Merci à tous ceux qui continuent de suivre cette histoire, à ceux qui la découvrent maintenant, et qui me le font savoir. Vos commentaires m'abreuvent ! Je sais que vous vous reconnaîtrez, avec vos reviews longs comme trois bras. Infiniment merci !
À ceux que je n'ai pu répondre individuellement : Melissa (tu relis les livres en pensant à ma fic : ULTIMATE GOAL ACCOMPLISH), Bahamut, Lena Malfoy, Eihpos, les guest sans noms et Katymyny (merci pour ce que tu as fait!).
Ce chapitre a été relu et corrigé par Zephineange, comme toujours, et ce depuis exactement 9 ans ! Et oui, le premier mail que je lui ai envoyé date du 31 décembre 2011, et c'est tout bonnement fou.
CinderellaSere m'a fait l'immense honneur de faire un fanart sur cette histoire, et il est tout simplement sublime ! Pour le voir en grand (avec tous les petits détails et les références à la fic), vous pouvez allez sur sa page facebook /viedecoeur(POINT)scendre , ou sur la première page de L'ombre du temps sur AO3.
Sur ce, bonne lecture, un chapitre particulièrement long pour cette nouvelle année. Je vous souhaite à tous mes meilleurs vœux !
Aliénation
- Harry Potter -
Rentrer dans sa chaumière après l'agitation de Poudlard était étrange. Malgré l'heure tardive, l'air était chaud et en d'autres circonstances, Harry en aurait profité pour s'allonger dans le champ, regarder les étoiles, écouter la vie sauvage nocturne s'éveiller autour de lui.
Il en était incapable. Ce calme était presque une insulte.
Il n'avait pas prévu d'être aussi affecté par ces évènements. Il aurait dû laisser tout cela au passé. Peut-être, s'il n'avait pas assisté à la Troisième tâche et à la disparition de Cédric, cela aurait-il était plus diffus, lointain.
Devant son agitation, les chats de la maisonnée allèrent se cacher sous les meubles ou s'enfuirent par la fenêtre entrouverte. Harry alla s'étendre dans son lit, espérant trouver un peu de repos. Ses pensées, pourtant, se tournèrent vers Severus. Où était-il, en ce moment ? Avait-il déjà rejoint Voldemort ? Il savait qu'il n'était pas en danger, il l'avait déjà vu revenir, bien vivant, pourtant il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui.
Le sommeil finit par l'emporter, le plongeant dans une transe agitée. Il se réveilla quelques heures plus tard avec les premières lueurs de l'aube. Il se leva, sachant qu'il serait inutile de rester au lit.
Ainsi, il était déjà réveillé lorsqu'un peu avant six heures on frappa à sa porte.
Severus se tenait dans l'embrasure. Son visage était tiré par la fatigue, encadré par ses cheveux sales. Il semblait encore porter ses habits de la veille, froissés et salis aux genoux, et Harry doutait qu'il ait dormi.
Harry le prit dans ses bras et inspira profondément dans son cou. Il sentait la sueur et la poussière, mais il s'en fichait, car il sentait avant tout l'odeur de Severus, vivant, contre lui. Son compagnon était raide dans ses bas et il ne se détendit que très légèrement.
Harry le relâcha et l'invita à entrer. Il s'installa à la table de la cuisine pendant que Harry lui proposait à manger. Il refusa en secouant la tête. Il ne semblait pas en état d'avaler quoi que ce soit.
Severus ne semblait pas être en colère contre lui, comme Harry s'y attendait. Il était entré dans de véritables rages alors que Harry lui avait caché des informations bien moins importantes. Mais il semblait seulement dans un état de fatigue extrême. Severus prit la parole avec difficulté.
« J'étais… avec Dumbledore. Je suis venu directement après… Il voulait… un compte-rendu de ma rencontre avec…
- Voldemort, compléta Harry.
- Ne prononce pas son nom », siffla Severus, avec un regain d'énergie.
Harry ne dit rien. Pendant le plus fort de la guerre, il s'était habitué à ne plus prononcer son nom. Mais durant ces dernières années, il avait repris son ancienne habitude et tant que cela ne serait pas nécessaire, il utiliserait ce nom autant qu'il le voudrait. Mais Severus n'était pas en état d'entendre cela.
« Comment ça s'est passé ? demanda-t-il à la place.
- Je suis toujours en vie, répondit Severus en haussant les épaules de façon faussement nonchalante. Il… Eh bien, tu l'as vu, je suppose. Il est déjà d'une puissance effroyable. »
Severus ferma les yeux, son corps parcouru d'un frisson.
« Tu ferais mieux de te reposer…
- Non. D'abord… Je dois te poser une question. Ta cicatrice… T'a-t-elle fait mal, lorsqu'il est revenu ?
- Quand j'étais jeune, oui. La douleur a été atroce, mais j'étais juste à côté de lui. Maintenant… Je l'ai ressenti, de manière plus diffuse. J'ai abattu mes barrières d'Occlumancie afin de tester le lien… Je savais que ça serait le seul moment où il serait assez occupé pour ne pas me remarquer. Puis, en remettant mes protections, je n'ai plus ressenti aucune douleur, ni même sa présence. »
Severus hocha lentement la tête. Il semblait trop fatigué pour réellement assimiler ce que lui disait Harry, mais il enregistrait les informations.
