Après ce jour-là, Kakashi garda un œil sur elle en tout temps. Elle finit par lui avouer ce qu'elle avait ressenti quand Ônoki l'avait appelée « gamine » - ce qu'elle avait ressenti et ressentait toujours depuis qu'ils avaient abattu Kakuzu, Ensui et lui. Le fait de savoir que l'homme était mort ne supprimait pas d'un coup net l'ombre et la menace qui en tout temps semblaient peser sur elle. Il ne pouvait plus lui faire de mal… Mais le mal qu'il avait déjà fait resterait gravé en elle et sur sa peau jusqu'à la fin de ses jours. Elle ne serait jamais vraiment libre.

— Nous sommes tous d'accord ? demanda Mei Terumî à la fin de la dernière journée de débats.

Les quatre autres chefs de guerre acquiescèrent solennellement, tandis que tous les shinobi dans la salle retenaient leur souffle. Mifune les regarda chacun à leur tour puis se leva.

— Il est donc décidé que les cinq Villages Cachés formeront une seule et même armée qui confrontera Kabuto Yakushi, son village et les deux organisations criminelles Crépuscule et Akatsuki. Votre armée se nommera l'Alliance Shinobi. Le Pays du Fer prendra en charge le coût de fabrication de bandeaux frontaux uniques. Vous pouvez à présent vous séparer et rentrer chez vous. Votre armée envahira le Pays des Rizières dans dix-sept jours à l'aube. Aucun mal ne sera fait aux civils qui ne tentent pas de vous barrer la route. Tous les shinobi ennemis pourront être exécutés à vue.

Mifune continua de lister les conditions de l'accord. Hitomi ne s'était pas attendue à ce que tant de détails soient discutés cette semaine-là, mais les clans avaient très bien préparé le terrain et travaillé sans relâche pour forcer leurs villages à s'entendre. Seule la délégation d'Iwagakure ne contenait aucun allié d'Hitomi, des Nara ou de Konoha, mais ils avaient été forcés de suivre. Ils étaient trop fiers pour se laisser exclure d'un effort commun, et trop paranoïaques pour laisser l'occasion aux quatre autres villages de décider de s'allier contre eux à l'avenir.

— Je suis fière de toi, Hitomi-chan, murmura Tsunade en la prenant à part tandis que la salle du Conseil se vidait lentement. Tu peux rentrer au village avec le Dieu de la Foudre, si tu veux.

Hitomi s'inclina légèrement en signe de reconnaissance mais n'accepta pas cette offre, pas exactement :

— Je dois aller quelque part avant de rentrer… Ça devrait me prendre quelques heures, tout au plus. Enfin, si vous voulez, je peux d'abord aller déposer Naruto à Konoha. Il sera moins en danger que sur les routes, comme ça.

Les traits de Tsunade se détendirent, comme si c'était exactement ce qu'elle avait voulu demander sans vraiment oser. Pourtant, la Sannin n'était pas franchement connue pour sa tendance à marcher sur des œufs, que du contraire…

— Ce serait bien, oui, merci. Tu peux y aller, Hitomi-chan. Je ne sais pas ce que tu veux aller faire d'autre avant de rentrer chez toi, mais j'espère que ça se passera bien.

— Ça se passera bien, assura-t-elle avec une conviction qu'elle ne ressentait pas le moins du monde. Ne vous en faites pas, Tsunade-sama, je vous raconterai où j'étais quand ce sera fini.

Elle trouverait bien une excuse pour justifier comment elle avait su où se terrait Madara… Elle trouvait toujours une excuse. Cet art ne lui avait pas une seule fois failli en vingt ans d'existence, et mentir était une seconde nature pour les ninjas. Après s'être inclinée devant sa cheffe de guerre, Hitomi alla rejoindre Naruto et Neji qui discutaient avec Gaara. Elle n'avait pas envie de les interrompre, mais son ventre noué la poussait en avant.

— Tsunade-sama m'a ordonné de te ramener à Konoha, Naruto. Neji, tu veux que je t'emmène aussi ? Gaara…

— Je préfère marcher, ne t'en fais pas, répondit son plus vieil ami avec un doux sourire. J'étais content de vous revoir, Naruto-kun, Neji-san.

