CHAPITRE XXXIX - La Mission


Hello à tous !

Je reviens avec de nouvelles aventures pour nos sorciers (et Moldu) préférés !

Chapitre plus « calme »… je garde les guillemets parce qu'il y aura tout de même des révélations, et des tensions… Je n'en dis pas plus… on se retrouve à la fin du Chapitre.

Bonne lecture !


- Norbert ?

La voix de Thésée sembla flotter un instant dans la pièce, comme si le temps s'était subitement arrêté.

Le Magizoologiste, comme les autres sorciers, était comme pétrifié, figé dans une posture et une expression décontenancée. Norbert, cligna plusieurs fois des yeux, d'abord en direction de son frère, et puis, dans la direction de la sorcière du MACUSA. Dans un geste précipité, il reposa maladroitement sa valise contre le tapis rouge sang, avant d'agiter sa baguette dans la direction de son cou. Son noeud papillon, jusqu'à présent négligemment défait sur son col mal boutonné, se resserra furtivement, bien que complètement de biais.

La Nott observa le Magizoologiste avec un regard totalement hébété.

Hormis son noeud fraichement noué de travers, elle remarqua sans mal à quel point il était débraillé, comme s'il venait de s'habiller à la va vite. Sa chemise écrue était boutonnée en décalé, et dépassait partiellement de son pantalon, son veston bleu était un peu tâché, et lui aussi mal boutonné, si bien qu'on aurait même dit qu'il l'avait enfilé du mauvais côté. Et quant à sa veste en lin brun, elle était si froissée qu'elle pensa tout de suite à une attaque qu'aurait proféré une de ses créatures.

L'expression de Norbert arborait désormais une série de sourires furtifs et nerveux, il sembla ouvrir, et refermer sa bouche, frénétiquement, et tant de fois que Freya se demanda même s'il ne faisait pas un malaise.

Mais il finit par agiter sa main droite vers eux, dans une tentative de salutation gauche et embarrassée :

- Oh… Bonsoir-…

- Il est six heures du matin.

La voix sèche de Porpentina avait tranché dans sa salutation, comme on l'aurait fait avec une lame. Elle croisa subitement ses bras devant son trench-coat noir, tout en adoptant une expression si froide que la Nott jura que la pièce avait chuté en température.

Norbert fournit un autre sourire grinçant, avant de fuir le regard de la sorcière américaine.

- Oh, vraiment ? Avait-il simplement demandé, sa voix déraillant un peu.

Il se gratta l'arrière du crâne, et sans regarder plus aucun des sorciers devant lui, il reprit avec une grimace de nervosité :

- Dans ce cas, bonjour-…

- Au nom de Merlin, Norbert.

Thésée avait fait un pas vers lui, un pas si tendu qu'il apparut mécanique.

Mais Norbert ne relevait pas la tête vers son frère, même si sa grimace s'était accentuée.

Thésée remua ses lèvres plusieurs fois, il hésita visiblement à franchir le dernier pas qui le séparait de son jeune frère, mais se figea maladroitement. Freya le vit esquisser un mouvement comme s'il s'apprêtait à enlacer Norbert, mais il s'arrêta tout aussi net. Finalement, et après quelques instants, le Héros de Guerre finit par fourrer ses mains dans ses poches de pantalon, comme pour cacher le fait qu'il serrait tout à coup ses poings.

Sa voix grave tonna :

- Que fais-tu ici ?

La réponse de Norbert fut précipitée, si bien que les syllabes parurent se percuter entre elles :

- Je suis venu voir le spectacle, bien entendu.

Il n'osa apparemment pas un autre regard vers Porpentina, et Freya jugea qu'il avait bien fait, car l'Auror du MACUSA était devenue écarlate de colère malgré son expression glacée.

Et ça ne s'améliora pas lorsque Mona, encore un verre d'alcool à la main, glissa l'autre sur le boutonnage défait du Magizoologiste, comme dans une caresse séductrice. Elle ne sembla pas faire attention au petit sursaut de recul et de malaise de Norbert sous ses doigts, et elle articula avec une voix doucereuse :

- Senhor Norbert vient très souvent me voir sur scène.

Norbert balbutia piteusement :

- Oh, et bien ce n'est pas entièrement-…

Mona lui fournit une petite tape avant de continuer :

- Oh, mais enfin, ne soyez pas timide… Vous comme moi savons très bien que ce n'est pas la première fois que vous venez, querido.

Elle fit un clin d'œil tout à fait exagéré dans sa direction, et les expressions figées de Jacob, Porpentina, Freya et Thésée oscillèrent rapidement entre les deux sorciers.

Norbert, évitant toujours autant les yeux noirs de Goldstein, sembla lancer un réel appel à l'aide à son frère, avec des sourires nerveux frénétiques et un regard inquiet. Thésée, lui, visiblement surpris et crispé, ne put retenir ses sourcils qui s'arquèrent si haut au-dessus de ses yeux, qu'ils atteignirent ses boucles défaites. Freya reconnut ce regard, car elle l'avait déjà vu, plusieurs fois, et il semblait clairement dire « Dans quelle situation t'es-tu-embourbé, Norbert ? ».

Mona sembla tout à fait imperméable à ces réactions et tensions, après une autre gorgée, elle appuya presque sa tête contre l'épaule contractée de Norbert.

- Nous sommes presque amigos désormais… n'est-ce-pas ?

Norbert, visiblement acculé, se contenta d'hocher la tête, si vite, et si légèrement, que le geste fut à peine perceptible. Il ouvrit la bouche pour répondre, tenta un regard vers Porpentina, et ce qu'il y vit ne dût pas le rassurer, puisqu'aucun son ne sortit d'entre ses lèvres.

La main doucereuse de Mona quitta le torse du Magizoologiste, dans une autre caresse, lâche et faussement innocente. Ses yeux brillants glissèrent vers Thésée, et après l'avoir une nouvelle fois regardé de haut en bas, avec un petit sourire, elle cligna exagérément ses paupières dans sa direction.

Ce fut au tour de Freya de ressentir une amertume, qu'elle devina être la même que celle avec laquelle Porpentina devait lutter depuis les quelques dernières minutes. Si Thésée avait remarqué sa démarche et son ton aguicheur, il ne fit aucun commentaire.

- Donc vous êtes frères… ?

Norbert hocha la tête, apparemment soulagé de ne plus être le centre de l'attention, sa voix se débloqua dans un vacillement maladroit, et avec un geste de la main vers son frère, il annonça :

- Oui, voici mon frère, Thésée Dragonneau.

La main qui avait été posée sur Norbert quelques instants plus tôt se trouva tendue vers Thésée, dans un geste lent et délicat. Freya la regarda faire avec un pincement de lèvres si fort qu'elle se mordit presque.

La Vedette du Cabaret présentait allègrement le dos de sa main au Héros de Guerre, attendant patiemment que ce dernier y pose un baiser, comme lors de salutations très respectueuses. La Nott s'offusqua presque ; Mona ne correspondait pas vraiment à l'idée qu'elle se faisait d'une Lady honorable à laquelle on offrirait un tel baise-main. Mais la Vedette de Cabaret ne semblait pas s'importuner avec de telles conventions.

Tout comme elle ne semblait pas être embarrassée de se montrer devant eux en si petite tenue.

Il y eut un moment de flottement, et puis les yeux gris de Thésée tombèrent vers la main de Mona, encore si gracieusement tendue vers lui. Il semblait tout à fait figé, comme au pied d'un mur.

Même s'il ne pouvait pas la voir, Freya lui lançait des regards brûlants de jalousie… et finalement il sortit de sa torpeur, pour ne pas froisser la vedette.

Mais il ne fit vraisemblablement pas ce qu'elle attendait.

Il attrapa sa main avec la sienne, et l'empoigna dans un serrage de main formel.

Mona ne s'offusqua pas, bien au contraire. Elle lui sourit grandement, comme si ce geste détaché l'avait complètement déroutée et soufflée. Elle finit par reposer sa main contre l'épaule de Norbert, qui se raidit immédiatement, elle le gratifia d'une autre petite tape et commenta :

- Je me disais bien que Senhor Thésée vous ressemblait. Vous avez le même charme, c'est indiscutable.

Freya, malgré sa soudaine raideur, concéda qu'elle avait raison.

Les deux frères étaient très différents, aussi bien dans leurs carrières, que dans leurs accoutrements et leurs personnalités… mais indiscutablement il y avait ces postures, ces mimiques, et ces gestes qui les rapprochaient tant.

Thésée, ne parut pas autant en accord que cela, car après avoir toisé son frère, complètement débraillé devant lui, il finit par émettre un hochement de tête poli, mais extrêmement rigide.

Mona se détacha du Magizoologiste, et fit quelques pas sur le tapis rouge, encore pieds nus, vers le buffet où trônaient des bouteilles et des verres. Elle leva le bras qui portait son verre, désormais vide, vers le plafond biscornu et s'exclama avec une joie tout à fait irrationnelle :

- Oh, mais cessons tout cela, et portons un toast à vos retrouvailles !

Elle n'attendit pas une réponse de leur part pour se resservir.

Lorsqu'elle eut posé la bouteille en cristal sur le buffet, et qu'elle se tournait de nouveau vers le groupe, elle leva son verre, comme prête pour un toast.

Porpentina, toujours statufiée dans sa posture glaciale, articula sèchement :

- Comme je le disais, il est six heures du matin.

Mais Mona haussa les épaules, fit un clin d'oeil joueur et proposa :

- Je vous sers quelque chose ?

Jacob, qui jusque là n'avait rien dit, et qui paraissait particulièrement fatigué et déboussolé par les retrouvailles avec Norbert et toute cette discussion, leva le doigt, comme l'aurait fait un élève en salle de classe :

- Oh et bien dans ce cas, je prendrai bien un-… ah !

Porpentina, le visage inflexible, lui avait flanqué un coup de coude, en plein dans son thorax, si bien que l'air dans ses poumons sembla en sortir d'un seul coup. Il s'étouffa sur la fin de sa phrase, et le doigt qui s'était levé se transforma en un vague geste de négation.

- Hum, non, non merci.

Mona haussa une nouvelle fois les épaules, et finit par appuyer son fessier, à peine recouvert par sa nuisette claire, contre le buffet. Elle s'exclama avec admiration :

- Senhor Norbert me racontait des histoires fascinantes sur des créatures cette nuit.

La tête de Porpentina sembla se tourner rigidement vers Norbert, qui était vraisemblablement paniqué à l'idée que l'attention, et quelle attention, soit redirigée ainsi vers lui.

Il se gratta l'arrière du crâne, dans une nouvelle gestuelle de gêne :

- Oh… A vrai dire, je ne m'en souviens pas très-…

Mais Mona le coupait déjà, avec un accent plus fort à force des gorgées d'alcool qu'elle ingurgitait :

- Surtout lorsque vous vous êtes mis à imiter, oh, quel était cet animal déjà…

Norbert déglutit, et secoua la tête en négation, toujours avec cet air si indisposé qu'il en était devenu écarlate :

- C'est à dire que ma mémoire me fait vraiment déf-…

A ces mots, le rire gracieux de Mona retentit dans la pièce, à peine étouffé par l'épaisseur du tapis rouge sang. Elle secoua la tête avec un sourire presque apitoyé :

- Oh mais oui, je n'en doute pas, vous ne supportez décidément pas bien la Cachaça.

