Bonjour à tous, je suis heureuse de constater que le changement ne vous fait pas peur et que vous semblez toujours apprécier cette histoire. J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira également.
Petite surprise aujourd'hui, j'ai prit le temps de faire une playlist qui regroupe toutes les musiques que j'ai cité dans cette histoire, alors si ça vous tente, je vous laisse le lien ci-dessous :
playlist/08ePkD2EYKWXxjuqa0tkF1?fbclid=IwAR0WRql72ZVWr6ahc6JKSNX6FgceRG8NOWMvB2rHaa_UQfFaQDG_DvM3c0w
La playlist se nomme, Ce bleu te va si bien, alors si vous désirez y faire un tour, ça serait avec plaisir ;) Bien sûr j'y ajouterai de nouvelles musiques au fil de l'histoire.
Nous nous retrouverons bien sûr vendredi prochain pour la suite de cette histoire, en attendant, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
Je vous remercie et vous souhaite une belle semaine, à bientôt, prenez soin de vous,
Lou De Peyrac.
Chapitre 43 :
Ce ne fut que bien trop tard que Mak parvint enfin à se réveiller, Xanax se décidant à battre en retraite. Elle peina à ouvrir les yeux alors que son corps, lui, se tendit immédiatement, comme s'il avait besoin d'un passage obligé de tension pour s'animer.
Elle regarda l'heure. Elle avait cinq appels manqués de Regina et la journée était finalement passée sans qu'elle n'aille travailler… Ça aussi c'était la joie de la dépression, on perdait totalement la notion du temps. Comme si, du jour au lendemain, on se retrouvait avec le pouvoir de faire des sauts dans le temps. Enfin, ça c'est si on était optimiste, parce qu'en réalité, on dormait seulement tellement que la vie nous passait sous le nez et filait entre nos doigts. Il y avait-il un avantage à ça ? Peut-être pour quelqu'un qui pensait que la vie était une salle d'attente pour les gens de seconde classe.
Elle avait de nombreux messages de ses amis aussi. Ses branleurs préférés qui insistaient pour la voir rapidement, autour d'un verre, dans l'un de leurs appartements, exactement comme ils le faisaient autrefois.
Mak soupira une énième fois. Comme si soupirer était à présent sa seule manière de respirer. Comme si la respiration n'était devenue quelque chose à faire que par défaut seulement parce qu'elle n'avait pas le choix et que le suicide n'était pas un acte que son cerveau pouvait concevoir de lui-même. Non sans peine, elle se redressa, parce que se tirer de la chaleur réconfortante de son lit lui était si difficile depuis quelques années.
Son téléphone sonna une énième fois, réduisant le silence de sa chambre à un bruit insupportable.
- Oui Régina ? Répondit-elle.
- Miss Lichtenstenner, comptez-vous venir travailler un jour ? Soupira la brune, malgré tout rassurée d'entendre la voix de sa barmaid.
- J'arrive tout de suite, assura Mak avant de raccrocher.
Elle savait qu'elle était en retard mais ne s'en formalisa pas. Depuis qu'elle bossait pour Régina, elle avait toujours été exemplaire. Elle ne se souvenait même pas avoir déjà été en arrêt maladie ne serait-ce qu'une fois. Elle savait que Régina, malgré sa réputation de méchante reine, ne lui en voudrait pas. Alors sans grand entrain, elle passa des vêtements plus décents, du moins qui ne ressemblaient pas à un pyjama, et sortit de sa chambre. Elle fut étonnée de trouver Emma, toujours présente dans leur salon.
- Bah, t'es pas retournée bosser ?
- Je devais, mais je crois me souvenir que ta caisse est toujours sur le parking du Storybrook. Allez, viens, je te dépose, sourit la blonde alors que Mak acceptait sans protester.
Les doigts d'Elsa tapotaient nerveusement le volant alors qu'elle était garée à quelques mètres du Storybrook. Elle en observait la devanture, guettant les entrées et les sorties, suivant le vigile des yeux. La terrasse commençait doucement à se remplir, certains clients commandaient déjà une bière alors que d'autres n'en étaient encore qu'au café. Une brune courrait de partout, se glissant entre les tables, prenant parfois quelques secondes pour discuter avec le vigile. Jusque-là, aucune trace de Mak. Peut-être ne travaillait-elle pas aujourd'hui ? Pourtant le vigile lui avait assuré qu'elle était souvent fourrée dans ce bar...
Elsa attendait ainsi, cachée dans sa voiture, depuis une heure environ, espérant tomber sur la fille aux cheveux bleus. Elle angoissait tellement à l'idée de la croiser et en même temps, elle en rêvait tant. Quand elle l'avait vu derrière son comptoir pour la première fois après cinq ans à s'être passée d'elle... Elle l'avait trouvé si belle bien qu'un peu amaigrie. Elle l'avait vu sourire à cette brune qu'elle avait deviné comme étant sa patronne.
