Écrire ce chapitre était plutôt délicat, sachant que j'ai touché à la relation privilégiée de Mer et Cristina. J'espère que vous l'avez aimé.

« Toujours aucune nouvelle du centre de dons pour June ? »

« Non. J'ai appelé toutes les dix minutes depuis quatorze heures mais rien. »

« Elle est en quelle position sur la liste ? »

« J'ai réussi à la placer en première place. »

« Bien joué, Grey. Tu me surprends. »

« Alors, qu'est-ce qu'on fait ? »

« Je suis de garde, je prends le relais pour appeler les dons d'organes. »

« Prévenez-moi s'il y a du nouveau. »

« Encore bravo pour monsieur Lynch. Je n'aurais pas fait mieux. T'es une super star, » écrit Margot avec un émoji d'étoile.

« Lâche ton téléphone, Mer, » râla Alex dans la vraie vie.

À contre-cœur, la jeune femme posa son portable sur le comptoir de l'ilot. Elle détestait être dans le flou à propos de ses patients, devoir laisser quelqu'un d'autre gérer la situation.

« Tu dois nous raconter le truc avec Bailey, de ce matin, » lança Cristina, perchée sur la tabouret d'à côté.

« J'ai pas envie d'en parler. »

« Elle avait l'air d'avoir quelque chose contre toi, » fit remarquer Owen, adossé au comptoir de la cuisine.

« Owen a raison, » acquiesça Alex qui tentait de faire prendre sa sauce.

« Ce n'est pas le genre de Bailey, je sais pas ce qu'il lui a pris. »

Cristina rebondit sur les paroles de son fiancé, ensuite vint le tour d'Alex et bientôt, tous trois étaient emballées dans une discussion tandis qu'au milieu, Mer avait l'impression d'être anesthésié. Sur l'îlot de cuisine, à quelques centimètres d'elle, une boite de somnifères. Elle n'était pas flambant neuve, certes, mais Meredith aurait pu reconnaitre cet emballage parmi des milliers. Depuis sa fausse couche, elle avait pris l'habitude d'en avaler un voire deux avant de poser la tête sur l'oreiller. Ils lui assuraient un sommeil sans rêves, sans cauchemars, sans cris de terreur qui s'échappaient de sa gorge au milieu de la nuit comme depuis la mort de Lexie. Un soir, seule dans son appartement de Baltilmore, alors que les pilules de potassium avaient quitté la commode depuis quelques mois, Meredith avait vidé la boite de somnifères dans sa main. Elle les avait regardés. Et s'était imaginée les gobant sans hésitation avant de partir tranquillement pour toujours. C'était le soir de Noël, le premier qu'elle passait seule depuis des années. Allison et Erica l'avaient invitée à leur fête mais elle avait décliné. À Seattle, elle passait Noël avec sa vraie famille, Derek, Lexie, Richard, Cristina. Et elle les avait presque tous perdus. Finalement, les somnifères étaient sagement retournés dans leur boîte et Meredith avait passé la soirée à zapper les chaines à la télé.

« Mer ? »

La voix de Cristina traversa le brouillard jusqu'à elle. Mer sursauta et quitta son siège.

« Je dois aller aux toilettes. »

Meredith quitta rapidement la cuisine. Elle grimpa les marches de l'escalier quatre à quatre et claqua la porte de la salle de bain derrière elle. Confrontés au reflet dans le miroir, ses yeux se remplirent de larmes. Comment les choses avaient-elles pu devenir si compliquées une nouvelle fois ? Seattle devait être un nouveau départ, un moyen de mettre le passé derrière. Mais jamais elle ne s'était sentie aussi assaillie par ce passé.

Elle essuya quelques larmes sur ses joues et passa la main dans ses cheveux. Mais alors qu'elle pensait être capable de retourner dans la cuisine comme si de rien n'était, son cœur se serra. Son souffle se fit court, ses mains se mirent à trembler. Ses pleurs devinrent incontrôlables. La jeune femme se laissa glisser sur le carrelage, la tête entre les mains. Son corps était comme poignardé de tous les côtés, brûlant et douloureux. Meredith hoqueta en tentant de recommencer à respirer normalement, elle se frotta frénétiquement les joues et se força à arrêter de trembler. Elle ne pouvait pas continuer à s'effondrer n'importe quand.

