Cela faisait des heures que la bataille avait commencé, si bien qu'Hitomi avait dû ouvrir ses sceaux de stockage de chakra. Ses bras ne brûlaient pas encore – ils avaient été endurcis par la pression perpétuelle à laquelle elle les soumettait. Ses camarades, en revanche, fatiguaient régulièrement : l'Alliance avait organisé un système de roulement et l'ennemi semblait avoir eu la même idée, hélas. Les combats ne s'arrêtèrent pas alors que le soleil caressait l'horizon ; ils se poursuivraient sans doute dans la nuit.
Elle savait qui était le prochain sur sa liste : Zetsu. Elle possédait des informations le concernant grâce à Itachi : il ne pouvait se dédoubler qu'à la nuit tombée, et en volant le chakra d'autres shinobi, comme elle le faisait avec le Murmure. Le crépuscule approchait sérieusement, si bien qu'il était temps pour elle de se lancer à sa recherche… Et juste comme elle sondait le champ de bataille d'un œil acéré, elle sentit l'un des sceaux de protection des jinchûriki se mettre à brûler au cœur de ses méridiens, l'appel clair comme le jour.
Fû.
Elle resta interdite devant son ancienne amante, dont le regard envahi d'une souffrance inouïe la transperçait comme un poignard. Elle n'était même pas censée se trouver là… Comment avait-elle su que l'Alliance se préparait à l'assaut ? Était-ce Takigakure qui l'avait envoyée ? Contenant à grand peine les élans furieux du Murmure à l'intérieur d'elle, Hitomi écarta les mains de la réceptacle de la plaie béante sur son ventre et commença à y injecter du chakra médical sans se soucier des combats autour d'elle, le cœur battant à toute allure.
— A… Arrête… L'homme-plante…
Une fureur bouillonnante envahit les veines d'Hitomi, lui dérobant tout sens commun. Elle écarta ses mains de la plaie de Fû, lui caressa la joue une dernière fois, lui embrassa le front en guise d'adieu. Elle ne pouvait plus rien pour elle, pas avec une blessure si terrible que même son démon ne parvenait pas à la refermer. Elle ne dit pas les mille regrets qui l'envahissaient à l'idée de ne jamais lui avoir offert ce qu'elle voulait, la tendresse et la dévotion qu'elle aurait pourtant pu lui accorder si elle avait pris le temps de souffler à Takigakure plutôt que de déjà penser aux prochains démons.
Elle se redressa lentement, le geste délibéré et chargé de colère l'amenant à voir Zetsu pour la première fois en chair et en os. La moitié gauche de son corps était parfaitement blanche, et l'autre noire, sans trait humain de ce côté de son visage. Elle aurait dû ressentir de la frayeur… Mais le sang de Fû se trouvait toujours frais et humide sur ses mains. Elle avança vers lui, son ombre ondulant sous elle par la simple impulsion de sa colère.
— Hitomi Yûhi, nous nous rencontrons enfin, salua-t-il d'une voix sans âge.
Elle ne savait quelle abomination exactement lui avait donné le jour – seulement que cette fin d'histoire raconté par Kishimoto, qui impliquait une déesse et le fruit primordial à la source de tout chakra, n'était qu'une fable. Peut-être le mangaka, sous pression de continuer une histoire qu'il aurait aimé finir bien plus tôt, avait-il perdu la connexion qui lui permettait de retranscrire les contes et légendes d'une autre dimension. Elle ne savait pas, mais elle poserait la question à l'Ermite Rikudô quand elle le reverrait dans l'au-delà.
— Je dirais bien que c'est un plaisir de vous rencontrer, mais à quoi bon mentir ? Vous serez bientôt rayé de la surface du continent, de toute façon.
Il répondit d'un petit ricanement qui lui écorcha les oreilles et se jeta sur elle. Elle esquiva son assaut avec l'aisance de l'habitude, riposta à l'aide de son sabre, puis se perdit dans le rythme déjà bien établi du combat. Elle n'avait que rarement affronté sérieusement des adversaires de cette trempe. Il absorbait ses techniques ninjutsu avec la partie noire de son corps : dès qu'elles entraient à leur contact, c'était comme si elles n'avaient jamais existé. Hitomi commença à ajouter ses projectiles explosifs favoris au combat, essayant de lui faire perdre pied, de le prendre de court.