Cela l'avait fait sourire également en se disant que, entre Oaken et cette brune distinguée, la différence était frappante. Il lui avait fallu un courage monstrueux pour se présenter à l'entrée. Puis elle avait demandé au vigile si Makdellana Lichtenstenner travaillait ici. Celui-ci l'avait appelé Litchi, un surnom qui, semblait-il, la suivait où qu'elle aille. Elle avait alors entendu les verres se fracasser contre le sol et avait été confrontée au regard profondément choqué que son ancienne élève avait posé sur elle. Puis les sourcils de Mak s'étaient froncés, elle avait pu voir sa mâchoire se serrer. Et le regard de surprise s'était rapidement changé en un revolver qui voulait l'abattre. Puis la voix de Mak l'avait atteinte. Cette voix dont elle se rappelait parfaitement, une voix qui l'avait suppliée de revenir tellement de fois. Une voix qui l'empêchait à présent de l'approcher...
Elle comprenait sa colère. Comment pouvait-elle lui en vouloir ? Et pourtant... Elle avait cru, bien naïvement, elle devait l'avouer, que la fille la pardonnerait, peut-être même l'embrasserait, qu'elle serait restée la douce adolescente un peu sauvage qu'elle avait aimé. Mais non. Mak l'avait repoussée, et après réflexion, elle aurait dû s'y attendre. Pourtant, elle ne pouvait la laisser en paix. Elle avait tant de choses à lui dire. Il fallait qu'elle lui explique. Qu'elle lui raconte sa peur de revenir, son angoisse de la retrouver, sa joie aussi de la retrouver...Il fallait qu'elle lui raconte tout. Sinon pourquoi attendrait-elle ainsi dans sa voiture comme une imbécile ?
Au bout d'un quart d'heure supplémentaire à patienter, elle soupira en démarrant sa voiture. Tant pis, elle reviendrait ce soir. De toute façon, à moins que Mak décide de changer de pays, elle la croiserait sûrement à un moment donné.
Elle allait sortir de sa place de parking, quand elle vit une vieille coccinelle jaune, se confondant avec un cercueil ambulant, se garer devant le Storybrook. Elle stoppa ses gestes, sa main se crispant sur le levier de vitesse quand elle vit une tête bleue qu'elle connaissait bien sortir de la voiture. Mak souriait, semblait heureuse en faisant le tour du véhicule en courant pour se pencher à la fenêtre du conducteur.
Elsa la détailla une seconde, se délectant de la vision de ses petites jambes, notant que la gauche devait être encore douloureuse puisque la jeune femme avait pris appuie sur la droite. Elsa l'observa ainsi sous toutes les coutures, la bouffant des yeux. Son regard partit des jambes nues, puis remonta jusqu'aux petites fesses, éternellement enfermées dans un short court. Il caressa ensuite la vision d'un ventre plat à peine couvert, d'une poitrine cachée par un t-shirt crop-top et d'une masse de longs cheveux rebelles laissés détachés. Mak souriait tendrement alors que son dos était voûté et que ses coudes s'appuyaient contre le bord de la fenêtre. Elsa voulut sortir de la voiture mais sa main serra violemment la poignée de la portière quand elle vit Mak rire, attraper le visage du conducteur et lui offrir un baiser passionné. Elsa réalisa que le conducteur de cette horreur jaune n'était autre qu'Emma Swan. Le sang de l'enseignante ne fit qu'un tour alors qu'elle se figeait sous la vague de jalousie qui venait l'éteindre.
Sa coloc… cette blonde s'était bien payé sa tête… On n'embrassait pas sa coloc comme Mak venait de le faire. Cette Emma Swan semblait avoir un droit sur ses lèvres là où elles étaient interdites à Elsa. L'enseignante sentit une colère tendre ses muscles alors qu'elle voyait la jeune fille sourire de manière aguicheuse à travers son pare-brise, toujours appuyée à ce rebord de fenêtre, comme si elle faisait le tapin… Non, elle n'avait pas le droit de penser ainsi. Elle lui avait dit, dans le mode d'emploi qu'elle lui avait laissé, qu'elle lui interdisait de refuser une histoire d'amour pour lui rester fidèle, alors elle se souvint qu'elle n'était pas en droit de lui en vouloir. Et si Mak tenait véritablement avec cette fliquette, Elsa n'avait pas son mot à dire.
- Travaille bien et sois prudente, défendit Emma après avoir rendu le baiser que Mak venait de lui offrir.
- Toujours, assura la jeune fille en haussant un sourcil charmeur. Je ne rentrerai pas avant demain matin.
