Sasuke

Est-ce qu'il te manque ? enfin .. est-ce qu'il te manque plus que tes parents ou les autres membres de ta famille ?demande-t-elle alors avec une légère hésitation, à peine perceptible dans le silence de ce début de nuit. Pour la première fois depuis la tragédie, et sûrement pour la première fois de toute ma vie, quelqu'un me demande ce que je ressens. Ou plutôt c'est la première fois que je prends le temps d'y réfléchir et de donner une vraie réponse. Je n'ai pas peur de me dévoiler. Je n'ai plus peur. Et je le lui dois bien.

Mais révéler ce que j'ai au fond de mon âme est bien plus douloureux que je ne l'aurai cru. Itachi est finalement la personne de ma famille qui me manque le plus depuis qu'ils ont tous péri. Mon frère. Mon repère. Sa mort a été tellement difficile à encaisser que j'ai extériorisé ma peine d'une façon peu glorieuse : développant ainsi mon côté froid, arrogant et autoritaire. Et alors que je réalise pleinement que mon comportement de ces dernières années est le simple reflet de ma propre souffrance intérieure une autre vérité m'éclate encore plus au visage. Sakura.

Je me retourne alors vers elle, moi qui m'étais levé pour cacher ces larmes que je n'assume toujours pas mais que je ne peux retenir en sa présence. Mes yeux mouillés rencontrent l'émeraude profond des siens. Mon âme est ainsi mise à nue devant elle sans que je ne puisse l'empêcher mais que j'accepte pleinement à cet instant. Elle seule est capable de faire cela. Elle seule est capable d'entendre les hurlements blessés de tout mon être et d'y apporter cette douceur dont j'ai besoin. Réconfort. Tendresse. Amour.

Et tu es arrivée dans ma vie...Mais j'ai été trop aveuglé. Trop blessé. Trop apeuré pour comprendre qu'Itachi m'envoyait depuis l'au-delà une autre personne capable de m'épauler et de m'aider à avancer dans la vie qui s'offrait à moi. J'ai été sourd. J'ai été le pire des salauds avec toi. J'ai ignoré l'amour que tu m'offrais sans conditions à par celle de t'aimer en retour. Mais là aussi je n'ai pas compris. Je n'ai pas voulu l'admettre et le reconnaître. Car espérer cela possible c'était prendre le risque de te perdre aussi. J'avais déjà tout perdu. J'avais perdu Itachi et revivre cette expérience était impensable. Alors je t'ai blessée de la pire des façons. J'ai piétiné tes sentiments. J'ai voulu te contrôler, ôter cette liberté qui est propre à chacun. Et à chaque fois que je te repoussais c'est parce que je sentais que je finirai par craquer parce qu'une part de moi-même voulait tellement que tu sois réelle. Que tu ne sois pas qu'une expérience conclue avec le club. Alors oui, je t'ai méprisée. Je voulais que tu partes, que tu me quittes pour que j'ai cette preuve que tu n'étais pas réelle. Que tu n'avais jamais existé. Et j'ai finalement réussi. Quand tu es partie ce jour-là, je n'ai rien fait pour t'arrêter car j'avais baissé les bras. A quoi bon te retenir? Je n'avais que ce que je méritais, ce que j'avais moi-même provoqué.

Je ne la quitte pas des yeux. Elle encaisse tout ce que je lui dis avec cette même force qu'elle possède au fond d'elle-même. J'ai envie de m'approcher d'elle, de la serrer contre moi, mais mon corps lutte avec mes pensées. Je ne la mérite pas. L'ai-je méritée ne serait-ce qu'un instant ? Alors mon corps se tend et se crispe. Pas encore. Ce n'est pas encore le moment de la tendresse.

Je te demande pardon Sakura. Je sais c'est facile à dire. Mais je le pense sincèrement. Je ne l'ai compris que bien trop tard. Il fallait que je m'enfonce encore plus loin dans la débauche, dans la perte de moi-même dans des comportements de plus en plus destructeurs. Moi qui avait toujours veillé à préserver ma vie privée, j'ai commencé à tolérer que ma vie dissolue soit exposée au grand jour. Qui pouvait me juger ? Ma famille n'était plus là. Itachi n'était plus là pour me rappeler à l'ordre. L'arrogance. L'orgueil. La vanité. Tout cela mélangé a renforcé l'ignoble individu que je suis devenu. Je n'allais plus au club car les Angel's me connaissaient et puis autant s'en prendre à des jeunes femmes innocentes et crédules. Je n'avais qu'à claquer des doigts et j'en avais une nouvelle, prête à me promette amour inconditionnel. Mais aucune n'avait ta sincérité. Aucune n'avait ta force intérieure. Aucune ne t'a jamais arrivé à la cheville. Aucune ne pourrait avoir cette prétention. Car tu es unique Sakura. Tu es un être exceptionnel. Mais là encore, je ne l'avais pas compris.

