Bonsoir à tous! Sans plus attendre, le chapitre 53, dont le titre est une référence au jeu "jacques a dit".
Chapitre 53 : Le Capitaine a dit…
La passerelle était assez tranquille depuis plusieurs jours déjà, bien que l'équipage sentait toujours un peu de tension de la part du Capitaine et de son bras droit.
Bien sûr, il n'était pas rare de voir le jeune Yato aux cheveux roux piquer une crise, ou arbitrairement décider que foutre une raclée à certains de ses subordonnés était le meilleur divertissement à des années lumières à la ronde. Les Yato faisant partie de la septième division des Harusame savaient donc généralement à quoi s'attendre, surtout si rien de notable ne se passait pendant une période de temps étendue.
Toutefois, ce qui était bien pire que ça, était lorsque que le Capitaine en question restait calme. Inhabituellement calme. Un peu comme avant une immense tempête, lorsque que le silence s'installait, et que le temps offrait une soudaine accalmie. Ça ne laissait donc rien présager de bon, et même Abuto ne pouvait rassurer les autres Yato face à cette situation.
Ce peuple de guerriers était pourtant le premier à chercher la bagarre, même en leur sein, dès que la première occasion se présentait. Mais dans la septième division, les choses étaient un peu différentes. Si Kamui était Capitaine, c'est bien parce qu'il était le plus fort de tous, et qu'il pouvait battre les yeux fermés chacun d'entre eux. Alors quand le jeune rouquin piquait une crise de nerfs, il ne valait mieux pas rester sur son chemin. Surtout si Abuto n'était plus dans le coin pour modérer ses accès de colère.
Un jeune Yato aux cheveux argentés soupira. Si ce que les Yato responsables des communications lui avaient dit était vrai, leur Capitaine avait libéré Abuto de ses obligations, le considérant comme mort.
Pensivement, il se frotta le menton, massant son visage poupin. Si Abuto était considéré comme mort, cela voulait probablement dire que Kamui reniait tout lien avec lui, et donc par là même qu'il lui laissait carte blanche pour agir… Enfin, il espérait que sa déduction était correcte. Peut-être pour enfin faire avancer leur plan, si on pouvait appeler ça un plan. Même s'il ignorait ce que le vétéran manchot pouvait bien faire, paumé sur une planète de rustres.
Il regrettait toutefois la décision de Kamui, car en l'absence d'Abuto, il avait été temporairement promu en tant que nouvel adjoint au Capitaine, et donc au rouquin. Un poste que peu lui enviaient, au vu de la difficulté de la tâche.
Jihou(1) soupira à nouveau. Ça n'allait pas être facile. Déjà qu'à l'accoutumée, il détestait devoir jouer le messager, devoir d'un coup faire l'intermédiaire entre ses congénères et leur boss allait s'avérer être très désagréable.
En parlant de leur boss… Le Capitaine était resté enfermé dans ses quartiers depuis hier, et personne n'avait osé aller le déranger, même pour voir s'il respirait encore…
Avec appréhension, Jihou frappa du poing sur la porte en métal devenue soudainement intimidante, notamment face à sa petite carrure. Après tout, Kamui se trouvait sûrement de l'autre côté. Et il était impossible de deviner son état d'esprit actuel.
Il souhaitait presque être encore coincé sur Rakuyou, même si cela devait lui apporter plus d'ennuis que nécessaire, plutôt que de se trouver ici même. Il repensa même à un de ses amis, Sayu (2), resté là bas, et dont le seul fait notable était d'avoir un appétit bien plus vorace que leur Capitaine. Ce qui était un exploit en soit. Mais après réflexion, cette vieille connaissance était également un prodigieux aimant à emmerdes. Bien des fois, des situations très banales avaient dégénéré au-delà du possible. Se faire enlever par un trafiquant d'armes après avoir volé l'argent de poche de son mioche (« Il en avait pas besoin, comparé à moi qui mourait de faim », avait sorti son ami), s'embarquer clandestinement sur un cargo après avoir vandalisé le mur d'un des cadors du coin (« C''est plus joli comme ça, et de toute façon il avait vraiment une tête de porc »), ou encore être recherché contre récompense parce que « Sayu avait la priorité sur les tartes au citron », et avait malencontreusement démoli l'étage d'un restaurant, parce que « c'était un outrage à sa personne ».