Le ton cru de Goldstein résonna aussi dans la pièce :

- Et vous me semblez la supporter un peu trop bien.

Mais la Vedette l'ignora, de toute façon, elle reprenait déjà quelques gorgées de sa boisson.

L'Agent Moreno, et cela, Freya ne l'avait pas remarqué car il ne disait rien, avait ses yeux rivés vers la Vedette. Son regard noir était brillant, amusé, doux. Et lorsqu'il se mit à discrètement soupirer avec un air diverti et tendre, il ne faisait désormais aucun doute pour la Nott qu'il espérait que la Vedette soit bien plus que son amigo.

Il se mit à parler, justement.

Son accent chantant était plus doux lorsqu'il s'adressait à elle :

- Mona, mes amis cherchent un lieu discret et sûr pour pouvoir loger quelques nuits.

La Vedette perdit son éclat de joie, et son sourire devint un peu nostalgique. Après les avoir balayés du regard un petit instant, elle se déplaça langoureusement vers son fauteuil, et s'y relaxa avec un air plus réfléchi :

- Je vois…

Une autre gorgée, et elle commenta avec une voix et un regard lointains :

- Il est vrai que ces temps-ci, Caxambu n'est pas propice aux voyageurs recherchant de la discrétion.

Freya, qui n'avait pas articulé un seul mot depuis ces quelques longues minutes, remarqua :

- La ville paraît pourtant si… vide.

- Elle l'est toujours au petit matin, querida, avait expliqué Moreno dans sa direction.

Freya ne manqua pas la courte expression de soulagement qui sembla traverser le visage de Porpentina, à sa droite. Sûrement eut-elle était rassurée de comprendre qu'elle n'était pas la seule qu'il appelait querida.

Mona eut l'air pensive tout à coup, elle frotta sa lèvre abîmée contre le bord de son verre, y déposant légèrement un mélange de son rouge et de son sang.

- Oh, à vrai dire, il n'y a jamais eu autant de passage dans cette ville.

La Nott entendit un petit bruit, métallique, qui provenait de derrière le Magizoologiste, mais n'y prêta pas plus d'attention. Ce dernier se tenait complètement de travers et semblait échanger des regards étranges et hésitants avec son frère, toujours rigidement posté en face de lui.

Mona commenta en croisant sensuellement ses jambes quasi-nues :

- Mais les sorciers qui viennent ici, ne restent en général qu'un jour et une nuit…

Il y eut une pause silencieuse pendant laquelle Freya se mit à rougir, si fort, que Mona lui adressa un sourire à la fois entendu et amusé :

- Ne vous méprenez pas, querida, ils viennent pour des rassemblements…

Thésée intervint avec une voix grave et aride :

- Quel genre de rassemblement ?

Les yeux de biche de Mona clignèrent vers lui :

- Vous savez très bien de quoi je veux parler… ou plutôt de qui.

Il articula avec une voix froide :

- Grindelwald.

Mona hocha la tête, et détacha son regard magnétique de lui.

Sa voix devint sombre :

- Une ombre grandit ici, au Brésil.

Un de ses sourcils s'arqua et elle continua, les yeux fixés vers un point lointain et imaginaire :

- On parle d'une Eclipse Lunaire à la fin du mois qui apporterait le chaos dans le pays tout entier.

A ces mots, Porpentina soupira avec agacement avant de demander :

- Donc tout le monde ici croit à ce que ce Carneirus a écrit dans son fichu livre de prédictions ?

Freya ne manqua pas le regard étrange et intense que Norbert lui lançait tout à coup, comme s'il lui indiquait que ce sujet n'était pas à mentionner ici. Mais il était trop tard, le nom de Carneirus était ressorti, et il flotta quelques instants dans les airs.

L'Agent Moreno se mit à remuer nerveusement sur sa chaise, la faisant grincer, et puis Mona, qui était restée de marbre, imperturbable, finit par expliquer avec une voix plus douce que ce à quoi Freya s'attendait :

- Cela peut vous surprendre, mais les superstitions de ce genre font partie intégrante de notre société, elles sont la base de notre culture, et ce, depuis les Tupinambas.

Moreno hocha vigoureusement la tête, et ajouta :

- Surtout les observations des étoiles.

La Nott se dit que tout cela faisait sens après-tout.

Cette fascination pour le monde de la Nuit, pour la Lune, les somptueux vitraux dépeignant les étoiles… Tout cela était logique.

Mona prononça :

- Et Grindelwald sait utiliser tout cela. C'est un Maître lorsqu'il s'agit de manipulation.

A ces mots, Porpentina fit un pas vers la Vedette, assise dans son fauteuil.

La sorcière du MACUSA arqua un sourcil suspicieux dans sa direction :

- Vous me paraissez plutôt bien renseignée.

Ce fut au tour de Mona de soulever ses sourcils blonds :

- Et que suggérez-vous ?

Sentant que la situation pouvait s'envenimer, l'Agent Moreno s'était levé de sa chaise, en faisant des petits gestes des mains à l'encontre de Porpentina :

- Ne vous méprenez pas. Mona a fondé un groupe de résistance face à ces rassemblements. J'en fais aussi partie.

Tous les regards glissèrent de nouveau vers Mona, qui reprenait une grosse gorgée de son verre, le terminant presque. Elle regretta avec une expression pincée :

- Mais nous sommes peu, malheureusement. Trop peu.

Sa phrase énigmatique et regrettante se fondit dans le silence… mais ce dernier fut perturbé par un autre bruit métallique cristallin.

Les sorciers se raidirent, et tournèrent tous la tête dans différentes directions pour trouver la source du bruit… tous les sorciers, sauf deux.

Les deux frères Dragonneau, qui se fixaient l'un l'autre.

Thésée avec un inflexible regard désapprobateur.

Norbert avec une expression maladroitement coupable.

Et puis, Jacob pointa du doigt un coin de la pièce en s'exclamant :

- !

Alors que tous, sauf Mona qui était bien trop occupée à boire le fond de son verre, braquèrent leur baguette dans la direction indiquée par le Moldu, Norbert s'élança devant eux avec des bras tendus en signe de reddition.

- A-attendez !

La panique sur son visage fit trembler une de ses lèvres, si bien que Freya s'attendait à ce qu'il annonce qu'une terrible créature s'était - encore - échappée de sa valise… et vu la posture des autres, elle comprit qu'elle n'était pas la seule à s'imaginer cela.

Mais la voix de Norbert dérailla :

- Ce n'est qu'un Niffleur.

Thésée rabaissa lentement sa baguette avec une mine à la fois soulagée et agacée.

Porpentina, elle, grimaçait une expression similaire, alors que Freya lassait échapper un souffle tremblant, sentant l'adrénaline qui s'était mise à soudainement pulser dans ses veines.

Le seul qui ne comprit pas fut Moreno, qui maintenait sa baguette avec un visage fermé ; mais lorsque le Magizoologiste s'était légèrement décalé, dévoilant la créature qui s'était échappée, il rabaissa finalement sa baguette avec une fronce confuse.

La petite créature à la fourrure brune avait dans sa patte avant une boucle d'oreille dorée, sur laquelle était montée une perle d'une qualité médiocre. Tous le regardèrent avec des expressions sceptiques.

Le Niffleur, visiblement paralysé dans son larcin, tourna lentement la tête vers Norbert, et ce dernier fronça les sourcils :

- Oh, non, lâche ça !

Mais la créature se remit à filer, emportant son larcin et sautant du bord de la coiffeuse, pour finalement disparaître sur le tapis bordeaux. Norbert, tout à coup hermétique à la situation qui l'entourait, se mit à quatre pattes, dans une position des plus ridicules, et se mit à courir après la créature. Il cogna dans les jambes de son frère, qui dût se décaler, en trébuchant presque en arrière, et avec une expression des plus agacées. La créature passa sous le fauteuil de Mona, comme pour s'y cacher, et Norbert sortit sa baguette, et tenta de l'agiter dans sa direction :

- J'ai dit lâche-…

Mais le Niffleur courut vers un autre meuble, passant entre les souliers noirs et boueux de Jacob, qui restait là, totalement hébété. Porpentina s'était subitement jetée au sol, imitant le Magizoologiste dans sa posture. Elle s'aplatit même totalement contre le tapis, en jetant ses bras vers l'avant, dans l'espoir de saisir la créature. Mais cette dernière lui fila entre les doigts.

Freya parvint à le coincer gentiment entre ses doigts, et à le soulever, le plaquant contre est poitrine palpitante car il se débattait un peu.

Norbert et Porpentina avaient relevés leurs têtes avec des expressions soulagées.

Le Magizoologiste se releva en chancelant un peu, cognant maladroitement dans un guéridon entièrement recouvert de paperasses étranges. Il lança un regard sévère vers le Niffleur, comme il l'aurait fait en direction d'un enfant ayant fait une bêtise, et dans un geste vif de sa baguette, la boucle d'oreille à la perle s'arracha des mains de la créature, qui couinait un peu. Il saisit le bijou et le reposa sur le bois sombre de la coiffeuse en redirigeant un regard désolé vers Mona :

- Je suis désolé, il est un peu…

Mais Mona le coupa d'un vague geste de la main.

Elle avait un large et doux sourire, et elle fixait la créature, toujours coincée dans les mains de Freya avec un air attendri. Elle secoua la tête :

- Oh, ce n'est rien. Il est adorable.

Freya souleva la créature pour la regarder un peu.

Elle se rappelait l'avoir vue dans la valise de Norbert, avec son parent et ses frères et soeurs, grouillant à la file indienne sur le côté du cabinet boisé du Magizoologiste. Mais elle avait été si petite alors, et Freya ne put s'empêcher de commenter avec une voix douce :

- Il a tant grandi.

Norbert lui adressa un autre sourire fugace en reprenant la créature de ses mains.

- Oh, euh, oui.

Mais l'expression douce de Freya se perdit dès lors qu'elle aperçut celle du Magizoologiste, ses lèvres s'étaient courbées maladroitement mais ses yeux étaient tristes. Terriblement tristes.

Et un frisson parcourut la Nott.

Les terribles images de Grimmson, en train de les attaquer dans la valise de Norbert, lui revinrent comme une gifle. L'éclair vert qui vint toucher le Niffleur adulte aussi.

Le frisson devint une vague de sueur froide, et la Nott se sentit blêmir.

Le sourire carnassier de Grimmson la hantait à nouveau.

La vague de sueur froide devint une nausée.

Heureusement, la voix lointaine de Mona rompit le sombre chemin que prenaient ses pensées :

- Vous devriez partir avant que la ville ne se réveille complètement.

Lorsque la Nott relevait les yeux, elle croisa celui de Thésée en premier.

Un regard à priori quelconque… mais quelque chose lui disait qu'il avait remarqué la soudaine absence de couleur sur son visage. Elle le fuit vivement, tentant de chasser Grimmson de ses esprits et d'adopter une façade neutre et froide. Mais elle se demanda si cela faisait réellement son effet lorsqu'elle comprit que Mona la fixait, elle aussi.

Un regard calme, et étrangement long, qui la mit mal à l'aise.

Et sans la quitter des yeux, Mona dicta :

- Calixto vous mènera en lieu sûr.

