Chapitre 42:

Emma voulu garer sa coccinelle jaune en bas de son immeuble, mais pila d'un coup sec en voyant une silhouette blonde sortir de son hall d'entrée. Elle plissa les yeux en reconnaissant la jeune femme, cette fois bien moins pixélisées, qu'elle avait déjà croisée sur l'enregistrement des caméras du Storybrook.

Discrètement, elle la suivit du regard et la vit prendre le volant d'un 4x4 rouge, ce qui écrasa les derniers doutes qu'elle avait encore.

Elle oublia alors rapidement l'idée de se garer et entreprit de suivre Elsa Lange.

Ainsi, elle traversa une partie de la ville, le regard fixé sur le 4x4 rouge devant elle. Un 4x4 peu habitué à l'agitation routière lyonnaise d'ailleurs si on prenait en compte son incapacité à faire du forcing pour s'incérer dans les ronds-points de la ville.

Puis elle le vit se garer sur le parking d'un hôtel.

C'est là que tu crèches, devina-t-elle.

Elle se gara un peu plus loin et vit la blonde sortir de sa voiture et pénétrer dans le hall d'entrée. Elle attendit quelques secondes, puis sortit à son tour de sa voiture et se dirigea d'un pas rapide vers l'hôtel. Elle entra et se pointa au comptoir, face à un homme ressemblant trait pour trait au Comte Dracula, du moins, il en avait l'air ténébreux. Emma devina qu'il devait être le standardiste.

- Bonjour, que puis-je pour vous ? L'accueillit-il avec une bienveillance insoupçonnée et un accent slave à couper au couteau.

- Bonjour, je viens voir Elsa Lange, expliqua Emma.

- Bien sûr, sourit le standardiste en attrapant le téléphone fixe du comptoir.

- Oh non, ne la prévenez pas s'il vous plaît, intervint Emma alors que le jeune homme lui jetait un regard interrogatif en arrêtant son geste.

- C'est notre procédure, Madame, grimaça-t-il.

- J'imagine bien mais… Emma hésita une seconde. Je peux vous confier un secret ? Chuchota-t-elle en se penchant au-dessus du comptoir.

- Bien entendu, Madame, sourit-il en se penchant à son tour.

- J'ai oublié notre anniversaire de mariage ce matin, grimaça Emma. Je suis venue me faire pardonner. Et si elle était mise au courant de ma visite, ça ne serait plus une surprise, vous comprenez ? Je crois qu'elle m'en veut un peu… sourit-elle tristement.

- Oh je vois, comprit le standardiste. Je ne m'interposerai jamais à un zing, sourit-il.

- Un zing ? Demanda Emma en fronçant les sourcils. Qu'est-ce que c'est ?

- Eh bien, vous l'aimez, alors elle est votre zing, expliqua l'homme comme si c'était évident.

Emma plissa les yeux en se disant que ce type était vraiment étrange mais comprit tout de même l'essentiel du concept.

- Oui, voilà c'est ça, sourit-elle. Vous voulez bien me donner le numéro de sa chambre, s'il vous plaît ?

- Chambre 206, deuxième étage, sourit l'homme après avoir jeté un rapide coup d'œil à son registre.

- Merci beaucoup, Monsieur, sourit Emma, heureuse de son petit mensonge.

- C'était un plaisir, Madame. Et puis, peut-être que vous retrouver la fera enfin sortir de sa chambre, ajouta-t-il.

- Comment ça ? Demanda Emma, intriguée.

- Elle est ici depuis une semaine et il me semble que c'est hier que je l'ai vu sortir pour la première fois, en pleine nuit d'ailleurs. C'est à croire qu'elle est un véritable vampire, expliqua-t-il. Bon courage, Madame, termina-t-il en se penchant légèrement en avant d'un geste élégant.

Emma feinta un sourire en se disant, encore une fois, que ce type était vraiment étrange. Elle lui offrit un signe de tête puis se dirigea vers l'ascenseur de l'hôtel, et s'y engouffrant avant de presser le bouton qui la mènerait au deuxième étage.

Alors comme ça tu es là depuis une semaine déjà… qu'est-ce que tu es venues faire ici ? Se demanda-t-elle alors que son estomac s'envola quand l'ascenseur s'arrêta.

La blonde s'élança dans le couloir, jetant un œil sur toutes les portes, déchiffrant leurs plaques en métal dorés et enfin, trouva celle portant le numéro 206. Elle tiqua devant l'inscription mais n'y prêta pas plus attention que ça et toqua sur le bois vernis.

Elle entendit du bruit dans la chambre. Une chaise traînant sur le sol, des pas, puis le cliquetis de la poignée. La porte s'ouvrit sur un regard d'un bleu perçant, des traits fins, une peau parfaite.

Définitivement mignonne l'inconnue, pensa Emma.

- Elsa Lange ? Demanda-t-elle.

- Qui la demande ? Répondit l'enseignante en fronçant les sourcils, ne reconnaissant pas la personne qui avait toqué à sa porte.

- Emma Swan, je suis la coloc de Mak, se présenta la blonde alors qu'Elsa n'avait toujours pas ouvert la porte dans son intégralité.