Le jeune Yato frissonna. Finalement, être resté sur Rakuyou n'aurait pas été non plus la meilleure solution.
Surtout en comptant les derniers développements. Car après tout, s'ils étaient ici, c'est bien parce que toute leur planète était menacée. Il se demanda un instant ce qui pouvait être le pire, entre être loin de chez soi avec des inconnus, ou être chez soi mais en sursit. Non. Il ne devait pas penser à ce qui aurait pu être, mais à ce qui risquait bel et bien d'arriver. Malgré les gros ratés dans le plan de leur Capitaine, la manœuvre avait eu l'effet escompté. Car « il » allait bientôt arriver. Et ils allaient tout faire pour le mettre hors d'état de nuire, même si cela impliquait de condamner une petite planète perdue dans un lointain cadran de la galaxie. Et cette mission si importante et vitale était à présent en partie compromise par ce qui venait de se passer il y a quelques minutes. Une communication sur les hauts parleurs internes du vaisseau exigeant des renforts en salle des machines le ramena très rapidement à la réalité et à l'instant présent. Et donc à la nécessité d'alerter leur Capitaine.
-Capitaine Kamui ? Se risqua-t-il. Vous êtes là ?
Il n'y eut aucun bruit, ni mot. Aucun signe trouvant qu'il pouvait y avoir quelqu'un de l'autre côté. Si ce n'est l'étrange aura menaçante qui en exsudait par moments. Pas de doute, le rouquin était là.
Jihou se risqua donc à ouvrir la lourde porte en acier, et se retrouva dans une pièce partiellement éclairée par une rangée de néons placardée sur le mur gauche.
-C… Capitaine Kamui ! Insista le jeune Yato. Désolé de vous déranger, mais c'est une urgence !
Presque aussitôt, un bureau en bois vint valdinguer dans sa direction et s'écraser dans un craquement impressionnant sur le mur juste derrière le nouvel arrivant.
-Est-ce que j'ai dit… Que tu pouvais rentrer ? Fit une voix.
Bien qu'elle semblait quasi inaudible et neutre, le ton avec lequel la voix avait prononcé ces mots ne laissait aucun doute : Kamui était en pétard, de mauvais poil. Le corps du jeune Yato se raidit.
Il fallait quand même qu'il raconte ce qui s'était passé, même si cela risquait de le mettre dans une fâcheuse position.
-N...Non, Capitaine. Mais comme je l'ai dit, c'est-
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, que le ton assassin du rouquin le cloua sur place.
-Est-ce que je t'ai dit de parler ?
S'il fallait savoir quelque chose sur Jihou, c'était que contrairement à la plupart des Yato, c'était un énorme peureux. Le point commun de toutes les précédentes mésaventures qu'il avait vécues avec Sayu, était qu'il s'était fait traîner comme un cerf volant par son ami, dans toutes les catastrophes que ce dernier pouvait provoquer dans son sillage. Jihou était le genre d'enfant qu'on pouvait laisser seul pendant plusieurs jours, voire toute une journée, et retrouver exactement à l'endroit où on l'avait laissé. Il n'était pas du tout du genre à s'aventurer, ni même à provoquer des gens, ce qui parfois pouvait lui attirer des ennuis. Aussi, ça avait été un véritable choc culturel, que de rencontrer cet autre gamin affichant un visage impassible alors qu'il dérouillait des gosses plus grands et plus âgés que lui pour leur piquer leurs rations de bouffe.
C'était à se demander comment une telle poule mouillée s'était retrouvé dans l'armada de pirates de l'espace, et même, à bord d'un vaisseau d'individus de son espèce.
La réponse était pourtant toute simple : Sayu l'avait littéralement traîné à bord du vaisseau, vantant les tas d'aventures passionnantes qu'ils pourraient vivre, et aussi tous les délicieux plats à goûter sur chaque planète qu'ils croiseraient. Et Sayu suivant toujours son estomac… Cela avait fini par le perdre.
Trop occupé à dévorer le menu entier d'un établissement sur la planète Agura, il ne s'était pas rendu compte que le vaisseau avait décollé sans lui, l'oubliant dans la poussière de la planète minière. Jihou se rappela encore son air mortifié, alors que son ami beuglait à la radio qu'il les retrouverait, tôt ou tard. Sauf que c'était il y a déjà plus de deux semaines.
