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Note de l'auteur : ! Ce chapitre contient des différences importantes comparé au premier posté !
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Chapitre 36 : New York
Point de vue d'Edward Masen :
Pourquoi, lorsque je suis à New York, mon inconscient se dirige automatiquement vers Central Park ? Comme s'il n'y avait pas assez de verdure chez moi...
D'un autre côté, Julliard se trouve juste à côté donc ç'a du sens de se diriger par là. J'ai, surement, trop de beaux et douloureux souvenirs en rapport avec ce parc.
Heureusement, je n'eus pas trop de problèmes à trouver un hôtel pour la nuit. Le Warwick New York Hôtel proposait un service H24 et 7/7, avec tout ce dont j'avais besoin.
Heureusement que j'ai l'argent, merci papa, merci maman.
Je soufflais intérieurement à ma remarque interne. Je suis un profond imbécile, même dans ma propre tête.
Il était situé près d'un musée d'art moderne ce qui me fit directement penser à Alice.
Je pris rapidement une chambre luxueuse, bien trop grande pour moi à vrai dire. Je savais qu'une petite chambre m'aurait angoissé. Je suis un peu claustrophobe lorsque je suis tendu.
J'avais coupé mon téléphone et ne songeais même pas à le charger. Je le rangeais dans le tiroir de la table de nuit, là il me m'ennuiera plus.
J'étais sorti m'aérer l'esprit. Il était tard, presque 23 heures. Je savais que je devrais me préparer pour demain, passer une bonne nuit de sommeil... a la place, je marchais dans ce stupide et énorme parc.
C'est certain - cette ville en me rappelle pas de bons souvenirs. Loin de là.
C'est ici que vit Tanya. Mais je sais que je ne viens pas pour elle.
Je ne peux pas être aussi stupide ! Je me sens déjà rien assez coupable...
J'aurai dû être là pour Bella, la soutenir. L'accompagner soulager son père, aller à Phoenix.
Je n'ai pas pu.
Cette nouvelle a fait renaitre des sentiments que j'aurais aimé ne jamais avoir connus.
Je lui avais promis la lune – j'aurais dû me contenter des étoiles.
Le retour sur Terre est bien trop douloureux, je me doute qu'elle souffre.
Mon Dieu, je suis un monstre. J'ose l'abandonner après lui avoir promis que jamais je ne la laisserais tomber...
Tout ça pour suivre mon rêve, quel genre de personne affable et égoïste cela fait-il de moi ?
Je suis heureux d'avoir été sélectionné, je me souviens encore de l'appel téléphonique de tout à l'heure. Ils m'ont directement proposé un rendez-vous demain à neuf heures.
Ils le faisaient exprès. Ils testaient la motivation des étudiants ainsi – sans prévenir quand aura lieu le rendez-vous.
Lorsqu'elle m'a annoncé la nouvelle de ses parents, cela m'avait fait un énorme choc. Mon cœur avait sursauté et j'avais ressenti une douleur aigue passer en son travers.
J'ai tellement eu peur qu'elle réagisse comme Tanya. Après tout, il s'agit de la même histoire.
Une bête histoire de tromperie.
Une tromperie qui détruit une famille.
Cette tromperie détruira-t-il encore une fois mon couple ? Suis-je damné à revivre éternellement les mêmes échecs ?
De toute évidence, si je réussis cette épreuve, Bella et moi devions nous quitter. Je ne sais lequel de ces deux maux me fait le plus peur – ou me fera le plus de mal. Devoir la quitter parce qu'elle devient folle, comme Tanya, à cause de ses parents ou devoir la quitter pour une raison absurde et égoïste ?
Peut-être que New York était mon enfer personnel sur terre et c'est la raison pour laquelle je me retrouve toujours ici quand quelque chose ne va pas.
Trop de questions me trottent dans la tête. Je ne sais plus qui je suis, ce que je fais. Pourquoi suis-je ainsi ? Pourquoi est-ce que je pense trop ?!
La vie aurait été plus simple si je ne me remémorais pas également ce souvenir.
J'y pense tellement que je n'ai pas envie d'en parler. Ou, plutôt, d'y penser encore.
Et pourtant, dès que je vois Benjamin Amun passer à côté de moi dans les couloirs, me faire un petit sourire auquel je ne réponds jamais, j'y pense. J'y pense même lorsque Alice parle de sa prochaine fête, lorsqu'ils rigolent là-dessus.
Pourquoi ?
Ce n'était pas un mauvais souvenir – loin de là. Mais, qu'est-ce que ça dit sur moi ? Etait-ce vraiment un pari ? Enfin, selon Jake et Emmett oui, ils me l'ont lancé. Pourquoi avais-je accepté ?
Je sais que je ne suis pas gay. Mes sentiments pour Bella et ceux que j'avais pour Tanya me le prouve bien. Alors, pourquoi ?
Etais-je à ce point en manque d'affection ? D'amour ? me demandais-je.
À l'époque oui, très probablement.
Je n'avais pas vu le temps passer, je venais de faire le tour entier du parc. Il faisait assez frais pour un mois d'avril. J'avais envie de me réchauffer un peu.
Je me dirigeai vers le premier bar – ou café ou que sais-je ? – que je trouvais, ces questions toujours sans réponses.
Je fus accueilli par un magnifique jazz. Mon esprit s'apaisa rapidement, mes doutes s'envolèrent pendant quelques secondes. Je ne reconnus pas l'air, il devait s'agir d'une composition.
Mon regard se dirigea rapidement vers le centre de la salle, où un piano y régnait.
Un homme jouait.
Il avait de larges épaules, des bras puissants. De longs cheveux teint en blond lâchés et une barbe de trois jours brune.
Il était concentré mais soudainement il leva la tête et rencontra mon regard.
Il ne cessait de jouer.
Il me sourit, dévoilant ses dents blanches.
Je lui fis un timidement un signe de tête et allai m'assoir au bar.
Je commandai une bière.
Si j'étais honnête avec moi-même, je devais bien avouer qu'il est plutôt séduisant.
Je pensais à Bella, au mal que je devais lui faire. Elle est si fragile, si douce. Je m'en veux de devoir lui faire ça. Elle doit être en route pour Phoenix ou était-elle déjà arrivée ?
Je sais que je l'aime, mais je sais également que ce rêve ne se réalisera qu'une fois.
J'avais peur d'être trop vieux pour avoir la chance d'entrée dans cette école. Apparemment, ce n'était pas le cas – premier point positif.
Bien trop tôt à mon gout, la musique s'arrêta et les baffles commencèrent à jouer des classiques. Certains clients donnèrent un pourboire au pianiste.
Il s'installa à côté de moi, au bar.
« Une bière s'te plait, » demanda-t-il.
Sa voix était grave, aussi forte que le reste de son corps.
« Ça t'a plu ? » demanda-t-il.
Je regardais furtivement autour de moi. Il me fallut une seconde de trop avant de comprendre qu'il s'adressait à moi.
« Pardon ? »
« Mon morceau ? Il t'a plu ? »
« Oui, beaucoup. C'est toi qui l'as composé ? »
Il sourit, remercia le barmen et prit une gorgée de sa boisson.
« Oui. Je suis heureux que quelqu'un reconnaisse les compositions personnelles. C'est assez rare. »
Je ris doucement.
« Je compose aussi. Pas du jazz, je suis plutôt classique, blues parfois. »
« J'aime aussi le blues mais le jazz a toute une autre âme. Il me donne envie de tout casser et de m'éclater. D'envoyer les règles et tout ce qui me tracasse à la poubelle. »
Je souris. Je n'aurai pas pu tomber à un meilleur endroit, même dans cette ville pourrie.
« Je pense la même chose ! » ris-je.
« Alistar Coshlan, » me dit-il en me tendant sa main.
« Edward Cullen, » répondis-je en serrant sa main.
« Enchanté Edward. »
Il reprit une gorgée de sa boisson, je fis de même.
« Tu viens faire quoi ici ? » demanda-t-il.
« Comment ça ? »
Il rit doucement.
« Je ne t'ai jamais vu dans le coin. Qu'est-ce qui t'a fait venir dans ce bar ? »
« Oh. Je viens passer une audition pour entrer à Julliard. »
Il me contempla, surpris.
« Aller à Julliard ? »
« Hum hum »
« Woah ! Pour quel instrument ? Ou... art ? »
Je ris, m'imaginant danseur étoile et faire le grand-écart, absolument pas moi.
« Piano » répondis-je, pointant le grand piano noir au centre de la salle.
« Sérieusement ? »
« Ouais. »
Il regarda le piano, puis moi. Plusieurs fois de suite.
« Je veux t'entendre » déclara-t-il. « Joue un truc. »
Je faillis m'étouffer avec le contenu de ma boisson.
« Quoi ? Mais... je ne sais pas si le propriétaire sera très content de me voir là, à ta place... »
« C'est mon bar » dit-il.
« Oh. »
« Aller joue ! » me poussa-t-il.
J'abandonnais.
Je me dirigeais à reculons vers l'instrument. J'étais nerveux.
« Tu y arriveras jamais demain si tu ne sais pas jouer maintenant » lança-t-il.
Il avait raison.
Quoi jouer ? Une seule réponse me vint en tête.
Bella. La chanson que j'ai composée pour Bella.
Une berceuse, mélodieuse, douce. Décrivant le doux tableau d'une fille endormie, belle à en crever. Le rythme était lent mais plusieurs notes se succédèrent, alternant entre les graves et les aigues, ordonnant les touches de manière non-conventionnelle mais pas moins harmonique. Ajoutant la cinquième et septième note, dissonante, tendue, avant de retrouver l'allègement, la tendresse et l'amour. Et, comme elle était magnifique comme elle l'était, le moindre changement brusquerait tout. De ce fait, le rythme diminua, lentement, jusqu'à s'arrêter complètement.
À la fin de mon morceau, tous me regardèrent bizarrement. Ils avaient les yeux ronds, surpris. Étonnés. Après quelques secondes de silence, ils applaudirent. Je rougis un peu.
Alistair s'approcha de moi.
« Whah c'était magnifique. »
« Désolé, pas du jazz... »
« C'est pas grave. Fais ça demain et... whah, c'est toi qui l'as composée ? »
J'acquiesçais.
« Dingue. T'es un génie ! »
Nous nous installons vers le bar. Plusieurs personnes étaient venues me félicité pour la performance. Même des gros gars musclés et tatoués partout.
« Tu viens d'où ? »
« Concord. »
« Ah oui. C'est super loin, non ? »
« Ouais ! J'ai roulé quatre heures avant de me retrouver à Central Park. Je ne réfléchissais même pas à la route – j'ai juste continué. »
« Tu es venu à Central Park ? Concord est dans la forêt, non ? »
« Ne cherche pas à comprendre, » pouffais-je.
« D'accord, d'accord. Tu fais quoi dans la vie ? » me demanda-t-il après une seconde de pause.
« Je suis étudiant en biologie. À Dartmouth. »
« Prestigieux tout ça. Tu aimes ? »
« J'adore ! Tu as toujours vécu à New York ? »
« Non. J'ai abandonné des études de médecine à Berkeley. Je viens de Chicago. »
« Mais non! Je suis né à Chicago ! »
« Ha ha, nous voilà un point en commun ! »
Nous avions passé la soirée à parler et faire connaissance. Il était vraiment sympa, je le sentais bien. C'était un artiste dévoué, extraverti, à l'écoute. Le genre de personne à qui on est sûr de pouvoir se confier sans jugement.
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En rentrant à l'hôtel ce soir-là, je pris une longue douche chaude, espérant me changer les idées. Cela ne changea rien. Je me sentais tellement mal, les souvenirs me tuaient petit à petit.
Je pensais à Bella. Bella... Son corps sous le mien, le plaisir dans ses yeux. Son amour inconditionnel et tellement fort. Elle avait réussi à surmonter toutes ses barrières pour se donner à moi et, comme à mon habitude. Elle était merveilleuse...
Je repensais à notre première nuit ensemble. Enfin, la nuit où je l'ai regardée dormir, installé près d'elle. Jamais je n'avais trouvé une femme aussi belle, pas même Tanya semblait aussi paisible lorsqu'elle dormait.
Elle avait soupiré mon nom. J'avais cru avoir rêvé, ou qu'elle était réveillée, mais non. Elle rêvait de moi.
Ce souvenir entraina un autre. Une nuit où elle m'avoua m'aimer. Mon cœur faillit s'envoler.
Je ne croyais pas au coup de foudre, à l'âme sœur. En vérité, je ne pensais pas même qu'une âme existe. Mais elle... C'était mon âme sœur. Elle était tout.
Je repensais à Tanya aussi. Nous étions dans la ville de son université après tout. J'avais eu tellement de mal à me remettre de ma rupture... Je crevais encore et toujours de pouvoir lui reparler, remettre tout à plat. Qu'elle m'explique son comportement, ce que j'avais fait pour mériter ça ! Personne ne m'avait laissé lui parler. Pas même lorsqu'elle appela en février dernier... Alice lui avait répondu et raccroché au nez.
