CHAPITRE XXXVII - La Lumière, partie 1
Hello there !
J'espère que vous allez bien, nous voilà de retour avec Freya, Thésée & co… !
Un peu de guimauve dans ce Chapitre (avant de traverser des heures plus sombres…).
Le Chapitre devait sortir pour le week-end d'Halloween, mais j'ai passé plus de temps que prévu sur la première partie… pour votre plus grand plaisir, je l'espère ! (du coup, je dois faire le Chapitre en deux parties aussi, haha)
On se retrouve à la fin, bonne lecture !
La voix tremblante et froide de Porpentina Goldstein résonnait une énième fois de derrière le mur :
- Comment avez-vous pu me cacher une chose pareille ?
Freya laissa lâchement tomber l'arrière de sa tête contre le mur de sa chambre, et ferma ses yeux dans une douloureuse expression. Elle avait été assise là, par terre, le dos contre le mur beige, depuis une bonne quinzaine de minutes déjà, alors que la violente dispute avait éclaté, en même temps que l'étonnante révélation ; la découverte d'une photo de Queenie Goldstein, la petite soeur de Porpentina, la fiancée de Jacob Kowalski, enceinte. Elle attendait un enfant. Et à en juger par la rondeur de son ventre, l'arrivée de cet enfant ne devrait plus être bien lointaine.
Freya mordit sa lèvre supérieure.
Une telle nouvelle devrait normalement être accueillie avec joie et bienveillance.
Et pourtant… dans ce contexte, ce terrible contexte, tout était entaché de noirceur.
Elle repensa à la pâleur du visage de Monsieur Kowalski, ce Moldu qui déjà découvrait tout du monde des Sorciers et de ses dangers, qui découvrait tout de la Cause néfaste de Grindelwald… la même qui avait emporté sa fiancée. Ce teint blafard et cette expression complètement perdue l'avait glacée. Il ne le savait pas, lui non plus. Il allait être Père… Seulement, l'enfant à naître était encore bien loin… tout comme l'était Queenie, entraînée dans le camp et la folie de Grindelwald.
Ses yeux noirs avaient fini par rouler en arrière, et il s'était finalement lourdement évanoui, la photo encore coincée dans le creux de sa main épaisse et moite.
Porpentina, elle, était d'abord restée figée dans sa froide expression, et puis, après avoir aidé Thésée à déplacer Monsieur Kowalski dans sa chambre afin qu'il puisse s'y reposer, avait fini par exploser de fureur en récoltant la photo de sa soeur, qui s'était échouée au sol.
De l'autre côté de la paroi, la voix étranglée et enragée de l'Auror américaine résonnait maintenant si fort que Freya aurait voulu se boucher les oreilles. Il était clair désormais que même Monsieur Lage et Alberto, qui séjournaient à priori à l'autre bout de la Mansion, devaient être eux aussi éveillés.
Ce fut la voix de Thésée qui résonna ensuite, alors qu'il rétorquait avec une voix grave qui tonnait comme l'orage :
- Comment diable aurais-je pu deviner que vous n'étiez pas au courant ?
Il y eut des paroles saccadées de la part de Porpentina, inaudibles, et puis Thésée avait répondu avec une voix plus douce cette fois :
- Je pensais que vous aviez vu cette photographie, vous aussi, au MACUSA-…
- Le MACUSA m'a retirée de l'enquête, Monsieur Dragonneau.
Le sifflement de l'américaine fut si venimeux que Freya put entendre sa haine, coincée contre l'arrière de ses dent, depuis là où elle se tenait.
Il y eut un autre échange, moins compréhensible et moins virulent cette fois, et puis, après quelques petites minutes, la porte de Thésée s'était refermée doucement, et le silence revint.
Des bruits de pas frôlèrent le tapis au motif mouvant du couloir, Freya pouvait les entendre distinctement. Et elle en reconnut le propriétaire, d'ailleurs. C'était les pas de Thésée qu'elle décelait. Elle l'entendit s'arrêter à la hauteur de la porte de sa chambre, et comme elle s'attendait à ce qu'il frappe, elle se leva abruptement de contre le mur, trébuchant presque sur ses propres pieds engourdis.
Mais il n'y eut aucun coup contre sa porte.
Et les bruits de pas, après une pause étrange, était repartis dans la direction opposée, jusqu'à graduellement disparaître dans les escaliers de la demeure.
Freya resta figée là un instant.
Debout, juste devant la porte de sa propre chambre.
Elle laissa retomber sa main, qui était tendue vers la poignée, prête à ouvrir.
Elle entendit un reniflement, et un sanglot contenu, derrière le mur beige.
Porpentina.
Il s'agissait de Porpentina, sans aucun doute.
L'expression de Freya perdit une nouvelle fois en couleurs, et se tordit dans une grimace de peine. Elle eut un moment d'hésitation, devait-elle retourner la voir ? Elle était partie pour leur laisser un peu d'espace, mais peut-être était-ce aussi son rôle d'y aller et de la réconforter ?
Elle fit un pas vers sa porte, résolue.
Et puis, finalement se stoppa net, le doute l'envahissant de nouveau.
Une brise humide, provenant de sa porte-fenêtre entrouverte fit trembler la flamme de sa lampe de chevet en métal. La flamme frémit de nouveau, faisant mouvoir la silhouette pourtant figée de Freya contre le mur beige. Une autre brise vint, et cette fois-ci la flamme s'éteignit complètement, plongeant la chambre de la sorcière dans une obscurité bleue.
La jeune femme se tourna vers l'extérieur lentement, tout à coup complètement plongée dans l'obscurité de la nuit et de ses propres pensées. Sa nuit précédente et sa matinée eurent été si calme, si paisible, qu'elle en avait presque oublié les dangers et la raison de leur venue ici.
Tout était allé si vite.
Le salon de la Diseuse de Bonne Aventure, les retrouvailles mouvementées avec Porpentina et Monsieur Kowalski… et cette découverte.
Le bois du parquet craqua sous son poids, alors qu'elle se mouvait lentement vers la porte fenêtre de sa chambre. La jeune sorcière croisa ses bras contre sa poitrine, et elle leva les yeux vers le ciel, au-delà de la fine vitre fêlée. Une autre brise, chargée en humidité vint soulever un des deux rideaux blancs qui encadraient sa baie-vitrée. Ses boucles noires se murent elles aussi, et l'air chaud lui effleura les joues. Il y avait quelque chose dans l'air qu'elle trouva étrange.
Elle qui trouvait le temps et la température de l'Angleterre moroses.
Mais, il y avait quelque chose de plus inquiétant encore dans la douceur de ces températures, dans la beauté de ce lieu. Freya eut du mal à poser des mots sur la sensation qui l'envahissait soudain. Elle se sentit oppressée tout à coup, comme si elle réalisait qu'il était plus facile de dissimuler quelque chose de terrible derrière ce tendre et doux cadre idyllique.
Comme si tout cela n'était qu'une lugubre mascarade, et qu'ils commençaient à peine à le découvrir.
Le vent au loin, fit trembler les cimes des arbres de la forêt tropicale, dont on ne percevait que la silhouette noire désormais. Freya resserra son emprise sur ses propres avant-bras. Elle avait un mauvais pressentiment, tout à coup.
La nuit s'accentuait de plus en plus, prenant des teintes aussi profondes que du velours.
Bientôt, les étoiles se mirent à scintiller au-dessus d'elle, se détachant drastiquement de la sombre couleur que prenait le ciel. D'un geste un peu absent, Freya fit coulisser la porte de sa chambre, et se déplaça sur le balcon de pierre.
Le ciel devenait violet sombre désormais, et Freya prit un instant pour l'observer en silence, plongée dans un songe inquiet.
Elle jura entendre un autre sanglot de la part de Porpentina, et sa tête pivota mécaniquement vers sa droite, où le balcon de pierres de la chambre de Thésée se trouvait. Il n'y avait qu'une petite balustrade de pierres qui séparaient les deux balcons, et l'espace d'un instant, Freya se dit qu'il serait tout à fait possible de l'enjamber pour la rejoindre.
Elle se mordilla la lèvre, et après un moment d'hésitation, s'avança vers la balustrade de pierre, elle lui arrivait à la taille, et avec un petit effort de ses bras, elle se hissa pour pouvoir s'y asseoir.
Le plus hardi pour Freya fut de passer ses jambes de l'autre côté de la balustrade… avec sa jupe en lin beige, elle réalisa à quel point ses jambes étaient contraintes par le tissu qui les entourait. Elle se maudit intérieurement ; elle aurait simplement pu décider d'entrer par la porte, comme n'importe quel individu, Moldu ou sorcier, l'aurait fait.
Alors qu'elle réussit à passer une première jambe par dessus le muret de pierre, elle se stoppa pourtant. Ses yeux bleus étaient tombés sur un petit amas de poussière noire, là, au beau milieu du balcon de Thésée.
Et son coeur fit un bond étrange dans sa poitrine, alors qu'elle se rappelait de ce qu'il s'agissait. Les cendres du Magazine à la couverture rouge. Ce terrible magazine que Thésée avait conservé tout ce temps par pur regret. Par culpabilité. Il avait finalement réussi à s'en libérer, du moins physiquement, en le calcinant tout entier.
Quelques cendres furent fébrilement balayées par le vent humide, volant jusque Freya, puis tournoyant pour se fondre dans l'obscurité de la nuit.
Ces cendres qui virevoltaient lui rappelèrent amèrement ses rêves d'Ariana Dumbledore, alors qu'elle explosait en un véritable nuage de charbon, où de minuscules particules noires comme la nuit, se mouvaient comme le ferait un dangereux essaim d'abeilles. Freya resta figée là, l'image de ce nuage noir occupant désormais tout son esprit.
Ce nuage noir.
Cet Obscurus.
Ce qui avait tué Ariana, et ce qu'avait Croyance, ou plutôt Eugène Fawley, à l'intérieur de lui.
Le bond étrange de son coeur reprit, et elle grimaça presque alors qu'elle le sentit se tordre dans sa cage thoracique. Paralysée dans cette position des plus étranges, et des plus inconfortables, elle crut que son souffle l'avait complètement quittée. Son mauvais pressentiment ne fit que grandir, et elle crut qu'elle allait soudainement être malade.
- Je la laisserais seule si j'étais vous.
La voix grave qui provenait de derrière elle la fit tant sursauter qu'elle faillit tomber en arrière. S'agrippant fermement contre le rebord de pierre, comme l'aurait fait un Griffon, elle se tourna vivement.
Sa voix fusa, comme le bruit qu'aurait fait une théière qui siffle :
- Monsieur Dragonneau…!
Thésée Dragonneau était là.
Pas sur son balcon, mais plutôt… à côté de celui-ci.
Il était sur un balai noir, assis et nonchalamment appuyé sur le manche de celui-ci. Son expression était en apparence quelconque, mais elle distingua sans effort dans ses yeux qu'il se demandait vraiment ce qu'elle faisait. Son regard gris, accentué par la nuit, l'avait balayée de haut en bas, et un de ses sourcils châtain s'était soulevé, et puis, l'expression sceptique disparut aussi vite qu'elle était venue. Il soupira très légèrement et articula avec un ton lointain :
- Miss Goldstein désire consulter l'ensemble des archives, seule.
Il avait prononcé ces mots en détournant légèrement le regard, vers l'infinité de la nuit, derrière la forêt tropicale. Toujours avec cette même non-expression dirigée vers l'horizon, il ajouta :
- Elle se dit qu'elle est sans doute passée à côté de certains éléments…
Freya lui lança un regard défiant, et malgré elle, demanda avec un ton froidement sarcastique :
- Comme le fait que sa soeur attende un enfant ?
Cette fois-ci les yeux de Dragonneau fusèrent vers les siens, ils parurent soudainement animés d'un certain courroux. Il répliqua avec aridité :
- Doutez-vous, vous aussi, de mes bonnes intentions, Nott ?
Freya s'en voulut tout aussitôt, mais ne répondit rien.
Que pouvait-elle bien dire de toute façon ?
Après un petit moment de silence, la position nonchalante de Dragonneau sur son balai s'était drastiquement rigidifiée, et il dût ressentir le besoin de se justifier puisqu'il ajouta avec une voix pleine de gravité :
- Je pensais qu'elle le savait. Jamais je n'aurais caché une telle information.
En croisant une nouvelle fois son regard défait, Freya comprit qu'il était on ne peut plus sincère, et toujours sans bouger de ce fichu muret, elle hocha la tête en silence.
Un nouveau silence s'installa.
Etrange.
Lui, sembla devenir tout à coup un peu hésitant.
Même s'il avait ce visage neutre, Freya put le deviner à la manière dont il se tenait sur son balai, son dos était droit, et ses mains, crispées autour du bois. D'ailleurs, ses mains étaient entachées de poudre noire, et la sorcière sut très bien d'où cela provenait. Ses yeux bleus glissèrent vaguement vers le petit tas de cendres qui virevoltait encore sur le balcon de Dragonneau, avant de se reconcentrer vers lui.
Ses yeux à lui, la scrutaient encore, de haut en bas, et puis, se mettaient à fuir les siens dès lors qu'il croisait son regard.
La voix de Freya retentit platement :
- Que faites-vous ?
Il parut gêné de sa question, l'espace d'un instant, comme s'il se sentait coupable de quelque chose, et puis, il tourna complètement la tête, fuyant définitivement son expression interrogatrice.
Il marmonna assez fort pour qu'elle puisse l'entendre :
- Vous êtes mal placée pour poser cette question, Nott.
Freya se redressa un peu sur le muret, et une première vague de gêne l'envahit.
Effectivement, elle était toujours maladroitement postée là, à califourchon sur ce mur de pierre, et cela ne devait faire aucun sens. Elle allait balbutier ce qui devait ressembler à une piètre justification, mais il la devança, après lui avoir jeté un regard, du coin de l'oeil :
- Vous devriez faire plus attention.
Le reproche sonnait étrange dans sa voix, et puis, il finit par lâcher avec un mouvement de la tête maladroit :
- … votre robe.
Freya baissa les yeux vers ses cuisses, et la deuxième vague, de honte cette fois, déferla en elle.
Ses jupons beiges étaient complètement relevés, si bien qu'ils remontaient jusqu'au dessus de ses cuisses, au dessus même de la frontière entre ses bas de nylon et sa peau.
Elle rougit si fort, qu'elle crut qu'elle allait illuminer tout Rio de Janeiro.
Elle s'empressa de recouvrir ses cuisses de gestes vifs et approximatifs, et puis, elle se laissa glisser maladroitement du haut du mur, pour retomber disgracieusement sur son propre balcon. Puis, dans un mouvement vif et maladroit, elle cala son dos contre le haut du muret, comme si elle voulait tout à coup fusionner avec celui-ci, et y disparaître à jamais.
Le regard de Thésée revint vers elle, et après un court instant de silence gêné, il se racla la gorge et se redressa sur son balai. Freya, elle, dût agiter sa main devant son visage, tant elle avait subitement chaud.
Dragonneau la regarda faire un petit instant, et puis, il sembla réprimer un sourire ; Freya lui lança un regard amer, et il dut se pincer les lèvres et détourner la tête.
Il reprit avec une voix quelconque :
- J'ai emprunté ce balai à Monsieur Lage.
