Et voilà, c'est la fin ! Merci à tous pour votre soutien et vos petits mots gentils tout au long de cette aventure Si vous souhaitez suivre mes autres travaux, je vous recommande chaudement de me suivre sur Twitter ( nyxisnyx), où je parle de mes projets originaux. D'ailleurs, celui sur lequel je bosse en ce moment et que je commencerai à rédiger en novembre plaira à tous les fans de QQC ! Merci encore

— Entrez ! s'exclama Hitomi en se calant confortablement dans le fauteuil de son bureau.

Car il s'agissait de son bureau, à présent, et même Naruto ne pouvait plus le nier : Shikaku avait pris sa retraite six mois plus tôt et renoué avec sa passion pour l'ébénisterie. Bien sûr, les chiens ne faisaient pas des chats, si bien que le chef de clan continuait de veiller sur les siens et passait une majeure partie de son temps à aider les enfants du clan, fussent-ils civils ou shinobi, à s'épanouir dans la voie qu'ils avaient choisie, mais des cals nouveaux étaient apparus sur ses mains discrètement ridées au contact des planches de Chêne d'Hashirama qu'il utilisait pour construire des meubles parfois un peu bancals.

Il ne pouvait pas être un génie dans tous les domaines, après tout. Un petit sourire amusé aux lèvres, Hitomi regarda Anosuke, Hanabi et Sugi entrer dans le bureau et s'installer dans le canapé qu'elle leur désigna. Si on lui avait dit il y a quelques années que ces trois-là allaient se marier et fonder une famille tous ensemble… Elle aurait haussé les épaules et rétorqué au colporteur de s'occuper de ses affaires. L'amour qui liait ses trois anciens élèves avait toujours été plus intense que celui qui unissait les membres d'une équipe normale. Mais auraient-ils été ses dignes élèves s'ils avaient fait quoi que ce soit normalement ?

— Qu'est-ce qui vous amène tous les trois ?

Les trois jeunes gens s'entreregardèrent. Ils avaient tant évolué depuis qu'Hitomi les avait pris sous son aile… Ils étaient adultes, à présent, prêts à transmettre la Flamme de la Volonté comme ils l'avaient reçue.

— On sait que c'est vous qui nous avez choisis pour enseigner à des équipes qui sortent de l'Académie bientôt, sensei, lança Hanabi. On s'est dit que puisque vous nous aviez mis dans la panade tous les trois en même temps, vous auriez bien quelques conseils à nous donner.

La jeune femme éclata de rire et rejeta la tête en arrière ; le son libre, sauvage et exalté s'éleva en vagues dans l'air immobile, s'accaparant l'espace comme elle l'avait fait quand Shikaku lui avait officiellement offert le poste. Elle se sentait libre, oui, d'une certaine façon.

— Ça me touche que vous veniez toujours me demander conseil quand vous en avez besoin. Très bien, voici ce que je ferais à votre place…

Elle se lança dans un exposé si dynamique que ses mains voletaient à mesure qu'elle s'emportait, une légèreté nouvelle s'emparant de ses traits et de tout son corps. Elle aussi, elle avait changé et évolué, ces dernières années. Elle ne quittait plus le village si souvent que ça – le besoin pour des shinobi aussi redoutables qu'elle en missions extérieures s'était atténué alors que la paix s'installait – et avait pris le temps de se soigner, de vraiment se soigner. Elle ne se sentait plus menacée par l'existence de ses chemins sombres, et rien que cela constituait un extraordinaire progrès.

— Bon, voilà, je n'arrive pas à penser à quoi que ce soit d'autre que vous auriez absolument besoin de savoir… Mais vous savez où me trouver si vous avez d'autres questions. Vous ferez d'excellents sensei, tous les trois.

Ils se redressèrent d'un même élan, son compliment discret les remplissant d'une fierté sur laquelle ils avaient du mal à poser des mots. Elle n'avait dit que la vérité, pourtant : ils feraient de formidables professeurs, sans quoi elle ne les aurait pas choisis. Comme Shikaku avant elle, elle connaissait chacun des ninjas sous son commandement, bien plus profondément et dans le détail qu'ils ne le sauraient jamais. Les directeurs de département l'aidaient dans sa tâche. La plupart de ceux qui avaient été là quand elle n'était qu'une Jônin fraîchement nommée exerçaient encore. La seule exception, très notoire, était Ibiki : il avait pris sa retraite deux ans plus tôt et cédé la place à Genma, lequel se faisait assister par Anko. En vérité, la jeune femme tirait les ficelles dans l'ombre, et personne ne l'ignorait.

— Entre, Itachi, je sais que tu es derrière cette porte.