« Va dormir, maintenant. »
Harry le conduisit au lit, lui ôtant ses chaussures et le déshabillant comme s'il n'était qu'un enfant. Severus se laissa faire, preuve ultime de sa fatigue et de son état de choc.
- Severus Rogue –
La semaine qui suivit le retour du Seigneur des Ténèbres fut des plus étranges. Severus ne savait pas à quoi il s'était attendu mais certainement pas à ce qu'elle soit aussi calme. Il la passa entièrement chez Harry, attendant que quelque chose se passe. Mais ni Dumbledore, ni le Seigneur des Ténèbres ne le convoquèrent. Severus dormit beaucoup les trois premiers jours, comme s'il pouvait effacer l'affreuse réalité en plongeant dans l'oubli du sommeil.
Le quatrième jour, Severus défia Harry. Ils s'affrontèrent baguettes en main, plusieurs heures durant, dans la prairie qui s'étendait autour de la chaumière. Il s'était retrouvé démuni face au Seigneur des Ténèbres. Cette faiblesse ne pouvait durer. Il parvenait à garder le rythme avec Harry, mais son compagnon avait plus d'endurance. Ce fut Harry qui mit fin au combat, le désarmant d'un Expelliarmus adroit.
« On va s'arrêter là pour aujourd'hui », dit celui-ci d'un ton sans appel.
Severus était hors d'haleine alors que Harry semblait à peine essoufflé. Ce ne fut que lorsqu'il alla récupérer sa baguette, tombée dans l'herbe à quelques mètres d'eux, qu'il se rendit compte à quel point il était épuisé. Le combat avec drainé toute son énergie.
« Accio bouteilleetgâteaux », s'exclama Harry en s'asseyant sur le banc en pierre appuyé contre sa maison.
Il ne semblait pas réellement fatigué. Avait-il seulement combattu de toutes ses forces ? Severus avait trop de fierté pour lui demander. Il s'assit à côté de lui, acceptant la collation.
Ils parlaient peu. Des non-dits restaient en suspens entre eux. Severus avait remarqué que Harry lui jetait parfois des regards prudents, comme s'il s'attendait à ce que Severus explose de colère ou le harasse de questions.
Severus ne s'était laissé aller à aucune de ces pulsions. Il lui en voulait, pourtant. Harry savait tant et gardait tout. Mais à quoi bon lui demander pourquoi il n'avait pas essayé d'arrêter le Seigneur des Ténèbres, le tuer avant qu'il ne retrouve sa puissance. N'avaient-ils pas déjà débattu de cette question des dizaines de fois ? Mais tout ceci n'était maintenant plus une question rhétorique et hypothétique.
C'était désormais la réalité, leur vie.
Il considérait Harry comme un piètre menteur et tout aussi mauvais dissimulateur. Pourtant, il avait été capable de lui cacher le retour du Seigneur des Ténèbres. Il avait senti les forces obscures en mouvement l'année dernière, mais il n'aurait jamais imaginé qu'elles frapperaient aussi vite.
Harry avait été si…serein.
C'était cet aspect qui sonnait comme une trahison dans le cœur de Severus. Que pouvait-il lui cacher d'autre ?
Aurait-il pu lui cacher… sa propre mort ? Harry était finalement devenu trop bon Occlumens.
Pourtant, il savait que c'était irrationnel de lui en vouloir pour cela. Alors, lui aussi maîtrisait ses émotions, apaisant sa colère, gardant en lui sa rancune, aux côtés de ses peurs.
Ainsi, ils parlaient peu, sinon par gestes. Ils firent l'amour, avec une douceur qui contrastait avec le tumulte de ses émotions. Cela l'apaisa. Les jours suivants, ils continuèrent cette routine, alternant entre leurs combats et leurs étreintes, dans un rythme presque indolent.
La chaleur, plus écrasante de jour en jour, ajouta à cette sensation d'être coupé du temps. Severus retrouva peu à peu ses réflexes, avec une rapidité qui le réconforta. Harry restait néanmoins toujours légèrement supérieur à lui, juste ce qu'il fallait pour que Severus serre les dents et ravale sa frustration.
La Gazette du sorcier restait obstinément muette. Un court article seulement fut écrit sur la victoire de Potter au Tournoi des Trois Sorciers, accompagné d'un tout aussi court encart sur l'accident ayant provoqué la mort de Cédric Diggory. Lorsque Severus le mentionna à Harry, son compagnon jeta à peine un œil sur le journal, une moue de dégoût sur le visage.
Dumbledore finit par lui envoyer un hibou, lui donnant rendez-vous à Londres, à la gare Kingcross. Le lieu le laissa perplexe. Il s'empressa néanmoins de se préparer : il allait enfin savoir ce qu'il se passait.
Severus transplana dans une ruelle peu fréquentée non loin du lieu de rendez-vous. Il faisait étrangement plus frais qu'en Écosse. Du sol humide émanait l'odeur du pétrichor. Jetant un regard autour de lui pour s'assurer qu'il était seul, Severus transforma sa chemise en léger manteau. Il s'était habillé en moldu, ignorant où Dumbledore comptait l'emmener. Harry l'avait regardé se préparer avec un léger sourire aux lèvres. Cela faisait des années que son compagnon ne l'avait pas vu s'habiller ainsi et il avait semblé aimer le voir dans ces vêtements.
