centrale. M. et Mme Soames avaient été de paisibles citoyens, notait la Gazette, un employé de boutique et une secrétaire au Ministère. C'étaient des sorciers de la rue, sans opinion politique particulière, des anonymes et l'impact était grand sur la population sorcière, peu importe les rassurances offertes par le journal. Les sorciers avaient compris que ce désespéré, ce fou dangereux, ce lunatique se moquait de qui ses attaques touchaient, qu'ils pouvaient aussi bien être les prochaines victimes d'une épée de Damoclès frappant au hasard.
Fous. Fous et déments. Les attaques du Seigneur des Ténèbres n'étaient pas réalisées au hasard et ceux qui paraissaient ciblés n'étaient presque jamais ceux qui avaient été visés. Plutôt que de s'intéresser aux Soames, le Ministère aurait dû faire attention à Aloysius Croaker, le veuf qui habitait la maison d'à côté, travaillait comme analyste politique et était mort dans l'incendie. Comme, le mois d'avant, il aurait dû réaliser que la jambe arrachée par l'explosion de Scribonia Prewett le privait d'une de ses meilleurs Hit-wizards. Les mangemorts n'attaquaient jamais au hasard, mais seuls les plus hauts placés savaient quelle attaque était une diversion, quel objectif poursuivait réellement cette autre. Il fallait quelqu'un pour s'assurer que, dans le chaos, la mission soit un succès discret. Le Ministère n'avait jamais compris que les attaques apparemment à l'aveugle faisaient des victimes précises qui laissaient derrières elles des postes clefs à pourvoir. Les analystes qui auraient pu le reconnaître avaient été parmi les premières cibles, suivi des politiciens un peu trop zélés, des Aurors un peu trop proches de la vérité. Il faudrait attendre l'entre-deux guerre et le témoignage de Severus pour qu'Albus ne déboute péniblement les infiltrés du Département des Transports Magiques qui avaient fait tant de victimes durant les dernières années du conflit.
Les conséquences du décès des Soames ne se firent pas attendre. Une semaine après, le marché des Protections explosait littéralement sous les demandes. Encore une, et le Ministère annonçait une embauche à grande échelle parmi les Hit-wizards. Il aurait mieux fait d'embaucher des Aurors, car à quoi servait une force de frappe pour réagir si l'on ignorait où le Seigneur des Ténèbres agirait ? Potter et sa bande n'avaient pas attendu cette annonce pour s'ériger en milice et patrouiller les couloirs en lançant des sorts à tous les Serpentards qui avaient le malheur de croiser leur chemin en infériorité numérique. Dorea avait versé toutes les larmes de son corps quand Severus l'avait finalement convaincue de l'accompagner à l'infirmerie pour inverser la métamorphose bâclée qui avait changée ses cheveux en serpents animés. Dorea, si fière de ses boucles blondes, qui avait eu comme seul tort d'être seule dans un couloir et d'aborder un écusson vert. Des souvenirs confus, ressassés tandis que Severus tentait de comprendre pourquoi il ne se remémorait pas un tel acharnement des maraudeurs lui apprirent que Lupin avait peut-être eu une influence modératrice. Les maraudeurs se voulaient habituellement chevaleresques, ce qui signifiaient qu'ils n'attaquaient pas à trois contre un plus jeune qu'un troisième année. Severus supputait que, dans leurs esprits, être capable d'opposer un simulacre de résistance suffisait à prétendre que les chances étaient égales. L'attaque sur les premières années témoignait du changement de paradigme.
-McGonagall m'a respectueusement informé de cesser mes allégations avant qu'elle n'ôte des points pour diffamation, éructa Regulus au détour d'un virage.
