Sans avoir à attendre plus longtemps voici le chapitre 48. Afin de rattraper le retard, je publierai les chapitres avec peu de temps entre chaque donc faites attention à ne pas en sauter un, ça serait dommage.

J'en profite pour vous partager le lien du discord qui a été mis en place pour discuter de mes fanfics, de mes autres histoires et finalement de tout ce que vous voulez ^^ Je suis très régulièrement dessus ainsi qu'un petit groupe de personnes donc si ça vous tente vous êtes les bienvenus. Pour le lien vous allez devoir enlever les espaces (il y en a 6) pour qu'il fonctionne, malheureusement le site m'empêche de le mettre autrement, désolé pour la gêne. Voici le lien : ht tps:/ / dis cord .gg /8mySP4B

Merci pour les commentaires et votre soutien. Bonne lecture !


Chapitre 48

Leurs pas résonnèrent sur les dalles de pierre du couloir. La raie de lumière qui provenait de derrière eux s'estompa, puis disparut complètement quand la porte se referma. Le groupe mené par Harold s'arrêta le temps de s'adapter au clair-obscur ambiant. Seules quelques torches venaient éclairer le long couloir. Heureusement personne ne se trouvait dans les parages et ne fut témoin de l'entrée des guerriers en noir, sans quoi il aurait fallu la neutraliser rapidement. Chose qui aurait pu s'avérer difficile au vu de la configuration des lieux. Le couloir s'étendait sur une distance bien plus grande que ce à quoi Harold s'était attendu et de nombreuses portes en couvraient les flancs.

Un garde ou un serviteur se trouvant à l'autre bout aurait certainement eu le temps de s'enfuir avant qu'un seul des membres de la Garde Noire ne puisse réagir malgré toutes leurs précautions. Harold se permit de laisser s'échapper un soupir de soulagement. Les choses commençaient plutôt bien.

Sans plus tarder, Harold se mit en marche, ses compagnons à sa suite. Ils avançaient deux par deux en une colonne particulièrement bien adaptée aux combats dans ce type d'environnement. Il y avait entre chaque combattant juste assez d'espace pour manœuvrer et jamais cette distance ne changea. En tant que chef de la Garde Noire, Élia se trouvait aux côtés d'Harold, venaient ensuite Eskil et Eldrid dans la position la plus difficile. Entourés de leurs amis, s'il devait y avoir un combat, à la moindre erreur de frappe ils risquaient de les blesser. Enfin, pour fermer la marche Astrid et Alrik, une force synchrone et dotée d'une capacité de percée plus que suffisante pour leur ouvrir une voie de repli si nécessaire.

Ils engloutirent rapidement la distance les séparant du fond du couloir, sans un mot, toute leur concentration focalisée sur leur environnement. Leurs armes bien en mains, ils étaient prêts à neutraliser toute menace qui se présenterait. À les voir avancer ainsi avec détermination, on aurait pu croire que ces guerriers d'élite étaient habitués à ce genre de missions, mais dans leur cœur il en était tout autrement. Ils étaient fébriles, la peur guettant, prête à s'abattre tel un prédateur sur leur raison et leurs espoirs, pourtant ils continuaient d'avancer. Pour ceux qu'ils aimaient, pour leurs compagnons, leur famille, la vengeance… Chacun avait ses raisons.

Ils arrivèrent à un croisement bien mieux éclairé que le reste de la zone sans que cela n'en vienne améliorer l'atmosphère. Le gris des murs était toujours aussi terne et l'odeur de la poix omniprésente. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Pour rien au monde les maîtres des lieux ne se seraient aventuré à arpenter les couloirs de ce niveau, alors en quel honneur auraient-ils pris la peine d'y faire preuve du moindre signe d'ostentation. Il n'y avait ici rien d'autre que des inférieurs et des esclaves à leurs yeux.

Sans la moindre hésitation, Harold emprunta le couloir de gauche et comme le prisonnier le lui avait révélé il tomba sur un escalier en colimaçon aux dalles de pierre. Au moins les marches ne grinceraient pas. Harold se retourna, fit un signe de tête à ses amis et le groupe commença à monter aussi silencieusement que possible.

Depuis leur arrivée entre ces murs, ils n'avaient pas entendu un bruit, signe que les murs étaient d'une belle épaisseur. À la fois un atout pour eux puisqu'on ne les entendrait pas, mais également un inconvénient puisqu'ils ne pourraient détecter la présence d'un ennemi qu'au dernier moment.