Quelques coups furent frappés à la porte.

« Mer ? » demanda une Cristina hésitante.

La jeune femme dans la salle de bain reprit le contrôle de son corps et jeta distraitement un coup d'œil à l'horloge accrochée au mur, clignant plusieurs fois des yeux. Une demi-heure était passée depuis qu'elle s'était réfugiée ici.

« Meredith ? Tout va bien ? »

« Ouais… c'est bon. »

« Tu n'as besoin de rien ? »

« Laisse-moi tranquille, » demanda-t-elle, sa voix se brisant.

Alors qu'elle s'effondrait à nouveau sur le sol, incapable de se contrôler, la poignée de la porte tourna et Cristina entra.

« Mer… »

Elle s'assit à côté de son amie et la prit dans ses bras.

« Shh… calme toi, » murmura-t-elle en lui caressant les cheveux.

« Dis-moi ce qu'il ne va pas. »

Le docteure Yang n'était pas du genre à rassurer les gens, à les prendre dans ses bras et à leur chuchoter des mots de réconfort mais c'était Meredith, Meredith qui avait besoin de sa meilleure amie.

Les sanglots de Grey sa calmèrent progressivement.

« Derek. »

Elle ne pouvait pas parler des somnifères, ces regards lourds de compassion la hantaient déjà suffisamment.

Cristina se raidit.

« Qu'est-ce qu'il t'a encore fait ? Je te jure que je vais lui faire payer. »

« Arrête ! » cria Mer en s'extirpant de l'étreinte.

« Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? »

« Arrête de parler de lui comme s'il était le problème. »

« Mais c'est le cas ! Il t'a démolie, comment tu fais pour ne pas le comprendre ? »

« Tu ne comprends pas, c'est moi ! c'est moi le problème, c'est moi qui ai tout foutu en l'air, et qui lui ai menti ! »

« C'est dingue ça, il a réussi à te retourner totalement le cerveau. Tu veux que je te rappelle tout ce qu'il t'a fait ? Addison, la… »

« Arrête ! » hurla Meredith.

« Tais toi ! Tu n'as pas besoin de me raconter tout ça, c'est moi qui l'ai vécu ! Complètement seule, » elle poursuivit.

« J'ai toujours été là pour toi, Mer. »

« Non, non ce n'est pas vrai. »

« Tu parles de Baltimore ? Et comment aurais-tu voulu que je fasse ? Tu m'as dit que tu avais été transférée à Johns Hopkins, que tout allait bien et que je ne devais pas venir. Qu'étais-je sensée faire ? Tu ne voulais pas de moi. »

« Je pensais que tu comprendrais ! Que tu savais que je mentais, que ça n'allait pas et que j'avais besoin de toi ! J'attendais plus de toi. »

« Tu rigoles ou quoi ? Je… »

« J'avais besoin de toi. Et maintenant j'ai besoin de lui mais tu n'arrives toujours pas à comprendre. »

« C'est parce que tu es incompréhensible, Meredith. J'ai l'impression que tu ne veux voir que ce qui t'arrange et que tu mets de côté tous les trucs qui ne vont pas et qui te font du mal. »

« C'est ce qu'on fait quand on veut aller mieux. »

« Non, ce n'est pas le cas. Il faut voir la vérité en face ! Ce gars t'a fait souffrir, genre terriblement. C'est tout ce qu'i prendre en compte. »

« Arrête ! Arrête de dire ça. Ce n'est pas tout ce qu'i prendre en compte. Tu n'as pas pensé que ça pouvait être ma faute ? Parce que c'est ce que je ressens, moi ! »

« Et tu te trompes, ce n'est pas toi le problème, c'est lui ! Pourquoi tu continues à te voiler la face ? C'est comme si tu aimais te faire du mal. Qu'est-ce qu'il se passe chez toi ? Qu'est-ce qui ne va pas ? »

« Vas-t-en ! Tout de suite. Sors de chez moi, » hurla Grey en devenant hystérique.