Freya ne sut pas si elle devait être amère ou soulagée qu'il change ainsi de sujet de discussion. Elle recroisa ses bras devant sa poitrine, espérant que cela calmerait les bonds effrénés de son coeur.
Il reprit avec un air plus lointain, et plus soucieux :
- Prendre l'air me fera le plus grand bien.
La jeune femme, pour être honnête, ne sut pas comment répondre à cela.
Elle émit simplement un faible hochement de la tête et balbutia :
- C'est une… bonne idée…
Thésée fit glisser vers elle un regard qu'elle ne sut déchiffrer.
Il parut hésitant à lui dire quelque chose, et puis, ses mains autour du bois du balai se mirent à remuer un peu, le faisant flotter un peu plus proche de la balustrade de pierre qui les séparait.
Freya déglutit disgracieusement, et le rouge de ses joues se dissipa un peu.
En réalité, elle devenait blême.
Elle devinait désormais aisément ce qu'il allait lui proposer, et une angoisse vint se nicher en elle. Avant qu'elle ne s'infuse complètement, elle bredouilla encore avec un air à la fois navré et fuyant :
- Je vais me coucher, bonne nuit-…
- Je pense que prendre l'air vous ferait le plus grand bien aussi.
Freya se figea, et se cala de nouveau contre le muret de pierre dont elle venait tout juste de se décoller. Le contact de la pierre lui procura un soudain sentiment de réconfort, de stabilité, et elle crut même qu'en se détachant de lui, elle s'effondrerait.
Le regard de Thésée en face d'elle était intense.
La jeune sorcière sentit ses mains trembler dans son dos.
Sa voix s'étrangla sur ces mots :
- En… balai ?
Il ne bougea pas, il ne dit aucun mot.
Freya refusa net :
- Non.
Elle secoua la tête si fort qu'elle en eut presque le tournis.
Devant elle, le regard de Dragonneau n'avait pas changé.
Et elle martela avec une gorge nouée par l'angoisse :
- Non, je ne peux pas.
Ses yeux glissèrent rapidement vers le balai, sous Dragonneau, et tout son corps trembla. Elle dût fermer ses yeux un instant, comme pour tenter de bloquer les images terribles de ce match de Quidditch d'envahir ses pensées… et pourtant elles revinrent, comme une gifle.
Le pluie.
Le Cognard.
Les échardes du bois de son balai, qui fusaient dans tous les sens.
Et puis, il y avait les coups, l'acharnement incompréhensible du Cognard sur elle.
Et puis…
Il y avait cette chute. Cette sensation de chute libre, de vide, de toutes ses entrailles qui remontaient dans sa cage thoracique, de ce sentiment d'impuissance… le même qu'à Exmoor alors que-…
- J'ai vu votre regard tout à l'heure, lorsque nous avons décollé.
La voix de Thésée était calme en face d'elle.
Il la regardait patiemment, même si ses sourcils s'étaient un peu froncés, car sûrement était-elle devenue aussi pâle qu'une Banshee. Elle expira un souffle tremblant, et secoua sa tête, le reste de son corps étant paralysé par l'angoisse :
- Je ne peux pas.
Un vif agacement s'installa sur le visage de Thésée, ce qui surprit Freya car cela ne lui ressemblait pas de réagir ainsi. Sa voix articula sèchement :
- Vous êtes montée sur cet Hippogriffe il y a quelques jours à peine…
Le reproche était si facilement perceptible qu'il aurait fallut être un idiot pour ne pas le comprendre. L'inexpression de Thésée n'avait pas changé pourtant. Et puis, il marmonna plus bas :
- Ou est-ce que vous préférez effectivement sa compagnie à la mienne ?
- Est-ce une compétition qu'il y a entre Bernie et vous ? Rétorqua-t-elle avec un sursaut d'exaspération.
Si elle n'avait pas été paralysée par l'angoissante idée de monter sur ce balai, Freya lui aurait sûrement déjà tourné le dos depuis bien longtemps, car en réalité cette espèce de rivalité entre la créature et lui l'agaçait. Elle ne comprenait pas cette animosité qu'il avait envers cet Hippogriffe et ne comprit pas non plus son soudain regard noir.
Après un moment, il laissa retomber son regard pourtant plein de colère, et avec une tension étrange, finit par démentir dans une voix rauque :
- Ce n'est pas une compétition.
Parce qu'elle sentit qu'elle reprenait un peu le dessus dans cet étrange échange entre eux, elle croisa de nouveau ses bras sur sa poitrine, masquant leurs tremblements irrépressibles. Elle releva le menton, et lui donna le regard le plus froid qu'elle put fournir sur l'instant :
- Sachez que je ne comprends vraiment pas votre…
Elle n'arriva pas à mettre un mot sur cette rivalité pour le moins étrange.
Sous le regard sombre, mais immobile de Dragonneau, elle abandonna la fin de sa phrase, et tourna vivement les talons, en annonçant tout du moins sèchement :
- Bonne nuit, Monsieur Dragonneau-…
- Nott.
Elle se stoppa net.
La voix de Dragonneau avait pris un tout autre ton, et en se tournant vers lui, elle le vit l'observer avec un regard apologétique. Il dut contracter plusieurs fois sa mâchoire avant d'expliquer avec des sourcils emmêlés :
- Vous paraissiez si… nostalgique.
Freya le toisa sans répondre, et la tension dans ses bras s'accentua.
- Lorsque nous avons pris notre envol tout à l'heure, j'ai cru voir que…
Son coeur tambourina si fort contre les parois de sa poitrine qu'elle crut qu'il allait en sortir complètement. La voix calme de Thésée l'acheva :
- …que vous vouliez voler à nouveau.
Sa voix grave mourut dans le silence, et les bras de Freya tombèrent lâchement de part et d'autre de son tronc. Elle fit glisser son regard vers ses propres pieds, ne supportant plus celui de Thésée en face d'elle. Ses mains tremblèrent, et elle se mordilla la lèvre.
Elle dût admettre qu'il n'avait pas tort.
Un souffle court et tremblant s'échappa de ses lèvres, comme s'il s'agissait des dernières réserves d'air qui étaient logées dans ses poumons. Elle jeta un regard hésitant vers son ancien patron, dont la silhouette, étrangement rassurante, flottait paisiblement au-delà de son balcon.
- Essayez.
Il ajouta alors qu'elle ne réagissait pas :
- Montez avec moi, je ferai très attention.
Freya fit remonter vers lui des yeux hésitants, elle eut l'impression que ses pieds étaient fixés au balcon, et que, même si elle le voulait, qu'elle ne pourrait bouger.
- Je vous avais promis des cours particuliers de vol… ce soir pourrait être le premier.
Freya déglutit de travers, et avoua avec une voix étranglée et honteuse :
- J'ai peur.
Lui avouer cela, de manière si directe, lui avait tant coûté, qu'elle se sentit essoufflée. Son honneur, et son ego, en avaient pris un coup. Mais Thésée lui tendit sa main.
- Au moindre signe d'inconfort, je nous ferai descendre.
Alors que son estomac se tordait dans tous les sens, Freya se surprit à faire un pas, puis un deuxième. Le regard de Thésée était calme, fixé sur elle, et étrangement apaisant.
Avec un petit sursaut d'hésitation, elle posa le bout de ses doigts dans le creux de sa main, encore souillée de cendres et de suif, et avant même qu'il ne puisse s'emparer de ses doigts, et de l'ensemble de sa main, la voix de la jeune femme brisa le silence de la nuit :
- Me raconterez-vous l'histoire entre mon frère et vous ?
Seul Merlin sut pourquoi elle pensait à une telle chose, à un tel instant.
Mais cette pensée avait ressurgit dans son esprit si vite qu'elle n'avait pas eu le temps de l'analyser. Thésée pencha sa tête sur le côté et répéta avec une voix presque silencieuse :
- L'histoire ?
Freya sentait les doigts de Thésée atteindre les siens avec une lenteur extrême, et leur simple contact lui donna l'impression d'un véritable courant électrique. Il ne la quitta pas des yeux, alors que ses doigts atteignaient désormais ses phalanges. Cela fut si perturbant que Freya dût redoubler ses efforts pour se concentrer, elle finit par bredouiller :
- Celle du Quidditch… de votre sixième année.
Comme il ne répondait pas, elle enchaîna :
- Celle à laquelle Dumbledore faisait allusion.
L'inexpression de Thésée resta quelques longues secondes installée sur son visage, et puis, le fantôme d'un sourire apparut alors qu'il répondait avec une voix définitivement désinvolte :
- J'y songerai.
Avant-même qu'elle ne puisse protester quant à son manque d'engagement dans cette réponse, la main de Dragonneau s'était complètement refermée sur la sienne, à la fois ferme et tendre. Il la tira un peu vers la balustrade de pierre qui les séparait, si bien que sa taille cogna presque contre le rebord froid.
La jeune femme résista un peu, pour ralentir l'allure, tout à coup incertaine de son choix.
Sentant l'angoisse remonter en elle, elle trembla :
- Promettez-moi que nous descendrons si-…
- Je vous le promets.
Le regard qu'il lui lança était si intense, si assuré et rassurant, qu'elle finit par hocher la tête.
Les glorieuses images de lui, qui illustraient les articles de journaux pendant et après la guerre, lui revinrent. En particulier celle de lui, dans son uniforme de Quidditch de Poufsouffle, à la fois humble et noble, flottant auprès de son équipe, comme un digne Capitaine. Merlin, le nombre de fois qu'elle avait admiré cette photographie.
Elle balança un premier pied par-dessus la rambarde mais il la stoppa avec son autre main, il fronça les sourcils avec un air légèrement réprobateur :
Pas avec cette tenue, rappela-t-il avec un rapide regard vers sa jupe en lin.
Elle se maudit pour avoir déjà tout oublié de ce fâcheux incident, un peu plus tôt, alors qu'elle était maladroitement à cheval sur ce muret de pierre.
Alors qu'elle se demandait comment elle allait bien pouvoir s'y prendre, Dragonneau l'avait déjà fermement attrapée par la taille, et l'avait faite s'asseoir en arrière, en amazone, par dessus la rambarde. Elle eut le souffle coupé un instant, car elle ne s'attendait certainement pas à devoir s'asseoir ainsi, dos au vide. Par réflexe, et dès lors qu'elle sentit le bois sous elle, elle agrippa le cou de Dragonneau, en enroulant fermement ses bras autour de lui.
Sur le moment, l'angoisse était si intense, qu'elle mit sa gêne de côté.
Mais Dragonneau n'eut pas l'air surpris, ni dérangé, à vrai dire. Avec ses bras, il la fit glisser un peu plus vers lui, si bien que tout son côté à elle était plaqué contre lui.
Ses deux mains se posèrent sur l'avant du manche du balai, l'encerclant complètement, et puis, il lui lança un regard intense. La teinte bleutée de la lune et de la nuit donnait une certaine profondeur à ses yeux gris.
Sa voix murmura gravement :
- Prête ?
Comme elle ne savait pas quoi, ni comment répondre, elle se contenta d'hocher une nouvelle fois la tête. Ses yeux glissèrent en dessous d'eux, elle pouvait voir une terrasse de pierre, partiellement recouverte d'une mousse dense et sombre, et surtout, elle pouvait voir ses propres pieds se balancer dans le vide. Cette simple vision la crispa, elle sentit tous ses muscles se tendre, y comprit ceux qui entouraient le cou de Dragonneau.
Ce dernier resserra un peu l'étreinte de ses bras autour d'elle, comme lui apporter un peu plus de sécurité, et puis elle sentit qu'ils flottaient déjà. Le vent humide balayait ses cheveux, et puis ils montaient un peu. Encore. Encore.
Elle se cramponna d'autant plus, essayant de chasser les images terribles de cette pluie, de ce Cognard, de cette chute… L'angoisse montait tout autant qu'ils montaient eux aussi.
Ils allaient un peu plus vite cette fois, et un premier virage vers la droite lui donna l'impression qu'elle allait virer par-dessus bord et sombrer dans le vide. Elle ne put retenir une inspiration sifflante de surprise.
L'air chargé en humidité sentait la forêt.
Des parfums forts, verts et étrangement enivrants.
La chaleur balayait son visage et ses cheveux, qui, elle en était sûre, devaient voler dans le cou et le visage de Dragonneau.
- Ouvrez les yeux, Nott.
Dragonneau, justement.
Sa voix grave n'était pas réprimandante, bien au contraire. Elle était douce, et Freya papillonna des yeux un instant, elle était si crispée qu'elle ne s'était pas rendue compte qu'elle avait fermement maintenu ses paupières closes.
La première chose qu'elle vit furent ses yeux.
Ils étaient penchés vers elle, avec un mélange de douceur et d'attention, comme s'il essayait de mesurer une éventuelle détresse. L'espace de quelques secondes, Freya en oublia même qu'ils étaient en train de voler, tant elle fut prise de court par ce doux regard.
Comme elle devait être figée à le regarder, il finit par lui fournir un sourire contenu.
Il parut subitement amusé, et Freya ne sut dire s'il s'agissait d'elle ou du fait qu'il était en train de voler. Il se pinça les lèvres, comme s'il se retenait de sourire d'autant plus.
- Vous devriez plutôt regarder devant vous.
Sa suggestion la fit rougir de plus belle.
Elle tenta, en vain, de cacher sa gêne par un faux sourire, elle rétorqua aussitôt avec un ton acide :
- Et vous devriez faire de même. N'est-ce pas vous qui nous dirigez en ce moment-même ?
Il se pinça les lèvres de nouveau, et il dût s'admettre vaincu puisqu'il fit effectivement glisser ses yeux vers l'horizon devant eux. Après un petit instant, Freya tenta de faire passer ses yeux outre le visage et l'épaule de Dragonneau. Son coeur fit un bond si violent dans sa poitrine qu'elle crut qu'il s'agissait de la dernière contraction de celui-ci.
Devant eux le paysage était d'une splendeur sans nom.
L'horizon se parait d'un mystérieux dégradé, de la nuit noire au bleu profond. La lune presque entière, triomphante, irradiait la baie toute entière de sa lumière glacée. Les étoiles, brillantes, et beaucoup plus visibles que depuis le Manoir Nott, parsemaient le ciel de subtiles et délicates brillances. Le ciel, ainsi illuminé, ressemblait tellement à la couverture du livre de Carneirus, ce livre de toutes les Prédictions, que cela donna des frissons à Freya.
Mais en réalité, les frissons provenaient également du reste de la somptueuse vue que leur offrait leur escapade en balai : en bas, là où le ciel frôlait la terre, se dessinaient de magnifiques paysages : des montagnes aux denses forêts, la découpe irrégulière et immobile de l'océan, les lumières chaleureuses de la pétillante ville de Rio. Une brise humide vint les balayer légèrement, mais le balai resta stable malgré tout. Les muscles de Freya se détendirent un peu autour du cou de Dragonneau, et ce dernier lui lança un petit regard, comme pour vérifier qu'elle se portait bien.
- C'est magnifique, murmura-t-elle.
Il lui sourit doucement, et après un autre virage, doux et cautionnant, il ralentit pour finalement s'arrêter complètement au-dessus d'une large étendue sombre. Freya baissa les yeux, et par-delà ses souliers, qui se balançaient dans le vide, elle put distinguer les formes mouvantes et irrégulières d'une dense forêt tropicale. L'air de la forêt était délicieux, et l'air, si pur, si différent de celui de Londres, vint envahir ses poumons.
