J'espère que le chapitre vous plaira :)
Merci pour les reviews et pour le soutien !
Bonne lecture à tous !
Chapitre 51
Harold n'avait pas bougé de sa position. Il avait toujours l'oreille collée contre le battant de la porte en bois donnant sur le bureau de Dagur dans la citadelle ennemie, ses muscles et son esprit tétanisé par les paroles prononcées par les hommes se trouvant de l'autre côté de la porte. Il s'était donné pour mission de capturer le lieutenant de Drago et de décimer l'état-major ennemi, mais il venait de comprendre qu'on s'était joué de lui.
Son ennemi connaissait ses plans. Ils étaient attendus.
Harold avait pourtant fait son maximum pour restreindre les informations, pour empêcher la moindre fuite, seuls ses plus proches amis et collaborateurs avaient été informés de son véritable but en ces lieux. Rares étaient ceux à avoir toutes les informations à l'avance, rendant la trahison d'autant plus douloureuse.
La plupart se trouvaient derrière lui, le noyau dur de la Garde Noire dont la simple pensée qu'ils puissent trahir avait toujours été rejetée férocement. Il ne pouvait concevoir une trahison de l'un d'entre eux. Il s'agissait de ses amis, de ses compagnons d'armes et de celle qu'il aimait. Il avait tout partagé avec eux, de la joie à la douleur. Il leur avait confié ses espoirs, ses peurs et sa vie.
Ce n'est pas possible, n'est-ce pas ? Ça ne peut pas l'être…
Il ne pouvait y croire. Il restait une autre hypothèse, pas moins douloureuse, mais tout aussi plausible. Hagbard ou Stoïck. L'un était devenu comme un père pour lui et l'autre l'était de par le sang. À l'un il faisait totalement confiance, de l'autre il ne savait plus vraiment quoi penser.
Son esprit essayait de rassembler les pièces du puzzle sans y arriver, il y avait toujours des incohérences, des éléments l'empêchant de trouver la réponse. Une fuite n'était pas non plus impossible, une conversation qui n'aurait pas dû avoir lieu et entendue par l'espion, un rapport oublié, bien des hypothèses étaient possibles. Une part de son esprit le voulait, mais une autre lui disait de ne pas s'y raccrochait, le ramenant à la Garde Noire et aux chefs.
Sans oublier qu'il y avait une chose qu'il savait, une chose qu'Eskil lui avait révélée avant leur départ. Il n'avait pas pu la vérifier, mais si elle s'avérait exacte alors peut-être…
Perdu comme il l'était, Harold ne savait plus quoi penser.
Il ne pouvait trancher sur lequel était le pire des scénarios et les contre-mesures à prendre. Si c'était l'un de ses amis, la douleur serait insupportable. Si c'était Hagbard ou Stoïck alors au moment où le traître se révélerait, il emporterait avec lui une part conséquente de leur force dans son sillage, si ce n'était la totalité de la Coalition ou des forces du Nord.
Dans le cas de Stoïck, nombre de chefs le suivraient, mais comment imaginer cela d'un homme certes borné, mais au cœur fier. Même avec des concessions excessivement bonnes de la part de Drago, le voir plier le genou était impensable.
De la même manière, Hagbard était un fier seigneur du nord, au respect des traditions chevillé au corps. Au-delà de cela, sa trahison pourrait également signifier celle de Thorkell. Son meilleur ami, un frère avec lequel il s'était fâché, mais de là à trahir…
L'un d'eux pouvait-il vouloir le pouvoir à ce point ? Ou sa place de Protecteur du Nord ? Pour une vengeance dont il n'aurait pas idée du motif ? Ou simplement convaincu que c'était la chose à faire pour sauver leur peuple ?
Ai-je fait une erreur ? Me suis-je trompé dans ma manière d'agir et de commander ?
Harold ne pouvait s'empêcher de se demander s'il n'avait pas été aveugle, s'il ne s'était pas voilé la face au point d'occulter les prémices d'une telle catastrophe par peur.
S'il cherchait vraiment il pouvait trouver des raisons chez ses amis de lui en vouloir. Des raisons parfois puériles parfois valables, peut-être certaines dont il n'avait même pas conscience, mais rien à ses yeux qui ne mériterait une trahison. Il savait cependant à quel point la douleur, la peur et les mensonges qu'on se racontait à soi-même pouvaient vous amener à faire des choses regrettables. Quand on y pensait, ses amis avaient quasiment tous une histoire douloureuse et Harold ne pouvait mesurer l'impact psychologique de cette guerre sur leur esprit.