Elle fit un signe de tête à Moreno, qui l'imita avec un doux sourire.

Alors que les sorciers commençaient à quitter la pièce, avec des hochements de tête plus ou moins reconnaissants, Freya, elle, resta un peu en retrait, comme si ses pieds refusaient de bouger du tapis rouge. Elle lança un dernier regard vers Mona, qui lui fit un clin d'oeil outrageant après avoir reposé son verre de cristal vide.

Déglutissant presque de travers, Freya tourna les talons, et l'entendit distinctement dire :

- A bientôt, querida.

Il était environ sept heures lorsque le groupe quitta le Cabaret à la façade rouge.

Dehors, le soleil brillait déjà, et la chaleur commençait à remonter du sol, en même temps que l'épaisse humidité. La ville s'éveillait déjà, et cette rue, qui, une heure plus tôt, était aussi déserte que les abords de la forêt interdite, se trouvait déjà parcourue par des sorciers, qui installaient des tentures aussi colorées que les façades.

- Il y a un marché tous les jours dans le centre-ville, avait vaguement expliqué Moreno.

Il s'était mis en route, à la tête du groupe, pour les mener dans le « lieu sûr ».

- Nous ne devrions pas traîner, avait-il juste ajouté en accélérant la cadence.

C'est Jacob qui lui emboîtait déjà le pas, et les deux se retrouvèrent à discuter vivement à l'avant du groupe, Moreno paraissant absolument enthousiaste quant à échanger avec un Moldu américain.

L'arrière du groupe ne baignait pas dans la même ambiance.

Goldstein, après un regard particulièrement mauvais dans la direction de Norbert, s'était mis à avancer, si vite, que Norbert dût se mettre à trottiner derrière elle pour pouvoir arriver à sa hauteur. Thésée le regarda faire avec une expression irritée, alors que Freya grimaçait un peu en appréhension de leur dispute imminente.

- Tina… Tina.

La sorcière américaine se stoppa et pivota si vivement que le Magizoologiste en avait sursauté.

- Au nom de Merlin et tous les autres, n'allez-vous donc pas m'expliquer ce que vous faisiez là-dedans, avec cette…

Elle lança un petit regard par-dessus son épaule, comme pour vérifier que Moreno se tenait plus loin et qu'il n'entendrait pas l'injure qu'elle comptait proférer. Il dût être encore un peu trop proche à son goût, puisqu'elle siffla entre ses dents serrées :

- … fichue vedette de Cabaret.

Norbert agita son visage de tous les côtés, et la main qui ne tenait pas sa valise sembla faire de même, dans des gestes rapides et approximatifs :

- Ce n'est pas ce que vous croyez, Tina, pas du tout.

Et comme elle s'était remise à avancer, il la suivit avec un petit soupir nerveux.

Et après un vague regard vers Thésée et Freya, qui avançaient à la même allure et qui tentaient de masquer leur embarras quant à la dispute des deux sorciers, il lâcha vers Porpentina :

- Je suis sur la piste de Carneirus.

Mais cette phrase ne sembla pas atteindre autant Goldstein qu'il l'avait espéré.

Thésée, en revanche, avait resserré sa main autour de la poignée de la valise.

Goldstein siffla avec un ton plein de venin :

- Et cette quête vous a mené droit dans les jupons de cette danseuse de Cabaret. Bien essayé, Monsieur Dragonneau.

Le Monsieur Dragonneau semblait toujours avoir de l'effet sur Norbert, qui se raidit tout aussitôt.

Sa voix tremblotante prit un ton plus agacé :

- Son patron l'a attaquée, je n'allais pas rester là à ne rien faire-…

- Oui, vous avez sauvé la demoiselle en détresse, en vrai gentleman que vous êtes.

La voix de Goldstein débordait de sarcasme, mais Norbert ne sembla même pas le détecter puisqu'il lui sourit avec un hochement affirmatif de la tête. Porpentina maugréa plus bas :

- Par ailleurs, elle n'a pas l'air d'être tant en détresse que cela, si vous voulez mon avis.

Il était vrai que Mona n'avait pas l'air d'être une femme fragile qui se laissait faire. Loin de là.

Mais Freya suspecta qu'il y avait tout de même une détresse, peut-être plus profonde, et que cela pouvait expliquer ses nombreuses gorgées d'alcool.

Freya capta le regard de Thésée, à sa droite, dirigé droit vers elle, dans la même non-expression apparente que quelques minutes plus tôt. Pourtant, ses yeux gris et cernés brillaient de suspicion.

Ce n'était pas la première fois qu'il lui jetait une telle oeillade depuis qu'ils avaient quitté la loge de Mona ; comme s'il captait son indisposition, et qu'il vérifiait de temps à autre qu'elle ne fasse pas un malaise.

Et il était vrai que Freya ne se sentait pas bien tout à coup.

Depuis que Grimmson avait ressurgi dans ses pensées, depuis que les terribles souvenirs de mort, de souffrance, et de guerre lui étaient revenues. La tornade destructrice de ces mémoires avait atteint même son estomac, le tournant et le retournant dans tous les sens, si bien qu'elle dût se concentrer pour ne pas vomir.

Thésée, s'il remarquait cette nouvelle vague de nausée, ne dit rien, mais il reprit la valise qui était logée dans la main de la Nott. Elle n'eut même pas le temps de protester, qu'il avait déjà redirigé son regard devant lui, sur le dos courbé et désolé de son frère.

Quelques pas devant eux, Jacob et Moreno prirent un virage sur la droite, dans une plus petite allée, coincée entre deux maisons tordues, peintes dans les tons d'ocre et de terre.

Et Norbert profita précisément de cet instant pour attraper le coude Porpentina, la stoppa dans sa cadence, et stoppant par la même occasion Thésée et Freya qui marchaient juste derrière eux.

Norbert jeta des regards à droite et à gauche, et puis il articula plus bas :

- Je pense que son patron peut être Carneirus.

Goldstein perdit tout de son expression courroucée, et à la place de celle-ci, ce fut la surprise qui tordit son visage. Elle le fixa en silence un petit instant, tout comme Freya le faisait, un peu en retrait. Cette fois-ci, Thésée ne put se retenir d'intervenir, ce qu'il faisait depuis qu'ils étaient sortis du Cabaret, et cela, la Nott en était sûre.

Sa voix grave avait soufflé avec urgence :

- Qu'est-ce qui te fait dire cela ?

Norbert lui adressa une expression totalement défiante, comme s'il détectait le jugement sous-jacent dans la question de son Auror de frère.

- J'ai suivi les indices.

Et avant-même que Thésée ne puisse rétorquer quoique ce soit, Norbert avait enchaîné, sans pour autant garder ses yeux droits vers ceux de son frère :

- Je ne suis peut-être pas Auror, mais je ne suis pas un idiot.

Sur ces mots, qui eurent l'effet d'une virulente claque pour Thésée, il reprit sa marche en empruntant le même virage que Moreno et Jacob quelques instants plus tôt. Le Héros de Guerre prit un air révolté, et se lança littéralement à sa poursuite, en lui emboîtant le pas.

Porpentina soupira largement, et elle échangea un regard las avec Freya, avant qu'elles ne se mettent à les suivre, elles aussi, toutes deux bien trop conscientes de la discorde naissante.

La voix de Thésée aboya presque :

- Exactement, tu n'es pas un Auror.

A ces mots, Norbert se tourna de trois-quarts pour le regarder ; Thésée s'approcha de lui, et Freya fut certaine que s'il ne portait pas les deux valises, il aurait appuyé son index contre le poitrail de son frère :

- Ce n'est pas ton travail. Ce n'est pas ton rôle.

Une goutte de sueur perla sur le front de la Nott, et elle la sentit rouler le long de ses tempes. Tout à coup, sa nausée était montée d'un cran, si bien qu'elle dût plaquer ses deux avant-bras contre son abdomen. Mais personne ne le remarqua.

Le Magizoologiste orienta un peu sa tête de biais, et il lui dit plus bas :

- Tu m'as demandé de choisir un camp… et c'est ce que j'ai fait.

Thésée allait répliquer quelque chose, mais la voix de Freya trembla, quelque part en supplice et colère :

- Au nom de Merlin, cessez cela.

Les deux Dragonneau la toisèrent automatiquement et elle se redressa, tentant tant bien que mal de camoufler son malaise grandissant et illogique. Elle fronça ses sourcils dans leur direction et gronda :

- Vous venez à peine de vous retrouver. Ne pensez-vous pas que vos querelles peuvent attendre plus de cinq minutes ?

Il y eut une pause silencieuse, et les deux frères s'échangèrent un vague regard, un peu dédaigneux. Celui de Thésée retomba vers la Nott, et perdit tout de son expression courroucée, et la fronce de ses sourcils était désormais plus inquiète qu'agacée.

Ses yeux gris balayèrent l'ensemble de son visage, et elle sentit son front perler à nouveau.

Il concéda avec une voix grave :

- Nott a raison.

Et Norbert, acquiesça en hochant vaguement la tête.

Il reprit son chemin, et Goldstein, après une oeillade étrange vers Freya, fit de même.

Thésée hocha la tête dans sa direction, et bien qu'elle ne comprit pas trop sa signification, elle l'imita. Ils avaient un peu ralenti le pas, et passèrent une petite minute dans un nouveau silence, rythmé par le bruissement de leurs pas sur le sol en terre battue.

Mais ce moment ne dura pas.

Du coin de l'oeil, elle pouvait voir que Thésée remuait ses lèvres dans tous les sens, comme s'il se mordait de l'intérieur pour ne plus parler… et puis cela parut plus fort que lui.

Sa voix grave souffla assez fort pour que Norbert l'entende :

- Suivre les recommandations de Dumbledore n'était pas une bonne idée.

Porpentina leva distinctement les yeux au ciel.

Sans se retourner, la voix de Norbert martela :

- Dumbledore est notre seul espoir de vaincre Grindelwald.

- Non, il y a le Ministère.

A ces mots, Norbert fit volte-face en secouant fermement la tête :

- Thésée, le Ministère n'y arrivera pas.

Thésée lui offrit un regard mauvais, qu'il réservait pourtant habituellement à Arcturus Black.

- Tu dis ça parce que tu n'as pas confiance en-…

- Je pensais que l'on avait dit pas de querelle, Messieurs Dragonneau.

Cette fois-ci, c'était la voix de Porpentina qui avait tranché net dans leur désaccord. Elle leur lança un regard amer à tous les deux. Freya fut momentanément reconnaissante, car pour une raison qui lui était inconnue, leur dispute semblait accroître son malaise, et lui créer un réel mal de crâne.

Mais son amie du MACUSA redirigea son amertume vers la face du Magizoologiste :

- Bien que, j'avoue que de mon point de vue, ce n'est pas l'envie qui me manque.

L'expression de Norbert se radoucit, ses traits prirent des courbes désolées :

- Oh, Tina, je-…

- Vous n'écriviez plus, Norbert. Comment étais-je sensée-…

Norbert se crispa et rétorqua tout aussitôt :

- C'est vous qui n'écriviez plus.

Porpentina se tut, sa bouche ne formant plus qu'une fine ligne close.

Norbert poursuivit :

- J'ai envoyé de nombreuses lettres, de nombreux hiboux et vous ne m'avez jamais répondu.