- Ça marche, je passerai acheter un dej à la boulangerie, proposa Emma.
- Cool, oh, prends les viennoiseries au citron, tu sais, ces trucs minuscules qui coûtent une fortune ! S'il te plait ! Réclama Mak.
Emma roula des yeux. Elle savait que sa coloc parlait de mini tartelettes au citron véritablement hors de prix dans la boulangerie de leur quartier. Mais bon, si ça pouvait la faire manger, il était sûr qu'elle céderait à son caprice.
- Ça va te coûter cher… taquina la blonde, seulement pour s'amuser.
- Ah oui ? Chantonna Mak en croisant les bras sur le rebord de la fenêtre pour poser son menton dessus, se cambrant volontairement, laissant à Emma une vue imprenable sur ses fesses. Ne t'en fais pas, je suis sûre que c'est dans mes moyens, on peut s'arranger charma-t-elle en plissant les yeux.
Le regard d'Emma passa de ses yeux à ses fesses et Mak sut qu'elle avait gagné. Charmer Emma lui avait toujours été si facile.
- Je crois que j'ai intérêt à prendre de l'avance sur mes dossiers, soupira la blonde, faisant rire sa coloc.
- Miss Lichtentenner, je ne vous paye pas à faire le trottoir, grinça une voix ferme.
Mak tourna la tête et rencontra le regard excédé de Regina Mills qui se tenait devant la devanture du Storybrook, les bras croisés alors qu'Hercule riait près d'elle. Mak sourit pour seule réponse et lui fit signe qu'elle arrivait. Il était environ 15h, le bar était vide, malgré son retard, sa patronne exagérait.
- Elle vient de me traiter de putain là, je n'ai pas rêvé ? Sourit Mak à l'attention d'Emma sans prendre au sérieux les dires de la brune, se disant qu'il lui en fallait bien plus pour se vexer.
- Ce n'est pas ce que tu es ? Taquina encore Emma, appréciant ce jeu qui s'était naturellement installé entre elles.
Mak plissa les yeux en faisant mine de réfléchir une seconde, puis se pencha à l'oreille d'Emma.
- Seulement la tienne, murmura-t-elle avant de se redresser et se retourner pour entamer une marche vers le Storybrook en roulant volontairement des hanches.
- Allumeuse ! S'écria Emma alors que son estomac s'était envolé et que ses yeux s'étaient épinglés au petit short qui gesticulait spécialement pour elle.
Pour seule réponse, Mak éclata de rire sans prendre la peine de se retourner alors qu'elle entendait la coccinelle s'éloigner.
- Je ne comprends pas comment vous pouvez vivre avec une femme pareille…soupira Régina quand Mak arriva à sa hauteur.
La jeune fille alluma une cigarette et leva un œil étonné vers sa patronne.
- Emma ? Elle est cool pourtant. Vous devriez passer boire un café à l'appart à l'occasion, je suis sûre que vous pourriez vous entendre, répondit Mak.
- Je n'aurai aucun intérêt à m'imposer telle torture, voyons, tacla Régina alors que Mak et Hercule partageaient un regard amusé.
- Hm, vous avez l'air d'humeur parfaitement cordiale comme toujours, ironisa Mak. Cigarette ? Proposa-t-elle en tendant son paquet devant Régina.
- Vous savez très bien que je ne fume pas, soupira la brune.
Mak haussa les épaules et offrit finalement la cigarette à Hercule qui l'alluma volontiers.
- Rentrez chez vous tous les deux. Le bar est mort, je devrais m'en sortir, proposa la jeune fille.
- Tu es sûre ? Demanda tout de même Hercule.
- Mais oui, assura Mak. On se retrouve pour le service de cette nuit.
Régina et Hercule hésitèrent, mais le besoin de sommeil eut finalement leur peau et Mak se retrouva bien vite seule devant le Storybrook. Il lui fallait encore tout préparer avant que le bar ne se transforme en boîte de nuit.
- Bon allez, au boulot, soupira-t-elle en écrasant sa cigarette dans le grand cendrier de l'entrée. Parce que je rigole, je rigole…mais je fous rien… râla-t-elle pour elle-même en entrant dans le bar sans se douter une seule seconde qu'une certaine enseignante ne l'avait pas lâchée des yeux.
3ème Sexe d'Indochine passait en font musical par les enceintes du bar. Seulement deux ou trois habitués lisaient leur journal sur la terrasse en sirotant une bière ou un verre de vin blanc au soleil et Mak savait que ça resterait ainsi jusqu'à 22h. Ce bar, même s'il restait ouvert, n'accueillait que très peu de monde en journée, même en été. Il était avant tout connu pour ses nuits de folie dépourvues de tourments. Régina Mills était une vendeuse de rêve, ses clients le savaient.
