Bonjour à tous !
J'espère que vous allez bien et je suis surprise de voir que je vous commencez à apprécier Emma Swan ! Bon je comprends que vous soyez toujours team Elsa hein, c'est un peu la trame de l'histoire, je sais que notre cher professeur vous fait fondre malgré son caractère de chien, mais je suis heureuse que vous laissiez une chance à Emma.
On part sur un nouveau chapitre aujourd'hui. Chapitre de transition, vous savez à quel point je déteste ça, alors j'espère qu'il vous plaira malgré tout.
Merci à tous, et à vendredi prochain.
Tendrement,
Lou De Peyrac.
Chapitre 44 :
Mak sourit quand les doigts d'Emma effleurèrent ses hanches.
- Tu es belle, lui murmura celle-ci, allongée sur le côté, un bras replié sous sa tête alors que la fille aux cheveux bleus roulait des yeux en lui faisant face.
- Ne dis pas de bêtises, rétorqua Mak en rougissant malgré tout.
- Si c'était le cas, je serai forcée de me passer moi-même les menottes pour faux témoignage, taquina Emma et Mak ne put que capituler.
Dans le lit de la jeune fille, les deux femmes prenaient le temps d'être ensemble, sans penser ni au travail, ni aux tracas du quotidien. Simplement, comme toujours.
Le soleil était à présent haut et Lyon s'éveillait. Même à travers le double vitrage, on entendait les ronflements des moteurs de voiture, les klaxons des bus, les sonnettes des vélos. Vivre en centre-ville était loin d'être de tout repos, mais elles avaient depuis longtemps appris à s'y habituer.
- Je ne suis pas là ce weekend, déclara Mak en ramenant le drap contre sa poitrine.
- Où est-ce que tu vas ?
- A Arendelle, il faut que j'aille voir ma mère.
- Un problème ? Demanda la blonde en fronçant les sourcils.
Mak ne parlait que très peu de sa mère, presque jamais en réalité. Emma avait seulement surpris quelques conversations téléphoniques mais rien de plus.
- Non, mais ça fait un bail que je ne suis pas rentrée, mentit Mak, se retenant de lui dire qu'elle avait tellement besoin de sa mère pour mettre un semblant d'ordre dans ses pensées.
- Ok, tu seras prudente ?
- Toujours, sourit Mak. Je peux te laisser Colonel ?
- Il va encore te chercher dans tout l'appart, mais oui, pas de problème, soupira Emma.
- Ne le laisse pas seul toute la journée, d'accord ? Ou il va pleurer et la voisine va encore péter un câble.
- Je l'emmènerai au boulot avec moi, assura la blonde. Les collègues vont se foutre de ma gueule, devina-t-elle en haussant un sourcil.
- Tu ne peux t'en prendre qu'à toi, je te rappelle que c'est toi qui l'as ramené, rétorqua Mak en s'appuyant sur un coude.
- Je l'ai ramené, mais c'est toi qui as décidé de le garder, précisa Emma.
Mak haussa les épaules, sachant que sa coloc avait raison. Un silence apaisant passa dans la chambre. Un silence durant lequel Mak se laissa couler dans le lit, s'allongeant sur le ventre, définitivement épuisée. Emma, par habitude, caressa longtemps la peau de son dos, appréciant sa douceur, jusqu'à ce que son téléphone sonne. Elle grogna.
- Agent Swan ? Répondit-elle. Je suis en route, j'arrive, fit-elle savoir à la personne à l'autre bout du fil avant de raccrocher.
- Menteuse, sourit Mak que le sommeil gagnait déjà.
Emma ne releva rien et se redressa, cherchant du regard ses vêtements éparpillés dans la pièce.
- Tu pars quand ? Demanda-t-elle.
- Dans la nuit de Vendredi, après le boulot, expliqua Mak, ayant toujours préféré conduire de nuit. Moins de monde, moins de lumière, moins de bruit, moins de flics, tout bénef.
- Et tu rentres quand ?
- Dans la nuit de Dimanche, avant le boulot, répondit-elle sur le même ton, choisissant son heure de départ pour les mêmes raisons.
- Le dragon va s'en sortir sans toi tout un week-end ? Demanda Emma en enfilant son t-shirt, assise au bord du lit.
- Le dragon ? Demanda Mak.
- Ta patronne, précisa Emma.
- Régina n'est pas un dragon, rit la jeune fille. Une sorcière à la limite, mais tu la juges un peu vite. Elle est cool, assura-t-elle.
- Mouais, répondit Emma, peu convaincue, en passant son jean et sa veste en cuir rouge.
- Tu devrais venir boire un verre au Storybrook un soir, je suis sûre que vous pourriez vous entendre, proposa Mak en voyant sa coloc s'activer.
- Qu'est-ce qui te fais dire ça ? Les nanas chicos, c'est pas mon truc.
Mak haussa les épaules. Elle n'en savait rien, mais quelque chose la poussait à croire que si sa coloc et sa patronne faisaient un minimum d'effort chacune de leur côté, elles pourraient parvenir à se supporter.
- Je ne te demande pas de te marier avec elle, ni d'adopter un gamin, mais tu pourrais au moins lui parler, renchérit Mak.
- On verra, répondit seulement Emma en se penchant au-dessus du lit pour embrasser le front de la jeune fille.
- Tu te défiles ?
Emma rit avant de déposer un doux baiser sur ses lèvres.
- Oui, je me défile, avoua-t-elle tout de même. Merci pour ce matin, sourit-elle avant de se retourner et de laisser Mak, nue dans ce lit.
La jeune fille souriait sereinement alors qu'elle allait enfin pouvoir profiter de quelques heures de sommeil, mais sursauta quand la sonnerie indiquant un appel vidéo résonna dans tout l'appartement.
- Fais chier… grogna-t-elle en attrapant son téléphone sur le parquet.
Elle remonta le drap sur sa poitrine et accepta l'appel. Immédiatement, la tête de Kuzco prit tout son écran.
- Hey Litchi ! Sourit le jeune homme d'une voix puissante, faisant grimacer son ami.