Elsa haussa un sourcil réprobateur en détaillant la blonde en face d'elle de la tête en pied. Une jolie blonde, elle devait bien l'admettre. Elle plissa les yeux, choisit la voix la plus intimidante dont elle était capable et demanda :

- Elle me déteste tellement qu'elle vous a envoyé me casser la gueule ?

- Elle ne sait pas que je suis là, assura Emma. Je veux seulement vous parler.

- Bien, consentit Elsa sans jamais baisser sa garde. Je vous écoute.

- L'idée de continuer cette conversation sur le palier est tentante, mais vous ne voulez pas me laisser entrer ? Grimaça Emma, quelque peu mal à l'aise face à la beauté si froide que dégageait cette jeune femme.

- Non, répondit simplement Elsa.

Un silence passa entre les jeunes femmes. Emma n'aurait jamais pensé être confrontée à ça. Elle se souvenait que certains types qu'elle avait coffré s'étaient montrés bien plus sympathiques que cette nana.

- Hm, ok…soupira Swan. Mak, qu'est-ce que vous lui voulez exactement ? Demanda-t-elle, refusant de perdre davantage de temps.

Après tout, si cette blonde voulait jouer à ça, pourquoi pas…

- Je ne comprends pas exactement en quoi ça vous concerne, répondit Elsa, imperturbable.

Emma haussa un sourcil, cette conversation commençait déjà à l'agacer.

- Ok, on va mettre les choses au clair tout de suite, commença-t-elle froidement, prenant quelque peu Elsa au dépourvue. Étant donné l'état dans lequel votre petite visite la mise, ça me concerne, expliqua-t-elle.

Elsa fronça les sourcils et Emma put, contre toute attente, y lire une certaine incompréhension, un peu de surprise et un brin de… culpabilité ?

Elsa soupira avant d'ouvrir la porte complètement, invitant son hôte à entrer. Emma s'exécuta silencieusement.

- Comment va-t-elle ? Demanda immédiatement Elsa sans prendre la peine de lui proposer de s'asseoir.

Tu t'inquiètes pour elle… devina Emma en voyant cette fois une fragilité évidente dans le regard.

Pourtant, la flic sentit qu'un rapport évident de domination s'était immédiatement installé entre elles. Elle ne savait pas encore qui était Elsa Lange mais elle put deviner qu'elle avait un caractère de merde.

- Répondez à mes questions, et je répondrai aux vôtres, expliqua calmement Emma en s'appuyant contre l'un des murs de la pièce, les bras croisés, bien décidée à ne pas se laisser faire.

Elsa hésita une seconde, plissant les yeux en analysant cette étrange jeune femme qui disait vivre avec Mak. Elle se doutait que la jeune fille n'aurait jamais accepté de vivre avec n'importe qui. Qu'est-ce qui les liait exactement ? Depuis quand se connaissaient-elles ? Pas du lycée, c'était une certitude. Elsa devinait que l'âge d'Emma devait davantage se rapprocher du sien que de celui de Mak. Mais alors, qui était cette blonde exactement ? Elsa se le demanda sans se douter qu'Emma se posait exactement la même question à son sujet.

L'enseignante pesa une énième fois le pour et le contre, ne sachant véritablement si elle pouvait avoir confiance en cette femme qu'elle connaissait à peine, puis enfin, soupira, et avoua :

- Je suis… une amie. Quelqu'un qu'elle n'a pas vu depuis longtemps… Expliqua-t-elle alors que son regard restait fuyant, qu'elle perdait pied face à Emma Swan.

Emma, comme Elsa l'avait fait un peu plus tôt, fronça les sourcils et observa l'enseignante sous toutes les coutures. Puis elle sourit et expliqua :

- Alors il y a quelque chose que vous devez savoir sur moi. J'ai un genre de super pouvoir qui me permet de savoir quand quelqu'un me ment, assura-t-elle, tout à fait sérieuse. C'est pour ça que je suis un excellent flic, sourit-elle enfin en offrant un clin d'œil à une Elsa qui se figea sur place.

- Vous êtes flic ? Demanda l'enseignante.

- Hm, ça vous pose un problème ? Demanda Emma alors qu'Elsa ne l'écoutait déjà plus.

L'enseignante passa une main tremblante sur son visage alors que ses yeux fixaient on ne savait quoi. Emma restait silencieuse, attendant simplement que la blonde dise quelque chose, sans comprendre sous état de panique soudain.

- Avec notre passé, elle a trouvé le moyen de vivre avec un flic… soupira Elsa en un murmure sans prendre conscience qu'Emma l'écoutait.

- Votre passé ? Répéta Emma sans comprendre.

Elsa sembla alors revenir à elle en étant confrontée à sa voix, et lui jeta un regard dur avant de déclarer :

- Je vais vous demander de sortir.

- Quoi ? S'étonna Emma. Attendez, quoi qu'il se soit passé, je n'ai pas l'intention de…

- Je n'ai rien à vous dire, coupa froidement Elsa. Sortez, je vous prie, demanda-t-elle encore en ouvrant la porte de la chambre et Emma sut qu'elle n'avait pas le choix.

Sans mandat, elle ne pouvait pas obliger cette blonde à lui parler.