Sa voix avait pris un timbre doux et tendre ; elle savait également qu'Itachi n'était pas seul. Quand il ouvrit et avança dans la petite pièce qui croulait sous les piles de dossiers, elle posa le regard sur la petite fille dans ses bras, qui se tortillait déjà pour essayer de lui échapper et de rejoindre sa mère. Elle ouvrit les bras, un grand sourire aux lèvres, et fit asseoir la petite sur le bord de son bureau pour la regarder de plus près.

Aux yeux d'Hitomi – et des clans Yûhi et Nara réunis – la petite était absolument sublime, avec ses grands yeux noirs et ses cheveux couleur d'encre, déjà bouclés comme ceux de sa mère. Elle avait hérité de ses taches de rousseur également, celles qui s'étaient peu à peu effacées avec les ans. Le cœur d'Hitomi s'emballa, comme à chaque fois qu'elle se trouvait à proximité de son enfant. Elle pouvait déjà affirmer sans difficulté que, si sa fille le souhaitait, elle ferait une kunoichi exceptionnelle : elle possédait son affinité Suiton et le Murmure dormait en elle, ronronnant paisiblement au cœur de ses méridiens.

— Alors, Hanae, tu t'es bien amusée chez Papy Asuma ?

La petite se lança dans un babillage surexcité tandis qu'Itachi contournait le bureau et prenait la main libre d'Hitomi. Leurs regards se rencontrèrent, si pleins d'une délicate tendresse et d'un amour passionné qu'un observateur extérieur se serait senti contraint de détourner les yeux.

— Tu as vu Sakura-sensei ce matin ? demanda-t-il d'une voix douce. Tout s'est bien passé ?

Ils avaient été effrayés, tous les deux, en apprenant qu'elle était tombée enceinte d'Hanae, presque trois ans plus tôt. Après tout, elle avait déjà perdu un enfant… Ils avaient craint que son corps ne supporte pas l'épreuve que la maternité lui imposerait. Heureusement, tout s'était bien passé, mais maintenant qu'elle attendait un second enfant, Hitomi retrouvait ses peurs passées.

— Tout est parfait, d'après elle. Elle m'a dit que ce serait un garçon, cette fois.

Itachi se courba, pressa son front contre le sien et ferma un instant les yeux. Le bonheur qui irradiait de lui la réchauffait comme un soleil miniature et la baignait dans sa lumière. Elle n'avait jamais cru qu'il lui serait possible de nager dans un tel bonheur.

— Il devrait naître à peu près en même temps que le fils de Karin et Sasuke. Est-ce que tu penses qu'ils seront amis ?

Karin et Sasuke ne formaient pas un couple, que du contraire : tous deux n'éprouvaient aucun intérêt pour les choses de l'amour et de la chair. Ce désintérêt les avait justement rapprochés, parce que même si faire des enfants ne les intéressait pas, en avoir constituait un rêve secret, soigneusement dissimulé au fond d'eux. Hitomi était très heureuse qu'ils se soient trouvé un si bon arrangement, et pas seulement parce qu'entre ses enfants et ceux de Karin la lignée Uchiha renaissait de ses cendres : elle voyait le bonheur pur sur les traits de son frère chaque fois qu'il posait les yeux sur sa compagne, sur la promesse nichée bien au chaud dans son ventre.

— Je pense qu'ils seront tous proches. Tous nos enfants et ceux de nos amis. Exactement comme ta génération l'a été. Leurs parents y veilleront… Nous y veillerons, pas vrai ?

Un tendre sourire trouva sa place sur les lèvres d'Hitomi, une de ses mains caressa son ventre encore plat. Il avait raison, bien entendu. Elle savait comme la force résidait dans le nombre, que ses enfants et ceux de ses camarades décident d'une vie civile ou veuillent devenir des shinobi. Elle leur offrirait le nombre et toute la protection qui allait de pair avec cet atout redoutable.

— Est-ce qu'ils sont déjà là ? demanda-t-elle en prenant Hanae dans ses bras.

Bientôt, elle ne pourrait plus la porter – elle ne pourrait plus faire d'effort physique, si elle voulait que sa grossesse se passe bien – alors elle voulait en profiter tant que c'était encore possible. Elle enveloppa le chakra de sa fille avec le sien, le Murmure s'agitant à l'intérieur d'elle en signe de contentement. Elle n'avait jamais cru ressentir quelque chose d'aussi intense le jour où elle aurait son enfant dans ses bras… mais toutes les émotions qui avaient éclos en elle depuis la naissance d'Hanae – non, depuis qu'elle avait su qu'elle était enceinte – avaient débordé d'intensité de la meilleure manière qui soit.