Heureusement que Jasper avait été là. Il a toujours été là pour moi. C'est lui qui m'a sorti d'affaire, il m'a aidé à aller de l'avant, à sortir de ma torpeur. Il m'a encouragé à manger (j'étais à la limite du sous-poids, je n'avais plus faim), il m'a donné des raisons de sourire. C'est lui qui m'a encouragé à partir aujourd'hui. Contre l'avis de tous, il m'encourage encore. A aller de l'avant. Il sait à quel point j'ai besoin de me ressourcer. Si j'ai besoin de parler, il sera le seul que je contacterai.
Vers seulement deux heures du matin, je me forçais à m'endormir. Demain serait une longue journée, j'espérais être prêt !
J'étais très nerveux...
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Je me réveillais à sept heures du matin. Mon interview est dans deux heures mais je voulais me décompresser un peu avant d'y aller.
Je stressais, je n'étais pas très à l'aise à l'idée de parler de moi et encore moins de mes ambitions. Ce sont des choses bien trop personnelles et j'ai peur de m'y perdre, de faire une gaffe et de dire n'importe quoi...
Me forçant à ne pas réfléchir, je pris une longue douche chaude, dans l'espoir de décontracter mes muscles. Attention spoiler, ça ne fonctionna pas.
Je pris le temps de me raser de près, faisant attention à ne pas me couper. Je choisis avec attention ma tenue. Je ne sais pas si un costard serait approprié ou non, je choisis de faire simple tout en restant élégant.
Je choisis un jean noir avec une chemise blanche, un blazer noir et mes chaussures noires également.
J'essayais de me coiffer – abandonnant rapidement. Mes cheveux partaient dans tous les sens, qu'importe ce que je ferai ils sont indomptables...
Tant pis.
Une heure plus tard, je sortis enfin de l'hôtel. Je choisis de manger un petit déjeuner, malgré mon terrible mal de ventre, dans un café juste en face.
Je bus un thé, mangea mon pain au chocolat avant de marcher vers l'école.
J'avais décidé de marcher les vingt-cinq minutes de trajet pour me relaxer. Je passais devant le parc mais n'y entrai pas – il n'était pas sur mon chemin. Cependant, New York étant une ville bien trop habitée, je ne trouvais pas la paix recherchée.
Eh oui, même à huit heures du matin les touristes prennent la ville d'assaut, tout comme les autres habitants se rendant sur leur lieu de travail. La plupart des gens que je croisais étaient aussi stressés que moi. Génial !
J'arrivais à destination avec vingt minutes d'avance. Prenant une grande inspiration, je passais la grande porte et me retrouvait devant un long couloir, avec des murs immenses.
Le bâtiment était très joli avec les grandes fenêtres et l'architecture très moderne.
Une fois entré, des gardes m'arrêtent, me demandant ce que je faisais ici. J'expliquais avoir une interview avec Madame Maeve Oliver, la directrice de l'établissement. Ils me conduisent devant son bureau et me disent d'attendre son appel.
Je patientais, longtemps. En même temps, lorsqu'on arrive trente minutes à l'avance, on s'attend à devoir attendre mais au plus les minutes passaient, au plus je sentis la boule dans mon ventre se contracter.
Pendant mon attente, je repensais au jour où j'ai tout avoué à Esmé. Je jour où j'ai décider de quitter Dartmouth pour venir ici, à Julliard.
J'étais rentré plus tôt que prévu d'une soirée avec des amis et ma sœur. Je voulais absolument lui parler, tout lui expliquer. Je voulais qu'elle me soutienne et qu'elle me donne sa bénédiction. Je ne voulais surtout pas la décevoir.
« Edward, mon chéri. »
Elle me prit dans ses bras et m'embrassa la joue.
« Pourquoi es-tu ici aussi tôt ? » me demanda-t-elle.
J'étais anxieux.
« J'aimerai te demander quelque chose... »
« Oui ? »
Je ne répondis pas, contemplant mes chaussures et réfléchissant à la bonne manière de le dire.
« Veux-tu t'installer dans le salon ? » proposa-t-elle.
J'hochais la tête.
Une fois installés, je commençais.
« Je me demandais, quelle serait ta réaction si je quittais Dartmouth ? »
Ses yeux s'agrandirent sous l'effet du choc. Je continuais.
« J'ai... beaucoup réfléchis et je pense que... enfin, ce n'est pas ce que je veux. »
« Que veux-tu dire ? »
Je sortis le magazine de mon sac, lui montrant l'article parlant de cette école et des personnes connues qui avaient fait leurs études là.
Elle le contempla avec intérêt avant de retourner son regard vers moi.
« Tu penses que je pourrais entrer à Julliard ? »
Son regard était brillant. Elle avait les larmes aux yeux, je ne comprenais pas pourquoi.
« Oh Edward. »
Elle prit le magazine de mes mains, le déposa sur la table et me fit une grosse accolade.
« Elizabeth serait si heureuse ! » pleura-t-elle. « C'a toujours été son rêve d'entrer dans cette école ! Elle aurait voulu la même chose pour toi ! »
« Ma mère ? »
« Oui. Tu sais, elle adorait le piano et chanter. Elle n'a jamais eu le courage, en plus ces parents voulaient qu'elle fasse de belles études et pas finir fauchée et morte d'overdose sous un pont. Tu imagines le cliché... Edward, bien sûr ! »
« C'était le rêve de ma mère ? »
« Oui. »
Elle avait un grand sourire, ses yeux étaient pétillants.
« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? » demandais-je, incrédule.
J'avais toujours voulu aller à Dartmouth pour eux. C'est là qu'ils s'étaient rencontrés et je pensais que, eux aussi, rêvaient d'aller là. Qu'ils seraient fier de moi si j'y allais aussi.
Mais savoir que ma mère avait toujours voulu faire autre chose... Aller là où je n'ai jamais osé aller non plus...
« Oh, je ne savais pas que tu voudrais y aller. Tu joues de moins en moins, je pensais que ça ne te plaisait plus » dit-elle.
« Ma musique est toute ma vie » lui avouais-je.
« Alors tente ta chance. Quand sont les auditions ? Tu dois y aller, au moins voir ce que tu vaux. »
« Merci Esmé. »
Je la repris dans mes bras, heureux.
« Je t'accompagnerai, si tu le souhaites. »
« Merci encore. »
C'était merveilleux. J'allais essayer de vivre le rêve de ma mère. De suivre ses pas...
Je savais que c'était une artiste très talentueuse. Elle excellait dans bien des domaines, le piano et le chant n'étant qu'une partie. Elle avait une voix d'ange.
J'étais heureux qu'Esmé m'encourage et ne sois pas triste de mon abandon de l'université.
J'espère être à la hauteur. Et que vingt-deux ans ne soit pas trop tard pour commencer...
Quelqu'un à commander une nouvelle vie ? avais-je pensé.
J'étais installé sur une chaise devant son bureau. Je pouvais voir les étudiants passer et poursuivre leurs cours, répétitions, les entendre discuter entre eux. Apparemment, plusieurs auditions avaient lieu aujourd'hui parce qu'une scène était remplie de monde.
Une fille passa devant moi, ne me remarquant même pas, marchant rapidement vers cette salle de spectacle. Elle était tellement pressée que l'un de ses chaussons de danse tomba au sol.
Elle ne le remarqua pas et partie rapidement, ne diminuant pas son pas.
Je me levais rapidement et pris le chausson.
« Attends, mademoiselle ! »
Alertée, elle se retourna. J'avançais rapidement vers elle, réduisant l'espace entre nous, son chausson à la main. En le voyant, elle me fit de gros yeux surpris.
« Tu as laissé tomber ça » dis-je.
« Oh ! Un grand merci ! Tu me sauves la vie ! »
Elle le prit rapidement et s'en alla, aussi vite qu'elle était venue. Elle devait surement être en retard.
Elle était assez jolie. Pas une beauté... conventionnelle mais plutôt surprenante. Elle avait de longs cheveux ondulés, roux flamboyant. J'avais aperçu de magnifiques yeux vert-d 'eau, très clairs sur sa peau blanche. Elle avait quelques grains de beauté typique des roux un peu partout sur son visage.
Avec ses traits fins, son visage rond, ses joues creuses et son petit nez retroussé, elle était même très belle.
Au moment où je regagnais ma place, une grande femme brune m'appela.
« Edward Masen ? »
« C'est moi, » dis-je, me relevant et présentant ma main.
Elle me la prit et la serra fortement.
« Enchantée. Je suis Madame Oliver, la directrice de l'établissement. Entrez et installez-vous sur cette chaise, je vous prie. »
J'entrais dans un grand bureau. Il s'y trouvait des centaines de livres et des bibliothèques entières remplies de dossiers. Il y avait même une table de réunion.
En face de moi se trouvait un autre homme.
La femme s'installa à côté de lui.
« Je vous présente Monsieur Caiden, professeur de piano depuis vingt ans et lui-même diplômé Julliard. »
« Enchanté, » me salua le professeur.
J'hochais la tête, signe de reconnaissance.
La directrice continua.
« Vous avez entré une lettre de candidature au mois de novembre pour suivre notre bachelier en « piano » n'est-ce pas, Monsieur Masen ? »
« Oui, c'est bien ça, » acquiesçais-je.
« Bien, » continua-t-elle, intransigeante. « J'ai souhaité vous voir aujourd'hui afin que vous me parliez de votre parcours, pourquoi vouloir entrer à Julliard et vos projets futurs au sein de cette école. Pourquoi devons-vous vous accepter parmi-nous ? »
Je déglutis. Ma bouche se fit soudainement sèche et mes mains devinrent moites.
Je savais qu'elle allait me poser cette question, c'était évident. J'avais prévu un petit discours. Mais, devant le fait, je ne savais plus quoi dire.
« J'ai commencé à prendre des cours de piano et de solfège lorsque j'eus quatre ans. À six ans, j'ai commencé la guitare. Depuis, j'ai essayé plusieurs instruments comme la trompette ou la flute mais je n'ai pas accroché. J'ai continué à prendre des cours de piano et de guitare jusque mes dix-sept ans, année de mon diplôme à l'académie de musique. Depuis, je joue seul et je compose certains de mes morceaux. J'ai toujours voulu continuer mais je... manquais de confiance » je baissai les yeux et passai mes mains dans mes cheveux, nerveux. « Je pensais que je n'étais pas assez doué mais un ami m'a encouragé, » dis-je sincèrement.
« Vous ne vous trouvez pas assez doué ? » demanda-t-elle, indiscrètement.
« Je sais jouer, lire une partition, composer des morceaux, et même chanter. Mais je connais le niveau et l'exigence de cette école, jamais je n'aurais imaginé recevoir une interview. »
« Votre manque d'estime vous perdra, Monsieur Masen. »
« Maeve, » chuchota le professeur. « Monsieur Masen, » reprit-il, « vous dites avoir été diplômé de l'école de musique à dix-sept ans, qu'avez-vous fait après si vous avez arrêté les cours de musique ? »
« J'ai fait des études de biologie à l'Université de Dartmouth. »
« Vous voulez arrêter ces études ? »
« J'ai réalisé que ce n'était pas ce que je voulais faire. Ce que je veux, c'est vivre de ma musique. C'est toute ma vie, mon seul réconfort, » dis-je sincèrement. « C'est ce qui me rapproche le plus de ma mère, depuis qu'elle est partie. C'était son rêve et je veux tenter ma chance là où elle n'a pas eu le courage de prendre la sienne. »
Ils me regardèrent tous deux avec une étrange expression sur leur visage. Quelques secondes plus tard, ils s'échangèrent un regard entendu avant que la directrice ne reprenne la parole.
« Que s'est-il passé avec votre mère ? »
« Mes parents sont morts quand j'avais dix ans. »
« Oh. C'est pour cette raison que vous voulez faire des études de musique ? Rendre hommage à votre mère ? »
« Pas seulement. J'aime jouer du piano, c'est véritablement une passion pour moi. Je veux également tester mes capacités, mes limites et surtout les dépassés. Je voudrais vivre de ma musique, vivre de mon art et enfin me sentir libre et épanoui, ce qui n'est pas le cas lorsque j'étudie la biologie. J'aime beaucoup cette matière, mais rien ne m'attire plus que la musique qui se crée de mes doigts, rien n'est plus beau que la mélodie que je suis capable de produire en tapant les notes. Je veux venir à Julliard parce que c'est une école réputée, mondialement connue et reconnue pour le talent des étudiants. Si je veux vivre de ma musique, je veux recevoir la meilleure formation, et il n'y a pas meilleur que Julliard pour cela. »
Madame Oliver nota ce que je disais sur son cahier. J'avais été franc, honnête et j'espérais avoir répondu à ces questions, avoir dit ce qu'elle attendait de moi et plus encore. Je souhaitais avoir fait la différence.
« Donc, si je comprends bien, ce n'est pas que pour votre mère ? »
« Non, » dis-je rapidement. « Elle m'a donné le gout de la musique, je veux en faire quelque chose. »
Elle nota encore, regardant rapidement ses notes.
« Très bien. »
Elle rangea ses feuilles dans un tas avant de le ranger dans un dossier, le mien réalisais-je.
« Nous vous rappellerons prochainement afin de vous rendre notre décision. Si nous décidons de vous donner une chance, vous passerez une audition dans le courant de la semaine prochaine. »
Je restais bouche-bée.