Le jeune homme inclina légèrement la tête puis s'éloigna. Il n'était pas assez doué pour cacher à Hitomi la nuance de mélancolie qui s'animait dans son regard turquoise… Mais elle ne pouvait rien faire pour lui. Ils avaient pris la bonne décision en rompant, Naruto et lui. Il devait apprendre à se tourner vers l'avenir, même si c'était dur, même si ça faisait mal.

— Je veux bien rentrer aussi, intervint Neji après quelques secondes de silence. On a encore beaucoup de préparatifs à faire pour…

— … Le mariage, oui, je sais. J'ai hâte d'y être. Venez.

Elle leur tendit les mains et ils en attrapèrent une chacun. Sans perdre de temps, elle attira à l'aide de son chakra la balise posée à l'entrée d'Ichiraku Ramen, bien consciente que son frère entretenait une faim de loup et que Neji se laissait toujours attendrir face aux yeux bleu ciel de Naruto. Son fiancé, son problème – sauf s'il osait le blesser un jour.

— Passez une bonne soirée, tous les deux. Je rentre dans quelques heures, j'ai encore une course à faire.

Elle ne leur laissa pas le temps de répondre avant de disparaître à nouveau, le ventre noué par un mélange d'angoisse et d'anticipation. Elle réapparut à quelques kilomètres de la fameuse caverne, de l'autre côté de la frontière. Son cœur battait la chamade, ses paumes suaient… Elle devait absolument reprendre toute maîtrise d'elle-même avant de faire un pas de plus. Tout en méditant pour forcer son corps à se détendre, à retrouver son calme, elle sonda les alentours à l'aide de son chakra. Personne, si ce n'était la vie normale d'une forêt grouillante de vie.

Quand elle fut à nouveau maîtresse d'elle-même et sûre de son plan, elle franchit la frontière qui la séparait du Pays des Rizières. Elle ne prêta pas attention au paysage ni au soleil qui, en se couchant, parait la forêt de mille nuances de rouge, d'orange et de jaune. Elle avait trop de choses auxquelles réfléchir pour se laisser émouvoir par cette calme beauté, et maintenir ses sens aussi ouverts que possible nécessitait déjà un effort non-négligeable. Quand elle sentit enfin le chakra de Madara, faible, épuisé, elle ne put empêcher un rictus de tordre ses lèvres. Enfin, elle arriva en vue de la grotte…

Et débarqua à l'intérieur à l'aide d'un Shunshin qui largua sur le déserteur comme sur elle six kilogrammes de paillettes soigneusement récoltées et mises de côté au fil des ans. Il laissa échapper une exclamation outragée mais ne tenta pas de se lever ; il avait vraiment l'air usé jusqu'à la trame. Elle se tenait devant lui, le tranchant de son sabre dégainé attrapant la faible lumière jetée par une unique bougie, et rien n'aurait pu plus les opposer. Elle, elle représentait la guerrière au summum de sa vitalité, de sa puissance et de sa détermination. Lui…

— Je peux t'offrir mieux que ça, dit-il d'une voix rauque.

Cela la prit de court, si bien qu'elle ne parvint pas à l'empêcher de rencontrer son regard. Ce n'était pas ses Sharingan – il était sans doute devenu trop faible pour les utiliser – mais elle se sentit emportée dans une illusion aussitôt. Elle aurait résisté, si le tableau dépeint sous ses yeux n'avait pas correspondu si exactement à ce à quoi elle aspirait : Ensui, Shikano, Itachi et tous ses amis rassemblés autour d'elle, assis sur l'herbe le temps de partager un paisible pique-nique. Elle se figea, son souffle coincé dans la gorge comme un bloc de glace. La paix qui se dégageait de ce tableau…

— Tout ça peut être à toi, murmura la voix de Madara contre son oreille. Une paix infinie et éternelle auprès de tous les gens que tu aimes. Je peux te l'offrir, Hitomi Yûhi, si tu me laisses faire. J'ai encore assez de force dans cette vie pour te faire cadeau d'une illusion qui t'offrirait le contentement que tu ressens en ce moment.