— Oui, c'est pour ça que je suis venu te chercher. Haku ne peut plus attendre de gâter sa filleule adorée. Il n'arrête pas de répéter qu'on ne fête pas ses deux ans tous les jours et que ça justifie le chariot rempli de cadeaux qu'il lui a achetés.

— Oh, par l'Ermite, si j'avais su qu'il serait aussi impliqué…

— Tu lui aurais quand même demandé de devenir son parrain. Tu adores qu'on la gâte, et tu es la pire d'entre nous.

Elle plissa le nez et lui tira la langue mais accepta la main qu'il lui tendait pour l'aider à se lever sans lâcher Hanae. La petite adorait se trouver dans les bras de sa mère, jouer avec ses cheveux et presser sa joue contre la sienne. Le cœur d'Hitomi s'emballa à nouveau.

— Comment ça se passe, avec les chatons ? demanda Itachi tandis qu'ils traversaient le village à un rythme de civils.

— Vu les circonstances, Hoshihi n'a vu aucun problème à ce que je ne les prenne pas en charge six mois d'affilée, mais j'ai demandé à Katsuki-chan de me donner un coup de main. Tu te doutais qu'elle serait aussi exigeante que moi ?

Un petit rire se fraya un chemin jusqu'aux lèvres d'Itachi et, encore une fois, Hitomi fut frappée par l'intensité de son amour pour lui. Ils avaient vécu des choses terribles, tous les deux, mais rien n'aurait pu émuler l'effet que la paix avait sur eux, sur leur couple. Elle ne s'était pas crue capable d'éprouver en permanence un tel bonheur, pas avec la dépression qui vivait encore quelque part au fond de son esprit, hors de portée de ses pensées.

— Tout le monde savait, mon amour. Tout le monde savait dès le jour où elle est sortie de l'Académie avec son bandeau frontal et un kimono de combat trop grand pour elle sur les épaules.

— Ibiki s'est moqué de moi quand il l'a vue, se souvint Hitomi avec une moue boudeuse. Il riait tellement qu'il s'est écroulé par terre.

Et c'était drôle, il fallait l'avouer. Depuis qu'elle avait pris la place de Shikaku en tant que Jônin en Chef, Hitomi mettait un point d'honneur à enseigner tous les ans à une nouvelle équipe. Cette fois ne faisait pas exception : ses futurs élèves étaient trois enfants pleins de promesses, à la tête du classement de leur promotion – comme un éternel hommage aux positions que ses deux premières équipes avaient tenues… Et la sienne, aussi, si on considérait ce que Naruto était devenu. Tsunade s'arrachait les cheveux à lui apprendre la politique et la diplomatie, mais tout le monde savait déjà qu'il ferait un formidable Hokage, et Sasuke un excellent ANBU en Chef.

— Et regarde ce qu'elle est devenue. Ce que toute son équipe est devenue. Konoha n'aura jamais à craindre quoi que ce soit tant qu'on continuera de les entraîner comme ça, tant qu'on transmettra la Flamme de la Volonté de cette façon aux nouvelles générations.

Personne ne pouvait nier que les élèves d'Hitomi et des sensei dans sa génération atteignaient systématiquement des sommets d'excellence, au point que Tsunade avait trop de Jônin à sa disposition et avait commencé à les envoyer dans les autres Villages Cachés pour un programme d'échange et de diplomatie. Ce n'était pas la seule chose qui avait changé à Konoha : à présent, l'Académie offrait un cours optionnel de fûinjutsu dispensé par Sugi Aburame – qui devrait laisser la place à un autre instructeur, lui aussi un ancien élève d'Hitomi, maintenant qu'il allait avoir sa propre équipe Genin. Un second programme d'échange, entre Konoha, Suna et Uzushiogakure avait également commencé, focalisé sur les progrès médicaux.

Était-ce donc là le goût de la prospérité et du bonheur ? Hitomi serait incapable de s'en lasser. Elle vivait désormais au rythme du village, son cœur battant à l'unisson avec le sien, et à chaque fois qu'elle contemplait son œuvre, elle débordait de fierté. Elle aurait déjà dû être satisfaite au moment d'abattre Danzô, quand l'Akatsuki avait été détruite, quand Otogakure avait cessé de constituer une menace – mais il semblait que seule la paix lui apportait un tel sentiment de plénitude et de perfection.

— Ah, voilà la plus belle ! s'exclama Haku.

Hitomi savait qu'il ne parlait pas d'elle mais de sa fille, qu'il adorait au-delà de toute conception. Suigetsu et lui avaient décidé de ne pas avoir d'enfant à eux, de ne pas faire appel à une mère porteuse. Ils ne se sentaient pas prêts à avoir un bébé, mais ce n'était pas pour autant qu'ils ne pouvaient pas adorer celui d'Hitomi. Avec un sourire, la jeune femme posa Hanae au sol et la laissa courir jusqu'à son parrain et son compagnon. Elle restait prête à intervenir, parce qu'un shinobi ne baissait jamais sa garde, mais sa fille avait déjà appris comment gérer son équilibre sur les routes en terre de Konoha et ne tombait plus que très rarement.