- Bien…soupira-t-elle en se dirigeant d'un pas traînant vers la porte. Sachez cependant que si vous lui faites du mal, je vous retrouverai, prévint-t-elle tout de même en se retournant sur le palier.

Elsa fronça les sourcils, presque indignée que cette blonde lui tienne un discours pareil. Bon, elle admettait que cela faisait cinq ans qu'elle ne faisait plus partie de la vie de Mak, et qu'elle comprenait ses craintes, mais tout de même, de là à la menacer de la sorte, il ne fallait pas abuser.

- C'est justement pour réparer le mal que je lui ai fait par le passé que je suis revenue, cracha presque l'enseignante avant de claquer la porte au nez d'Emma.

Mak soupira en fixant la boîte cartonnée qu'elle tenait faiblement entre ses mains. Cette boîte blanche et bleue à laquelle elle était confrontée tous les matins. Elle l'observa une seconde encore, comme si elle la défiait du regard. Cette petite boîte qui paraissait pourtant si inoffensive… Une douce écriture au stylo bille la marquait dans un angle. 1 par jour, y était inscrit. Le dosage, Mak savait qu'il était important de le respecter et pourtant, elle serra les dents, sortit un autre comprimé de l'emballage en aluminium et l'envala immédiatement, cherchant seulement à calmer les battements de son cœur, se fichant pas mal de la dose qu'elle avait déjà pris quelques minutes plus tôt.

Le Xanax… Elle connaissait maintenant ce médicament et ses effets sur le bout des doigts. Ce petit cachet blanc qui était à présent le seul à pouvoir calmer ses angoisses.

- Alors, ça ne va pas mieux ? Lui avait demandé son médecin il y a de ça trois ans.

Et quand elle avait seulement hoché la tête négativement, il avait repris en écrivant sur une feuille :

- Bon, et bien on va vous prescrire quelque chose pour vous détendre. On commence par 0,25mg de Xanax et 5mg de Seroplexe, avait-il décidé. On verra comment les choses évoluent, et si ça ne s'arrange pas, on augmentera le dosage.

- Qu'est-ce que c'est ? Avait demandé Mak alors que son pied battait nerveusement le sol, réflexe récurrent quand elle était assise dans le bureau de son médecin.

- Rien de bien méchant, ça va vous faire du bien, avait souri le médecin en tendant une main polie devant elle.

Sans poser plus de question, Mak avait attrapé cette main, son ordonnance et avait filé vers la pharmacie la plus proche.

Le soir même, elle s'était retrouvée avec deux boîtes de comprimés inconnus entre les mains. Inconnus…pas tant que ça finalement car elle se souvenait vaguement avoir déjà vu ces mêmes boîtes dans les affaires de sa mère.

Son cerveau, désirant tout comprendre, l'avait forcé à effectuer quelques recherches sans perdre une seconde de plus. Toute la nuit qui avait suivi cet entretien, elle avait alors épluché tous les articles qu'elle avait pu trouver sur le sujet.

Elle avait pris conscience qu'elle était sous antidépresseur et anxiolytique. Rien de bien méchant…son médecin s'était foutu d'elle.

L'antidépresseur, le Seroplexe, était prescrit en cas de dépression majeur et servait à augmenter le peu de sérotonine qui survivait encore dans son cerveau. La sérotonine étant la molécule de l'amour, Mak avait trouvé une furieuse ironie dans ce processus. Elle entamait une dépression à cause d'une rupture amoureuse, et maintenant, un connard de toubib voulait que son cerveau pense qu'il était amoureux pour guérir de cette même dépression… elle ne comprenait pas très bien le but de ce traitement.

Et l'anxiolytique, le Xanax, était un dérivé de l'Alprazolam. Autrement dit, la même merde mais son un autre nom. Ça, c'était pour ses angoisses, pour bloquer l'activité cérébrale en agissant sur ses récepteurs. Dans un sens, un truc qui envoyait ses émotions se faire voir. Plus clairement, le rôle de ce médoc était de faire d'elle un légume.

Le seul problème avec ces petites pilules miracles restaient les effets secondaires, et ça, il y en avait beaucoup. Mak les connaissait par cœur. Vertiges, fatigue, irritabilité, nausées, tremblements, perte de mémoire et de poids, insomnie, parfois même quelques hallucinations.

Mak s'était alors demandé comment on pouvait guérir d'une maladie en ingérant quelque chose d'aussi nocif que les saloperies que son médecin lui avait prescrites.

Pourtant, son mal être était si évident à l'époque que la jeune fille n'avait pas posé de question, et avait obéit en se souvenant clairement qu'Elsa lui avait pourtant défendu de se laisser avoir par ce genre de traitement. Mais Elsa n'était plus là. Seule la mélancolie restait.

Elle avait lu quelque part qu'il y a quelques années, on ne disait pas dépression, on préférait dire mélancolie. Pourquoi ? Foncièrement, elle n'en savait rien. Peut-être que ce terme était-il plus accrocheur, comme si une maladie s'achetait comme la dernière voiture à la mode… Cette pensée l'avait fait sourire. Oui la mélancolie, quoi qu'elle fasse, persistait, la suivait où qu'elle aille, comme une ombre au-dessus de sa tête, ou encore des poids accrochés à ses poignets qui la tiraient vers le sol. Ou parfois comme une bête féroce qui se tenait derrière elle, dans la pénombre, et qui attendait le moment propice pour la dévorer.

