Épisode 13 – Partie 1

1

Des exclamations furieuses dans la rue. Accroupi au niveau de la fenêtre, Yazoo laisse entendre un petit rire satisfait. Dans sa main, un lance-pierre acheté deux jours plus tôt alors qu'il rejoignait Denzel sur le terrain vague. Des gamins, dissimulés entre deux bâtiments, s'amusaient à bombarder les passants de petites bombes à eau et riaient comme des fous une fois leurs victimes éloignées. Ceux-ci avaient voulu le prendre également pour cible, mais Yazoo avait deviné leurs intentions et, sans qu'ils ne le voient vraiment se déplacer, avait atterri derrière eux pour leur arracher leurs armes.

Il avait d'ailleurs bien failli repartir avec leurs lance-pierres, histoire de les punir pour leur témérité, mais… l'idée qu'il pourrait s'attirer des problèmes s'ils allaient s'en plaindre à leurs parents – lui que sa couleur de cheveux rend facilement identifiable – l'en avait finalement dissuadé. À la place, il leur avait demandé où ils les avaient trouvés et était allé en acheter en songeant que ça pourrait sans doute lui servir.

Si j'avais su que ça se produirait aussi vite… !

Sur ses lèvres, un sourire. Comme le calme revient dans la rue, il attrape l'une des petites bombes à eau posées près de lui et se redresse doucement, ne laissant que le haut de son visage dépasser de derrière la fenêtre. Plus bas, il peut entendre Reno grogner après un morceau de ballon qu'il a ramassé. Il le secoue devant lui, avant de le laisser tomber et de se tourner vers son collègue.

Regardez-moi ces deux imbéciles… on baisse déjà sa garde ? Vous avez de la chance, Turks, que je ne sois pas autorisé à vous faire de mal.

Les taquiner n'est toutefois pas encore interdit et c'est bien pourquoi il compte en profiter. Rechargeant son lance-pierre, il vise, puis relâche l'élastique, qui expédie son chargement directement en direction de Reno. Celui-ci le reçoit dans le dos, où il explose en répandant toute l'eau qu'il contient.

— Bordel, mais c'est quoi ce truc ?!

Yazoo n'est toutefois déjà plus visible quand il lève les yeux en direction de leurs fenêtres, aussi ne s'y attarde-t-il pas et fait plutôt voler son regard autour de lui à la recherche du coupable.

À nouveau accroupi, Yazoo a porté une main à sa bouche afin d'étouffer son hilarité. Loz, qui passe devant leur porte au même instant et le découvre dans cette position, questionne :

— Qu'est-ce qu'il y a, Yaz' ?

En réponse, son frère lui fait un signe de se baisser et d'approcher. Faisant ce qu'il lui est demandé, Loz est finalement tiré par la manche par Yazoo, qui l'oblige à se baisser à sa hauteur.

— On a deux crétins dans la rue en cible facile, explique-t-il en lui tendant un deuxième lance-pierre. Tu me files un coup de main ?

Attrapant l'objet, Loz l'observe d'abord sans comprendre. Puis il avise les ballons gonflés qui reposent entre eux, avant de relever les yeux en direction de la fenêtre.

— Les Turks ?

— Oui.

— Et tu t'amuses à leur balancer ces machins ?

— C'est plein d'eau : pas de quoi leur faire beaucoup de mal.

Avec une moue, Loz tire sur l'élastique de son arme. Le relâche et se pare finalement d'un large sourire carnassier.

— Faut pas qu'ils nous voient, hein ?

— Ils ne vont pas tarder à comprendre que ça vient de chez nous, mais c'est mieux si on essaye de faire durer les choses…

C'est au tour de Loz d'émettre un petit rire. Une bombe à eau en main, qu'il fait sauter et rattrape, il dit :

— T'as toujours de bonnes idées, Yaz' !

— Et surtout, moi, je suis partageur, lui répond son frère en attrapant lui aussi un ballon. À trois, d'accord ?

D'un même mouvement, ils bondissent hors de leur tanière. Tous deux bons tireurs, l'action suivante ne leur prend qu'une fraction de seconde et, avant même que leurs projectiles n'atteignent les deux Turks, ils ont de nouveau disparu.

Les insultes et exclamations furieuses qui leur parviennent à présent manquent de les faire s'écrouler de rire. La main portée à leur bouche, ils s'échangent un regard qui pétille. Heureux de découvrir la même expression chez l'autre.

— Qu'est-ce que vous fichez encore ?

Les cheveux humides et une serviette autour des épaules, c'est au tour de Kadaj de faire son apparition. Les cris dans la rue lui font dresser l'oreille et il fronce les sourcils, avant de baisser les yeux sur ses frères qui ont de plus en plus de mal à contenir leur hilarité.

Loz porte un doigt devant ses lèvres, tandis que Yazoo lui dit tout bas :

— Regarde… !

Puis, d'un geste du menton, il invite Loz à se tenir prêt. Attrape un ballon, le place dans son lance-pierre et… aussi rapidement que la première fois, les deux bondissent hors de leur planque et parviennent de nouveau à faire mouche. Reno se remettant à hurler comme jamais, Kadaj sent un sourire lui monter aux lèvres.