Sa dague prête à transpercer la première personne qu'il croiserait, Harold gravit prudemment les marches. L'une après l'autre, les yeux fixés vers l'avant, une tension à couper au couteau dans l'air, mais finalement sa crainte ne resta que ce qu'elle était, une crainte. Rien ni personne ne lui fit obstacle et Harold se retrouva au palier du premier étage, devant une porte en bois. Il s'assura que ses amis étaient prêt, puis doucement il leva le loquet et entrouvrit la porte sur quelques centimètres. Tout juste de quoi entendre s'il y avait la moindre activité de l'autre côté. Lui et ses compagnons tendirent l'oreille, mais seul le silence les accueillit.

Ils attendirent ainsi pendant de longues secondes et constatant que rien ne venait briser la quiétude régnante de l'autre côté du battant, ils le franchirent avec précaution et silence. Ils se retrouvèrent dans un couloir bien mieux éclairé que le précédent, il y avait là des torches à intervalle régulier ainsi que quelques tentures ornées de blasons. Certains qu'Harold reconnut sans difficulté et d'autres dont il n'avait pas la moindre connaissance. Soit parce qu'ils appartenaient à des clans sans importances ou alors trop éloignés pour qu'il n'est eu un jour affaire à eux. Drago en avait soumis bien trop pour tous les connaître.

Si certains de ses amis s'attardèrent à les détailler, Harold n'en fit rien. Il commença à avancer, profitant qu'il n'y ait personne pour venir les gêner. L'étage – ou en tout cas le couloir – ne respirait pas le luxe, mais c'était déjà bien mieux que le niveau précédent. D'après les informations récoltées, il y avait là principalement des bureaux abritant érudits et gens de lettres, dédiés à la gestion de la logistique et des îles conquises. Rien d'étonnant pour un avant-poste chargé de la supervision de la région. Harold avait hâte d'en prendre possession et de faire tourner la guerre en sa faveur.

Une, deux…

Harold avançait en comptant les portes sur sa gauche. Le côté droit donnant sur l'extérieur, seules quelques fines ouvertures y prenaient place. On pouvait cependant douter de leur utilité. Elles étaient légèrement trop hautes pour permettre de tirer correctement à l'arc et à peine assez grandes pour laisser passer par moment un rayon de lumière.

trois. Merde ! Où est la quatrième ?! Elle devrait être là !

Derrière Harold tout le monde s'était arrêté en le voyant cesser brutalement d'avancer. Les plus vifs avaient déjà compris de quoi il retournait et les autres ne tardèrent pas à faire le lien. L'inquiétude les assaillit, ils se mirent immédiatement sur leurs gardes. Ils tentaient de maîtriser leur peur et de garder leur sang-froid, mais le cœur de chacun avait commencé à s'accélérer. Une même idée avait traversé leurs esprits.

Trahison.

Si tous eurent cette pensée, l'esprit rationnel d'Harold reprit rapidement le dessus. Pouvait-on vraiment parler de trahison quand les renseignements venaient d'un ennemi ? Il aurait été plus juste de parler de mensonge, et encore, Harold avait des doutes.

Il m'a bien dit la quatrième ou alors… était-ce la troisième ? À moins qu'il ne faille continuer ?

Le couloir ne se terminait pas à la troisième porte, il y avait juste après un tournant qui permettait de s'enfoncer plus profondément dans la citadelle. Harold se pencha en avant pour voir ce qui s'y trouvait et dans l'instant il recula précipitamment. Il avait vu une femme, sans nul doute une servante, passant au bout du couloir. L'intersection semblait y être en forme de T.

Que faire ?

Comme si ses pensées avaient été entendues, Eldrid murmura derrière lui :

— On ne devrait pas rester là, c'est trop exposé. Entrons, fit-elle en désignant la troisième porte. On verra bien si c'est la bonne et sinon on avisera.

Harold donna son assentiment, c'était certainement la meilleure solution.

Ses amis prirent place de chaque côté de la porte. Harold plaça sa main sur le loquet, fit un signe de tête à ses compagnons et ouvrit promptement la porte.