Il rejoignit une rue plus fréquentée, parcourue à cette heure-ci par les travailleurs rentrant chez eux, le pas pressé et la tête basse. Le parvis de la gare était tout aussi animé, des flux de voyageurs s'entremêlant inlassablement. Severus n'eut pourtant aucun mal à repérer Dumbledore dans cette foule. L'homme portait l'une de ses robes extravagantes, aux couleurs vives. Pourtant, malgré la longue barbe et la tenue, il attirait à peine quelques regards en coin. Les moldus londoniens étaient habitués aux extravertis et Dumbledore n'était qu'un vieux fou de plus, assis sur son banc à regarder le monde passer.
« Ah, Severus, dit le vieil homme en le voyant approcher. Vous êtes en avance. »
Severus hocha brièvement la tête. Il ne se sentait pas à l'aise, ainsi exposé.
« Allons-y. »
Severus suivit le vieil homme docilement. Ils marchèrent quelque temps, sans dire un mot, bien que Severus brûlait d'envie de l'assaillir de questions. Ils finirent par trouver un recoin désert et Dumbledore lui tendit le bras. L'instant suivant, ils transplanaient dans une rue décrépie de Londres. Le quartier n'était pas aussi pauvre que celui dans lequel Severus avait grandi : les maisons étaient plus grandes et quelques indices, les grilles en fer forgé ouvragées par exemple, montraient une grandeur passée. Pourtant, les maisons étaient sombres et certaines semblaient inhabitées. Des ordures trainaient sur le trottoir et de nombreuses réparations auraient dû être effectuées depuis longtemps.
« Les quartiers de l'Ordre du Phénix se trouvent au 12, square Grimmaurd », murmura Dumbledore à côté de lui.
En face de Severus, deux maisons s'écartèrent silencieusement, la magie étendant l'espace, pour laisser la place à la porte du numéro 12.
« Est-ce bien prudent de m'indiquer le lieu du quartier général ? s'inquiéta Severus en fronçant les sourcils.
- Nous en parlerons à l'intérieur », répondit Dumbledore en se dirigeant vers la porte.
Severus lui emboîta encore une fois le pas. Ils pénétrèrent dans un hall plongé dans l'obscurité. La lueur des réverbères à l'extérieur permettait juste d'apercevoir des meubles recouverts de poussière.
Severus s'apprêta à ouvrir la bouche mais Dumbledore lui fit signer de rester silencieux. Ils se dirigèrent vers une porte derrière laquelle s'élevaient des voix assourdies. La pièce dans laquelle ils entrèrent semblait aussi négligée que la précédente. Il s'agissait d'une cuisine, où une couche de saleté assombrissait tous les meubles et des bougies consumées étalaient leur cire un peu partout.
Les occupants de la pièce ne semblaient pas avoir encore remarqué leur présence, concentrés qu'ils étaient sur leur tâche. Au fond de la cuisine, Remus Lupin essayait de récurer un immense chaudron, une moue dégoûtée sur le visage. Deux autres personnes se tenaient devant une grande table qui traversait toute la pièce, dos à eux. Severus reconnut sans mal le premier : la photographie de l'homme avait illustré tous les murs du monde sorcier deux ans plus tôt et il avait été forcé de le revoir la semaine précédente. Sirius Black semblait moins sale que lorsqu'il l'avait vu à Poudlard, mais son corps était toujours aussi émacié. La femme qui l'accompagnait lui disait quelque chose, sans qu'il ne se rappelle où il l'avait déjà vue. Pourtant, il aurait dû se souvenir d'une jeune fille aux cheveux si roses.
Ils tenaient chacun une éponge dans la main et la table était recouverte de longues traînées humides qui semblaient plus avoir étalé la crasse que nettoyé quoi que ce soit. De toute évidence, les deux compères essayaient de nettoyer la table, sans succès.
« Pourquoi ne pas avoir utilisé un sortilège ? disait la femme.
- Comme si j'en connaissais un ! répondait Black. Fais-le donc toi !
- J'ai toujours été mauvaise à ça, mais voyons… » marmonna-t-elle.
La voix lui permit de retrouver la mémoire. Nymphadora Tonks. Elle avait quitté Poudlard il y a quelques années et avait laborieusement suivi les cours avancés de Potions car elle voulait devenir Auror. À l'époque, elle n'avait pas les cheveux de cette couleur, mais elle était déjà versée dans les excentricités capillaires. Elle était une Métamorphomage et McGonagall en avait longuement parlé pendant sept ans avec quiconque avait le malheur d'aborder la question. Tonks était à Poufsouffle, s'il se rappelait bien, et une véritable catastrophe ambulante.
Il aurait dû anticiper ce qui arriva.
Levant sa baguette avec fermeté, Tonks s'exclama :
« Lavmoassa… Lavmoassa! »
L'effet ne fut pas immédiat, puis une légère fumée s'éleva lentement du bois, à peine perceptible, quand soudainement la table s'enflamma. Tonks poussa un cri de surprise et Black s'éloigna d'un bond tout en essayant de sortir sa baguette. Dumbledore fut le premier à réagir, éteignant d'un coup de baguette le feu avant qu'il ne fasse plus de dégâts.