Porpentina parût mal à l'aise tout à coup, elle ouvrit la bouche pour lui expliquer sa situation. Mais la referma aussitôt, comme si elle ne savait pas par où commencer.

Thésée dévoila sèchement :

- Miss Goldstein a fui le MACUSA.

Norbert regarda Porpentina avec un air tout à fait désarçonné, et elle, se mit à toiser férocement l'Auror anglais. La mâchoire serrée, elle parvint à articuler non sans reproche :

- Ce n'est pas comme ça que je l'aurais formulé.

Freya fut parcourut d'un véritable frisson.

Et un pressentiment étrange la fit se retourner, comme si elle sentait qu'on l'observait, au loin. Mais il n'y avait rien. L'allée derrière eux était déserte, et comme personne d'autre ne semblait ressentir cela, elle se tut, recentrant son visage vers la nouvelle discorde virulente qui naissait entre les trois sorciers.

La voix de Thésée énonça froidement :

- Elle et votre ami Moldu étant en cavale, j'imagine que vos lettres ont dût être interceptées.

Mais Thésée ne patienta pas plus longtemps, et enchaîna :

- Tout comme j'imagine que mes lettres ont dût être, elles aussi, interceptées.

Norbert avait étrangement un peu accéléré le pas tout à coup, comme s'il voulait fuir cette conversation. Thésée et Porpentina l'imitèrent, si bien que Freya, incapable d'aller plus vite, se retrouva à la traîne, avec la désagréable impression d'être épiée.

La voix grave et reprochante de Thésée parvint jusqu'à elle, alors qu'une nouvelle vague de nausée la secouait :

- Tu ne m'as jamais répondu, Norbert, alors que je me faisais du souci pour toi.

Le Magizoologiste soupira :

- Il n'y a pas de souci à se faire.

Thésée laissa échapper un souffle sarcastique :

- Ah oui ?

Freya dût s'arrêter cette fois, prenant un fragile appui contre le mur dans les tons ocre. Elle crut qu'elle allait dégobiller le peu du dîner qu'elle avait pu avaler la veille. Elle ferma les yeux, si fort, qu'elle en vit des étoiles. Un souffle tremblant quitta ses lèvres, et un autre désagréable souvenir ressurgit en elle. La dernière fois qu'elle s'était sentie si mal, si malade, c'était après une altercation avec Grimmson.

Cette fois où il l'avait forcée à utiliser un Sort Impardonnable, le Sortilège Doloris, sur Phineas.

Cette fois où il l'avait giflée, et qu'elle s'était sentit terrorisée pour la première fois.

Cette terreur, cette épouvante qui lui avait complètement retourné l'estomac, si bien qu'elle en avait fait un malaise, en dégobillant presque sur les chaussures de Marcus.

La voix de Thésée semblait s'éloigner encore, alors qu'il demandait avec le même sarcasme à Norbert :

- C'est ce que tu as dit à tes élèves lorsque tu as relâché un Dragon pendant un de tes cours ?

- Comment sais-tu que-…

Le Magizoologiste s'était coupé tout seul, et puis il corrigea instantanément :

- Alors, en fait ce n'était pas vraiment un Dragon-…

Elle les entendit se stopper brutalement, et la voix de Norbert qui peinait à se justifier :

- … ça doit être une erreur de traduction.

Et puis, il y eut un petit silence.

Ou alors c'était ses propres pulsations qui masquaient tous les autres bruits.

Son coeur martelait si fort, qu'elle le sentait jusqu'à ses tempes palpitantes.

Une main s'était posée sur son épaule et elle sursauta vivement.

C'était Porpentina qui s'était penchée au dessus d'elle, lui rappelant par la même occasion à quel point elle était beaucoup plus grande.

Sa voix était indéniablement inquiète :

- Freya ?

Comme Freya ne répondait pas tout de suite, elle la secoua un peu :

- Est-ce que tout va bien ?

La Nott se contenta d'hocher la tête, un peu sonnée malgré tout par la vague de frissons qui la traversait de nouveau :

- Oui.

- Vous êtes très pâle, avait commenté une voix grave de l'autre côté d'elle.

C'était Thésée, qui s'était placé de manière à ce que les rayons du soleil, déjà très forts à cette heure-ci, ne l'atteignent pas. Sa large ombre lui procura un petit réconfort, et même à contre-jour, elle pouvait voir la préoccupation sur son visage.

Elle secoua la tête.

- Non, je… ça va.

Comme aucun des sorciers autour d'elle ne semblait la croire, elle se sentit obligée d'ajouter :

- Je suis fatiguée, c'est tout.

- C'est vraiment tout ?

Freya se mordit la lèvre.

Elle devait être un livre ouvert, car il avait vu juste.

Elle expliqua anxieusement :

- J'ai un mauvais pressentiment.

Et puis, martela plus bas :

- Très mauvais.

On lui tendit une gourde brune, très usée, c'était le Magizoologiste qui la lui tendait avec une expression désolée. Il lui dit simplement :

- Prenez un peu d'eau.

- Merci Norbert.

Elle l'avait attrapée avec des mains tremblantes, et elle ingurgita plusieurs grosses gorgées d'eau, mettant momentanément de côté ses bonnes manières et sa fierté. Ses mains tremblaient tellement qu'une partie de l'eau de la gourde se mit à couler négligemment le long de son menton, puis de son cou.

Elle rendit la gourde à Norbert, avec un hochement de tête en signe de gratitude.

A côté d'elle, Thésée avait posé une des deux valises, et lui demanda avec le ton le plus doux qu'il eut employé ce jour-là :

- Ca va aller ?

Et elle hocha la tête à nouveau, même si le malaise était là, elle se sentait désormais capable d'avancer, comme ce qu'elle avait pu le faire jusqu'à présent. Et alors que Norbert et Tina se tournaient vers Moreno qui les appelait depuis le bout de l'allée, Thésée tendit sa main vers elle.

Coinçant son menton entre son pouce et son index, le visage, complètement noyé dans l'obscurité du violent contre-jour. Il essuya l'eau échouée sur son menton avec de légères frictions, et sa voix souffla encore plus doucement, si bien qu'elle était persuadée qu'elle était la seule à l'entendre :

- Vous êtes en sécurité, Nott.


La voix de Jacob résonna au croisement de deux allées :

- Êtes-vous si pressé ? Nous venons à peine de-…

- Je dois retourner à Castelobruxo avant 9 heures… sinon j'aurais des ennuis.

Norbert grimaça nerveusement :

- Je n'étais pas sensé sortir de l'école, elle est fermée.

Freya, encore fébrilement appuyée sur ses pieds fronça les sourcils :

- Alors, comment en êtes-vous-…?

Mais Moreno la coupa alors qu'il claquait dans ses mains, comme on l'aurait fait lors d'une soudaine réalisation :

- Laissez-moi deviner, c'est le Passage du Cimetière qui est encore ouvert ?

Tous les regards se dirigèrent vers lui, et il sourit, en expliquant avec son accent chantant :

- Oh, je vous en prie… j'étais élève à Castelobruxo, mes amis et moi cherchions toujours un moyen d'aller chaparder des Cachaça à Caxambu, la nuit tombée.

Et puis, une autre réalisation flasha sur son visage, il eut l'air confus cette fois-ci :

- Mais une minute, amigo… ce passage ne mène pas directement dans l'école.

Norbert hocha la tête.

- C'est exact.

A ces mots, Moreno eut une expression tout à fait décontenancée :

- Vous… devez traverser un peu de forêt pour rejoindre l'école.

- C'est exact, répéta Norbert, ne comprenant visiblement pas où l'auror brésilien voulait en venir.

- Mais… et les Caiporas ? Comment avez-vous géré les Caiporas ?

Les Caiporas, n'était-ce pas ces créatures dont Lage leur avait parlé ?

Sûrement, car Porpentina avait déjà répondu :

- Il est Magizoologiste, gérer les créatures, c'est son métier.

Freya ne vit pas l'expression impressionnée de Moreno, puisqu'elle avait ses yeux rivés vers l'expression sombre et hésitante de Dragonneau, à sa droite. Ses yeux gris étaient braqués vers son frère, et il semblait tout à fait tiraillé.

La voix de l'agent Moreno annonça :

- Nous vous accompagnons, le Cimetière est sur notre chemin.

Et malgré les refus nerveux de Norbert, ils suivirent tous Moreno.

Au détour de quelques rues, de plus en plus petites, et de moins en moins colorées, ils arrivèrent devant une grille en fer forgé, empreinte de lignes courbes art-nouveau et toute rouillée. Derrière elle, un cimetière biscornu et mal entretenu, en bordure d'une épaisse forêt tropicale.

Il faisait sombre tout à coup, car le soleil était masqué derrière la dense et haute verdure qui bordait le cimetière.

Moreno poussa la grille, et cette dernière émit un grincement sinistre.

Ils pénétrèrent dans le cimetière en silence.

L'air était chargé ici.

Chargé. Lourd. Et Freya ne parvint pas à mettre des mots sur ce qu'elle ressentait.

Il y avait quelque chose d'indescriptible ici, et cela n'était pas rassurant. Elle sentait des choses, comme tapies dans l'ombre, cachées des regards… son malaise grimpa d'un coup. La torsion dans son ventre se fit vilaine, douloureuse.

Devant elle, Goldstein commenta ironiquement :

- Charmant.

Moreno hocha la tête sous son chapeau noir :

- Sim, ce Cimetière m'a toujours donné la chair de poule et ce, même quand j'étais à Castelobruxo.

Jacob, aux côtés de Moreno, semblait regarder de tous les côtés, vraisemblablement inquiet quant à leur présence dans ce Cimetière. Sa voix questionna maladroitement l'auror à côté de lui :

- Il est… hanté ?

Moreno secoua la tête :

- Oh, non, amigo

Le Moldu émit un petit rire, à la fois nerveux et soulagé.

Mais le soulagement de Jacob fut de courte durée, puisque l'Agent Moreno avait posé sa main sur l'épaule du Moldu avec un air navré :

- A vrai dire, il est bien pire que cela : on raconte qu'il est maudit.

Après un tapotement amical, le visage de Jacob s'était figé dans une expression tout à fait nerveuse. Norbert s'arrêta devant l'entrée d'un caveau de pierre, à la grande porte en fer forgé, dans le même style art nouveau que l'était la grille du Cimetière.

L'endroit était lugubre.

Et une fine brume semblait flotter, zigzaguant entre les caveaux et les tombes biscornues, comme si l'ensemble du Cimetière était sous l'emprise d'une forme fantomatique inquiétante. Un nouveau frisson parcourut Freya, alors qu'il faisait déjà si chaud.

Porpentina s'adressa à Moreno sans prendre de pincette :

- Pourriez-vous nous donner un petit instant, je vous prie ?

Il parut un peu surpris, mais hocha la tête :

- Oh, bien sûr, querida.

Et alors qu'il s'éloignait un peu pour leur laisser un peu d'intimité, Jacob se présenta entre Porpentina et Norbert, les bras croisés sur sa large poitrine, en demandant nerveusement :

- Rien qu'un petit instant, hein ? Parce que si le lieu est maudit…

Mais Porpentina l'ignora.