La jeune fille avait alors pris le temps de passer un coup de balai dans la salle et lavait à présent quelques verres, le regard fixé dans l'évier du comptoir, un chiffon pendant sur son épaule.
- Une fille au masculin… chantonnait-elle du bout des lèvres en balançant un peu des hanches.
Danser seule derrière son comptoir, elle en avait vite prit l'habitude.
Elle chérissait ces moments solitaires. Ces quelques heures de travail tranquille qui lui était parfois accordées. Définitivement, elle préférait davantage tenir le bar seule que d'avoir une Régina stressée sur le dos.
Plusieurs fois au cours de la journée, elle sortait fumer une cigarette, guettant la terrasse et débarrassait les tables avant de rentrer en saluant parfois quelques clients réguliers au passage.
Et si vraiment l'après-midi se faisait longue, elle s'occupait en avançant un peu la compta de Régina. Elle m'aimait penser que, dans son travail, elle n'avait pas besoin d'aide.
Les mains dans l'eau savonneuse, elle entendit le grincement familier de la porte d'entrée.
- Bonjour, qu'est-ce que je vous sers ? Demanda-t-elle poliment sans relever les yeux.
- Cinq minutes de ton temps me suffiraient, dit une voix qu'elle aurait pu reconnaître entre mille.
Elle leva les yeux et tomba nez à nez avec Elsa, qui se tenait droite à l'entrée de son bar. Elle resta stupide une seconde alors qu'Indochine chantait toujours l'arrivée d'un tout nouveau genre. Sa main se serra autour du verre qu'elle tenait sans qu'elle ne le remarque et la pression fut si forte que celui-ci éclata dans le creux de sa paume, écorchant profondément la peau, des éclats de verre brisé se plantant dans l'épiderme.
- Ah ! Grimaça-t-elle en serrant les dents, revenant subitement à elle alors qu'Elsa avançait rapidement de plusieurs pas vers le comptoir, une inquiétude non feinte sur le visage. Merde ! Jura-t-elle en secouant sa main blessée, espérant diffuser la douleur alors qu'une traînée de sang coulait déjà le long de son avant-bras.
- Ne fais pas ça, montre-moi, réclama Elsa en prenant place sur l'un des grands tabourets du comptoir, tendant une main douce vers Mak.
- C'est bon, c'est rien, grogna Mak en éloignant sa main d'Elsa comme si la toucher allait la changer en statue de pierre.
- Lichtenstenner, je vois bien que ce n'est pas rien, appuya l'enseignante en tentant d'attraper d'un geste précis et autoritaire le membre blessé.
- Ne me touche pas ! Grinça la jeune fille en défaisant de la prise alors qu'Elsa l'avait à peine touché.
L'enseignante soupira intérieurement en reconnaissant là l'esprit profondément buté de son ancienne élève.
- S'il te plaît, supplia-t-elle presque. Ne fais pas l'enfant, laisse-moi voir.
- Je ne suis pas une enfant, répondit amèrement la jeune fille. Et je n'ai pas besoin de toi, appuya-t-elle en passant sa main sous le robinet du bar.
Elsa ne répondit pas, touchée par ces mots et se contenta de l'observer en silence quelques secondes. Mak entreprit de retirer délicatement chaque morceau de verre coincé dans l'épiderme. La douleur était supportable, anesthésiée par l'eau froide, mais la jeune fille grimaça quand un éclat, plus important que les autres, fut retiré.
- Ça va ? Ça à l'air profond, ne put s'empêcher Elsa en la voyant grincer des dents.
- Je t'ai dit que ce n'était rien, râla encore Mak alors que sa colère montait encore d'un degré.
- Hm, fredonna Elsa. Quelques points ne te feraient pas de mal, essaya-t-elle en attrapant doucement la paume sans prévenir.
Encore une fois, Mak ne se laissa pas approcher et ferma le point avant de retirer sa main de celle de la blonde.
Mak inspira en sentant quelque chose se réveiller dans le fond de son estomac même si elle s'était interdite de flancher.
Mais dis donc, c'est qu'elle te fait toujours autant d'effet… se moqua une petite voix qu'elle avait bloqué en mute depuis si longtemps.
- Je n'ai pas le temps pour ça. Tu veux appeler une ambulance tout de suite ou tu vas me laisser tranquille ? S'impatienta Mak en haussant un sourcil réprobateur.
Elsa observa la blessure une dernière fois, et soupira encore.
- Sans un mot, Mak attrapa le chiffon qui pendait sur son épaule et tapota nonchalamment la blessure sous le regard peu convaincu de l'enseignante.
- Tu devrais au moins désinfecter, intervint Elsa en devinant que ce chiffon avait sans doute essuyé pas mal de tables avant de finir sur une plaie à vif.