Les sensations qui la traversaient étaient étranges.
La peur, l'angoisse, le coeur battant et fourmillant… et puis l'émerveillement, ce sentiment de liberté qui lui manquait tant. Dans ses veines pulsait de l'adrénaline, si forte, qu'elle ne sentit presque plus ses membres, subitement engourdis.
Ce n'était pas désagréable, juste indescriptible.
Elle ferma les yeux un instant, comme pour profiter pleinement de ce moment.
Le souffle de Dragonneau, de nouveau penché sur elle, balaya une de ses mèches noires :
- Vous allez bien ?
Sans ouvrir les yeux, elle hocha la tête, la frottant légèrement contre son col de chemise. Elle sentit qu'une de ses deux mains avait quitté le balai pour se caler dans le bas de son dos, pour la faire glisser un peu plus contre lui. Ses yeux s'ouvrirent d'un coup, avec surprise, mais elle ne releva pas son regard vers lui tout de suite.
Il y eut un léger silence, pendant lequel on pouvait entendre les murmures du vent, les bruissements des feuilles, les craquements des branches sous eux. Et puis, au coeur de la nuit, quelques cris d'animaux étranges et exotiques retentirent depuis la dense forêt.
Le parfum de la forêt se mélangea à celui de Dragonneau, et le coeur de Freya se remplit de douceur.
D'autres cris curieux retentirent de depuis la forêt, et Freya, certainement un peu nerveuse par la situation, sursauta, cognant maladroitement dans la mâchoire de Dragonneau avec le haut de son crâne.
Il ne parvint pas à étouffer une petite plainte grave, entre douleur et surprise :
- Ah…!
Freya releva la tête vers lui, à la fois confuse et gênée. Il la regardait d'une manière qui la fit sourire, et puis, contre toute attente… elle se mit à rire. Un rire nerveux qui la secoua un peu. Thésée, lui, était paralysé dans son expression inintelligible.
Sa bouche se tordit en une moue presque grincheuse, et il souffla avec un sourcil relevé :
- Vous… riez ? Alors que vous venez de me heurter, Merlin, vous êtes incorrigible Nott.
Freya secoua la tête, oubliant tout du vide sous ses pieds, tout du Cognard et de sa chute. Son rire était encore là, nerveusement ancré dans la courbure de ses lèvres rouges. Elle tenta de se contenir, mais n'y parvint pas. Sans même réfléchir, elle balança simplement :
- Je suis désolée, c'est juste… c'est cette expression que vous faîtes.
Après une courte pause, elle ajouta enjouée :
- Elle me rappelle celle que vous faisiez à Hyde Park.
Thésée se figea, visiblement pris de court.
Et Freya se figea elle aussi, réalisant ce qu'elle venait de dire.
Le silence revint, subtilement perturbé par un froissement d'ailes non loin d'eux, dans la forêt obscure. Les yeux de Thésée oscillaient très rapidement entre les siens désormais et ses lèvres s'étaient légèrement entrouvertes. Le coeur de Freya battait si vite, qu'elle crut qu'il était parti au galop. Devant elle, le regard de Dragonneau était si déchiré, et cela était si évident que cela crevait les yeux. Elle sentit sa main, logée dans le bas de son dos, la rapprocher de lui, et en même temps, ses yeux, et ses lèvres semblaient hésiter.
Freya savait pertinemment à qui il devait penser, à cet instant précis.
Alors qu'il s'approchait tout de même un peu d'elle, elle distingua, à la pâle lueur de la lune, que son visage était aussi tâché de suif, sûrement avait-il dût s'en mettre sur les joues sans s'en rendre compte après qu'il eut brûler ce fichu Magazine rouge.
Son expression vira rapidement à la torture, et Freya se sentit coupable devant tant de tourment.
Elle décida de mettre un terme à cet instant qui semblait le déchirer complètement. Elle lui fournit un sourire à la fois désolé et maladroit, et en détachant une main du cou de l'Auror, elle essuya avec son pouce une tâche qui noircissait le haut de sa pommette.
Le vent souffla et le balai oscilla un peu lui aussi, si bien que Freya se rappela brutalement où ils étaient.
Dans le vide.
Sur un balai.
Sa main se plaqua vivement dans le cou de l'Auror, dans un sursaut de panique.
La jeune femme ne put retenir un petit cri de surprise.
- Oh !
L'expression de Thésée, à priori toujours figée dans son tiraillement, vira finalement à sa neutralité habituelle, et avec un calme olympien, il assura juste à Freya :
- Je nous fais redescendre.
Et avec ces simples mots, le balai flotta avec douceur vers la Villa Lage, dont Freya reconnut sans aucune hésitation les élégantes colonnades de pierre et les larges bassins d'eau. Ils ne se posèrent pas loin de la lisière de la forêt, où le terrain passe subitement de la verdure dense et filandreuse à une pelouse soignée et nue. Lorsqu'ils atterrirent enfin, sans aucun autre mot prononcé entre eux, Thésée avait posé ses deux pieds fermement contre le sol humide, et s'empressa de faire descendre Freya, en lui proposant une main d'appui pour qu'elle puisse reposer sur la terre ferme.
Mais alors que ses pieds foulaient enfin l'herbe assombrie par la nuit, le soulagement l'envahit, puissant, tant elle eut été nerveuse sur ce balai. Ses jambes, déjà bien engourdies par l'angoisse, se mirent à flageoler de manière maladroite, et puis, après quelques pas vacillants, ses jambes cédèrent brutalement, et elle s'effondra au sol.
- Nott !
La voix grave et urgente de Thésée résonna, non loin derrière elle, et elle se sentit complètement mortifiée. Elle secoua sa main pour lui indiquer qu'elle allait bien, et se contenta de lui sourire fébrilement :
- Désolée, je devais être si nerveuse que…
L'expression de Thésée se tordit dans une nouvelle culpabilité, et il plongeait déjà pour la soulever et la remettre sur ses deux jambes branlantes. Il lui désigna un banc de pierre, partiellement recouvert par des lianes et de la mousse, et sans un mot, ils s'avancèrent vers ce dernier.
Thésée aida Freya à s'asseoir sur le banc, si humide qu'elle était certaine que sa robe fut instantanément trempée à son contact. Elle s'attendait à ce qu'il la rejoigne, en s'asseyant à ses côtés, mais il n'en fit rien. Il s'était accroupi juste devant ses genoux tremblants et avait attrapé une de ses mains, qui était instinctivement crispée contre le bord du banc.
Sa voix grave était basse dans le silence de la nuit :
- Comment vous sentez-vous ?
Elle lui fit un mince sourire.
En réalité, elle se sentait si idiote, si faible, et elle détestait particulièrement cela.
Dragonneau, lui, grimaçait avec remord, et il secoua la tête :
- Je suis désolé, Nott, je ne sais pas-… J'ai agi comme un idiot.
Il lâcha sa main pour plaquer la sienne contre son visage, il le balaya avec une expression pleine de colère, vraisemblablement contre lui-même. Il soupira et ajouta :
- Je n'aurais pas dû insister pour que vous voliez avec moi. C'était égoïste de ma part, je voulais juste…
Ses yeux gris se relevèrent vers les siens, emplis d'émotions qu'elle ne sut déchiffrer. La fin de sa phrase se perdit dans le silence alors que ses yeux oscillaient encore dans les siens. Sa bouche s'entrouvrit, pour se refermer aussi sec. Il parut si confus sur l'instant que cela rappela indéniablement à Freya son expression de Hyde Park.
Sa voix grave souffla encore :
- Je voulais juste…
Mais encore une fois, la phrase ne se termina pas, et sombra dans le calme de la nuit tropicale.
Freya ne sut pas ce qui lui passa par la tête, mais elle saisit le visage de l'Auror entre ses mains. Encore avec un mouvement lent de son pouce, elle essaya une nouvelle fois d'effacer la trace de suif qui s'était échouée sur sa joue.
Avec une voix étonnamment calme, compte tenu de l'état nerveux dans lequel elle se trouvait en réalité, elle articula doucement :
- Je sais.
Et elle ne mentait pas.
Ne voulait-il pas lui rendre la pareille en l'aidant à se libérer d'un fardeau qui la rongeait ? Tout comme elle l'avait aidé en se libérant du Magazine. Elle lui adressa un regard tendre sans même le réaliser, et son emprise sur son visage releva ce dernier, un peu plus vers elle.
Thésée se laissa faire, et à vrai dire, son expression n'avait pas changé.
L'oscillation de ses yeux dans les siens non plus.
Et puis, Freya plongea vers son visage et l'embrassa.
C'était un geste si viscéral, qu'elle ne le réalisa qu'une fois que ses lèvres touchaient déjà les siennes. Elle le sentit avoir un léger sursaut à son contact, et elle se retira immédiatement.
Son dos se redressa si vite, qu'on aurait dit qu'elle était une poupée montée sur un ressort.
Thésée la regardait avec une expression interdite, définitivement figé.
Et Freya, elle, abasourdie par son propre geste, qui lui rappela cruellement son manque de tenue et son impulsivité - exacerbés par sa consommation de Whisky Pur Feu - lors des Fiançailles de Malefoy et Greengrass.
Freya déglutit, elle ouvrit la bouche, mais ne parvint à balbutier que des syllabes inintelligibles et incohérentes. Thésée déglutit aussi, et alors que son expression interdite disparaissait peu à peu, il cligna des yeux à plusieurs reprises avant de lui demander avec un ton très sérieux, voire grave :
- L'avez-vous… secrètement cachée dans votre chambre ?
La jeune sorcière le dévisagea un instant, sans comprendre.
Tout en essayant d'ignorer la chaleur qui irradiait de son visage, elle bredouilla :
- De quoi parlez-vous ?
Cette fois-ci, l'expression de Dragonneau vira au sourire.
Il souffla avec un air amusé, et avec un ton railleur il expliqua :
- La bouteille de Whisky Pur Feu.
Et il souffla de plus belle, avec le même sourire diverti.
Avec un hoquet de pur embarras et un teint rougi, Freya s'indigna avec un embarras si fort que son teint vira de nouveau à l'écarlate :
- Oh, mais je n'ai pas bu !
Un sourcil de Thésée se souleva, et son sourire s'agrandit :
- Vraiment ? La dernière fois que vous-…
- Oh, n'en parlez pas, je vous en prie ! S'était-elle exclamée en plaquant ses mains sur ses oreilles, feignant de ne rien pouvoir entendre.
Elle était tout à fait mortifiée devant son sourire.
Et après un moment, elle bredouilla piteusement :
- Vous vous moquez de moi.
Le sourire quelque peu railleur de Dragonneau se mut en une courbe tendre. Il pencha sa tête légèrement sur le côté et il répondit avec le même ton amusé :
- Avec votre caractère de Vélane ? Je vous l'ai déjà dit, je n'oserai pas, Nott.
Elle laissa retomber ses mains sur le banc de pierre, et lui lança une amère expression, lui faisant clairement comprendre qu'elle n'en était pas convaincue.
Le sourire se dissipa lentement sur le visage de l'Auror, et puis l'expression hésitante reprit le dessus. Après un petit instant seulement, il s'était un peu relevé, prenant appui sur ses genoux, tous deux plantés dans l'herbe mouillée, et il attrapa le visage de Freya avec une main, posée sur une de ses joues. L'autre main de l'Auror l'entoura par la taille, la rapprochant de lui.
Et il posa ses lèvres sur les siennes.
Freya, pour être tout à fait honnête, ne s'attendait pas à cela, surtout pas après son expression si tiraillée, et cette impression qu'elle avait de lui infliger une torture sans nom. Après un petit instant de surprise, elle finit par fermer ses yeux, si fort, qu'elle crut encore voir les constellations derrière ses paupières closes. Elle se sentit si nerveuse sur l'instant, qu'inconsciemment ses deux mains s'étaient crispées, formant des poings de chaque côté de ses cuisses encore flageolantes.
Le baiser fut si léger au début, qu'elle eut l'impression d'être la plus fragile des créatures. Et puis, Thésée pivota son visage d'un autre côté, approfondissant le baiser, tout en la serrant un peu plus contre lui.
La main qui était posée sur sa joue glissa dans ses boucles noires, et ses deux mains à elle hésitèrent un peu avant de finalement se raccrocher autour du cou de Dragonneau.
Il pivota de nouveau, dans des gestes lents et délicieux. Elle avait l'impression que le temps s'était arrêté. Elle avait l'impression d'être à Hyde Park, au beau milieu de toute cette neige, scintillante malgré la nuit noire. La jeune sorcière en eut la chair de poule rien que d'y repenser.
Il y avait quelque chose de si tendre dans ce baiser que Freya crut que son coeur était en train de fondre, et de couler dans le reste de ses entrailles qui se mettaient à fourmiller de manière étrange. Elle repensa à leur baiser, dans l'Allée des Embrumes, quelques semaines plus tôt, alors qu'il pleuvait des cordes et qu'ils étaient rongés par la fatigue, le deuil et l'angoisse. Ce baiser n'avait rien à voir avec celui-là, il y avait quelque chose de plus viscéral, de plus affamé, comme si les évènements d'Exmoor les avaient érodé jusqu'à l'âme.
La tendresse des mouvements de Dragonneau, et cette douceur ne rendit ses jambes que plus flageolantes encore, si bien qu'elle crut qu'elle ne pourrait plus jamais marcher de nouveau. Elle l'entendit soupirer contre elle, comme un souffle de contentement, et elle en trembla.
Mais très vite, et involontairement, elle l'imita, en soufflant à son tour. Freya faillit se paralyser, tant elle était gênée d'émettre un tel son contre lui. Elle lui rappela son soupir d'euphorie alors qu'il la maintenait contre son lit dans sa cabine.
Dans un autre soubresaut, la main de Dragonneau agrippa fermement sa taille, et il colla son torse contre sa poitrine, plaquant le reste de son tronc contre le rebord du banc en pierre, entre les jambes de Freya. Il eut un autre soupir, plus rauque cette fois, et les caresses dans ses cheveux noirs s'intensifièrent drastiquement.
La sorcière rougit de plus belle, son coeur fit milles bonds dans sa poitrine, bien qu'elle ne sut plus s'il s'agissait du sien ou de celui de Thésée, tant il était plaqué contre elle.
Le sentiment qui l'avait traversée dans le cabine du Navire, l'avant-veille, revint comme une gifle.
En fait, elle avait peur.
C'était idiot, complètement idiot.
Mais elle avait peur.
Peur de la suite, peur de ne pas être à la hauteur, peur de le décevoir, peur de…
Elle devint bien trop consciente que Dragonneau devait détecter son embarras grandissant, sa gêne devint de plus en plus forte. Ses mains redevinrent des poings tremblants et nerveux et…
Thésée se détacha brutalement, si bien qu'elle ressentit cela comme un véritable arrachement.
Ses yeux étaient devenus noirs, comme ceux d'une créature affamée, comme si le soupir qu'elle avait émis avait enclenché chez lui une mécanique dont elle ignorait tout. Tous les deux essoufflés, ils se toisèrent un instant, le silence de la nuit légèrement perturbé par leurs souffles étranges et saccadés.