- Hey, t'es pas censé bosser comme un malade, toi ? Tu trouves toujours le temps de me déranger, c'est dingue… taquina-t-elle.
- C'est maintenant que je te rappelle que c'est moi le patron et que je fais ce que je veux dans cette boite ? Rit le colombien. Sinon pourquoi tu penses que j'accepterai de porter des costards de pingouin ?
Mak rit en remarquant qu'effectivement, son ami qu'elle avait connu dans des t-shirts avec un lama imprimé dessus, se présentait à présent dans un costume trois pièces haute-couture.
- La grande classe… se moqua-t-elle gentiment.
Kuzco rit à son tour en se montrant mieux à la caméra, mais eu un temps d'arrêt, plissa les yeux et demanda :
- Attends, mais je rêve où t'es toute nue ?
Mak remonta encore un peu plus le drap qui pourtant cachait déjà tout, et avoua :
- Je viens de m'envoyer en l'air.
- Eww ! Grimaça le colombien. Je me serai passé de cette information.
- Ça t'apprendra à m'appeler le matin alors que tu sais que je bosse de nuit, rétorqua Mak.
- Ouais enfin si tu as eu le temps de finir ce que tu avais à faire, c'est que je t'appelle au bon moment, sourit le jeune homme. Toujours ta coloc ?
- Ouais.
- Putain, quand je pense que tu couches avec l'ennemi maintenant…soupira Kuzco. Collabo, argua-t-il.
- Ça va faire quatre ans que je vis avec Emma, il serait temps que tu te fasses à l'idée qu'elle est flic, soupira Mak, feintant l'agacement, n'y croyant pas une seconde.
- Non, je ne m'y ferai jamais ! S'exclama Kuzco, faussement indigné. J'espère au moins que c'est un bon coup !
- C'est un super bon coup, assura Mak, souriante, un peu canaille. Et sinon, pourquoi tu m'appelais ?
- J'ai prévu de louer une villa quelques jours pour l'anniversaire d'Alice et d'inviter les habitués, ça te tente ? Un truc avec piscine sur la côte.
- Un truc avec piscine sur la côte…imita Mak en prenant une voix d'imbécile. Ce que tu deviens péteux depuis que t'as du fric, c'est dingue, se moqua-t-elle.
- Et toi ce que tu deviens chiante depuis…Kuzco fit mine de réfléchir. Ah bah non en fait, tu l'as toujours été, tacla-t-il
- On ne se refait pas, sourit Mak que cet appel amusait bien plus que ce qu'elle ne voulait admettre.
- Bon tu viens ou pas ?
- Je vais y réfléchir, j'ai pas mal de boulot, je te tiens au courant.
- On ne te voit plus, ça ferait plaisir à Alice, appuya le jeune homme.
- Je vais essayer de me libérer, promit Mak.
- Super, sourit l'homme. Il faut que je retourne tourmenter mes employés. Bye, Litchi.
- Bye, dit la jeune fille avant de raccrocher.
Elle sourit en soupirant. Il lui était encore si étrange de voir Kuzco, ce grand camé au cœur tendre à la tête de l'entreprise de son père. Elle savait que son ami détestait son boulot, et qu'il passait le plus clair de son temps à signer des papiers auxquels il ne comprenait rien. Il le disait lui-même, il était payé à brasser de l'argent dans un bureau trop spacieux avec des stagiaires qui lui léchaient les bottes à longueur de journée. Mais son métier semblait avoir tout de même quelques avantages.
Et ainsi la semaine passa. Mak n'avait pas eu de nouvelle d'Elsa. La jeune fille se disait, qu'après le mot qu'elle lui avait laissé, la blonde s'attendait sans doute à ce qu'elle fasse un pas vers elle.
Alors là, tu peux courir… avait amèrement pensé Mak, ressentant une acidité évidente au fond du cœur, comme si celui-ci avait été remplacé par un citron.
Un gros sac sur l'épaule, Mak se dirigeait d'un pas précipité vers sa voiture, arpentant le parking sombre à cette heure-ci. Elle venait à peine de terminer son service. Il était à peine 4h du matin, Régina avait accepté qu'elle parte un peu plus tôt, lui assurant qu'elle se débrouillerait sans elle ce weekend, quitte à fermer le bar quelques heures supplémentaires.
La jeune fille déverrouilla sa vieille R5 et jeta son sac sur la banquette arrière avant de prendre la place du conducteur. Elle passa une main faiblarde sur son visage, luttant contre son envie de dormir et augmenta le volume de son autoradio au maximum.
Je rêvais d'un autre monde ! Chantait Jean-Louis Aubert sur les instruments rocks de Téléphone.
- Où la terre serait ronde… chantonna Mak en passant la première pour sortir du parking.
La jeune fille se retrouva bien vite sur l'autoroute alors que l'air se réchauffait déjà. Elle ouvrit sa fenêtre et alluma une cigarette alors qu'elle laissait un bras pendre nonchalamment sur le rebord en souriant sereinement. Elle aimait les longs trajets en voiture. C'était un des meilleurs moyens pour l'apaiser. La musique lui détruisait les tympans alors que le vent fouettait son visage.
Au bout d'une heure, le soleil commençait timidement à se lever. Elle éteignit ses phares et baissa son pare-soleil. Elle se regarda une seconde dans le petit miroir au-dessus de sa tête et rencontra son regard fatigué et vitreux. Un regard qu'elle avait appris à voir au détour de son reflet. Dans ses yeux, elle ne trouvait plus l'étincelle de sa jeunesse insolente, celle-ci s'étant évaporée au fil des années, comme si elle avait battu en retraite. Et, en y réfléchissant, c'était peut-être le cas… Encore quelque chose s'inscrivant dans la longue liste de ce qu'elle devait à Elsa.
Elle n'arriva qu'une grosse demi-heure plus tard, complètement crevée d'avoir conduit si longtemps sur une route si monotone après le boulot.
Elle se gara devant la petite maison aux volets bleus et coupa le contact. Bien sûr à cette heure-ci, la rue était encore déserte et elle savait que sa mère n'était sans doute même pas levée.