- Je n'ai pas de désinfectant, contra la jeune fille.
Elsa roula des yeux, et sans demander permission, attrapa rapidement une bouteille de vodka exposée près d'elle sur le bar, de nouveau le poignet de Mak qu'elle positionna au-dessus de l'évier et vida un quart de la bouteille dessus.
- Putain, mais tu ne lâche jamais rien toi, hein ! Tu sais combien elle coûte cette bouteille ! Râla la jeune fille en retenant un gémissement de douleur quand l'alcool lui brûla la peau, s'infiltrant dans l'entaille.
- Je te la payerai, s'il n'y a que ça qui t'inquiète, renchérit Elsa en lâchant la main.
Mak grogna en reprenant sa tâche là où elle l'avait laissée, jetant le verre brisé, nettoyant le bordel qu'elle venait de foutre au comptoir.
- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda-t-elle enfin alors qu'elle sentait le regard d'Elsa sur elle.
- Je te l'ai dit, j'aimerai que tu m'accordes cinq minutes, répéta l'enseignante appuyant son menton sur un coude alors que ses chaussures à talons reposaient sur la barre métallique du tabouret.
- Je bosse, là.
Elsa se retourna et scanna la salle, totalement vide, du regard.
- C'est vrai qu'il y a foule… ironisa-t-elle en reportant son attention sur la jeune fille.
- Tu commandes ou tu t'en vas ? Demanda finalement Mak, excédée, les mains sur les hanches.
- Si c'est le seul moyen de te parler… consentit Elsa.
- Je suis payée à te servir un verre, pas à te parler, précisa la jeune fille en préparant un cocktail alors qu'Elsa n'avait même pas pris la peine de commander.
- Bon, et bien peut-être que comme ça, tu m'écouteras, répliqua la blonde en haussant les épaules.
Mak roula des yeux en déposant un verre devant l'enseignante.
Elsa sourit en reconnaissant la couleur ambrée d'un Old Fashioned.
- Je ne pensais pas que tu t'en souviendrais, sourit-elle, émue, alors que Mak soupirait en branlant de la tête sans lui jeter un regard.
Un silence passa durant lequel Elsa l'observa seulement mener son quotidien. L'enseignante sirotait tranquillement son verre en bougeant à peine alors que Mak l'ignorait totalement. Le regard d'Elsa s'arrêta sur les traits tirés de son ancienne élève, sur son air abattu, son visage pâle, ses yeux vitreux, sa taille beaucoup trop fine.
- Tu as changé… murmura l'enseignante en lui remarquant un air bien plus adulte qu'autrefois.
- Pas toi, répondit Mak sans relever les yeux de sa tâche. C'est à se demander si le temps a une emprise sur toi.
Elsa sourit sous le compliment qui n'en était pas un, et continua, plus douloureusement :
- Je t'ai cherché.
- Faux, répondit immédiatement la jeune fille.
- Pardon ? S'étonna Elsa.
- Si vraiment tu m'avais cherché, tu n'aurais pas mis cinq ans à me retrouver.
Enfin…Tu en as mis du temps, pensa l'enseignante en sachant pourtant que ce reproche était loin, très loin d'être le dernier.
Elsa ouvrit la bouche, prête à répliquer, puis face à la vérité effroyable de ses mots, soupira enfin, et consentit :
- Bien, j'imagine que je l'ai mérité…
- Tu imagines bien, sourit Mak de manière hautaine et Elsa fut surprise qu'un sourire si glacial puisse se former sur son visage.
Les épaules de l'enseignante s'affaissèrent alors qu'elle effleurait un tant soit peu la colère évidente de son ancienne élève.
- Je ne suis pas revenue plus tôt parce que…
- Ne te fatigue pas, je m'en fiche, cassa Mak en se faisant couler un café.
- S'il te plaît, laisse-moi t'expliquer, essaya encore Elsa, en se penchant un peu plus sur le comptoir.
- Non, tais-toi, refusa de nouveau la jeune fille. Je ne veux pas savoir où tu étais et encore moins avec qui tu étais, annonça-t-elle. En supposant bien sûr qu'il n'y en ait eu qu'une, même si je n'y crois pas vraiment, grimaça-t-elle, un dégoût évident sur le visage.
Elsa plissa les yeux. Mak était jalouse, elle ne rêvait pas ? Quelque part, elle l'espérait. Ressentait-elle la même jalousie qui lui avait percé le cœur quand elle l'avait vu embrasser Emma Swan ?
Elsa vida son verre d'une traite, jurant qu'elle en avait bien besoin. L'alcool lui chauffa la gorge, l'aidant à supporter l'amertume de la jeune fille, furieuse, devant elle.
- Très bien, on n'est pas obligé d'en parler… consentit l'enseignante.