Elle s'essuie le coin des yeux. Elle tremble. Je m'approche alors d'elle, ôtant ma veste pour la poser sur ses épaules. Je n'ai pas remarqué que la nuit est bien tombée depuis un moment et que la brise glacée souffle légèrement dans les allées du parc illuminé. Mais alors que je m'apprête à reculer, mettre cette distance nécessaire à ce déversement d'émotions brutes, elle me retient la main.

Reste à côté de moi Sasuke. S'il te plaît.

Je m'assois alors à ses côtés, tournant mon corps vers le sien afin que nous nous fassions encore face. Nos yeux à quelques centimètres l'un de l'autre. Je ne peux ignorer ce qu'elle ressent au fond d'elle à cet instant car j'ai lu son journal, et elle aussi. Elle se souvient donc des émotions qu'elle a ressentie en voyant ma vie personnelle étalée au grand jour alors qu'elle se débattait elle-même avec ses propres tourments dont j'étais le principal responsable.

Est-ce que tu veux que je continue ? demandé-je craignant que cela soit trop dur, trop frais dans son esprit.

C'est moi qui te demande pardon Sasuke. Je n'ai pas cherché à te comprendre, à savoir qui tu étais. Le nom d'Uchiha me disait quelque chose, mais je n'avais pas fait le lien avec l'accident du pont de Naka. Si seulement j'avais ne serait-ce cherché un peu à connaître ta vie à ce moment-là, peut-être nous ne serions pas là à discuter. Nous avons perdu tellement de temps ... je ...

Ne t'en veux de rien Sakura. Rien nous concernant. Je suis le seul fautif pour toi et moi. Mais nous aurons encore l'occasion d'en discuter. Nous avons tant de choses à voir ensemble, encore. Nous avons souffert tous les deux et nous avons besoin de ce temps pour nous comprendre et peut-être apprendre à nous aimer. (elle écarquille les yeux à cet instant, un léger sourire venant illuminer son visage. Elle ferme ses paupières afin de se soustraire à mon regard la sondant intensément).

Ton frère avait une compagne ?

Je suis surpris qu'elle change de sujet, mais je prends ça bien. Ça fait beaucoup pour une seule soirée et ce n'est que notre deuxième jour de retrouvailles. Allons-y doucement.

Itachi était marié à Izumi. C'était son amour d'enfance. Ils allaient être parents si ... s'il n'y avait pas eu l'accident. Je l'ai toujours envié car comme pour nos parents, il avait trouvé la femme qui lui correspondait. Izumi sous ses airs calmes avait un tempérament assez affirmé. Digne de la femme du futur chef de clan.

Et tu souhaites avoir des enfants ? me demande-t-elle en rougissant d'oser poser la question

je déglutis péniblement. Des enfants ? moi ? Pourquoi elle me parle de ça maintenant ? Ce sujet ne m'a jamais traversé l'esprit à vrai dire. Alors autant être honnête.

Je t'avoue que je n'en sais rien. Cette idée de concevoir et de donner la vie ...

C'est la femme qui donne la vie, tu sais. Votre contribution est minime dans l'histoire ! pouffe-t-elle d'un coup en voyant mon hésitation et ma gêne grandissante sur le sujet.

Elle me surprendra toujours à savoir rebondir et détendre l'atmosphère après des moments si intenses. Encore une des ses qualités. Encore quelque chose qui accentue son charme.

Mais tu avoueras que cette contribution peut être très agréable quand elle est bien menée ! la taquiné-je alors.

Elle fait semblant de s'offusquer et me regarde avec un petit air coquin :

C'est évident que ça dépend qui mène la danse avant la contribution. Et sur ce point là, je pense que tu te débrouilles plutôt bien.

Je manque de m'étrangler. Elle est diabolique quand elle s'y met.

Plutôt bien ? C'est tout ce que je t'ai laissé comme impression ?

Elle éclate de rire. De ce rire qui fait chavirer mon coeur et qui réchauffe tout mon être. Puis elle me fixe intensément et se mord la lèvre inférieure d'une façon terriblement sexy.

Je te le dirai une prochaine fois quelles ont été mes impressions sur le sujet ... (puis, reprenant son sérieux) Il est tard Sasuke, il faudrait que l'on pense à rentrer au centre.