Elle se leva et tendit la main vers la porte.
« Vous pouvez disposer. Merci de votre visite Monsieur Masen. »
« Merci Madame Oliver, » dis-je. « Monsieur Caiden, » saluais-je.
Je sortis et soufflai. Ç'avait été une dure journée, j'avais besoin de me décompresser. Et il n'était que neuf heures vingt.
Stressée, je rentrais directement à l'hôtel. J'ouvris le tiroir où j'avais rangé mon téléphone et l'allumai. J'attendais l'appel impatiemment.
Je savais qu'ils n'allaient pas m'appeler tout de suite, et surement pas avant lundi. Elle avait bien parlé de la semaine prochaine. J'imagine qu'il valait mieux que j'attende ici, rester à New York quelque temps.
En plus, j'en avais besoin. Du temps.
Je n'osais même pas réfléchir au futur, à ce que mon acceptation à Julliard signifierait. À ce que Bella et moi allions devenir...
Bella... Elle doit être arriver à Phoenix. Elle doit être en train d'aider son père à déménager, comme elle l'avait prévu avant que je disparaisse.
Je ne savais plus quoi faire. J'ai tellement peur qu'elle devienne aussi jalouse que Tanya à cause du divorce de ses parents, je ne veux pas revivre le même enfer...
Je savais que sa mère était partie en Floride, vivre avec son nouveau compagnon. Son père, lui, voulait retourner vivre à Forks.
Et moi... Moi, je l'avais laissé lâchement régler ses problèmes toute seule. Pitié, s'il vous plait, qu'elle ne fasse aucune connerie.
Quand elle me le dit, j'avais été choqué, sidéré. Les souvenirs avec Tanya étaient revenus, puissants, accablants.
Tanya... Comment avions-nous fini ainsi ?
Par la même histoire. Le même scénario, se jouant en boucle, sans cesse. Ma vie entière n'est qu'un éternel recommencement. Je refais les mêmes erreurs, je m'engage trop vite dans une relation que je ne voulais pas et tout se casse la gueule !
Pourquoi étais-je tombé amoureux d'elle ? Pour qu'elle me quitte encore une fois, qu'elle devienne jalouse et me détruise, comme l'avait fait la précédente ? Pour de toute façon devoir la quitter parce que j'entrais à Julliard ?
Voilà mes pensées du moment.
Voilà ce que j'ai pensé lorsqu'elle est venue dans mes bras, en pleurs, me dire que ses parents se quittaient. Pour faire quoi ensuite ? Que je la quitte à mon tour, devant partir d'urgence dans cette ville que je hais tant. Tout me ramène toujours ici, de toute façon.
Je me déteste. Je suis qu'un imbécile, un idiot, un monstre.
Je ne méritais ni de l'amour de cette fille, ni de sa patience, ni même de ces larmes.
Pourquoi ma relation avec Tanya me revenait sans cesse en mémoire ? Des flash-backs. Il n'y a plus que ça dans ma tête.
Ça fait plus d'un an.
Tanya... mon premier amour.
Et, il y a pile trois ans, je la rencontrais. Enfin, je la rencontrais comme petite-amie. Je n'oublierais jamais notre premier 'je t'aime'.
Je lui avais offert une peluche. C'était un petit nounours tenant un cœur dans ses bras, le disant à ma place. J'étais trop timide pour le lui avouer. Nous ne sortions pas encore officiellement ensemble à ce moment-là. Après ce premier baiser suivant le bal, nous avions juste passé du temps à deux. Nous avions appris à nous connaitre.
Ce n'est que quelques semaines plus tard que je lui avouai mon amour et mon attachement.
Nous avions été promener dans un parc non loin du lycée. Nous nous sommes assis contre un arbre, à l'abri des regards, et je le lui avais offert.
Elle avait été aux anges, ses yeux s'étaient humidifiés et elle m'avait sauté au cou, m'avouant son amour également.
Techniquement, elle avait été la première à le dire.
Elle m'avait embrassé à ce moment-là, pour la seconde fois. Nous ne nous étions plus jamais quittés.
La suite tout le monde la connait. L'amour vache, cruel, toxique, jalousie... attaque d'assiettes.
Bella, elle, elle était différente. Mais mon traumatisme avait pris le dessus et j'avais même été heureux de devoir partir, dois-je l'avouer...
J'avais passé le restant de cette deuxième journée dans ma chambre, commandant un plat seulement et grignotant de temps en temps. Je m'endormis de nouveau très tard.
Le passé me revenait en boucle. Ma vie défilait devant mes yeux.
Un souvenir me revient en mémoire. Celui de Jasper. Comment nous nous sommes rencontrés, comment nous sommes devenus amis...
Il y a un an et deux mois...
Cela fait trois (ou quatre ?) jours que Tanya m'a agressé, que je l'ai quittée. Comment ai-je osé faire une chose pareille ? La quitter a été pire que tout. Pire que ces crises, pire que la jalousie. Je me morfonds simplement dans la douleur de sa perte.
Je ne suis plus que l'ombre de moi-même.
Et pourtant... Je ne regrette pas d'être revenu à Concord, voir mes parents. Je regrette de les avoir laissés si longtemps.
Je n'ai pas quitté ma chambre. Rosalie ou Esmé m'apportait mes repas ici, elles avaient peur que je fasse un malaise.
Je mangeais très peu. Le vide dans mon estomac ne me dérangeait pas – il faisait écho au vide de mon cœur.
Ce soir-là, Alice rentra à la maison. Je l'entendis crier de joie, comme à son habitude. Elle était avec quelqu'un. Elle avait ramené son petit-ami, un inconnu pour moi.
Elle devait avoir remarqué ma voiture dans le garage parce qu'elle monta rapidement me voir. Je l'entendis monter les escaliers et je me cachais sous ma couverture. Je ne voulais pas qu'elle me voie dans cet état, je voulais que personne ne me voie ainsi !
Elle frappa. Je ne dis rien.
Elle entra quand même.
« Edward » dit-elle.
Je restais muet, geignant discrètement lorsque je sentis la pitié dans sa voix.
Je sentis le lit s'affaisser et un poids s'asseoir à mes côtés. Elle essaya de retirer la couverture mais je l'en empêchai.
« Edward, c'est moi. Elles m'ont dit ce qui était arrivé. Tu commences à leur faire peur... » dit-elle, d'une voix douce et apaisante.
Je geignis, plus fort cette fois. Elle attendait, patiemment.
Je soupirais et retirai la couverture qui cachait mon visage. Elle eut un choc en me voyant – évidemment. J'avais encore quelques contusions et les bleus n'étaient pas entièrement partis.
« Qu'est-ce qu'elle t'a fait ? » souffla-t-elle.
Elle toucha ma joue, tendrement, et laissa reposer sa main sur celle-ci.
« Ça te fait mal ? »
Je secouais la tête.
« Je suis désolée. Je ne laisserais plus personne te faire du mal comme cela. »
J'eus un rire sans joie. Comme si elle allait faire quelque chose.
Des larmes silencieuses devaient couler le long de mes joues parce qu'elle en écrasa une avec son doigt.
« Tu sais, j'ai invité Jasper à rester ici ce week-end. J'aimerais que tu le rencontres. »
Je n'étais pas prêt à bouger. Encore moins prêt à rencontrer quelqu'un de nouveau, jouer la comédie et faire croire que j'allais bien alors qu'en vérité... Je mourrais à petit feu.
« Il est vraiment gentil. Je suis sûre que c'est ce dont tu as besoin. Rencontrer un nouvel ami »
Elle resta avec moi quelque temps et me remonta le moral. C'est ce que j'appréciais le plus avec Alice, elle pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert et savait exactement quoi faire pour me faire sentir bien.
Elle me dit de descendre quand je serais prêt. Que je serais toujours bien accueilli.
Je ne sortis pas de mon lit, ce soir-là. Il a fallu attendre le lendemain soir avant que je ne rejoigne les autres pour le diner.
Heureusement, personne ne m'avait regardé comme si je descendais de la lune. Esmé me prit dans ses bras, comme si elle me disait bonjour, et les autres firent la même chose. J'en étais soulagé.
Jasper ne dit rien en voyant mon visage, amaigri et défiguré.
Il se présenta normalement.
« Salut » m'avait-il dit.
« Salut » avais-je répondu. « Tu es le fameux Jasper ? » demandais-je.
J'essayais de sourire mais ça devait ressembler à une grimace disgracieuse.
« Le seule et l'unique ! » sourit-il.
Il ne me prit pas par pitié, comme si j'étais un être quelconque qui avait une discussion avec le petit ami de ma sœur.
Le diner se passa merveilleusement bien. J'avais aidé Esmé à préparer le repas.
Elle avait fait mon plat préféré – un canard à l'orange.
Carlisle voulu absolument examiner les fils sur mon arcade sourcilière et derrière mon oreille, ainsi que quelques contusions plus bénignes. Je me laissais faire.
Il me dit que je devrais les garder encore quelques jours. Super. Mais que je semblais aller mieux, physiquement du moins. Il me conseilla de manger plus, cependant.
Je retournais rapidement dans mon lit.
Le lendemain, le dimanche, Alice parlait avec Jasper sur le canapé. Je ne sais pas par quelle force mais, ce matin-là, je m'étais levé et m'étais dirigé vers le piano.
J'avais envie de jouer ma mélancolie.
Parce que, ouais, j'étais mélancolique. Putain.
Une fois que j'eus terminé, je voulais retourner dans ma chambre mais Alice m'interpela.
« Edward ? »
« Mmmh ? »
« Je sors avec Rose cet après-midi. »
« D'accord. »
Pourquoi me disait-elle cela ? Elle faisait ce qu'elle voulait.
« Mais je m'en veux de laisser Jasper seul. »
N'y vas pas, prend le avec, furent mes pensées mais elle me coupa avant que je dise quoi que ce soit.
« Veux-tu sortir avec Jasper ? »
Je la regardais, les yeux ronds. Je n'étais plus sorti depuis presque une semaine et sa question... Elle ne me laissait pas le choix.
« Heu, oui, bien sûr. »
Évidemment ! Je n'étais pas un connard, j'allais pas refuser de sortir avec son petit-ami, surtout qu'il me semblait être assez aimable.
« Super ! Tu vas voir ça va être génial ! »
« Je monte m'habiller » répondis-je.
Je sentais qu'elle avait une idée derrière la tête.
Deux heures plus tard, je me trouvais dans le parc en compagnie de son petit-ami. Le trajet avait été calme, il ne parlait pas beaucoup. Ce n'était cependant pas gênant, juste ce dont j'avais besoin. Il me parla un peu de lui. Il venait du Texas. Il est étudiant en troisième année de psychologie – ah, c'était donc ça.
Lorsqu'il me l'appris, j'avais ri en lui disant que c'était probablement à cause de ça qu'Alice voulait me laisser seul avec lui.
Il pouffa et avoua. J'étais heureux de son honnêteté.
Il m'avait dit que je n'étais pas obligé d'en parler si je ne voulais pas le faire. Simplement me changer des idées noires qui m'habitent en sortant entre amis. De plus, ce n'était pas du genre à démarrer une cure psychanalytique devant un café.
Nous avions commandé un expresso à emporter et nous étions installés sur un banc dans le parc.
« Alors, comme ça tu es le frère d'Alice ? » questionna-t-il, confus.
« Demi-frère » dis-je. « Enfin, pas frère du tout si on parle de génétique » ajoutais-je, gêné.
« Oh. Alice m'a toujours parlé de toi comme étant son frère et je trouvais cela tellement étrange, je veux dire... vous avez quoi, quelques mois de différences ? »
« Quelques jours, » dis-je en riant.
« Ah ouais ? »
« Elle est dix jours plus jeune que moi. »
Il rit.
« Tu as été adopté par les Cullen alors ? »
J'hochais la tête.
« Ce n'est pas ce que tu crois. Je veux dire, j'avais des parents géniaux. Je n'étais pas dans un centre pour orphelins ou encore placé par le juge. »
« Je n'ai pas voulu dire ça » s'empressa-t-il d'ajouté. « Je suis simplement curieux. »
« Ca fait un moment que j'en ai plus parlé » avouais-je. « Ce n'est pas un très bon souvenir... »
« Tu m'étonnes. Tu avais quel âge ? »
« Je venais d'avoir dix ans. »
Il hocha la tête.
« C'est jeune. Je n'imaginerais pas perdre mes parents... »
J'haussais les épaules.
« La vie est dure parfois. »
Je repensais à eux. Ma mère, Elizabeth Masen, avait les mêmes yeux que moi. Je me souviens, en tant qu'enfant, mon père, Edward senior, me prendre dans ses bras et me dire que j'avais les plus beaux yeux de la terre parce qu'il voyait ma mère dedans. Nous en étions tous les deux flattés.
C'est à cause de ma mère que je suis devenu pianiste. Elle aimait tellement cet instrument qu'à l'âge de quatre ans je débutai.
Elle adorait m'entendre jouer. D'ailleurs, mon piano est le seul objet que j'ai repris de la maison de mes parents. Il est actuellement chez les Cullen.
Je ne sais pourquoi, je lui fis part de mes pensées. Reparler de tout ça me faisait penser à eux. La douleur était moins forte qu'à l'époque.
