Épisode 13 – Partie 2
3
— Chouette, y en a qui sont libres !
Un petit panier à linge entre ses bras, Marlène trottine en direction des machines à laver. Loz – qui en transporte un plus imposant, mais aussi un sac à dos dans lequel Tifa a tassé tant bien que mal une partie de ses vêtements sales –, laisse la porte se refermer derrière lui et rejoint la fillette, l'air un peu perdu.
Même si Marlène lui a déjà expliqué comment ces machines sont censés fonctionner, il est certain de faire une bêtise si elle le laisse se débrouiller seul avec. Sur les bancs, dans son dos, deux jeunes femmes patientent, l'une en lisant un roman, l'autre en pianotant sur son téléphone portable – la tête appuyée contre le mur près d'elle. Un homme en jogging et à l'air chiffonné termine de vider son sac de linges dans l'une des machines à laver, avant d'étouffer un bâillement.
— Tiens, t'as qu'à mettre vos vêtements dans celle-là, lui propose Marlène en lui désignant la machine à sa gauche. Tu me dis si tu sais pas comment faire après.
Là-dessus, elle entreprend de vider son propre panier dans celle qui lui fait face et se met à chantonner du nez. Après une hésitation, Loz se débarrasse de son sac à dos pour le poser près d'elle et s'accroupit.
Le tambour qui lui fait face ne tarde pas à être plein de ses affaires et de celles de ses frères et, en moins d'une minute, il y a déjà jeté le dernier t-shirt qui traînait au fond de son panier. Marlène, qui se bat encore avec le contenu du sac à dos, sent son regard se poser sur elle et s'enquiert :
— T'as déjà fini ? (Et comme Loz approuve, elle fouille dans la poche avant du sac à dos et lui tend un genre de lingette qu'il fixe sans comprendre.) C'est pour éviter que les autres vêtements soient tachés. Des fois, y en a qui peuvent déteindre, alors il faut faire attention.
— Donc, je dois le mettre là-dedans ? questionne-t-il en déposant l'objet sur le tas de vêtements froissés qui encombrent le tambour. Et après ?
— Après, faut que tu mettes de la lessive. T'as qu'à aller en acheter là-bas avec l'argent que t'as donné Tifa ! Et puis prends des jetons aussi. C'est juste à côté.
Disant cela, elle lui désigne les distributeurs situés près de la porte, avant de s'en retourner à sa tâche. Elle en termine tout juste avec quand Loz revient avec deux récipients remplis de lessive. Il lui tend l'un d'eux, la regarde le vider à l'intérieur de la machine à laver, avant de l'imiter. Puis tous deux en ferment la porte, presque d'un même mouvement.
— Maintenant, reprend la petite fille en récupérant l'un des jetons que Loz a ramenés avec lui. Tu le mets là, puis t'appuies là, puis tu tournes ça comme ça, jusqu'à ce que tu sois sur ce dessin, là, et puis t'as plus qu'à appuyer ici et c'est bon !
Après avoir suivi ses instructions, Loz se courbe en avant pour fixer par la vitre le tas de vêtements qui s'exhibe derrière – curieux de savoir ce qu'il va se produire ensuite. Il peut bientôt voir l'appareil se mettre en route et son chargement commencer à tourner. Un « Ah ! » lui échappe.
— Ça fait un bruit bizarre, non ? C'est comme si y avait quelque chose qui tapait à l'intérieur.
Marlène, qui s'est rapprochée de lui, fronce les sourcils.
— Oui, ça fait du bruit. Vous avez pas laissé des clefs ou de l'argent dans vos poches ? Parce que c'est peut-être ça.
— J'sais pas… j'ai pas pensé à vérifier.
La minuterie, elle, indique qu'ils en ont au moins pour une bonne heure et demie d'attente avant de pouvoir passer à la suite.
L'espace d'un instant, ils restent tous les deux là, en silence, à regarder les vêtements tourner, tourner, et tourner encore. Finalement lassé, Loz questionne :
— Et maintenant, on fait quoi ?
— On peut aller se balader, si tu veux, lui répond Marlène. Tifa dit que c'est mieux de rester parce qu'on pourrait nous voler nos vêtements si on part, mais… quand je viens avec Cloud, on reste pas et il s'est jamais rien passé.