La cour garda le silence. Ils avaient réquisitionné une des salles annexes à celle commune pour cette discussion. L'escalade demandait une réponse de la maison Serpentard, qui serait élaborée dans cette salle d'où les désaccords éventuels ne sortiraient pas. Un canapé avait été poussé devant la porte pour la durée de la réunion, et Severus avait jeté un muffliato, mesures qui visaient à compenser l'absence d'un connaisseur en Protections parmi la cour.
-Bletchey a dû être amené à l'infirmerie pour faire désenfler sa jambe mais non, ce n'est pas la faute de ses précieux Gryffondors ! Peu importe les six témoins, ils sont tous Serpentard !
Regulus vira brusquement, et arpenta la longueur de la pièce dans l'autre sens d'une foulée rageuse. Toute l'incertitude qu'il avait eu quand il s'était s'agit de conquérir le trône semblait s'être évaporé devant la vindicte des maraudeurs. Severus ne lui avaient jamais prêté beaucoup d'attention la dernière fois, mais cette passion soudaine était peut-être la raison pour laquelle il s'était engagé parmi les mangemorts. Severus se demanderait si Regulus serait celui qui les damnerait, cette fois. A seize ans, retourner aux maraudeurs les sorts et les embuscades devait sembler naturel. Salazar savait que Severus n'avait pas été en reste à cet âge. Et il se souvenait des effets. La confirmation dans l'esprit du corps étudiant que les Serpentards étaient dangereux et les Gryffondors leurs protecteurs, encouragée par la partialité des enseignants quand ils arrivaient – rarement – sur les lieux. Les Serpentards étaient toujours coupables. Toujours, et même de ce qui se déroulait en dehors des murs du château. Quelle importance qu'ils soient dans son enceinte quand se produisaient des crimes dehors ? S'ils en avaient eu l'opportunité, ils y auraient participés, eux aussi. C'était la même engeance.
Slughorn avait abandonné la navire, mais pas la cause. Il tentait de prouver qu'il existait d'autres Serpentards par une impartialité stricte dont les conséquences était le désamour de sa maison. L'enseignant qui aurait dû les défendre par-dessus tout les avait jugés comme des poids morts dont il s'était délesté au moment où ses élèves avaient le plus besoin de lui. Cet abandon était un souvenir vivide et une des raisons pour lesquelles Severus s'était plié en quatre pour ses Serpentards même lorsqu'il désapprouvait leurs actions. Ils étaient beaucoup plus aisés à contrôler lorsqu'un système de concessions mutuelles pouvait être établi. Il se rappelait trop bien comment avait tourné sa maison sans direction : elle avait trouvé un autre meneur, celui-là même que l'école avait projeté sur eux.
Cette incertitude avait été un excellent terrain de recrutement mais aussi un cercle vicieux. L'ostracisation et les attaques avaient poussé les Serpentards à se replier sur eux-mêmes, les isolant du reste du corps étudiants. Celui-ci avait commencé à les considérer comme des étrangers auxquels il ne devait pas tout ce qu'il donnait aux Poufsouffles, Serdaigles ou Gryffondors mais dont on devait au contraire se défendre. Les Serpentards s'étaient défendus, leurs contre-attaques avaient engendrées de vicieuses représailles dans un cycle sans fin qu'il avait péniblement jugulé lorsqu'il s'était retrouvé chef de maison. Le reste de l'école avait beau toujours les considérer avec suspicion, ils ne réalisaient pas quel avait un jour été le climat scolaire, quelles avaient été les conséquences. Severus craignait d'assister au début de ce cycle. Rowle mit les mots sur ses peurs lorsque Regulus demanda leur opinion :
-Si nous effectuons des représailles, nous serons les vilains de l'histoire. Si nous nous en prenons à ces lâches, Potter transformera l'histoire en une vicieuse attaque injustifiée. Mais si nous ne réagissons pas, nous apparaissons faibles et ils ne cesseront pas.