A l'époque. Je me souviens encore maintenant de cet épisode déchirant. Moi, seulement âgé de dix ans...
En me souvenant de ma journée avec Jasper, un nouveau souvenir resurgit. Plus douloureux encore que tout ce que j'avais vécu.
Ce fameux dernier vendredi de juillet. Une nuit chaude et ensoleillée.
J'étais chez Alice. Nous étions amis parce que nos parents l'étaient. Ma mère et Carlisle avaient tous deux étudié à Dartmouth la médecine et étaient amis depuis leur première année. C'est d'ailleurs elle qui lui présenta Esmé et lui qui lui présenta mon père. Ils riaient souvent de cette coïncidence.
J'avais passé la journée chez Alice. C'était l'anniversaire de mariage de mes parents et ils voulaient en profiter pour passer une journée rien qu'à deux. Ils devaient revenir me chercher au soir mais nous avions déjà diner. Esmé était inquiète.
Carlisle n'était pas présent, il était médecin urgentiste à cette époque et n'était pas souvent à la maison.
Moi, je m'en fichais un peu. Je jouais avec Alice, je l'embêtais. Rosalie était encore trop petite pour rester si tard avec nous (il n'était que 20 heures pourtant) et était déjà en train de dormir dans son lit.
« Edward ! C'est mon dessin ! » gémis Alice, capricieuse.
Je lui tirai la langue et dessinai de la fumée sur la tête de la princesse qu'elle venait de colorier.
« Non ! Tu as ta feuille ! Ça c'est à moi ! »
« Allez Alice. Il y a des dragons chez les princesses aussi », souris-je.
« Il y a pas de fumée sur leurs cheveux ! » protesta-t-elle.
« Les enfants, s'il vous plait. »
Esmé avait réussi à rendre sa voix maternelle et douce ferme.
Alice me tira une dernière fois la langue avant de continuer son dessin.
Je regardais Esmé. Elle était occupée avec le téléphone de la cuisine et tentait de joindre quelqu'un qui ne répondait pas.
Elle semblait anxieuse, agitée. Même enfants, nous pouvions sentir son angoisse.
« Esmé ? » demandais-je.
« Oui Edward ? » dit-elle, avec un sourire forcé.
« Maman et papa, ils reviennent quand ? »
Son visage s'affaissa.
« Je ne sais pas. Ils devraient déjà être là... »
Le ton de sa voix et son visage m'avaient interpelé donc j'arrêtais d'ennuyer Alice. Elle était contente de retrouver son dessin. Quand elle vit que je ne bougeais plus elle m'interpela.
« Ca va Edward ? »
« Ma maman et mon papa sont pas encore là. »
« C'est pas grave ! Tu pourras rester dormir ici ! »
« Mais... Esmé à l'air... bizarre »
Elle arrêta et contempla Esmé qui semblait avoir eu quelqu'un au téléphone.
« Oui, bonjour. Je cherche à joindre le Docteur Cullen. Je suis sa femme. » Pause. Elle était vraiment anxieuse à présent, elle triturait le fil du combiné avec ses doigts. « Oh. Et, quel est le nom des... Oui, je comprends. Alors, je cherche simplement à savoir s'il s'agit d'Elizabeth et d'Edward Masen. »
Je frappais gentiment Alice avec mon coude, lui faisant un signe qu'elle avait dit le nom de mes parents.
Elle mima un « oh » avec sa bouche.
Esmé nous tourna subitement le dos, nous ne pouvions plus voir son visage.
« Oh mon Dieu. M... Merci pour ces renseignements. Dites au Docteur Cullen que j'ai appelé, s'il vous plait. »
Elle raccrocha.
Elle s'approcha de nous, un visage triste.
« Edward, je pense que tu vas rester dormir à la maison ce soir. »
Alice et moi nous nous regardions, complices. J'étais content de rester avec elle.
C'était vrai, déjà à cette époque je n'aimais pas New York. Mon père était un grand avocat qui voyagea beaucoup. J'étais né à Chicago mais nous étions restés là quelques années seulement. Lorsque j'eus trois ans, nous avions déménagé à New York. Mon père travaillait au World Wide Center.
Nous utilisions notre belle maison à Chicago comme maison de « campagne ».
Aujourd'hui, quelqu'un la loue. Mais c'est une autre histoire...
Le visage d'Esmé m'avait interpellé. Alice et moi ne pouvions montrer de la joie à cette nouvelle quand ses yeux étaient tristes.
« Qu'est-ce qu'il se passe, Esmé ? » lui demandais-je.
« Je ne sais pas, Edward. J'attends l'appel de Carlisle. »
L'attente était longue. Alice et moi continuâmes nos dessins mais nous étions stressés.
Le temps n'est pas quelque chose de facile à mesurer pour un enfant comme moi mais au bout de mille ans le téléphone sonna enfin !
Esmé décrocha immédiatement.
« Carlisle. » dit-elle, soulagée.
Elle ne dit rien pendant un long moment. Cent heures, je dirais. Une éternité.
« Tu... Tu reviens à la maison ? »
Elle pleurait. Et j'étais triste mais je ne savais pas pourquoi.
« Viens au plus vite. Edward a besoin de nous... Oui, évidemment nous allons nous occuper de lui. Tu sais... Oui. Je veux bien le croire. C'est ce qu'elle aurait voulu pour lui... Je vais lui dire. Je t'attends. »
J'étais là, debout à attendre. Alice m'avait pris la main et essayait de me calmer. Elle sentait aussi que quelque chose n'allait pas.
Esmé revient vers nous, les larmes coulaient le long de ses joues.
Une larme coula le long de la mienne.
« Maman et papa... » dis-je.
Elle posa une main sur mon épaule et s'abaissa à ma hauteur. Elle était si triste que mes larmes coulaient toutes seules. Je ne comprenais toujours pas pourquoi, mais c'était comme ça.
Mais je voyais Alice pleurer aussi. Elle non plus devait pas savoir pourquoi elle pleurait.
« Viens avec moi dans le jardin » me dit-elle, caressant ma joue de sa main tendrement.
Nous sortîmes. Il faisait un peu froid à cause du vent mais son jardin était joli. J'aimais beaucoup la verdure et les grands arbres.
« Tu vois les étoiles ? »
Je levais la tête.
« Oui »
La nuit était claire, chose rare à Concord. Le ciel d'été s'allumait de miles étoiles, spectacle grandiose. Nous ne voyions pas bien les étoiles à New York.
« Eh bien, celle-là, c'est ton papa » elle me montra une étoile scintillante au loin. « Il est là-haut à présent. »
Je contemplais quelques instants ces deux étoiles. Ça devait être mon papa. Elle était jolie, la plus lumineuse dans le ciel.
« Il va venir me chercher ? » demandais-je, naïf.
Elle se mit à nouveau à genoux devant moi, posant une main sur mon épaule et l'autre sur ma joue.
« J'ai bien peur que non. »
Il me fallut un instant avant de comprendre ce que cela signifiait pour moi. Alice me tenait toujours la main et la serra un peu plus fort, m'offrant du soutien.
« Et maman ? » demandais-je naïf.
Elle laissa couler une larme.
« Elle est à l'hôpital. »
« Je pourrais aller la voir ? »
Elle soupira.
« Je ne sais pas. »
Une autre seconde passa. Je regardais toujours l'étoile de mon papa, le reliant avec les mots d'Esmé sur ma maman.
Elle était encore à l'hôpital. Mon papa était déjà au ciel.
« Il est parti ? » demandais-je. Ma voix n'était qu'un faible bruit faisant écho dans la nuit.
Elle ne dit rien un instant et une autre larme coula le long de ses joues, un demi-sourire triste sur ces lèvres.
« Oh, Edward. Tes parents ne partiront jamais. Ils seront toujours là-haut, et là » dit-elle, pointant mon cœur.
Je pensais avoir compris à présent.
Je ne verrais plus ma maman et mon papa.
Ils étaient au ciel. Mon papa attendait ma maman. Mais ma maman allait partir rejoindre mon papa bientôt sinon Esmé m'aurait dit qu'elle allait bien.
Mon papa était au ciel ?
Pour confirmer mon hypothèse, je le lui demandais.
« Il est parti au ciel ? »
« C'est ça. »
« Oh ».
J'essayais d'imaginer mon papa s'envoler vers le paradis. Un ange me le dérobant.
J'imaginais que les anges avaient envie de mes parents parce que ma maman et mon papa étaient gentils mais j'étais triste qu'ils me les prennent comme ça. Je les aimais, moi aussi.
Je me demandais soudainement si les anges étaient de gentilles créatures. Ce n'était pas gentil, de me les prendre mais je ne m'imaginais pas un « méchant ange ». Ils avaient peut-être besoin de mes parents là-haut avec eux.
« Ma maman va partir avec mon papa ? »
« Carlisle essaie de la sauver mais c'est difficile. »
J'hochais la tête, essayant de mémoriser les étoiles dans la ciel pour voir quand celle de ma maman apparaitra. C'était difficile, il y en avait beaucoup trop.
« Tu veux rester avec nous Edward ? » me demanda Alice qui était restée muette jusqu'ici.
J'hochais la tête, contemplant toujours la belle étoile de papa. Pensant aux anges, à l'ange près de ma maman l'attendant.
« Evidemment qu'il reste. » sourit Esmé.
Esmé nous entraina dans le salon.
« Esmé ? » demandais-je.
« Oui ? »
« Les anges au ciel, tu crois que papa et maman vont les aimés plus que moi ? »
Elle sourit légèrement, attendrie par mon raisonnement.
« Impossible. Tes parents t'aimaient très fort tu sais. »
M'aimaient. Je savais que c'était au passé. Je sentais qu'il y avait une faute dans sa phrase. Ils m'aiment toujours. Mes parents seront jamais du passé.
« Veux-tu choisir une chambre ? » demanda gentiment Esmé. « Tu vas rester un petit temps ici, je veux que tu te sentes à l'aise. »
J'hochais la tête.
Je montais rapidement les escaliers et me dirigeais vers le troisième étage, là où je savais que deux chambres étaient inoccupées.
Je choisis la plus grande et la plus éloignée des escaliers aussi, d'ailleurs. Mais de celle-ci, je pouvais observer les étoiles du jardin. Celles que m'avaient montrées Esmé.
C'est ainsi que tous les soirs, et même encore quelques fois aujourd'hui, je priais les étoiles.
Ma mère était partie trois jours plus tard. J'avais pu la voir quelques heures avant. Elle m'avait dit qu'elle m'aimait et qu'elle était fière de moi. Quoi que je fasse, je serai toujours son beau garçon.
Elle partit durant son opération.
Ce soir-là, j'avais de nouveau regardé les étoiles à travers la grande baie vitrée de ma chambre. J'avais vu ma mère aux côtés de mon père, je jurerais qu'elle n'avait pas été présente trois jours plus tôt.
Quand j'étais enfant, je parlais à ma maman et à mon papa en regardant ces étoiles. Je leur demandais s'ils étaient heureux auprès des anges.
Aujourd'hui, je leur demande conseil. Je sais, à présent, qu'il s'agissait d'une belle métaphore de la part d'Esmé. Comment faire comprendre cela à un enfant ? Elle avait réussi. C'avait été touchant et brisant à la fois.
« Maman » dis-je à haute voix.
Je gémis et me retournai dans mon lit, plaquant ma tête dans l'oreiller.
J'avais longtemps pleuré leur mort, silencieusement. Je n'avais pas parlé pendant presque deux années entières, seulement quelques mots lorsque j'y étais obligé ou à Rose.
Parce que Rose était encore trop petite. Elle ne comprenait pas quand je lui parlais pas.
C'est comme ça que ma relation avec ma sœur est si bonne à présent – elle sait qu'elle avait été la seule à qui je parlais et en qui je pouvais avoir confiance à ce moment-là. En plus, je me disais que comme elle était petite (elle avait seulement six ans) elle ne partirait pas avec les anges avant moi.
Logique d'enfant, souvenez-vous. En y repensant, ç'avait du sens.
Plus tard, j'appris ce qui s'était vraiment passé. Mes parents ont eu un accident de voiture, frappé plein frontal à cause d'un mec bourré.
Raison pour laquelle je ne prends jamais le volant ainsi ou que je ne laisse personne le faire. Même si je dois être le chauffeur et rester sobre plusieurs soirs de suite – je n'hésite pas.
Mon père était mort sur le coup mais ma mère avait été emmenée aux urgences de l'hôpital, prise en charge directement par Carlisle. C'était ce qu'il se passait au moment où Esmé avait appelé l'hôpital – Carlisle essayait de la sauver.
Mais son état empirait. Elle ne pouvait survivre sans une machine respiratoire, elle était paralysée des jambes, son poumon avait été perforé ainsi que son estomac.
Je me souviens encore de ma mère. Malade, blanche, froide. Des cernes aux yeux. Un masque sur la bouche. Elle avait pleuré, m'avait pris dans ses bras et m'avait dit qu'elle m'aimait. Je lui avais embrassé les joues.
Je n'avais pas pu la voir très longtemps. Uniquement le temps de lui dire au revoir...