— J'avais dit que je ne voulais pas être dérang… que.. qui…

La pièce n'était pas très grande, sans aucune ouverture sur l'extérieur – chose plutôt logique puisqu'aucun mûr n'était mitoyen avec l'extérieur – mais on y voyait assez bien grâce à la grande quantité de bougies en suifs. Il y avait contre le mur du fond une grande armoire et une bibliothèque où quelques livres se disputaient la place avec un amoncellement de rouleaux de parchemin. Au centre de la pièce se trouvait un bureau en bois et assis juste derrière un homme chauve et malingre à la barbe blanche mal entretenue. Il avait le visage buriné et les yeux exorbités. Il ne s'attendait clairement pas à une telle visite.

Harold ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits. Il se précipita, passa par-dessus le bureau, faisant tomber nombre de documents au passage. Arrivé de l'autre côté, il frappa du pommeau de sa dague le bureaucrate et ce faisant le fit tomber de son siège. Dans la foulée, il le saisit et lui plaqua une main sur la bouche pour l'empêcher de crier. Pendant ce temps ses amis avaient sécurisé la pièce, s'assurant que personne d'autre ne s'y trouvait.

Ils en firent rapidement le tour et récupérèrent tout ce qu'ils pouvaient pour aider Harold à ligoter et bâillonner le malheureux qui s'était trouvé sur leur chemin.

Pieds et poings liés, l'homme fut réinstallé sur son siège. Ses yeux s'agrandirent de terreur quand il vit les démons qui l'entouraient. Il n'était pas assez bête pour se croire cerné par de tels monstres mythiques, mais l'enchaînement brutal des événements aurait eu de quoi faire vaciller n'importe quel esprit. D'autant plus si on prenait en compte les nombreuses rumeurs circulant sur la Garde Noire et son créateur. Le Dragon Noir. Monstre parmi les monstres, une engeance tout droit sorti du Nilfheim si vous en croyiez les plus superstitieux des hommes de Drago.

Si l'homme avait su qu'en plus, les Dragons de Sang se trouvaient également dans la pièce, il en aurait sûrement fait une syncope. Chose d'autant plus paradoxale qu'il retrouva l'espoir en voyant Astrid. Elle était la seule à avoir le visage découvert et en cela elle lui apparut comme un phare de lumière dans les ténèbres. Le dernier signe d'humanité auquel il pouvait se raccrocher, mais dont il ne put obtenir qu'un regard glacial. De quoi doucher tous ses espoirs.

— Ce n'est pas ici.

Eskil venait de faire le tour de la pièce et il n'avait trouvé aucun signe du passage mentionné par Harold.

J'étais pourtant certain d'avoir tout mémorisé… j'aurais dû prendre mes notes avec moi, mais ça aurait été trop risqué. Si quelqu'un les obtenait…

— Tu penses qu'il aurait pu nous tromper afin qu'on se perde en explorant les lieux ?

La voix d'Élia était tout à la fois hargneuse face à une telle possibilité et en même temps interrogative. Tout comme Harold elle doutait qu'on leur ait menti. Le prisonnier avait eu l'air sincère et jusqu'à présent toutes les informations avaient été concordantes.

— J'en sais rien, mais on va poser la question à notre nouvel ami.

Harold agrippa le bâillon, mais juste avant de le retirer il regarda l'érudit dans les yeux.

— Si tu cris ou tentes quoi que ce soit… tu n'as pas envie de savoir… Ne fais pas l'idiot et tout ira bien.

Le bâillon fut retiré et comme un bon petit soldat obéissant aux ordres l'homme resta coi.

— Alors voilà, moi et mes amis nous cherchons…

— Je ne dirais rien !

Le bureaucrate s'était senti d'un coup poussé par un élan de courage qui l'étonna lui-même. Au fond de lui il avait l'espoir que son action lui apporte reconnaissance et récompenses. Il lui suffisait de retenir les intrus, quelqu'un finirait bien par venir, tout du moins essaya-t-il de s'en convaincre. De grosses gouttes de sueur perlaient sur son crâne chauve et ses yeux voletaient en tout sens. Malgré sa bravade, il n'en menait pas large.

— Tu veux que je le fasse parler ? demanda Eldrid tout en s'amusant à faire tournoyer sa dague.

Harold voulut répondre, mais il n'en eut pas le temps qu'Astrid posait une main sur l'épaule d'Eldrid.

— Attends, j'ai une meilleure idée. Je vais m'en occuper.