Elle réalisait soudain pourquoi tant de gens l'avaient suivi. Une larme roula sur sa joue, et ce n'était… Ce n'était pas de la tristesse qui la faisait pleurer. Non, c'était la petite forme blottie dans les bras d'Itachi, qui avait les cheveux de sa mère et les traits nobles de son père. Leur fille. Ses lèvres tremblèrent. Pendant une seconde au goût d'éternité, elle se laissa tenter, parce qu'elle en avait désespérément besoin, parce que c'était tellement, tellement facile.

Que n'aurait-elle pas fait par amour pour eux, pour eux tous ?

Elle sortit de l'illusion dans une torsion brutale de chakra, le Murmure rugissant dans ses méridiens. La force cruelle qui dormait en elle annihila l'influence du formidable guerrier comme on chasse une mouche, lui rappelant toutes les vies qu'il avait à jamais détruites ou souillées de son influence. C'était sa faute si Itachi avait détruit son clan pour sauver son frère. Sa faute si Sasuke se trouvait encore sous le joug d'un maître cruel. Sa faute si dans peu de temps elle irait à la guerre sans certitude d'en ressortir vivante.

Sa faute si elle avait vu le corps immobile et sans vie de sa mère devant elle.

Elle lui trancha la gorge d'un mouvement si vif que l'air déplacé par son sable suffit à souffler la bougie, les traits pris dans un masque impassible. Il s'effondra avec un gargouillement surpris, son sang aspergeant le visage, les cheveux, les vêtements de sa meurtrière, et elle observa. Elle observa le trépas de l'un de ses plus terribles adversaires d'un regard détaché et cruel, parce qu'il ne méritait pas le moindre égard pour avoir osé essayer de la tromper, de la détourner de la route qu'elle s'était choisie avant même de savoir réellement parler.

— Qu'est-ce qui vous a fait penser, à Nagato et vous, qu'il y avait la moindre chance que j'abandonne ?

Le cadavre ne répondit pas à sa pique pleine de fiel. En silence, elle commença à récolter toutes les possessions de Madara. Il n'avait pas eu grand-chose sur cette terre oubliée des dieux, seulement une liasse de documents et de quoi survivre – et encore. Sous son futon à moitié défoncé, elle trouva un sabre qu'elle reconnu comme l'un de ceux qui se transmettaient dans le clan Uchiha des parents aux enfants. Quelle satisfaction ressentirait-elle si elle l'offrait à l'enfant qu'elle avait vue dans la dernière illusion de Madara ? Elle l'empocha sans se poser une question de plus.

Elle ne se demanda pas non plus pourquoi Madara s'était trouvé seul et sans défense dans cette grotte, parce que c'était ce qu'elle aurait fait à sa place : elle se serait cachée à des lieues et des lieues de toute civilisation pour y périr en attendant que Kabuto la ramène à la vie… Mais il aurait besoin du corps pour cela. Les capacités de Madara, comme le Sharingan et le Susanoo, n'étaient pas compatibles avec n'importe quel macchabée, malgré l'incroyable pouvoir de l'Edo Tensei. Envahie par une sombre satisfaction, la jeune femme enferma le cadavre dans un sceau de stockage qu'elle rangea hors d'atteinte dans l'une des lignes d'encre gravées sur sa peau. Qu'il vienne le chercher.

Elle passa encore dix minutes dans la grotte, juste assez de temps pour poser des sceaux qu'elle avait créés avec son maître et ses élèves en tête. Elle avait l'impression de les avoir à ses côtés, de sentir leur chakra contre le sien – l'ancienne et la future génération. Quand elle revint à l'air libre, une légère bruine rafraîchissait l'air. Elle lui offrit son visage pendant quelques instants, concentrée sur la régularité de son souffle comme si elle craignait que même cela lui échappe.

Quand elle se sentit relativement en paix avec elle-même, elle se baissa et injecta son chakra dans l'immense sceau qu'elle avait dessiné. La grotte explosa sur elle-même et s'affaissa, la roche aussitôt rongée par une vague d'acide. Ainsi, toute trace de Madara disparaîtrait – même si, elle devait l'admettre, cela la frustrait un peu de détruire l'endroit où elle s'était cachée avec Sai, des années plus tôt, pour une convalescence bien nécessaire.