Ils devaient l'opéré mais ils savaient que c'était risqué. Elle allait de toute façon mourir... elle donna son consentement.
Alors, ces dernières paroles avaient été adressés à Carlisle : « - Occupes-toi d'Edward. Je t'en prie, Carlisle, c'est un petit garçon génial, magnifique. Il a besoin de vous. Dis-lui que je l'aime. S'il te plait, dis-lui que je l'aime. Je peux partir en paix si tu le fais. – Je le ferai, Elize. Je te promets, avait répondu Carlisle. Elle avait souri. - Edward, mon chéri, maman t'aime. »
J'avais pleuré toutes les larmes de mon corps lorsqu'il me le dit.
« Maman, je t'aime aussi. » lui dis-je.
Je fermais les yeux, et me rendormis.
. . .
Lorsque je me réveillais, je vis le ciel orangé. Crépuscule ou aube ? Je ne savais plus. Qu'importe. Je ne savais même plus quel jour on est.
Par contre, mes souvenirs, eux, étaient bien présents. Toujours là à me hanter l'esprit.
Je repensais à ma maison à Chicago. Carlisle m'avait aidé avec l'administratif, j'avais eu beaucoup de paperasse depuis leur mort. Il s'était occupé de tout.
Je louais cette maison à un jeune couple depuis que j'avais quinze ans. Enfin, Carlisle louait à l'époque. C'était à son nom jusqu'à mes dix-huit ans.
Les parents du couple nous avaient contactés parce qu'ils pensaient que c'était la maison de leur rêve. Je n'avais pas hésité, heureux qu'un couple semblant aussi heureux que mes parents reprissent la maison.
Aujourd'hui, ils avaient deux petites filles.
Notre appartement à New York appartenait à l'entreprise de mon père donc nous n'avions pas eu d'autres choix que de la vendre.
Je repensais à nouveau à Jasper qui avait écouté mon histoire avec attention. Et depuis, c'était un ami. Un véritable ami.
Je lui avais même parlé de Benjamin, la seule personne à qui je l'ai fait, d'ailleurs.
Nous étions à la fête des 21 ans d'Alice qui faisait une grosse fête à la maison. Les parents étaient partis et nous avaient laissés plein d'alcool – Carlisle riait en lui disant qu'elle pouvait enfin boire en toute légalité.
Ils savaient, évidemment, que nous n'étions pas pures. Tant que tout était sous contrôle, cela ne dérangeait pas Carlisle et Esmé, ils avaient été jeunes également.
De plus, une grosse soirée de ce même genre avait eu lieu pour mes 21 ans, dix jours plus tôt.
Rosalie était pas présente ce soir-là. Elle était partie pour l'Europe, faire un programme d'échange ou un truc comme ça.
Comme à notre habitude, moi, Emmett, Jasper, Alice, Jacob et quelques autres amis étions complètement à l'ouest. Nous trouvions tout rigolo et nous nous lancions des défis étranges comme vider le contenu d'un mélange vodka-coca-orange immonde.
« Hé Edward ! » me lança Emmett, totalement éméché.
« Quoi ? »
« Tu connais ce gars ? »
Il pointa un gars dansant sur la table du doigt. Lorsque je le regardai, il me fit une œillade amicale.
« Ouais, c'est Ben-ja-min."
"Tu le connais d'où?" demanda Jacob.
« Bah il est dans la même section que moi. »
Je détachais toutes les syllabes, sinon ce que je disais était incompréhensible.
« Vas-y j'te mets au défi d'aller l'embrasser ! » dit Jacob, riant.
« Mais ! Pourquoi ? »
Jacob voulait toujours me caser avec quelqu'un depuis que je n'étais plus avec Tanya. J'allais mieux depuis quelque temps.
Mais jamais avant il n'avait voulu me mettre avec un autre mec.
« C'est fun ! » assura Emmett. « T'es un trouillard ? »
« Nan ! » ris-je. « Je vais le faire. »
Je me dirigeais, maladroitement et tanguant, vers la table. Je grimpais dessus – je devais ressembler à un gamin d'un an et demi voulant grimper les escaliers.
Je me mis en face de lui et il mit directement ses mains sur mes épaules, penchant la tête vers la mienne, il me murmura « ça va ? »
J'hochais la tête et pris de je ne sais quelle impulsion, réalisa le défi.
Il était un peu plus grand que moi mais je réussis à prendre son visage en coupe entre mes mains et plaqua mes lèvres sur les siennes, d'un seul coup, violemment.
Il répondit gracieusement à mon geste et plaça également ses mains sur mes joues.
Je ne sais pas ce que j'aurais dû ressentir mais... je ne m'attendais pas à ça.
Je n'avais embrassé personne depuis Tanya et retrouver des lèvres sur les miennes me fit le plus grand bien. Je me sentais déjà mieux.
Je me sentais tellement seul que le simple contact physique avec une autre personne m'avait détendu.
Le baiser le dura pas longtemps, une ou deux secondes seulement.
Je ne ressentais pas la passion que j'avais en embrassant Tanya. J'avais l'impression de sentir des lèvres molles, froides et humides contre les miennes. Ce n'était pas comme avec elle...
Quand j'embrassais Tanya, c'était passionné, vivant. Elle n'avait pas les lèvres amorphes comme celles-ci.
Il se recula et me fit un grand sourire, semblant ravis. Je le lui rendis et descendis de la table.
Tous me regardaient étrangement. Emmett et Jacob étaient surpris et médusés de m'avoir vu réalisé ce pari. Alice était morte de rire aux côtés de Jasper.
Je leur tirais tous la langue.
« Garde-la pour toi ! » rit Emmett.
Ils se mirent tous à rire, je levais les yeux au ciel.
Personne ici, enfin que je sache, était homophobe. Nous étions assez ouverts d'esprit même si tout le monde ne pensait pas comme ça.
Nous étions du genre 'faites ce qui vous rend heureux'. Mais j'ai vu quelques personnes me regarder avec dégout. Des hommes, surtout.
Tout à coup, Kate, une amie à moi, trop bourrée, me renversa sa bière – sucrée au possible – sur mon t-shirt. Il était trempé.
« Oh, désolée, sexy boy. Heureusement c'est ta maison tu peux aller te changer » rit-elle, me frottant le torse de sa main. « Oh ! Superbe démonstration tout à l'heure » elle me fit un clin d'œil.
C'était toujours comme ça avec Kate. Elle était très tactile mais ne voulait rien de plus qu'une amitié et nous étions très clairs là-dessus. Elle avait dû plusieurs fois remettre les points sur les « i » avec Jake mais était sortie avec Emmett un temps.
Enfin, qu'on s'entende bien – ils avaient partagé leurs lits mais pas leurs cœurs.
Je me dirigeais vers ma chambre, retirant mon vêtement trempé dans les escaliers. Personne n'était en haut – nous avions fermé toutes les pièces de toute façon. Personne ne voulait voir des gens se bécoter dans nos lits.
Bref, lorsque je redescendis, je retrouvais Alice au bas des escaliers.
Elle me sauta au cou et me pris dans ses bras.
« Bah, t'étais où ? »
« J'ai dû changer de t-shirt » dis-je.
« Mhh c'est vrai que tu sens bon. »
Elle quitta mes bras et retourna danser.
J'avais parlé à Jasper une fois, lui racontant mon étrange sensation lorsque je l'avais embrassé. Il confirma mon hypothèse, j'étais sûrement très seul et Tanya me manquait encore.
Et j'étais plutôt d'accord avec lui.
Par contre, Emmett et Jacob me charriaient encore sur ce baiser et ça, ça me mettait mal à l'aise.
N'en pouvant plus de ruminer des souvenirs désagréables, je sortis d'un coup du lit et m'habillai. J'étais presque sûr que nous étions en soirée, dimanche.
Je sortis et me dirigeai vers le Central Park. Je marchais dix minutes jusqu'au Gapstow Bridge avant de rebrousser chemin vers l'Inscope Arch, réalisant que le calme de la verdure ne m'aiderait pas. Je marchais dans Lenox Hill, me laissant guider par mon instinct et mes jambes.
Je marchais depuis un moment avant de retrouver le bar qui jouait du jazz, dans le Midtown.
Ali Jazz.
J'entrais, pas plus confiant que lors de ma première visite.
Et je lereconnus facilement.
Il vint vers moi.
« Edward ! Un petit verre ? »
« Avec plaisir, Alistair. »
Nous nous installâmes sur une banquette à l'intérieur. Un groupe jouait et la musique était endiablante.
« Tu veux quoi ? »
Je fis une grimace, une bière n'était pas suffisante, j'avais besoin de quelque chose de plus fort.
« Je peux te conseiller le Blue Moon. » dit-il, lisant dans mon esprit.
« Blue Moon ? »
« Ha ! Tu vas voir, c'est un excellent cocktail. »
Il commanda et revint avec nos boissons.
C'était un cocktail avec de la crème de violette et du citron. C'était très bon.
« Je lui ai demandé de rajouter un peu de vodka » dit-il.
Je ris.
« Je devrais faire attention à ne pas trop en abuser » ris-je.
« Oh ! On devrait l'appeler le New Moon cocktail ! »
« Il y en a pas déjà un qui s'appelle comme ça ? »
« Je sais pas. Dès que tu as fini je vais en commander pour voir. »
Nous avions beaucoup ris. Mon verre se finit rapidement, c'était une boisson sucrée. L'idéal pour commencer.
« Tu as passé ton audition ? » me demanda-t-il.
« Ouais. C'était plus un entretien. Ils vont m'appeler prochainement. »
Il hocha la tête.
« Tu penses que ç'a été ? »
« J'en sais rien, » soupirais-je. « J'ai répondu sincèrement aux questions, j'ai dit la vérité. J'espère que ça sera suffisant. »
« Ils t'ont dit qu'ils allaient te rappeler, c'est déjà une bonne nouvelle. »
Je soupirais.
« Ouais. Ils vont me dire si je dois passer une audition ou non donc je ne sais toujours pas si je suis pris. »
Il réfléchit quelques instants, mettant son poing sous son menton.
Il regardait le piano.
« Tu as de quoi t'entrainer ? »
« Comment ça ? »
« Pour ton audition ? Tu sais répéter quelques morceaux ? »
Je le dévisageais, ne voyant pas où il voulait en venir.
« Eh bien, je n'ai pas pris de piano portable... »
« Tu veux jouer un petit morceau ici ? » me coupa-t-il.
« Quoi ? Maintenant ? »
« Ouais. »
Je réfléchis, incertain de ma réponse à cette question.
« Ca te fera un bon entrainement avant ton audition. Il y a pas grand monde ce soir et je n'ai pas de pianiste. C'est comme tu veux. »
Il hausse les épaules, nonchalant.
Je réfléchis à sa proposition. C'était vrai, ça me ferait un bon entrainement. Je n'avais pas l'habitude de jouer devant du monde, donc je serai probablement encore plus stressé devant les juges si je passe l'audition.
Une répétition serait une bonne idée.
« Heu, ouais. Si tu veux... »
« Cool ! Vas-y j'te promets ça va être génial ! »
Il m'entraina vers le piano et je m'assis, nerveux.
Je plaçais mes mains devant le clavier, ne sachant quoi jouer.
« Joue ce que tu veux. »
Sans réfléchir, je tapais une note sur le clavier. Le son du piano s'éleva et la musique ambiante s'arrêta.
Des clients retournèrent leur tête vers moi.
Une note en entrainant une autre, je commençais une petite improvisation musicale. J'essayais de faire un peu de jazz, comme j'étais dans un bar spécial jazz, et cela donnait franchement bien.
Au plus les notes s'enchainèrent, au mieux je me sentais, plus détendu.
C'était joyeux, entrainant, rythmé. Du jazz, en somme.
À la fin de ma prestation, tout le monde applaudit. Je souriais, heureux, puis rejoint Alistair à notre table.
« C'était génial ! Tu vas d'office être pris ! Moi j't'engage tout de suite ! » plaisanta-t-il.
J'étais heureux, plus confiant.
Il commanda un autre cocktail et nous continuions notre conversation.
Ce nouveau cocktail était très bon, moins sucré que le Blue Moon.
Entre-temps, nous discutions de tout et de rien.
« Ouais, je vis ici avec ma copine depuis deux ans. » me dit-il.
« Tu as une copine ? » ris-je.
Je ne sais pas pourquoi, je trouvais cette information drôle.
« Ouais. Et toi tu as une copine ? »
Je me figeai, mon masque de tristesse revint.
« Oui. »
« Pourquoi cette tête ? »
Je soupirais.
« Je ne sais pas, je me dis que, si je suis pris... Je vais devoir la quitter. »
Il me regarda, un air confus sur son visage.
« T'es pas obligé. Tu peux trouver des compromis. Tu sais, la communication, tout ça. Sans cela, Amber et moi nous ne serions jamais remis ensemble. Et putain que je l'aime ! Je ne peux juste pas trop quoi. »
« Pas trop quoi ? » répétais-je.
« Bah tu vois, Amber est asexuelle. »
Je fronçais les sourcils.
« Quoi ? Elle aime pas le sexe ? »
« Non ! C'est pas ça » il rit. « Elle ne ressent pas le désir, c'est tout. »
« T'as jamais couché avec elle ? » dis-je, abasourdi.
