Épisode 13 – Partie 6 (Fin)

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L'air contrarié, Reno tire sur sa cigarette.

— Y'en a un qu'est en train de nous mater, là, pas vrai ? grogne-t-il, comme il peut voir du mouvement derrière les stores.

— Mh !

— Sales gosses ! Je suis sûr que ça les amuse de nous faire poiroter là !

Un frisson lui secouant le corps, il cale sa cigarette au coin de ses lèvres et se frictionne le haut des bras tout en tapant les pieds, dans une vaine tentative pour se réchauffer un peu. Non seulement il fait pas chaud, mais en plus, ces emmerdeurs ne semblent pas décidés à aller se coucher.

Dans un grognement, il sort son téléphone portable et, tout en tirant sur son filtre, tape laborieusement un message – ses doigts engourdis semblant eux aussi décidés à lui pourrir la vie. Après l'avoir envoyé, il frissonne de nouveau et laisse tomber son mégot à terre, pour l'écraser sous sa semelle.

Enfonçant les mains dans ses poches, il prend une longue inspiration. Adresse un coup d'œil en coin à Rude qui – s'il a l'expression aussi stoïque que d'ordinaire –, tremble des pieds à la tête.

— Rentre si tu veux, lui lance Reno. Tu vas finir par nous choper la mort, sinon.

Car s'il y en a un des deux qui est clairement sensible au froid, c'est bien Rude.

En réponse, le chauve repousse ses lunettes de soleil sur le haut de son nez et dit :

— C'est bon.

— Hé, qu'est-ce que tu nous fais mon vieux Rude ? Je te file une porte de sortie et toi tu me la claques au visage ?

— Y vont pas tarder à aller se coucher.

Reno va pour lui répondre, quand il peut sentir son portable vibrer dans sa poche. Il s'empresse de consulter le message reçu et laisse échapper un juron. Son regard bleu se fixe, agressif, en direction du store à présent de moitié relevé et sous lequel Kadaj lui faire un signe de la main narquois, avant de laisser retomber celui-ci.

— Raté, partenaire ! On en a encore au moins pour une heure, dit-il en refermant le clapet de son portable pour l'enfoncer à nouveau dans sa poche.

Rude arque un sourcil. Son regard se pose sur son collègue, insistant, sinon pénétrant, un peu comme s'il cherchait à lire en lui. Reno, dont les lèvres se sont pincées sous le coup de la frustration, continue de fixer la fenêtre.

Tapotant ses poches à la recherche de son paquet de cigarettes, il s'en rallume une tant bien que mal – ses mains ne cessant de trembler – et expire un nuage de fumée.

N'empêche qu'il a l'impression de s'être un peu fait avoir, tout à l'heure, en acceptant de filer un coup de main à Tifa. Non seulement il s'est retrouvé chargé comme un mulet – encore plus que Kadaj, il l'aurait juré –, mais en plus la jeune femme en a profité pour lui faire la morale. Il en avait eu pour son grade tout le long du trajet retour, comme quoi elle ne voulait plus qu'il mette de bêtises dans la tête de Kadaj, et qu'il n'était pas un exemple à suivre, et patati, et patata. S'il avait su que ce merdeux irait moucharder auprès d'elle et de Cloud, il n'aurait pas perdu son temps à le renseigner. Merde, quoi ! C'est lui qui était venu le chercher, comme quoi il avait besoin qu'on lui explique les choses de la vie et ça lui retombait dessus ? Vraiment, c'est à vous dégoûter d'être sympa avec les gens !

Sa cigarette coincée entre deux doigts, il peut de nouveau sentir son téléphone vibrer. Il jure tout bas, le sort de sa poche et sent monter en lui une envie terrible de jeter le maudit appareil dans le mur. Et en plus, faut que ce merdeux continue de se foutre de sa gueule !

Je t'en foutrais des « Pas trop froid ? » !

Rageusement, il entreprend de taper un message retour quand Rude questionne :

— Il t'a filé son numéro ?

Pris la main dans le sac, Reno se fige, avant de se dandiner d'un pied sur l'autre. Il espérait garder ça encore un peu pour lui, mais il a effectivement obtenu le numéro de Kadaj après leur retour dans le secteur. Il avait bien vu que l'idée ne plaisait pas à Tifa, et il ne sait même pas trop pourquoi il en a fait la demande, mais les faits sont là : cet enfoiré a rejoint la longue liste de ses contacts.