« Professeur ! s'exclama Tonks, remarquant enfin leur présence.
- Je vous ai demandé de remettre cette salle en état, pas de la détruire, fit remarquer Dumbledore d'un ton amusé.
- Désolé, répondit Lupin qui s'était rapproché. Aucun de nous n'est très doué pour cela… »
Dumbledore hocha la tête.
« Molly ne devrait pas tarder à arriver, je suis sûre qu'elle vous donnera quelques conseils. J'ai encore certains membres à aller chercher, je reviens. »
Sur ces paroles, il les laissa ainsi. Les trois autres se tournèrent vers Severus, divers degrés de réserve et d'hostilité sur le visage. Black le toisait avec un regard noir, une moue de mépris sur le visage. Lupin cachait mieux son jeu, mais Severus pouvait voir son ressentiment malgré tout. Quant à Tonks, elle semblait mal à l'aise, légèrement intimidée.
« Bonsoir professeur », dit-elle d'une voix trop aigüe.
Au moins, elle semblait encore le respecter. Severus s'approcha en sortant sa baguette. Black se saisit aussitôt de la sienne. Severus leva un sourcil et pointa sa baguette vers la table :
« Récurvite. »
Aussitôt, la table se retrouva entièrement débarrassée de la saleté.
« Je pensais que vous vous seriez souvenu de ce sort, vu le nombre de fois où vous avez dû l'utiliser à la fin de l'un de mes cours, mademoiselle Tonks. »
La jeune femme eut la décence de paraître embarrassée. Le bout de ses cheveux vira en une teinte de rose plus intense. Black s'avança d'un pas :
« Ne pense pas que tu vas pouvoir persécuter qui que ce soit sous mon toit, Rogue.
- Sous ton toit ? » répéta Severus d'un ton moqueur.
Et soudainement, Severus réalisa : ils se trouvaient dans la maison familiale des Black. Leur blason ornait la plaque de métal au fond de la cheminée. Dumbledore l'avait conduit au cœur de l'antre de son pire ennemi. Pire, il en avait fait leur quartier général.
Black croisa les bras avec satisfaction en voyant l'expression de Severus, un sourire narquois sur le visage. Severus répondit par un rictus :
« La grande demeure des Black. À l'image de son propriétaire. »
En prononçant ces mots, il promena une main sur une armoire le long du mur. Il releva devant ses yeux son doigt couvert de poussière et haussa un sourcil en direction de Black. Celui-ci serra les poings sur sa baguette.
« Ne répond pas Sirius, dit Remus à voix basse. Il essaie juste de te provoquer. Dumbledore veut que vous travailliez ensemble. »
Cette remarque provoqua un reniflement dédaigneux de la part de Severus. À quoi songeait Dumbledore ? À la grimace de Black, celui-ci semblait penser à la même chose.
La porte s'ouvrit soudainement, évitant à la situation de s'envenimer davantage. Bill, Arthur et Molly Weasley entrèrent dans la pièce et détournèrent sans le savoir la conversation. Arthur vint serrer la main de Severus et essaya d'échanger quelques mots de politesse avant de se tourner vers Lupin. Molly, après avoir salué l'assemblée, jeta un regard critique sur la cuisine et se retroussa les manches.
« On ne va pas faire une réunion dans une telle saleté… » marmonna-t-elle.
Black parut gêné. Severus eut la satisfaction de voir qu'il semblait aussi peu à l'aise que lui avec ces personnes. D'autres membres de l'Ordre du Phénix arrivèrent petit à petit. Il fut surpris de connaître la plupart des membres de l'Ordre, ne serait-ce que de nom : Dedalus Diggle, Mondingus Fletcher, Kingsley Shackelbolt, Sturgis Podmore. Il ressentit néanmoins un soulagement en voyant enfin une figure familière et amicale lorsque Minerva entra dans la pièce. Elle resta cependant peu de temps avec Severus :elle alla saluer chaleureusement les membres du premier Ordre du Phénix.
Severus était étonné de la rapidité avec laquelle ces sorciers et sorcières avaient répondu à l'appel de Dumbledore. Cependant, ils paraissaient peu nombreux comparés au nombre de Mangemorts qu'avait vu Potter.
Enfin Severus aperçut Dumbledore et il parvint à le prendre à part.
« Est-ce bien sage de me faire venir ici ? demanda-t-il à voix basse. De m'indiquer le quartier général de l'Ordre du Phénix ?
- Cette maison est sous Fidelitas, j'en suis l'unique Gardien du Secret. Tant que je serais en vie, Voldemort sera incapable de trouver cette maison. »
Severus serra les dents à la mention de son maître. Dumbledore continua :
« Quant à vous présenter aux autres membres de l'Ordre… Vous ne serez pas qu'un simple espion, Severus. Vous êtes un membre à part entier de l'Ordre du Phénix. Comme je l'ai dit la semaine dernière, nous avons besoin que les rares personnes qui savent la vérité unissent leurs forces. »
Dumbledore observa un instant l'expression dubitative de Severus, avant de lui tapoter le bras :
« Cela va bien se passer, Severus. »
Ce dernier le regarda s'éloigner vers la table, se demandant comment il pouvait être aussi serein et optimiste. Les autres membres de l'Ordre présents dans la pièce commencèrent à s'installer en voyant Dumbledore. Les conversations se tarirent petit à petit et Severus prit place à son tour, laissant quelques sièges vides à ses côtés.