Enfin, elle parvint à se rapprocher à une distance assez courte pour pouvoir se servir de son sabre. Il bougeait bien, était plus rapide qu'elle, mais ses techniques semblaient limitées à l'aspect défensif, et elle connaissait son taijutsu par cœur. Était-ce Madara qui le lui avait enseigné ? Peu importait d'où Zetsu venait : il se battait comme un Uchiha, et elle avait affronté Sasuke des milliers de fois durant leurs entraînements. Ils n'étaient alors que des Genin, mais ils avaient grandi… Et après cela, elle avait commencé à s'entraîner très régulièrement avec Itachi, lui aussi un Uchiha.
— Je comprends pourquoi Kakuzu te haïssait tellement, grogna le nukenin quand elle esquiva un coup de pied qui lui aurait brisé la rotule. Tu es une véritable plaie.
— C'est l'une de mes plus grandes qualités.
Elle ne savait pas à quoi elle jouait, à titiller de la sorte un déserteur qui, dans quelques minutes, pourrait se multiplier à loisir et la déborder. À chaque instant, la lumière déclinait. Elle devait absolument en finir avant le crépuscule si elle voulait survivre. Au moins, ses alliés semblaient avoir compris qu'elle ne voulait pas d'eux dans ce combat : ils ne feraient que la distraire. Elle se téléporta juste à temps pour éviter un coup mortel, laissant un petit nuage de paillettes dans son sillage. Il jura, outragé, et elle profita de sa distraction en allongeant son ombre, qui s'enroula autour de sa jambe gauche, du côté blanc. Elle l'avait cloué sur place.
— Oups. On dirait que j'ai gagné…
Il n'eut pas le temps de répondre qu'elle lui abattait un parchemin couvert de lignes d'encre sur la figure. Une expression de surprise se peignit sur ses traits juste avant qu'elle active son sceau, lequel l'aspira immédiatement dans ses limbes. Essoufflée et recouverte d'un fin voile de sueur froide, elle se baissa, réenroula la longue langue de papier et l'enflamma d'une étincelle de chakra Katon. Elle n'était pas capable de quoi que ce soit de plus avec cette affinité, mais même cela suffit à embraser le parchemin, qui fut réduit en cendres juste à l'instant où le soleil disparaissait derrière l'horizon.
— Essaye de sortir de là, pour voir.
Elle retourna auprès de Fû, les mains tremblantes. Elle savait ce qu'elle trouverait là – l'avait sentie mourir, avait senti son démon s'échapper et disparaître, sans doute pour retourner à sa tanière ancestrale sur les terres aux alentours de Takigakure. Les yeux orange et grand ouverts de l'ancienne jinchûriki semblaient si différent sans l'étincelle de malice qui les avait éclairés en permanence de son vivant… D'une main douce, Hitomi lui ferma les paupières avant de la soulever dans ses bras. Elle la sécurisa dans son étreinte puis se téléporta à nouveau jusqu'au camp de l'Alliance.
Une tente avait déjà été dressée pour les morts. Elle ne s'était pas attendue à un tel nombre ; son cœur se serra tandis qu'elle contemplait les rangées de cadavres déposés sur des draps parce qu'aucune dignité supplémentaire ne pouvait pour l'instant leur être accordée. Hitomi déposa Fû entre un shinobi d'Iwagakure et un Chûnin de Konoha qui avait souvent travaillé pour le département Torture et Interrogatoire. Elle connaissait tant de ces visages… Pourtant, rien ne l'aurait préparée à ce qu'elle ressentit quand elle reconnut son grand-père, près de l'entrée.
Elle pinça les lèvres et réprima un sanglot tout en s'agenouillant devant lui. Il avait l'air si paisible, à l'exception de la perforation tout près de son coeur… Elle lui caressa le sommet du crâne, s'attendant presque à ce qu'il ouvre les yeux et lui ordonne de cesser ce genre de manifestations d'affection en public. Il n'avait jamais été très chaleureux, mais elle n'avait pas douté un seul instant depuis sa naissance qu'il tenait immensément à elle. Sans lui, elle aurait été perdue à l'éveil du Murmure… Et il n'avait même pas vécu assez longtemps pour voir son clan renaître de ses cendres comme il l'avait espéré. Elle lui embrassa le front une dernière fois en guise d'adieux, se leva et quitta la tente.