La mélancolie, ou dépression peu importe, elle l'avait imaginé tellement de fois, se retournant parfois en un sursaut comme si elle voulait la surprendre.

C'est étrange. Ça s'était imposé comme ça, comme une caresse sans qu'elle n'y prête attention. Comme quelque chose de naturel qui, peu à peu, comme pour ne pas l'effrayer, aurait doucement pris possession de son quotidien, de sa tête, de son cœur. Ça avait commencé par des insomnies, puis un léger stresse persistant et désagréable mais rien de bien méchant.

On lui avait alors prescrit des pilules à bases de plantes. Valériane, camomille, toutes ces conneries…Un shot d'herbes en un comprimé. Mais les insomnies avaient persisté. Puis des crises d'angoisse, des larmes sans d'autres raisons que des raisons futiles et enfin, des idées noires. C'est là que son médecin avait jugé que les plantes ne suffiraient plus et qu'il faudrait opter pour quelque chose de quelque peu plus barbare. En d'autres termes, faire croire à coups de chimie à son cerveau qu'il était encore capable d'être heureux.

Encore un paradoxe d'ailleurs, car son médecin l'avait mise en garde sur le fait qu'au début du traitement, les idées noires pourraient se multiplier et gagner en force. L'histoire d'une petite semaine seulement, mais Mak ne comprenait toujours pas l'absurdité de ce traitement qui tanguait vers le fait de la mettre au plus mal pour qu'elle puisse remonter la pente. Comme si elle devait toucher le fond pour, d'un coup de pied, gagner la surface.

Ainsi, une routine s'était installée, entre elle et sa dépression. Ses journées étaient encadrées, rythmées, organisées dans une douce démence presque imperceptible.

Le rituel des cachets, puis celui du café, puis un autre pour la douche et encore un autre pour le travail. En sommes le rituel de sa vie, inscrit dans la mélancolie. Comme s'il y avait quelque chose de rassurant dans le fait d'aller mal. Parce que quand on allait bien, on risquait alors à un moment donné d'aller mal. Mais si on allait mal tout le temps… Le problème était réglé. Et plus besoin d'angoisser pour ça, Xanax s'en occupait. Même plus besoin d'être heureux non plus, Seroplexe s'en chargeait.

La dépression, quelque chose qu'elle connaissait à présent, et qu'elle embrassait. Qu'elle embrassait tellement qu'au fil des années, les doses avaient été augmentées et qu'aujourd'hui, son déj se composait d'1mg de Xanax et de 20mg de Seroplexe, ces deux-là étant rapidement devenues ses meilleurs potes. Après tout, pour remplacer Elsa, il fallait bien ça. Être un légume, si ça lui permettait d'oublier Elsa, elle s'en accommoderait, tant pis pour les effets secondaires…

Elle inspira profondément en s'appuyant contre la table de la cuisine, quelque chose qui la calmait parfois, pas tout le temps, mais qui avait déjà fait ses preuves. Elle avait ainsi tant de stratagèmes pour calmer ses angoisses, chose que son cerveau avait été forcé de mettre en place pour des raisons de survie.

La première fois qu'elle s'était appuyée ainsi contre la table de la cuisine, elle avait immédiatement repensé à sa mère et à son toc de faire parfois le tour de la maison pour revenir s'installer sur le canapé. Elle avait compris ce jour-là, que comme elle aujourd'hui, sa mère avait dû trouver des tromperies pour ne pas sombrer dans la folie. Une folie avec laquelle elle flirtait depuis bien trop longtemps, s'étonnant encore de ne pas lui avoir cédé. Sans doute grâce à Emma Swan…

Emma Swan, qui choisit ce moment précis pour entrer dans leur appartement. Mak sursauta en entendant la porte et jura que ce foutu médoc avait intérêt à faire effet rapidement…

- Salut ma jolie, sourit Emma en venant embrasser sa joue avant de poser un sac en plastique sur la table.

- Hey, sourit Mak que la douceur de ce baiser calma davantage que le cachet qu'elle venait de prendre.

- Tu as repris une dose de cette merde ? Demanda Emma en remarquant la boîte blanche et bleue.

Mak haussa les épaules, et demanda comme si de rien n'était :

- T'étais où ? T'en as mis du temps.

- Ça ne va pas te plaire, soupira Emma en s'asseyant à la table, sortant une barquette de frites du sac plastique. Mais j'ai rendu visite à Elsa Lange, avoua-t-elle en en fourrant quelques-unes dans sa bouche.

Mak se figea après avoir ouvert sa canette de coca alors que ses doigts se crispaient sur l'aluminium. Avait-elle bien entendu ? Elsa et Emma dans la pièce ? Elle ne parvenait pas à imaginer une telle chose.

- T'as pas fait ça ? Demanda-t-elle alors que tous les muscles de son corps se tendaient.

