BENJI SEMBLAIT SI EMPLI D'APPRÉHENSION qu'Aria avait presque l'impression d'entendre les battements affolés de son cœur. Afin de garder les idées claires, et de se dégourdir les jambes, elle lui proposa de marcher un peu avec elle. Ce qui s'avéra être une sage décision, puisque des Serpentard se rapprochaient peu à peu du lieu où ils s'étaient assis, et n'auraient pas tardé à lancer des regards interrogatifs à Aria. Lorsque l'on se trouvait seul avec quelqu'un dans un coin isolé, c'était rarement en vue de parler de la pluie et du beau temps.

Elle entraîna Benji vers le pont de bois qui reliait le château à ses terrains étendus, et qui surplombait un grand gouffre. Les deux élèves marchaient prudemment, le vent froid venait frapper contre leurs joues par bourrasques et soulevait de temps à autre quelques flocons. La neige recouvrait les chemins habituellement empruntés par les élèves et professeurs : ils avançaient presque à tâtons.

Ils arrivèrent enfin à l'entrée du pont, où ils étaient plus abrités. Ils avancèrent de quelques mètres, puis Aria s'arrêta et s'appuya contre une rambarde pour regarder les environs enneigés. La vue était époustouflante. Elle prit une grande inspiration et se tourna vers Benji, qui l'observait avec attention. La jeune femme lui fit un petit sourire, et lui prit la main. Le Serdaigle déglutit.

- Benji. Je sais que cela fait longtemps que je t'intéresse. Moi, je ne t'ai découvert que cette année.

Le garçon hocha la tête, crispé.

- Et ce que je vois de toi me plaît. Chaque moment que je peux passer en ta compagnie me ravit toujours un peu plus.

Aria sentait ses joues s'empourprer. Par Merlin, elle n'aurait jamais cru se retrouver dans une telle situation un jour ! Elle, faire une déclaration à quelqu'un ? Cela relevait de l'ordre de l'absurde. Il y a quelques mois encore, elle en aurait été tout bonnement incapable.

- Mais… Je ne peux pas entamer une quelconque relation amoureuse sans l'accord de mes parents.

Benji ouvrit de grands yeux ronds, puis son visage s'assombrit et il laissa glisser sa main hors de celle d'Aria.

- … Parce que mon sang a moins de valeur que le tien, hein ?

Il avait l'air blessé et son regard était fuyant. Aria, le cœur battant et affolé de peur qu'il n'y ait méprise, s'empressa de poser une main sur la joue glacée du Serdaigle, l'incitant à se tourner vers elle.

- Alors, vraiment, Benji, tu sais bien que je me fiche incroyablement de la valeur du sang. Mais… Ce n'est pas le cas de certains de mes camarades, ou de leurs parents. Je pense que mes parents à moi sauraient être assez compréhensifs, mais j'ai des grands-parents très stricts. Et nous évoluons dans une communauté où les apparences et les on-dits sont cruciaux. Comme je te le disais tout à l'heure, tout ce que je fais dans ma vie publique a presque une portée politique, je représente ma famille aux yeux des autres élèves. Je n'ai pas le droit à l'erreur.
- Donc, quand je t'ai embrassée… commença Benji, mortifié.
- Ce n'était en effet pas la meilleure des manœuvres, rougit Aria. Mais, malgré la surprise… C'était assez agréable.

Elle avait un petit sourire en coin, et observait ses pieds avec attention, sans oser croiser le regard de Benji. Ce dernier vérifia que personne n'était dans les parages; puis, un immense sourire fendant son visage, s'approcha de la Serpentard. Il colla son front au sien, et, leurs regards s'accrochèrent.

- Il n'y a personne autour… Je peux recommencer ?

Aria ne fit qu'hocher la tête, le cœur battant à tout rompre et sur le point d'exploser lorsque leurs lèvres se joignèrent à nouveau. Et cette fois-ci, la jeune femme en apprécia chaque instant, mit quelques instants à redescendre de son petit nuage, et rouvrit les yeux. Benji la regardait toujours en souriant, leurs mains étaient entrelacées - Aria ne s'en était même pas rendue compte. À contre-coeur, elle s'éloigna d'un pas, à une distance plus raisonnable du Serdaigle, et soupira.