Avec un petit soupir, elle laissa le brasier derrière elle et saisit la balise posée sur le portail qui délimitait son jardin. Elle apparut déjà une main sur le portillon et eut un léger mouvement de recul quand elle réalisa qu'Itachi n'attendait pas seul à la maison : Naruto se trouvait avec lui. Lui avait-il raconté le déroulement du Gokage ? Les deux jeunes hommes s'étaient rapprochés au fil des années. La rancœur que le jinchûriki avait pu ressentir à l'égard de l'ancien déserteur pour toute l'affaire entourant les Uchiha s'était lentement atténuée quand il avait vu le comportement d'Hitomi autour de lui. Elle avait l'air heureuse… Et même si Naruto était le petit frère, il accordait une grande importance au bonheur de sa sœur aînée.

— Ah, Hitomi-nee, je voulais justement te deman… Hum… Tu sais que tu es recouverte de paillettes ?

Elle baissa les yeux sur ses mains, ses bras, et réalisa que son corps tout entier devait avoir subi le même sort. Pour la peine, elle espérait que les paillettes suivraient Madara jusque dans l'au-delà et le ridiculiseraient à jamais.

— C'est une métaphore de ma brillante personnalité, répondit-elle d'un ton pince-sans-rire tout en rentrant dans le salon. Je vais aller me doucher avant d'en mettre partout dans la maison…

— Trop tard pour ça, marmonna Naruto.

— … et ensuite on pourra discuter de pourquoi tu es ici et pas dans les bras de ton fiancé, là, maintenant.

Elle ne lui laissa pas le temps d'ajouter quoi que ce soit avant de s'éclipser à l'étage. La douche lui fit un bien fou, même si elle allait devoir embaucher une équipe Genin pour gérer le carnage dans la salle de bains. Cela les formerait, de toute façon. Elle avait eu son lot de canalisations à déboucher avec du chakra, de chats perdus et de champs à labourer quand l'Équipe Sept existait encore… Et comme cette époque lui manquait. La douce camaraderie qui l'avait unie à ses frères adoptifs n'était plus qu'un souvenir. Un jour, peut-être, ils seraient à nouveau réunis. Tout dépendait de ses choix durant les prochaines semaines.

Quand elle redescendit, Naruto et Itachi s'affairaient à la préparation du repas. Elle discuta avec son petit frère du problème terriblement pressant d'une livraison de fleurs qui n'arriveraient pas à temps – elle lui conseilla d'envoyer une équipe Genin les chercher dans le village de la Forêt du Feu où elles étaient temporairement bloquées – et ils partagèrent tous les trois un repas paisible et agréable. Son époux sembla remarquer le fil ombrageux soigneusement dissimulé dans son humeur ce jour-là. Il avait appris à lire la tension qu'elle dissimulait pourtant si bien, la manière dont ses sourires n'illuminaient pas tout à fait ses traits. Naruto, lui, n'avait jamais un tel niveau d'observation et de discernement.

Dès le lendemain, Hitomi s'assura que tout était prêt. Comme il était attendu quand deux villages se rendaient à la guerre, Kabuto avait été prévenu des intentions belliqueuses des cinq grandes puissances – il l'aurait su de toute façon, d'une manière ou d'une autre. Cela lui laissait largement le temps de préparer tous les coups tordus possibles et imaginables – s'il ne les avait pas déjà organisés depuis des années. Heureusement, Hitomi n'était pas en reste durant ce processus… Cela dit, elle ne s'attendait pas à la nouvelle que Tsunade lui annonça deux jours avant le départ.

— Hitomi-chan, tu dirigeras l'un des bataillons de notre armée commune. Les autres chefs de guerre, à l'exception d'Ônoki, ont tous donné leur accord.

— Mais je suis…

— Jeune ? Sans expérience de la guerre ? Je sais, Hitomi-chan… Mais tu es aussi une meneuse d'hommes exceptionnelle. Tu avais déjà des qualités en la matière quand on s'est rencontrées, mais ton père s'est assuré de cultiver cette fibre en toi, et je n'aurais jamais cru qu'il réussirait à ce point.

Comme à chaque fois que quelqu'un complimentait Ensui en sa présence, la jeune kunoichi se redressa avec fierté. Toutefois, son ventre venait de se nouer en une boule d'angoisse que rien ne déferait.