Élia était sans aucun doute jalouse d'Astrid. Abandonnée par ses parents, elle avait peur de voir ce schéma se reproduire. Un traumatisme profondément ancré dans son esprit. Il était possible qu'elle ne supporte pas l'idée d'être rejeté par Harold alors qu'elle l'aimait sincèrement. Elle avait pu se convaincre qu'elle n'avait plus rien à perdre et se venger.
Thorkell avait été touché de plein fouet par les tragédies de cette guerre. Il s'était senti coupable de la mort de leurs compagnons, puis il s'était mis en tête que tout était de la faute d'Harold. Sans oublier qu'il avait une vision du monde où le devoir passait avant tout, où en tant qu'héritier du plus puissant chef du nord, il lui reviendrait de protéger les Nordiens. Il aurait pu se persuader qu'il était mieux placé pour s'occuper de son peuple et que le titre de Protecteur du Nord devait lui revenir.
Alrik avait perdu Raina et il n'y avait pas plus grande douleur que de perdre l'être que l'on aimait le plus au monde. Cela pouvait vous changer à jamais même si vous ne le montriez pas. Mais il avait longtemps était loin d'Harold ces derniers temps alors comment le soupçonner ?
Eskil avait lui aussi perdu beaucoup, non pas au cours de cette guerre, mais de la précédente. Lors du Premier Conflit, il avait souffert comme aucun autre. Des années étaient cependant passées.
Eldrid quant à elle, à part son amour pour Thorkell, Harold ne trouvait pas de raison. S'il y en avait une, il ne la connaissait pas.
Enfin, Astrid. Il n'était même pas nécessaire de la mentionner. Harold ne pouvait concevoir un seul instant une trahison de sa part. À la simple pensée de chercher une cause, le moindre petit élément pouvant corroborer une traîtrise, son esprit se rebellait. C'était tout simplement impossible.
Il en était là de ses réflexions quand soudainement la porte s'ouvrit. Harold manqua de tomber en avant et ne réussit à se rétablir que de manière in extremis. Par chance, celui qui lui faisait face était aussi étonné.
Un viking à la barbe et aux cheveux roux avec une balafre impressionnante lui recouvrant la joue droite se tenait là, juste devant Harold.
Dagur le Dérangé, chef des Parenvrilles, lieutenant de Drago, commandant de cette île et de sa région. Il regardait Harold avec des yeux emplis de stupeur. Il semblait avoir sincèrement cru que leur plan était voué à l'échec et qu'Harold ne se montrerait pas. Il avait manifestement eu tort.
Derrière lui on pouvait apercevoir un bureau richement décoré et aménagé. Il y avait une cheminée, des bibliothèques et des fauteuils confortables. La pièce était assez grande, elle rappelait presque à Harold son bureau au bâtiment des dragonniers sur l'île d'Hagbard. C'était une belle pièce dont le tableau était gâché par la dizaine de soldats qui s'y trouvaient et l'homme assis derrière le bureau.
C'était un homme grand et imposant dont les cheveux et la barbe étaient coiffés en dreadlocks. Son visage couturé de cicatrices laissait transparaître sa personnalité intimidante alors même qu'un sourire satisfait y prenait place en regardant Harold.
C'était le sourire d'un homme certain d'avoir gagné.
— Drago… murmura Harold.
Comme si cela avait été un signal, Dagur dégaina l'épée pendue à son flanc. Harold fit de même avec ses deux lames, il était trop tard pour récupérer son casque. Les soldats suivirent le mouvement et une bataille pour la survie commença.
— Gardes ! Les intrus sont là ! rugit Dagur tout en chargeant Harold.
Dans l'instant qui suivit des soldats apparurent derrière le groupe d'Harold, sûrement avaient-ils étaient cachés dans une des pièces précédentes. Par souci de discrétion, ils ne les avaient pas vérifiés. Une erreur qui leur coûterait peut-être la guerre.
Harold réussit à stopper l'épée de Dagur qui s'abattait sur lui en croisant ses deux épées, mais il sut instinctivement, en sentant la force du coup se répercuter dans ses bras, que c'était un combat qui nécessiterait toute son attention. Une chose impossible dans une telle situation. Malgré le stress, son esprit nota tout de même que leurs ennemis maniaient des épées en fer de dragon, d'excellentes qualités certes, mais pas de glace.
Pourtant ils en ont un entrepôt entier, Drago aurait dû armer ses unités d'élite avec… À moins qu'ils ne les aient reçues que récemment et que ses guerriers n'y soient pas encore habitués… ou il n'est pas au courant… Il faudra approfondir la question.