En voyant les poings tremblants de Freya, le visage un peu confus de Thésée se para d'une légère fronce de sourcils, et puis il se laissa retomber vaguement sur ses genoux, encore appuyés contre l'herbe sombre. Il sembla l'observer un long moment, avec un mélange d'expressions inintelligibles, et Freya se mortifia d'autant plus.
Un milliard de questions se bouscula dans sa tête. Et si elle n'avait pas fait cela correctement ? Et s'il avait attendu autre chose d'elle ? Elle se figea. Et si elle l'avait déçu ?
- Vous allez bien ?
Sa voix grave était rauque et défaite entre deux souffles singuliers.
Son ton était étrangement inquiet alors qu'il semblait chercher quelque chose dans ses yeux.
Mais Freya était sans voix.
Elle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit.
La fronce de Thésée s'accentua, si fort, qu'elle crut que ses sourcils allaient s'emmêler.
- Nott ? Répéta-t-il.
Freya hocha fébrilement la tête, et comme Thésée ne paraissait pas convaincu, elle réussi à articuler avec une voix étrange :
- Oui.
Dragonneau ne parut pas plus certain de cela pour autant, mais il ne fit pas de commentaire.
Il y eut un épais silence durant lequel il semblait scruter son visage dans les moindres détails, son regard gris caressaient ses lèvres, son nez, ses yeux, ses cheveux (sûrement terriblement défaits), puis retomber le long de sa joue, son menton rond digne des Nott…
Et son expression déchirée et coupable revint au galop, comme s'il réalisait pleinement ce qu'il venait de se poser entre eux. Ils s'étaient embrassés. Les couleurs sur le visage de Freya semblèrent se drainer d'un seul coup à la vue de cette nouvelle expression. Merlin, son expression coupable était si intense qu'elle se mit à culpabiliser elle aussi. Le visage charmant de Lestrange lui revint en mémoire, son sourire radieux sur la photographie qu'il avait emmenée avec lui, dans sa valise… était-ce ce à quoi il était en train de penser ?
Très certainement, car il avait une nouvelle fois balayé son visage de sa main, comme un homme qui tenterait, en vain, d'effacer des erreurs d'un coup de paume. En relevant ses yeux gris vers elle, il dût comprendre le train de ses pensées puisqu'il s'excusa avec une voix grave :
- Je…
Il se pinça les lèvres, encore légèrement rosies par leur baiser, et il souffla avec un sincère regret :
- Je n'arriverai pas à me défaire de… cette expression avant un bon moment, je le crains.
Comme elle ne réagissait pas, la culpabilité de Thésée sembla décupler.
Sa voix grave devint un murmure interdit :
- M'en voulez-vous ?
- Non.
Elle avait répondu du tac au tac, et elle ne mentait pas.
Comment diable pouvait-elle lui en vouloir ?
N'avait-il pas perdu sa fiancée ?
Elle s'imagina, l'espace d'un court instant le perdre lui, d'une manière aussi cruelle que le fut la mort de Lestrange, et cela lui procura une douleur, au plus profond de sa poitrine, si forte, qu'elle en eut presque le souffle coupé. Un noeud se forma dans sa gorge, et elle en devint complètement muette.
Dragonneau dût penser qu'il l'avait blessée, car il finit par se relever, et s'asseoir lentement à ses côtés. Ils ne se regardèrent pas pendant quelques secondes, et Thésée remua maladroitement sur le banc humide, trahissant son malaise. Ses deux grandes mains, encore noircies, étaient jointes sur ses cuisses et il finit par lui jeter un petit regard, du coin de l'oeil.
Il se racla la gorge et expliqua d'une voix si basse que ce fut à peine si elle l'entendit :
- Pour être honnête, après Septembre je ne m'attendais pas à-…
Un autre regard hésitant dans sa direction la désarma encore plus.
Il parut tout à coup aussi mal à l'aise que l'était habituellement son frère.
Il secoua la tête, et tout en fixant ses pieds, il se reprit :
- Non, à vrai dire, je me l'étais interdit.
Un silence, plus long cette fois-ci, s'installa entre eux.
Dragonneau la regarda longuement, et puis, son regard dévia vers ses mains, jointes sur ses propres genoux. Freya se sentait si étrange, qu'elle ne sut pas s'il s'agissait de cette déchirante confession ou de la subite descente d'adrénaline qui la traversait.
Et puis, ce mauvais pressentiment revint, elle se sentit tout à coup épiée, observée.
Elle tourna vivement la tête, vers sa gauche, où la forêt, si dense, créait un énorme amas de noir. Thésée, un peu surpris par le mouvement soudain de la sorcière, la regarda, puis, suivi son regard jusqu'à la forêt… Si, comme Freya, il ne vit pourtant rien, il ne fit aucun commentaire.
L'humidité était telle, qu'une fine brume commençait à naître dans le jardin où ils s'étaient posés, recouvrant la nuit d'un voile de mystère. La lune, dont le cercle presque complet brillait vivement au-dessus de leurs têtes, se masqua vaguement, assombrissant drastiquement la magnifique et énigmatique façade de la Villa Lage. D'autres cris étranges retentirent au loin, dans la forêt plongée dans l'ombre, et une ambiance déroutante s'immisça peu à peu, comme un serpent.
S'ils ne disaient plus rien tout à coup, ce n'était désormais plus à cause de leur baiser, ou même de leur conversation à propos de Lestrange. Non. C'était cette atmosphère étrange qui semblait les plonger dans une subite anxiété. Une chouette, ou un autre volatile que Freya ne put identifier avec précision, hulula, brisant ainsi abruptement l'épais silence.
Sa main attrapa vivement celle de Dragonneau, encore posée sur ses genoux, et ce dernier la toisa un instant, puis se mit à balayer l'obscurité devant eux avec une légère fronce dans ses sourcils. Alors que le coeur de Freya se mettait à battre la chamade sous sa robe de lin, son mauvais pressentiment grandit en elle, comme une tâche d'encre qui s'infuse.
Elle était tellement absorbée par cette soudaine inquiétude qui la submergeait, qu'elle n'avait même pas remarqué que Dragonneau s'était levé. Il tira un peu sur sa main, et dit simplement :
- Nous devrions rentrer, il se fait tard.
Freya lui lança un regard inquiet, mais il ne le vit pas : ses yeux à lui étaient fixés dans la pénombre de la mystérieuse forêt, d'où, tout à coup, plus aucun animal ne criait. La douceur de l'air était devenue lourde, pesante, et le silence était devenu roi.
La sorcière se leva mécaniquement, car ses jambes tremblaient encore un peu.
Ce qui ne la rassura définitivement pas, ce fut de voir que l'autre main de Dragonneau était posée sur sa poche de pantalon, prête à en sortir sa baguette. Sûrement ressentait-il la même impression qu'elle ?
Il marchèrent lentement dans l'herbe trempée pour rejoindre la Villa.
- Lumos, avait murmuré Dragonneau devant elle.
Et un halo de lumière apparut au bout de sa baguette.
Le chemin qu'ils empruntèrent pour remonter jusque la Villa était si sombre, et bordé de cette forêt soudainement inquiétante. Chacun de leur bruit de pas, sur ce sentier de cailloux, semblait résonner contre les roches et les arbres, créant un écho sinistre. Freya dût se retourner plusieurs fois, tant elle était persuadée qu'il y avait quelqu'un qui les suivait, là, juste derrière eux.
Lorsqu'ils atteignirent la porte, finalement, et qu'ils entrèrent, Freya ne se sentit pas plus rassurée.
Toutes les lumières avaient été éteintes, car Alberto, venait très certainement de se retirer pour aller dormir. La lumière de la baguette de Thésée rendait la pièce dans laquelle ils étaient entrés très sinistre et dangereuse.
Et puis, il y avait cette musique qui résonnait au loin, comme un écho étrange et surnaturel. Il s'agissait de musique classique ; une musique d'Opéra, d'où résonnait un chant à la fois mélodieux et dramatique. Cette ambiance donna à Freya une véritable chair de poule.
La main de Thésée resserra la sienne, comme s'il avait détecté dans quel état de frayeur elle se trouvait. Et elle le suivit, toujours en silence, alors qu'ils traversaient désormais le Petit Salon, rempli de bibelots étranges, et qui, à la lumière du Lumos, ressemblait plutôt à un sombre Cabinet de Curiosités.
Freya se retourna une énième fois, persuadée qu'elle allait trouver une silhouette sombre, en train de les observer depuis la fenêtre de ce Petit Salon… mais en réalité il n'y avait rien. Juste la forêt, au loin, qui était secouée de mouvements étranges, comme si elle prenait soudainement vie.
Plus ils avançaient, plus la musique s'intensifiait.
La chanson était emplie de tristesse et de nostalgie, et elle ne cessait de grésiller, comme si le Gramophone sur lequel le disque tournait eut été enrayé. Un nouveau grésillement déchira la lente mélodie, déformant la voix de la cantatrice jusqu'à la rendre si effrayante qu'on aurait dit une voix d'outre-tombe.
La main de Dragonneau sur la sienne se fut un peu plus pressante, trahissant le fait que lui aussi n'était pas entièrement rassuré. De toute manière, sa prise sur sa baguette sembla se faire plus forte, si bien que l'on commençait à distinguer la pâleur de ses articulations, très certainement accentuée par la lumière froide du Lumos.
Ils parvinrent jusqu'aux escaliers, dont les marches de pierres les mèneraient jusqu'à leurs chambres. Après un dernier regard derrière eux, Thésée tira sur la main de Freya et gravit les premières marches. Pile à cet instant, la musique grésilla complètement, ne laissant qu'un bruit blanc désagréable qui envahit tout le rez-de-chaussée. Tous les deux surpris, Thésée et Freya sursautèrent, et dans un réflexe malheureux, alors qu'elle glissait en arrière, Freya se rattrapa in extremis à la rambarde sculptée.
Elle allait souffler de soulagement, mais on ne lui en laissa pas le temps.
La rambarde se mit à onduler comme l'aurait fait un serpent. Et avant même qu'elle n'eut le temps de se rendre compte de quoique ce soit, elle réalisa avec horreur qu'elle avait posé sa main sur la tête de la statuette du vieillard, qui trônait en bas des escaliers. La même statuette contre laquelle Ruby l'avait mise en garde : ne pas toucher sa tête.
Les lianes de bois qui formaient la rambarde des escaliers se délia et ondula jusqu'eux, si vite, qu'ils n'eurent pas le temps de réagir. Une première liane se détacha complètement, et s'était plaquée contre Thésée, qui parut en avoir le souffle coupé tant le choc eut été fort. L'autre liane s'enroula autour du poignet de Freya, l'emprisonnant fermement dans le bas des marches.
Thésée, plaqué contre le mur de pierre par la liane, se mit à tousser, comme s'il manquait d'air, et une vague de panique traversa Freya. Froide. Glacée.
Sa voix aigüe trembla :
- Monsieur-…!
- Oh, Merlín !
Lage était derrière eux, essoufflé et en robe de chambre pourpre, qu'il avait visiblement nouée à la hâte. Il parut, pour la première fois, un peu désarçonné devant eux. Et dans un geste à la fois délicat et urgent de sa baguette, les deux lianes se défirent lentement. Thésée plaqua une main contre sa poitrine, en grimaçant un peu, et Freya tomba complètement contre les marches.
Dans un silence perturbé de grésillements lointains, les deux lianes rampèrent en serpentant le long des marches jusqu'à retrouver leur état normal, rigide et décoratif, et reprendre l'apparence d'une rambarde des plus banales.
Un peu hébétée, Freya toisa leur hôte avec de grands yeux. A vrai dire, il y avait eu tant de tensions accumulées en elle qu'elle se sentit flasque.
Thésée, qui se massait encore le sternum, parvint à souffler gravement :
- Par la Barbe de-… qu'est-ce donc ?
- Vous êtes déjà revenu de votre virée en balai ?
Leur hôte, Lage, retrouva rapidement sa composition habituelle, et de derrière lui, la sorcière distingua que la musique du Gramophone était redevenue normale, il n'y avait plus de grésillements, plus d'interférences. Il les fixait avec une expression sincèrement curieuse, et puis, ses yeux, de nouveau pétillants comme ceux de Dumbledore, glissèrent vers Freya, maladroitement assise sur les marches de pierre :
- Je ne savais pas que la demoiselle irait avec vous, je vous en aurais prêté un deuxième.
Freya hoqueta, se rendant compte qu'ils en avaient oublié le balai, qui devait encore gésir sur l'herbe humide du sombre jardin. Elle ne se rendit presque pas compte que Lage la regardait désormais avec une fronce exagérément inquiète :
- Qu'y a-t-il Miss ? Vous êtes très pâle… je suis désolé pour cela.
Il indiqua d'un autre mouvement théâtral la maudite rambarde sculptée, et il expliqua avec un air très érudit :
- C'est un système de sécurité assez prisé, vous savez. Il est très ancien d'ailleurs, il remonte à plusieurs générat-…
- Il y avait quelque chose, en bordure de la forêt.
La voix de Thésée, visiblement fatiguée d'écouter ses tirades, l'avait coupé net.
Il s'était redressé du mur, et le Lumos de sa baguette accentuait ses traits graves ; et d'ailleurs, il enchaîna avec une grimace amère :
- Ou quelqu'un.
Lage parut perplexe :
- Quelqu'un, vous dites ?
Les yeux gris de Dragonneau glissèrent vers le haut des escaliers, en direction des chambres où se trouvaient actuellement Jacob Kowalski et Porpentina Goldstein. Et puis, son regard retomba vers Freya alors qu'il articulait avec un reproche peu dissimulé :
- Je crains que nos… amis, en aient attiré d'autres.
- Je vois…
Les deux Anglais pivotèrent vers leur hôte, dont l'intonation eut été la plus détachée qui soit. Après un vague haussement de sourcil dans sa direction, Thésée se mut enfin vers la sorcière, lui attrapant un bras, puis l'autre, pour la remettre sur ses deux pieds.
Alors qu'elle se hissait aux bras de Dragonneau, la voix de Freya trembla un peu :
- Et si c'était une créature… un Moremplis par exemple ?
- Impossible, ils n'attaquent pas lorsque l'on est éveillé.
Dragonneau avait répondu du tac au tac, et alors que Freya lui lançait un regard surpris, il maugréa simplement :
- J'ai lu le livre de mon frère.
Instinctivement, la main de Freya demeura agrippée à la manche de l'Auror. Sa voix vacilla dans les aigus alors que des pensées, toutes plus inquiétantes les unes que les autre, envahissaient son esprit :
- C'était donc bien… quelqu'un ?
C'est possible, avait simplement dit Thésée avant de se reconcentrer vers leur hôte.
Lage, lui ne semblait pas paniquer plus que cela, et semblait perdu dans de soudaines pensées. Après un petit moment, il croisa ses bras sur sa robe de chambre pourpre et il suggéra :
- Vous devriez aller vous coucher. Nous n'emprunterons pas le chemin auquel j'avais pensé demain soir pour aller à Caxambu.
Ses yeux noirs glissèrent vers une des fenêtres du Petit Salon, et la lumière bleutée de la lune revint un peu, comme si l'épaisse brume s'était finalement dissipée. Son accent chantant ajouta calmement :
- La Pleine Lune nous ouvrira une autre voie. Plus discrète.