Elle enchaînait déjà avec un ton pressant :

- Norbert, quand est-ce que l'on pourra vous-…

- Je ne sais pas. De toute manière, il vaudrait mieux rester discrets.

En voyant le regard sincèrement attristé que lui lançait l'auror américaine, Norbert sembla hésiter un instant et puis, il admit maladroitement :

- Je prévoyais d'aller au spectacle du Cabaret dans trois jours.

Il pausa un moment, et il ajouta, comme si ces mots lui arrachaient la gorge :

- Le Patron sera là, nous pourrons… l'interroger.

Goldstein lui fournit un doux sourire, et murmura presque tendrement :

- C'est une excellente idée.

De l'autre côté, l'expression de Thésée laissait clairement voir qu'il ne trouvait pas l'idée aussi excellente que Goldstein. Mais comme cela devait être une autre opportunité de voir son frère, il ne dit rien. Norbert capa sa désapprobation, et il répéta, plus fermement cette fois :

- Thésée… Je suis venu ici, car j'ai choisi mon camp.

Les lèvres de Thésée se tordirent dans une expression amère :

- Et moi je suis venu ici, car tu es en danger.

Le Magizoologiste commenta, non sans cacher son nouveau désaccord :

- A t'entendre, je le suis toujours… déjà à Poudlard, tu-…

- C'est Grindelwald.

L'interjection de Thésée fut si violente, que Freya en avait sursauté.

Son expression tiraillée revint, et il expliqua à Norbert, avec une voix si grave qu'elle ressemblait à un coup de tonnerre :

- J'ai passé un marché avec lui…

Il sortit de sa poche un Artefact argenté, suspendu à une chaîne usée.

Le sang de Freya se figea dans ses veines, et à en croire l'expression de Porpentina et Norbert, ils eurent la même sensation. L'Artefact oscilla faiblement entre les sorciers ahuris, et Freya crut qu'elle allait être encore une fois malade, bien trop consciente de la nature de l'objet…

- En échange de ceci…

Les mots s'arrachèrent à Thésée, comme si cela eut été douloureux à prononcer :

- … il te laissera la vie sauve.

Norbert s'étrangla presque :

- Tu ne peux pas lui donner ça… c'est le-…

- Je sais ce que c'est.

La voix de Thésée l'avait froidement coupé.

Mais il se pinça les lèvres et ajouta, avant que Porpentina ne puisse intervenir, elle aussi avec une fronce de désapprobation à travers son visage :

- Et je ne compte pas le lui donner.

Il rangea le Pendentif dans sa poche intérieure de veste, et il expliqua :

- Je compte te ramener en Angleterre, avant qu'il ne puisse toucher un seul de tes cheveux.

Norbert parut outré par ce plan :

- C'est hors de question.

Il secoua la tête, et alors que son Auror de frère allait parler, il s'exclama avec une voix confuse :

- Je dois trouver Carneirus avant lui, l'empêcher de forcer cet homme pour à écrire la suite de ces Prédictions.

A ces mots, Jacob, qui avait apparemment vaguement suivi les discussions quant aux Prédictions de Carneirus, demanda :

- Mais… ces prédictions nous ont servi jusqu'à présent, non ?

Norbert secoua la tête avec une expression froncée :

- Elles ont fait plus de mal que de bien…

Il continua :

- Grindelwald s'en sert lui aussi. Il l'utilise à ses fins… C'est dangereux et ça doit s'arrêter à la fin du mois, comme dans le livre.

La posture de Thésée était si rigide, qu'il aurait pu devenir une statue.

Il se pencha vers son frère et articula sombrement :

- C'est un travail d'Auror. Un travail de Ministère.

Freya devina le reste de sa phrase avant même qu'il ne la prononce :

- Pas un travail de Magizoologiste.

Norbert ne parut pas le moins du monde affecté par cette phrase, comme si, lui aussi, en avait deviné la fin avant que son frère ne la prononce. Son regard noisette dévia rapidement vers Porpentina, et revint vers son frère, avec une résolution sans pareille :

- Je veux retrouver Queenie et Croyance.

Il compléta hâtivement :

- Les sortir de là.

Il secoua la tête, et avec sa main libre, il entrouvrait déjà la porte du sombre caveau.

Sa voix un peu nasillarde dit gravement :

- Tu n'aurais pas dû venir ici, Thésée. Et encore moins avec ça.

Par ça, il mentionnait simplement d'un mouvement de la tête l'intérieur de la poche de Thésée, où se trouvait le maudit Pendentif.

Mais avant même que Thésée ne puisse ajouter quoique ce soit, le Magizoologiste sortit un papier de l'intérieur de son veston. Un morceau de parchemin tout chiffonné et déchiré. Il le plaqua contre le torse de son frère, et annonça avec une grimace dans la voix :

- C'est prévu à la fin du mois… A Rio de Janeiro.

Le visage de Thésée se para d'un étonnement peu commun, et regarda le parchemin que Norbert venait de plaquer contre lui. En regardant par dessus son épaule, Freya s'était complètement figée.

Figée.

C'était une Brochure.

C'était LA Brochure.

Celle qu'elle avait vu, quelques mois avant, dans son Rêve Eveillé au Ministère.

Celle de la Diseuse de Bonne Aventure, avec les lettres clairement dépeintes :

RIO DE JANEIRO.

Et ce terrible symbole.

Le trait vertical.

Le cercle.

Le triangle.

« Pour le Plus Grand Bien ».

L'estomac de Freya se tordit si fort qu'elle dût se plier en deux.

La voix de Porpentina s'étrangla et elle ne put rien dire, si bien que ce fut Norbert qui prononça les mots pour elle :

- Un grand Rassemblement.

Comme plus personne ne disait un mot, Norbert leur fit un vague signe de la tête, et poussa d'autant plus la porte du caveau derrière lui.

Thésée avait vivement relevé la tête vers lui, soudain pris d'une urgence :

- Norbert, attends. Attends.

Mais la porte de la sépulture s'était refermée derrière le Magizoologiste.

Thésée s'époumona tout de même :

- Norbert…!

Il s'élança contre la porte, la poussa, mais se stoppa tout assitôt.

Derrière la porte il n'y avait qu'un simple caveau, à moitié envahi par la mousse et des ronces, lugubre et abandonné. Le Magizoologiste était parti. Le caveau était vide.

Thésée se tourna lentement, la Brochure fermement serrée dans sa main, et avec une expression déchirée et déchirante.

Il passa une main crispée sur son visage.

Et le groupe sombra dans le silence.


Le lieu sûr était en fait une Cabane en plein milieu de la forêt tropicale, là où la lumière n'arrivait pas à pénétrer entre les nombreux arbres et les épais feuillages.

Elle ressemblait à une petite maison abandonnée, presque un logis de garde forestier mal entretenu. Moreno poussa la porte boisée de la petite bâtisse, et y entra en premier.

- Personne ne viendra là, avait-il assuré.

La petite Cabane devait être ensorcelée car le nombre de pièces et leur superficie ne correspondaient pas du tout à l'idée que l'on s'en faisait à l'extérieur. La pièce principale était toute boisée, comme l'aurait été un chalet en Montagne, et aussi poussiéreuse que le grenier interdit du Manoir Nott. Jacob s'affaissa lourdement dans un fauteuil, créant un large nuage de poussière grise, qui s'envola tout autour de lui, si bien qu'il s'était mis à tousser de manière incontrôlée.

- Installez-vous, je vais aller chercher à manger en ville.

Comme personne ne répondait à Moreno, Freya força un sourire :

- Merci, Monsieur Moreno.

Et il disparut derrière la porte boisée, les laissant dans un silence pesant.

Toute la route eut été plongée dans le même silence, épais et tendu.

Porpentina avait passé l'intégralité du chemin à relire la Brochure, dans tous les sens, à la recherche d'éventuels indices, alors que Thésée s'était muré dans un mutisme tourmenté.

Ce dernier d'ailleurs, fut le premier à s'absenter de la salle principale, en emportant avec lui sa valise et celle de la Nott. Freya, malgré son malaise qui ne s'était clairement pas amélioré, le suivit alors qu'il poussait la porte d'une chambre miteuse. La Nott jura même avoir vu des araignées se faufiler rapidement sous le sommier du lit, recouvert par un drap blanc fantomatique.

Thésée laissa tomber les deux valises, et puis, il y eut comme un éclair de réalisation sur son visage alors que ses yeux gris tombaient vers sa valise à lui. La valise contentant Bernie, l'Hippogriffe qu'il devait donner à Norbert.

- Oh, nous avons oublié de-…

La voix de Freya fut coupée par le sursaut de colère qui jaillit hors de Thésée.

Il avait donné un violent coup de pied dans la valise, si bien qu'elle cogna lourdement contre un mur décrépit de la chambre.

Silence.

La Nott l'avait dévisagé, comme si il eut été possédé.

Il était essoufflé, tant la colère en lui était forte et menaçait d'exploser.

Mais était-ce vraiment de la colère ?

Son regard gris, plein de remords et de culpabilité se posa vers elle.

Et elle eut sa réponse.

Ils restèrent plantés là, l'un comme l'autre tout à fait stupéfaits par ce que Thésée venait de faire. Et puis, il se mut le premier, balaya une nouvelle fois son visage avec ses deux mains.

Il se laissa tomber lourdement contre le matelas. Il conserva son visage coincé entre ses deux mains pendant quelques longues secondes, avant de finalement se laisser complètement tomber en arrière, étalant son grand dos à travers le lit.

Une de ses jambes, fléchies sur le rebord du lit, se mit à trembler de manière frénétique, trahissant une nervosité débordante. Freya, très surprise du comportement de son ancien patron, était restée là, complètement figée et droite comme un piquet de Quidditch. Ses sourcils s'emmêlèrent tant l'inquiétude pour lui prenait le dessus sur le malaise qui lui tordait les viscères depuis quelques dizaines de minutes.

Sa voix souffla :

- Monsieur Dragonneau…

Le niveau sonore de sa voix fut si faible qu'en réalité elle fut surprise de voir qu'il l'avait entendue. Ses yeux gris étaient rivés vers le plafond jauni et fissuré. Sa voix grave se voulut quelconque, mais elle sonnait incroyablement fatiguée :

- Vous devriez vous reposer, Nott.

Merlin, qu'elle détestait le voir dans un tel état.

Son expression et ses cernes lui rappelèrent dans quel était il eut été après le Rassemblement d'Exmoor. Sa voix aigüe vacilla maladroitement alors qu'elle faisait un pas vers lui :

- Laissez-moi vous aider.

Toujours sans la regarder, il rétorqua tout aussi sec :

- Vous ne le pouvez pas.

Mais Freya s'avança quand même, avec des pas lents et indécis.

Et puis, elle s'assit lentement juste à côté de ses cuisses. Même de dos, elle pouvait sentir son regard gris, tout à coup braqué sur elle. Elle tritura ses mains devant son ventre, où ses entrailles se tordaient encore dans tous les sens, si bien qu'elle implora Merlin que tout cela cesse. Le Mauvais Pressentiment était encore là, bien qu'amoindri dès lors qu'ils étaient entrés dans la forêt.