— Et puis, tu ne seras pas la plus jeune. Gaara-sama va également diriger un autre bataillon. Je veux juste que tu aies un peu de temps pour te faire à l'idée.

— De quoi serai-je chargée, dans ce cas ? demanda-t-elle d'une voix qui tremblait à peine.

— L'assaut brut et frontal. Chaque village te donnera cinquante de ses meilleurs guerriers de première ligne à diriger. Kakashi aura également sous son commandement un bataillon doté du même but que le tien. Vous formerez notre avant-garde et votre rôle sera de créer le plus de dommages que possible lors de la rencontre des armées. Ensuite, vous vous séparerez et tuerez autant de combattants en un contre un qu'il vous sera possible.

Hitomi déglutit puis acquiesça, le regard rempli de détermination. Un mince sourire apparut sur les lèvres de Tsunade, qui avait semblé l'évaluer tout au long de cet entretien. Tant mieux, si elle aimait ce qu'elle voyait.

— Bien. Voici la liste des gens que tu dirigeras. Regarde leurs compétences aux différents Bingo Books et organise-toi en conséquence. Tu peux te retirer.

Après s'être inclinée et avoir remercié Tsunade, Hitomi sortit du bureau, la liste en main. Deux cent cinquante personnes à diriger… Probablement tous des Jônin, vu le rôle qu'ils joueraient dans la bataille. Avec un peu de chance, tout serait fini en quelques jours. Sans quitter la liste des yeux, la jeune femme s'élança sur les toits de Konoha et commença à courir. Elle trébucha presque quand elle deux noms bien particuliers qui se suivaient sur cette liste, vacilla et faillit ne pas retrouver son équilibre à temps.

Itachi.

Ensui.

Sa détermination grandit encore, si c'était possible. Hors de question qu'elle laisse quoi que ce soit leur arriver. Elle plissa les lèvres, contint la vague d'humeur qui voulait s'emparer d'elle ainsi que le Murmure qui tiraillait et grondait dans ses méridiens, puis poursuivit sa route. Avait-elle cru un seul instant qu'ils resteraient en arrière durant un évènement de cette ampleur ? Non, bien sûr que non. Elle devrait juste s'assurer que rien ne leur arrive – et exercer son autorité sur le bataillon tout entier pour s'assurer que les shinobi d'autres villages ne s'en prennent pas à eux.

Quand il la vit arriver, Itachi sut immédiatement qu'elle avait découvert ce qu'il lui cachait depuis quelques jours. Pour un shinobi, il détestait garder des secrets. Cela ne l'étonnait pas, en ce qui concernait Hitomi : la dévotion qu'il éprouvait pour elle ne connaissait que très peu de limites. Il aurait, sans hésiter, déposé sa vie entre ses mains… L'avait même déjà fait, si l'on considérait leur correspondance quand il servait encore l'Akatsuki comme tel.

— Je suis désolé, murmura-t-il sans tout à fait rencontrer son regard. Je ne savais pas comment te le dire.

Elle hésita un instant face à son aveu, puis un petit sourire se forma sur ses lèvres et elle inclina légèrement la tête.

— Ne te flagelle pas éternellement là-dessus, Itachi. Je serai soulagée que tu sois à mes côtés.

Il tendit la main, lui caressa le premier et remonta le long de son bras. Le geste, léger comme un soupir, lui arracha un délicat frisson. Elle avait besoin de lui – besoin de lui à plus de niveaux qu'elle ne le comprenait vraiment. Elle se secoua néanmoins, forçant ses pensées à se détourner de l'amour constamment teinté de désir qu'elle éprouvait pour lui. Elle devait travailler… Ce n'était pas le moment d'embrasser la tentation qu'il lui offrait en toute connaissance de cause.

— Tsunade-sama m'a nommée cheffe du bataillon dont tu feras partie avec mon père et beaucoup d'autres. On sera chargés d'attaquer de front.

— Elle m'a dit qu'elle me prendrait parmi les attaquants en première ligne, ça ne me surprend pas. Tu as beaucoup d'invocateurs dans cette liste, non ?