Dumbledore s'installa au bout de la table et resta debout. Il s'éclaircit la gorge, pure formalité, car déjà tous s'étaient tus et le regardaient avec attention. Il prit la parole avec solennité :
« Je vous ai demandé à tous de venir, afin de reformer l'Ordre du Phénix, et je vous remercie d'avoir répondu aussi vite. Vous savez ce que cela signifie. »
Il marqua une pause, regardant tour à tour les personnes autour de la table dans les yeux.
« Voldemort est de retour. »
Molly poussa un léger cri, bien qu'elle soit déjà au courant. Les autres retinrent leur respiration et un silence chargé de noirceur tomba sur la tablée. Severus se retint de lever les yeux au plafond devant ce mélodrame.
« Ceux qui me connaissent le mieux savent que j'ai toujours cru qu'il reviendrait un jour. Par des procédés sombres dont j'ignore encore une partie, Voldemort a réussi à tromper la mort. J'ai fait ce que j'ai pu durant ces années pour nous préparer à son retour. Malheureusement, cela est arrivé plus tôt que je ne l'avais prévu et de la pire des manières. Voldemort n'est pas revenu au grand jour, il a effectué sa résurrection en secret, entouré de ses fidèles mangemorts et il semble vouloir rester invisible pour l'instant. Cette fois encore, il infiltrera le ministère et toutes les couches de la société dans l'ombre. »
Dumbledore les regardait, le regard grave. Il s'accorda cependant un léger un sourire.
« Heureusement pour nous, il y a eu un léger accroc dans son plan. Un témoin a survécu à son retour. Je parle bien sûr de Harry Potter. Il a pu nous rapporter la vérité. Vérité qui n'a pourtant pas éclaté au grand jour. J'ai passé une partie de la semaine au ministère de la Magie, mais Fudge refuse de me recevoir et aucun de ses collaborateurs n'accepte de m'écouter. Je suis désormais persona-non-grata en ces lieux. Il en va de même avec les journalistes de la Gazette du sorcier, et les autres journaux se sont alignés sur ce comportement. »
Plusieurs sorciers autour de la table commencèrent à murmurer d'un ton furieux, mais Dumbledore les apaisa avant de reprendre.
« Avertir nos concitoyens sera pour l'instant la première mission de l'Ordre. Il faut que tous sachent pour que chacun puisse se préparer. Nous ne pouvons laisser Voldemort semer la zizanie entre nous. Je compte donc pour cela sur chacun d'entre vous. Je sais que certains, à cause de leur travail, ne pourront parler librement. »
En disant cela, il regarda plus particulièrement Arthur Weasley et Nymphadora Tonks.
« Je vous demande de ne pas prendre le risque d'être ostracisés pour cela, surtout si vous travaillez au ministère. Nous aurons besoin de vous. La seconde mission sera de récupérer des informations. Nous devons connaître les plans de Voldemort et de ses Mangemorts, mais aussi ceux qui seraient intéressés par l'idée de les rejoindre. »
Son regard passa très brièvement sur Severus, mais aussi Dedalus Diggle et Mondingus Fletcher.
« Enfin, le dernier point, mais non moins important, il s'agit de protéger Harry Potter. Après lui avoir échappé plusieurs fois, Voldemort va continuer à essayer de l'atteindre. Vous comprenez certainement déjà sans mal pourquoi il est nécessaire de protéger le garçon, ne serait-ce que pour le symbole qu'il représente. Laissez-moi vous dire qu'il est encore bien plus important que cela.
- Vous parlez de lui comme d'une arme », s'offusqua Molly Weasley.
Quelques murmures s'élevèrent autour de la table, certains choqués qu'elle ose interrompre Dumbledore, d'autres en accord avec ses protestations.
« Je suis désolé que mes paroles puissent être ainsi interprétées et je vous assure qu'il n'en est rien. Vous savez la grande affection que je porte à ce garçon. Cependant, on ne peut nier qu'il existe un lien magique fort entre Harry et Voldemort. Ce lien est probablement la clef afin de vaincre définitivement Voldemort.
- Alors nous n'allons lancer aucune action contre Vous-Savez-Qui directement ? » demanda Tonks.
L'extrémité de ses cheveux rosit lorsque tous les regards se tournèrent vers elle, se rendant compte de l'effronterie dont elle faisait preuve. Dumbledore ne s'en offusqua pourtant pas.
« Voldemort, vous pouvez utiliser le nom qu'il s'est donné. Et non, tant que qu'il n'aura pas agi ouvertement, nous ne pourront le contrecarrer ouvertement. D'autant plus que nous ne nous battons pas contre un seul homme, mais contre une créature tentaculaire. Nous ne pouvons pas encore l'éliminer directement, mais nous pouvons empêcher qu'il s'étende. »
Les membres de l'Ordre du Phénix hochèrent la tête, certains les sourcils froncés et le front barré de rides d'inquiétude. Severus hésita un instant avant de se lancer :
« Le Seigneur des Ténèbres est revenu une fois, dit-il. Même s'il est de nouveau vaincu, qui nous dit qu'il ne reviendra pas encore ?