Après un petit moment d'hésitation, elle s'allongea à côté de Thésée, alignant sa cuisse contre la sienne, et son bras contre le sien. Elle sentit sa main tressauter à côté de la sienne, et puis elle resta d'abord là, comme ça. Maladroitement allongée contre lui. Et puis, elle entendait le bruissement des draps juste au dessus de sa tête, comprenant qu'il devait tourner la sienne pour la regarder.

Ils restèrent là, dans le silence le plus complet.

Instinctivement, mais nerveusement quand même, elle souleva lentement ses doigts pour les poser sur sa main. Elle l'entendit expirer plus fortement, et il entrelaça ses doigts entre les siens. Freya déglutit maladroitement, et tout en fixant le plafond abîmé, elle demanda le plus doucement possible :

- Que se passe-t-il ?

Il ne répondit pas, mais elle le sentit remuer nerveusement à côté d'elle.

Elle se pinça les lèvres. Son murmure demanda :

- C'est l'échange avec Norbert qui vous met dans cet état ?

Elle l'entendit expirer à nouveau, un souffle irrégulier et étrange.

Sa voix grave souffla au bout d'un moment :

- Oui…

Et puis, tout de suite après, il se reprit :

- Non.

Sa main serra plus fort celle de Freya, et elle tenta une oeillade sur sa droite, mais sans succès, car tout ce qu'elle vit n'était que le tissu qui recouvrait son épaule. Une autre expiration, saccadée, cette fois, secoua son tronc. Elle l'entendit relever un bras, et poser une main contre son front.

Mais ce fut lorsqu'elle l'entendit frotter ses yeux qu'elle comprit qu'il devait peut-être même pleurer.

Et le pire, c'est qu'elle n'osa pas demander plus.

Le coeur de Freya se fissura, comme si ses viscères n'avaient pas assez souffert depuis le petit matin. Elle donna une petite pression dans la paume de Dragonneau et elle se colla un peu plus à lui.

Au début, elle pensait qu'il allait la rejeter, en lui demandant de le laisser seul… mais il n'en fit rien.

En fait, il passa même son bras sous sa tête à elle, et la rapprocha de lui.

Ils demeurèrent là quelques longues minutes, pendant lesquelles Freya se relaxa peu à peu, bercée par les respirations plus régulières de Dragonneau, et par sa Cologne Mentholée qui embaumait les draps poussiéreux. Et puis, la voix rauque de Dragonneau, enrouée par ces longs instants de mutisme, souffla :

- Comment vous sentez-vous, Nott ?

Le point, maintenant logé au fin fond de son estomac, était toujours là.

Mais les nausées et frissons qu'elle avait ressentis dans la petite allée colorée s'étaient finalement dissipés. Comme elle ne voulait pas rentrer dans les détails, pour ne pas fragiliser ce moment si tendre et précieux, elle répondit juste :

- Mieux.

La réponse ne dût pas le satisfaire entièrement, puisqu'il demanda :

- Ca a commencé dans la Loge de Miss Nunes ?

Elle dût grimacer pour chasser les terribles images de Grimmson qui lui étaient revenues alors qu'elle portait le Niffleur entre ses mains. Incapable de répondre quoique ce soit, elle hocha juste la tête, la frottant contre la veste du sorcier.

Elle sentit la main de Dragonneau s'aventurer dans son dos, dans une caresse si légère qu'elle était à peine perceptible. Il l'effleurait du bout de ses doigts, en partant de son omoplate jusque… le cerveau de Freya s'embruma complètement. Les doigts de Thésée descendirent le long de sa colonne vertébrale, et puis traversèrent la peau de son flan, pour finalement se poser sur sa hanche. Elle l'entendit déglutir, et elle même se sentit traversée de picotements, comme un faible courant électrique.

Si elle s'écoutait, elle se serait littéralement jetée sur le sorcier, s'étalant de tout son long contre lui. Et puis, elle déglutit à son tour, s'étouffant presque et rougissant en réalisant l'indécence de ses propres pensées.

De toute manière, Dragonneau s'était subitement relevé, se mettant en position assise, dos à Freya. Cette dernière le regarda, pantoise et un peu hébétée, ne comprenant pas pourquoi il s'était levé ainsi. Il resta là quelques secondes, sans bouger, et puis, il lui jeta un petit regard, par-dessus son épaule. Un regard curieux qui, elle le jura sur Merlin, la parcourut dans son entièreté. L'intensité de ses yeux était telle, qu'elle avait l'impression d'être de retour dans cette Cabine de Bateau, juste avant que Faucett ne les surprenne dans une position déroutante.

Il se pinça les lèvres et puis, avec un air énigmatique, il souffla juste :

- Je vais prendre l'air.

Et sans plus de cérémonie, il se leva et quitta la petite pièce, laissant Freya seule et allongée au travers du lit recouvert de draps blancs. La jeune sorcière resta paralysée un petit instant, son cerveau fusant dans tous les sens pour essayer de comprendre ce qu'il venait de se passer. Mais elle finit par soupirer, laissant sa main caresser de manière absente les draps encore tièdes qu'il eut recouvert.

La jeune femme se releva lentement, et ses yeux se posèrent sur la valise.

Elle ne sait pas combien de temps elle avait passé là, aux côtés de Bernie.

Après tout, il était difficile de quantifier le temps dans cette valise.

Là, tout était calme, verdoyant mais pas étouffant, clair mais pas aveuglant.

La créature galopa pour la troisième fois autour du petit cabanon de bois, au beau milieu des fausses prairies qui les entouraient. L'Hippogriffe parut d'autant plus excité lorsqu'elle sortit d'une boîte en bois un seau avec de la nourriture, sûrement préparé à l'avance par Thésée.

Elle lui balança un premier furet, et Bernie sauta pour l'attraper dans son bec, avant de le gober entièrement. Freya lui lança un regard amusé, et les souvenirs légers des petits instants comme celui-ci, à la Ferme des Dragonneau, lui revinrent, l'enveloppant dans un nuage de répit.

Le Malaise dans son estomac s'était finalement complètement estompé, et elle avait retrouvé, l'espace d'un instant, un court instant, une certaine insouciance. Oubliant tout des disputes de Norbert et Thésée, de cette traque sans fin et de cette terrible Brochure.

- C'est donc ça qu'il avait dans cette vieille valise ?

Freya sursauta en entendant la voix de Porpentina. Elle fit volte-face, pour découvrir la sorcière, nonchalamment appuyée dans le cadre de la porte boisée. Son expression était mi amusée, mi étonnée. La Nott, sortant de sa surprise, hocha la tête avec un mince sourire :

- Pour le ramener à Norbert.

La jeune anglaise laissa la créature galoper au loin, et fit quelques pas dans la direction de la sorcière américaine. Alors qu'elle n'était pas encore totalement arrivée à son niveau, Porpentina lui demandait, sans quitter Bernie des yeux :

- Il s'en est occupé lui-même ?

L'accent sur le lui-même n'interpella pas Freya sur le moment, et elle haussa les épaules avec un léger soupir.

- Oui, j'aurais aimé le faire, mais pour une raison qui m'échappe, il n'est pas heureux à l'idée que je l'approche.

Les yeux noirs de Porpentina se détachèrent de l'animal au loin, pour se poser vers son amie. Elle arqua ses sourcils bruns, et croisa les bras sur sa poitrine et commenta :

- A vrai dire, je suis très surprise, qu'il ait accepté de transporter et de s'occuper de Bernie… d'après ce que m'a dit Norbert, il ne s'approche des Hippogriffes que très rarement.

Et alors que Freya soulevait le couvercle de la malle boisée pour y ranger le seau, la voix de Porpentina continua :

- Norbert me disait qu'il déteste ces créatures depuis l'accident.

Freya se figea dans son geste.

Et elle répéta en balbutiant :

- L'… l'accident ?

Sentant le regard désolé de Goldstein vers elle, elle déglutit, et dans des gestes lents et précautionneux, elle reposa le seau et referma la malle en silence. Ses yeux bleus remontèrent lentement vers son amie américaine, et cette dernière soupira, quelque part entre agacement et malaise. Elle maugréa une injure à l'encontre de Thésée, et pinça ses lèvres avant de demander :

- Il ne vous a rien dit, pas vrai ?

Freya ne réagit même pas, tant elle était pendue aux lèvres de l'américaine.

Et au bout d'un moment, Porpentina réajusta maladroitement sa posture dans l'encadrement de la porte et expliqua avec une mine grave :

- Il a eu un accident quand il était enfant, un accident avec un Hippogriffe.

Le sang dans les veines de Freya devint glacé.

Mais l'expression de Porpentina lui dit que ce n'était pas fini.

Et sa voix l'acheva :

- Leur Père en est mort. Et lui-même a été blessé, plutôt gravement d'ailleurs.

Freya resta paralysée.

Elle ferma ses yeux, si fort qu'elle revit ces fameuses étoiles.

Inconsciemment, elle se mit à triturer ses mains ; son coeur avait chuté de sa poitrine. Elle avait l'impression qu'il était tombé à ses pieds, et que, encore palpitant et sanglant, Bernie venait de l'écraser violemment avec ses sabots.

Elle resta muette.

Muette.

Toutes les fois où il ne voulait pas qu'elle s'en approche, toutes les fois où elle l'avait accusé d'être en stupide compétition avec la créature, toutes les fois où…

Il avait perdu son Père, à cause d'un Hippogriffe.

Et puis cette cicatrice sur son flan.

Cette fichue cicatrice en forme de croissant, comme un sabot.

Elle ne venait effectivement pas de la guerre… elle résultait de l'accident.

Freya se sentit misérable.

Absolument misérable.

Et encore plus lorsqu'elle réalisait qu'elle l'apprenait de la bouche de quelqu'un d'autre.

Il n'avait pas voulu lui en parler. Alors que tant de fois ils avaient évoqué le sujet. Ne méritait-elle pas de savoir ?

Un noeud se forma dans sa gorge.

Il savait presque tout d'elle.

Mais elle ne connaissait rien de lui.

Elle ne sut pas quelles étaient les forces qui lui permirent d'articuler :

- Je… Je l'ignorais.

L'expression de Porpentina en face d'elle se mut en une expression un peu courroucée, et puis elle s'agaça :

- Je n'arrive pas à croire qu'il ne vous dise rien… il est toujours comme cela ?

Mais Freya avait besoin de voir Thésée.

Elle voulait lui en parler, elle voulait…

Elle bouscula presque Porpentina, l'éjectant du cadre de la porte, et elle s'élança dans les escaliers, escaladant les marches trois à trois. Depuis le bas de la valise, elle entendait Porpentina l'appeler :

- Freya ?

Mais Freya était déjà sortie de la chambre en furie, le coeur, palpitant, au bord des lèvres.

Elle accourut dans la pièce principale, où Jacob s'était assoupi, la tête renversée dans un fauteuil, elle ouvrit la porte boisée, pensant y trouver Thésée.

Mais il n'y avait pas Thésée.

Il n'y avait que l'immense forêt tropicale.


Plusieurs heures s'écoulèrent.

Il ne revenait pas.

Freya était assise complètement raidie dans une chaise usée, les yeux rivés vers la porte boisée fermée. En diagonale d'elle, Porpentina soupira pour la énième fois, les yeux encore et toujours rivés vers la Brochure, posée sur ses genoux. Jacob, qui avait trouvé de quoi faire du thé dans la cuisine rustique et à l'abandon, lui tendit une tasse brûlante, avec un regard désolé.