Thésée articula platement :
- Vous ne paraissez pas plus inquiet que cela.
- Albus m'avait parlé de cette possibilité.
Il avait hoché la tête, à plusieurs reprises, avant de se tourner une nouvelle fois vers eux. Devant l'expression de Freya, sûrement livide, il compléta :
- Et soyez rassurés, personne ne peut entrer ici sans que je le sache.
Au loin, la cantatrice montait dans des aigus, avant de retomber dans une mélodie tragique et lente. Lage leur fournit un léger sourire, et puis, avec un geste de la main, posée sur son coeur, il s'inclina un peu :
- Je vous souhaite une bonne nuit.
Dragonneau répondit avec un coup de tête mécanique, et ils commencèrent à gravir les marches de pierres pour rejoindre leurs chambres. Au bout de quelques marches seulement, la voix de Lage interpella Thésée, avec un amusement dans la voix :
- Oh, mon cher Monsieur…
Dragonneau se tourna machinalement vers lui.
Et Lage lui désigna ses lèvres d'un geste de la main :
- … vous avez encore un peu de rouge sur vos lèvres.
Et sur ces simples paroles, il fit un clin d'œil dans leur direction avant de tourner les talons et de disparaître dans l'obscurité du couloir, la musique de la cantatrice accompagnant et rythmant chacun de ses pas.
Freya regarda Thésée poser sa main sur sa bouche et y essuyer un peu de rouge. La sorcière sentit son visage se réchauffer alors qu'elle comprit qu'il s'agissait en fait de son rouge. Son rouge à lèvres. Thésée parut un peu gêné lui aussi, et après un mouvement de sa mâchoire, il murmura comme dans un ronchonnement :
- Cessez d'appliquer ce rouge à lèvres à l'avenir, Nott.
Même si cette phrase avait été prononcée comme un reproche, Freya lut dans ses yeux qu'il tentait simplement d'alléger l'atmosphère. Seulement, elle était tant nerveuse à cause de cette soirée, et ce début de nuit, qu'elle continua de monter les escaliers avec une démarche mécanique.
Lorsqu'ils arrivèrent dans le long couloir, ils marchèrent en silence, côte à côte, et sous leurs pieds le motif géométrique du tapis se mouvait, en rythme avec chacun de leurs pas. Lorsqu'ils atteignirent la porte de la chambre de la sorcière, le coeur de Freya manqua un battement. Comment pouvait-elle bien dormir après tout ceci ? Et si cette personne qui les épiait était là, dans sa chambre ? Ou à sa fenêtre ?
Alors qu'elle voyait que Thésée regardait la porte à côté de la sienne, celle de sa chambre à lui, dont les lumières semblaient être encore allumées, Freya agrippa une nouvelle fois sa manche de veste. Son regard gris pivota automatiquement vers le sien.
- Restez avec moi.
Elle détesta comment sa voix sonnait ; suppliante et faible.
Mais elle était tant remuée, qu'elle complète même :
- S'il vous plaît.
Mais en réalité, et même s'il remuait ses lèvres avec une nouvelle expression tourmentée et hésitante, il ne se fit pas prier. Après avoir déglutit, il tourna la poignée de sa porte et l'entrouvrit. Il ne détacha pas ses yeux d'elle alors qu'elle entrait précautionneusement dans la petite pièce, plongée dans l'obscurité.
D'un geste de baguette, elle ralluma la flamme dans la lampe de chevet en verre et métal alors que lui refermait la porte derrière lui, en silence.
Les yeux de Freya tombèrent au pied de son lit, où elle avait installé quelques unes de ses affaires, y compris le la couverture bleutée de Carneirus. Elle l'attrapa alors que Thésée s'affairait à refermer la porte du balcon et à fermer les rideaux blancs.
Ses mains caressèrent les initiales de l'auteur : M. P. N. Carneirus.
N'était-ce pas la raison de leur venue, à tous, ici au Brésil ?
Le trouver lui, Carneirus, avant que Grindelwald ne le fasse.
- Tout va bien ?
Elle fut surprise par la proximité de la voix de Dragonneau, juste derrière elle, et elle ne put réprimer un petit bond de surprise. Elle lui lança un regard agité, alors qu'il posait sur elle des yeux gris étranges.
Il était si proche dans son dos qu'elle pouvait sentir les battements de son coeur contre sa colonne vertébrale. Elle balbutia vaguement :
- Je suis encore très nerveuse, à cause de… tout cela.
Elle-même ne sut pas si elle devait englober leur baiser dans ce tout cela.
Il sembla l'interpréter de cette manière, de toute façon, car il s'était un peu reculé, rompant tout contact physique avec elle. Il souffla simplement :
- Je vois.
Et avant même qu'elle ne puisse ajouter quoique ce soit, il avait déjà attrapé la couverture bleutée qui était encore dans ses mains et la lui retira.
Il lui dit juste :
- Mettez donc… tout cela de côté, et allez vous rafraîchir.
Elle hocha juste la tête, et puis, avec des gestes lents, elle se dirigea vers la salle d'eau.
Malgré sa douche, Freya passa de longues minutes à se passer de l'eau sur le visage, pour reprendre ses esprits. Il s'était passé tant de choses dans la journée, et dans la soirée, qu'elle en avait perdu le compte. Elle se sentait éreintée, comment sa nuit précédente et sa matinée avaient pu être si calmes en comparaison du reste ?
Tous ses nerfs étaient à vif, et la sensation désagréable d'être épiée continuait malgré tout, elle dût se retourner à plusieurs reprises, dans sa salle de bain, afin de vérifier que personne n'était là.
Son imaginaire sinistre revint, comme le lendemain de la Tempête sur le navire.
Grimmson.
Et si c'était Grimmson qui était là ?
N'était-il pas un véritable prédateur ? Sûrement devait-il se délecter d'observer ses proies, comme le ferait un féroce animal. Elle se tourna une nouvelle fois, avec un véritable sursaut. Mais il n'y avait personne. Dragonneau avait peut-être raison… et si parfois ses peurs lui jouaient des tours ?
N'était-il pas, après tout, son Epouvantard ?
Peut-être était-elle réellement obsédée par lui.
Obsédée par ce qu'il lui avait fait.
Obsédée par ce qu'il avait fait à ceux qui lui étaient chers.
Elle ne parvint pas à calmer son oppressante nervosité, et ce, même en rejoignant Dragonneau dans sa chambre. En fait, elle se demanda même si le fait de le voir là, torse nu, le livre de Carneirus à la main, ne la rendait pas plus nerveuse encore.
Il était un peu voûté sur les pages avec une expression concentrée, et à vrai dire, il mit quelques secondes avant de la remarquer. Il fit glisser ses yeux gris vers elle, et se redressa un peu, fermant le grand livre bleu à une seule main.
Ils restèrent figés un petit instant tous les deux, dans un silence étrange, et puis les yeux de Freya descendirent le long de son cou, pour balayer le buste mis à nu devant elle. Elle avait eu beau essayer de se retenir de le regarder, elle n'y parvenait pas. Son expression n'avait pas changée, et c'était comme si il la laissait l'observer lentement, sans rien dire.
Mais les yeux de Freya s'arrêtèrent finalement sur son poitrine, où en son centre, au niveau du sternum, une grand plaque rouge s'était formée. Et sa voix, étrangement calme malgré le tumulte nerveux qu'il y avait à l'intérieur d'elle, demanda :
- Comment allez-vous ?
Thésée ne bougea même pas, et ses yeux étaient restés rivés vers ceux de la sorcière.
Elle reprit, comme pour rompre le nouveau silence étrange et intense entre eux :
- Cette rambarde, elle a-…
- Ca va aller.
La voix de Dragonneau fut comme un souffle grave, et il avait fait un pas vers elle, si lent qu'il parut au ralenti. Elle réussit à faire mine de ne pas remarquer la nouvelle proximité de l'Auror, et se fixa résolument sur la vilaine ecchymose qui teintait le haut de son buste.
Elle bredouilla sans relever les yeux vers lui :
- Peut-être devrions-nous contacter Gideon, il saura quoi-…
- Non. Restons discrets.
Son refus fut tout aussi calme que l'avait été son souffle précédent, et alors qu'elle relevait des yeux incertains vers lui, il ajouta :
- Laissons-les rentrer en contact avec nous, et pas l'inverse. Il ne faudrait pas attirer l'attention vers nous… il y en a déjà bien trop.
Elle hocha la tête fébrilement, et dans un geste très hésitant, elle posa un doigt sur la plaque rouge, pile au dessus du coeur de Dragonneau. Comme il ne réagit pas, et qu'il ne dit rien, elle posa sa main toute entière, et aussi légèrement que l'aurait été une caresse.
Dragonneau baissa les yeux vers sa main, mais ne dit rien.
Son coeur, en revanche, s'était mis à galoper sous la peau de Freya, et elle lui lança un autre regard nerveux qu'il ne lui rendit pas, tant il était une nouvelle fois absorbée dans une expression tiraillée. Sa mâchoire remuait dans tous les sens, et il se mit à déglutir une nouvelle fois, faisant faire à sa pomme d'Adam un aller-retour sur le devant de sa gorge.
Freya avait les mêmes palpitations en elle, comme des petites décharges électriques, et alors qu'elle observait la zone rougie du torse de Dragonneau sous sa main, ses yeux bleus glissèrent vers un de ses côtés. Entre le haut de sa hanche et la fin de ses côtes se trouvait une grande balafre, en croissant de lune. Elle naissait sur le côté de son ventre pour disparaître sur son flan droit.
Inconsciemment, la main de Freya avait glissé de la plaque rouge vers cette cicatrice à la forme singulière. Sous ses doigts, elle sentit la peau de Dragonneau se tendre et se hérisser en une chair de poule inhabituelle. Son mouvement, aussi doux qu'une caresse, s'arrêta pile à l'extrémité de la marque blanchie. Ses contours étaient irréguliers, plutôt disgracieux, et Freya osa à peine imaginer quelle blessure pouvait être à l'origine d'un tel stigmate.
- Qu'est-ce ?
Elle sentit Dragonneau se raidir sous sa main, et dans sa posture.
Il souffla platement :
- Ce n'est rien.
Alors qu'elle commençait à retracer, du bout de ses doigts, la cicatrice en croissant de lune, la main de Dragonneau vint subitement se refermer sur la sienne, dans un étau rigide et froid. Surprise, elle lui lança un autre regard interrogateur. Mais avant même qu'elle ne puisse reformuler sa question, il répéta avec une voix plus dure cette fois :
- Ce n'est rien.
Il finit par retirer complètement sa main de son flan, et après un petit instant durant lequel le regard qu'il lui lançait était devenu noir, il finit par tourner les talons et s'éloigner de Freya. Cette dernière, un peu hébétée, mais surtout très curieuse, le regarda se déplacer vers le lit, et s'asseoir sur ce dernier, lui tournant définitivement le dos.
Après un moment, elle sortit de sa stupeur et se déplaça elle aussi vers le lit, où elle se nicha sous les draps clairs, le coeur encore battant la chamade. Elle sentit que Dragonneau l'avait vaguement regardée, et puis, qu'il avait fini par s'allonger lui aussi, à ses côtés.
Il y eut un autre moment maladroit, où tous les deux, allongés côte à côte, s'étaient mis à fixer le plafond beige au dessus d'eux, en silence. Freya déglutit, définitivement curieuse de savoir d'où pouvait provenir une telle blessure.
Elle brisa le silence une nouvelle fois avec une voix timide :
- C'est… la Guerre ?
- Non.
La réponse fut si aride, que Freya en frémit un peu.
Elle tourna la tête sur son oreiller, pour le regarder, mais il roula sur le côté, lui tournant définitivement le dos. Il dût agiter sa baguette en silence, car la flamme de la lampe de chevet s'éteignit d'un seul coup, les laissant dans l'obscurité la plus complète.
Et ils ne dirent plus aucun mot.
Jusqu'à ce qu'une voix résonne dans la chambre.
C'était une voix féminine, à la fois grave et lugubre qui lézardait les murs, se faufilant jusqu'aux oreilles de Freya. Et elle se réveilla. En sursaut. En sueur.
Elle était plaquée contre le dos nu de Dragonneau, et s'en détacha avec lenteur, à la fois perdue et essoufflée, comme réveillée d'un terrible cauchemar. Et la voix résonna de nouveau :
- Nott.
Et cette fois-ci, Freya s'assit dans son lit comme dans un sursaut, plaquant son dos contre l'encadrement en osier tressé. Ses yeux s'étaient écarquillés avec horreur.
Lestrange.
Leta Lestrange était là.
Debout, au pied de leur lit.
Elle lui fit un sourire amer, et après avoir jeté un petit regard vers Thésée, profondément endormi sur son côté, elle articula sombrement :
- Nous ne sommes pas si différentes, après tout.
La Nott se mit à balbutier des paroles inaudibles, en réalité elle était sans voix malgré sa terrible envie d'hurler de terreur devant une telle apparition. Lestrange, encore terriblement immobile dans la pénombre de la chambre, murmura :
- Mon frère est mort.
Sa voix sombra dans une déformation sinistre :
- Et comme moi, le vôtre mourra aussi. Il va le tuer.
Malgré elle, Freya se trouva à hurler, du haut de ses poumons :
- Non !
Mais la scène changeait déjà, il n'y avait plus de lit, plus de Dragonneau à côté d'elle, plus de chambre aux tons clairs… elle était dans un lieu qu'elle ne connaissait pas, qu'elle ne pouvait distinguer clairement. Elle était au sol, contre de la terre humide, le visage plein de sueur et de boue. Et elle hurlait encore, bien qu'elle ne comprenait plus vraiment pourquoi :
- Non ! S'était-elle époumonée.
Il y avait du noir en face d'elle, une obscurité étrange et puis, il y eut un éclat vert terrible.
Un éclat qu'elle ne connaissait que trop bien.
Celui d'un Sortilège de Mort.
Et une silhouette, une grande silhouette, juste devant ce faisceaux lumineux mortel, qui se tournait vers elle lentement et… Et son hurlement devint un sanglot déchirant, elle cria tellement qu'elle crut s'arracher les poumons, et tout à coup l'obscurité n'était plus, elle fut aveuglée par la lumière et…
- Nott… Nott ?
On la secouait.
Et elle ouvrit les yeux, elle ne voyait plus rien tant elle était à la fois aveuglée par la lumière du jour et par les sanglots qui embrouillaient sa vue. Elle se sentait flasque, elle tremblait, et elle avait à la fois très chaud et très froid.
La voix de Thésée rappela :
- Nott ?
Elle crut qu'elle allait avoir la nausée.
D'un geste approximatif, elle balaya son front trempé, où quelques mèches noires s'étaient collées. Lorsque sa vue redevint nette, elle vit le visage de Dragonneau, décoiffé, encore un peu assommé par la nuit, et une vilaine fronce qui plissait son front.
Dans un réflexe, un peu hésitant du moins, il passa ses mains dans son dos trempé, et la serra contre lui. Elle pouvait sentir sa peau contre sa joue mouillée de larmes et de sueur, et elle balbutia, à moitié étouffée contre le torse de l'Auror :
- Avez-vous eu une réponse de Marcus ?
Il y eut un certains temps de latence à cette question, et elle l'entendit demander :
- …de… de Nott ?