-Nous ne pouvons que mitiger les dégâts, poursuivit sa sœur cadette. Tout du moins, nous devrions protéger les plus jeunes, organiser une escorte, encourager les trajets en groupes…
-Cela implique de la régularité, contra Orphée. Ils étudieront les trajets, choisiront le lieu propice à une embuscade et cela n'aura servi à rien. Les premières années ne seront pas en sécurité tant que ces attaques continuerons.
-Nous avons deux solutions, résuma Severus : la diplomatie dont les résultats sont incertains, ou la violence qui ne fera que les encourager.
-Personne n'en est plus à la diplomatie, Rogue, soupira Rowle ainée.
-La seule violence qui les arrêterait serait leur assassinat, répondit d'un ton calme Severus, et je n'envisage pas un séjour à Azkaban. La diplomatie sera ineffective si ne serait-ce qu'un Serpentard échappe à notre emprise. Mulciber, Wilkes et Flint sont particulièrement vocaux en faveur d'une extension du conflit à Poudlard et ils font des émules. Je doute qu'ils mènent un coup d'état, mais ils ne nous faciliterons pas la tâche.
-Tu veux canaliser cette extension, réalisa lentement Phoebe.
Severus hocha la tête.
-Notre situation actuelle est une extension. Les attaques que nous subissons sont des représailles décalées. Dumbledore a récemment pris parti en proposant son expertise au Ministère. Fleamont Potter, le père du veracrasse, est devenu tantôt Seigneur Potter et est l'un des opposants les plus fervents des mangemorts. Je ne doute pas que sa contribution soit également financière, ce qui signifie que Dumbledore prendra systématiquement le parti de la bande à Potter. Certains au sein de notre maison soutiennent les efforts des mangemorts mais sont incapable d'agir pour la cause. Des représailles contre les Gryffondors semblent une réponse logique.
-Je doute que tu proposes d'assassiner Potter père, remarqua Regulus.
-Je propose d'égaliser les influences. Ce n'est pas à Poudlard qu'il faut agir mais au-delà. Une contribution financière conditionnée pourrait convaincre les membres les plus impatients de notre maison de tenter une solution plus lente.
La cour resta un instant silencieuse à digérer cette proposition avant que Dolores Rowle ne prenne la parole :
-Je ne sais pas si c'est de la folie ou du génie. Il est possible de neutraliser les oppositions internes ainsi et si Dumbledore a vent de ce montage il va probablement calmer les ardeurs des Gryffondors. Mais celui qui fait cette donation se trouvera aussitôt ciblé par la Justice Magique !
-Les Black pourraient, hésita Regulus. Nous avons assez d'influence pour ne pas être poursuivis, mais la décision n'est pas la mienne.
-Le vieux nom ! s'exclama Phoebe.
Des regards à divers degrés de perplexité se portèrent vers elle, Severus parmi eux. Son premier plan était censé être une couleuvre qui serait finalement refusée et rendrait le second beaucoup plus acceptable à Regulus. Phoebe se tourna pour dévisager toute le monde, les yeux brillants :
-Les Chevaliers de Walpurgis ! La coalition interdite !
Orphée et Regulus semblèrent reconnaître le nom, le premier remarquant lentement :
-Les costumes des mangemorts sont les mêmes que ceux du nouvel an 1960. Tu penses que les mangemorts sont des anciens de Walpurgis ?
Severus se dit qu'avouer avoir été assez près d'un costume mangemort, impliquant l'appartenance d'une personne proche, appelait à davantage de leçons sur la discrétion. Personne d'autre ne semblait cependant l'avoir remarqué, tous semblant réaliser le lien avec une coalition dont Severus n'avait entendu parler qu'en passant. Il n'aurait pas été capable de la dater, et encore moins de dire qu'elle avait un lien avec les mangemorts.
Phoebe hocha la tête avant de poursuivre :
-Je pense que les membres fondateurs des mangemorts étaient des Chevaliers de Walpurgis. Ils ont été accusés exactement de la même chose que se que font les mangemorts aujourd'hui et le combat des mangemorts a commencé dans les Embrumes, après la loi anti-loup-garou. L'égalité des droits avec les créatures magiques faisait partie des objectifs des Chevaliers.