Un sentiment de lassitude envahit le jeune Yato, qui se retint de faire transparaître ses émotions en présence du Capitaine furax. Si seulement Sayu pouvait vite revenir…
Parce que là, il en menait pas large, de la sueur commençant à perler sur son front. Un peu plus, et il se mettrait à trembler de tout son corps.
Kamui venait d'apparaître, sortant d'un coin obscur de la pièce, pour le dévisager de plus près.
-T'es qui toi ? Demanda Kamui avec suspicion. Je t'ai jamais vu…
Le Capitaine de la septième division des Harusame lui tournait autour comme un requin ayant senti l'odeur du sang frais à des kilomètres de là. La mèche folle qui s'agitait sur le sommet de son crâne lui servait peut-être de détecteur, qui sait ?
Jihou déglutit avec difficulté. Son teint de peau déjà très décoloré était devenu encore plus pâle qu'il ne l'était possible, et il commençait à présent à manifester physiquement de légers tremblements. Une légère crise d'angoisse n'était pas loin, et il se sentit autant en danger que lorsqu'il avait vu le petit groupe d'intrus envahir le hangar à navettes et se faufiler dans les couloirs de la zone technique.
-Je.. Je suis votre adjoint suppléant, Capitaine Kamui.
Le rouquin leva un sourcil interrogateur. Il cessa de tourner autour de sa victime et le fixa sans cligner des yeux.
-Tu remplaces donc Abuto, c'est ça ? Je crois bien avoir ordonné ça il y a quelques jours…
Son boss ne savait même pas quelle tronche il avait avant cela, et même maintenant, il se souvenait à peine avoir demandé un remplaçant… ça promettait.
-Bon… Et qu'est-ce qui me vaut le dérangement de ma sieste, Daisy (3) ?
« C'est pas un nom de fleur, ça? ». Le jeune Yato n'osa pas relever le surnom à voix haute, de peur d'énerver encore plus son supérieur à l'air déjà pas commode. Mais néanmoins, il avait pour mission de lui rapporter la situation actuelle, même si cela lui déplaisait et qu'il pouvait potentiellement y perdre un bras, comme le vétéran dont il avait pris provisoirement la place et la fonction.
-Nous avons une urgence, Capitaine Kamui ! Le système d'occultation (4) a lâché !
Jihou avait hurlé son rapport sans même reprendre sa respiration, en un seul souffle. Peut-être une tentative désespérée de rendre inaudible une partie de son rapport. Toujours est-il que leur seul atout face à leur adversaire sur le point d'arriver, venait de leur faire défaut.
-Donc, tout le système solaire peut nous voir ? Grimaça Kamui. Comment c'est possible ? Et qui dois-je balancer dans le soleil (5) pour cette bourde monumentale ?
« Dans… Dans le soleil ? ». Non pas que balancer quelqu'un dans le soleil était impossible. Mais Avec Kamui, mieux valait rester sur ses gardes. Ce type avait après tout la réputation de tout détruire sur son passage, y compris les lois de la physique et le bon sens. Mais encore une fois, l'importance de leur mission ne laissait pas de place à l'échec. Alors, avoir un dysfonctionnement pareil à ce moment-là, c'était vraiment la pire chose qui puisse arriver.
-Nous avons été sabotés !
La patience de Kamui atteignait visiblement ses limites, car il commençait à faire craquer les phalanges de ses longs doigts pâles devant son torse. Car c'était sur lui que tout reposait. C'était lui et Abuto qui avaient créé ce plan, afin de tous les sauver. Et à présent, un seul acte malveillant était en train de tout remettre en question.
-Des intrus sont montés à bord et ont fait sauter le panneau de contrôle du système d'occultation. Poursuivit Jihou. Ils sont arrivés avec une de nos navettes, donc on ne s'est pas méfiés...
Kamui penchait à présent légèrement son cou dans tous les sens, afin d'échauffer ses vertèbres cervicales. Visiblement il se préparait à commettre moult actes de violence. Peut-être même à bel et bien balancer quelqu'un dans l'étoile de ce système.
-Donc, des rats se sont introduits sur mon vaisseau, et vous n'êtes même pas capables de les arrêter, alors que nous sommes littéralement la race de guerriers la plus puissante de l'univers ? Râla Kamui, la voix pleine de sarcasme.