Elle sourit pourtant, heureuse d'être ici, et attrapa son sac avant de sortir de la voiture.
A l'intérieur, il sembla qu'elle avait vu juste puisque tout était éteint et qu'aucun bruit ne cognait les murs de la maison. Elle posa son sac dans l'entrée, retira ses chaussures, exactement comme l'adolescente qu'elle redevenait dès qu'elle venait ici et se dirigea immédiatement vers la chambre de sa mère.
Elle entra sans faire de bruit et vit sa mère, endormie en chien de fusil. Elle sourit encore et s'allongea simplement en face d'elle le plus discrètement possible. Le soudain poids sur le matelas fit pourtant froncer les sourcils de Sarah. La femme ouvrit à peine les yeux et sourit en rencontrant le visage de sa fille tout près du sien. Mak lui rendit son sourire en repliant ses genoux, un coude sous sa tête.
- Salut Maman, murmura-t-elle.
- Tu as fait bonne route, ma puce ? Demanda Sarah tout aussi faiblement, ne voulant briser ce moment de calme.
Mak hocha la tête positivement alors qu'elle sentait le réconfort de cette maison lui étreindre le cœur, cautérisant lentement ses blessures. Revenir chez soi suffisait parfois à apaiser certaine douleur.
- Tout va bien ? Demanda doucement Sarah en plissant les yeux sans bouger.
Mak hésita une seconde. Mais sans savoir si c'était parce que sa mère avait toujours su lire en elle, ou parce qu'elle avait tellement besoin de sa maman tout à coup, elle hocha la tête, cette fois négativement avant d'éclater en sanglots. Elle n'avait pas prévu d'arriver comme ça, de craquer si vite. Mais parce que près de ses parents, on redevenait parfois un enfant, elle laissa couler ses larmes en cachant son visage d'une main.
Sarah sourit tristement et attira sa fille contre elle alors que Mak enfouissait son visage contre sa poitrine. La jeune fille, incapable de tout, ne retint rien et pleura de longues minutes en de nombreux gémissements plaintifs. Sarah ne prononça pas un mot, consciente que c'était inutile et caressa seulement le dos secoué de spasmes douloureux.
Mak voulait lui dire tellement de choses. Partager avec elle le retour d'Elsa, sa dépression, sa vie avec Emma, sa dépression, ses doutes, sa dépression… Elle voulait tant lui demander comment elle avait pu s'en sortir, qu'elle lui donne une recette miracle, qu'elle lui dise qu'un jour, ça passerait, qu'elle irait bien, que ça ne durerait pas toute une vie. Aussi, elle voulait lui dire qu'elle l'admirait tant, que quand elle était plus jeune, elle ne mesurait pas à quel point ce qu'elle vivait était horrible alors qu'aujourd'hui, c'était son tour… Elle n'oubliait pas que, sa mère ayant été victime d'une dépression, elle avait eu 4% de chances supplémentaires d'y avoir droit elle aussi. 4%... Il avait fallu qu'elle soit dedans.
Un long moment, Sarah l'écouta pleurer, puis enfin, les sanglots se calmèrent et bientôt, une respiration lente et régulière prit possession de sa fille, tombée d'épuisement. Elle dormait, enfin. La femme embrassa son front et se rendormi à son tour, jurant qu'il était bien trop tôt pour parler de choses importantes et que cette petite boule de chagrin bleu qui dormait au creux de ses bras avait grand besoin de repos.
Mak ouvrit péniblement un œil alors qu'elle sentait son corps lourd de sommeil. Elle inspira profondément comme si elle se réveillait d'un coma et reconnut immédiatement le parfum rassurant de sa mère. Elle réalisa qu'elle était à présent seule dans le lit et se redressa mollement. Elle se frotta les yeux sans même savoir quelle heure il était. Elle avait sans doute encore fait un bon dans le temps. Elle sortit son téléphone de sa poche, remarqua qu'elle avait plusieurs messages en attente et qu'il était déjà midi. Et voilà, elle avait encore fait ça, la moitié de sa journée était bouffée… La lumière de son écran lui brûla la rétine quand elle lut ses messages.
-message de Swan à Mak-
Tu es bien arrivée, ma jolie ?
-message de Swan à Mak-
Ça va ?
-message de Swan à Mak-
Tiens-moi au courant, je m'inquiète.
Elle sourit en se disant qu'Emma s'inquiétait vraiment pour rien. Elle savait que ça venait en partie de son travail. Tous les jours, la blonde était confrontée à la cruauté de la race humaine, ce qui la rendait parfois un peu parano. Elle ne tarda pourtant pas à lui répondre.
-message Mak à Swan-
Tout va bien, je suis bien arrivée. Prends soin de Colonel. Soyez sages. Bisous.
Après avoir fait savoir à Emma qu'elle n'était pas morte dans un caniveau, parce qu'elle savait que c'était ce que la blonde avait imaginé, elle se leva et se dirigea vers la cuisine. Elle y trouva sa mère, une tasse de café entre les mains, lisant son journal, exactement comme quand elle habitait encore ici. Alors une pointe de nostalgie au coin du cœur, un peu faible en retrouvant ses habitudes d'autrefois, elle sourit et s'installa en face de sa mère.
- Bien dormi, ma puce ? Sourit chaleureusement Sarah alors que Mak hochait la tête. Tu veux un café ?
- Oui merci, sourit la jeune fille.
Sarah se leva et posa rapidement une tasse de café devant sa fille avant de se rasseoir. Mak but une gorgée de liquide amer qui la réveilla presque instantanément.
- Ça va mieux ? Demanda sa mère, faisant référence aux larmes de cette nuit.
- Ça va, oui, assura la jeune fille, envoyant valser ses bonnes et courageuses résolutions nocturnes.
Les mots lui étaient à présent si difficiles et restaient au bout de ses lèvres.
- Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit ? Voulu tout de même savoir sa mère.
- J'ai pas mal de pression au boulot en ce moment, j'étais crevée, répondit Mak en haussant les épaules.