Chevaliers qui étaient manifestement représentatifs de l'opinion politique de Phoebe. Etait-il aussi transparent quand il mentionnait les mangemorts ?
-Qu'ils réclament l'héritage de la coalition Walpurgis ne veut pas dire qu'ils en contrôlent les fonds, temporisa Rowle.
-Je connais quelqu'un qui connait quelqu'un qui ainsi de suite connait un Chevalier de Walpurgis, mentionna Regulus. Je lui écris et on en reparle.
Participer au financement de la cause ne faisait pas partie des projets de Severus mais ce ne pouvait pas être un mal. Restait que cette solution, si elle s'avérait possible, prendrait du temps à être mise en place. Severus prit à part Wilkes, Flint et Mulciber avec lesquels il conservait des liens distants afin de confirmer qu'ils étaient bien en contact avec les mangemorts, alterna promesses tacites s'ils se montraient patients et remarques sur les facilités de recrutement s'ils apparaissaient comme des protecteurs. Participer à la rotation qui protégeait désormais les plus jeunes était une bonne occasion de croiser les Gryffondors avec lesquels ils voulaient en découdre, et c'est finalement cet argument qui remporta leur adhésion. Les effectifs se composaient de la cour, des préfets et d'éventuels volontaires qui inscrivaient leurs disponibilités sur un parchemin nouvellement placardé que Sophie Rowle transformait en tours de garde. La maison était simplement heureuse d'avoir une direction, aussi accepta-t-elle sans broncher les édits de Regulus.
L'occasion était parfaite pour mener l'une des distractions que Severus avait prévu dans son plan initial et qui étaient devenues des mesures de délaiements. Lily ne vit aucun soucis à tenir leurs discussions sur la chimie en marchant, une fois la noble cause de Severus expliquée comme raison pour laquelle il aurait fallu décaler leurs rendez-vous hebdomadaires, et fut atterrée par le glapissement d'effroi de Bletchey en voyant ses couleurs Gryffondor. Il fallut une conversation pour le convaincre que Lily n'allait pas lui jeter un sort, et trois itérations avant qu'il ne cesse de la suivre des yeux constamment. Lorsque Lily avait abordé le sujet après les avoir ramenés de la bibliothèque, Severus avait pris la précaution de lui demander si elle était disposée à attendre du mal de ses condisciples avant de raconter l'histoire. Il avait appris, au cours des deux années passées, à formuler les vérités qui auraient préalablement placées Lily en désaccord par principe : ne jamais attaquer directement une personne que Lily se sentait le devoir de défendre.
Severus doutait qu'elle ait entièrement adhérée à son propos avant que les maraudeurs n'interrompent leur troisième escorte, ayant ouïe dire que Lily se trouvait dans les cachots, entourée de Serpentards. Qu'il leur ait fallu tant de temps à réaliser à quoi Lily passait ses début de jeudis après-midi prouvait que Lupin avait été le cerveau derrière leur carte infernale, et que celle-ci n'avait jamais été créée dans cette vie-là. A tout faire, Severus jugeait que c'était un échange équitable avec la recrudescence de l'animosité des maraudeurs. Peut-être Potter y aurait-il jeté un œil et mieux planifié son assaut s'il l'avait eu en main, mais il était plus probable qu'il ait paniqué en entendant dans quelle situation se trouvait son pétale de lys adoré – le dernier surnom ridicule en date, selon Lily elle-même – attrapé ses deux amis et s'était précipité la secourir. Ce qui prouvait qu'il ne connaissait ni Lily, ni le climat de la maison Serpentard. Depuis la révélation de sa puissance magique puis l'élévation de Severus, les Serpentards avaient adopté l'habitude d'ignorer Lily, lui épargnant les remarques désobligeantes qu'ils réservaient aux autres nés-moldus. Quand à Lily elle-même, elle aurait plus probablement fait regretter un enlèvement que nécessité des secours. Mais Potter avait une idée très éloignée de la réalité de Lily, aussi se précipita-t-il dans les cachots, aperçut Severus et Phoebe, et commença aussitôt à tirer, ne prêtant aucune attention aux premières années. Tandis que Severus, Phoebe et l'un des préfets de septièmes années rassemblaient les premières années sous les protego qu'ils avaient aussitôt lancés, Lily réagit en contre-attaquant violemment, sans doute sous l'effet du cri de terreur perçant de Bletchey. La scène se déroulant proche des cachots, quatre Serpentards rejoignirent rapidement l'affrontement tandis que l'équipe de protection originale évacuait les premières années.