Emma plissa les yeux en se confrontant à l'évident état de nerfs dans lequel sa coloc semblait être à la suite de cette déclaration.

- Tu m'as obligé à me démerder, alors je me démerde, répliqua la blonde d'un air détaché alors qu'elle avait encore la bouche pleine.

Mak prit quelques secondes pour mettre de l'ordre dans ses pensées, dans ce petit cerveau qui fonctionnait parfois tellement vite, et enfin, attrapa une cigarette et l'alluma en prenant place en face d'Emma. Elle respira profondément en se frottant les yeux, les coudes sur la table, le corps lourd, le cœur frénétique.

- Qu'est-ce qu'elle a dit ? Demanda-t-elle, incapable de deviner la conversation que les deux jeunes femmes avaient pu avoir.

- Ah, ça t'intéresse maintenant ? Demanda Emma en attaquant le burger énorme qu'elle avait ramené alors que Mak n'avait même pas encore jeté un œil à sa salade.

- Emma…gronda la jeune fille qui perdait réellement patience en accusant mal le coup d'avoir été trahie de la sorte.

- Elle m'a dit qu'elle était une amie que tu n'avais pas vu depuis longtemps, avoua la blonde qui sentait que sa coloc commençait à défaillir face à la brutalité de ses dires.

- Pff… grimaça Mak en branlant de la tête avant de s'offrir une gorgée de coca, ce qui lui remit quelque peu les idées en place.

Emma remarqua à présent sa colère évidente, sa rancœur alors qu'elle devinait les tensions qui la traversaient.

- Elle m'a menti, je sais, assura la blonde.

- Tu as utilisé ton super pouvoir sur elle ? Sourit quelque peu Mak en perdant pourtant son regard dans le vague.

- Tu penses bien que je ne m'en suis pas privée, sourit Emma en attrapant doucement la main que Mak avait laissé mourir sur la table.

- Elle t'a dit autre chose ? Demanda la jeune fille en rendant l'étreinte sans même y penser.

Emma haussa les épaules, puis répondit :

- Elle a dit qu'elle revenait réparer des erreurs du passé, mais elle a flippé quand elle a su que j'étais flic, se souvint-elle en fronçant les sourcils. Ce qui amène à ma prochaine question : Dois-je m'inquiéter ? Demanda-t-elle bien plus sérieusement.

- Si tu veux savoir si elle est dangereuse, non, elle ne l'est pas, assura Mak et Emma remarqua qu'elle était soudainement sur la défensive.

- Étant donné l'ardeur avec laquelle tu la fuis, excuse-moi d'en douter, appuya Emma. Je ne lui fais pas confiance.

Mak plissa les yeux en assimilant ces mots. Après tout, quelque part, elle pouvait comprendre cette réaction. Emma, de tous temps, l'avait toujours défendu, en toutes circonstances, sans doute une déformation professionnelle. Elle pouvait donc concevoir qu'elle se méfie d'une nana arrivée de nulle part à cause de laquelle elle prenait une dose supplémentaire de drogue légale.

Alors la jeune fille fit taire sa colère une seconde et posa une deuxième main sur celle d'Emma, désirant calmer sa méfiance par tous les moyens.

- Alors ais confiance en moi, demanda-t-elle en la suppliant des yeux.

- Si tu m'en parlais, ça serait plus facile, essaya encore Emma, ne supportant plus ces non-dits alimentés aussi bien d'un côté que de l'autre.

- Si je t'en parlais, ça rendrait tout ça… réel, soupira Mak, tu comprends ? Alors que tout ce que je veux, c'est pouvoir oublier, avoua-t-elle en baissant les yeux.

Emma tiqua en se souvenant d'un détail, d'un très léger détail qu'elle n'avait pourtant jamais pu oublier.

- Oublier ? Attends, quand on a couché ensemble la première fois, tu m'as dit que c'était pour te souvenir de quelqu'un. Ce quelqu'un, c'est elle ?

Mak se tut une seconde et lâcha la main d'Emma pour jouer nerveusement avec ses doigts. Emma remarqua son tic de stresse. Ses tics de stresse, même si la jeune fille s'évertuait à ne rien montrer, Emma les connaissait par cœur. Et elle avait appris à savoir que les mains étaient souvent ce qui tombaient en premier face à un stresse évident. Comme si les mains ne cachaient rien, prenant le rôle d'un premier rempart face à la vie. Et encore, la blonde ne parlait même pas du tremblement persistant qui les agitait depuis que sa coloc était sous traitement.

- Il n'y a pas à dire, tu es un excellent flic… soupira Mak qui, elle le savait, était piégée.

- Ouais, sourit Emma. Et c'est le moment où je prends ta déposition, plaisanta-t-elle, espérant la dérider un peu. Elle t'a brisé le cœur ? Demanda-t-elle doucement, sachant pertinemment qu'elle avait raison.

- Je suis en droit de garder le silence, rétorqua Mak, jouant ainsi sa dernière carte.

- Mak, s'il te plait… soupira Emma.

- Oui, elle m'a brisé le cœur, consentit Mak en grimaçant, peinant à parler de ces choses-là.