— Cette fois, j'en suis sûr ! C'est ces merdeux qui nous font un plan pourri !

Il n'en faut pas plus aux merdeux en question pour quitter à nouveau leur cachette et, délaissant leurs lance-pierres, bombardent les deux Turks de toutes les bombes à eau qu'il leur reste. Reno peste comme jamais, tandis que Rude, qui se recule vivement, laisse entendre un grognement. Kadaj, qui vient se placer entre ses frères, pose les mains sur le rebord de la fenêtre et lance :

— Un problème, Turks ?

— Et vous vous foutez de notre gueule en plus ?! hurle Reno en le menaçant du poing. Descendez de là qu'on vous explique un peu la vie !

En réponse, les trois frères explosent de rire, ignorant Reno qui continue de leur crier après. Ils en sont à se tenir les côtes quand Tifa, attirée par le rafus qu'ils produisent, monte à l'étage pour passer la tête dans leur chambre.

Face au spectacle qui l'accueille, elle se fige. C'est bien la première fois qu'elle les voit rire ainsi et, l'espace d'un instant, ils ont l'air de trois jeunes hommes on ne peut plus normaux. Elle peut sentir un sourire lui monter aux lèvres, presque attendrie, et c'est donc à contrecœur qu'elle frappe finalement dans ses mains pour mettre fin à leur hilarité.

— On ne va pas tarder à ouvrir, dit-elle. Kadaj, comme c'est censé être ton jour de repos, tu peux te reposer jusqu'à la fin du service du midi.

— Ohé, arrêtez de m'ignorer ! fait la voix furieuse de Reno, à l'extérieur.

— On peut vraiment pas échanger ? soupire Yazoo à l'intention de ses frères en venant s'appuyer contre le rebord de la fenêtre. Je n'ai aucune envie de poiroter ici cette après-midi.

— Moi, je garde ce que j'ai, répond Loz. Et puis Marlène est contente qu'on y aille tous les deux…

— Non, mais oh ! Dites-le si je vous dérange !

— Kadaj ?

L'interpellé, qui se triture les cheveux pour contrôler leur degré d'humidité, relève les yeux vers Yazoo. Mais avant qu'il ne puisse répondre, Tifa dit :

— Non, Yazoo, tu n'échangeras pas ta place avec Kadaj. À partir d'aujourd'hui, tu vas devoir tenir le Septième Ciel deux fois par semaine, aussi autant t'y mettre rapidement.

— Ce n'est pas à toi que je parlais, lui fait savoir Yazoo sans se donner la peine de la regarder.

— Vous vous foutez de ma gueule ou quoi ?! s'époumone Reno.

Tifa soupire, mais n'insiste pas. Se tourne à son tour vers Kadaj pour quérir son avis. Avec un haussement d'épaules, celui-ci répond :

— Je crois que Tifa a raison : le plus rapidement tu t'y feras, mieux ce sera. (Puis, ignorant le bruit de gorge contrarié de son frère, il ajoute à l'intention de Tifa :) S'il y a trop de monde à midi, vous n'aurez qu'à monter me chercher. Je ne pense pas sortir, de toute façon.

Là-dessus, il referme sèchement la fenêtre, étouffant en partie les cris de Reno.

2

Pfff… j'en ai marre !

Yazoo n'est pas en charge du Septième Ciel depuis une demi-heure que, déjà, il a envie de tout laisser tomber et d'aller plutôt se balader en ville. Debout derrière le comptoir, les cheveux attachés derrière sa nuque et les bras croisés, il ne se sent, mais alors pas du tout de bonne humeur.

— S'il vous plaît, je pourrais ravoir un verre d'eau ?

Je suis sûr que son jeu était truqué, s'agace-t-il sans prêter attention au client qui, installé au bar, tente d'attirer son attention. Sûr et certain qu'elle s'est arrangée pour que ce soit moi qui aie le rôle le plus chiant !

Et même s'il ne parvient à expliquer comment elle s'y est prise, plus rien ne l'étonnerait chez elle. Surtout pas après l'entourloupe qu'elle leur a fait la veille au soir.

— Heu… s'il vous plaît ?

Devenir notre grande sœur, tu parles !

Il se doutait qu'il ne devait pas s'attendre à un miracle, d'autant moins que Tifa n'est ni de près, ni de loin, relié à leur famille à la base, mais il espérait qu'elle remplirait un peu mieux ce rôle. Qu'elle essayerait, en tout cas. Mais pour l'heure, il n'a pas grand-chose de positif à retirer de cette expérience…

Reste que Kadaj va encore se mettre en colère si je commence à créer des problèmes avec elle. Je comprends qu'on doive essayer de s'entendre avec eux, mais ça commence à me fatiguer.

— Dites, mon verre d'eau !

Surtout qu'il pense avoir vraiment essayé de jouer le jeu. Alors oui, peut-être n'est-il pas facile à vivre, mais il l'avait prévenue que ce ne serait pas de tout repos d'être sa grande sœur.