- Je travaille sur la question », répondit tranquillement Dumbledore.
Severus n'était pas satisfait de la réponse, mais il se retint de pousser plus.
« Pour revenir à la sécurité de Harry, il va falloir organiser des surveillances de la maison de sa famille.
- Nous pouvons l'accueillir au Terrier, s'exclama Molly tandis qu'Arthur hochait la tête à côté d'elle. Si Billy reste à la maison, nous serons plus qu'assez nombreux pour le protéger.
- Sinon, il peut passer l'été ici, contrecarra Black. Après tout, la maison est sous Fidelitas, n'est-ce pas pour cela que vous l'avez installé ? »
Dumbledore secoua doucement la tête.
« Harry doit rester chez sa tante, au moins pour le mois de juillet. C'est nécessaire. Nous verrons les dispositions à prendre pour la suite. En attendant, nous allons organiser des tours de garde. »
Molly et Black donnaient l'impression qu'ils voulaient continuer d'argumenter mais Dumbledore ne leur laissa pas la place. Il s'ensuivit un moment où chacun donnait ses disponibilités. Minerva notait tout sur un parchemin et Severus voyait au pli soucieux qui se formait sur son front que l'organisation serait ardue. Ils étaient peu nombreux, et beaucoup avait des emplois du temps contraignants ou, dans le cas de Tonks, Dedalus Diggle et Mondingus Fletcher, fluctuants. D'un signe de la tête discret, Dumbledore lui indiqua qu'il était exempté de ces tours de garde.
Puis la conversation dériva sur la nécessité de remettre en état le quartier général. Dumbledore voulait en faire un lieu de rassemblement et de réunion, mais aussi un lieu où se replier en cas de danger, avec la possibilité d'y loger de nombreux sorciers et sorcières. La conversation passa des protections magiques nécessaires aux réparations et nettoyages à prioriser, et Severus décrocha.
Ses pensées dérivèrent sur Potter et la raison qui pouvait pousser Dumbledore à le laisser chez Pétunia, lorsqu'une soudaine douleur s'éveilla dans son avant-bras droit. Il posa sa main sur l'emplacement de la marque des Ténèbres, agrippant le tissu compulsivement. Le geste n'échappa à Dumbledore qui lui lança un regard pénétrant. Il allait devoir s'habituer à cette douleur. Il ne pouvait se permettre de réagir ainsi à chaque fois que le Seigneur des Ténèbres l'appelait.
Severus lança un regard interrogateur à Dumbledore qui acquiesça imperceptiblement. Severus se leva, sous le regard vaguement surpris des autres. Il n'était pas le seul à avoir arrêté d'écouter, mais tous avaient raté sa conversation silencieuse avec Dumbledore.
Au moment de fermer la porte, Dumbledore dit :
« Je vous attendrai à Poudlard. »
Severus hocha la tête sans chercher à masquer son soulagement. Il n'aurait pas accepté faire son rapport devant tous les membres de l'Ordre du Phénix.
Il traversa silencieusement le hall plongé dans l'obscurité et transplana sur le perron, se laissant aller au lien qui l'unissait au Seigneur des Ténèbres.
Un sentiment de malaise le prit à la gorge dès son arrivée. Il avait transplané dans un parc de manoir. En se retournant, Severus pouvait apercevoir à travers les imposantes grilles les derniers rayons du soleil effleurer les toits du village en contrebas de la colline. Le manoir dominait les environs, vaste et sinistre, avec ses murs recouverts d'un lierre qui s'était immiscé jusqu'au toit, déchaussant peu à peu les tuiles. Le jardin avait été laissé à l'abandon et était envahi par les mauvaises herbes et les flaques de boue.
Severus invoqua son masque de Mangemort, blanc comme l'ivoire, et le revêtit. La sensation était étrange, il ne l'avait pas porté depuis plus d'une décennie. À l'époque, il avait aimé l'anonymat qu'il lui procurait, se sentant à la fois protégé et tout puissant derrière le masque. Désormais, il se sentait oppressé, sa vision réduite à deux fentes par lesquelles son environnement paraissait menaçant, comme si à tout moment quelqu'un pouvait se cacher dans son angle mort et lui sauter à la gorge.
Il se dirigea à pas mesurés vers l'entrée, laissée grande ouverte. Il sentait la force sombre s'intensifier alors qu'il s'approchait du manoir. L'intérieur était tout aussi défraîchi que l'extérieur. Il avait cru que cette apparence n'était qu'une illusion, destinée à berner les moldus ou les curieux, mais il n'en était rien. Plus curieux encore, Severus aperçut plusieurs interrupteurs aux murs, bien que les pièces fussent éclairées par des dizaines de bougies au plafond et sur les meubles.
Cette maison avait un jour appartenu à des moldus. Severus nota cette information dans un coin de son esprit et continua son chemin.
Tout autour de lui, il pouvait reconnaître la magie de son maître, oppressante et malveillante. Elle imprégnait le sol et les murs, chargés de magie noire. Il ne s'agissait pas uniquement des sorts afin de protéger le lieu, la magie noire ne fonctionnait jamais de façon aussi simpliste. Severus percevait un enchevêtrement de maléfices, qui ne se contentaient pas de dissuader, masquer, défendre, mais capable de frapper et tuer de leur propre initiative. Une conscience, presque.