L'excuse du travail, elle adorait ça et s'en servait à tort et à travers. Pour échapper à une soirée, à un rendez-vous chez le médecin, et tellement de choses encore.
Sa mère la toisa une seconde, soudant son âme comme personne, puis soupira en reportant son attention sur son journal.
- Tu n'as donc pas l'intention de me dire qu'Elsa Lange de retour dans ta vie ? Demanda-t-elle d'une voix fluette.
Mak manqua de s'étouffer avec son café. Elle toussa une seconde et s'essuya la bouche avant de demander, prise en flagrant délit :
- …Tu sais ?
- Évidemment que je sais, soupira Sarah en repliant son journal. Comment crois-tu qu'elle ait eu ton adresse ?
Mak resta stupide une seconde, son cerveau traitant beaucoup trop d'infos en même temps. Elle inspira profondément, puis demanda :
- Tu peux m'expliquer s'il te plait ?
Elsa inspira profondément en se postant, raide comme un piquet, devant la porte de la maison aux volets bleus. Elle resta ainsi de longues secondes, hésitante, terrifiée, tétanisée. Elle pesait le pour et le contre encore et toujours. Voilà bientôt cinq ans qu'elle n'était plus venue ici. Après tout, elle n'avait jamais sonné à la porte de cette maison. Aujourd'hui était une grande première. Une première fois qui l'angoissait bien plus que ce qu'elle n'aurait pensé.
Après un moment qui sembla durer plusieurs éternités, elle se décida enfin à presser le petit bouton de la sonnette. Elle arrêta de respirer et attendit. Puis attendit encore. Enfin, désemparée mais presque heureuse que personne n'ait ouvert, elle soupira, tourna les talons et entreprit de rebrousser chemin.
Pourtant une voix l'arrêta.
- Bonjour, que puis-je pour vous ?
L'enseignante se figea et se retourna lentement. Elle tomba nez à nez avec une femme souriante. Une belle jeune femme aux cheveux châtains et aux yeux bleus qu'elle avait déjà croisé au détour d'une vidéo. Et même si ça n'avait pas été le cas, Elsa aurait reconnu son sourire, le même sourire de la personne dont elle était amoureuse.
- Bonjour, je suis...Elle hésita. Hm, est-ce que Mak est là ?
Sarah perdit lentement son sourire et fronça les sourcils en détaillant cette jeune blonde qu'elle n'avait jamais vu. Sa fille lui avait souvent parlé d'une certaine blonde qui lui avait brisé le cœur et une petite voix lui disait que cette même blonde se trouvait à présent devant elle.
- Elsa Lange ? Demanda-t-elle en sachant pourtant qu'elle avait vu juste.
L'enseignante pensa une seconde à une diversion, une solution de repli, complètement terrorisée à ce qui allait suivre le moment où elle déclinerait son identité. Elle eut envie de répondre qu'elle ne savait pas qui était Elsa Lange, qu'elle était une ancienne amie de Mak et rien de plus, peut-être même de se présenter sous un autre nom… Mais non, elle ne pouvait pas faire ça.
Tu es une adulte, merde ! Assume tes actes ! Lui hurlait la petite voix.
- Oui Madame, répondit alors Elsa d'une voix tremblotante, perdant ici son assurance naturelle.
Sarah la scanna encore du regard et l'enseignante se sentit tant observée qu'elle avait l'impression d'être nue. Aucune émotion ne passait sur le visage de la mère de Mak et Elsa ne parvenait pas à la cerner, cela l'inquiétait plus encore. Allait-elle lui hurler dessus ? Lui dire à quel point elle était une perverse d'être sortie avec une mineure, à quel point elle était cruelle de l'avoir laissée ensuite… C'est ce qu'elle croyait mériter en tout cas.
- Mak ne vit plus ici, déclara Sarah d'une voix monotone. Entrez, continua-t-elle.
- Quoi ? Maintenant ? Pensa Elsa, totalement démunie.
- Oh non, je ne voudrais pas vous dérang…
- Entrez, répéta Sarah en ouvrant la porte plus largement.
- A cet instant, Elsa comprit qu'elle n'avait pas le choix. Et même si elle avait déjà effleuré l'idée de rencontrer la mère de Mak, jamais elle n'aurait pensé que ça arriverait dans de telles circonstances. Alors l'enseignante tenta de ne pas tomber dans les pommes et, d'un pas chancelant, se dirigea vers la porte et entra docilement dans la petite maison.
Elsa sentit immédiatement le parfum familier de la maison. Un parfum qu'elle avait souvent surpris sur les vêtements de Mak. Un parfum qui lui envoya un coup de nostalgie. Par curiosité ou pour éviter le regard de Sarah, elle observa tout ce qui avait composé le quotidien de Mak durant son enfance.
Elle prit le temps de l'imaginer faisant ses devoirs sur la table basse du salon, regarder un film, allongée sur le canapé, laisser son sac et ses pompes dans l'entrée sous les reproches de sa mère. Ces pensées la firent sourire.
- Vous voulez un café ? Demanda Sarah, faisant presque sursauter l'enseignante.
- Hm, oui merci, répondit poliment Elsa, quelque peu surprise.
Silencieusement, Sarah se dirigea vers la cuisine et Elsa, encore une fois docilement, la suivit sans dire un mot. Sarah fit couler un café, puis un autre qu'elle posa sur la table ainsi qu'une boîte de sucre en morceaux.
- Asseyez-vous, autorisa Sarah en prenant place sur sa chaise habituelle.
Sans argumenter, en sachant encore une fois qu'elle n'avait pas le choix, Elsa prit place en face d'elle sur une chaise que Mak avait déjà foulée tellement de fois. L'enseignante, pour occuper ses mains, les posa contre la tasse de café chaud, essayant comme elle pouvait de se détendre.
Un silence embarrassant passa dans la cuisine. Sarah prit le temps de s'offrir une gorgée de café, puis appuya ses coudes sur la table en fixant Elsa.
- Alors vous êtes la raison pour laquelle ma fille a été si secrète durant son année de Terminale ? Dit-elle enfin.