La cote de Lily monta considérablement auprès des Serpentards, même s'ils la jugeaient ingénue, chose que Severus, qui en profitait régulièrement, ne pouvait que reconnaître. La nouvelle du sermon qu'elle donna à Potter le soir-même fit le tour de Poudlard. Potter était persuadé qu'elle avait été ensorcelée et qu'il était de son devoir de la libérer du maléfice qui l'empêchait de voir que même les premières années étaient maléfiques. Black, quand il fut inclus contre son grès dans l'argument, commit l'erreur de suggérer qu'elle avait été manipulée par les Serpentards mal intentionnés. Lily s'égosilla sur le fait qu'ils n'étaient que des harceleurs martyrisant des enfants terrifiés. Severus comptait sur son indignation pour distraire Potter pendant longtemps car Lily n'allait pas lui accorder son pardon de sitôt.
La confrontation eut des effets inattendus. Le premier fut que l'histoire prit une telle ampleur que les professeurs se sentirent le devoir de s'impliquer. Les principaux intervenants furent convoqués, un première année fondit en larmes sous le regard intimidant de McGonagall quand elle demanda confirmation que son récit était réel. McGonagall prit ceci comme une preuve de mensonge et non comme celle qu'elle venait de briser toute foi qu'il avait en l'omniscience professorale. Dans les années à venir, Duncan Sullivan entra dans les annales informelles de Poudlard comme l'élève capable d'être pris quasiment la main dans le sac et de mentir assez éhontément et avec assez d'assurance pour s'en sortir. Il ne fut confondu qu'en sixième année. Pour l'heure, le reste de la promotion ne pardonna jamais à McGonagall et passa le reste de l'année à apparaître terrifiée chaque fois qu'ils étaient en cours de Métamorphose. Severus supputait l'influence de Dorea dans cette comédie. Son absence de vengeance était suspecte. Severus ignorait que le juge Archibald Spencer s'occupait actuellement d'une affaire incluant Fleamont Potter.
Lily argumenta passionnément sur le fait que ni Severus, ni Phoebe, ni le préfet n'avaient jeté un sort offensif, occupés à protéger les premières années de ceux des maraudeurs qui auraient pu les atteindre. Les secours, soutint-elle avec autant de verve, étaient justifiés dans leur action courageuse, ce qui ne les empêcha pas de perdre cinquante points chacun. Lily, sur l'insistance de Potter fut testée pour les sorts et potions d'influence. La preuve qu'elle n'ait pas été influencée par des moyens magiques apporta beaucoup de crédit à ses propos auprès du corps étudiant. Les Serdaigles rationnalisèrent que, même si Serpentard comportait des facteurs propices à l'émergence de mages noirs, les probabilités voulaient que certains ne le soient pas. Les Poufsouffles prêchèrent pour la tolérance préventive et la neutralisation par l'établissement de liens avec le reste de Poudlard. Les Serpentards furent outrés des connotations et de l'hypocrisie de leurs discours mais, étant Serpentards, s'engouffrèrent dans la brèche. Les plus âgés se retrouvèrent à escorter des groupes mixtes, eux-mêmes gardés par des Poufsouffles suspicieux auxquels ils appliquèrent leur meilleur numéro de charme – avec des succès divers. D'aucun pourrait dire que celui de Camilla Garnet fut contre-productif quand les deux Poufsouffles éperdus d'elle découvrirent qu'elle était fiancée. L'immonde Bletchey fut jugé « adorable » dans sa vénération de Lily et ne sourcilla pas quand elle commença à lui expliquer des références moldus, même s'il s'en plaignit beaucoup au sein de la salle commune. Les Poufsouffles félicitèrent la dédication des Serpentards à protéger les plus jeunes d'entre eux. Rowle ainée débita à ceux qui l'interrogeaient un ramassis de bons sentiments défendu avec un trémolo dans la voix dont elle se moquait en privé et qui lui gagnèrent l'admiration des Poufsouffles et des Serpentards – pour des raisons différentes. Les rhéteurs les plus doués de la maison entrèrent en débat avec les Serdaigles pour contester et ultimement annihiler la définition de mages noirs.