Même si Dumbledore réglait le problème de l'apparente immortalité du Seigneur des Ténèbres, il ne serait pas aisé à atteindre.
Un bruit attira son attention : un homme se tenait dans un coin, comme écrasé par l'immensité de la pièce.x Il lui fallut un moment pour le reconnaître : Pettigrow. Il était aussi laid que dans ses souvenirs, peut-être vieilli avant l'heure, ses vêtements dans un état déplorable. Une émotion violente se saisit de lui - le traître, le lâche, l'immonde responsable - mais il la maîtrisa aussitôt.
« Le maître t'attend », chevrota l'homme en pointant une porte du doigt.
Severus ne lui accorda pas plus d'attention.
Son maître se tenait au centre de la pièce, vêtu d'une robe noire simple, son serpent lové à ses pieds. Il était seul, tenant sa baguette avec un air pensif. Il releva la tête alors que Severus pénétrait dans ce qui avait dû être un temps une salle de bal.
« Ah, Severus. Tu es venu rapidement, cette fois. Bien. »
Severus sentit un frisson dévaler sa colonne vertébrale. Jamais ce mot n'avait été prononcé avec tant de menace.
« Parle. Que fait Dumbledore ? »
Severus déglutit :
« Il a reformé l'Ordre du Phénix. Pour l'instant, leur objectif est de convaincre les autres sorciers de votre retour.
- Combien sont-ils ?
- J'en ai vu moins d'une dizaine. Principalement des membres de l'ancien Ordre du Phénix.
- Où se situe leur quartier général ?
- À Londres. »
Severus soutint le regard de Voldemort. Il était facile de prétendre qu'il ne pouvait pas en dire plus, lorsque c'était la vérité. Le Seigneur des Ténèbres finit par hocher la tête.
« Je vois. Tu peux t'en aller. »
Severus ne put retenir sa surprise.
« Vous n'avez pas besoin de moi pour autre chose, maître ?
- Pas pour l'instant. Va-t'en. »
Severus fit demi-tour, maîtrisant sa frustration. Il savait qu'il devrait déjà s'estimer heureux de quitter cette convocation en vie et indemne, mais il n'avait rien pu obtenir d'intéressant. Le Seigneur des Ténèbres compartimentait les informations et il ne lui faisait pas encore suffisamment confiance. Il allait devoir négocier auprès de Dumbledore de vraies informations à révéler pour pouvoir gagner cette confiance. Et reprendre contact de façon approfondie avec les autres Mangemorts.
- Harry Potter -
Harry se frotta les yeux, fatigué. Il n'était plus habitué à écrire autant. Depuis qu'il avait achevé le manuscrit sur les elfes de maison, il avait rarement écrit plus d'une heure à la suite. Pourtant, il se devait de répondre au plus vite à l'avalanche de lettres qu'il avait reçues.
Les rumeurs concernant le retour de Voldemort avaient voyagé vite à travers l'Europe et le reste du monde. Il paraissait presque étrange que ses amis russes semblassent plus informés que ses concitoyens britanniques mais il supposait que c'était normal : ses amis et collèges étrangers guettaient ce genre de rumeurs. C'était leur travail.
Tout l'après-midi, sa cuisine avait été le théâtre d'un ballet de chouettes et autres corbeaux, pigeons et faucons dont usaient ses collègues étrangers pour communiquer. Il n'avait jamais échangé de lettre avec certains, mais ils avaient pourtant su le trouver. Il en avait presque renversé son thé lorsqu'une cigogne noire, provenant apparemment du Portugal, était venue toquer à sa porte.
Harry avait eu bien du mal à concilier tous ces oiseaux avec les habitants à quatre pattes de la maison et de nombreux coups de griffes et de bec furent échangés avant qu'il ne parvienne à instaurer une certaine paix. Il évita aussi de peu qu'une chouette épuisée ne se fasse dévorer alors qu'elle atterrissait maladroitement sur son fauteuil maudit.
Tout cela avait probablement participé à sa fatigue. Il ne lui restait désormais plus que deux lettres, les quelques oiseaux restant s'étaient installés au sommet des meubles et l'un des chats était revenu se loger sur ses genoux.
Harry tapota du bout de sa baguette l'avant-dernière lettre. Les mots inscrits se brouillèrent avant de réapparaître, passant de l'italien à l'anglais. Une fois de plus, Harry bénit les sortilèges de traduction. La plupart de ses amis à l'étranger parlaient anglais, au moins de façon rudimentaire, et ils n'avaient la plupart du temps guère eu de mal à se comprendre. Par contre, ils ne l'écrivaient pas, ou avec tant de fautes qu'un sort de traduction était plus efficace.
Artus,
J'espère que tu te portes bien. Ici, le Service est en émulation. Le chef a reçu il y a deux jours une lettre de A. Dumbledore, informant du retour de Voldemort, l'incitant à être attentif. Peu de temps après, le président lui-même a fait une réunion extraordinaire pour démentir cette lettre. Apparemment, ton ministre lui aurait dit que Dumbledore ment et qu'il cherche à renverser le pouvoir en semant la confusion ! Nous avons désormais ordre d'ignorer tout courrier provenant de Dumbledore ou d'un de ses sympathisants.