Harold analysa rapidement la situation et sut ce qui devait être fait. Même si les soldats qui les attaquaient par-derrière faisaient aussi partie des forces d'élite de Drago, la plus grande menace se trouvait sans aucun doute devant lui. Il y avait là la garde personnelle de leur ennemi et l'un de ses lieutenants. S'ils n'y mettaient pas la plus grande partie de leurs forces, ils ne tiendraient pas, mais il fallait aussi tenir compte de la largeur du couloir.
— Astrid et Alrik, faites une percée ! On se replie ! Élia je te veux en soutien, tu interviens pour soutenir ceux qui sont en difficulté ! Les autres avec moi !
Je vous en supplie, ne me trahissez pas…
Dignes de leur réputation de meilleur combattant de la Garde Noire, tous s'exécutèrent avec précision sans poser de question. Le cœur tambourinant à se rompre et le sang battant aux tempes. Que le plan leur convienne ou pas, ils obéiraient, ce n'était pas le moment de discuter de la pertinence des ordres de leur chef.
Astrid s'arma de sa nouvelle hache.
L'arme était ceinte d'un pommeau en fer de dragon représentant une tête de dragon vipère et d'une lame à double tranchant faite du même métal. Sur celle-ci se dessinait un savant mélange d'arabesques et de scènes où vikings et dragons combattaient côte à côte. Pour la première fois, elle fit son apparition dans un véritable combat. La lame s'éleva dans les airs et dans une scène d'une beauté macabre trancha nette la main de l'un des soldats.
Les cris de rage et douleur retentirent.
Alrik se joignit dans l'instant suivant à la bataille, se synchronisant avec Astrid comme s'ils ne faisaient qu'un. Sa lame s'unit à celle de la jeune guerrière et ensemble ils entamèrent une danse sanglante digne de leur surnom.
Les Dragons de Sang étaient entrés en action et les murs de la citadelle en seraient à jamais marqués.
À l'opposé, Harold, Eskil et Eldrid combattaient Dagur et les gardes personnels de Drago comme ils le pouvaient. La largeur du couloir étant tout à la fois un avantage et un inconvénient. Ils devaient faire face aux charges féroces des imposants soudards. Ils étaient musclés, bien équipés et surtout expérimentés. Dans une telle configuration, la victoire et la défaite ne se jouaient qu'à peu de choses.
Chassant toute idée de pitié et de miséricorde, Harold s'était transformé en le monstre que beaucoup parmi ses ennemis craignaient. Celui qu'ils avaient surnommé le Dragon Noir était face à eux et se battait tel un démon tout droit sorti du Niflheim. Ses deux lames s'abattaient et s'écartaient à un rythme soutenu, faisant pleuvoir les étincelles aux contacts des lames ennemis. Il esquivait, parait et contre-attaquait dans un ballet mortel.
À ses côtés Eldrid se battait une épée dans la main droite et une dague dans la gauche, utilisant son agilité et sa vitesse pour larder leurs ennemis. Eskil dans une position des moins avantageuse par manque d'espace devait attendre les occasions, mais dès que l'une d'entre elles se présentait il abattait son épée.
Élia passait quant à elle d'un groupe à l'autre, aidant dès que l'un des membres de leur équipe était sur le point de flancher ou qu'une brèche était sur le point de naître. Elle abaissait alors son épée, coupant et perforant les corps des hommes pour les faire reculer. Si elle avait pu se servir de ses deux bras, elle aurait été une force non négligeable. Malheureusement avec son bras gauche quasiment inutilisable, Harold ne pouvait se permettre de la laisser en première ligne dans une telle situation.
Élia le savait tout aussi bien que lui et on pouvait sentir dans chacun de ses coups sa rage face à son impuissance. Contre un simple soldat, elle était largement au-dessus, mais contre une unité d'élite, ne pas pouvoir utiliser son bras gauche était devenu un handicap affligeant qu'elle n'avait pas encore su surmonter.
Les armures encaissaient, les épées s'ébranlaient dans un tonnerre de coups assourdissant, les boucliers se fracassaient. Le sang se mit à couler. Les écorchures et les estafilades se firent de plus en plus nombreuses. Les gants d'Harold étaient poisseux de sang. Plusieurs coupures avaient pris forme sur son visage.