« Non. Elle a jamais couché avec quelqu'un. Je ne vais certainement pas la forcée si elle en a pas envie. »
« Pourquoi tu restes avec elle ? »
Il me lança un regard en coin.
« Je l'aime. Puis, comme je t'ai dit, on a un accord. »
« Quel genre ? »
« Eh bien, comme elle ne veut pas coucher et que, eh bien, j'en ai besoin, on a décidé d'avoir une relation ouverte. »
« Tu couches avec d'autres filles ? »
« Oui. »
Il me regarda comme si c'était évident. Comme je restais de marbre, perplexe, il continua.
« Mec ! Je ne suis qu'un homme. »
« Ah. »
« Alors, tu n'as jamais pensé à une relation à distance avec ta copine ? Ou une relation libre si tu en as besoin » il rit.
Relation libre ? Hors de question.
« Si mais je n'y crois pas, » ajoutais-je. « J'ai déjà eu une relation qui s'est mal terminée. On allait dans des universités différentes et, même si je la voyais beaucoup, elle était hyper jalouse. J'ai peur de revivre la même chose... »
Surtout que, comme Tanya, les parents de Bella se séparaient. Pour la même raison.
« Une relation, une personne, n'est pas une autre, » argumenta-t-il.
Je bus encore une gorgée d'un Bronx Cocktail avant de répondre.
« Et si ça ne fonctionne pas ? » demandais-je.
Il rit. Très fort.
« Tu auras au moins essayé. »
J'hochais la tête, réfléchissant. Une relation à distance était vraiment une solution ? J'en doutais encore.
« Bah tu sais, si tu n'essaies pas, tu ne le saurais jamais. Tente la relation à distance, si tu l'aimes tant que ça. »
Je souris.
« Tu as probablement raison. Je vais y réfléchir. »
Nous avons continué à boire encore une petite heure. Après cela, il voulut m'appeler un taxi. Je rentrais sagement à l'hôtel, réfléchissant encore à commencer une relation à distance avec Bella. Les 'pours' et les 'contres' fusaient dans ma tête, les images de mon ex revenant à chaque 'pours'.
Il avait réussi à me faire prendre conscience de certaines choses.
Il m'avait dit que je ne serais jamais en paix avec moi-même si je ne faisais pas ce que mon cœur me disait de faire.
Donc, je n'étais pas un monstre si je décidais de venir vivre ici, suivre mon rêve. J'avais encore du mal à laisser Bella, seule. Quand j'y pensais, je ne voulais pas détruire ma relation pour ça...
Ça me déprimait.
Je savais que si je ne le faisais pas, j'allais le regretter toute ma vie. Mais c'est Bella, la fille que j'aime, l'amour de ma vie. Je ne peux juste pas...
À cela, il avait répondu qu'être égoïste de temps en temps ne me ferait pas de mal. En plus, qui dit que Bella ne va pas trouver quelqu'un d'autre, quelqu'un de mieux que moi ? Qu'elle aimera plus que moi ?
L'amour est un sentiment trop instable et fragile pour se laisser entièrement guider par lui, d'après ses dires.
Lorsque j'entrais dans ma chambre, j'allumais la radio et mis un CD que je trouvais sur le bar. Une délicieuse musique d'ambiance apaisa l'atmosphère.
Devais-je envisager une relation à distance avec Bella ?
Une chose était sûre, je ne renoncerais pas à mon rêve, pas si près du but. Bella ne me laisserait pas y renoncer non plus, elle me l'avait clairement dit.
Même si penser à une potentiellement séparation me brisait le cœur, je devais entrer à Julliard.
Je savais également que je devrais parler avec Bella de l'avenir de notre relation.
Je m'endormis avec ces pensées ce dimanche soir. Le lendemain, je me réveillais à onze heures.
Rapidement, je pris mon téléphone portable. Aucun message.
Je soupirais de soulagement, je n'avais loupé aucun appel, et surtout pas celui de Julliard.
Je voulais tout de même parler avec Jasper, lui parler de mes doutes et mes questionnements et aussi lui donner quelques nouvelles. Il avait toujours été un allié pour moi.
Il répondit rapidement.
« Allô ? » chuchota-t-il.
« Salut. »
« Putain ! Mec, ça va ? »
« Ouais... T'es tout seul ? »
« Oui. Attends. »
J'attendis quelques secondes.
« J'étais à la bibliothèque. Je suis dehors. »
« Ah, ça va. »
« Alors, que me vaux le plaisir ? »
« Quelles sont les nouvelles, chez toi ? » demandais-je.
Il ne répondit rien, puis soupira.
« Edward. Elle va pas bien. Jake est avec elle, tout le temps. Il a peur qu'elle fasse une connerie... »
Je restais muet. Moi aussi, j'avais peur qu'elle fasse une connerie.
Mais...
« Elle n'est pas chez son père ? »
« Non. Il n'a pas voulu qu'elle vienne. »
« Putain ! Pourquoi ? »
« Il veut rester seul mais elle se sent rejetée. Sa mère ne répond même pas à ses appels... »
« Oh non ! Ça doit être horrible... Je voudrais tellement l'appeler... »
« Edward, il faut que je te dise quelque chose »
« Quoi ? »
Il ne répondit rien. Mauvais signe.
« Quoi, il se passe quelque chose de grave ? » demandais-je, inquiet.
« Non. Alice et Jake sont au courant, c'est tout. »
Oh.
« Je ne voulais pas leur dire mais quand ils ont appris que tu étais parti comme un voleur alors que Bella a besoin de soutien, il leur fallait une bonne raison. J'ai dû leur dire. »
Je soupirais.
« Je comprends, t'en fais pas. »
« Je suis désolé, je sais que tu aurais voulu le dire toi-même. »
« Ce n'est rien. »
« Et... Comment s'est passé ton entretien ? » demanda-t-il, curieux.
« Je pense que ç'a été. J'attends l'appel pour me donner le verdict final. »
« Tu reviens quand ? »
« Je ne sais pas, je dois attendre. Ils m'appelleront dans la semaine pour savoir si je dois passer une audition ou non. »
Je lui racontais également comment s'était passé l'interview, tout comme je l'avais fait à Alistair hier soir.
« Ca m'a aidé à réaliser quelque chose, » finis-je.
« Quoi ? »
« Il faut que je parle à Bella. Pour le futur de notre relation. »
« Ed ? »
« Oui ? »
« Tu dois en parler avec elle. Pas avec moi. »
« Je sais. Je ne veux pas la quitter, ce me ferait trop de peine. »
« Et ne pas le faire te rendrait malheureux. J'ai compris. Elle acceptera tant que tu ne la quittes pas, j'en suis persuadé. »
En parlant de Bella, des paroles qu'il avait prononcées plus tôt me revinrent soudainement.
« Tu dis que Jake est avec elle ? »
« Oui. Il reste tout le temps avec elle, il la quitte jamais. »
« Je sais pas trop... si c'est une bonne idée. »
« On en a déjà parlé aussi. Ed. Fais confiance en Jake. »
« Bah, justement... »
« Tu fais confiance à Bella ? »
« Oui. Evidemment. »
« Ed. Elle t'aime et tu sais que ce n'est pas rien. Surtout venant d'elle. Purée, elle est tellement déprimée que ça ne lui viendrait même pas en tête ! »
« Tu as raison... Je... Je ne veux pas qu'elle soit triste. »
« Tu devrais faire confiance à Jacob » me dit Jasper, soufflant au téléphone.
Je soufflais.
« Je ne sais pas si je peux »
Il soupira à son tour.
« Je ne sais pas quoi te dire. »
« Je vais essayer de revenir au plus vite, tu le sais. »
« D'accord. Je dois... laisser un message ? »
Je ris.
« Alice t'en a laissé un pour moi ? »
« Oui. Mais je ne vais pas te le dire. Ce serait contre mes principes. »
« Je suppose que ce n'était pas très gentil alors... »
« Elle te pardonnera. »
« Je sais.»
« Quelque chose à dire ? »
« Oui. Dis à Bella que je l'aime. A Alice que je reviens bientôt. A Esmé que je suis heureux d'avoir passé l'entretien et que tout s'est bien passé. Et... c'est tout »
Je voulais rajouter que Jake soit loin de ma belle mais je m'abstiens. Il était mon meilleur ami et, même si nous étions en froid, je n'allais pas la séparer d'un bon ami alors que je n'étais pas présent.
« D'accord. Je leur dirais. Je suis content que sous aller jusqu'ici ! Je suis tellement fier de toi. »
Je souris, heureux d'entendre ça.
« Merci, ça me touche beaucoup. »
« C'est ce que je pense. »
Il pouffa.
« Merci d'être là » lui dis-je.
« De rien. Pourquoi tu ne peux pas appeler Bella ? »
« Je veux lui faire la surprise et tout lui dire lorsque je pourrais la voir et l'embrasser, » souris-je.
Je l'entendis rire.
« Je vois ce que tu veux dire. Je dois te laisser, à bientôt. »
« Ouais. A plus. »
Je raccrochais. Parler à Jasper faisait du bien.
Il était tard à présent et j'avais visité tout New York en me baladant, dans mes pensées. Errant dans les rues de l'Upper East Side et de Midtown.
Je repensais à ma dispute avec Jake juste avant que je parte. Il avait été tellement furieux...
J'étais entré en trombe dans la chambre que je partageais avec Jacob. Je ne savais plus ce que je faisais, je pris un sac à dos et y rangeai rapidement mes affaires.
« Hey, mec, ça va ? » me demanda-t-il.
Je secouais la tête. Non, j'allais pas bien. Je devais laisser la femme que j'aime pour passer une interview afin de réaliser mon rêve. J'étais stressé et triste à la fois.
« Y'a quoi ? »
« Rien. »
Il roula les yeux au ciel
« Allez, mec. Dis-moi »
« Je pars pour New York. »
« Quoi ?! Pourquoi tu as fait ça ? »
« Je... Les parents de Bella se sont séparés, » dis-je confus par toutes ces nouvelles et ces changements apparus d'un coup dans ma vie.
De plus, je ne voulais pas parler de Julliard. Pas maintenant, je devais non seulement partir rapidement mais en plus cette discussion allait durer des heures !
« Et ? »
« Sa mère a aussi trompé son père ! Comme Tanya ! Putain, c'est pas compliqué ! »
« T'es complétement fou ! Toi, la seule chose à laquelle tu penses pour consoler ta copine c'est de partir pour New York ? »
Il était fou de rage et m'avait attrapé par le col.
« Je ne peux pas ! » m'empressais-je de dire. « J'ai besoin de faire quelque chose, de... »
« Des conneries ! Elle est où ? »
« Partie. »
« Putain ! Où ? »
« A l'aéroport, elle veut retourner chez son père. »
Il partit rapidement, non sans me lancer un regard noir, et quitta la pièce en claquant la porte.
Quelques secondes plus tard, je sortis également.
Je me dirigeais vers ma voiture lorsque je croisais Jasper.
« Ed ? »
« Jasper, tu imagineras jamais. Je... Je dois y aller. »
« Pourquoi ? »
« Je... Bella, sa mère a trompé son père et... Tanya aussi et... Je... Je ne peux plus... »
« Hé, calme toi. »
Il posa sa main sur mon épaule.
« Jasper, je dois passer une entrevue. »
Je lui lançais un regard entendu.
Il comprit et sourit.
« Bonne chance. Je prendrai des nouvelles de Bella. »
« Merci. Elle est au courant. »
« D'accord. Je penserais à toi, essaie de réussir ! »
Je lui souris, heureux d'être compris.
« Merci. »
Je le pris dans mes bras et monta dans la Volvo.
Je démarrais ma voiture, direction la grosse pomme.
Je vis Times Square et l'Empire State Building. Je vis également les tours jumelles où travaillait mon père. J'aimerais visiter les locaux, un jour. Je visitais également un musée d'art et une exposition de photo.
Voulant continuer ma promenade, je me dirigeais vers Central Park.
Passant par Dipway Arch, montant vers l'Umpire Rock. Je longeais ma route vers la 65ème rue. Je marchais encore, vers le lac. Je m'arrêtais un moment, contemplant le paysage. C'était joli. Bella adorerait la grande ville.
Je repensais encore à Jacob qui était avec elle en ce moment sûrement. Je me souviens du soir du nouvel an. Il s'était occupé de Bella pendant que... Eh bien...
Bella était collée à moi. Elle était timide, n'osant se présenter aux autres. Cela ne me dérangeait pas, j'aimais l'avoir près de moi.
Je l'avais encouragée à boire, pour se détendre mais aussi pour s'amuser.
Je l'introduisis à Emmett, un de mes meilleurs amis. Je le pris dans mes bras.
Mais, dès qu'il arriva, Rosalie devint toute blanche.
Il se présenta et elle lui répondit de manière étrangement évasive. Je savais que Rosalie n'était pas très farouche avec les nouvelles personnes mais elle n'était jamais aussi fuyante.
Il lui dit l'avoir déjà vu quelque part et elle partit, rapidement, nous laissant pantois. Elle le connaissait, j'en étais persuadé, et, quel que soit le souvenir que sa présence évoque, elle ne veut pas en parler.