— Me suis dit que ça pourrait toujours nous servir, répond-il.

Sans toutefois oser se retourner pour affronter le regard de Rude. Celui-ci, du reste, n'est pas décidé à le laisser s'en tirer aussi facilement et c'est d'une voix de mise en garde qu'il lui lance :

— T'attache pas à eux.

— Je m'attache pas à eux ! répond, Reno, qui sous le coup de l'indignation daigne enfin se retourner. Tu délires complètement !

— Tu t'attaches facilement aux gens.

— N'importe quoi !

— 'te connais.

Reno va pour se mettre en boule, mais comprend que ce serait inutile. À la place, il préfère s'en retourner à son message, qu'il tape encore plus rageusement que précédemment.

« Va te faire foutre, morveux ! »

L'envoie en songeant qu'à part le défouler un peu, ça n'aura aucune utilité. Il est clair que lui et ses frangins vont les emmerder le plus longtemps possible, et que la seule chose qui les sauvera d'une nuit blanche est que cette bande de monstres travaille le lendemain – Tifa ne risquant pas d'apprécier qu'ils aient pu veiller toute la nuit, et être donc des loques au travail, juste pour les faire chier.

Sa cigarette paresseusement tenue entre ses lèvres, il a de nouveau levé les yeux en direction de la fenêtre, derrière laquelle il croit deviner du mouvement. En vérité, il doit bien s'avouer qu'il commence à être confus, en ce qui concerne cette équipe. Malgré tout ce qu'il sait sur eux, malgré leurs agissements passés, malgré qu'il soit persuadé de ne pas les apprécier, certains doutes ont commencé à s'immiscer en lui sans qu'il n'y prenne garde.

Instinctivement, il jette un œil à son portable. N'a bien entendu pas reçu de nouveau message, mais ça ne l'empêche pas d'aller dans sa boîte de réception pour relire les précédents. Puis il pince les lèvres, prend une bouffée de sa cigarette, qu'il expulse ensuite longuement.

— Hé, partenaire… ?

Derrière lui, Rude grogne pour lui signifier qu'il écoute.

— Je me demandais juste… tu crois qu'y a moyen qu'ils soient sérieux ? (Et comme Rude, cette fois, ne répond pas, il développe :) Je veux dire, qu'ils soient sérieux quand ils disent qu'ils veulent juste vivre normalement ? Et que Sephiroth ait rien à voir là-dedans, pour le coup ?

Prononcées à voix haute, ses questions lui paraissent particulièrement stupides. Il se donne l'impression d'être un gros naïf, ce qui est loin de faire plaisir à son ego. Néanmoins, le doute est bel et bien présent en lui. Un doute qui ne fait que grossir un peu plus chaque jour, surtout après son expérience avec Kadaj… son explosion de colère, ce jour-là… sa détresse… et puis le fait qu'il ait finalement trouvé ce boulot. Qu'il s'y tienne, surtout. Alors qu'il lui serait tellement plus simple de se trouver du fric autrement. Vu sa force, vu leur force. Et vu le peu de scrupules dont ils ont pu faire preuve par le passé…

Ouais, c'est trop bizarre… !

Sans compter sa conversation de la veille, avec lui. Ce sentiment de découvrir un autre Kadaj, différent de celui, instable et menaçant, qu'ils ont pu connaître par le passé.

Avant que Rude ne puisse lui répondre, il pousse un petit rire. Et tout en refermant son portable, il lance :

— Ah, fais pas gaffe ! Je crois que le choc de la dernière fois a dû laisser des séquelles…

Puis, se grattant les cheveux, il se tourne vers Rude.

— Allez, partenaire, on rentre. (Et comme Rude arque un sourcil, l'air de lui demander s'il est sérieux, il ajoute :) Ils ont décidé de nous faire chier et ils seraient bien foutus de dormir la lumière allumée, juste histoire de nous pourrir un peu plus la vie.

Puis, son sourire revenant, il attrape sa cigarette entre deux doigts et la pointe dans la direction de son collègue.

— D'ailleurs, je t'ai pas encore dit, mais je nous ai dégoté un plan du tonnerre !


Fin de l'épisode 13 ! Le prochain sera un peu plus court (4 parties) et sera l'épisode centré sur la Shinra dont j'avais parlé il y a quelques temps. :)