D'autant moins que, selon Cloud, les gens d'Edge ont bien mieux à faire que de venir voler quelques vêtements mouillés. Elle en a d'ailleurs déjà parlé à Tifa, mais la jeune femme n'a pas eu l'air très contente d'apprendre ça. Pourtant, elle pense que c'est Cloud qui a raison. Que ça sert à rien de s'inquiéter comme ça. Et puis elle aime vraiment pas devoir attendre ici, parce qu'à chaque fois, elle s'ennuie.
— Je veux bien, lui répond Loz. Mais pour aller où ?
— T'as pris de l'argent ? questionne la petite fille, en relevant les yeux dans sa direction.
Et comme Loz lui fait non de la tête, elle laisse entendre un « oh ! » déçu. Sans argent, pas moyen pour eux d'aller prendre un gâteau ou une glace quelque part. Il leur reste encore un peu de la monnaie remise par Tifa, mais elle connaît suffisamment la jeune femme pour savoir qu'ils doivent avoir juste assez pour faire sécher leur linge.
— Dans ce cas…, reprend-elle. On peut aller voir ta copine. J'ai vraiment envie de voir à quoi elle ressemble !
Fronçant les sourcils, Loz croise les bras, soudain contrarié.
— L'appelle pas comme ça. Je comprends pas encore très bien cette histoire de copine, mais je suis sûr que c'est pas ce qu'elle est.
— Mais on peut aller la voir, non ?
— Heu…
Et face au regard presque suppliant de la petite fille, Loz hausse les épaules et capitule :
— D'accord. Mais alors faut qu'on fasse vite, parce que c'est pas vraiment à côté !
4
— Attends-moi là, je reviens tout de suite !
Tifa lui abandonne le sac qu'elle transporte et file en direction du commerçant qui, assis à l'arrière de son camion – ses marchandises placées dans des cartons qui s'étalent pour leur moitié sur le sol devant lui –, est pour l'heure en grande discussion avec un client désireux d'obtenir une ristourne pour un ensemble de choux abîmés.
Après l'avoir suivi des yeux, Kadaj les baisse sur le sac en papier qu'elle lui a remis et qui contient un assortiment de pommes pas toujours des plus reluisantes, mais encore comestibles. L'une d'elles a d'ailleurs une étrange couleur violette – un petit écart que s'est permis Tifa, le fruit à l'unité coûtant particulièrement cher et, selon elle, appartenant à une variété de pommes que l'on peine à trouver aujourd'hui.
« On les appelle Pommesottes. » lui a-t-elle expliqué un peu plus tôt, en réglant ses achats. « Par le passé, on en commercialisait un jus de fruits très populaire qu'on trouvait jusqu'à Nibelheim. »
Pommesotte… le mot lui est familier. Est-ce que ce n'est pas cet imbécile de Zack qui lui a raconté une histoire à propos de ces fruits ? Qu'est-ce que c'était, déjà… ?
Une histoire de SOLDAT… il avait l'un de ses amis qui en raffolait ou… ?
Ne parvenant pas à se remémorer de quoi il s'agissait, il préfère laisser tomber, certain que, de toute façon, et comme à peu près toutes ses anecdotes, celle-ci ne devait pas être très intéressante.
Aux quatre coins de la place centrale d'Edge où il se trouve, des étales sauvages se sont créés. Ce marché, qui se tient une fois tous les deux ou trois mois, est devenu célèbre à travers la ville car incarnant la seule opportunité, pour certains, de se procurer notamment des fruits et légumes à des prix plus ou moins abordables.
La situation, aujourd'hui, est toutefois moins catastrophique qu'elle l'a été il y a quelques années. On trouve à présent un certain nombre de ces produits pour des prix corrects dans les commerces locaux, même si leur choix reste limité, surtout en ce qui concerne les fruits – aussi sont-ils nombreux, cette après-midi-là, à sillonner les allées formées entre les étales.