Après ça, nous riions et nous amusions tous ensemble. Nous laissons ce moment pour plus tard, je questionnerai Rosalie le lendemain.
Mais lorsqu'il revint, mon sang se glaça.
« Je pense savoir d'où je la connais... » dit-il, tout à coup sérieux.
Je m'étais directement tendu. Emmett n'était jamais sérieux, toujours occupé à rire et être de bonne humeur.
Emmett poursuivit.
Il nous apprit que Rosalie s'était faite agressée par quatre mecs, pas deux, et que c'était lui le fameux gars qui l'avait secouru.
Pourquoi Rose nous avait menti ?
J'étais choqué, mortifié, abasourdi.
Jacob arriva à ce moment-là en compagnie de Jasper. Ce dernier mesura la tension et questionna Alice du regard. Jacob de son éternelle bonne humeur ne s'en rendit pas tout de suite compte.
« Que se passe-t-il ? » demanda-t-il enfin.
J'expliquais aux nouveaux arrivants ce qu'il s'était passé, Alice comblant mes blancs.
Nos regards se posèrent tous sur Rose, à présent non loin de nous. Elle nous vit, baissa la tête, déposa son verre et s'approcha lentement.
Alice se précipita vers elle et la prit dans ses bras. Elle lui disait des choses que les baffles masquèrent. Je restais inerte. Jake posa plus de questions, avare de détails.
Jasper s'approcha de moi.
« Edward, ce qu'il s'est passé est terminé. Tu ne peux pas changer le passer et ce n'est pas de ta faute. Sois heureux qu'Emmett ait été là pour l'aider, qui sait ce que ces gars auraient fait ? »
Ces mots me détendirent mais je tressaillis intérieurement. Je savais ce qu'ils auraient fait, ils l'auraient probablement violée et tuée et moi, j'aurai perdu une sœur.
Jake se rapprocha de nous et me regarda. Il hocha la tête et prit Bella par le bras.
« Et si on prenait un verre hein ? On en a besoin, je crois... » dit-il.
Il l'avait entrainé avec lui, dansant avec elle pendant que nous discutions avec Rose. Elle pleura, même, et nous l'avions consolé. Elle remercia Emmett qui la prit dans ses bras. Il lui dit qu'il était heureux qu'elle aille bien.
Elle nous avait menti parce qu'elle ne voulait pas nous inquiéter davantage mais elle avait dit la vérité aux policiers.
Quelque temps plus tard, je vis Jacob tenir Bella dans ses bras et l'entrainer dans la chambre. Je les y suivis.
Il la mit dans la mienne mais ces yeux montraient... autre chose. De l'amusement mêlé à... de l'adoration ?
Lorsqu'il sortit de ma chambre, ma belle dormait dans mes draps.
« Qu'est-ce que tu fous ? » me demanda-t-il.
« Toi, tu fais quoi ? »
« Je m'occupe de ta copine, t'étais occupé avec Jasper. » dit-il, amer.
Je l'attrapais par le bras lorsqu'il voulut me dépasser pour descendre.
« Oui – ma copine. »
Il roula les yeux au ciel.
« En attendant, c'est moi qui reste avec elle. Et, je pense qu'elle m'aime bien. »
Il haussa un sourcil, suggestif.
« N'y pense même pas ! » criais-je.
« Je ne vais rien faire. Je sais qu'elle est amoureuse de toi. »
« Bien. »
Nous nous regardions avec un air de défi. Il abdiqua.
« Je ne veux pas me disputer avec toi pour cette fille. C'est une perle, c'est... elle est différente. »
« Je sais. »
« Quand tu ne seras plus là pour le faire, je te promets de prendre bien soin d'elle ! » lança-t-il froidement.
« Ne t'en fais pas pour ça, je ne compte pas partir d'aussitôt. »
Il eut un sourire en coin, condescendant.
« C'est ce qu'on verra. »
Il me frappa l'épaule et descendit quelques instants. Je vis ma belle au bois dormant tranquille dans mon lit et lui baisa le front.
« Repose toi bien ma belle. »
Elle gémit et se retourna.
Lorsqu'elle se réveilla quelques heures plus tard je ne la lâchais pas. Je la pris dans mes bras et lorsque minuit sonna, je lui fis le plus beau des baisers.
Voilà ce qui s'était passé ce soir, et voilà pourquoi je ne supportais plus voir Jacob près d'elle, surtout maintenant.
Je me disais bien qu'il l'aimait beaucoup. Je ne voulais pas que ces sentiments deviennent plus fort. Mais, de lui-même, il s'était légèrement retiré, nous laissant seul.
Et maintenant j'étais persuadé qu'il voulait revenir en course.
J'étais écœuré par le comportement de mon... ami.
Je le contournais et marchais sur le Bow Bridge, pont survolant le lac. Je regardais en bas et me surpris par la hauteur.
Je n'avais jamais eu le vertige pourtant.
Curieux.
Je marchais. Encore et encore jusqu'au deuxième lac de Cenral Park. Enfin, vers le Onassis Reservoir. Le longeant encore, vers Gothic Bridge, je ne réfléchissais même plus. J'allais où mes pas me portaient, me laissant émerveiller par mes sens et essayant de trouver la paix intérieure.
Plus tard, j'avais appris que Rose était tombée amoureuse d'Emmett. Ce dernier passait de plus en plus de temps avec nous et elle était toujours gênée en sa présence. Je ne fus pas surpris, mais elle voulait avoir mon avis avant de le lui dire.
Je savais qu'Emmett n'était pas un Saint mais c'était un bon gars. Respectueux, gentil et même attentionné. Ce n'était pas un connard. Je lui dis donc tout cela et elle était ravie que j'accepte.
Depuis Tanya, Rosalie avait été un peu pus distante avec moi. Mais, à présent, je savais que c'était du passé et que nous pouvions retrouver notre amitié fraternelle, comme avant.
Emmett était venu me trouver quelques jours plus tard sur le campus. Il m'avait fait le même discours, me demandant si j'acceptais qu'il sorte avec ma sœur. Qu'il tente quelque chose qui pourrait mener à plus que de l'amitié avait-il dit. J'avais ri, disant que Rosalie ne le repousserait pas ! Il avait été tellement heureux, c'était devenu un enfant devant un sapin de Noel.
Je ne sais pas où ils en sont mais je pense qu'Emmett invite régulièrement Rose à des rendez-vous. Il sait qu'elle est beaucoup plus jeune – cinq ans de moins – et il essaie de faire les choses bien, de ne pas aller trop vite.
Ah, s'il savait. Rosalie n'était pas une sainte non plus. Elle devait adorer l'attention cependant.
Glen Span Arch, je savais que j'arrivais vers le nord-ouest de ce parc. Cela faisait bientôt plus d'une heure que je marchais mais je m'entêtais à aller au bout, comme si ma vie ne tenait plus qu'à ce seul objectif et, arrivé au Blockhouse, je me figeais. Assise sur ce mur en brique, je crus voir un fantôme.
Ses longs cheveux blonds bougeaient légèrement suivant la brise fraiche de cet après-midi.
Son nez était plongé dans un bouquin, ses cours je suppose. Je pouvais voir ses yeux bleus, confus, et la ride entre ses sourcils me démontrant qu'elle ne comprenait pas un mot de ce qu'elle devait bien lire.
Ses longs doigts délicats tenaient le livre. Ses longues jambes fines, croisées, bougeaient inconsciemment sur ce muret.
J'étais tétanisé. Je ne pouvais plus retirer mes yeux de son visage. Un visage que je connaissais par cœur, à une époque. Un visage que j'avais embrassé, appartenant à une fille que j'avais aimée.
Je ne m'attendais pas à la croiser – New York étant bien trop vaste. Mais mes pas m'avaient conduit vers elle, pour une raison inconnue.
Un écureuil sortit des arbres, à ma gauche, et courut vers le bâtiment en ruine. Le bruit la fit sursauté et elle leva la tête.
Ses yeux regardaient autour d'elle, confuse et désorientée.
Ils me contemplèrent. Enfin, elle me contempla. Tout aussi choquée que moi, elle ne dit rien un instant, soutenant simplement mon regard.
Finalement, elle fut la première à reprendre connaissance.
« Ed... Edward ? »
« Tanya. » soufflais-je.
C'était bien elle. Je l'avais retrouvée.
Elle descendit du muret et s'approcha de moi, tout doucement.
« Que fais-tu là ? » demanda-t-elle.
« Je me promenais. »
Évident. La question était plutôt que faisait-elle là.
Il me fallut une seconde de trop pour me rendre compte que son Université, Columbia, se trouvait à quelques mètres d'ici.
Elle rit.
« Je veux dire... ici. A New York. »
« Oh »
Elle s'approcha encore un peu et se retrouva facilement en face de moi.
Elle attendit.
« J'avais besoin de me changer les idées. »
Je ne savais pas si je pouvais lui dire la vérité. Pas maintenant, en tout cas.
Elle grimaça.
« Tu détestes New York. »
« Je sais. »
Je scrutais son visage. Elle semblait différente, plus belle si ç'avait été possible. Ses yeux ne montraient plus de mélancolie mais de la surprise mêlée à de la joie due à ma rencontre fortuite.
Elle attendit que je développe. Comme toujours, elle avait gardé sa patience. Enfin, comme au début de notre histoire. Elle était redevenue elle-même, sans doute.
Je soufflais.
« Je ne sais pas ce qui me remmène toujours à cette ville mais... Tu sais... »
« On retourne toujours à ses origines. »
« Ouais, quelque chose comme ça. »
Elle sourit.
« Désolé d'avoir essayé de t'appeler en février. Je n'aurais pas dû... »
« Non ! Ne t'excuse pas, c'était juste... »
« Mauvais timing. »
« Ouais. »
Elle baissa les yeux, regardant ses jambes jouer avec la terre sous ses pieds.
« Tu as eu Bella au téléphone. »
Elle leva la tête.
« Enfin, la première fille c'était Bella. Ma... enfin, ma copine. »
« Je m'en doutais. Elle a mal compris... »
Je souris tristement en repensant à ce jour.
« Ensuite, Alice a pris le téléphone et m'a hurlé dessus ! Alors, j'ai compris mon erreur et je n'ai plus tenté de t'appeler. » dit-elle.
« Que voulais-tu me dire ? »
Elle me regarda longuement dans les yeux. Ils étaient redevenus tristes et coupables. Elle souffla puis détourna son regard. Elle jouait avec ses mains lorsqu'elle me répondit.
« Que je suis désolée. Je t'ai tellement mal traité, je m'en veux. »
Je m'approchais et mis mon doigt sous son menton, pour qu'elle me regarde dans les yeux et qu'elle ressente ma sincérité.
« Tu es déjà pardonnée. »
« Tu ne dois pas, je ne cherche pas que tu me pardonnes, je ne le mérite pas. Je voulais juste te dire désolé. »
« Tu es pardonnée. »
« Mais... »
« Non. »
Elle rigola franchement.
« D'accord. Merci. »
Je lui souris et nous nous contemplâmes à nouveau.
« Tu as faim ? » me demanda-t-elle. « Je connais un bon restaurant où nous pourrions diner. »
« Avec plaisir. »
Nous nous installâmes sur une terrasse dans un petit resto branché. Nous avions commandé nos plats et les attentions. nous avions déjà reçu les boissons.
« Alors, comme ça, tu as une nouvelle copine ? »
Je fis un petit sourire en coin.
« Oui. Bella. »
« Ca fait depuis longtemps ? »
« Depuis décembre... »
Un petit « oh » muet déformait ses lèvres. Elle ne dit rien pendant un moment, jouant avec la paille dans son soda.
« Comment est-elle ? » finit-elle par demander.
Je souriais.
« Elle est géniale. Belle, gentille, drôle... même si c'est un peu malgré elle, elle est un peu maladroite. »
Je ris et Tanya me suivit. Elle me regardait avec un sourire.
« Elle fait des études de littérature. »
« Tu dois adorer. »
« C'est vrai. »
Nos plats arrivèrent et nous commençâmes à manger.
Elle continuait de me poser quelques questions sur Bella. Je finis par lui dire que j'étais partie juste au moment où elle apprit la séparation de ses parents. J'expliquais mes craintes – il s'agit de la même histoire.
Elle mit un certain temps avant de reprendre ses esprits et de me répondre.
« Ed, ce n'est pas moi. »
Je la regardais, confus.
« Elle n'aurait certainement pas eu la même réaction que moi. Nous sommes tous différents tu le sais... »
Elle hésita un moment, mangeant un morceau de salade.
« Il y a une chose que je t'ai jamais dite. »
J'écoutais.
« Ceci n'excuse en rien mon geste, il... l'explique en quelque sorte. Tu sais, je vois une psychologue depuis. C'est elle qui m'aide avec tout ça... » Elle ne me regardait toujours pas. « Maintenant je sais de quoi j'avais vraiment peur. » Elle roula les yeux au ciel, fatiguée. « C'est à cause de mon père il... » elle souffla. « Il s'en fichait royalement de ma mère, il ne faisait que boire et fumer toute la journée ! C'est aussi pour ça que je ne voulais pas que tu le rencontres... Pas que j'avais honte de toi, mais plutôt de lui. Et, aussi, j'avais peur que tu sois comme lui. Que je répète les erreurs de mes parents. Que tout ne soit qu'un éternel recommencement. Enfin, je sais pas si tu vois... » elle finit par poser ses yeux inquiets sur moi.