Il n'y avait aucun reproche dans sa voix mais aucun sourire sur son visage et Elsa ne sut sur quel pied danser. Alors l'enseignante se racla la gorge et répondit honnêtement :
- Oui, Madame.
- Sarah, pas Madame, rectifia la jeune femme.
Elsa hocha la tête, signe qu'elle avait compris.
- Cela fait maintenant cinq ans que vous êtes partie, résuma Sarah en touillant son café.
- Exact, accepta Elsa, incapable d'en dire plus.
- Et vous voilà de retour, sourit presque la mère de Mak. Pourquoi ? Demanda-t-elle en plissant les yeux, sondant l'âme de la jeune femme terrifiée devant elle.
Elsa ouvrit la bouche, puis la referma et recommença ce geste trois fois, peinant à trouver ses mots. Que pouvait-elle lui dire ? Quelle excuse serait-elle valable pour excuser ces actes ? Elle ne s'excusait même pas elle-même. Comment pouvait elle demander une telle chose à la mère de la jeune fille qu'elle avait détruite ? Comment pouvait-elle trouver les mots pour expliquer à quel point elle avait aimé sa fille, à quel point elle aimait sa fille.
Madame, je vous assure que je ne suis pas une perverse, voulu-t-elle expliquer en se disant qu'il lui faudra un léger temps d'adaptation avant qu'elle ne puisse l'appeler Sarah. J'ai tenté de résister à votre fille. J'ai tellement essayé de ne pas m'attacher à elle. Elle m'a eu, vous comprenez ? Elle m'a regardé avec ses jolis yeux, et je ne suis parvenue qu'à lui céder. J'ai plié sous ses sourires. Vous voyez de quels sourires je parle, n'est-ce-pas Madame ? Quand un brin de malice brille dans ses yeux et qu'elle me sourit, s'il vous plait, Madame Lichtenstenner, dite-moi que vous savez que votre fille peut être si jolie que je ne suis pas une perverse d'être tombée pour elle…
Oui elle avait envie de lui dire tout ça, de se confier comme jamais elle n'en avait ressenti le besoin, mais elle n'en fit rien, et ses épaules s'affaissèrent.
Elle avait davantage l'impression d'être à un entretien d'embauche que devant la femme qui, à une époque, aurait pu être sa belle-mère.
- Ne réfléchissez pas à ce que j'aimerai entendre, coupa Sarah qui la voyait cogiter. Répondez-moi simplement.
- Écoutez... commença Elsa, se laissant avoir par les émotions qui la traversaient. Je ne vous demande pas de comprendre, je l'aime, souffla-t-elle enfin alors que son corps se détendait après ces mots d'une extrême sincérité.
Sarah plissa les yeux, elle reconnut ces paroles, les mêmes que sa fille avait déjà utilisé pour décrire son professeur. Les sentiments que cette blonde portait à sa fille étaient authentiques et sans faux semblants, cela la rassura. La femme prit le temps de l'observer quelques secondes alors qu'Elsa baissait honteusement la tête. Sarah comprit pourquoi sa fille était tombée pour elle. C'était indéniable, Elsa Lange était une belle femme.
- Pourquoi cinq ans ? Demanda-t-elle.
Elsa grimaça. Pourquoi cinq ans ? Avait-elle seulement la réponse à cette question ? Peut-être parce qu'elle avait eu tellement peur, peut-être parce qu'elle savait que Mak avait, à ce jour, encore cinq ans pour porter plainte contre elle étant donné qu'il fallait compter dix ans avant qu'il y ait prescription… ou peut-être, encore une fois, parce qu'elle avait eu tellement peur. C'est la réponse qui lui parut le plus logique.
- J'ai eu peur… avoua-t-elle alors, parce que c'était vraiment la seule chose à dire.
- Je comprends, consentit Sarah et Elsa releva les yeux, surprise.
- Vous comprenez pourquoi j'ai abandonné votre fille ? Vraiment ? Se demanda-t-elle.
Et comme si Sarah lisait dans ses pensées, elle continua :
- Oui je comprends, sept ans de prison, c'est cher payé pour un baiser, fit-elle remarquer, l'air pensif, se mettant à la place de cette jeune femme qui avait tout risqué pour vivre une histoire d'amour avec sa fille.
Aurait-elle fait le même chose pour son mari ? Elle n'en était pas certaine.
Si seulement il n'y avait eu qu'un simple baiser… pensa Elsa, se demandant si la mère de Mak connaissait véritablement toute l'histoire, si son élève lui avait parlé de ces choses- là, de tout ce qu'elles avaient partagé.
- J'aimerai tout de même savoir, continua Sarah alors qu'Elsa était déjà repartie dans ses pensées. Pourquoi revenir maintenant ?
L'enseignante, encore une fois, se retrouva bien démunie face à cette question. Les mots, elle ne les trouvait toujours pas pour exprimer tout ce qu'elle ressentait, tout ce qu'elle avait à dire…
- Vous permettez que je vous fasse écouter quelque chose ? Demanda timidement Elsa comme si elle avouait une bêtise.
Sarah hocha seulement de la tête, intriguée.
Elsa sortit alors son téléphone de sa poche et lança sa messagerie vocale après avoir mis le haut-parleur. Une voix électronique se lança et se propagea dans la cuisine alors qu'Elsa posait son téléphone au centre de la table. Puis une autre voix s'en suivit, une voix bien plus brisée, anéantie, que la mère de Mak connaissait bien puisque c'était celle de sa fille :
- Salut Elsa… Murmura faiblement la petite voix. J'espère que tu vas bien. Je t'appelle pour te dire que… La voix hésita puis ricana amèrement. Je ne sais même plus pourquoi je t'appelle, ni pourquoi je continue à te chercher.
Sarah grimaça en étant confrontée si brutalement au chagrin évident de sa fille à travers ce message. Elle se demanda alors quelle était véritablement l'ampleur de tous les secrets que Mak avait gardé pour elle durant sa dernière année au lycée. Et il lui était aujourd'hui étrange de voir ce secret en la personne d'Elsa Lange assise dans sa cuisine aujourd'hui.