La Nott attrapa la tasse et murmura un vague remerciement, mais ne quitta pas la porte des yeux.

Au début, elle était en colère.

Terriblement en colère qu'il ne lui ai rien dit… et puis très vite cette colère s'était mue en un immense regret, une blessure, un chagrin. Il avait bien sûr le droit d'avoir des secrets, comme tout le monde… et puis qui était-elle pour exiger qu'il se livre à elle ?

Mais, alors que les heures passaient et qu'il n'était pas revenu, ce fut l'inquiétude qui revint au galop. Et si c'était cela, son Mauvais Pressentiment qu'elle avait ressenti au début de la journée ?

Porpentina soupira encore :

- Il faut se rendre à l'évidence, il n'est pas juste parti prendre l'air.

Son ton était sarcastique, et pour la première fois depuis une heure, Freya détacha son regard de la porte pour le braquer dans la direction de la sorcière. Sa voix cristalline demanda avec méfiance :

- Et qu'est-ce que vous insinuez ?

Porpentina avait vaguement relevé les yeux vers elle, et puis, finit par hausser les épaules.

- Oh, rien de particulier.

La bouche de Freya se mut en une grimace d'amertume, et Porpentina reposa la Brochure sur la petite table basse en mosaïque devant elle, avant de croiser les bras sur sa poitrine et de reprendre :

- Je veux dire, il a une mission dont on ne sait rien, après tout.

Le reproche était presque palpable dans la phrase de l'auror américaine, et la détermination que Freya vit dans ses yeux lui dit qu'elle n'allait définitivement pas lâcher le morceau.

Un nouveau point se forma dans l'estomac de Freya.

Oui, cette fichue Mission de Dragonneau.

Son comportement étrange depuis la Séance de Spiritisme, les lettres de Marcus et de Gideon… tout cela lui donnait presque le tournis. Elle ferma ses yeux et pinça ses lèvres, se refusant de s'attarder plus longtemps sur cette énième chose qu'elle ne savait pas de lui.

Cette énième chose qu'il lui cachait.

Leur moment de calme, allongé l'un contre l'autre, quelques heures plus tôt, lui parut soudainement irréel, tant il était déconnecté de la situation dans laquelle elle se trouvait actuellement.

La voix de Porpentina constata :

- Et l'agent Moreno n'est pas rentré non plus.

Freya souffla :

- Cela m'inquiète.

- Ils sont grands, ils se débrouilleront.

Freya toisa Porpentina, et cette dernière lui lança un regard las :

- Ce sont des Aurors, Freya.

Mais elle se leva tout de même, comme si elle avait été montée sur un ressort.

Et avec de grandes enjambées résolues, elle se dirigea vers la porte.

La voix de Porpentina la stoppa :

- Que faîtes-vous ?

Elle répondit platement :

- Je pars le chercher.

- Non, non, non, attendez-…

Mais Freya était déjà sortie en furie de la Cabane.

Elle s'engagea, le coeur battant, dans un sentier.

Mais la voix de Porpentina résonna de nouveau :

- C'est de par là que nous sommes venus.

Son expression était las, agacée, et elle pointait du doigt une toute autre direction.

Freya lui renvoya un regard froid, comme un réflexe agaçant dont elle avait hérité en grandissant au sein du Manoir Nott, et alla rejoindre la sorcière sur le bon sentier.


Caxambu était grouillante de monde en cette fin d'après-midi.

Moreno n'avait pas menti, il y avait un large marché, aux tentures de toutes tailles et de toutes couleurs qui bordaient et étouffaient les rues et les allées. Toutes les couleurs des étales, des produits, des accoutrements des sorciers, et des façades, se mélangeaient, fourmillait, si bien qu'il était difficile de concentrer son regard.

Les parfums, les odeurs d'épices et de légumes embaumaient les ruelles bruyantes, où se mêlaient des sorciers aux paroles chantantes et hurlantes. Cela faisait déjà une demie-heure que Porpentina et Freya s'étaient aventurées dans la foule du marché, mais tout paraissait immense, interminable, sans issue. Et le point dans le creux de l'estomac de Freya lui tordit les viscères de nouveau, la chaleur lourde l'assommait, et ce manque d'air, cette foule… tout n'était que bousculade et brouhaha.

Freya se sentit si mal, qu'elle dût courir, tant bien que mal entre les sorciers, les poussant presque, pour finalement dégobiller derrière une étale. Elle se pencha en arrière, sentant son estomac douloureusement se vider, tentant de rester en équilibre en s'appuyant contre le mur rosé. Ses jambes flageolaient, son coeur tambourinait, il lui disait clairement de courir.

Cours.

Fuis.

Mais elle restait là, elle ne pouvait plus bouger, tant elle était malade.

Ses jambes tremblaient, et elle se retint in extremis au mur, reprenant un souffle pénible.

Elle pivota la tête, le regard embrumé par un vague malaise.

Et puis, lorsque sa vue redevint nette, elle réalisa que Porpentina n'était plus avec elle, sûrement, a-t-elle été emportée par la foule grouillante du marché.

Le Mauvais Pressentiment revint, comme un coup de poing dans son abdomen.

Et elle s'enfonça de nouveau dans la foule, titubante et affaiblie.

Elle ne sait pas combien de temps elle avait marché, perdant définitivement la notion du temps dans cette journée sans queue ni tête. Et puis, le soleil, au delà des tentures, se colorait déjà d'orange et de rouge.

La nuit ne tarderait pas à tomber.

Mais la foule ne se dissipait pas. Elle avait l'impression de se noyer, d'être emportée par des vagues, des courants contre lesquels elle ne pouvait lutter. Elle avait l'impression d'être dans ce foutu rêve éveillé, en corset noir, dans la peau de la pauvre Tante Isadora, alors qu'elle se noyait dans cet océan sombre et glacé.

Et puis ce sentiment d'être épiée, d'être observée, lui revint. Remontant le long de sa colonne vertébrale sous forme d'un frisson des plus désagréable. Il y avait quelque chose de malsain, comme une ombre, une terrible et menaçante ombre.

Et le coeur de Freya manqua un battement.

Cette ombre, justement…

Elle la voyait.

Elle était .

.

A ses pieds.

Un nuage noir, fin, comme un trait de fumée, ou une tentacule, zigzaguait entre les pieds des sorciers… et personne ne semblait l'avoir vue. Personne, sauf Freya.

Son coeur tambourina encore, si fort, qu'elle crut qu'il allait jaillir en dehors de sa poitrine. Elle crut vomir à nouveau, et s'éloigna du centre de la ruelle, en poussant quelques individus pour se frayer un chemin à travers la foule… Elle cogna presque dans un chariot de bois, poussé par une personne très âgée, elle le contourna, et dégobilla à nouveau au pied d'un mur.

Elle claquait des dents désormais, tant elle était dans un état second.

Et puis un autre frisson la parcourut lorsqu'elle vit que l'ombre noire était encore à ses pieds, comme une sombre vipère. Elle glissa entre les chevilles de Freya, encore tremblante, pour finalement ramper dans la petite allée juste devant elle.

Freya attrapa sa baguette, la serrant si fort dans sa main qu'elle la rompit presque, et en tremblant, elle fit un premier pas, puis un deuxième… s'enfonçant dans l'allée déserte.

Elle prit un tournant, puis un deuxième.

Sûrement un troisième, son cerveau était si confus qu'elle ne se souvint même pas de tous les tours et détours qu'elle dût emprunter, suivant toujours cette étrange ombre noircie.

Elle ignora, à tort, son coeur qui semblait marteler encore et encore :

Cours.

Fuis.

Et puis, une réalisation glaçante secoua l'entièreté de son être.

Ce nuage, cette ombre.

Elle savait ce que c'était.

Elle l'avait vu, plusieurs fois, en rêve… ou dans la valise de Norbert.

Son coeur fit une halte.

Ses pieds aussi.

C'était un Obscurus.

Son sang se glaça alors qu'elle réalisait que ses souliers faisaient face à une autre paire de souliers noirs. L'ombre remonta le long des jambes de l'individu en face d'elle, lentement, comme le ferait un serpent. Et elle remonta sa tête tout aussi lentement, suivant les mouvements des particules charbonneuses qui se faisaient comme aspirer.

Aspirer, dans le creux d'une main.

La voix de Freya resta coincée dans sa gorge un moment.

Ses yeux, aussi. Bloqués vers ceux du jeune homme en face d'elle.

Des yeux sombres, très sombres.

Un teint blafard.

Des traits creux et anguleux.

Une barbe mal entretenue.

Des cheveux aussi noirs que le regard.

Aussi noirs que l'Obscurus.

Il la fixait aussi.

Intensément.

Freya crut entendre un bourdonnement dans ses tympans.

Elle crut vomir à nouveau.

Sa baguette, jusque là crispée et tendue devant elle, s'abaissa aussitôt. Ce fut tout juste si elle ne l'avait pas laissée tomber. Elle était là, totalement hébétée, perdue.

Devant elle, se trouvait l'indéniable visage des Fawley.

Il lui rappela tellement Tante Isadora, ou même sa propre mère, que son inspiration d'air se fit sifflante. Elle était abasourdie.

Elle était en face de Croyance.

En face d'Eugène Fawley, son cousin.

Il la regardait, avec un calme olympien.

Un calme, ou une profonde méprise, elle ne sut le dire sur l'instant.

Mais il était sur ses gardes, et alors que les dernières particules de charbon disparaissaient derrière sa paume tendue, elle le vit resserrer une baguette dans son autre main.

Une baguette.

Elle ne savait même pas qu'il en avait une.

Il dut suivre son regard, puisque il souleva automatiquement sa baguette vers elle, ses yeux noirs toujours aussi calmes et froids. Freya sortit de sa torpeur, comme si son corps lui avait envoyé une violente décharge électrique.

Sa voix, plus aigüe encore qu'à l'accoutumée, trembla un peu :

- Je ne te veux aucun mal… Croyance.

Ne pas l'appeler par ce qui était son vrai prénom était un crève-coeur pour Freya, mais au fond, peut-être valait-il mieux procéder par étapes. Elle montra ses deux mains, en signe de reddition, et rangea sa baguette dans sa veste avec lenteur, sans le quitter des yeux.

Croyance, la balaya de haut en bas, avant de redresser son regard froid droit dans ses yeux à elle.

Sa voix était très grave lorsqu'il articula :

- Qui êtes-vous ?

Freya resta paralysée un instant, une partie d'elle fascinée par le fait de le voir et d'entendre sa voix pour la première fois, et une autre partie d'elle totalement alarmée par la question.

Elle balbutia piteusement, encore prise d'un soudain étourdissement :

- Je suis… Freya Nott…

Elle ferma ses yeux.

Lui dire qu'elle était de sa famille, qu'elle était sa cousine, aurait été un peu abrupt à ce stade.

Alors elle finit par dire simplement :

- … une amie de Porpentina Goldstein.

Mais le jeune homme resta de marbre.

Comme il ne réagissait pas, elle tenta :

- Tu sais, Porpentina Goldstein est-…

- Je sais qui elle est.

Son interruption fut si froide qu'elle en eut des frissons.