À cet énoncé glacial, personne ne sut quoi répondre et avant même que quiconque ne puisse prononcer un mot, Astrid se trouvait aux côtés de l'homme. Il y avait dans son attitude une aura meurtrière qu'Harold n'aurait jamais cru voir chez celle qu'il aimait. Elle était totalement différente de la jeune fille qu'il avait embrassée un peu plus tôt et même lui se sentit légèrement intimidé par son assurance dans sa capacité à faire parler leur ennemi.

Avec une lenteur délibérée, Astrid se plaça derrière le siège. Elle se pencha de sorte que sa bouche soit au niveau de l'oreille du bureaucrate, puis elle commença à murmurer. Personne ne pouvait entendre ce qu'elle lui disait, mais il n'était guère difficile de deviner à quel point cela devait être terrifiant.

Guidé par le regard d'Astrid ses yeux se fixèrent tout d'abord sur Harold et au fur et à mesure que les lèvres de la guerrière bougeaient ses pupilles s'agrandirent. Ils survolèrent ensuite Élia pour s'attarder sur Eldrid qui s'amusait toujours à faire voltiger sa dague d'une main. À coup sûr le spectacle le plus terrifiant pour un observateur extérieur, cependant même si l'érudit se mit à transpirer plus abondement son esprit ne sombra vraiment que lorsque ses yeux se posèrent sur Alrik.

Harold le voyait regarder successivement Alrik et Astrid en un manège sans fin. À chaque fois son regard se faisait plus affolé, ses lèvres tremblaient et sa respiration elle-même semblait saccadée.

Qu'est-ce qu'elle a bien pu lui dire pour le mettre dans un tel état ? Et pourquoi n'arrête-t-il pas de regarder Alrik et Astrid ? Qu'ont-ils bien pu faire ces dernières semaines pour terrifier ainsi un homme ?

— Je di tou vous lez ! Mff faites ien ! Je dir tou !

L'homme avait parlé avec un tel empressement que c'était à peine si ses paroles furent compréhensibles, mais Harold comprit. Astrid se retira et retourna auprès d'Alrik sans que le bureaucrate ne les quitte des yeux, puis, pris d'une soudaine inspiration il se tourna vers Harold comme s'il pouvait le sauver.

— Réponds à ma question et tout se passera bien.

L'homme déglutit difficilement et hocha la tête avec un peu trop d'empressement.

— Où se trouve l'escalier des serviteurs menant au deuxième étage ?

Si la question avait étonné le bureaucrate, il n'en montra rien, au contraire il sembla comprendre exactement les intentions derrière la question.

— Je… je ne sais pas. Je vous jure que c'est la vérité. Je ne me suis jamais posé la question. Ici je ne suis rien ni personne. Je m'occupe seulement de l'approvisionnement en botte, ceinturon, harnais, selles et vêtements. On ne me dit jamais rien. J'avais juste espéré vous retenir assez longtemps en espérant que quelqu'un vienne.

— Génial… on est tombé sur l'inutile de l'île… maugréa Eskil.

— Je vous jure c'est la vérité… gmm… mmm

Eskil ne l'avait pas laissé terminer et lui avait remis le bâillon sans la moindre délicatesse.

— Ferme là, il y en a qui ont besoin de réfléchir.

— On ferait mieux de se séparer en groupe de deux et d'explorer les autres pièces. L'escalier pourrait bien être dans la prochaine salle qu'on trouvera ou dans l'une des précédentes. On gagnera du temps à les explorer simultanément.

Eldrid avait cessé de faire tournoyer sa dague et réfléchissait activement à la meilleure marche à suivre.

— Eldrid a raison, c'est la méthode la plus rapide. Eskil et Eldrid, ainsi qu'Alrik et Astrid, vous prendrez les portes précédentes. Moi et Harold on prend la prochaine. Si on ne trouve rien, on passera à la suivante. On laissera la porte entrebâillée des pièces déjà visitées. Faites pareil.

En tant que chef de la Garde Noire Élia avait pris les choses en main. Astrid fit son possible pour le cacher, mais il était évident que recevoir des ordres de sa rivale n'était pas sa tasse de thé. Elle devrait pourtant s'y faire si elle entrait dans la Garde Noire.

Harold hocha la tête pour donner son assentiment à ce plan. Après tout, même s'il avait placé Élia à la tête de sa garde personnelle, le dernier mot lui revenait.

— On va suivre ce plan. Faites tous bien attention. Alrik, assomme-moi ça. Mieux vaut ne pas prendre de risque.