Sa voix grave semblait un peu perdue, et elle devina qu'elle l'avait sûrement brutalement réveillé. Elle se détacha de lui, et répéta avec une voix tendue, encore étranglée par un sanglot de panique :
- Avez-vous eu une réponse de mon frère ?
- Non.
Il secoua la tête et répéta :
- Pas encore.
Freya essaya de se défaire de son étreinte sur ses épaules, mais il ne la lâchait pas. Elle secouait la tête frénétiquement, comme si elle avait complètement perdu l'esprit.
La sorcière hoqueta :
- Ce n'est pas normal.
- Calmez-vous.
- Comment le pourrais-je ?
Sa voix s'étrangla avec un nouveau sanglot.
Les images terribles de ce faisceau vert, de ces hurlements qu'elle faisait, de Lestrange au pied de leur lit. Elle secoua encore la tête, et bégaya :
- Lestrange, elle-…
Elle reprit sa phrase en bafouillant d'angoisse :
- Elle m'a répété que mon frère était en danger, qu'il prévoyait de le tuer.
La fronce sur les sourcils de Dragonneau s'accentua un peu.
- Qui ça, il ?
- Je n'en sais rien. Grindelwad peut-être.
Sa réponse fut sifflante et débordante de peur, l'étreinte sur ses épaules s'accentua un peu, comme si Dragonneau cherchait à la recentrer vers lui.
Il articula doucement :
- Ecoutez-moi, Nott.
Il sembla chercher ses mots un petit instant, et finit par dire :
- Bien que cela me coûte réellement de dire cela, votre frère n'est pas un idiot, ni un incapable. Je ne le pense pas en danger.
- Il vous aurait répondu.
- Il est très certainement débordé au Ministère. Débordé par les recherches de votre Mère.
Le coeur de Freya se fendilla encore.
Elle pleura :
- Je les abandonne tous les deux.
Dragonneau sembla s'en vouloir d'avoir abordé le sujet de leur Mère disparue, et il secoua la tête avec un air maladroit qui lui rappela une expression qu'employait habituellement son frère, Norbert, alors qu'il était mal à l'aise.
- Non, Nott, vous-…
- Allons voir la Diseuse de Bonne Aventure.
Sa voix fut si résolue sur l'instant qu'elle crut que ce n'était pas la sienne.
Elle renifla devant le regard interdit de Dragonneau, et sachant qu'il allait refuser, elle argumenta vivement malgré sa voix tremblante :
- Je ne pense pas définitivement que tout cela soit un hasard, qu'elle soit apparue dans mon rêve éveillé au Ministère, et que nous la retrouvions ici, à Rio.
Mais Dragonneau ne répondait pas, son expression soucieuse muant drastiquement en une expression de désapprobation. Freya secoua la tête et l'implora presque :
- Ne me faîtes pas croire que tout cela ne vous intrigue pas, que cela ne vous-…
- Bien entendu que si, je suis intrigué, trancha-t-il avec un ton sec et agacé.
Il la toisa un instant, et après un soupir lui expliqua :
- Mais j'ai un mauvais pressentiment quant à cette Diseuse de Bonne Aventure.
Avant qu'elle ne puisse dire un mot, il dit :
- Vous l'avez vue lors de votre Rêve éveillé… oui. Mais vous l'avez aussi vue sur une Brochure utilisée par Grindelwald.
La bouche de Freya se referma.
Et Thésée secoua sa tête :
- Cela ne présage rien de bon, Nott.
Elle glissa hors de l'étreinte de Dragonneau, en articula :
- J'irai seule.
Les mains de Dragonneau agrippèrent plus fort ses épaules, la stoppant dans son élan.
- Hors de question.
Ses yeux gris oscillaient dans les siens à vive allure, et l'expression désapprobatrice se transforma d'abord en hésitation, et puis, en résignation. Il soupira :
- Nous partons ce soir pour Caxambu. Demandons à notre charmant hôte de nous déposer à l'Entrada de Lua ce midi.
Une vague de soulagement traversa Freya, et elle allait se laisser retomber contre son oreiller, tant elle se sentait molle tout à coup, mais un mouvement dans ses cheveux la chatouilla. Au début, elle pensait qu'il s'agissait d'une des mains de Dragonneau qui se serait posée sur sa tête, comme il l'avait déjà fait quelques fois. Mais à en juger par la nouvelle fronce de sourcils qui naissait sur son front, elle en conclut que ce n'était pas lui.
Il fixait les cheveux de la sorcière avec attention, et il marmonna :
- Qu'est-ce que-…
Un autre mouvement, de quelque chose qui se faufile, caressa le cuir chevelu de Freya, et elle ne put retenir un petit cri de surprise :
- Ah-…!
Elle plaqua ses deux mains contre ses cheveux, écrasés et ébouriffés par la nuit tourmentée, elle se mit à gigoter dans tous les sens, comme la chose qui était dans ses cheveux, alors que Thésée essayait vraisemblablement de l'attraper. Elle baragouina piteusement :
- Par Merlin ! C'est dans mes cheveux !
- Marlow… !
Thésée et Freya se figèrent dans leurs torsions étranges.
La porte de la chambre de Freya avait cogné contre le mur, tant elle s'était ouverte rapidement. Et dans son encadrement, se tenait Porpentina Goldstein, les yeux cernés de noir, et étrangement essoufflée. Elle s'était figée elle aussi en découvrant les deux sorciers dans le même lit, et ses yeux tombèrent vaguement vers Dragonneau, et elle les détacha aussitôt en réalisant à quel point son buste était découvert. Elle parvint à prononcer, la voix étranglée par la surprise :
- Vous-…
Freya l'imita, oubliant tout de la chose qui se trouvait dans ses cheveux :
- Po-…Porpentina.
Et puis, après une grimace de gêne, l'expression de Goldstein devint aussi froide qu'un pain de glace, elle s'avança un peu, et retira, d'un geste lent, ce qui était coincé dans la chevelure noire et défaite de la Nott. Elle en sortit une forme étrange, comme une brindille verdoyante, qui ne cessait de remuer dans tous les sens. Et alors que Freya hoquetait avec malaise, Goldstein s'adressa à la créature, un Botruc, et à présent Freya s'en souvenait, que Norbert lui avait confié lors de son départ pour le Brésil, un mois plus tôt.
Sa voix, froide, et rigide, tenta de s'adoucir un peu alors qu'elle s'adressait à la créature :
- Marlow, je te cherche depuis une heure…
Et ses yeux noirs remontèrent vers les deux sorciers, encore figés dans un lit aux draps défaits, et elle glissa la créature dans la poche de sa veste, comme l'aurait fait Norbert avec Pickett.
Sa voix fut si froide, que Freya fut persuadée que la température de la pièce avait chuté :
- Vous êtes attendus au petit-déjeuner.
Sans plus de cérémonie, mais avec beaucoup de jugement dans ses yeux, elle tourna les talons et se déplaça avec des pas rigides vers la porte, avant de la refermer derrière elle.
Thésée et Freya demeurèrent paralysés ainsi un moment, et puis, Thésée se mit à soupirer. Il lança un regard amer à Freya, et cette dernière se mit à fixer la porte que venait d'emprunter la sorcière américaine.
Comme le temps était étrangement couvert et gris, et beaucoup plus humide que la veille, ils prirent leur petit-déjeuner dans le Petit Salon, qui était beaucoup plus rassurant de jour.
Il y avait un certain malaise à cette table, et le regard inquiet de Freya oscilla vaguement entre la chaise vide de Jacob Kowalski et l'expression glaciale de Porpentina, dirigée entre eux deux. Sa voix finit par articuler sèchement :
- Et moi qui m'inquiétais de ne pas vous voir rentrer dans votre chambre, Monsieur Dragonneau.
Elle croisa ses bras sur sa veste, et appuya son dos sur le dossier de la chaise, en arrière. Dragonneau lui adressa un regard très quelconque, et elle enchaîna :
- Je pensais que vous passiez la nuit dehors.
Comme il n'eut aucune réaction apparente, elle compléta de manière aride :
- Comme un gentleman.
Sur cette phrase, Freya balança du tac au tac :
- C'en est un.
Cette fois-ci, le regard de Thésée vira vers le sien, et Freya continua de le défendre en expliquant avec une voix piteusement non convaincante :
- Monsieur Dragonneau ne voulait pas vous déranger dans vos recherches hier soir.
Ce qui n'était pas un mensonge, en soit.
La moitié de la vérité, tout du moins.
Sur cette phrase, Porpentina émit un rire sarcastique et répliqua d'une manière acide :
- Oh, oui, il était à moitié nu dans votre lit, pour une raison tout à fait honorable, j'en suis sûre.
A la fois outrée et terriblement gênée, Freya se mit à rougir, elle faillit s'étrangler sur son morceau de pain :
- Porpentina…!
- C'est Tina, je vous l'ai déjà dit, reprit-elle avec une grimace d'aigreur.
Freya la toisa longuement, se demandant si la sorcière américaine était si gênée de les avoir surpris dans le même lit ce matin, ou si quelque chose d'autre la rendait si rigide tout à coup.
Thésée soupira de nouveau, apparemment de plus en plus mal à l'aise face à cette situation, il pinça l'arête de son nez et articula avec résignation :
- Ecoutez, Miss Goldstein…
- Norbert est-il au courant ?
Ah, voilà ce qui la rendait si tendue.
Les yeux de Dragonneau fusèrent vers elle, si vite, que cela surprit Freya. Le regard qu'il lui lança était sombre et avec sarcasme, il répliqua avec une voix acide :
- Comme vous avez pu le constater, je n'ai pu que très peu converser avec mon frère, ces derniers temps.
La bouche de Porpentina se referma aussitôt, formant une ligne droite et rigide. Et comme elle ne disait rien, Thésée enchaîna avec agacement :
- Pourquoi ? Simplement parce qu'il est parti, sans me le dire, au Brésil, sur les conseils avisés et intéressés de Dumbledore.
Il y eut un nouveau silence autour de la table.
Et cette fois-ci, Porpentina remua avec malaise sur sa chaise, la faisant grincer un peu.
Tout en conservant son air empli de jugement et ses bras croisés sur sa poitrine, elle accorda en marmonnant :
- Ne me méprenez pas, s'il y a bien un sujet sur lequel je suis d'accord avec vous, c'est bien ce Dumbledore.
Et puis, après un dernier regard qui oscillait entre Thésée et Freya, elle reprit une gorgée de café. Le sujet du matin sembla disparaitre un peu, même si la Nott vit clairement dans les yeux de Porpentina qu'elle n'avait pas encore dit tout ce qu'elle voulait.
Alors qu'un nouveau silence s'installait, la voix grave de Dragonneau annonça :
- Nous sommes surveillés.
Cette fois-ci, l'expression froide de Porpentina fondit, laissant place à un froncement de sourcils préoccupé. Thésée répondit à sa question silencieuse :
- Hier soir, on nous observait.
- Ils nous auraient suivis jusqu'ici ?
- Très certainement.
Porpentina marmonna une injure impliquant Merlin, et se laissa retomber dans le fond de sa chaise, le visage assombri d'inquiétude.
La voix de Dragonneau reprit, après qu'il eut jeté un petit regard vers le couloir, comme s'il redoutait d'être écouté :
- Nous devons partir ce soir pour Caxambu, Monsieur Lage suggérait un chemin plus sûr. Mais avant cela…
Porpentina releva ses yeux noirs vers lui, et il enchaîna :
- Nous avons une dernière chose à faire à l'Entrada de Lua.
Elle les toisa tour à tour, comme s'ils avaient perdu la raison.
- Vous allez retourner là-bas ? C'est de la folie.
Comme ils ne disaient rien, elle insista :
- Vous vous exposerez inutilement.
- Ca ne sera pas inutile, intervint sèchement Freya.
Porpentina redirigea son attention vers elle, et Freya ferma les yeux, tentant d'oublier les images de son cauchemar de la nuit passée, et en particulier ce terrible faisceau de lumière.
Elle expliqua avec une voix tremblotante :
- Dans une épreuve pour devenir Auror, en Novembre dernier j'ai…
- Il s'agit du Rêve Eveillé, n'est-ce pas ?
Freya lui adressa une expression surprise :
- Oui… comment le savez-vous ?
Porpentina jeta un vague regard vers l'Auror Anglais, et expliqua avec une voix lointaine :
- Monsieur Dragonneau a été un peu désarçonné par cet évènement… et nous en avions parlé entre nous… avec votre Dumbledore.
Freya prit quelques instants pour les regarder tour à tour, et elle se remémora la fois où elle les avait surpris, tous les trois, chez Norbert, alors qu'elle était allée lui rendre le Mucus de Véracrasses qu'il lui avait gentiment donné. Les expressions étranges de tous s'expliquaient désormais… ils étaient en train de parler d'elle. De son Rêve Eveillé.
Elle reprit son récit en martelant :
- Il y avait cette Brochure. Une Brochure de Diseuse de Bonne Aventure. Et nous avons retrouvé la même Diseuse de Bonne Aventure hier, avant de vous trouver.
Porpentina lui lança un regard presque désolé qu'elle ne supporta pas. Le genre de regard que l'on adresse à quelqu'un de fou. La Nott articula avec une mâchoire rigide :
- Il faut que nous y allions. Il doit forcément y avoir quelque chose que-…
- C'est imprudent, intervint encore Porpentina.
Et après avoir longuement regardé Freya, elle se tourna vers Dragonneau, qui ne disait plus rien.
Elle lui demanda :
- Vous approuvez cela ?
- C'est imprudent, je suis d'accord avec vous…
Il lui adressa un regard grave avant de continuer sa réponse à l'américaine :
- Mais comme le dit Nott, je ne pense pas que ce soit un hasard non plus.
Porpentina les fixa un long moment, et se mit à soupirer comme quelqu'un qui perd une partie d'échecs. Elle posa la serviette, qui était posée sur ses genoux, sur la table nappée, juste à côté de sa tasse de café vide.
Après un vague regard vers les escaliers, elle indiqua :
- Je pense qu'il est préférable de laisser Monsieur Kowalski se reposer pour aujourd'hui.
Elle se leva de table, sous le regard surpris de Freya, et elle dit :
- Il faudra être rapide.
Elle tendit une main vers Freya, comme pour l'aider à se lever à son tour, et elle déclara fermement :
- Je viens avec vous.
La pancarte de la Diseuse de bonne Aventure se balançait au-dessus d'eux, et des grincements inquiétants résonnèrent dans l'Allée étrangement déserte. Porpentina jeta un coup d'oeil vers la gauche, l'Allée principale était vide, les commerces qui apportaient un peu de vie et de gaieté, pas plus tard que la veille, étaient tous clos.
Freya leva les yeux vers le ciel en verrière bleutée ; elle s'était curieusement assombrie, comme si un grand nuage noir passait au-dessus d'elle. Et les grincements inquiétants de la pancarte l'interpellèrent de nouveau… pourquoi grinçait-elle d'ailleurs ? Il n'y avait aucun vent, ni aucun courant d'air.
- Tout a l'air vide… n'est-ce pas étrange ? Avait demandé Porpentina tout en observant les alentours.
Dragonneau, calme et composé, répondit avec une voix quelconque :
- Monsieur Lage m'a expliqué que la plupart des commerces fermaient les jours et nuits de Pleine Lune.