- Comme je te le disais tout à l'heure, reprit-elle d'une voix enrouée, il faut que je puisse en informer mes parents avant toute chose. Je ferai cela pendant les vacances, qui sera je crois un moment plus idéal. Et… Se cacher d'ici là ne fonctionnerait pas, je ne suis pas sûre que cela suffirait pour faire taire les langues de vipères.
- Ah, les Serpentard… soupira Benji.

La jeune femme haussa un sourcil, amusée.

- Es-tu au courant qu'il n'y a pas des sang-purs seulement à Serpentard ? Il y a de magnifiques spécimens des familles sacrées dans ta maison aussi, mon cher.

Il haussa les épaules, mutin.

- Oui, peut-être… Mais les Serpentard sont les pires, ma douce.

Il lui tira la langue, et elle se contenta d'éclater de rire.

- Il n'y a pas de soucis, reprit-il avec plus de sérieux, un air tranquille sur le visage. Je te laisse régler ce petit contre-temps familial avant de t'embêter plus encore.
- Tu ne m'embêtes…, commença Aria, confuse.
- Je sais, la coupa-t-il en riant. Ça fait deux ans que j'espère pouvoir t'avoir à moi. Quelques semaines de plus ne sont pas grand-chose.

Puis il ouvrit grand les bras et, comme un réflexe, Aria vint immédiatement s'y blottir. Il lui semblait qu'ils avaient été taillés spécialement pour s'enrouler parfaitement autour d'elle. Elle sentait son coeur, affolé depuis le baiser, s'apaiser tranquillement au contact de Benji. Elle laissa son parfum envahir toute son atmosphère, et décida qu'il n'y avait pas d'odeur plus merveilleuse au monde.


Isolé aux tréfonds des terrains de Poudlard, à l'abri des regards indiscrets, le petit groupe de soutien s'était réuni pour la dernière fois avant les vacances de Noël. Alors que l'échauffement se déroulait dans la bonne humeur, Aria s'était assise sur une souche d'arbre et observait les participants au cours, le sourire aux lèvres. De temps à autres, elle s'attardait sur Benji, qui finissait toujours par tourner la tête vers elle. Alors tous deux rougissaient légèrement et regardaient ailleurs.

Ce petit manège avait été rapidement remarqué par leurs camarades, mais ces derniers firent comme si de rien n'était. Cependant James n'avait pas pu s'empêcher de s'approcher de Will, et de lui glisser :

- Tu comprends ce que je comprends, pour les deux, là ?
- Oh, que oui, avait répondu Will, le sourire aux lèvres. Je suis contente pour eux !
- Moi aussi, avait renchéri le brun à lunettes. Mais… J'en connais un qui sera pas ravi.

Will, peinée, haussa les épaules.

- On y peut pas grand-chose, non ?
- Non, et puis c'est pas à nous de faire quoi que ce soit. Je pense pas qu'il s'en rende bien compte, de toute manière.
- C'est vrai…
- Enfin, je pense que ce n'est qu'une question de temps. Quand ces deux-là seront plus explicites devant tout le monde, notre petit Patmol risque de passer de sales moments.

Sa camarade coula un regard attristé vers Aria, qui riait aux éclats à une blague de Marlene.

- C'est bizarre, mais je crois que j'ai toujours eu l'impression, au fond, qu'ils finiraient ensemble à force de se crier dessus. Je suis contente qu'elle ait trouvé Benji, mais…
- … Ça semble pas normal, finit James en hochant la tête d'un air entendu.

Après une heure, l'ambiance était mélangée entre travail et plaisanteries. Tous s'amusaient à conjurer des sorts de plus en plus absurdes, et bientôt des boules de neige enchantées se mirent à voler dans les airs. Une bataille fit bientôt rage, et les élèves, riant aux éclats, redoublaient d'imagination pour se terrasser les uns les autres. Le groupe s'était scindé en deux de manière presque naturelle, et Aria se retrouva avec toutes ses camarades féminines à se battre contre les garçons. Alors qu'elles étaient attaquées avec de plus en plus de ferveur, les forçant peu à peu à battre en retraite derrière un gros chêne; Will eut une idée de génie.