Harold n'attendit pas de voir son ordre exécuté, il avait une totale confiance en son ami. Il sortit de la pièce avec Élia en prenant bien garde qu'il n'y ait pas âme qui vive dans le couloir. Heureusement celui-ci était vide. Les deux amis se dirigèrent vers le tournant et cette fois, après avoir penché la tête, Harold prit le temps de le détailler.

Ses murs étaient tout aussi ternes et peu décorés, mais bien éclairés. Il y avait plusieurs portes du côté droit et aucune du côté gauche, ou alors, peut-être tout au bout, mais Harold ne pouvait en être sûr. Il aurait bien voulu tenter sa chance et aller voir directement, c'était cependant trop risqué.

— Il vaudrait mieux qu'on les inspecte dans l'ordre, murmura Élia comme si elle avait lu dans ses pensées.

— C'est plus sage, nos arrières seront assurés et on pourra si réfugier si nécessaire. Allons-y.

Ils se dépêchèrent de rejoindre la première porte, ils se mirent en position et Harold l'ouvrit. En principe Élia aurait dû s'en charger, mais avec l'état de son bras gauche, Harold se refusait à lui faire prendre un tel risque tant qu'il le pouvait.

La pièce ne différait en rien de celle qu'ils avaient déjà visitée, à ceci près qu'il n'y avait personne derrière le bureau. Ils inspectèrent rapidement les lieux et en ressortirent. En s'approchant des deux pièces suivantes, ils virent que leurs portes étaient légèrement entrebâillées, preuve que leurs compagnons les avaient déjà inspectées ou étaient en train de le faire.

Ils continuèrent ainsi jusqu'à arriver quasiment au bout du couloir et Harold se rendit compte qu'il y avait bel et bien une porte du côté gauche. S'il ne l'avait pas vue jusqu'à présent c'était parce qu'elle était renfoncée dans le mur, de sorte qu'on ne pouvait la voir qu'en s'approchant suffisamment.

Si on considère cette partie comme la continuation… alors il doit s'agir de la quatrième porte. Il le faut.

Ils n'avaient plus le choix, les trois groupes avaient terminé leurs inspections et s'étaient retrouvés. Si cette dernière salle ne leur donnait pas satisfaction, ils se retrouveraient devant un dilemme.

Abandonner la mission ou s'aventurer plus profondément dans la forteresse au risque de se perdre.

Sans plus tarder, ils rejoignirent rapidement la porte. Ils entendirent alors de multiples bruits de bottes en provenance de l'intersection et sans y réfléchir plus avant ils se précipitèrent dans la pièce. Harold passa en dernier et quand il entra dans la salle ses amis étaient déjà en train de l'inspecter. Ils s'étaient assuré que personne ne s'y trouvait et ils en vérifiaient désormais le contenu. Elle était assez grande, il y avait une grande table entourée de chaises, des caisses remplies de bouteilles le long du mur gauche, et quelques meubles ici et là. Cela manquait cependant de lumière. Les serviteurs de Dagur devaient se servir de la pièce pour se retrouver, se reposer et y entreposer ce dont ils avaient le plus besoin pour leur mission.

Le bruit des bottes n'avait pas cessé dans le couloir, Harold avait maintenu la porte faiblement entrouverte et il pouvait voir une patrouille passer. Une grosse partie des soldats continua tout droit et une autre moins importante prit la direction d'où étaient venus Harold et son groupe. En les voyant approcher, Harold referma précipitamment la porte qui sans qu'il ne le veuille claqua avec un bruit bien trop fort à son goût. Tous se figèrent, puis dans la seconde suivante ils se mirent à chercher frénétiquement le passage.

— Ici.

Eldrid avait fini par trouver. Au fond de la pièce, là où la pénombre était la plus importante se trouvait une tenture usée d'un rouge passé et extrêmement terne quasiment gris sans la lumière adéquate, semblant ne faire qu'un avec le mur, mais une fois tirée un passage se révélait. Le groupe ne tarda pas, il s'y engouffra et referma le passage derrière lui. Un escalier en colimaçon d'une grande étroitesse se révéla. On ne pouvait s'y croiser et si le premier venait à tomber alors il emporterait tout le monde.

— Ne tardons pas, allons-y.

Harold prit la tête et ils montèrent aussi vite qui leur était permis. Personne ne glissa, personne ne chuta et tous poussèrent un soupir de soulagement en arrivant au second étage. La salle où ils débouchèrent était exactement similaire à celle qu'ils venaient de quitter, et là encore il n'y avait personne. Chose dont Harold aurait dû se réjouir, mais il commençait à douter de plus en plus de leur bonne fortune.