Dagur n'hésitait pas à pousser ses compagnons à l'avant quand il estimait être en difficulté pour revenir au combat dès qu'Harold se fatiguait. Il s'amusait de le voir enrager. À chaque seconde qui passait, la situation empirait. Les bras des trois amis se fatiguaient tandis que plus de la moitié de leurs ennemis étaient encore debout.
Jamais Harold n'avait rencontré d'ennemis si difficiles à tuer. Les seuls qui pouvaient peut-être leur damer le pion étaient ces hommes d'Utgard. Ces guerriers des glaces aux lames au tranchant sans pareil et capables de faire blanchir l'air elle-même qu'Harold n'avait rencontrés qu'une seule fois. Sans l'entraînement qu'il avait subi, il n'aurait pu résister. Il voyait enfin à quoi ressemblait la véritable force de Drago.
Une fois de plus Harold leva ses deux lames et s'avança. Face à lui un guerrier de près de deux mètres se présenta. Vêtu d'une armure de cuir renforcé et d'une cotte de mailles, il était armé d'une masse d'arme. C'était en tout point l'un des pires adversaires possible. Pourtant Harold ne se découragea pas, digne de son surnom, il a abattit ses épées en des coups d'estoc et de taille. Faisant de la vitesse son alliée, tant qu'il frappait son ennemi ne pouvait répliquer. Les étincelles fusèrent, la cotte de mailles perdit de ses maillons, mais résista, puis vint le moment où le soudard contre-attaqua. Il balança subitement sa masse d'arme en un large coup, chose que seul un homme d'une telle stature pouvait se permettre et Harold ne put qu'encaisser. Il utilisa ses deux lames comme bouclier, stoppant la masse à quelques centimètres à peine de son visage, la force du coup lui remonta dans les bras et le fit reculer de plusieurs pas. Si ses épées n'avaient pas réussi à encaisser, ça en aurait été fini de lui.
On ne gagnera pas…
Les lames d'Harold tremblèrent légèrement face à ce constat. Il ne voulait pas abandonner, il ne le ferait pas, mais c'était la dure réalité. Il était de plus en plus acculé et si rien ne changeait le combat finirait ainsi. Ses amis l'avaient également compris. Harold pouvait voir que l'épée d'Eskil se baissait de plus en plus, et une rage confinant au désespoir habitait les yeux d'Eldrid.
Si ça finit comme ça, je devrais m'assurer qu'Astrid et Eldrid… Argh ! Par Thor ! Je ne veux pas que ça se termine ainsi, mais… mieux vaut la mort que les tourments que leur feraient subir les soudards de Drago.
— Je compte sur toi Harold, ne les laisse pas m'avoir, dit Eldrid au cours d'une courte accalmie.
Elle le regarda intensément pour s'assurer qu'il avait saisi le non-dit.
Elle le connaissait bien et elle savait à quel point il s'en voudrait alors elle s'était assuré qu'il comprendrait que c'était sa volonté.
— Désolé de…
Harold n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'un cri retentit derrière lui.
— On a percé ! Dépêchez-vous !
C'était une phrase que personne ne s'était attendu à entendre. Que ce soit leur ennemi ou même Harold, Eskil, et Eldrid, ils n'y avaient pas cru.
Harold et Eskil ne pouvaient cacher leur stupéfaction tandis qu'Eldrid avait réussi à conserver un masque où on ne pouvait lire ses émotions, mais ses yeux le montraient tout aussi clairement. Seule Élia avait pu constater de temps à autre l'avancés des deux guerriers, mais la dureté du combat ne lui avait pas permis d'avertir Harold. C'est dire à quel point tout s'était joué à peu de choses.
Harold avait beau avoir donné l'ordre, il avait beau avoir confiance en ses amis, après avoir été piégé dans une spirale infernale contre des guerriers d'un niveau si élevé il s'était convaincu que les ennemis se trouvant derrière lui devaient être tout aussi difficiles à combattre.
Eldrid fut la première à réagir. Profitant de l'étonnement général elle sortit de l'une des poches de son armure une espèce de petite boule noire, pas plus grosse qu'une balle de golf, et la jeta au sol où elle éclata.
Une fumée noire se répandit dans tous le couloir.
Eldrid saisit le bras d'Harold et l'emmena en courant. Quand ils arrivèrent sur le lieu de la bataille où s'étaient déchaînés Alrik et Astrid, Harold fut stupéfait par le nombre de corps qu'ils durent enjamber. Les deux guerriers avaient fait un véritable massacre pour les sortir de la nasse dans laquelle ils se trouvaient. Ils avaient surpassé leurs limites et abandonné toute idée de clémence. Ils avaient joué leurs vies et leurs âmes pour les sortir de cet enfer. Quand la fumée se dissiperait, Harold était certain de les retrouver couverts du sang de leurs ennemis.