Elle se sentait si minable. Et parler de ça avait toujours été si douloureux. Comme si, même après toutes ses années, Elsa restait un sale petit secret… Mak peinait seulement à admettre, que comme sûrement beaucoup avant elle, elle s'était faite avoir. Elle était tombée pour cette femme. Cette femme qu'elle savait pourtant briseuse de cœur.

- Raconte-moi, déclara Emma en prenant les petites mains dans les siennes, refusant qu'elle les abîme davantage.

Mak hésita encore, ne trouvant la force de prononcer un mot. Avouer une faiblesse devant Emma était quelque chose qu'elle n'avait jamais fait. Avouer une faiblesse était en fait quelque chose qu'elle ne se permettait plus depuis le départ d'Elsa. Ses faiblesses faisaient souffrir. Parce que c'était depuis qu'Elsa avait dû rattraper l'une de ses faiblesses qu'elle était partie, n'est-ce pas ? Le moment précis où sa vie n'était devenue rien d'autre qu'une descente aux enfers, où son existence ne se résumait qu'à dormir un peu plus longtemps…

- Eh, intervint Emma, la sortant de ses pensées. C'est vrai qu'on n'a jamais été claires sur ce point mais, tu peux tout me dire, tu le sais ça ? Demanda-t-elle avec une tendresse que Mak ne lui connaissait pas. Une tendresse qui lui rappelait Elsa.

Un énième silence passa, puis Mak passa une main sur son visage et soutint pour la première fois le regard d'Emma.

- Là, je vais m'adresser à Emma, pas à l'agent Swan, dit-elle sérieusement. Il faut que tu me promettes de ne jamais engager de procédure contre elle.

- Ok… je m'inquiète encore plus maintenant, mais je te le promets, assura la blonde en s'imaginant un tas de scénarios invraisemblables.

- On est sorti ensemble quand j'étais au lycée, commença la jeune fille.

- Elle t'a violé ?

- Quoi ? Non ! S'exclama Mak en grimaçant. Emma, bien sûr que non ! Répéta-t-elle, presque indignée.

- Eh, tu me demandes indirectement de ne pas la foutre en taule, alors excuse-moi de penser au pire, se défendit la blonde.

- Non, elle n'a jamais… Elle ne m'a jamais forcé à quoi que ce soit, assura la jeune fille et ces paroles rassurèrent Emma.

- Bien, alors qu'elle est la face cachée de cette merveille ? Demanda la blonde qui ne parvenait pas à comprendre où Elsa avait pu fauter en étant confrontée à la vision d'une Mak la défendant bec et ongle.

Mak grimaça, puis avoua :

- Elle a été ma prof de philo… pendant qu'on était ensemble, précisa-t-elle, désirant être certaine qu'Emma avait bien compris la complexité de la situation.

- Oh… s'exclama bêtement Emma, ne sachant pas véritablement ce qu'elle était censée répondre à cela. Ça a duré combien de temps ?

- Presque toute l'année.

- Wow…

- Comme tu dis, ouais… soupira Mak.

- Non mais tu te rends compte que ça ressemble à une romance de cinéma ? S'exclama Emma en assimilant doucement ce que Mak venait de lui dire.

- Ouais je m'en rends compte, et je m'en serai bien passée, figure-toi, précisa amèrement la jeune fille.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Voulu savoir Emma.

Mak soupira, alluma une nouvelle cigarette parce qu'elle savait qu'elle en avait pour un moment et raconta tout. Elle vida son sac, partageant son retard du premier cours de philo, leur première joute verbale.

- Je l'ai tout de suite trouvé…tellement belle, disait-elle en plissant les yeux. Tout à fait le genre de nana dont je pouvais m'éprendre, et ça n'a pas loupé… soupira-t-elle.

Elle parla ensuite des leçons de conduite, cette phobie incontrôlable d'être derrière un volant à la suite de la mort de son père, l'absence de sa mère et de son frère à cette époque. Elle raconta le plus beau Noël de sa vie, puis le plus bel anniversaire et ensuite les messages secrets, les appels en douce, les moments volés dans la salle de cours et enfin l'ecstasy… Elle raconta tout, sans omettre le moindre détail.

Elle observa le visage d'Emma changer au fil de son histoire, de celle qu'elle partageait encore avec Elsa.

- Putain…souffla Emma quand Mak sembla avoir terminé. Mais c'est quand même dingue qu'en quatre ans de vie commune, tu n'aies jamais cru bon de m'en parler ! S'exclama-t-elle alors que Mak haussait un sourcil insolent.

- Parce que toi, tu me dis tout peut-être ? Se défendit Mak en écrasant sa cigarette.

- Pas faux, admit Emma. Bon, qu'est-ce que tu comptes faire ? Demanda-t-elle enfin.

- Là ? Je ne commence le boulot qu'en fin d'aprèm alors je vais aller me coucher, répondit Mak, refusant de penser à ça, comprenant qu'elle n'en avait aucune idée.

- Tu sais très bien que je ne te parle pas de ça, gronda Emma. Miss prof de philo super canon est là maintenant, alors c'est quoi le plan d'action ?

- Tu crois que j'ai eu le temps d'y réfléchir ? Elle n'est arrivée qu'hier…

Pas vraiment, pensa Emma mais se garda bien de le lui dire.