Et une nouvelle fois, Mak ne prit pas le peine de répondre, essuyant simplement les verres les uns après les autres, les rangeant ensuite délicatement. Elsa soupira discrètement. Il était vrai qu'elle s'était préparée à ce genre de réaction, mais elle n'aurait jamais pensé que la jeune fille puisse se montrer aussi froide vis-à-vis d'elle. Où était donc passé tout ce qu'elles avaient partagé ?
- J'ai rencontré ta coloc, dit-elle bien plus pour faire la conversation qu'à titre informatif.
- Je sais, répondit Mak d'une voix morne.
- Je n'aurai jamais pensé que tu vivrais un jour avec un flic, sourit la blonde. Je croyais que tu les détestais.
- Elle n'est pas qu'un flic à mes yeux, répondit Mak, premièrement parce que d'une manière ou d'une autre c'était vrai et surtout parce qu'elle savait que ces mots lui feraient mal.
Et quand elle vit Elsa serrer les dents, elle sut qu'elle avait tapé juste. Regrettait-elle ? Pas vraiment.
Elsa voulut dire autre chose, mais ne sut véritablement quoi. Il était si difficile de tenir une conversation avec quelqu'un qui se désintéressait d'elle si vite…
- Elle sait ce qui s'est passé entre nous et tu ne risques rien si c'est ce que tu es venue savoir, expliqua sérieusement Mak.
Un poids s'éleva des épaules de l'enseignante même si quelque chose la poussait à croire que Mak n'aurait jamais laissé Emma engager une procédure contre elle.
- Mak… Soupira Elsa qui perdait peu à peu patience. Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je suis venue faire ici.
Mak haussa les épaules et Elsa plissa les yeux en reconnaissant le mutisme auquel la jeune fille l'avait déjà habituée, à l'époque où pour elle, elle n'était qu'une prof. Une prof à qui elle se plaisait à cacher certaines choses importantes, comme par exemple le fait qu'elle était tombée amoureuse d'elle. Oui, de toute évidence nous étions de retour à ce jeu dangereux qu'Elsa s'était évertuée à détruire.
- C'est pour toi que je suis ici, ne put s'empêcher de lâcher Elsa, seulement parce que c'était ce que hurlait son cœur.
Mak manqua de peu de lâcher un énième verre et nota mentalement qu'il serait plus raisonnable qu'elle ne manipule rien de cassable en présence d'Elsa Lange à l'avenir. Alors silencieusement, presque lentement, elle déposa le verre sur le bar, planta son regard dans celui d'Elsa et déclara :
- Alors tu peux t'en aller. Excuse-moi, mais j'ai du boulot, termina-t-elle en jetant nonchalamment son chiffon sur le comptoir.
Elsa fut décontenancée face à tant de colère et l'observa silencieusement contourner le comptoir pour se diriger vers la terrasse où un client venait de prendre place. Elle n'aurait jamais pensé, malgré la situation, que Mak puisse se montrer si rancunière.
L'enseignante soupira en comprenant qu'elle ne tirerait rien d'elle aujourd'hui encore. Alors, résignée, elle attrapa un stylo dans le fond de son sac à main, puis saisit une serviette en papier sur une pile mise à la disposition des clients sur le bar et y écrivit quelques mots. Elle posa ensuite un billet de 20 euros sur le bois du comptoir et se leva sans grand entrain.
Dehors, Mak l'ignorait superbement, prenant seulement la commande de son client. Elle aurait espéré lui arracher un dernier regard mais cela semblait être trop lui demander. Alors elle ravala son chagrin et se dirigea vers sa voiture en luttant contre l'envie de se retourner.
Mak plissa les yeux en la regardant s'éloigner. Elle remarqua sa démarche chancelante et son regard rivé au sol. Malgré elle, elle se délecta de la vision de son dos, de ses frêles épaules à présent dégagées. Elle aimait cette nouvelle coupe de cheveux, ça lui allait bien…
- Mademoiselle ? Appela le client.
- Excusez-moi, quoi ? Demanda Mak en clignant des yeux.
- Je vous ai demandé si je pouvais avoir un café, répéta-t-il.
- Bien sûr, je vous apporte ça, sourit Mak avant de se diriger vers son comptoir.
Là, elle y trouva un message écrit sur une serviette en papier :
Je loge à l'Hôtel Transylvanie si tu changes d'avis. Chambre 206, même si je crois que tu l'aurais deviné. Je t'embrasse.
-E.
Mak soupira en se confrontant à l'écriture, qu'elle aussi, elle avait cru oublier. Elle encaissa le billet de 20 euros, se disant qu'il couvrait largement la vodka qu'Elsa avait utilisé pour désinfecter sa main et froissa la serviette dans l'intention de la jeter. Pourtant, sa main resta statique, suspendue au-dessus de la poubelle. Elle hésita comme ça quelques secondes, puis grogna avait de fourrer le bout de papier dans la poche arrière de son short. Pourquoi ? Elle n'en savait rien, elle s'était seulement dit que c'était la meilleure chose à faire à ce moment-là.