J'hochais la tête. C'était exactement la raison pour laquelle je craignais de revivre tout cela.
« Je voulais te le dire aussi. Je ne voulais pas que tu penses que tu avais fait quelque chose de mal. Non, tu as été le meilleur... J'aurais aimé te dire plus tôt ce que je ressentais mais j'avais peur. »
J'hochais la tête, encore une fois. Je ne pouvais que comprendre ce qu'elle me disait, comprendre sa réaction. Mais, elle a raison. Cela ne l'excuse pas et ne retire pas les faits – qu'importe, je la pardonnais quand même.
Je ne l'avais jamais blâmée, en fait.
« Je comprends. Tany, » dis-je, essayant de paraitre rassurant.
Elle sourit.
« Je n'avais plus entendu ce surnom depuis longtemps » soupira-t-elle, me tirant la langue.
« Je sais que tu ne l'aimes pas » ris-je.
Ce surnom était tout d'abord une taquinerie entre nous. Je l'appelais comme ça pour l'embêter, ensuite c'est devenu le sien.
« Il y a autre chose, pas vrai ? »
Je roulais les yeux au ciel.
« Depuis quand suis-je si lisible ? » ris-je.
« Ca, c'est quand on reste si longtemps avant quelqu'un ! »
Je rigola à mon tour.
« Ouais t'as raison. J'ai peur d'en parler, moi aussi. »
Elle patienta.
« En fait, je vais d'abord te poser une question. »
« Oui ? »
« Penses-tu que je suis un bon pianiste ? »
« Certainement. Mais... » elle rougit. « Pourquoi ? »
Devais-je lui dire ? Si je suis pris, il y a des chances pour qu'on se revoit, pas vrai ?
« Oh, Taddy. Dis-moi ? »
« Tiens, ça faisait longtemps 'Taddy' » souris-je.
J'essayais de changer de sujet mais cela ne fonctionna pas.
Je secouais la tête.
« J'ai passé un entretien. »
Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas.
« Je veux essayer d'entrer à Julliard. »
« Quoi ? Mais c'est génial ! C'est pour ça que tu es ici ? »
J'hochais la tête.
Elle ne parut même pas choquée.
Bon entrainement, le dire à mon ex-copine qui m'avait agressée il y a un peu plus d'un an avant de le dire à ta famille la plus proche !
« C'est génial Taddy ! C'est ton rêve, pourquoi tu ne l'as pas fait plus tôt ? »
Son sourire s'éteint, se souvenant sûrement de notre discussion à ce sujet des années auparavant.
« Oh. »
« Ouais... Tu ne m'aurais jamais laissé postuler dans une université où tu ne voulais pas aller. »
« Je suis sincèrement désolée pour ça aussi... »
« Ne le sois pas. »
Elle me regarda, encore plus choquée que jamais.
« Si je n'étais pas allé à Dartmouth, je n'aurais jamais rencontré Bella. »
Elle n'était pas convaincue.
« Si tu n'étais pas allé à Dartmouth, j'aurais eu aucune raison d'être jalouse, » contra-t-elle. « On aurait pu prendre un apparemment ici, à deux. Je n'aurais probablement pas pété un câble sur toi. » elle soupira. « Et tu aurais rencontré Bella avec ou sans moi. Tu m'as dit que c'est Alice qui te l'a présentée. »
« Tu as probablement raison. »
Elle roula les yeux au ciel.
« C'est ma faute, j'ai tout gâché. »
« Ne dis pas ça. »
« Arrête de vouloir me défendre. Je sais que c'est dans ta nature de rejeter le blâme sur toi-même et, mon dieu, comment j'ai utilisé ça contre toi, de nombreuses fois ! Mais je ne peux plus te laisser le faire, Edward, non. C'est ma faute. »
Je ne dis rien, regardant et mangeant tranquillement mon plat.
Venait-elle vraiment de m'avouer m'avoir manipulé ?
Nous finîmes de manger en silence.
Après un moment, le silence gênant fut remplacé par des rires légers.
Nous parlions encore quelques instants avant de payer l'addition et de sortir du restaurant.
« J'aurais aimé te parler plus tôt, » dis-je. « J'ai détesté la manière dont nous nous sommes quittés, avec la police et tout... »
« Moi aussi j'aurais aimé te parler. Cependant, je n'aurais pas été prête avant... »
« Je comprends. La thérapie te fait du bien ? »
« Oh oui ! C'est ce dont j'avais besoin. »
Nous nous sourîmes.
Elle me dit que son cours d'économie lui donnait la migraine et qu'étudier sur ce muret la rendait plus concentrée. Je m'en doutais, elle avait toujours aimé la nature.
Nous continuions à parler le restant de l'après-midi. J'avais l'impression de retrouver la fille de mes dix-sept ans. Elle était charmante, à l'écoute, douce...
J'étais heureux de retrouver mon amie.
Elle me dit ne pas avoir eu de petit-ami depuis moi, elle ne se sent pas prête à recommencer une relation. Elle avait simplement eu des coups d'un soir et, connaissant son amour pour le plaisir charnel, je ris en l'apprenant.
Elle n'a pas de nouvelles de son père mais elle avait rencontré son nouveau beau-père et elle l'adorait. Les séparations ne sont pas toujours quelque chose de mauvais, au contraire. Parfois, quitter quelqu'un permet d'apprendre à se connaitre... de se retrouver soi-même.
C'est vrai. En quittant Tanya, j'avais réfléchi sur le sens de ma vie. Sans cela, je ne serai probablement pas ici à auditionner pour entrer à Julliard !
Il était presque vingt-deux heures lorsque je la quittais et lui fit une grande accolade.
« Ami ? » me demanda-t-elle.
« Ami » lui souris-je.
La page du passé nous concernant était définitivement tournée. J'espérais la garder en tant qu'amie, même si je ne la verrais pas beaucoup. Elle avait toujours été une épaule sur laquelle pleurer.
Sur le chemin du retour, je pensais à Bella. J'étais plus léger, je me sentais prêt à démarrer une relation à distance, à faire face à la vie avec elle.
Lorsque j'arrivais enfin dans mon lit, je pris le temps de contempler les étoiles à travers les grandes baies vitrées.
Je voulais prier les étoiles, parler à mes parents.
Étaient-ils fier de moi ? J'espérais. Ma mère devait m'aider à réaliser mon rêve depuis là- haut, c'est évident – elle m'envoyait des ondes positives.
Ils auraient adoré Bella, j'en étais certain.
Bella. Je reviens bientôt. Je te promets.
.
Mardi matin.
Je me lève et regardais mon téléphone.
11 heures 10. Aucun message. Aucun appel.
Jute au moment où je dépose mon téléphone sur la table de nuit, il sonna.
Je regardais l'appelant.
Julliard.
Choqué, je pris une grande inspiration et répondit directement.
« Allô ? »
« Bonjour, Monsieur Masen ? »
« C'est moi. »
J'étais assis sur mon lit, alerte. Mes mains et mes jambes tremblaient.
« Ici Madame Oliver, directrice de la section 'musique' de Julliard. J'aimerais que vous veniez passer une audition dans deux heures. Est-ce possible ? »
« Oui ! Oui, bien entendu. »
« Très bien. Je vous donne rendez-vous dans deux heures, à treize heures – qu'on s'entende bien, devant la salle de spectacle 3C. Premier étage, au fond du couloir. »
« Très bien. Merci. »
« A tout à l'heure. »
Elle raccrocha et je restai là, assis, sans pouvoir bouger quelques secondes.
Que venait-il d'arriver ?
D'un bond, je me levais, pris une douche et m'habillais.
Je me dirigeais vers la boulangerie m'acheter des viennoiseries. Pris par une autre envie de prendre l'air, je marchais bêtement dans le Central Park.
Je me r approchais de Julliard mais il me restait un peu moins d'une heure avant de passer mon audition. C'était trop tôt pour déjà y aller.
Je m'assis sur un banc et mangeai mon pain au chocolat. J'avais également acheté un smoothie fruits des bois.
J'étais stressé, je ne savais à quoi m'attendre.
Je réfléchissais. Je connaissais le piano, je connaissais des morceaux entiers et difficiles par cœur, j'en avais même écrit certains moi-même. Je savais lire une partition à la perfection, les notes se jouaient toutes seules dans ma tête et mes doigts arrivaient à les communiquer au piano facilement.
Je chantais juste, je jouais de la guitare.
Voilà mes aptitudes.
C'est avec cet état d'esprit que j'entrais dans l'immense salle de spectacle. Un grand piano à queue noir ainsi qu'un micro et une guitare étaient sur la scène.
Je reconnus aisément Madame Oliver et Monsieur Caiden, au premier rang.
Comme indiqué précédemment, je me plaçais devant le micro et attendis les instructions.
« Monsieur Masen, » commença Madame Oliver.
« Oui. »
« Vous avez mentionné dans votre interview que vous composiez des musiques au piano, est-ce exact ? »
Je m'éclaircis la gorge.
« Oui, c'est exact. »
« Bien. Voulez-vous nous faire une démonstration, je vous prie. »
« Bien entendu. »
Je m'installais devant ce piano, m'assis sur le tabouret et me détendis les doigts. Je devais réfléchir rapidement à un morceau à jouer, n'importe laquelle.
C'est alors que le visage de ma mère me vint en mémoire. J'avais composé une chanson en son hommage, une chanson riche en émotion, bonheur, joie et tristesse, mais également très complexes.
En pensant à ma mère, lors de la composition de ce morceau, je voulais quelque chose qui lui ressemble complètement. Ma mère adorait le piano, et surtout Debussy. Je m'étais inspiré de lui.
Je ne voulais pas faire quelque chose de simple, ma mère méritait un morceau puissant, dur et doux à la fois.
Je commençais.
Le début était joyeux, noble. Une révérence à sa beauté et à sa gentillesse, sa bienveillance. Le rythme était calme, presque plat.
En pensant à ma mère, les spectateurs devinrent flous. Je n'entendais que ma musique et me laissais guider par elle.
Après avoir fait une ode à sa personnalité, le morceau changea légèrement. J'y intégrais quelques notes mineures, rendant le morceau plus morose. Le tempo augmentait rapidement, mes doigts bougeaient tous en même temps.
C'était rapide, passionné. La joie faisait peu à peu place à la tristesse, relatant le terrible accident dont elle fut victime.
A son paroxysme, je laissais une note sourde. La mort. Une seule, un silence pensant, avant de reprendre le même enchainement qu'au début, en gamme mineure cette fois. Toujours lent, et triste.
Je terminais mon morceau endiablé ainsi.
Je soupirais, pris par les émotions. Je ne me voyais pas jouer autre chose sachant que ma mère aurait aimé être à ma place. Je lui rendais hommage.
Je ne voyais pas très bien leurs expressions mais personne ne dit rien pendant deux longues secondes.
Madame Oliver s'éclaircit la gorge.
« Bien. Très bien. »
Après cela, je reçus une nouvelle partition, une mélodie que je n'avais jamais entendue auparavant.
Je devais la jouée directement, sans prendre le temps de la lire. Elle n'était pas très difficile mais pour un amateur, les confusions étaient présentes. Certaines indications étaient au début de ligne, d'autres au milieu. Le tempo était différent – du 5-4 et non du 4-4.
La partition se jouait sur la gamme de sol et non de do ce qui est peu courant.
Après cette épreuve, Madame Oliver me demanda de jouer de la guitare. Elle voulait absolument tester toutes mes compétences, parce qu'elle me demanda de chanter a cappella par la suite.
Je sortis de là une heure trente plus tard. J'étais fatigué.
Elle devait me rappeler dans la journée pour me donner les résultats. J'étais terrifié.
Je passais le restant de la journée à attendre son appel.
Ennuyé, je sortis visiter un nouveau musé. Ensuite, une exposition d'art moderne.
Je rentrais dans ma chambre vers 17 heures. Je restais dans mon lit à attendre l'appel, encore plus stressé et tendu que jamais.
Une demi-heure plus tard, lorsque je voulus prendre un bain, mon téléphone sonna.
Je priais pour que ce soit Julliard !
Je fus soulagé en voyant le nom de l'appelant et répondis directement.
« Bonsoir, Monsieur Masen. Je dois vous féliciter, vous avez séduit notre juré ! Je vous propose de venir ce douze juin visiter nos locaux afin de démarrer votre cursus à l'automne prochain. »
Je l'avais fait ! J'avais réussi ! J'étais sélectionné !
Je remerciais l'appelant, Madame Boyer apparemment (femme que je ne connaissais pas). Je lui transmis toutes les informations personnelles et pratiques.
J'étais heureux !
Je décidais de partir directement, retrouver ma Bella et lui raconter tout cela de vive voix !
Je payais pour mes cinq jours à l'hôtel, repris ma voiture et démarrai rapidement.
Bella, mon amour, je reviens !
J'étais tellement heureux, rien ne pourrait retirer ce sourire sur mon visage.