- Et alors ? Tu l'aimes ? Demanda la blonde.

- Emma ce n'est pas si facile que ça, il y des sentiments en jeu, se défila Mak.

- Je sais, c'est justement pour ça que je te demande d'écouter les sentiments que tu as pour elle, répondit Emma, imperturbable, sans comprendre ce qu'il y avait de compliqué dans ce qu'elle disait.

- Tu ne comprends pas, grimaça Mak. Ton esprit est toujours si…elle hésita en serrant les dents.

- Si quoi ? Demanda la blonde.

- Si…simpliste, s'énerva presque la jeune fille, confrontée à une façon de penser si différente de la sienne.

- Bordel Mak…soupira Emma, excédée. Ton esprit à toi est toujours si compliqué… Ma question est simple, tu l'aimes oui ou non ? Demanda-t-elle encore.

- Je ne sais pas…répondit Mak, dans un flou total.

Un silence passa alors que les deux jeunes femmes soupiraient, ne parvenant à se comprendre sur ce coup-là.

- J'avais…commença Mak plus douloureusement. J'avais arrêté d'espérer qu'elle revienne, tu comprends ? Et elle, elle débarque comme ça, sans prévenir, rit-elle amèrement. Si elle s'imagine que je vais me jeter dans ses bras, non, ça ne marche pas comme ça, trancha-t-elle alors qu'Emma pouvait déjà voir un brin de colère sur son visage.

Emma soupira intérieurement en voyant que la jeune fille attaquait de nouveau ses mains avec acharnement. Et voilà, elle recommençait à gamberger. En soit, elle pouvait comprendre sa colère et ses tourments, mais elle se disait tout de même qu'à trop penser, elle allait un jour finir sous camisole de force.

- Ecoute ma jolie… commença doucement Emma en attrapant de nouveau ses petites mains écorchées dans les siennes. Tu fais ce que tu veux, hein… Mais que tu l'étrangles, ou que tu l'embrasses, ça ne fera pas grande différence, sourit-elle tristement.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda Mak qui craignait de ne pas tout à fait comprendre ce qu'elle essayait de lui dire.

- Comme tu le disais, des sentiments sont en jeu, rappela calmement Emma. Ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais que ce soit dans l'amour ou dans la haine, cette nana a encore une emprise sur toi, termina-t-elle en grimaçant.

Mak soupira en laissant son front tomber contre le bois de la table, ses mains éternellement dans celles d'Emma. La blonde avait raison, Elsa avait encore, après toutes ces années, tous les droits sur son cœur. Elle était à présent confrontée à un dilemme, son cerveau était en surchauffe totale. Elle peinait à organiser, à comprendre toutes ses émotions et ses pensées.

Elle ressentait l'effroyable sensation d'être une force qu'on ne peut pas arrêter qui se cognait à une chose qu'on ne peut pas bouger. Voilà, c'était ça, exactement…mot pour mot. Elle entamait seulement une bataille contre Elsa. Et elle ne savait, d'elle, ou de ce professeur, qui elle voulait voir remporter la première manche. Parce qu'elle savait que ça se jouerait en plusieurs manches. De tous temps, Elsa n'avait jamais été docile, et elle non plus, sauf peut-être dans un lit… Elsa parviendrait-elle à l'arrêter, elle, cette force folle et extatique ? Quelque part, très loin au fond de son subconscient, elle l'espérait…

- Je vais aller me coucher, déclara-t-elle soudain en se levant difficilement, abattue par ses tranquillisants.

- Ça va, ma jolie ? S'inquiéta Emma en la regardant s'éloigner, se disant qu'elle n'avait même pas touché à sa salade.

- Ça va toujours, répondit la jeune fille sans réelle conviction.

- Ne me fais pas le coup de ça va toujours, c'est moi qui ai inventé le concept, rappela Emma en soupirant, la voyant, comme toujours, se renfermer sur elle-même.

- Si c'est ce que tu veux savoir, non, je n'ai pas l'intention de me foutre en l'air, répondit Mak de manière condescendante en lui tournant le dos.

- Ce n'est pas ce que je voulais savoir, rétorqua Emma.

- Menteuse, tacla Mak avant de claquer la porte de sa chambre.

- C'est un peu ce que je voulais savoir… avoua Emma en un murmure pour elle-même.

La jeune fille s'enferma à double tour dans sa chambre. Elle soupira en s'appuyant contre la porte, cette conversation l'avait véritablement épuisée. Elle qui pensait que sa relation avec Emma avait toujours été simple, venait de se forger un tout nouvel avis sur la question… Pourquoi avait-il fallu qu'elles parlent de ça ? Pourquoi est-ce que ça n'aurait pas pu rester très loin, enfoui dans un coin de son cœur ? Ah oui, parce qu'Elsa était revenue.

Putain… Elle peinait encore tellement à y croire. Elsa était revenue. Elle se le répétait exactement comme quand elle avait tenté de se convaincre qu'Elsa était partie…

Elle se frotta le visage alors qu'une vague de sommeil l'étreignait. Merci Xanax… Xanax adorait quand elle dormait parce qu'elle ne supportait plus de vivre. Mais elle n'avait pas envie de dormir. Elle ne pouvait pas, trop de choses tournaient dans sa tête comme si un million d'émotions s'étaient glissées dans les rouages de son cerveau.