Elsa, elle, baissa les yeux, incapable de soutenir son regard. La voix continua :
- Je crois que pour ma santé mentale, il est nécessaire que j'arrête ça et que je me fasse à l'idée que tu ne reviendras jamais. Cinq ans… c'est long. Je sais que j'avais promis de t'attendre mais… la voix se fracassa en un sanglot qu'on devinait étouffée par une main tremblante. J'y arrive plus, tu comprends ? Je ne suis pas assez forte. Je crois qu'il faut que j'avance … même si c'est sans toi, murmura la petite fois comme un appel de détresse. Je suis désolée.
Un long silence suivit, durant lequel on entendait seulement quelques sanglots qui se voulaient discrets. Puis, une inspiration profonde, et enfin, à nouveau la voix, plus calme cette fois :
- J'aurai aimé que ça se passe différemment… C'est la dernière fois que je t'appelle. Au revoir Elsa… Murmure la voix avant de raccrocher, laissant seulement un silence morbide dans la cuisine.
D'une main tremblante, Elsa rangea son téléphone alors que ses yeux menaçaient de se remplir de larmes. Tremblement qui ne passa pas inaperçu à l'œil de Sarah. Elle passa une main sur son visage en soupirant :
- Quand j'ai reçu ce message, j'ai su que j'allais la perdre si je ne revenais pas très vite. Et je ne peux pas m'y résigner…
- Vous n'avez plus peur maintenant ? Demanda Sarah en se remettant doucement des émotions qui l'avaient envahi à l'entente de ce message déchirant.
- Bien sûr que si, mais la peur de la prison est minable en comparaison de celle de la perdre, répondit sincèrement Elsa, sans réfléchir.
Dire que la peur n'existait plus était un mensonge. Elle était là, comme toujours, comme depuis la première fois qu'elle l'avait embrassé, elle persistait et pourtant… Aujourd'hui c'était différent. Aujourd'hui, la peur inconcevable de la perdre l'aidait à tout surmonter. Et si ça voulait dire encaisser des années de prison pour elle, alors tant pis.
Sarah la toisa une seconde alors que cette belle enseignante à l'esprit si tourmenté finissait son café. Mak lui avait parlé d'elle plusieurs fois, la décrivant comme une personne forte, mais douce, blindée à cause d'un passé douloureux. Sarah s'était alors rendu compte, que c'était indéniable, sa fille idéalisait ce professeur bien plus que de raison. Et après tout, elle était amoureuse, alors pouvait-elle lui en vouloir ?
Pourtant, aujourd'hui, Elsa Lange lui apparaissait fragile et démunie, complètement en proie à ses démons, ne recherchant comme issue de secours que le souvenir d'une adolescente aux cheveux bleus.
Quelques secondes s'écoulèrent sans que ni l'une, ni l'autre ne prononce un mot. Puis enfin, Sarah se leva et déclara :
- Suivez-moi.
Elsa ne posa pas de question et la suivit simplement, montant derrière elle l'escalier de la petite maison. Elles s'arrêtèrent devant une porte et Sarah entra.
L'enseignante posa alors les yeux sur ce qu'elle devina comme étant la chambre de Mak. Son cœur s'accéléra quand elle entra dans la petite pièce. Alors c'était ici ? Elle tourna sur elle même, souriant tristement, scannant la couleur des murs, des affiches de groupe de rock punaisées à ceux-ci, le bureau surchargé comme si la jeune fille allait rentrer d'un moment à l'autre, et tellement de choses encore… Alors elle ne put s'empêcher de l'imaginer, bûchant sur une disserte de philo qu'elle aurait pu lui donner à faire pour le lendemain, les sourcils froncés, un stylo coincé entre les dents, assise à ce même bureau mal rangé. Puis, elle la visualisa encore, emmitouflée dans une grosse couette d'hiver, dormant paisiblement sur son lit alors que seules quelques mèches bleues dépasseraient des draps.
Sarah l'observa, attendrie en la voyant si fascinée, comme si elle venait de pénétrer dans une nouvelle pyramide égyptienne que seul un archéologue aguerri aurait pu découvrir. Enfin, la mère de Mak fit quelques pas vers le bureau, et déplaça quelques papiers, semblant chercher quelque chose.
- Elle a toujours été si bordélique… soupira-t-elle alors qu'Elsa reposait son attention sur elle.
L'enseignante sourit à cette réplique qui ne l'étonnait pas tant que ça.
- Ah, voilà ! Sourit Sarah en extirpant une enveloppe d'un tas de papier. Il me semblait que je l'avais noté quelque part, dit-elle en tendant le papier à Elsa.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda l'enseignante en attrapant l'objet.
- Son adresse, et celle du bar où elle travaille, indiqua Sarah alors qu'Elsa lisait l'écriture manuscrite.
- Lyon ? S'étonna l'enseignante.
- Je crois qu'elle avait besoin de changer d'air, sourit tristement Sarah.
Elsa hocha la tête en observant le bout de papier qui signifiait qu'elle allait à présent pouvoir retrouver Mak. Enfin… elle allait pouvoir la revoir, tenter de lui expliquer. Elle lui avait tellement manqué. Et c'est aujourd'hui sa mère qui lui offrait une chance de rattraper son retard, de prétendre, de nouveau, à une vie douce au côté de cette jeune fille charmante qu'elle n'avait jamais pu oublier.
- Je… je ne sais comment vous remercier… souffla Elsa, toujours aussi surprise d'être si bien accueillie dans cette maison.
Elle s'était attendue à tellement de choses. Des reproches, des insultes, peut-être même des menaces. Mais jamais elle n'aurait pensé que la mère de Mak la voit autrement que comme une perverse qui avait tenté d'abuser de sa fille. Elle se demanda alors si Mak l'avait défendue auprès d'elle. Quelque part, elle avait envie d'y croire… Que lui avait-elle dit à son sujet ? Elle ne le saurait probablement jamais.