Il lui fallait bien un point de départ : elle activa la balise qu'elle avait donné à Itachi et le rejoignit, se mêlant avec le naturel de l'habitude du combat qu'il menait contre trois adversaires. Ils s'étaient tant entraînés à maîtriser cette manœuvre particulièrement dangereuse pour Hitomi, qui arrivait à l'aveugle dans une situation inconnue, qu'à présent leurs positions s'ajustaient l'une à l'autre naturellement et que l'ancien déserteur se tenait toujours prêt à ce qu'elle débarque sans prévenir.
— Tout va bien ? lui demanda-t-il quand ils eurent quelques secondes de paix sur le champ de bataille.
— Mon grand-père est mort.
Elle ne parvenait pas à regarder Itachi, pas en lui annonçant une chose pareille. Il avait rencontré Shinku Yûhi plusieurs fois ces dernières années, mais les deux hommes n'avaient jamais développé de véritable proximité. Hitomi le comprenait tout à fait : son grand-père était un homme dur et fier. Même si le mariage de sa petite-fille l'avait satisfait, il n'accueillait pas le dernier ajout à la famille avec chaleur. À présent il était trop tard. Trop tard pour bien des choses.
— Tu auras le temps de le pleurer plus tard, lui rappela Itachi d'une voix douce. Nos alliés ont besoin de nous.
Hitomi jeta un regard désabusé autour d'elle. Ils menaient la bataille, oui, mais de peu. Si elle s'en allait maintenant, même pour se reposer… L'Edo Tensei n'avait pas eu lieu. En débarrassant le terrain de Kabuto, elle avait sans doute annihilé cette possibilité. Mais si elle s'en allait maintenant, la balance risquait de pencher en faveur de l'ennemi, qui ne s'était pas désuni malgré la mort de son chef de guerre. Qui avait pris sa place ? Sans doute Obito Uchiha, l'ancien coéquipier de Kakashi que tous croyaient mort. C'était la seule possibilité. Hélas, elle n'avait pas la moindre idée d'où il se trouvait, et même avec le Dieu de la Foudre et le Shunshin, elle ne se voyait pas capable de se téléporter derrière les lignes ennemies.
— On y retourne, alors. Allons montrer à ces chiens de quoi les Yûhi sont faits.
Itachi, qui portait ce nom lui aussi depuis qu'il l'avait épousée, répondit à sa détermination retrouvée d'un mince sourire. Il la préférait ainsi, farouche, féroce et vaguement cruelle, surtout au milieu d'une bataille. Elle serait moins vulnérable, plus forte. Il se rejeta au combat aux côtés de son aimée, et ensemble ils creusèrent des torrents de feu et de sang dans les lignes ennemies, abattant autant de shinobi que possible. Parfois, ils intervenaient dans les affrontements de leurs alliés pour les aider à venir à bout d'un ennemi. Parfois, ils arrivaient trop tard : ce fut comme ça qu'Hitomi trébucha sur le corps de Chôji, qui avait roulé sur le ventre.
— Non, murmura-t-elle d'une voix tremblante.
Elle le retourna et dut fermer les yeux pour s'empêcher de pleurer. Il avait fait partie de ses tous premiers amis, et Shikamaru l'aimait tant… Itachi créa un cercle sécurisé autour d'elle à l'aide de ses techniques Katon – elle ne sentait même pas la chaleur qui vaporisait pourtant instantanément les larmes sur ses joues et lui brûlait les bras. Quand il eut un instant entre deux ennemis, l'ancien déserteur s'agenouilla aux côtés de son épouse.
— Emmène-nous jusqu'au camp, d'accord ? Qu'il repose aux côtés de gens qui le connaissaient et l'aimaient.
Ce ne fut que grâce à la tendresse de sa voix, grâce à la douceur avec laquelle il lui prit la main, qu'elle parvint à garder les idées claires. Elle souleva Chôji dans ses bras malgré leur différence de stature et de poids ; Itachi comprit sans qu'un mot soit échangé que son aide n'était absolument pas la bienvenue en la matière. Elle devait le faire seule, elle qui l'avait connu et avait laissé les aléas de leurs carrières respectives les éloigner l'un de l'autre.
Encore une fois, elle déposa un ami parmi les morts, et encore une fois elle découvrit un visage auquel elle s'était attachée parmi ceux qui avaient été ramenés là auparavant. Chôjûrô, le coéquipier d'Haku et Suigetsu durant la rébellion qui avait placé Mei à la tête de Kirigakure, se trouvait allongé entre deux guerriers de son village qu'Hitomi n'avait jamais vus. Son corps était recouvert jusqu'au menton sous un drap noir que la jeune femme ne songea même pas à soulever – elle savait que ce qu'elle y verrait serait plus dégradant qu'une simple blessure mortelle et préférait garder de son ami l'image de ses traits paisibles jusque dans la mort, rien de plus.