Elle allait poser une question, mais Croyance e montra un peu plus bavard au sujet de Porpentina. Il déblatéra avec virulence glacée :

- Elle a trahi sa soeur. Elle l'a abandonnée. A cause d'elle, elle est comme moi… elle n'a plus de famille.

Interloquée, Freya le toisa un instant, et finit par s'exclamer, comme si cela eut été plus fort qu'elle :

- Foutaises !

Son soudain volume sonore fit tressauter un peu Croyance, visiblement pris de court par cette réaction de la Nott. Cette dernière reprit avec un ton plus maîtrisé :

- Elle est venue jusqu'ici pour la retrouver, pour la sauver de-…

Elle se tut une nouvelle fois.

Il n'était sûrement pas bon de mettre le sujet de Grindelwald sur le tapis à cet instant précis.

Sa voix se radoucit :

- Nous sommes venus pour toi aussi… nous sommes venus t'aider.

Elle tenta un pas précautionneux vers lui, mais il recula tout aussitôt et rétorqua froidement :

- Je n'ai pas besoin de votre aide.

L'accent qu'il mit sur le votre ne rassura pas Freya.

La torsion dans son ventre revint, violente et crue.

Une soudaine réalisation, et inquiétude fit trembler Freya. Une peur irrationnelle, une terreur absolue s'infusa en elle, coulant dans ses veines comme un venin glacé.

Sa voix souffla :

- Comment se fait-il que… tu sois seul ici ?

Et il articula précisément les mots qu'elle redoutait :

- Je ne suis pas seul.

Son coeur fit un bond douloureux dans sa poitrine.

Ses yeux se détachèrent de l'expression froide de Croyance, pour glisser derrière lui.

Elle crut défaillir.

Tout le sang de son visage fut drainé, si bien qu'elle s'imagina être désormais plus blanchâtre que son cousin. La silhouette, jusque là tapie dans l'ombre de l'allée, se détacha du mur bleu sombre.

Les pas étaient lents, silencieux…

Comme ceux d'un prédateur.

La baguette de Freya se redressa vivement droit devant elle, et elle ne put retenir un frisson alors qu'elle entendait une voix particulièrement amusée articuler :

- Tiens, tiens, tiens…

Elle n'eut pas besoin d'attendre que l'individu ne sorte complètement de l'ombre pour deviner de qui il s'agissait. Sa voix, sa posture, sa démarche… ce mouvement de tapotement de baguette au creux de sa main…

Une vague d'adrénaline l'envahit, et elle crut qu'elle ne respirait plus, tant elle était noyée dans sa propre angoisse. Elle fit un pas en arrière, s'écartant un peu de Croyance qui n'avait pas bougé.

Le rictus terrible de Grimmson apparut à la lumière du soleil rougeoyant, lui donnant une profondeur et une dimension absolument terrifiantes.

Sa voix graveleuse chantonna avec cruauté :

- Mais ne serait-ce pas notre charmante Miss Nott.

Le nom s'arracha à sa gorge, comme s'il eut été coincé entre deux sanglots de pure terreur :

- Grimmson.

Il s'arrêta au niveau de Croyance, les bras croisés dans son large dos.

Il releva un peu la tête, révélant son grand sourire carnassier, et un nez complètement abîmé.

Une nouvelle nausée secoua Freya, lorsqu'elle repensa au fait qu'elle lui avait fait cela. A Exmoor, lorsqu'elle lui avait mordu le nez, si fort, si violemment, que son sang avait coulé dans sa bouche. Les souvenirs de la panique, de l'horreur et du goût terrible et ferreux qui avait envahi son palais lui retourna l'estomac, et elle dût se retenir de ne pas vomir devant Croyance et lui.

Sa voix fredonna presque avec un ton malsain :

- Je me délecte de vous revoir… bien que vous me semblez un peu fatiguée.

Il s'était penché un peu vers elle, avec une fronce faussement inquiète.

Et alors qu'elle était dans l'incapacité de dire quoique ce soit, il continua :

- Ne le prenez pas mal, mais vous avez plutôt grise mine… c'est le changement d'air ?

Elle se retint de vomir, dans une secousse qu'elle ne sut maîtriser.

Mais Grimmson faisait un pas vers elle.

Elle hoqueta piteusement :

- N'approchez pas.

Mais il n'eut que faire de sa requête.

Il s'avança si près que Freya dût lutter avec l'envie de prendre ses jambes à son cou.

Elle répéta, avec une tentative de voix plus ferme cette fois :

- J'ai dit n'approchez pas.

Grimmson émit un sourire mauvais, et attrapa son menton avec sa main gantée pour qu'elle relève sa tête pleinement vers lui. Le geste n'avait rien à voir avec celui de Thésée, quelques heures plus tôt, la poigne était dure, douloureuse, humiliante.

Il articula sombrement :

- J'avais entendu.

Et puis, ses yeux se mirent à sonder l'obscurité derrière elle, comme s'il s'attendait à ce qu'une personne jaillisse de l'ombre. Sa voix ne perdit pourtant pas son divertissement apparent :

- Mais où est le Héros de Guerre… où est notre cher Dragonneau ?

Freya ne répondit rien, un sanglot coincé dans sa gorge.

Il dût penser qu'elle jouait les courageuses, à ne pas dire où Thésée se trouvait, mais la réalité était plus pitoyable que cela…

Elle n'en savait rien.

Elle était partie à sa recherche, et avait fini par se perdre elle-même.

Peut-être qu'elle ne le reverrait même jamais.

Grimmson plaisanta vaguement :

- Sûrement occupé à sauver le monde, quelque part, j'imagine.

Le sarcasme dégoulinait de sa bouche, et puis, après un autre rictus, et un autre pincement du menton de la sorcière, il siffla comme un serpent :

- Dommage qu'il ne puisse pas vous sauver vous.

Cette phrase la mit dans une colère noire, très certainement alimentée par une adrénaline phénoménale. Elle tapota sa baguette contre le bras qui maintenait son menton, comme pour lui rappeler qu'elle avait sa baguette braquée sur lui.

Et elle ne se reconnut presque pas lorsqu'elle cracha avec virulence :

- Je n'ai pas besoin de qui que ce soit.

Il parut très diverti par tout cela.

Et après avoir finalement relâché son menton, dans un pincement douloureux, il souffla avec amusement :

- C'est ce qu'on verra.

Et puis, il tourna les talons.

Freya resta là, hébétée.

Et il posa sa main sur l'épaule de Croyance, qui la toisait avec le même regard froid et méprisant, et lui fit faire demi-tour, comme pour l'entraîner avec lui.

Freya, complètement prise au dépourvu, balbutia dans l'allée :

- Où allez-vous ?

Grimmson lui lança le regard le plus évident qu'il put lui fournir, et il déclara simplement :

- Nous rentrons, il se fait tard… et vous devriez faire de même, Miss Nott.

Freya, toujours paralysée avec sa baguette, droit vers eux, le fixa sans comprendre.

Grimmson fit un autre sourire carnassier et dangereux, et il siffla vénéneusement :

- Vous pourriez croiser des personnes mal intentionnées…

Si Freya n'avait pas été si terrorisée, elle lui aurait sûrement ri au nez, en lui faisant remarquer à quel point cette phrase eut été un véritable comble. Mais, elle resta là.

Figée dans son horreur, les pieds vissés à la terre battue.

Grimmson rit presque alors qu'elle ne bougeait pas, il prit une mine faussement attristée :

- Quoi ? Déçue de me voir déjà repartir ?

Après un petit instant où il la fixait avec ce même rictus qui la retournait, il se remit à faire de grandes enjambées vers elle, si rapide, qu'elle n'eut pas le temps de réagir.

Il glissa un petit morceau de papier, soigneusement plié en deux, dans la poche de la veste de la sorcière en disant simplement :

- Tenez donc…

- Qu'est-ce que-…

- C'est un rendez-vous. Juste vous et moi.

Freya se sentit tant révulsée et terrifiée, qu'elle eut un mouvement de recul.

Devant son sourire malsain, elle se mit à vociférer :

- Jamais je ne-…

- Je vous dirai tout ce que vous voudrez à propos de la Mission de Dragonneau.

Elle se tut.

Sa bouche tremblante se pinça en une ligne fine et frémissante.

Mais le sourire de Grimmson n'était plus là, il paraissait très sérieux.

Freya fit un nouveau pas en arrière, jugeant que la distance entre eux n'était pas assez importante, et puis… elle en refit un deuxième, avant de se dire que cette distance ne serait en fait jamais assez importante à son goût.

Elle cracha presque :

- Vous bluffez.

Cette fois-ci, il sourit une nouvelle fois, encore dans cette expression apitoyée :

- Vous voyez… c'est plutôt lui qui bluffe en ce moment.

Il se pencha un peu vers elle, alors qu'elle était complètement retournée par ce qu'elle était en train de vivre, et d'entendre. Il prit un air faussement surpris :

- Quoi ? Vous pensiez réellement qu'il était de votre côté ?

Il secoua la tête avant de se redresser, glissant les mains dans ses poches. Son expression était décidément apitoyée, comme s'il voyait que son coeur était en train de se fissurer, et que cela lui faisait de la peine. Il soupira et lui annonça :

- Les Héros de Guerre n'existent pas, Miss Nott… il n'y a que des survivants.

Il lui tapota l'épaule, un peu comme ce qu'il venait de faire à Croyance, dont la silhouette longiligne et sombre se tenait encore, droite et rigide, dans le fond de l'allée.

- Demain soir, à 19 heures. Je vous raconterai tout.

Les yeux bleus de Freya remontèrent vers ceux de Grimmson, avec un mélange de dégoût, de terreur et… de doute.

Et la phrase qu'il prononça avant de disparaître dans l'ombre avec Croyance lui fit presque perdre pied :

- Je fais cela pour votre Plus Grand Bien.


TATATAMMM !

Le retour de notre Grimmson préféré (ou pas).

Est-ce qu'on sent que Freya va s'empêtrer dans une sale situation ? Assurément.

Est-ce qu'on sent que Thésée cache quelque chose de vraiment très très louche ? Assurément.

Des Théories pour la suite ?

Vos passages préférés ?

Dites-moi, j'adore vous lire !

Bon, et en parallèle de tout ça, j'ai une autre annonce à vous faire :

(…roulements de tambour…)

Cela fait quelques semaines que je commence à travailler sur une autre Histoire, basée sur un tout autre univers qui me tient aussi très à coeur : Star Wars, et plus particulièrement The Mandalorian.

Pour ceux qui ont vu la série, et la saison 2 qui est sortie récemment, tenez-vous prêts car je vais m'essayer à écrire une suite !

Pour ceux qui n'ont pas regardé la série… foncez.

Je n'étais pas particulièrement fan de Star Wars avant de commencer la série… et franchement, elle vaut le détour. L'Histoire, les paysages, les costumes, les machines… l'esthétique globale est à couper le souffle et est super inspirante. Le personnage du Mandalorien aussi.

Rassurez-vous, je continuerai à écrire Vingt-Huit, qui pour moi reste et restera ma Priorité 1 ! J'ai hâte de vous dévoiler, petit à petit, tous les petits plot-twists que j'ai dissimulés tout au long de cette aventure… !

Accrochez-vous, car même s'il y a encore des couvre-feu, ou confinement… j'espère sincèrement vous faire rêver et voyager un peu !

A plus !

Netphis.