Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.

Note : Recueil d'OS écrits pendant les nuits HPF (une heure pour un texte sur un thème donné), d'où les formats et les ratings variables.

Univers : UA saison 2.

Rating : K+


Visite hivernale


Enroulé dans un plaid, Frederick regardait la télévision avec une mauvaise humeur croissante. Il aurait dû changer la chaîne et arrêter de se focaliser sur ces fichus films de Noël qui passaient en boucle depuis des jours en lui rappelant que la fin de l'année approchait à grand pas mais il en était incapable. Il mettait ce comportement étrange sur sa fièvre et les médicaments, pestant contre l'hiver qui le rendait malade pour la première fois depuis bien longtemps. Jamais encore il n'avait été forcé de quitter son boulot parce qu'il ne pouvait pas assurer son travail et il ronchonnait contre ce temps qui l'affaiblissait. Sa dernière absence remontait à l'intervention d'Abel Gideon sur ses organes internes et il s'agissait alors des actes d'un médecin un peu trop fou, pas d'un virus qui aimait le froid et le vent.

Tendant la main vers sa tasse posée en équilibre sur la table basse, il poussa un autre soupir irrité en remarquant qu'aucune goutte de thé n'était présente dans le récipient. Il repoussa son plaid, frissonna sous le manque de chaleur et se leva maladroitement pour aller se verser une nouvelle dose d'eau chaude. Tandis que la bouilloire émettait tranquillement le bruit caractéristique de son bon fonctionnement, Frederick se tourna vers la fenêtre sur laquelle une fine couche de givre prenait place. À côté de la vitre, sa plante favorite captait les rares rayons de soleil, dressant ses feuilles d'un vert intense qui tranchait clairement sur le blanc du reste de la pièce. Le psychiatre s'approcha du pot et plissa les paupières, se demandant quel ange gardien veillait sur lui pour laisser à ses plantes une meilleure santé que la sienne.

« Tu te plais bien ici, toi, grogna Chilton en adressant un regard noir au bégonia. Tu trouves ta place dans cette maison, au moins. »

Son expression passa de la colère à la tristesse, en une fraction de seconde, ranimant ses noires idées et son chagrin insupportable. Il se surprit à renifler et songea que ce n'était, une fois de plus, qu'un effet de sa grippe. Il se rendit à l'évidence lorsqu'il se retrouva à cligner des paupières afin de chasser les larmes qui s'accumulaient au coin de ses yeux.

« Tu as vu dans quel état tu me mets, accusa-t-il la plante. Et pourquoi je te parle déjà ? Hein ? »

Il connaissait la réponse mais le silence fut tout aussi révélateur. Sa solitude en cette période où il se sentait mal devenait plus pesante qu'à l'accoutumée. Personne ne se souciait de son congé à l'hôpital psychiatrique, aucun employé n'allait s'inquiéter pour lui. En un sens, il y avait veillé avec son caractère invivable et ses manies hautaines mais il regrettait de ne pas avoir su se lier d'amitié avec plus de gens.

Le déclic de la bouilloire le tira de ses pensées et il se remplit sa tasse avant de permettre à son thé d'infuser tranquillement. Il jeta un coup d'œil à son bégonia, avant de marmonner que sa plante avait au moins la possibilité de grandir à sa guise et de profiter du soleil sans avoir envie de se mettre sous la couette. Frederick récupéra son breuvage et retourna s'installer sur son canapé, à l'instant même où les protagonistes du film s'avouaient enfin leurs sentiments sous du gui, avec des bonnets d'hiver et des gros pulls de Noël. Son cœur se serra douloureusement et il éteignit l'écran, encore plus morose qu'en son début de journée. Il remonta le plaid jusqu'à son menton et ferma les yeux, bercé par l'odeur de son thé de Noël qui lui parvenait. Il faillit s'endormir lorsqu'un coup retentit à la porte de sa maison, lui faisant froncer les sourcils. Il n'attendait personne, il le savait pertinemment et il eut soudain peur de voir apparaître un autre psychopathe.

Chilton décida de ne pas aller ouvrir, jugeant préférable de rester en sécurité dans la chaleur de sa maison. Cependant, l'individu de l'autre côté de la porte ne semblait pas de son avis et recommença à taper contre la partie vitrée. Il se dirigea vers l'entrée d'un pas lourd et fut surpris de découvrir Will Graham qui parut aussi gêné que lui.