Mak se laissa tomber derrière le volant de sa voiture. Elle soupira alors qu'elle ne sentait plus ses jambes. Cette nuit l'avait littéralement épuisée. Les clients s'étaient enchaînés, ainsi que les musiques toutes plus fortes les unes que les autres. Un mal de tête martelait les tempes de la jeune fille alors qu'elle se laissait couler dans son siège. Le jour commençait doucement à se lever. Il était environ 7h du matin, la fermeture du bar avait pris plus de temps que prévu et elle savait qu'elle y retournerait bientôt. Ce rythme effréné était son quotidien ainsi que celui de Régina et d'Hercule. Depuis qu'ils travaillaient ensemble, la brune avait déjà voulu engager quelques extras, ne serait-ce que pour les soulager un peu, mais Mak s'y était toujours opposée, assurant qu'ils avaient l'habitude de travailler à trois et que l'arrivée d'une nouvelle personne bousculerait sans doute ce fonctionnement.
Bon, Mak admettait que parfois, prendre quelques jours de vacances lui manquait mais c'est ainsi qu'elle avait choisi sa vie comme une thérapie, se noyant sous la charge de travail, oubliant ainsi que son esprit perdait parfois un peu les pédales. Duper la mélancolie par l'épuisement au travail, elle embrassait ce concept. Et puis ça arrangeait aussi Régina et son compte en banque, alors c'était tout bénef. Sa santé, elle choisissait seulement de ne pas y penser.
Elle passa une main sur son visage et secoua vivement de la tête, tentant par tous les moyens de se réveiller un peu. A cette heure si tardive, le sommeil commençait à lui manquer mais supporter la fatigue au volant, elle en avait malheureusement l'habitude.
Alors elle alluma son autoradio, et monta le volume au maximum. The Police se mit alors à hurler dans ses oreilles, criant à Roxanne qu'elle n'avait pas à allumer la lumière rouge, et la voix haut perchée de Sting parviendrait à la tenir éveillée tout au long du trajet.
A un stop, une jeune femme traversa devant son capot. Elle plissa les yeux en remarquant que celle-ci était blonde. Elle tiqua. Oh non, elle recommençait à faire ça… À chercher Elsa de partout, à la confondre avec n'importe quelle blonde qu'elle croisait. Fuck, elle s'était pourtant juré d'arrêter de faire ça.
Elsa qui avait envahi son bar un peu plus tôt, qui s'était assise à son comptoir, qui avait voulu soigner sa main comme si de rien n'était… La jeune fille n'avait pu empêcher une chaleur dévorante de pénétrer son estomac lorsqu'elle l'avait touchée. Une chaleur qui ne l'avait pas quitté depuis. Et elle se détestait pour ça.
Cette nuit, à de nombreuses reprises, elle n'avait pu s'empêcher d'imaginer un regard bleu lui commander un verre. Et maintenant, alors qu'elle tenait son volant par un genoux pour allumer une cigarette, c'est encore à Elsa qu'elle pensait. Elsa qui la tuerait sûrement si elle la voyait faire ça.
Elle soupira en s'injectant une dose de nicotine dans les poumons, peinant à ouvrir la fenêtre de sa vieille R5 blanche. Elle avait finalement réussi à décrocher le permis quelques mois après le départ d'Elsa. Elle s'était dit qu'ainsi, si la blonde lui demandait de la rejoindre quelque part, elle ne serait pas forcée de prendre un train. Elle avait même composé le numéro d'Elsa pour le lui dire ce soir-là. Elle en était si fière, il avait fallu qu'elle lui en parle.
Mais comme à chaque fois qu'elle appelait ce numéro, elle était tombée sur la messagerie. Comme elle avait pris l'habitude de le faire avec la boîte vocale de son père, minable réflexe de survie, elle avait ainsi parlé :
- Madame Lange bonsoir, avait elle sourit à la voix électronique. J'espère que tu vas bien. Je t'appelais seulement pour te dire, que ça y est, j'ai mon permis ! Je l'ai passé ce matin, et j'ai carrément fait gaffe aux priorités. Je t'assure, tu aurais été fière de moi. Enfin bon voilà, je n'ai pas encore de voiture mais si tu le souhaite, je peux te rejoindre maintenant. Rappelle-moi, d'accord ? Je t'embrasse.
Et à la suite de ce message, elle avait attendu, comptant les secondes, les minutes, les jours, puis les mois… Mais elle n'y reçut jamais aucune réponse. Elle était loin de se douter que c'est une Elsa émue aux larmes qui avait écouté ce même message seulement quelques instants après son appel.