Je regarde l'heure et effectivement il est bientôt 20H et il serait dommage que l'on se fasse disputer pour ne pas avoir respecté les heures de visites. J'aide alors Sakura a regagné son fauteuil et nous retraversons le parc jusqu'à ce que nous rejoignons le hall où son infirmière attend.

Ah ben Sakura ! Je me demandais où tu étais passée ! Je redoutais que ce beau jeune homme t'aies kidnappée ! Et il aurait bien raison ! dit la femme en me faisant un clin d'oeil entendu. Il te faudrait un téléphone Sakura, ça nous permettrait de te contacter quand nous ne savons pas où tu es ou inversement si tu avais besoin d'aide lors de tes balades dans le parc.

Yuki. Je vais bien. Sasuke et moi étions juste en train de nous promener dans le parc. Et regarde, nous sommes à l'heure avant la fin des visites ! lui répond la rose alors que je la tourne vers moi pour lui dire au revoir.

On se voit demain ? me demande-t-elle avec plein d'espoir dans le regard.

Je pense que oui. Mais tu n'as pas de portable c'est ça ?

Non. Je ... je n'en avais pas vraiment besoin. Mais ne t'en fais pas ... Je n'ai personne à joindre.

Je préfère ne rien répondre, sinon elle va encore me dire que je suis autoritaire et que je ne l'écoute pas, mais je compte bien lui offrir un téléphone car on ne sait jamais si j'ai un imprévu un jour et que je ne puisse pas venir la voir. Je ne voudrai pas qu'elle m'attende pour rien. Par contre, je vois dans son regard qu'elle attend quelque chose. Elle a les joues roses. Je fronce les sourcils pour essayer de déchiffrer ce qu'elle souhaite et je la vois bloquer ses roues pour se lever et se planter devant moi. Levant les yeux vers moi avec ce regard qui me fait défaillir alors que je ne peux pas y céder. Pas encore. Mais elle semble vouloir tout le contraire, comme si le fait de m'être ouvert à elle lui avait réveillé ses sentiments pour moi. J'ai l'impression que tout autour de nous disparaît et que nous sommes plongés dans une bulle romantique. Je ne dirai pas non mais je ne suis pas sûr que ça soit encore le moment.

Sakura ? Qu'est-ce que tu fais ? alors qu'elle se rapproche de moi, tout en attrapant mes mains dans les siennes. Ses lèvres sont terriblement attirantes mais je dois me faire violence.

Merci pour cet après-midi ... me dit elle d'une voix bien trop sensuelle pour un simple remerciement. Ses yeux brillent. Elle papillonne même des paupières. Oh qu'elle est séduisante et désirable en cet instant. Je vais passer pour le pire des goujats de ne pas saisir cette chance. Mais le peu de lucidité qui me reste me fait dégager mes mains des siennes et je lui touche le front de deux doigts, comme le faisait mon frère pour me témoigner son affection.

Une prochaine fois Sakura (et je préfère rajouter pour éviter tout quiproquo) même si j'en meurs d'envie, il est encore trop tôt pour ça.

Elle se touche le front de ses doigts et me regarde avec une interrogation sincère.

Itachi me faisait ça quand il ne pouvait pas s'occuper de moi. C'était sa façon de me dire que je comptais pour lui.

Je vois alors les yeux de la rose s'écarquiller, réalisant le sens de ce geste alors pour elle.

Je ... je compte alors pour toi ? demande-t-elle pour être sûre d'avoir compris

Plus que tu ne le crois... en me rapprochant d'elle et glissant mes mains sur ses épaules afin de récupérer ma veste. Je la sens frissonner à ce contact et me regarder avec cette tendresse que je sais à présent apprécier à sa juste valeur. Je l'aide à se rasseoir car je la sens vaciller face à l'émotion qu'elle vient encore de subir par ma faute. A demain Sakura. Sûrement à demain. Je te préviendrai si j'ai un empêchement. D'accord ?

Elle hoche positivement de la tête, tant elle est émue. La journée aura été bien intense. Je dois penser à la ménager à l'avenir. Mais j'ai l'impression qu'on avance dans le bon sens elle et moi. Et ça, ça me rend heureux. Je n'aurai jamais cru ressentir ça un jour : être heureux de faire quelque chose de bien pour quelqu'un.

J'en ai pleinement conscience quand je quitte le centre : Sakura a définitivement boulversé ma vie et je pense pour le meilleur, malgré ce début si chaotique.

-A suivre