Mais cet air quelconque, n'était qu'une façade, et cela, Freya le savait. Elle le vit dans ses yeux gris alors qu'il les fixait de nouveau dans sa direction. Il n'était pas tranquille, et la sorcière était consciente que les risques qu'ils encouraient en venant jusqu'ici étaient de son fait.
La pancarte cessa de grincer, et ils la regardèrent tous les trois en silence.
Et puis, la porte en bois et en peinture écaillée s'ouvrit dans un crissement lugubre. Une vieille femme apparut dans l'encadrement, et Freya la regarda à deux fois, comparant la charmante femme qui était peinte sur la pancarte à celle qui se présentait devant eux.
Ses cheveux étaient tirés dans un chignon gris très serré à l'arrière de son crâne, et autour de son pendaient une multitude de colliers, breloques et pendentifs étranges. Elle les balaya rapidement, depuis Porpentina jusque Dragonneau, et puis, s'arrêta sur Freya, postée jusque devant sa porte.
La voix de la vieille femme parut lointaine et rêveuse :
- Nous sommes fermés.
Sûrement les avait-elle entendus parler en Anglais pour qu'elle s'adresse à eux directement dans cette langue. Son accent rendait sa phrase plus énigmatique qu'elle ne l'était vraiment.
Et sans plus de cérémonie, elle referma la porte, en se retirant silencieusement à l'intérieur.
- Madame-…
Freya, dans un réflexe, cala son soulier brun entre la porte et le bâti, l'empêchant ainsi de se fermer complètement. La vieille femme lui lança un regard dépourvu de toute émotion, comme si elle était en plein songe éveillé.
Freya balbutia la première chose qui lui vint à l'esprit :
- Nous venons de la part d'un ami.
- Quel ami ?
Du coin de l'oeil, elle pouvait distinctement voir que Dragonneau désapprouvait ce mensonge, elle le vit même s'avancer pour rectifier tout cela, et Freya ferma les yeux nerveusement, s'attendant à ce qu'il lui avoue qu'elle mentait.
Mais il articula gravement :
- Carneirus.
Freya fit glisser vers lui un regard si surpris qu'elle en avait écarquillé les yeux.
Thésée n'était clairement pas du genre à s'enfoncer dans un tissu de mensonges, et encore moins lorsque les mensonges en question concernaient leur mission.
La femme le toisa un instant, scannant l'expression quelconque de l'Auror, et puis, elle demanda :
- Oh… vraiment ?
Le regard de Thésée changea un peu, et il pencha sa tête sur le côté, comme il le faisait souvent alors que quelque chose l'intriguait ; et là Freya comprit.
Il la testait.
- Carneirus… vous a demandé de venir me voir ? Répéta la femme avec le même ton songeur.
- Tout à fait, renchérit-il.
Elle rouvrit sa porte, la faisant grincer de nouveau, et puis elle énonça avec un regard vers la verrière parée d'étoiles :
- L'éclipse de la fin du mois nous réserve décidément bien des surprises… trois étrangers, qui viennent de la part de Carneirus.
Et puis son regard vide se posa vers Freya, intense et puis elle articula mystérieusement :
- Et qui attendent un message de l'au-delà.
Un frisson parcourut Freya, et la pancarte au-dessus d'eux se remit à se balancer de manière inexpliquée, faisant naître en la Nott une nouvelle angoisse. Mais la femme devant elle ne sembla pas le remarquer, ou du moins, pas y prêter plus d'attention que cela.
En fait, ses yeux vides étaient revenus vers Thésée, qui n'avait pas bougé, et elle ajouta avec un air mystique :
- Ou qui sait… plusieurs messages. Entrez…
Elle disparut dans l'obscurité en marchant à reculons, disparaissant peu à peu dans le noir qui engloutissait toute la petite pièce. Sa démarche fut si étrange et macabre, que Freya eut l'impression qu'elle entrait dans l'antre d'une créature féroce et dangereuse. Mais ils y allèrent tout de même, et Porpentina referma la porte derrière eux.
Il faisait nuit noire à l'intérieur de la pièce où ils étaient entrés, et il y avait une odeur très forte. Un mélange d'encens et de souffre, une odeur lourde, désagréable et entêtante, qui assomma Freya au bout de quelques inspirations.
Quelques bougies s'embrasèrent en tremblant, révélant un décor particulièrement funèbre. Toute la pièce était recouverte d'un paquet sombre et irrégulier et était bordé de hautes étagères, remplis de bibelots étranges et macabres… Il y avait un tas de feuilles avec des écritures, toutes différentes et illisibles, des tas de cartes de tarot mélangés et chaotiques, et juste à côté de cela plusieurs planches avec des lettres, des chiffres, et des symboles ésotériques qu'elle ne connaissait pas.
Au centre de la petite pièce, et alors que quelques bougies tremblaient, faisant varier l'intensité de l'éclairage, il y avait une petite table de bois sombre, ronde, avec des chaises désordonnées tout autour d'elle. En son centre, une planche était posée, et elle la reconnut de suite : il s'agissait d'une planche Ouija, une planche de contact avec les défunts.
Un autre frisson la parcourut, et elle jeta un coup d'oeil vers Dragonneau, qui se tenait à côté d'elle, subitement rigide dans sa posture.
La voix chimérique de la femme les invita dans un souffle étrange :
- Prenez place, et posez une main sur la goutte.
Ils s'exécutèrent en silence après s'être échangé un regard précautionnant.
La chaise sous Freya lui parut glacée, et la femme, juste à côté d'elle, lui indiqua d'un mouvement de la tête qu'il fallait qu'elle pose sa main sur la goutte. La goutte, c'était cette forme un peu étrange, comme un pointeur, qui se situait au centre de la planche. La jeune Nott posa deux de ses doigts sur sa surface, et les deux autres sorciers l'imitèrent en silence.
Après les avoir tous regardés de manière intense, la vieille femme posa deux doigts sur la goutte elle aussi et ferma ses yeux. Elle inspira vivement, comme un sifflement.
Et elle souffla avec une voix sombre qui fit trembler Freya :
- Esprit… es-tu là ?
Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'il n'eut rien d'anormal, et puis, un premier craquement retentit dans la pièce. La Nott lança un regard alarmé dans la direction de Dragonneau, mais ce dernier était concentré vers la Diseuse de Bonne Aventure, avec un air méfiant.
Elle répéta plus fort :
- Esprit, es-tu là ?
Ce fut difficile à expliquer, mais une vague de froid traversa Freya, elle sentit geler de l'intérieur, l'espace de quelques secondes, si bien qu'elle en eut le souffle coupé. Et puis, la vieille femme rouvrit les yeux d'un seul coup, et annonça sinistrement :
- Une défunte est là.
Freya aurait sûrement trouvé tout cela très ridicule, si la goutte sous leurs doigts ne s'était pas mise à bouger.
Elle glissa vers une première lettre, la lettre L.
Et la vieille femme, alors que la goutte continuait de glisser sur la planche, commenta avec le même air lointain et sombre :
- Son nom a une bien étrange consonance.
La lettre E.
La voix continua :
- Sa Famille est teintée de Mort.
La goutte s'accéléra d'un seul coup, pointant les lettre S et T successivement.
Freya jura sentir quelque chose lui souffler dans la nuque, et elle dût regarder par dessus son épaule pour vérifier que personne n'était dans son dos.
- Ornée d'un Corbeau, aussi noir que les Ténèbres.
Les lettres R, A, N, G, et E furent à leur tour pointées par la goutte, avant que cette dernière ne reviennent lentement au centre de la planche. Freya murmura avec un mélange d'incrédulité et de pur angoisse :
- Lestrange…
L'expression de Dragonneau était devenue inintelligible.
Freya aurait même juré qu'il était devenu blême.
Un autre frisson la parcourut, remontant le long de son dos, jusqu'à hérisser ses cheveux noirs, et rapidement, elle se rendit compte que la vieille femme la fixait elle.
Avec ce même ton contemplatif et mystérieux, elle articula :
- Vous avez des messages.
Avec horreur, Freya sentit la goutte glisser sous ses doigts, et elle s'arrêta sur OUI, avant de revenir lentement au centre. La Nott en eut le souffle coupé. Etaient-ils vraiment en contact avec Lestrange ? Elle se rappela de son air sinistre lors de son dernier cauchemar, et elle se mit à frissonner de nouveau, sentant l'alarme se répandre en elle.
La voix de la vieille femme s'adressa à elle, cette fois :
- Mais vous le saviez déjà… n'est-ce pas ?
La voix de Freya, elle, resta coincée dans sa gorge, tant elle se sentait étouffée. Etouffée par ce lourd parfum, par cette expérience, par la présence de Lestrange. La vieille femme reprit avec un air mystique :
- Vous voyez.
Le regard que lui lançait désormais Dragonneau était incompréhensible, et elle s'en détacha rapidement tant il la rendait encore plus confuse. Les yeux noirs de Porpentina brillaient un peu dans l'obscurité, mais elle ne parut pas plus perturbée que cela.
Freya finit par bredouiller :
- Mais tout est si flou, je-…
- Les messages d'un trépassé ne sont jamais clairs, vous pensiez que c'est comme lire un parchemin ? Ils laissent des indices, des souvenirs, des images…
Elle ferma les yeux après lui avoir dit tout cela, comme si elle entrait dans une nouvelle transe. Et la goutte se remit à bouger sous leurs doigts, raclant la planche usée avec un son lugubre.
Il y eut la lettre M, et puis le O, le R… et alors qu'elle se posait finalement sur le T, Freya ressentit un énorme affolement qui lui tordit les entrailles.
La voix mystique se fit plus grave, plus obscure :
- Elle veut vous avertir d'un malheur.
Elle inspira encore, et souffla :
- Car la Mort qui teintait sa Famille…
Les yeux vides de la vieille femme s'écarquillèrent vers elle, si bien que Freya ne put réprimer un sursaut. Les mots terribles coulèrent hors de sa bouche comme le venin d'un serpent :
- … va bientôt teinter la vôtre.
Freya se sentit devenir faible rien que d'entendre cette phrase.
En face d'elle, et malgré la pénombre, elle put clairement apercevoir Porpentina en train de secouer la tête avec une expression totalement agacée, rendant clairement visible le fait qu'elle ne croyait pas un seul mot de tout cela. Mais la vieille femme, si elle l'avait vue, ne fit aucun commentaire, en fait, elle énonçait déjà avec un air lointain et prophétique :
- Les erreurs du Passé refont surface, comme les cadavres d'un Naufrage finissent par s'échouer sur les rivages. Le Malheur n'est pas loin. Les Ténèbres vous envelopperont. Si fort, qu'elles pourraient bien vous étouffer. Vous anéantir. Le nuage noir est si dense que je n'aperçois pas-… ah. Je vois.
Elle ouvrit les yeux encore une fois, et pencha la tête vers la planche usée.
Sa voix articula ce qui ressemblait à une question :
- C'est son frère.
Encore une fois, la goutte glissa lentement vers le OUI.
Freya crut s'affaisser dans sa chaise.
La vieille femme dit simplement :
- Il est en danger.
La goutte se mit à s'accélérer, en répétant les mêmes lettres :
M, O, R, T
M, O, R, T
M, O, R, T
Et Freya, à bout de souffle, parvint à demander :
- Quel danger… ?
- On veut le tuer, on veut l'éliminer, pour… une Cause.
Les yeux vides se braquèrent de nouveau dans sa direction.
Le souffle de la vieille femme lui glaça le sang :
- Mais n'est-ce pas déjà ce que vous aviez vu cette nuit ?
Elle ferma de nouveau ses yeux, et prononça dramatiquement :
- Une silhouette noire comme la nuit. Une lumière verte et terrible.
L'angoisse monta en Freya, forte, paralysante.
Et la veille femme termina sombrement :
- Celle d'un Sortilège de Mort.
La Nott se sentit si mal à l'aise, si angoissée qu'elle retira ses doigts de la goutte dans un geste paniqué. Elle toisa la vieille femme avec une expression d'horreur, mais elle ne la regardait plus. Ses yeux vides et brillants avaient glissé vers Dragonneau, en face d'elle, et qui lui lançait un regard noir et suspicieux.
- Ne me faîtes pas ces yeux, mon garçon.
Elle souffla encore :
- Je sais que vous ne me croyez pas.
Il y eut un silence dans la pièce.
Et elle compléta :
- Tout comme je ne crois pas que vous veniez de la part de Carneirus.
Porpentina lança un regard un peu nerveux dans la direction de Dragonneau, mais il ne décrocha pas le sien de la vieille femme en face de lui. Comme elle attendait visiblement une réponse, il articula avec une mâchoire serrée :
- Je ne suis pas versé dans les arts divinatoires.
- Et je partage son avis, renchérit furtivement Porpentina à côté de lui.
Mais la vieille femme ne prêta aucune attention à la sorcière américaine, comme si elle ne se trouvait pas du tout dans la pièce avec eux. Elle ferma les yeux et la goutte fit de nouveau mouvements, cette fois-ci sans aucune signification apparente, avant de s'arrêter au milieu de la planche rugueuse.
La voix de la vieille femme souffla :
- Vous vous rongez.
Les doigts de Dragonneau, encore sur la goutte, se crispèrent d'un seul coup, et Freya, déjà bouleversée par ce qu'elle venait d'entendre, et par le fait qu'ils communiquaient peut-être réellement avec Lestrange, le regarda avec un sanglot, coincé au plus profond de sa gorge.
L'expression de Dragonneau vira de la méfiance à la noirceur.
Mais la vieille femme continua tout de même, une bougie se mit à trembler dans un coin de la pièce, faisant bouger leurs faibles ombres le long des murs sombres ; sa voix mystique dicta :
- Il arrivera un temps où vous devrez faire un choix : faire ce que vous devez, ou faire ce qui vous semble juste.
Dragonneau retira vivement sa main cette fois, et elle sembla devenir plus blême encore.
Il grogna dans un souffle presque inaudible :
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
- Vous voyez très bien, et ce, même si vous n'êtes pas versé dans les arts divinatoires.
Le ton lointain de la vieille femme ne suffit pas à masquer le sarcasme de sa phrase. Et alors que Dragonneau resserrait sa mâchoire avec une soudaine amertume, elle l'acheva en articulant :
- Vous allez la rendre malheureuse.
Cette simple phrase sembla enclencher quelque chose de violent chez lui, car il exigea avec une voix forte, qui fit sursauter Freya :
- Ca suffit.
La goutte sous les doigts de Porpentina et de la vieille femme se remit à bouger de manière frénétique et inquiétante. Et alors que Dragonneau semblait vouloir se lever, elle l'interrompit dans ses gestes en lui annonçant lugubrement :
- Votre fiancée a un message pour vous également.
Une autre bougie trembla, alors qu'une s'était complètement éteinte, ne laissant désormais qu'un fin filet de fumée grise serpenter dans la pénombre. Dragonneau déglutit, et la goutte se déplaça sur les lettres N, puis O.
La vieille femme releva des yeux vides vers lui alors que d'autres lettres furent pointées ; les lettres R, B, E…
Et alors que deux dernières lettres apparurent sous la goutte, les lettres R et T, la vieille femme souffla presque en silence :
- Elle ne trouvera la paix, que si vous trouvez la vôtre… et votre frère.