Sentant un regard dans sa nuque, Kadaj se retourne pour découvrir – sans surprise –, que Reno les a suivis. Le Turk s'est arrêté à l'angle d'un camion, une cigarette aux lèvres sur laquelle il tire régulièrement. À ses frissonnements, Kadaj n'a aucun mal à deviner que ses vêtements ne sont pas encore tout à fait secs et ne peut s'empêcher d'avoir un sourire en coin. Ça lui fera les pieds, à cet imbécile !
— C'est bon, lui dit Tifa en le rejoignant, un sac au poignet plein à craquer de légumes. Il y a un stand qui vend du café, plus loin. On peut aller en prendre un, si tu veux.
L'après-midi est en effet fraîche et la jeune femme ne cesse de taper des pieds, comme si elle espérait ainsi se réchauffer. Suivant le regard de Kadaj, elle s'assombrit en apercevant Reno.
— Évidemment…, soupire-t-elle. Ça aurait été trop leur demander que de nous laisser un peu tranquilles aujourd'hui.
Kadaj hausse les épaules.
— Si ça l'amuse de faire le pied de grue… (Puis, revenant à Tifa, il ajoute :) Je veux bien un café, mais je n'ai pas pris d'argent avec moi.
Et à cette dernière de lui répondre avec un petit sourire :
— C'est moi qui t'invite. Je t'embête pendant ton jour de repos, alors c'est la moindre des choses !
5
Toute dépeignée, mais le sourire aux lèvres, Marlène saute du dos de Loz. Puis ses petites mains viennent recoiffer quelques mèches un peu trop rebelles et, le nez rouge, elle dit :
— Alors ça, c'était amusant ! On pourra le refaire au retour ?
Pour toute réponse, Loz opine du chef. À cause du temps limité qu'ils ont devant eux, il les a menés jusqu'ici en usant de sa vitesse surhumaine – ce au plus grand bonheur de la petite fille, mais également à la plus grande frayeur des passants qu'il a frôlés d'un peu trop près.
S'étant approchée de la devanture, Marlène a levé les yeux en direction de l'enseigne qui y est fixée. Aux nombreuses fleurs qui s'exhibent en vitrine, il est difficile de ne pas deviner à quel genre de commerce on a affaire – encore moins quand on découvre que le lieu répond au nom plus qu'évocateur : Au royaume des fleurs.
— On entre ?
Et sans attendre de réponse de la part de Loz, Marlène porte la main à la poignée de la porte et pénètre dans l'établissement. Une exclamation enchantée lui échappe, comme son regard vole tout autour d'elle et s'arrête sur les plantes exposées. Elle est certaine qu'Aerith aurait adoré entrer dans un endroit comme celui-là. Qu'elle y aurait passé des heures pour tout admirer et discuter avec la propriétaire des lieux.
La prochaine fois, il faudra que je prenne un peu d'argent avec moi pour lui en acheter !
Sortant de l'arrière-boutique au même instant, Sarah les accueille d'un :
— Bonjour ! Est-ce que je peux vous… ?
Avant de reconnaître Loz. Son regard se fait aussitôt plus large, tout comme son sourire.
— Oh ! Quelle bonne surprise. Justement, je pensais à vous.
Avant de poser les yeux sur Marlène qui, s'étend approchée du comptoir, en a agrippée le rebord des deux mains et l'observe à présent avec grand intérêt. L'expression de Sarah se trouble et elle porte son regard sur Loz, puis sur Marlène, puis sur Loz à nouveau, avant de questionner :
— Est-ce qu'il s'agit de votre fille ?
C'est au tour de Loz de se troubler, tandis que Marlène pousse un éclat de rire.
— Non ! C'est juste…
— Il vit chez nous avec ses frères, explique la petite fille. Et il nous a parlé de toi hier, alors j'ai voulu venir voir à quoi tu ressemblais. (Puis se tournant vers Loz, et sans se soucier de l'expression un peu perdue de la jeune femme, elle ajoute avec l'expression des connaisseuses :) Elle est drôlement jolie !
En réponse, Loz a un sourire maladroit, pas certain de savoir ce qu'il convient de répondre à ça. Sarah ne semble pas vraiment plus avancée que lui et après quelques secondes d'un silence gênant – sauf pour Marlène qui continue de la fixer –, elle s'enquiert :
— Est-ce que vous avez du temps devant vous ? Je comptais prendre une pause et il me reste un peu du gâteau d'hier…