Et par la suite, les années étaient passées, et les messages s'étaient succédés, brisant à chaque mots le cœur de l'enseignante qui les écoutait sans jamais trouver le courage d'y répondre. C'était étrange et à la fois terrifiant de voir à quel point Mak se plaisait à parler aux absents. Sa mère s'étant finalement résignée à résilier l'abonnement téléphonique de son mari, la jeune fille avait trouvé pour seul refuge de simplement changer de fantôme.
Mak arriva rapidement en bas de son immeuble alors que Lyon se réveillait doucement. Elle aimait tout particulièrement ces heures-là. Le silence d'une ville encore endormie, une lumière timide, un parfum matinal des boulangeries avant que l'odeur des échappements de voiture ne prenne place. Elle n'avait jamais aimé le matin, alors elle préférait davantage aller se coucher quand d'autres commençaient à peine leur journée.
Enfin, elle poussa la porte de son appartement, et se dirigea vers la cuisine. Sur la petite table en bois clair achetée une fortune chez IKEA, elle trouva comme prévu plusieurs petites tartelettes au citron. Elle sourit en se faisant couler un café.
- Salut, ma jolie.
Elle sursauta légèrement, le bruit de la cafetière ayant couvert les pas d'Emma. Elle se retourna et trouva sa coloc, appuyée contre l'encadrement de la porte, seulement vêtue d'un débardeur et d'une culotte. Emma se baladait souvent comme ça dans l'appart, même bien avant qu'elles commencent à coucher ensemble.
Mak sourit alors que son regard se baladait sur le corps de la blonde. La jeune fille, seulement poussée par un désir certain qu'elle ressentait sans cesse depuis qu'Elsa avait touché sa main, abandonna l'idée d'un café et s'approcha d'Emma.
Silencieusement, elle passa ses bras autour du cou de la blonde, se hissa sur la pointe des pieds puisque celle-ci, comme beaucoup d'autres, la dépassait d'au moins une tête, et l'embrassa tendrement.
Emma fut surprise quelques secondes, mais se laissa finalement avoir par la délicatesse de ce baiser qu'elle lui rendit avec joie. Elle sourit en sentant ses lèvres sur les siennes et lui offrit une caresse sur la joue quand elles se séparèrent.
- Si douce… sourit Emma. C'était pour quoi ça ? Demanda-t-elle.
Mak plissa les yeux en collant son corps à celui de la blonde et expliqua :
- Pour les tartes. Mais ce n'est pas vraiment ce dont j'ai envie pour le moment, précisa-t-elle en embrassant le cou de sa coloc qui n'avait plus aucun doute sur la nature de ses intentions.
Emma fredonna en dégageant instinctivement sa nuque, passant un bras autour de la taille fine de la jeune fille, bien trop fine ces derniers temps, remarqua-t-elle.
- Eh, c'est quoi ça ? Tu es blessée ? Remarqua aussi Emma en posant un regard inquiet sur la main de la jeune fille.
- Je me suis coupée au boulot, c'est rien, sourit Mak en se pressant contre elle, passant déjà des mains indécentes sous son débardeur, se fichant pas mal que l'une d'elles soit amochée. Mais contre toutes attentes, Emma attrapa doucement ses poignets.
- Tu es sûre ? Demanda-t-elle.
- Sûre de quoi ? Demanda Mak en fronçant les sourcils. Tu n'en as pas envie ? Vu comment tu m'as allumé avant le boulot, je pensais que…
- Si, si, j'en ai envie ! Coupa Emma, ne désirant pas que la petite bleue se méprenne. Je croyais juste qu'avec le retour d'Elsa…
La blonde ne finit pas sa phrase, c'était inutile, Mak comprendrait très bien où elle voulait en venir.
- Rien ne change, assura sérieusement la jeune fille en serrant ses doigts autour des plis du débardeur. On s'en fiche, et je ne veux pas penser à Elsa pour l'instant, sourit-elle, charmeuse en prenant les mains d'Emma pour les poser sur ses fesses.
La blonde hésita encore une seconde mais se laissa finalement convaincre en asseyant d'un geste rapide la jeune fille sur la table de la cuisine. Elle ne se doutait pas que cette affirmation était un beau mensonge. Penser à Elsa… Mak ne faisait que ça, tout le temps, partout. Elsa revenait et avait amené avec elle certains besoins que Mak était pourtant parvenu à faire taire. Le besoin d'être touché, embrassé, caressé, parfois écouté, souvent comprise. Mais pour ce soir, il était plus facile et bien moins dangereux de faire tout ça avec Emma. De, une énième fois, se faire du bien sans jamais se faire du mal.