Sur ces mots, Dragonneau s'était vivement levé, renversant sa chaise en arrière dans un vacarme assourdissant et angoissant.
Il articula sombrement :
- Je doute que les deux soient compatibles.
Et alors qu'il commençait à s'éloigner du guéridon autour duquel ils étaient installés, Porpentina finit par retirer ses doigts de la goutte, et se lever, elle aussi. Elle marmonna :
- Il n'a pas tort.
Et alors qu'elle suivait Dragonneau, qui s'éloignait déjà vers la porte de sortie, Freya, elle resta clouée sur sa chaise. Les yeux de la vieille femme étaient rivés sur Dragonneau, avec une non expression si effrayante qu'elle en était paralysée.
Dragonneau se tourna vers le guéridon, avec un noeud de courroux dans sa voix grave, il dit :
- Nott, nous partons.
Mais elle ne voulait pas partir.
Elle avait peur, mais elle avait aussi tant de questions.
Sans oser regarder son air désapprobateur, elle lui dit simplement par dessus son épaule :
- Un petit instant, je vous en prie.
Et elle reposa ses deux doigts sur la goutte, rejoignant la Diseuse de Bonne Aventure, qui était restée immobile dans l'obscurité. La Nott ferma les yeux, tentant de se concentrer sur Lestrange, sur les souvenirs qu'elle avait d'elle lorsqu'elles étaient à Poudlard… L'incident du Jarvey, la dispute dans les toilettes des filles du troisième étage, ses larmes lors du Bal des Sorciers fin Août… et ses nombreux rêves d'elle. Ses mises en garde, ses indices, les images de sa mort, aussi cruelle soit-elle, dévorée par des cendres et des flammes bleues.
Si Lestrange habitait bel et bien ses rêves, depuis son Rêve Eveillé du Ministère alors… n'y avait-il pas une raison ? Une signification ? Ce qu'elle pensait être une obsession morbide, ou des hallucinations, au tout début… en fin de compte, n'était-elle pas hantée par Lestrange parce qu'elle avait bel et bien des choses à lui dire ?
Sa voix trembla dans la pénombre de la pièce.
L'air se remplit de cette odeur entêtante, et remplit le cerveau et les poumons de Freya.
- Lestrange… j'aimerais…
Elle rouvrit ses yeux pour tomber fixement dans ceux de la vieille femme, vides et dépourvus d'une quelconque émotion. Elle articula distinctement :
- Donnez-moi le nom de celui qui tuera mon frère.
Après un petit instant de silence, la goutte sous ses doigts se mit à racler la planche…
Elle glissa à la verticale, vers la sortie que Porpentina et Thésée allaient emprunter. La goutte passa sur le T et puis les yeux de Freya remontèrent un peu, il y avait la lettre G juste au-dessus du T.
La lettre G.
La goutte n'était pas encore totalement placée sur celle-ci que Freya s'écria avec stupeur :
- Ca se dirige vers le G, c'est forcément Grindelwald… ou Grimms-…
Sa voix s'interrompit brutalement.
Tout comme la goutte dans son raclement sinistre.
Dragonneau avait bloqué la goutte en plaquant sa main sur sa surface rugueuse, et la fit coulisser sèchement vers le bas de la planche où trônait le mot FIN.
La Séance était finie.
Freya le toisa avec un air désarçonné, et murmura :
- Que faites-vous ?
La main qu'il avait posé sur la goutte attrapa son poignet et la tira hors de sa chaise, et loin du guéridon. La voix de Porpentina semblait les appeler au loin, mais la Nott était tant absorbée dans la Séance, qu'elle ne l'avait pas vraiment remarquée. La voix grave de l'Auror devant elle souffla avec un air assombri :
- Il y a quelqu'un dehors, nous devons partir.
Un pic d'angoisse traversa Freya. Ils tournèrent les talons, en direction de la sortie, mais la voix mystique de la vieille femme résonna dans un écho inquiétant :
- Ce n'est pas en mettant fin à cette Séance qu'elle arrêtera de vous hanter.
Ses yeux vides semblaient les fixer tous les deux, mais Freya se demanda à qui elle pouvait bien parler. Elle n'eut pas l'occasion de lui poser de plus amples questions, puisqu'elle fut tirée à l'extérieure de la sombre pièce.
L'air dans l'Allée semblait étonnamment beaucoup plus pur et agréable à respirer que dans la petite pièce étriquée. Mais le soulagement n'était pas là. Ils se hâtaient déjà derrière la boutique, empruntant le labyrinthe des petites allées qui bordaient l'Allée principale et déserte, où ils seraient facilement repérés. La main de Dragonneau la tirait si fort qu'elle grimaça, ses jambes suivaient, bien qu'elles furent si flageolantes qu'elle se demanda comment elle pouvait bien tenir encore debout.
Ils marchèrent rapidement, Porpentina en tête, la baguette à la main.
Freya était un peu perdue devant toute cette agitation, comme si elle venait de se réveiller d'un sommeil profond et étrange.
Etrange. Non, ce n'était pas le mot.
Effrayant. Oui, plutôt celui-là.
Elle avait la chair de poule, et claquait des dents, alors qu'il faisait particulièrement étouffant.
Ils étaient en contact avec Lestrange.
Lestrange, depuis sa mort, leur avait parlé.
Et elle ne sut pas si elle dût être rassurée ou affolée de savoir que ses rêves n'étaient pas que des songes imaginaires. Lestrange essayait bel et bien de rentrer en contact avec elle, et de l'avertir que… Son sang se glaça de nouveau.
Marcus.
Marcus était bien en danger, et cela l'angoissa.
Grindelwald, ou Grimmson, en avaient après lui, et si elle n'intervenait pas rapidement alors… Elle se refusa de penser à cette hypothèse qui la hantait.
Elle repensa à toutes les autres questions qu'elle aurait voulu poser, concernant Carneirus, sa Mère, Isadora Fawley…
La voix essoufflée et défaite de Dragonneau résonna dans l'allée devant elle :
- Ce n'était pas une bonne idée.
Il se tourna un peu, sans pour autant s'arrêter, son visage était à la fois blême et plein de courroux. Elle l'entendit grogner :
- Regardez dans quel état tout cela vous met. Je n'aurais pas dû accepter de venir ici, c'était-…
- Elle a confirmé ce que je voyais dans mes Rêves.
Elle ne reconnut pas sa propre voix tant elle était calme malgré tout.
Et elle fronça les sourcils alors que la poigne de Dragonneau sur son avant-bras s'était intensifiée, elle se stoppa en pleine allée, et d'un mouvement sec, détacha sa main de celle de l'Auror. Elle lui lança un regard confus et suspicieux :
- Regardez plutôt dans quel état cela vous met vous…
Son expression se tordit d'une colère soudaine :
- Elle se joue de nous. C'est du charlatanisme.
- Elle savait pour Lestrange, répliqua sèchement Freya.
Ce simple nom avait l'effet d'une violente décharge électrique sur lui, et elle le savait. Sa mâchoire se crispa distinctement, et elle continua, essoufflée :
- Elle savait qu'elle était votre fiancée, que vous cherchiez votre frère.
Dans un geste étrange et approximatif, il défit son neuf de cravate, pour la desserrer, comme si elle l'étouffait tout à coup. Et puis, il faisait ce visage… cette expression.
Le coeur de Freya martela à toute allure, sa voix fusa avec angoisse :
- Qu'est-ce qui vous prend ? C'est ce qu'elle vous a dit qui vous met dans un état pareil ?
- Pas du tout, rétorqua-t-il dans un grognement rauque.
Elle s'approcha de lui avec un froncement de sourcils, et sa voix se durcit un peu :
- Qu'avez-vous ?
Elle pinça ses lèvres avant de l'accuser :
- Vous refaites ce visage.
- Quel visage ? Demanda-t-il avec un agacement non dissimulé.
- Celui d'après Exmoor.
Cette phrase eut le même effet que la gifle qu'elle lui avait donné dans l'Allée des Embrumes. Elle crut même qu'elle l'avait physiquement blessé tant l'expression qu'il faisait était tordue de courroux et d'autres émotions qu'elle ne sut déchiffrer.
Elle tenta plus calmement, mais avec un rythme tout aussi soutenu :
- Est-ce à cause de ce qu'elle a dit à propos de la paix de Lestrange ? Et de la vôtre ? Que vous la rendriez malheureuse ?
Il ne dit rien, son visage tiraillé revenant au galop.
Il allait ouvrir la bouche pour dire quelque chose, mais la voix de Porpentina les alerta avec tension :
- Ce n'est pas le moment de nous arrêter et de bavarder. Quelqu'un était là, quelqu'un nous a vus à l'intérieur-…
Elle s'était stoppée dans sa phrase, et dégaina sa baguette tout aussitôt.
Thésée et Freya l'imitèrent sur le champs, mettant leur houleux et sombre échange de côté.
La Nott fit comme son ancien patron, elle se mit à tourner, à regarder tout autour d'elle. La voix de Dragonneau siffla avec tension :
- Qu'y-a-t-il ?
Porpentina murmura avec une fronce dans ses sourcils noirs :
- J'ai cru voir…
Et effectivement, ils n'étaient pas seuls.
Non.
Un bruissement sur leur droite les alerta, et Dragonneau attrapa une nouvelle fois la main de Freya avant de siffler avec urgence :
- Venez.
Ils se mirent à courir, et bientôt les bruits de pas, qui n'étaient plus que les leurs, résonnèrent depuis derrière eux. Freya regarda par dessus son épaule, et aperçut avec horreur un groupe d'homme, vêtus de couleurs sombres et similaires, leur emboiter le pas.
Et l'un d'eux sortit une baguette de sa veste noire, s'apprêtant à lancer un sort.
Cette fois-ci, c'est Freya qui tira sur le bras de Dragonneau, et attrapa la manche de Porpentina. Elle les tira vers la gauche en criant :
- Par là !
Ils dévièrent in extremis, évitant un faisceau lumineux étrange, qui frôla la veste de Porpentina. Et ils continuèrent leur course effrénée dans ce dédale de couloirs et d'allées qui n'en finissaient plus. La panique envahit Freya… ils n'étaient pas chez eux, et ceux qui les poursuivaient étaient clairement à l'avantage, dans ce labyrinthe, jamais ils n'arriveraient à s'enfuir.
Un autre sort siffla juste à côté de leurs oreilles,
Et tout aussitôt, Porpentina riposta avec hargne.
Et elle hurla, avant de s'engouffrer dans un autre virage :
- Là !
Dragonneau et Freya la suivirent dans ce couloir étroit et sombre comme la nuit.
Et ils se stoppèrent net.
Il y avait un homme en plein milieu de ce couloir, seul. Et bien que son visage n'était pas complètement visible dans la pénombre, il leur fit un vague mouvement de tête vers une porte peinte sur un mur, comme s'il s'agissait d'un trompe l'oeil… et alors que Porpentina s'apprêtait à l'attaquer, le prenant pour un autre ennemi, il articula simplement avec une voix de velours et un accent chantant :
- Vous devriez plutôt aller par là.
Alors que les bruits de pas résonnaient de plus en plus près derrière eux, il tapota simplement le bout de sa baguette contre la porte en trompe l'oeil et elle se transforma immédiatement en une véritable porte, qui s'entrouvrit vers un passage sombre.
L'homme avait une voix un peu amusée, et il leur indiqua juste :
- Conseil d'amigo.
Des cris en portugais résonnèrent dans le petit couloir, et sans plus attendre, ni plus réfléchir, Porpentina se précipita dans l'ouverture de la porte, et Dragonneau et Freya la suivirent tout aussitôt.
La porte se referma derrière eux.
Et ils n'entendirent plus rien.
Au bout de quelques secondes à peine, les flambeaux, accrochés aux parois du passage, s'étaient embrasés, éclairant le large tunnel humide dans lequel ils s'étaient engouffrés.
A bout de souffle et remués par cette Séance de Spiritisme, et cette soudaine course-poursuite, ils prirent appui sur la paroi, dans leur dos pour reprendre leurs souffles et leurs esprits.
Au bout d'un moment, Freya balbutia, complètement blafarde :
- Au nom de Merlin, qui était-ce ?
Porpentina se redressa la première en essuyant son front avec le revers de sa manche. Entre deux souffles éreintés, elle parvint à articuler :
- Je n'en ai aucune idée, mais il se peut qu'il s'agisse bien d'un amigo.
Dragonneau se redressa à son tour, et avec une grimace étrange, il indiqua juste :
- C'était un Auror.
- Comment le savez-vous ? Demanda Freya.
Dragonneau pointa du doigt son propre col de veste et répondit :
- Il avait un badge ici.
Il y eut une petite pause, et puis, Freya formula une question que tous semblaient se poser en silence :
- Et ceux qui nous poursuivaient alors, qui, au nom de Merlin, étaient-ils ?
Thésée remua ses lèvres avec amertume avant de dire :
- Aucune idée… mais l'un d'eux avait le même badge.
- Cela n'a aucun sens, répliqua Porpentina avec une fronce dans ses sourcils.
- Pas tant que cela.
Freya sursauta, tout comme Porpentina d'ailleurs, qui s'était vivement retournée pour faire face à un homme qui devait avoir une trentaine d'années. Il avait une baguette dans sa main, et Freya remarqua qu'il s'agissait de l'homme à qui ils venaient d'avoir affaire de l'autre côté de la paroi humide.
Thésée brandit sa baguette dans sa direction, et exigea gravement :
- Plus un geste.
L'homme en question releva les mains au dessus de sa tête, comme pour se rendre, et s'avança un peu, dévoilant son visage à la lumière des flambeaux.
Il avait un visage tout à fait charmant.
Sous son chapeau noir, on pouvait deviner des yeux aussi sombres que ses cheveux ébènes, un sourire charmeur qui déformait un peu son visage mal rasé. Les yeux de Freya glissèrent le long de sa chemise blanche entrouverte, et s'arrêtèrent sur son badge aux étranges formes géométriques qui était épinglé sur le col de sa veste noire.
La voix de Freya ricocha sur les parois du tunnel :
- Qui êtes-vous ?
- Je vous l'ai dit, Miss Nott, je suis un amigo.
Et voilà les amigo !
J'espère que vous avez apprécié ce Chapitre, que j'ai mis longteeeeemps à écrire, mais c'est pour la bonne cause : vous offrir une lecture avec un minimum de qualité, et je l'espère, d'émotions !
Ca se gâte au Brésil… non ?
N'hésitez pas à me partager vos théories, j'adore les lire !
La deuxième partie de ce Chapitre viendra un peu plus vite (un des bons côtés du confinement, il faut savoir les apprécier !)… l'aventure vers Caxambu ne sera pas de tout repos… et ça ne sera que pour préparer leur arrivée à Castelobruxo !
J'ai créé une section « demandez-moi » sur mon tumblr d'inspirations vingt-huit-fb. (en bas de la page), histoire d'y regrouper toutes vos questions ! Je publierai vos questions et mes réponses pour que vous puissiez lire les interrogations et les théories de chacun, ça peut être intéressant ! N'hésitez pas à y faire un petit tour !
On se voit très vite,
Prenez soin de vous !
Netphis.
PS : ne faîtes pas de Ouija chez vous, on ne joue pas avec ces choses-là !…