— Hé ! Dites, hé !

Bon, il doit tout de même reconnaître que cette expérience aura au moins eu pour mérite d'améliorer sa relation avec les enfants. Il s'entend bien avec Denzel à présent et, oui, il est sincère quand il prétend l'apprécier. Quant à Marlène, il pense avoir développé une forme de sympathie pour elle. Ils ne se parlent pas beaucoup, mais le peu qu'ils échangent est toujours distrayant.

Alors quoi ? Est-ce que ce sont les adultes qui ont un problème ?

Car entre Tifa et Cloud, il va finir par croire que c'est le cas. Les enfants, au moins, vous savez ce qu'ils pensent et s'ils ne vous aiment pas, ils ne vont pas faire semblant juste pour vous faire plaisir. Oui, à la réflexion, les adultes sont vraiment ennuyeux…

Et franchement pas très fiables.

Enfin, le plus important était de toute façon de se faire accepter des enfants. Avec eux dans leur poche, et contrairement à ce que pense Kadaj, il est peu probable que les adultes leur demanderont de partir. Et même s'il doit retourner à son ancienne relation avec Tifa, tant qu'il continuera d'entretenir de bons rapports avec Denzel et Marlène, alors ils n'auront sans doute pas de soucis à se faire.

Surtout qu'elle aime bien Loz… et que grand frère semble s'attacher à Kadaj.

Et en parlant de leur grand frère…

— Jeune homme !

Exaspéré, Yazoo daigne enfin s'occuper de son client – qui s'est levé pour venir se planter juste devant lui. Sans lui adresser de regard, il attrape le verre qu'il tient, le remplit d'eau du robinet, avant de le lui rendre et de s'en retourner à ses ruminations.

— Franchement…, grogne l'individu en allant reprendre place devant son déjeuner tardif. C'est quoi cette attitude ?

Et à Yazoo de l'ignorer pour s'interroger :

Où est-ce que j'en étais, déjà… ?

Ah oui, leur grand frère ! Celui-là, s'il pense pouvoir l'entourlouper, il se met le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Il ne croit pas un seul instant qu'il soit sincère quand il prétend vouloir prendre ses responsabilités auprès de lui et de Loz. Et malheureusement, quand ses frères vont s'en rendre compte, ça risque d'être douloureux pour eux – ce qui est sans doute ce qui le révolte le plus dans ce qu'il s'est passé la veille. Passe encore qu'on se moque de lui, mais si on blesse ses frères…

Ça, je ne l'accepterai pas ! Kadaj est encore trop fragile, quant à Loz…

Cette fois, c'est l'arrivée de Denzel qui met fin à ses pensées. Jusque-là retranché à l'étage, le gamin termine de passer son manteau quand il lui lance :

— J'y vais. Si tu vois Tifa, tu lui diras que je rentre pas tard.

— Autrement dit, toi aussi tu me lâches.

— Hé, j'avais une vie, avant que tu débarques ici, lui rétorque Denzel en poussant le portillon qui le sépare de la salle. Et des amis, surtout.

— Pfff… parce que tu veux vraiment me faire croire que tu en as ?

— Pas parce que toi t'en as pas que c'est le cas de tout le monde, hein ? Allez, à ce soir, gros bébé !

Et à Yazoo, agacé, de lui rétorquer :

— Comme si j'en avais besoin, de toute façon !

La porte d'entrée se refermant derrière Denzel, il émet un bruit de bouche contrarié, avant d'adresser un vague regard en coin au client qui vient de se racler la gorge pour attirer son attention.

— Quoi ? Encore de l'eau ?

Et à celui-ci, peu rassuré par la mauvaise humeur de son interlocuteur, de répondre :

— Non, l'addition… s'il vous plaît ?

À nouveau, Yazoo émet un bruit de bouche – cette fois plus ennuyé qu'autre chose.

Et en plus il faut que je m'occupe de ça…

Attrapant son calepin, il entreprend donc de faire le calcul des commandes de ce client enquiquinant.


Je sais, je sais, ça faisait longtemps ! D: Entre le manque de temps, le manque d'inspiration et le fait qu'à cause de ça, mais aussi d'une fic sur laquelle je suis en train de bosser et qui m'accapare un peu trop, j'arrive au bout des chapitres que j'avais d'avance pour Après la pluie... je suis encore plus lent que d'habitude à poster la suite. Bon, j'ai encore un peu de stock, vu que je me suis arrêté au milieu de l'épisode 15, mais ! MAIS ! Je préfère toujours garder une certaine avance, afin d'avoir suffisamment de recul sur mon texte quand je dois retravailler un chapitre.

Cela étant, une fois que j'en aurai terminé avec ma fic en cours (Plus que quelques chapitres et c'est terminé), je compte bien me remettre sérieusement à Après la pluie. x) (Parce qu'il est plus que temps que cette première saison se finisse ! D:)

Et donc, épisode 13 ! Six parties, si ma mémoire est bonne, et un ton parfois un peu moins léger que celui de l'épisode précédent. x,)