« J'ai appris que vous étiez malade, se justifia le plus jeune en évitant de croiser son regard.

— Comment l'avez-vous su ? demanda Frederick sur un ton suspicieux. Personne n'est au courant.

— Le personnel de l'hôpital le sait, répondit le consultant du FBI avec un rictus. Je devais vous parler pour une enquête.

— Elle attendra, je suis en congé et je n'ai pas de temps à perdre. »

Il ponctua sa phrase d'une toux prononcée avant d'esquisser le geste de fermer la porte. Will l'en empêcha avec un air sérieux et entra à sa suite. Le psychiatre lui proposa à boire, plus par politesse que par réel intérêt mais le plus jeune refusa avant de revenir sur sa décision. Étonné par ce revirement si rapide, Frederick se tourna vers l'empathe qui détaillait son salon avec la même expression que celle qu'il arborait lorsqu'il menait ses enquêtes et observait des scènes de crime.

« La décoration vous dérange ? lâcha Chilton avec un agacement évident.

— Vous êtes seul, constata Will.

— Pas besoin d'être doué d'empathie pour s'en rendre compte, répliqua le psychiatre en sentant une fois de plus sa respiration devenir laborieuse. »

Il était au bord des larmes mais ne voulait rien montrer à l'autre homme. Il lui fit couler un café, sans chercher à savoir ce qu'il faisait, et il fut ainsi surpris lorsqu'une main amicale se posa sur son épaule.

« Si vous avez besoin d'une personne à qui parler, je suis là. »

Sans lui répondre, Frederick se dégagea de son contact, les joues en feu, avant de lui donner son breuvage. Il l'accompagna jusqu'au salon, en silence, l'esprit agité. Il aurait voulu trouver un prétexte pour le faire partir et replonger dans sa solitude mais il devait avouer que sa présence avait déjà un effet bénéfique sur lui. Will était censé être le plus fragile des deux et il dépassait ses propres faiblesses pour accepter de venir le voir.

« Que puis-je faire pour vous ? s'enquit finalement Chilton.

— Je vous l'ai dit, j'ai une enquête en cours. Un criminel rôde en Virginie et il se pourrait que ce soit l'un de vos anciens patients. »

Le plus jeune lui transmit ainsi le nom de leur suspect et lui expliqua dans quel état ils avaient retrouvé les derniers cadavres, tout en rapportant également les prises de tête avec l'agent Crawford. Will était en train de raconter que son supérieur avait failli virer Price et Zeller à cause d'une mauvaise plaisanterie impliquant une pomme de pin et une couronne de houx lorsque Frederick fut pris d'une nouvelle quinte de toux. Il s'excusa un instant avant de boire une gorgée de son thé, toussant encore en raison de l'irritation. L'éclat d'inquiétude dans le regard du consultant était une nouveauté pour le psychiatre qui s'interrogea sur leur relation. Ils n'avaient jamais été plus loin que des sourires hypocrites, sans vraie cordialité, et il n'arrivait pas à comprendre cette soudaine évolution.

« Que disiez-vous sur la pomme de pin ?

— Zeller a des sapins dans le jardin de sa résidence et il a pris l'habitude d'en ramener à la morgue pour préparer Noël, raconta Will. Price était en train de jongler avec les pommes quand Jack est arrivé, sans remarquer celle qui était à terre. »

Frederick dut boire une autre gorgée pour étouffer son rire dans sa tasse. Il n'appréciait pas l'agent Crawford et était plutôt heureux d'apprendre que même le grand chef du BAU pouvait se rendre ridicule devant son équipe. L'empathe ne manqua pas sa réaction et lui offrit un sourire sincère, si différent des autres jours. Chilton sentit une chaleur bienvenue envahir ses organes, loin de la fièvre qui le tenait entre ses griffes, et il baissa les yeux sur son thé, troublé par les sentiments étonnants venus s'emparer de lui. Il connaissait cette émotion qu'il haïssait pour toute la douleur qui l'accompagnait. Il s'était promis de ne plus s'attacher à quelqu'un mais il fallait croire que son cœur était en train de se moquer de sa raison.