Severus ne put que considérer avec une vague stupeur l'effet de la confrontation qu'il avait orchestré dans le seul but de distraire Potter prendre une ampleur pour le moins inattendue. Wilkes formula un sentiment similaire avant de rédiger un essai en onze points sur la nécessité d'une autogouvernance lorsque le pouvoir en place appliquait inéquitablement ses règles à ses membres. Le contenu était controversé à tant de degrés que les débats qu'il déclencha lorsqu'il fut soumis au groupe de discussion informel qui s'était organisé avec les Serdaigles durèrent des mois. Si les Serdaigles perçurent que le propos s'appliquait aussi bien aux Serpentards qu'à l'oppression du Ministère, ils se gardèrent soigneusement de le discuter, préférant prendre le parti de la nécessité d'une organisation hiérarchisée. Les débats étaient vifs, et par moment abordaient des thèmes habituellement prudemment tus. Vers mars, le contenu révolutionnaire de la réécriture de la charte d'auto-gestion attira l'attention du Conseil des Gouverneurs de Poudlard, qui interdit le groupe.
Les anciens Serdaigles du conseil avaient visiblement oubliés les caractéristiques de leur ancienne maison, car ceux encore à Poudlard étaient beaucoup trop engagés dans leur controverse pour la voir s'achever par une décision arbitraire. Le Comité Informel de Débat, communément référé comme CID, devait former toute une génération de juristes. Durant les septième année de Severus, sa continuation attira de nouveau l'attention du conseil et il fut rebaptisé sous diverses références inspirées de la pièce éponyme – qui témoignaient de l'idée que les Serdaigles se faisaient des noms de codes et de la discrétion en générale. Severus n'assista à ses séances que jusqu'à son interdiction, point auquel les opinions variaient entre la dictature, le communisme, l'autocratie, la ségrégation et la démocratie directe, souvent amalgamés en une dizaine de combinaisons qui avaient chacune leurs partisans.
Tout ce bouillonnement culturel ne suffisait cependant pas à freiner toute ostracisation. Si une partie des Poufsouffles et les Serdaigles rhéteurs portaient maintenant un regard plus favorable sur les Serpentards, les Gryffondors, sous l'influence des discours enflammés de Potter – devenu orateur émérite au cours de l'été, probablement dans le cadre de sa formation comme futur Seigneur Potter – y voyaient une basse manipulation. Black contesta toute sincérité dans les efforts des Serpentard sous prétexte de leur maison, prouvant qu'il comprenait davantage celle-ci qu'il ne voulait l'admettre. Nul n'osa demander à Regulus son avis sur la condamnation de son frère, qui y incluait la neutralisation des Serpentards dès le Choixpeau enlevé de leur tête. Nul ne demanda non plus ce qu'il entendait par neutralisation.