- Couvrez-moi ! cria-t-elle à l'intention de ses coéquipières.

Sans leur laisser le temps de comprendre ses intentions, elle sortit de derrière l'arbre et se jeta à corps perdu sur le champ de bataille, esquivant avec habileté une grande majorité des boules qui lui étaient lancées.

- Mais qu'est-ce qu'elle fiche ? s'écria Lily.
- J'en sais rien, répondit Marlene en haussant les épaules, mais ça sert pas mal d'être forte en quidditch, j'ai l'impression !
- Elle nous a demandé de la couvrir, non ? réalisa Aria avec horreur tandis qu'une salve plus importante encore de boules de neige se dirigeait furieusement vers sa cousine.

Les trois jeunes femmes unirent leurs forces et créèrent un charme du bouclier tout autour de la Gryffondor. Se retournant pour faire un clin d'oeil à ses amies, Will leva le pouce en l'air et se mit sur ses gardes. Elle ferma les yeux, et lança un sortilège informulé en visant au hasard. Un rayon de lumière vive s'échappa de sa baguette, et vint frapper une boule de neige qui se dirigeait droit vers elle. Il y eut un éclat de lumière, de la fumée, et un bruit sourd amorti par la neige. Tous avaient cessé de lancer ou de se cacher, et regardaient avec intérêt le petit nuage de fumée qui se dispersait, en attendant de voir quel était l'effet de ce sort qu'ils ne connaissaient pas. Le silence fut transpercé d'un cancanement tandis que les dernières volutes de fumée disparaissaient. Interloqués, tous s'approchèrent de ce qui était apparu à terre à la place de la boule de neige.

- Un canard ?! s'écria James en éclatant d'un rire tonitruant.

Tous étaient si surpris qu'ils se mirent à rire en chœur, tandis que le volatile les regardait avec intérêt tout en se dandinant. Lily, les larmes aux yeux tant elle riait, prit le canard dans ses bras et le caressa; tandis que tous félicitaient Will pour ce retournement de situation imprévisible.

- Quel est ce sort ? demanda Remus entre deux hoquets de rire.
- Anaticula ! Ça transforme tous les sorts que tu reçois en canard, s'exclama fièrement Will.
- C'est génial ! Merveilleux ! Trop drôle ! répondirent ses amis dans un concert de compliments.
- Un sort à noter, Lunard, glissa James à son ami en lui donnant un coup de coude.
- T'inquiètes pas, je vais le retenir ! Tiens, essayons tout de suite, lance-moi un sort !

James ne se fit pas prier, et d'un geste le rayon de son sortilège fut automatiquement contré, se transformant ainsi en canard.

- J'adore ! criait James, qui semblait avoir cinq ans en sautant partout. Encore !

Il lançait des sortilèges çà et là, que Remus et bientôt Benji et Marlene s'amusaient à transformer en canards. Bientôt, ils furent entourés d'une vingtaine de canards, tous cancanant avec joie; tandis que tous pleuraient de rire. Aria remarqua que Luca avait profité de l'hilarité générale pour se rapprocher de Will, et lui glisser quelques mots à l'oreille. Cette dernière rougit, et ne lui répondit que d'un large sourire. Aria eut tout à coup le coeur plus léger encore. Si ces deux-là n'étaient pas encore ensemble, ce n'était visiblement qu'une question de temps.

Elle regarda autour d'elle, le soleil tombait lentement sur le champ de bataille enneigé. Ses amis, trempés des pieds à la tête, aux sourires immenses et aux joues rougies par le froid. Le silence était parsemé de leurs rires et des bruits des canards, comme si ces derniers tentaient de répondre aux sorciers. La Serpentard n'aurait pas pu rêver mieux comme après-midi.


Désolée pour ce hiatus de quelques mois, j'ai traversé une sale période de manque d'inspiration... Fichue page blanche !
Bonne année quand même, et merci de me lire :) xx