— Tout le monde nous attend au centre communautaire, rappela Itachi d'une voix douce. Haku, Suigetsu, vous avez besoin d'aller vous installer à la maison avant de venir ?

Hors de question pour deux de leurs amis les plus proches – enfin, un ami et un amant – de dormir à l'hôtel alors que la maison du jeune couple était bien assez grande pour les accueillir. Suigetsu avait des feuilles mortes prises dans sa longue tresse d'un blanc cru, mais il secoua la tête avant même que son compagnon puisse répondre.

— Pas la peine de faire attendre tout le monde – et les enfants, surtout. De toute façon, vous nous avez déjà vus dans des états bien pires que quelques jours de voyage dans les bottes, hm ?

Juste comme cela, ce fut décidé : les quatre adultes et Hanae s'enfoncèrent à nouveau dans le village jusqu'au centre communautaire, un bâtiment qui faisait la fierté de Tsunade et Naruto. Ils avaient travaillé ensemble sur ce projet, après tout. Le rez-de-chaussée était occupé par une immense salle des fêtes que les shinobi pouvaient réserver à loisir, et les étages par une succession de salles de classes dans lesquelles les orphelins et enfants de ninjas pouvaient venir suivre des cours et activités s'ils le désiraient. Kurenai avait financé le projet mais ne s'arrêtait pas là : Asuma et elle avaient décidé d'élever les enfants qui avaient perdu leurs parents shinobi au service du village, si bien qu'ils étaient devenus la première famille d'accueil du village.

— Quand je t'ai demandé d'inviter tous nos amis et que tu m'as dit que la grande majorité d'entre eux viendraient, je ne pensais pas que ça ferait autant de monde.

— Et encore, Gaara n'a pas pu venir, sa petite fait ses dents et n'aurait pas supporté de voyager jusqu'ici. Tu sais comment c'est quand il se déplace hors de Suna…

Avec un petit rire, Hitomi secoua la tête. En effet, déplacer le Kazekage représentait un enfer logistique et humain qui avait peu d'égaux dans ce monde. Cela dit, même si son ami lui manquait, elle était heureuse qu'il soit resté s'occuper de sa fille. Il avait eu du mal à créer un lien avec elle quand son compagnon, avec qui il avait décidé d'adopter le poupon de trois jours à peine, était tragiquement décédé dans une mission en mer. Heureusement, il n'avait pas perdu courage, ni la volonté de devenir un père pour sa fille adoptive.

— Je commençais à me demander si tu t'étais perdue, ma puce.

Un sourire aux lèvres, Hitomi se glissa dans l'étreinte d'Ensui, qui posa son menton sur le sommet de son crâne et la serra dans ses bras pendant de longues minutes. Shizune se tenait à ses côtés, rayonnante. Tsunade l'avait nommée directrice de l'Hôpital de Konoha quelques jours plus tôt à peine, pour le plus grand bonheur de sa première apprentie. À sa place, Hitomi aurait rayonné aussi.

— Tout va bien ? demanda le père adoptif de la jeune femme en lui effleurant tendrement le ventre.

Elle répéta mot pour mot ce qu'elle avait dit à Itachi et vit les traits d'Ensui se détendre aussitôt, marqués par un soulagement presque viscéral. Il veillait sur elle comme un faucon depuis qu'elle était tombée enceinte d'Hanae et lui tira d'ailleurs une chaise de la table qui se trouvait derrière lui. Elle savait qu'il ne servait à rien de protester et s'assit, contemplant son petit monde avec une douce, douce fierté.

Elle avait tellement travaillé, tellement sacrifié pour en arriver là. Enfin, elle se sentait apaisée, en phase avec elle-même et un million de menues réalités. Elle savait qu'elle mourrait un jour. Elle laisserait ceux qui lui survivraient derrière elle, et là où elle aurait dû ressentir de l'angoisse, de la colère, elle ne trouvait en elle-même qu'une paisible acceptation. Elle mourrait, oui, mais heureuse, comblée, paisible, entourée de gens qui l'aimeraient et garderaient d'elle un souvenir tendre et délicatement nostalgique. Elle mourrait un jour et, pour la première fois en deux vies complètes, elle ne ressentait ni crainte ni appréhension à cette idée.

La Flamme de la Volonté se transmettait de génération en génération autour d'elle. Tout ce pour quoi elle s'était battue prospérait, protégé et en paix.

Et elle ?

Et elle aussi.

FIN