Chapitre 43

Natsu


Le lendemain de mon retour à Crocus, je me lance dans ma propre mission. De toute évidence, si je veux que Gray tourne la page, je dois lui prouver que moi aussi. Donc je dois trouver un mec avec qui sortir. Immédiatement.

Ma première opportunité se présente au café de la fac. Le blizzard souffle dehors alors que j'entre pour me réchauffer. Le garçon qui fait la queue devant moi m'est familier. Je le reconnais lorsqu'il va attendre sa boisson au bout du comptoir après avoir passé commande, c'est Jimmy. Jimmy comment, déjà ? Pauley ? Non, Paulson. Jimmy Paulson, qui est en littérature avec moi et avec qui j'ai dansé à la soirée Sigma. Parfait.

- Salut Jimmy ! je dis en le rejoignant après avoir passé ma commande.

Il semble se crisper.

- Ah, salut, répond-il en balayant le café du regard, comme s'il ne voulait pas être vu avec moi.

- Dis... je me disais qu'on n'avait pas vraiment reparlé depuis la soirée en octobre et...

Le barista donne son café à Jimmy, il le prend rapidement.

- Je me disais que ce serait cool de se revoir et...

Il s'éloigne déjà. Mon Dieu, mais pourquoi il a l'air terrorisé comme ça ? Il pense que je vais lui sauter dessus ou quoi ?

- On pourrait peut-être boire un café, un de ces quatre ?

- Ah, dit-il en reculant davantage. Euh, merci, mais... je... je ne bois pas de café.

Mon regard tombe sur celui qu'il tient dans ses mains.

Il suit mon regard et déglutit.

- Désolé, faut que j'y aille. Je... quelqu'un m'attend de l'autre côté du campus et... euh... c'est loin, alors je suis pressé.

Il traverse immédiatement le café vers la sortie et disparaît dans le blizzard.

Wow. C'était super bizarre.

Je prends mon chocolat et je repars directement en direction de Bristol House. Je marche lentement, parce qu'il neige tellement que l'équipe de maintenance n'a pas eu le temps de déblayer les chemins et je m'enfonce d'une quinzaine de centimètre à chaque pas. Cependant, je ne suis pas concentré sur la neige ou le vent glacial. Je suis perplexe. Quand je sortais avec Gray, les gens me disaient bonjour tout le temps. Aujourd'hui, tous ceux que je croise semble m'éviter, surtout les mecs. J'ai l'impression d'être un paria ou d'être au moins transparent, et c'est désagréable. Mais surtout, c'est inexplicable.

Je décide d'appeler Orga en rentrant pour savoir s'il veut sortir ce soir. Peut-être que l'on pourrait aller chez Malone, ah non, Gray y sera peut-être. Un autre bar, alors. N'importe où, du moment que je peux rencontrer un mec.

Je suis presque arrivé chez moi lorsque ma deuxième occasion se présente. Sting vient de sortir du foyer voisin et, contrairement au reste du monde, il lève la main et me sourit. Je lui réponds, soulagé que quelqu'un ait l'air content de me voir.

- Salut toi, on se connaît non ? dit-il en venant vers moi.

Il a sa coiffure décoiffée habituelle, mais bizarrement, je ne trouve plus ça craquant du tout. Je crois même voir du gel dans ses cheveux, ce qui veut dire qu'il a pris du temps devant la glace pour se donner cet air je-m'en-foutiste, et que ça fait de lui un tricheur. Voire un menteur.

- Salut, tu as passé de bonnes vacances ?

- C'était sympa, oui, répond-il. Il n'y a pas beaucoup de pluie à Seattle à cette époque de l'année – j'ai dû me contenter d'une tonne de neige. Je suis allé faire du snowboard, du ski et j'ai été au spa. Plutôt cool, quoi, répond-il en dégainant ses fossettes qui ne me font plus le moindre effet.

J'ai dû mal à faire semblant d'être intéressé par la conversation, mais c'est le seul type qui daigne me regarder, je n'ai pas l'embarras du choix.

- Ça a l'air cool oui ! Alors...

Non.

Non, non, non. Juste... non.

Je ne peux pas. Pas avec lui. Gray m'avait aidé à le rendre jaloux en octobre. J'ai annulé le rencard avec lui quand j'ai réalisé que je voulais être avec Gray, et je sais à quel point Gray le déteste. Je ne peux pas tenter quelque chose avec lui, pas parce qu'il me laisse indifférent désormais, mais parce que ce serait poignarder Gray dans le dos.

- Alors, à la prochaine ! Je voulais juste te dire bonjour. Je vais rentrer finir mon chocolat. C'était sympa de te revoir, je dis en commençant à m'éloigner.

- Attends, qu'est-ce qui vient de se passer là ? s'exclame-t-il d'un ton agacé.

- Je suis désolé. Je suis vraiment un idiot.

Un sourire moqueur se dessine sur ses lèvres.

- Je n'osais pas le dire, mais...

- Je ne voulais pas te faire marcher. Quand j'ai dit que je sortirais avec toi, j'en avais vraiment envie. C'est juste que... je ne m'attendais pas à tomber amoureux de lui, je murmure presque pour moi-même.

Sting semble résigné.

- Je crois qu'on ne s'y attend jamais, si ?

- Ouais, je suppose. Il m'a surpris... Tu me plaisais vraiment, tu sais, je n'ai jamais menti à ce propos.

- Alors je ne te plais plus, c'est ça ? demande-t-il d'une voix triste.

- Je suis désolé. Je... eh merde. Je suis, peut-être, toujours amoureux de Gray... Mais si tu voulais repartir à zéro, comme amis, ça me ferait plaisir. On pourra parler d'Hemingway.

- Comment tu sais que j'aime Hemingway ?