Sarah plissa les yeux, semblant réfléchir, puis expliqua sérieusement :
- Vous savez Madame Lange…
- Elsa, rectifia l'enseignante, se sentant de plus en plus en confiance devant la mère de Mak, reconnaissant la force tranquille dont lui avait parlé son élève, comprenant pourquoi il lui avait été si difficile de ne pas se confier à elle. S'il vous plaît, appelez-moi Elsa.
Sarah sourit, puis reprit :
- Elsa, vous n'imaginez pas à quel point il est difficile d'élever une enfant hypersensible et surdouée, soupira-t-elle en continuant à sourire malgré tout. Ça réfléchit tout le temps, ça pense trop vite, ça veut tout savoir, tout comprendre, tout apprendre…c'est un travail à plein temps, rit-elle enfin, détendant un peu l'atmosphère.
- J'ai eu quelques aperçus, sourit Elsa se souvenant de l'élève aux questions souvent trop nombreuses qu'avait été Mak.
- J'ai cru comprendre que vous avez été présente pour elle à une époque où j'en étais incapable, continua tristement Sarah en baissant honteusement les yeux, maudissant encore la période de sa vie où son chagrin était si grand qu'elle en avait oublié d'être une maman pour Mak.
Elsa voulut dire quelque chose, lui rappeler que tout le monde avait droit à un moment de faiblesse. Que comme chaque être humain, elle avait subi certaines douleurs qui l'avaient écorchées et qu'elle n'avait pas à s'en vouloir pour ça, mais par respect ou par pudeur, se contenta d'hocher la tête. Sarah reprit en relevant les yeux :
- Et j'aime à penser que les gens qui s'aiment devraient toujours avoir une chance de se retrouver. Alors si je peux vous donner cette chance, nous sommes quittes, sourit-elle enfin en se disant qu'elle aurait tant aimé que quelqu'un lui offre la chance de retrouver son mari.
Touchée, et un peu affaiblie par ces douces paroles porteuses d'une lueur d'espoir, Elsa cessa de réfléchir une seconde, oubliant qui était cette femme, oubliant la complexité de la situation et se jeta simplement dans ses bras.
Sarah fut surprise une seconde, mais sentant cette jeune femme qui redevenait ici une gosse, sourit et rendit délicatement l'étreinte.
- Merci… souffla Elsa, complètement à fleur de peau, alors qu'un sanglot menaçait de casser sa voix, sans doute relâchait-elle toute la pression qu'elle avait accumulée jusqu'ici.
- Ne me remerciez pas, vous savez que le plus dur reste à venir ? J'espère que vous avez le cœur bien accroché. Ma fille est rancunière, assura Sarah, faisant rire l'enseignante, apaisant son cœur juste assez pour qu'elle se détache d'elle.
Elsa passa une main sur son visage en soufflant un bon coup, effaçant bien vite l'idée de pleurer devant cette femme.
Sarah se tourna de nouveau vers le bureau et souleva une pile de livres pour en extirper un carnet à la couverture noir, un carnet qu'Elsa connaissait très bien. Elle le caressa du bout des doigts avant de le tendre à l'enseignante qui le saisit avec une délicatesse sans égal.
- Elle l'a laissé ici, mais je crois qu'il pourrait vous être utile pour la suite, expliqua Sarah.
- Probablement, répondit Elsa. Merci.
- C'était indiscret, mais j'ai lu ce que vous lui avez laissé, avoua Sarah. Je voulais savoir qui vous étiez malgré ce qu'elle voulait bien me dire.
- Oh, s'exclama Elsa, quelque peu gênée que quelque chose de si personnel ait été lu par quelqu'un d'autre que Mak. Je…c'était seulement pour…
- C'était parfait, coupa Sarah en souriant tendrement. Ça l'a aidé au début, vous la connaissez mieux que ce que je ne le pensais, admit-elle. Sachez cependant que ma fille a toujours eu un réel talent pour l'autodestruction et le déni, expliqua-t-elle plus sérieusement. Elle tient ça de moi, j'imagine…soupira-t-elle alors qu'Elsa plissait les yeux en la voyant se flageller encore un peu. Elle va vous repousser, vous dire qu'elle va bien, qu'elle n'a pas besoin de vous, soupira enfin Sarah. Ne le croyez pas, conseilla-t-elle en pointant un doigt moralisateur vers Elsa qui hochait vivement la tête.
Sarah sourit, comprenant que le message était passé, puis hocha la tête à son tour, et sortit de la chambre, suivie par Elsa qui consentit à y déposer un dernier regard, enterrant par la même occasion son rôle de professeur dans cette chambre, jurant qu'elle ne serait plus jamais qu'un professeur pour Mak.
Les deux femmes descendirent l'escalier et Sarah ouvrit poliment la porte de la maison pour qu'Elsa puisse la précéder. L'enseignante s'arrêta une seconde sur le seuil de la porte, se retourna, et déclara :
- Merci.
- Ne me faites pas regretter de vous avoir donné son adresse, prévint seulement Sarah pour toute réponse. Bonne chance Elsa, ne la gâchez pas, sourit-elle avant de refermer la porte derrière elle.
Elsa, même si ce rendez-vous s'était bien mieux passé que prévu, souffla enfin en voyant cette porte de nouveau close. Cette entrevue l'avait véritablement angoissée, puis soulagée, autrement dit, elle se retrouvait épuisée… Mais maintenant elle savait comment retrouver Mak. Elle sourit comme une idiote en baissant les yeux sur le morceau de papier porteur de la précieuse adresse. Elle avait tellement hâte de la revoir. Parce qu'elle devait se rendre à l'évidence, elle n'avait jamais cessé de l'aimer.
Mak était resté figée tout au long du discours de sa mère, n'en croyant pas ses oreilles. Alors ça y est ? Elsa avait rencontré sa mère ? Mon dieu, ce que c'était étrange. Elle ne parvenait pas à imaginer cette scène. Jamais elle n'aurait pensé que ça se passerait comme ça. Elle avait davantage imaginé, lors de son adolescence, qu'un jour Elsa viendrait manger chez elle, et qu'elles partageraient un bon moment toutes les trois, peut-être même avec Jim, un dimanche midi à coup de bœuf bourguignon et de tarte au citron. Mais ça, elle ne l'avait pas prévu du tout. Elsa était venue ici. Elsa avait parlé à sa mère. Et encore, Sarah avait volontairement omis le fait que l'enseignante avait pénétré sa chambre et qu'elle était à présent en possession de son carnet.