Elle sourit à Colonel, allongé sur son lit. Colonel, lui aussi, adorait son lit, mais pas pour les mêmes raisons que Xanax.

Elle se laissa tomber sur son matelas et fixa le plafond. Elle resta ainsi de longues secondes puis, comme si celle-ci la narguait, elle jeta un œil à l'affiche punaisée sur l'un des murs de sa chambre. Cette affiche qu'elle trimbalait depuis maintenant si longtemps. Cette affiche qu'elle avait eu tant peur de perdre dans ses déménagements… Une affiche qu'Elsa lui avait offerte, pour son anniversaire, parce que c'était l'affiche de son film préféré, qu'elle ne l'avait dit à Elsa qu'une seule fois, et que celle-ci, toujours aussi parfaite, s'en était souvenue…

Après un grognement, témoin de sa mauvaise humeur naissante, elle détourna le regard de cette affiche comme si elle la boudait, et attrapa son téléphone.

Elle ouvrit l'application Messenger et trouva rapidement le groupe de discussion qu'elle partageait avec ses amis depuis quelques années.

C'est Ralph qui avait eu cette idée brillante. Puisqu'ils s'étaient tous éparpillés aux quatre coins de la France, c'est ainsi qu'ils parvenaient encore à rester quelque peu liés.

La discussion s'intitulait : Branleurpointcom. Ça aussi, c'était une idée de Ralph. Ils avaient tous râlé au départ, mais s'étaient finalement rendu à l'évidence, car, même s'ils avaient grandi, ils n'en étaient pas moins des branleurs, factures à payer ou pas.

Mak souffla alors que ses doigts s'agitaient sur le clavier.

De Litchi :

Elsa est revenue. Je panique totalement. Je ne sais pas quoi en penser. Au secours !

Son pouce resta suspendu au-dessus de la touche Envoyer.

Elle hésita de longues secondes. Elle détestait cette application. Elle n'aimait pas le fait que ses amis puissent deviner le moment où elle était en train d'écrire. Ça ne lui plaisait pas. Elle pensait même que c'était une atteinte à sa liberté. Et puis toutes ces sonneries quand ses amis parlaient tous en même temps, ce que ça pouvait être abject. Définitivement, elle détestait cette application. Mais bon, elle aimait ses amis.

Elle soupira et effaça la totalité du message. Lancer un appel au secours, chose qu'elle ne s'autorisait plus depuis bien longtemps. Alors elle envoya seulement :

De Litchi :

Et sinon, quand est-ce qu'on se voit ?

Elle ne savait pourquoi, elle pensait qu'il n'était pas le bon moment pour leur parler d'Elsa. Comme s'il y avait un bon moment pour leur parler d'un truc aussi énorme… Son cerveau, comme s'il avait été formaté durant ses années lycée, lui criait de garder Elsa secrète, juste encore un peu, au cas où. Au cas où, quoi sérieusement ? De quoi avait-elle peur ? De tout perdre ? C'était déjà fait alors franchement, elle n'avait vraiment pas à s'en faire. Par moment, son cerveau d'hypersensible surdouée était vraiment à chier…

N'obtenant aucune réponse, elle tapa un numéro et lança un appel. La réponse, comme toujours maintenant, ne se fit pas prier :

- Ma puce ?

- Salut Maman, sourit Mak en passant distraitement une main dans le pelage de son chien, un genou replié sur le lit, l'autre pied pendant dans le vide.

- Tout va bien ? Demanda Sarah en reconnaissant une voix faiblarde dans la gorge de sa fille.

- Oui, oui, ça va, assura Mak. Dis-moi, tu fais quelque chose le weekend prochain ?

- Hm, non pourquoi ?

- Je me disais que je pouvais remonter sur Arendelle, ça t'embête ?

- Bien sûr que non Chérie, tu sais très bien que la porte de la maison te sera toujours ouverte. Tu es certaine que tout va bien ? Demanda encore sa mère.

- Oui, j'ai juste besoin de mettre Lyon en standby, et j'aimerai passer un peu de temps avec toi, sourit-elle alors qu'elle sentait déjà ses yeux brûler.

Après tout, depuis que sa mère était au courant de tout, se montrer forte devant elle semblait ne plus être l'un de ses supers pouvoirs.

- Bon, très bien. Mais tu ne débarques pas avec la chose qui te sert de chien ! Défendit Sarah, faisant quelque peu rire sa fille.

- Je le laisserai à Emma, fit-elle savoir. Je te tiendrai au courant, bisous.

- Bisous, Chérie. Fais attention à toi.

- Toujours, menti Mak avant de raccrocher. Désolée mon grand, mais je ne suis pas sûre que ma mère t'aimera un jour.

Le chien couina et posa sa grosse tête sur le ventre de sa maîtresse. De tout ça, lui, il s'en fichait pas mal, mais il n'appréciait pas beaucoup cette grande blonde qu'il avait croisé ce matin devant la porte de chez lui.