-Ils ont été trop rapides ! Leur chef permanenté a repoussé deux de nos gardes avant qu'ils ne s'échappent pas les conduits d'aération.
Le mot « permanenté » fit réagir Kamui, qui en lieu et place de son visage d'allure innocente, avait à présent un sourire carnassier et des sourcils froncés affichés. Le mot avait semble-t-il réveillé quelque chose de latent en lui.
-Oh ? Un permanenté, tu dis ?
L'adjoint provisoire hocha de la tête, se rappelant les images de vidéo surveillance montrant un groupe de guerriers terrestres menés par un type aux cheveux blancs ébouriffés. Ce qui ne fit que renforcer le sourire malsain de son boss, qui frappa son poing gauche dans la paume de sa main droite.
-C'est Noël avant l'heure ! Satan m'apporte mon cadeau en avance !
« C'est pas Santa ? » Contesta mentalement Jihou.
Il n'osa pas corriger le Capitaine, qui sortait déjà de ses quartiers sans attendre une seconde de plus.
Il se détendait déjà, relâchant la pression qui lui avait crispé les épaules, avant de sursauter à nouveau quand la voix de Kamui lui parvint.
-Tu fous quoi Daisy ? Reste pas planté là !
-Vous… Vous ne m'avez pas dit de vous suivre…
Kamui revint sur ses pas, et se mettant à moins d'un mètre du jeune Yato, le dévisagea, avant d'exploser de rire.
-T'es un petit marrant toi ! Tu fais vraiment tout ce que j'te dis !
En même temps qu'il redoublait dans ses rires, Kamui lui avait violemment tapoté le dos, et Jihou avait senti son cœur battre la chamade, prêt à rompre sa cage thoracique et à en sortir, pour lui-même s'échapper le plus loin possible du terrible Yato.
-Mais si tu sais pas prendre d'initiatives, tu vas jamais avoir de promotion, hein. Fit remarquer Kamui.
« Les promotions ça existe pas chez les Yato, de toute façon », pensa Jihou. Et son patron s'en fichait aussi, à vrai dire. Il était déjà dans le couloir, en train de siffloter gaiement.
-Bouge toi Daisy ! On doit partir à la chasse au samourai !
L'interpellé ne renia pas le surnom qui allait définitivement lui coller à la peau, et trottinant pour rattraper le rouquin, demanda d'une voix pleine de curiosité :
-Samourai ? Qu'est-ce que c'est ?
Quelques mètres devant lui, Kamui marqua un arrêt, et sans se retourner, lui lança un regard bleu acéré par dessus son épaule droite.
-ça, c'est le meilleur divertissement de toute la galaxie !
A Suivre…
Notes de Compréhension :
(1) Jihou : nom qui s'écrit « 慈芳 », avec le kanji 慈signifiant « pitié/miséricorde/charité », et 芳 signifiant « parfum/parfumé/embaumé». Un OC ou « personnage original » de ma création.
(2)Sayu : OC ou « personnage original » créé par Olarin. Il est son exclusive propriété.
(3) Daisy : nom anglais de la fleur de marguerite ou pâquerette. Kamui a choisi ce surnom car Jihou est très petit, a le teint blafard comme les autres Yato, et semble trembler à la moindre occasion. C'est aussi un petit, tout petit clin d'oeil à la série Dengeki Daisy.
(4) système d'occultation : si vous n'êtes pas familiers à l'univers de Stargate, ou tout autre univers de SF, il s'agit du système permettant de rendre invisible quelque chose (une personne, un vaisseau ou autre).
(5) balancer quelqu'un/quelque chose dans le soleil : se dit pour plaisanter et s'amuser à jeter quelque chose dedans, mais aussi pour se débarrasser de soi-même, quelque chose ou quelqu'un qu'on ne souhaite plus voir/exister. Une phrase dont je me rappelle difficilement la provenance, mais que j'ai vue à maintes reprises sur tumblr et plusieurs autres sites de communautés de fans. C'est un peu une réplique ridicule et impactante.
Et voilà pour ce chapitre qui se focalise sur les Yato… Avec, vous l'avez deviné, de l'action qui va très vite se développer chez eux ! Il semble que Gintoki soit arrivé à ses fins, mais rien n'est joué !