Ça ne peut quand même pas être si simple…

Malgré son mauvais pressentiment, Harold continua d'avancer. Ils ne s'attardèrent pas sur la pièce qui n'avait aucun intérêt pour eux et après avoir pris toutes les précautions nécessaires ils en sortirent. Ils arrivèrent cette fois sur un couloir bien plus luxueux que les précédents. Ici pas de torches, mais des chandeliers assortis de bougies en cire et accrochés au mur. Des tentures de qualités et des tableaux peints sur des boucliers ou parfois même, de manière plus rare, sur des toiles. On y voyait des scènes de batailles ou des vikings à l'allure fière, certainement les anciens dirigeants de cette île désormais six pieds sous terre.

Harold en tête, le groupe avança silencieusement. Ils passèrent devant plusieurs portes de bois, certaines finement décorées de gravures, d'autres biens plus simples, et arrivèrent à un angle. Le dernier tournant annoncé par le prisonnier. Prudemment Harold y jeta un œil. Au fond se trouvaient les portes de la chambre et du bureau de Dagur, et devant, montant la garde, deux guerriers d'élite. Portant cotte de mailles et armure de cuir bouilli, une épée au flanc, ils étaient alerte et prêts à défendre leur maître au péril de leur vie. S'il aurait été plus commode qu'il n'y ait personne, Harold se sentit soulagé de les voir. Les choses se compliquaient et cela le rassurait.

Ça aurait été trop simple sinon.

Il se retourna et utilisant un code défini il fit plusieurs gestes à Eldrid.

Deux guerriers lourdement protégés et armés. À peu près six mètres. Tu peux t'en charger ?

Eldrid réfléchit moins d'une fraction de seconde et hocha la tête. Elle sortit plusieurs couteaux de lancer et s'avança. S'il y avait bien une chose pour laquelle elle était douée, c'était ça. Elle s'arrêta un instant aux côtés d'Harold, chacun hocha la tête et elle fit un pas supplémentaire. Immédiatement ses mains bougèrent avec célérité, lançant lame sur lame. Le sifflement de l'air les accompagna, bientôt suivi d'un son mat. Aucune ne rata sa cible. Elles se fichèrent dans la gorge de leur ennemi, là où leurs armures ne pouvaient les protéger. La surprise resta figée sur leur visage, ils ne comprenaient pas ce qu'il venait de se passer. Ils essayèrent de donner l'alerte, mais en vain. Il était trop tard pour eux.

Eldrid s'élança, suivie d'Harold. Ils arrivèrent juste à temps pour empêcher les deux guerriers de s'effondrer totalement sur le sol. Ainsi il n'y a eu aucun bruit assez fort pour traverser le bois des portes. Ils les allongèrent par terre et Eldrid récupéra ses couteaux. Harold s'en détourna et s'approcha de la porte derrière laquelle devait se trouver le bureau de Dagur. Il enleva son casque et colla son oreille contre le battant. Il entendit alors faiblement, mais distinctement plusieurs voix. Ceux qui s'y trouvaient parlaient fortement, il s'agissait plus d'une dispute que d'une discussion.

— Ces murs sont foutrement assez épais pour qu'on entende rien, mais la bataille a déjà commencé. Je dois aller commander mon armée !

— Patience Dagur.

— Ils ne viendront pas, ils seraient déjà là sinon ! On nous a raconté n'importe quoi ! Si je mets la main sur cet espion… Il nous a autant trahis qu'il les a trahis !

— Il suffit Dagur ! Ils ont peut-être seulement étaient retardé, nous attendrons. J'ai confiance en notre ami.

— Mais…

— C'est un ordre !

Harold resta figé, il venait de réaliser qui se trouvait réellement derrière la porte et à quel point la situation était mauvaise. Sa vie, celle de ses amis, de son armée… En un instant il venait de voir son univers éclater. Lui qui s'était cru malin, venait de comprendre qu'il n'avait fait que suivre le plan de son ennemi. Il s'était fait manipuler. Peu auraient pu réaliser un tel acte avec une si belle réussite, et une bonne partie d'entre eux se trouvait juste derrière lui.

Les paroles de Thorkell ne cessaient de résonner dans son esprit.

« Drago est comme toi, il anticipe tes actions »

Depuis combien de temps a-t-il prévu tout cela ?