- Et ensuite, elle est partie, termina Sarah. Cela dit, si on oublie le fait que tu as été son élève, c'est une très belle jeune femme, je comprends que tu ais craqué, sourit-elle enfin.
- Arrête, c'est trop bizarre… grimaça Mak en secouant vivement la tête.
- Ça te gêne que je te dise qu'elle est belle ? Rit sa mère.
- Non, ça ne me gêne pas, se défendit la jeune fille en rougissant pourtant à vue d'œil. C'est juste bizarre, conclut-elle, refusant l'idée d'en parler.
- Pourquoi ? Appuya tout de même Sarah. Elle n'est plus à ton goût ? Demanda-t-elle, faisant rougir sa fille davantage.
- Si, elle est… Mak hésita. Elle n'a pas changé, dit-elle seulement alors qu'elle pensait si fort qu'Elsa était si belle…
Était-ce la seule vérité qui était bonne à prendre dans l'instant ? Choisir d'oublier qu'Elsa était entrée dans cette maison n'était tout de même pas plus sage ? Choisir de fermer les yeux sur le fait que si Elsa l'avait retrouvé c'était à cause de sa mère. Grâce à sa mère ? Elle ne savait pas si elle devait la remercier ou lui en vouloir…
Mak soupira alors que toutes ces pensées s'entrechoquaient dans sa tête. Que devait-elle tirer de tout ça ? Elle se sentait dépassée, comme si elle vivait à la fois un rêve éveillé et le pire des cauchemars. Entre les deux, son cœur balançait.
- A ma place, qu'est-ce que tu ferais ? Demanda-t-elle, ressentant un grand besoin de conseil en laissant son menton tomber sur la table.
Sarah sourit tendrement en l'observant une seconde puis grimaça et répondit :
- Tu mises ton cœur dans cette histoire, alors tu dois prendre une décision par toi-même. Et, je te l'ai déjà dit, à ce jeu, tous les coups son permis.
- Super, ça m'aide beaucoup… ironisa la jeune fille en soupirant, faisant rire sa mère qui la voyait enfouir son visage dans ses bras.
- Écoutes Chérie, tout ce que je sais, c'est que si ton père s'était comporté comme Elsa Lange l'a fait, je l'aurais laissé mariner un temps, mais j'aurais fini par lui céder.
Mak releva la tête d'un coup en fronçant les sourcils.
- Tu penses que je devrais lui céder ? Demanda-t-elle, prête à recevoir la moindre réponse que sa mère voudrait bien lui donner, le moindre conseil, même le plus infime des mode d'emploi…
- Non, je ne pense rien, arrêta immédiatement Sarah en prenant cette voix de maman autoritaire qu'elle adorait. Je ne parle que de ce que moi je ferais avec ton père. Et elle n'est pas ton père et tu n'es pas moi, rappela-t-elle.
- Et Papa ? Qu'est-ce qu'il aurait fait si tu étais parti ? Demanda Mak, un peu curieuse.
- Facile, rit sa mère à cette théorie. Il aurait fait le tour du monde pour me retrouver. Il ne pouvait pas vivre sans moi, se souvint-elle avec nostalgie, faisant sourire sa fille. La mort de ton père est un véritable drame et tu sais à quel point il me manque mais, si j'étais partie la première, tu n'aurais sans doute plus de parents à l'heure qu'il est, rit-elle et Mak ne sut si elle avait le droit d'en rire aussi.
Il se serait sans doute jeté d'un pont, dit-elle seulement en plissant les yeux, appréciant de pouvoir parler de son père sans que le cerveau de sa mère ne parte en live.
- Non, ton père avait le vertige, rappela Sarah, un peu pensive. Il m'a toujours dit que si je le quittais, il finirait sur les rails d'un train pour que sa mort paraisse dans le journal et que la France entière sache à quel point il était malheureux sans moi, expliqua-t-elle avec amusement, se souvenant avec bonheur de son romantique de mari.
Il était évident que leur fille tenait son hypersensibilité de lui.
Mak rit de bon cœur cette fois, pliant sous cet humour noir qu'elle n'aurait jamais pensé entendre de la bouche de sa mère. Depuis qu'elle était sortie de cette maudite dépression, celle-ci se révélait bien plus légère et c'était un réel soulagement de la voir agir ainsi.
- Quelle drama queen ! S'exclama la jeune fille.
- Ah bah ça c'était ton père hein, toujours dans l'excès, soupira Sarah alors qu'un doux sourire étirait ses lèvres. Mais tout ça pour dire que tout le monde a une perception différente de l'amour et que c'est à toi, et seulement à toi, de savoir si tu te jetterai sous un train pour elle, termina-t-elle plus sérieusement.
Se jeter sous un train pour Elsa ? Pourrait-elle en arriver là ? Combien de fois s'était-elle déjà posé cette question ? Sans doute un million de fois. Et quelque chose lui disait que quand on commençait à se poser cette question, la réponse était déjà évidente.
- Et puis, entre nous, elle a l'air d'être quelqu'un de bien, ajouta tout de même sa mère en se souvenant de cette enseignante gênée qui avait bu un café dans sa cuisine.
- Il me plaît d'y croire, répondit nébuleusement Mak en haussant les épaules, se perdant peu à peu dans ses pensées. Merci Maman, sourit-elle enfin.
Sarah hocha la tête, heureuse d'avoir eu cette discussion avec sa fille et se leva avant d'ouvrir le frigo.
- J'ai de quoi te faire une tarte au citron, ça te tente ? Demanda-t-elle, connaissant pourtant déjà la réponse.
Les yeux de Mak brillèrent alors qu'un sourire d'enfant illuminait son visage.
- C'est tout ce dont j'ai besoin, approuva-t-elle, se disant qu'un peu d'acidité diluerait peut-être l'amertume qu'elle ressentait encore pour cet imbécile de professeur.