Itachi resta avec elle tout du long. Il la soutint quand elle sortit de la tente, une expression de souffrance difficilement contenue sur les traits, et s'effondra quelques pas plus loin pour vomir. Elle le sentit lui retenir les cheveux en arrière, lui frotter le dos en cercles réconfortants. Elle ferma les yeux, se concentra sur son contact, son chakra. Elle avait déjà vu tant de morts que sa propre réaction la surprenait un peu… Mais c'était ses amis qu'elle voyait tomber si nombreux autour d'elle. Sa famille. Et si sa mère… son père… non, elle ne pouvait se permettre d'y penser, pas si elle voulait conserver sa santé mentale.
— Il est temps qu'on prenne une pause, tous les deux, murmura Itachi d'une voix douce. Juste quelques heures, d'accord ?
Elle acquiesça et se persuada dans le même élan qu'elle n'acceptait que pour qu'il se repose, lui. Elle, elle n'avait pas vraiment besoin de ça, mais il n'avait pas le même sceau qu'elle, ni le Murmure pour intervenir en cas de besoin et lui donner une puissance supplémentaire. Ainsi, elle parvenait à chasser la culpabilité qui menaçait de l'étrangler lentement à l'idée de ne pas se trouver au combat. Tsunade la voulait sur le champ de bataille aussi souvent et longtemps que possible, mais elle avait besoin de pauses.
— Trois heures, ça te va ? demanda-t-elle d'une voix dangereusement creuse.
Son époux hocha la tête, le regard tendre, et l'emmena jusqu'à une tente vide pas trop éloigné du poste de commandement. Ils croisèrent Shikaku, mais l'homme se contenta d'observer les traits tirés de sa nièce sans un mot. La rumeur de ce qu'il s'était produit avec Sasuke s'était déjà répandue à travers l'Alliance comme une traînée de poudre. Ils devraient avoir une sérieuse discussion à ce sujet… Mais pas maintenant. Pas quand elle semblait à deux doigts de s'effondrer.
Les yeux d'Hitomi se fermèrent à l'instant où elle posa la tête sur le futon qu'elle partagerait avec Itachi, mais elle ne s'autorisa pas à dormir. Elle serait trop fatiguée si elle faisait une sieste de cette longueur : elle préférait méditer dans sa Bibliothèque, limiter pendant ce précieux laps de temps le passage du chakra dans les méridiens de ses bras et espérer que cela suffise. Son souffle ralentit, s'approfondit, jusqu'à ce qu'elle semble dormir.
Elle n'avait passé que deux heures dans son sanctuaire mental quand des bruits de pas plus prononcés qu'avant autour de sa tente lui firent ouvrir l'œil. Itachi se levait déjà pour aller voir ce qu'il se passait et elle le suivit, sur ses gardes. Elle reconnaissait ces sources de chakra, même s'il ne s'agissait pas de shinobi de Konoha : elle les avait croisés durant le Gokage, même si ces ninjas appartenant à Kumogakure n'avaient pas fait partie des élus autorisés à suivre leur Raikage dans la Salle du Conseil.
— Yûhi-san, Uchiha-san, le centre de commandement vous demande de toute urgence !
Son esprit s'accrochait encore aux souvenirs enchanteurs des rêves qu'Itachi avait insufflés à ses songes, mais ce n'était plus le moment de rêver. Elle s'empara de son tantô et suivit son époux jusqu'au poste de commandement. Elle avait la chair de poule, son corps tout entier vibrant d'anticipation. Elle n'aimait pas se battre – pas comme ça, en tout cas, pas à une telle échelle. Soudain, les raisons qui avaient poussé l'aîné des Uchiha à rechercher la paix avant toute chose lui semblaient si profondément sensées… Malgré tout, elle donnerait le meilleur d'elle-même à son village, à l'Alliance.
— Hitomi-chan, justement la personne que je voulais voir.
Tsunade avait l'air épuisée, mais le sceau sur son front n'était pas encore rompu, ce qui signifiait qu'il lui restait encore assez d'énergie pour ne pas tomber dans ses derniers retranchements. Cela dit, elle avait trois médics presque égales à elle-même en termes de talent pour l'assister – d'aucuns prétendaient même que Sakura l'avait dépassée – et des centaines de soldats formés aux arts médicaux capables de gérer la plupart des blessures. Shikaku, à côté d'elle, n'avait pas si fière allure : les traits du chef de clan étaient tirés au possible et ses yeux profondément enfoncés dans leurs orbites étaient injectés de sang. Avait-il vu Chôji ? Cette pensée faisait trop mal pour qu'Hitomi s'y attarde.