Les larmes de Bletchey dans le grand hall quand il eut officiellement vent de sa condamnation par contumace – après insistance de Rowle ainée qu'il devait faire son devoir envers sa maison et consignes de Severus – ne purent que modérer faiblement cette proclamation. Quelques Gryffondor parurent gênés, quelques filles jetèrent des regards noirs à Black et Lily tenta maladroitement de le consoler. Manifestement, ils en étaient arrivés à la limite de la manipulation émotionnelle. La majorité de Poudlard se montrait indifférente à l'opposition entre maraudeurs et les Serpentards qui y participaient, ce qui constituait une amélioration par rapport à leur rejet passif précédent. L'absence d'action de l'équipe professorale leur faisait savoir qu'elle ne désapprouvait pas le traitement des Serpentards, même si les maraudeurs avaient également été sanctionné de leur deuxième attaque sur les premières années. L'opinion qu'ils avaient sur ceux-ci variaient entre leur précédente conviction qu'ils étaient leurs protecteurs, l'indifférence, la prudente réserve, et une minorité partageait le sentiment de Lily. Potter était toujours en train de ramper, ce qui avait effectivement contribué à diminuer le nombre d'attaques.
Black, cependant, se montrait plus vicieux qu'avant, apparemment insensible aux points qu'il avait continué à perdre et à la désapprobation grandissante de ses actions. Ce constat amena finalement Regulus à accepter la deuxième partie de plan de Severus et à demander des pourparlers aux maraudeurs. Potter épiait le moindre de ses gestes, deux pas derrière Sirius, prenant visiblement très au sérieux son éphémère position de baguette jurée. Severus lui renvoyait un regard indifférent, beaucoup moins perturbé par le traditionalisme des Black. Il avait feuilleté assez souvent les archives des Black lorsqu'il avait été Seigneur pour savoir qu'il était exceptionnel que celui-ci ne soit pas accompagné d'un Custode apparenté, même lorsqu'on ne s'attendait pas à voir les sorts voler. Que ceux-ci ressentent le besoin d'avoir une baguette jurée avec eux pour une discussion entre frères témoignaient de leur amour pour l'histoire ancienne et du degré de tension actuel. Severus n'avait nul doute que Pettigrew se tenait quelque part dans la pièce sous la cape d'invisibilité de Potter. Il tentait de le repérer tandis que Regulus argumentait avec son frère. On ne pouvait se méprendre sur la souffrance qui tordait son visage par moment, surpassant son masque sang-pur, tandis que Sirius le reniait :
-Tu as choisis leur camp, lança Sirius d'une voix furieuse en pointant le doigt vers une fenêtre, signifiant métaphoriquement les événements du dehors.
Un instant, Regulus sembla prêt à hurler, mais il ravala sa colère et prononça d'une voix basse, menaçante :
-Je choisis d'accomplir mon devoir. Envers la famille que tu as trahis, envers la société qui m'a élevé, envers ceux qu'il est mon devoir de protéger.
Sirius émit un reniflement moqueur :
-Tu as choisis la servitude envers une engeance dégénérée, l'abandon de ton esprit critique et l'avancement d'un agenda familiale qui promeut une ségrégation sociale injustifiée.
-C'est aussi ton engeance. Ne te souviens-tu pas tout ce que nous avons rêvé ensemble ? Nous sommes frères, que tu le veuilles ou non.
-Plus maintenant. Je peux partager le sang dont je ne peux me défaire malgré tout mon désir, mais pas leurs objectifs. Jamais ceux-là.
Regulus le fixa avec des yeux brûlants et fit un discret signe de main derrière son dos. Severus acquiesça en son for intérieur : cette discussion déviait des sujets qui les intéressait vers une opposition irrésoluble.
-Pourtant tu partages leur méthode, Black, remarqua Rogue en laissant trainer moqueusement le patronyme que l'ainé essayait de renier.