Après un instant de surprise, Hitomi réalisa que c'était le cas. Tout cela ne ferait qu'ajouter de la puissance brute à la partie de l'armée qu'elle dirigerait. Elle comptait bien inviter ses chats à se mêler de cette affaire à leur tour : ils ne refusaient jamais un combat, surtout à ses côtés. Et les dommages qu'un félin géant pouvait infliger sur un champ de bataille… Rien que d'y songer, elle frémissait d'excitation.

— Dommage que la situation ne soit pas assez grave pour appeler Aotsuki-sama et sa génération… Mais peut-être que Grand-Père acceptera de les appeler pour moi.

— Il s'est engagé ? Mais il est…

Trop vieux, bien trop vieux et trop fatigué. Hitomi acquiesçait sans réserve aux mots que son époux n'avait pas osé prononcer, mais elle comprenait. Elle comprenait parce qu'elle avait vu Mamoru mourir pour elle des années plus tôt à Kirigakure, parce qu'Ensui aurait sans doute fait le même choix que Shinku si les deux hommes avaient eu le même âge. Heureusement, son père était encore bien assez énergique, vif et retors pour survivre à une bataille d'une telle ampleur.

— Est-ce que ça te dérange si je mange dans mon bureau ce soir ? Je dois vraiment…

— Pas de problème, répondit Itachi d'une voix tendre. Tu dois travailler, c'est le plus important.

Après avoir acquiescé distraitement, Hitomi se retira dans son bureau. Elle voulait absolument avoir fini tout ça le soir-même ; le lendemain, Naruto se mariait, et le jour d'après, les forces de Konoha partaient à la guerre. Seul un minimum essentiel de soldats resterait au village pour le protéger – certains départements en feraient partie, notamment celui de Cryptage et Décodage, dont les membres n'avaient pas une formation suffisante au combat. De toute façon, vu leurs connaissances, ils ne pouvaient même pas sortir du village. La capture signifiait le suicide.

Le lendemain matin, Hitomi cacha ses cernes sous une solide couche de maquillage, enfila la sublime robe bleu roi achetée avec Naruto. Elle fit grogner Itachi de désir quand il vit la profondeur de son dos-nu, arrachant un petit rire mutin à son épouse cruelle. Plus tard, elle le laisserait la lui enlever, et s'il se montrait imaginatif quant à la méthode… Elle se secoua avant de se laisser totalement emporter sur les vagues de ses fantasmes, s'accrocha au bras de l'ancien déserteur et le laissa l'escorter jusqu'à la salle de fêtes réservée pour l'occasion.

Tout le village semblait vouloir s'entasser à l'intérieur ; apparemment, quelque part pendant l'attaque de Nagato, Naruto était devenu un héros. Cela dit, il y avait encore assez de place pour qu'elle se faufile juste derrière son frère et croise un instant le regard amusé de Tsunade, qui officierait ce jour-là. La cheffe de guerre ne se chargeait pas de tous les mariages, loin s'en fallait, mais elle faisait toujours une exception pour les shinobi qu'elle affectionnait particulièrement. Si elle avait pu épouser Itachi dans les règles traditionnelle, Hitomi savait que la Sannin se serait chargée de cette cérémonie également.

Ce fut rapide, discret et chargé de tendresse. Les Hyûga avaient fait pression pour essayer d'obtenir un mariage pompeux, grandiloquent, mais personne, jamais, ne faisait plier Naruto. Pour le jinchûriki, qui avait longtemps vécu privé d'amour, ce sentiment devait primer sur les apparences et le faste, surtout pour une cérémonie aussi importante… Et la journée devait appartenir aux mariés plutôt qu'à leurs familles et amis.

Hitomi savoura cette dernière étincelle de bonheur avec avidité. Son cœur s'emballa tandis qu'elle voyait Neji se pencher sur Naruto et l'embrasser tendrement. Elle déplaça son poids sur sa jambe gauche, le mouvement tout juste suffisant pour que son bras effleure celui d'Itachi. Il l'enlaça aussitôt ; lui aussi percevait l'étrange tension dans la salle, comme si l'univers autour d'eux retenait son souffle. Elle mêla sa voix à celle de ses camarades quand les nouveaux mariés s'éclipsèrent, leurs acclamations conjointes vibrant dans l'air immobile et tiède. Après cela, elle alla se coucher sans attendre, laissa son époux l'emporter dans un univers en paix.

Elle laissait la guerre au lendemain.