— Que se passe-t-il, Tsunade-sama ? demanda Hitomi d'un ton pressant.
— L'Edo Tensei a été activé. Nous pensions le risque disparu après la mort de Kabuto… Nous nous trompions. Ils ont rappelé des centaines de shinobi de légende, et l'entièreté du clan Uchiha. Je suis désolée, Hitomi-chan, je sais que tu prenais ton tout premier repos, mais on a besoin de toi sur le terrain. Tu maîtrises le Sceau de l'Éternel Repos, pas vrai ?
La jeune femme opina du chef, tâchant de dissimuler sa nervosité. Elle avait trouvé ce sceau dans les notes de Tobirama puis de Minato, qui l'avait amélioré pour le rendre plus facile à utiliser. Elle l'avait adapté à son style et s'était entraînée jusqu'à réussir à l'utiliser au contact. Ensui n'avait pas compris son obsession d'alors mais ne l'avait pas questionnée à ce sujet, pensant sans doute qu'elle se servait de ce sceau comme elle aurait pu se servir d'un autre : une manière de s'entraîner.
— Parfait. Dans ce cas, je veux que tu te rendes sur le champ de bataille et que tu scelles autant de ces shinobi qu'il t'est possible de le faire. Nous travaillons sur d'autres moyens, mais les artefacts de l'Ermite ne sont pas vraiment utilisables…
— Ne vous en faites pas, Tsunade-sama. Je vais laisser un clone ici et il vous créera autant de copies papier du sceau que possible. Pendant ce temps, j'agirai sur le terrain. Cette technique n'est pas impossible à contrer.
Le fait qu'Hitomi ait un plan tout prêt sembla soulager la cheffe de guerre. Sous son regard couleur de miel, si attentif et exigeant, la jeune femme se dédoubla et laissa son clone derrière elle. Itachi la suivait à la trace, même s'il savait ne rien pouvoir faire concernant le sceau : il n'avait pas les compétences nécessaires, loin s'en fallait, et ce pan du fûinjutsu était destructeur entre les mains d'un novice. Elle tenait trop à son époux pour le laisser courir le risque d'une combustion spontanée.
C'était le chaos sur le champ de bataille. Quand Hitomi l'avait quitté, la situation penchait en faveur de son camp, mais avec l'Edo Tensei… Rien que le clan Uchiha contenait des dizaines de ninjas morts au sommet de leur puissance. Un rictus furieux aux lèvres, elle se jeta sur l'un d'eux, qui s'acharnait contre un shinobi d'Iwagakure, et eut le temps de voir son regard soulagé entre l'instant où elle activa le sceau et celui où le corps s'effondra et reprit son apparence initiale. Un shinobi de Suna, porté disparu depuis trois ans… Elle n'osait imaginer ce qu'il avait pu vivre avant de mourir.
Pendant une bonne demi-heure, elle scella des ressuscités les uns après les autres sans rencontrer de résistance. Elle n'était pas encore tombée sur les plus puissants guerriers ramenés à la vie mais les sentait à travers ses méridiens : elle se souvenait de la sensation du chakra de Tobirama, qui se détachait des autres quelques centaines de mètres à l'ouest, mais refusa de se rendre volontairement dans sa direction. Elle ne parviendrait pas à le surprendre, et l'affronter en face… autant libérer autant de morts que possible avant de se confronter à une telle souffrance.
— Hitomi.
Elle se figea sur place et fit volte-face, déjà étouffée par un mélange de douleur et de chagrin. Elle reconnaissait cette voix, ce chakra doux et discret qui se noyait presque dans les explosions de puissance des autres combattants. Une larme roula sur sa joue, elle fit un pas en arrière et ne dut qu'à Itachi de ne pas s'effondrer sur place.
— Papa…
Il y avait un sanglot étouffé dans sa voix, mais elle ne parvenait pas à en avoir honte, pas alors qu'un sourire triste éclairait les traits de son père biologique, pas alors que ses yeux gris sombre si semblables à ceux d'Ensui la dévisageaient avec tant d'affection. Elle baissa la tête et déglutit avant de tourner la tête vers Itachi, qui la regardait d'un air navré.