Merde.

- Euh... eh ben... je me suis un peu renseigné sur toi, à l'époque où tu me plaisais. Tu vois ? Je ne mentais pas !

Il pourrait avoir l'air effrayé, mais c'est l'inverse. Il semble plutôt amusé.

- Eh ben, c'est bon à savoir, au moins.

Après un silence gênant, Sting met ses mains dans les poches de son blouson.

- Ok. Je veux bien qu'on soit amis. Tu n'as qu'à m'écrire si un jour tu veux boire un café.

Il s'éloigne lentement, et je me sens étonnamment plus léger.

Une fois chez moi, je me félicite d'avoir évité un potentiel désastre et je me concentre de nouveau sur ma mission. Erza ne rentre pas de New York avant demain et Freed n'est pas là non plus. J'écris à Orga qui m'annonce aussitôt qu'il a prévu de réviser son dernier examen toute la nuit. Quant à Juvia, elle passe la soirée avec Lyon.

Je soupire et je parcours la liste de mes contacts jusqu'à ce qu'un prénom attire mon attention. Plus j'y pense, plus je trouve l'idée brillante.

Jellal ne décroche pas tout de suite.

- Salut, qu'est-ce qui se passe ?

- Salut, c'est Natsu !

- Sans rire ! J'ai ton numéro, tu sais.

- Ah, oui. Écoute... je commence d'une voix timide. Je sais que Erza n'est pas rentrée de chez son père, mais je me demandais si... Qu'est-ce que tu fais ce soir ? Tu veux aller boire un verre ?

Le copain de ma meilleure amie reste silencieux. Je comprends sa surprise, c'est la première fois que l'appelle.

- Tu as conscience que c'est bizarre, non ?

Je soupire.

- Oui.

- Qu'est-ce qui se passe ? Tu t'ennuies ? Ou tu as vraiment l'intention de draguer le mec de ta meilleure amie ? Attends, est-ce que Erza écoute ? Erza, si tu es là, je t'aime ! s'exclame Jellal.

Je ris.

- Elle n'écoute pas, espèce d'abruti, mais c'est bon à savoir. Crois-moi, je n'ai pas du tout l'intention de te draguer. Je... eh ben... j'espérais traîner avec les mecs de ta fraternité, ce soir. Peut-être que tu pourrais, tu sais... me brancher avec l'un d'eux... ?

- Tu es sérieux ? s'écrie-t-il. C'est hors de question. Tu es beaucoup trop bien pour ces imbéciles. Et Erza me tuerait si je t'aidais à t'en taper un. Et puis de toute façon...

Il s'arrête brusquement de parler.

- De toute façon quoi ?

Il ne répond pas.

- Finis ta phrase, Jellal.

- Je ne préfère pas.

- Et moi j'insiste ! Bon sang, est-ce que tu sais pourquoi tous les mecs de la fac me fuient comme si j'avais la peste ?

- Peut-être... commence-t-il.

- Peut-être ?

Il ne poursuit pas et je pousse un grognement.

- Jellal, si tu ne me le dis pas, je jure que je vais...

- D'accord, d'accord, interrompt-il. Je vais te le dire.

Il s'exécute.

- Il a quoi ?!


Vingt minutes plus tard, je déboule dans le gymnase de la fac. L'air froid de la patinoire me fouette le visage, mais je n'en suis pas moins brûlant de rage. Il est dix-sept heures trente, donc Gray vient de finir son entraînement. Je me dirige tout droit vers les vestiaires à l'arrière du bâtiment, tellement énervé que je tremble de la tête aux pieds. Gray a officiellement été trop loin, et il est hors de question que je le laisse s'en tirer avec ses manigances de gamin.

J'atteins la porte du vestiaire au moment où un autre joueur en sort.

- Est-ce que Gray est dedans ?

Il a l'air surpris de me voir.

- Ouais, mais...

Je passe devant lui en le bousculant et j'ouvre la porte.

- Je ne crois pas que tu devrais...

Je débarque dans le vestiaire et... Merde.

Je ne pensais pas voir autant de mecs à poil dans la même pièce un jour. Sans être vraiment pudique, je suis pour le moins surpris. Et particulièrement mal à l'aise alors que tous les joueurs se retournent vers moi un par un. Pendant un instant, j'oublie presque ce que je suis venu faire ici.

- Dragneel ? s'exclame Luxus, en se retenant de rire.

Heureusement, il n'est que torse nu.

- Luxus ! Salut !

Je fais de mon mieux pour ignorer les regards persistants des types autour de moi. Toujours en souriant, Luxus désigne la porte du fond, qui doit être la salle des douches car de la vapeur s'en échappe.

- Merci, je dis en lui lançant un regard reconnaissant.

J'y fonce alors que quelqu'un en sort. C'est Gajeel.

- Salut Dragneel.

Apparemment, ma présence ne le choque pas le moins du monde.

Je continue en me demandant si j'ai vraiment envie d'assister aux douches de plusieurs hockeyeur à cet instant, mais heureusement, les douches sont individuelles et elles ont toutes des portes battantes. Les joueurs tournent la tête tandis que je passe devant leurs cabines, et je reconnais Birdie qui écarquille les yeux.

- Natsu ? s'écrie-t-il.

Je l'ignore et je continue jusqu'à apercevoir un dos que je connais par cœur. Des muscles parfaitement sculptés, une peau diaphane et des cheveux de jais, impossible de se tromper. C'est Gray.

Il se tourne en entendant mes pas et sa bouche tombe grande ouverte.

- Dragneel ?

Je m'avance jusqu'à la porte battante qui ne laisse dépasser que sa tête et ses épaules.

Je le fusille du regard.

- C'est quoi, ton putain de problème ?