« Meredith, tu sais que j'ai raison. Écoute-moi. »

« Je ne veux plus t'entendre ! Sors. De. Chez. Moi. Maintenant ! Vas-t-en ! »

Des pas résonnèrent dans la cage d'escalier et Alex et Owen apparurent dans le dos de Cristina.

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? » demanda Alex.

« Meredith fait une erreur. Une énorme erreur. »

« Faites-la sortir ! MAINTENANT ! » cria la jeune femme en se retournant vers le miroir, la tête sur le point d'exploser.

Owen tira Cristina hors de la maison et une fois que la porte d'entrée fut claquée, Meredith rejoignit sa chambre et la verrouilla de l'intérieur. Elle se laissa tomber sur le lit en sanglotant. D'abord Bailey, et maintenant Cristina. Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle pour tout gâcher de la sorte ?

« Mer ? » demanda Alex de l'autre côté.

« Laisse-moi tranquille. »

« Non, je me suis fait chier à cuisiner ce soir alors tu vas manger mes pâtes. Je ne vais pas négocier avec toi. »

Elle sourit. Il avait toujours les mots.

« Alors ? »

« Très bon, » s'efforça-t-elle à répondre, la bouche remplie de pâtes.

Sur ses joues, les larmes avaient séché. Assis sur le tabouret d'à côté, Alex dévorait sa deuxième assiette.

« Alors… Tu veux qu'on en parle ? »

C'était la première fois qu'il abordait le sujet depuis qu'il avait tiré son amie dans la cuisine, une dizaine de minutes plus tôt.

« Non. »

« Ok. Et la sauce ? »

« Très bonne. »

« Cool. J'ai cru qu'elle avait brûlé, quand elle est devenue marron et que des bulles ont commencé à apparaître. »

Meredith sourit.

« Je ne savais pas que tu cuisinais. »

« Eh bien je sais faire des pancakes, des gaufres et le truc vert qui va avec les tortillas…. Comment ça s'appelle encore ? »

« Du guacamole ? »

« C'est ça. Ma mère m'a appris entre deux pétages de plomb. »

« Tu as des nouvelles d'elle ? »

« Je suis allé la voir quelques fois, ces dernières années. Elle va bien, elle a repris son travail à la bibliothèque et prend se médocs. »

« C'est super, Alex. »

« Je sais, c'est juste…. »

« Quoi ? »

Il avala une énorme cuillère de pâtes.

« Elle va mieux quand on a plus besoin d'elle, qu'on ne compte plus sur elle. »

« Je comprends. »

« Ta mère ? »

Elle hocha la tête.

« Elle était lucide une fois que je n'avais plus besoin de l'entendre me dire qu'elle était fière de moi, ou ce genre de trucs. On se sent… »

« Largués. Complètement largués. »

Un court silence plana.

« Ta mère compte venir à Seattle, un de ces jours ? »

« Je crois pas, elle a besoin de suivre sa routine ou elle se remet à partir en vrille. »

« Et toi, tu retournes bientôt la voir ? »

« Je crois pas. C'est juste… j'ai ma vie ici, des amis et une vraie famille et elle, elle a sa propre vie. »

« Tu veux qu'elle fasse partie de ta vie ? »

« Je ne sais pas. Fromage ? »

Il lui passa le paquet de gruyère râpé.

« Il reste des pâtes ? Pour demain midi, » elle demanda.

« Je te les mets au frigo. »

Il descendit de son tabouret, mit le plat dans le frigo et leurs deux assiettes vides dans le lave-vaisselle.

« Merci, Alex. »

« Pas de problème, c'est juste des pâtes. »

« Je veux dire, merci, Alex, pour tout. »

Il lui sourit et haussa les épaules.

« Pas de problème. »