S'il avait su qu'ils étaient surnommés les Dragons de Sang alors sûrement en aurait-il compris la raison.
— Dépêchez-vous ! Poursuivez-les, ne les laissez pas s'enfuir !
Les cris de Dagur retentissaient, ordonnant aux soldats de les poursuivre, mais il était déjà trop tard.
Astrid et Alrik avaient ouvert la voie. Harold était tiré comme un bagage, de manière effrénée sans avoir le temps de reprendre son souffle. Malgré la situation, ses amis prenaient encore à cœur leur mission de garde du corps et cela lui fit un peu peur. À voir la manière d'agir d'Eldrid, il était convaincu que s'il le fallait elle se sacrifierait pour qu'il puisse s'enfuir.
En voyant cela, Harold s'en voulut d'avoir pu penser que l'un d'entre eux ait pu le trahir.
À moins qu'ils ne jouent la comédie, le traître n'avait peut-être pas pensé qu'on réussirait à s'enfuir… murmura une petite voix dans l'esprit d'Harold.
Comme pour confirmer une partie de l'hypothèse, rien ne se mit en travers de leur route ou du moins aucune force préparée à l'avance. Drago n'avait visiblement pas cru qu'ils réussiraient à sortir libres de la citadelle, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne restait aucun piège.
Guidé par les deux guerriers ensanglantés qui faisaient passer de vie à trépas tout ce qui se présentait le groupe fit le chemin inverse.
Mû par l'entraînement et leurs instincts ils avaient repris leur formation avec cette fois Astrid et Alrik à l'avant, puis Harold et Élia au centre, et enfin Eskil et Eldrid pour fermer la marche. Ils avancer à marche forcée, courant dès que possible.
Ils descendirent l'escalier des serviteurs, sortir en trombe de la salle et remontèrent le couloir, passant devant la porte du bureaucrate qu'ils avaient traumatisé. Une patrouille de deux hommes eut la malchance d'apparaître et fut promptement mis hors d'état de nuire avant même de pouvoir dégainer leurs armes. Leur sang éclaboussa les blasons accrochés aux murs.
Harold n'avait ni le temps de penser ni de réfléchir à la moindre chose. Chaque fibre de son être était tendue, entièrement tournée vers leur fuite. Ils devaient absolument se dépêcher s'ils voulaient avoir une chance, si Drago avait su qu'ils venaient alors il était probable qu'il connaisse leur itinéraire. S'ils ralentissaient, ils seraient perdus.
Ils descendirent précipitamment le deuxième escalier et arrivèrent dans le couloir qui les mènerait à la sortie. Une fois la bifurcation faite au croisement, la dernière ligne droite se présenta à eux.
Leurs bottes résonnaient sur les dalles de pierre et contre les murs gris. L'odeur de la poix était toujours omniprésente dans cette partie de la citadelle et elle se mêlait désormais aux effluves sanglantes émanant des guerriers en noir.
La douleur des blessures et le choc des événements n'avaient pas leurs places ici. Leur cœur avait beau battre la chamade, leur sang couler de leurs plaies, la sueur perler sur leur front et leur tomber dans les yeux, il n'y avait pas le temps de s'y attarder.
Dire qu'ils n'avaient pas peur aurait été mensonge. Tous étaient terrorisés à l'idée que leurs ennemies ne les rattrapent, à la pensée de se diriger vers un piège, et c'était de cette peur qu'ils tiraient leur courage, de l'espoir qui naissait des ténèbres qui essayaient de s'emparer de leurs cœurs.
Ils devaient absolument continuer d'avancer pour pouvoir se battre à nouveau un autre jour. Ils devaient avancer pour ceux qu'ils aimaient, pour leurs amis, pour leur famille. Ils devaient avancer pour survivre.
Ils ne ralentir qu'au dernier moment, celui d'ouvrir la porte. Ils se regardèrent tous une dernière fois sans savoir ce qui les attendait de l'autre côté.
Dans les histoires de légendes ou les contes, c'est là que les héros se seraient dit quelques mots touchants, là qu'ils auraient avoué leurs sentiments, peut-être même qu'un baisé aurait été échangé, mais ils n'étaient pas dans ce genre de récit. S'ils voulaient survivre, il n'y avait pas de temps à perdre.
Ils se contentèrent d'un regard et d'un hochement de tête puis ils franchirent la porte. Quittant un enfer pour un autre.