Les yeux brillants de Black se tournèrent brusquement vers lui. Il y avait des larmes dedans, nota-t-il, qu'il refusait de laisser couler.
-Personne ne t'a sonné Servilus !
-Je l'ai amené pour recentrer la conversation au besoin, corrigea Regulus.
L'annonce créa un moment de flottement dans lequel Severus s'engouffra :
-« Leur camp » disais-tu précédemment, je présume que tu te réfères aux mangemorts ? Nous avons tous lu la Gazette d'il y a deux semaines. Sept morts, dont trois enfants. Dix, sept et cinq ans. Ils se moquent de l'âge, c'est ce qui en fait des monstres disait la Gazette. Partages-tu cette opinion Black ?
Black hocha la tête d'un air méfiant.
-Onze ans c'est tellement plus adulte, n'est-ce pas ? Une année fait toute la différence.
-Serpentard fait toute la différence, cracha Sirius. Serpentard révèle ce qu'ils sont.
-Et justifie qu'on les ensorcèle, les ostracise, leur rende la vie impossible ?
-Qu'on les casse avant qu'ils ne deviennent dangereux ! cria Sirius.
Même Potter sembla atterré dans le moment de silence qui suivit. Severus laissa monter un rire doucereux, un rire d'Azkaban, un rire de fou, d'une ironie dénué de joie qui lui attira des regards déconcertés et inquiets, avant de considérer Black avec un mélange de pitié et de dégoût. Black lui renvoya une expression troublée et méfiante. Bien. Qu'il sache que peut importe ce qu'il croyait avoir enduré, il n'avait aucune idée de ce dont il parlait.
-Les casse ? murmura-t-il. Certains briseront peut-être, mais pas tous. Ceux qui ne casseront pas s'endurciront, apprendront que la pitié qu'on ne leur a pas donné, ils n'ont pas à la donner. Ils grandiront en haïssant leurs tourmenteurs et ceux qui les ont laissé faire. Ils grandiront en écoutant ceux qui les ont protégés. Que penses-tu que feront ceux-là quand ils sortiront de Poudlard, la haine dans leur cœur ? Que penses-tu qu'ils deviendront ? Qui penses-tu qu'ils rejoindront ?
Severus les considéra d'un air curieux, avant de poursuivre voyant qu'aucun ne répondait :
-Celui qui leur accordera leur vengeance. Contre leurs tourmenteurs. Contre les indifférents. Contre ceux qui n'ont pas vécu ce qu'ils ont vécus. Pourquoi ne pas laisser ce monde brûler, lui qui ne mérite pas mieux ?
Severus secoua la tête d'un air faussement apitoyé avant de tourner les talons et de quitter la pièce.
-Mère apprécie ta contribution à la cause, lâcha Regulus en guise d'adieu.
Cette phrase avait été l'objectif de toute la conversation. Il y avait peu de chance que Regulus parvienne à raisonner son frère. Peu de chance que Severus parvienne à faire comprendre ce qui l'avait un jour poussé à devenir un mangemort. Toutes les chances que cette dernière phrase remonte à Dumbledore. Black voudrait savoir quelle action servait cette famille qu'il reniait.
Regulus le rattrapa facilement, Severus s'étant arrêté dans le couloir pour l'attendre.
-J'ignorais que tu avais hérité de la folie de ma famille, mentionna-t-il.
Sur une autre note : je ne vais pas mettre à jour cette fiction pendant un certain temps. Quand j'ai commencé à la mettre en ligne j'avais planifié les grandes lignes jusqu'à la fin de la partie 2. C'était il y a assez longtemps et je ressens le besoin de revoir ces grandes lignes avant de continuer à écrire. Il faudrait que j'y consacre un peu de temps, que je n'aurais pas avant les vacances d'été (entretemps je vais plutôt consacrer cette année scolaire à écrire un mémoire, valider mon master et passer un concours). Merci de me suivre et à cet été.