— Va rejoindre Sasuke. Il se trouve à deux-cent mètres dans cette direction et est en train de se battre contre vos parents… Il aura besoin de ton aide. Je vais m'en sortir ici, ne t'en fais pas.
Il sembla hésiter mais elle ponctua ses derniers mots d'un sourire tremblant, mensonger, qui pourtant le convainquit qu'elle irait bien. Elle le regarda disparaître puis se tourna vers son père, dégainant lentement son sabre. Ce simple geste lui donnait envie de vomir.
— Cet homme a l'air de t'adorer. Je suis content d'avoir pu le voir de mes yeux…
Il s'étrangla légèrement sur ses mots puis se reprit, la voix toujours aussi tendre, toujours affectueuse. Peut-être aurait-ce été plus facile si l'Edo Tensei effaçait totalement sa personnalité tout en lui imposant des directives. Hélas, ce sort était bien plus retors : il n'avait pas d'autre choix que d'obéir aux ordres de son invocateur, mais son caractère restait comme une évidence, depuis son petit sourire qui ouvrait une fossette sur sa joue droite jusqu'à l'immense fierté contenue dans son regard.
— Je suis tellement désolé, ma petite merveille. Je ferai de mon mieux pour te faciliter la tâche, d'accord ?
Elle ne parvint pas à retenir son sanglot cette fois, mais se jeta sur lui avec toute la fougue dont elle était capable. Il murmura des encouragements et compliments à mi-voix tout au long de leur affrontement, la couvrant d'un amour filial qu'elle ne méritait sans doute pas. Elle était incapable de cesser de pleurer, incapable de forcer sa lame à porter des coups mortels, alors que tout le temps qu'elle passerait ici à se battre contre son père était gaspillé en regard de son véritable objectif : arrêter l'Edo Tensei.
— Je t'aime, murmura-t-il juste à l'instant où, enfin, elle parvenait à lui apposer le Sceau de l'Éternel Repos et à l'activer.
Il s'effondra à ses pieds, le cadavre commençant immédiatement à reprendre sa véritable apparence. Elle s'éloigna avant de céder à la tentation de baisser les yeux, si profondément secouée que le Murmure faillit se libérer et prendre le dessus. Elle avait besoin de… Son esprit trouva immédiatement le chakra de son familier et elle se téléporta à la balise sur son épaule. Il avait repris une taille plus gérable en pleine bataille, mais elle arriva tout de même assise à califourchon sur lui et taillada d'un coup de sabre le visage d'un déserteur qui voulait le poignarder au flanc.
— Tu n'es pas blessé ? demanda-t-elle d'une voix sans timbre.
Il ne s'interrompit pas dans le mouvement qui faucha plusieurs shinobi ennemis, ses griffes terribles luisant à la lumière de la lune. Elles étaient recouvertes de sang.
— Quelques blessures superficielles, mais c'est tout. Par contre… Hitomi, Haîro est mort. Je suis t-tellement désolé. Je n'ai rien pu faire. On était submergés tous les deux et…
Le cœur en miettes, la jeune femme s'accorda quelques secondes pour enfouir son visage dans ses mains moites et pleurer le fanfaron de son groupe de chats ninjas. Au moins, elle ne l'avait pas vu mort et immobile, pour la toute première fois dépourvu d'énergie. Elle ferma les yeux, se blottit contre la nuque d'Hoshihi et versa quelques larmes tièdes contre sa fourrure pleine de nœuds et encroûtée de sang.
— Ce n'est pas ta faute, j'en suis certaine. Où est…
— J-j'ai déjà renvoyé son corps dans le monde spirituel. Tu pourras venir à sa veillée, si tu veux, quand tout sera terminé ici…
— J'y serai. Bien sûr que j'y serai.
Il lui semblait inenvisageable de ne pas dire au revoir à un animal si farouchement libre qui pourtant l'avait servie des années sans jamais faiblir. Elle se détourna presque physiquement de l'abîme qui s'était creusé à l'intérieur d'elle, bien consciente que si elle s'y laissait emporter elle s'y perdrait. Elle ne pouvait pas se laisser aller comme ça, ce n'était pas le moment. Non, il était temps qu'elle se concentre sur son véritable ennemi, l'homme très certainement à l'origine de l'Edo Tensei – le seul encore en vie, dans son camp, assez puissant pour une technique de cette envergure.
Il était temps qu'elle aille s'occuper du cas Obito.