Je sais que tu tiens Dumbledore en haute estime, comme tous tes compatriotes, mais tu avais l'air quelque peu réservé lorsque nous en parlions... Que sais-tu sur le sujet ? Nous sommes en grand besoin d'informations fiables.
Même si ma hiérarchie ne me suit pas, tu sais que tu peux compter sur moi, et je ne suis pas le seul au Service…
Ferrucio
Harry se sentait soulagé de pouvoir compter sur ses amis et collègues de l'étranger. Pourtant, les impliquer si tôt paraissait dangereux. Il y avait songé bien sûr, lorsqu'il avait tissé ce réseau de puissants sorciers combattant des mages noirs, et avait pensé pouvoir faire appel à eux lorsque la jeune version de lui aurait effectué son retour dans le temps. Ainsi, il ne prendrait pas le risque de changer le cours des évènements. Mais ceci n'arriverait pas avant plusieurs années. Il ne s'était pas attendu à ce que les chasseurs de mages noirs soient mis dans la confidence dès le retour de Voldemort, mais désormais cela lui semblait inévitable. Il aurait dû se douter que Dumbledore chercherait tous les alliés possibles...
Il trempa sa plume dans l'encre.
Bonjour Ferrucio,
À ma connaissance, et je suis plutôt bien informé, Voldemort est bel et bien de retour. Le ministère est pris dans un immobilisme politique et refuse de croire à sa résurrection. Je crains qu'il n'y ait pas grand-chose que vous puissiez faire ici sans créer un incident diplomatique entre nos deux pays jusqu'à ce que Voldemort ne se révèle en plein jour. Vous pouvez par contre faire votre possible pour que Voldemort ne puisse recruter chez vous. Je ne doute pas que la nouvelle de son retour circule déjà dans les milieux souterrains, et beaucoup seront tentés de le rejoindre pour profiter du pouvoir qu'il offre. Empêchez cela, et peut-être parviendrons-nous à le contrer avant qu'il ne soit trop tard.
Je pense à vous, soyez prudent,
Artus
Harry cacheta la lettre et la posa sur le bord de la table. Il prit enfin la dernière lettre. Il l'avait déjà lue, mais il n'y avait pas encore répondu. Il avait eu besoin de mûrir sa réflexion. Les mots qu'elle contenait le perturbaient.
Bonjour Artus,
Vous vous souvenez certainement de moi, nous nous sommes vus à plusieurs reprises à Budapest. D'étranges rumeurs sont parvenues jusqu'à moi sur de sombres évènements survenus au Royaume-Uni et j'espérais que vous pourriez m'éclairer.
Certains murmurent que Voldemort serait de retour. Cela ne serait pas la première fois que l'on pense un sorcier mort à tort, surtout lorsque autant de magie sombre est à l'œuvre. De plus, cette histoire de nourrisson vainquant un puissant mage noir m'a toujours paru étrange.
Mais j'ai entendu d'autres échos qui affirment que cette rumeur ne vise qu'à déstabiliser le ministère de la magie. Dumbledore serait derrière cette manigance.
Dans un cas comme dans l'autre, je prends cette affaire très au sérieux. Voldemort fait probablement parti des mages noirs les plus puissants et dangereux que ce siècle ait porté, et son retour annoncerait des jours sombres. Si c'est le cas, toutes nos forces doivent s'unir contre lui, au risque sinon que son influence ne s'étende sur toute l'Europe, et crée même des disciples, comme lors de sa première montée en puissance. En Hongrie, nous avons eu notre lot d'imitateurs, que sa disparition a heureusement déstabilisés.
Dans le cas contraire, l'idée que Dumbledore essaie de prendre le pouvoir m'inquiète tout autant. Je sais qu'il est très respecté au Royaume-Uni, aussi me permettrais-je de m'étendre sur ce sujet et de vous exposer un point de vue extérieur. Peut-être ici connaissons-nous mieux son histoire avec Grindelwald, ce qui expliquerait que nous sommes plus réservés à son sujet. Leur relation était sans aucun doute liée à une recherche de pouvoir et de puissance. Leur combat signifiait probablement une divergence d'opinion, mais les sorciers changent. Je crains, si Dumbledore devenait ministère de la magie du Royaume-Uni, des intentions hégémoniques, tant sur les moldus que sur les autres communautés sorcières. C'est une possibilité qu'il faut prendre au sérieux et le fait que Dumbledore ne semble pas verser dans la magie noire ne doit pas nous tromper sur son compte.
Je vous envoie cette lettre à la fois pour récolter des informations, mais aussi pour vous avertir. Lors de nos rencontres, vous m'avez semblé être un jeune homme plein de détermination et de bonnes intentions. Votre instinct nous a merveilleusement servis dans l'affaire de Farkas Benedek et je vous en suis encore reconnaissant. Méfiez-vous cependant de vos sentiments. Ce n'est pas parce que vous appréciez quelqu'un qu'il n'est pas capable de choses terribles, parfois malgré lui. J'irais même plus loin, ce n'est pas parce qu'une personne a de bonnes intentions qu'il n'est pas capable du mal. Prenez garde à vos sentiments, ne les laissez pas vous tromper, et ne jugez les autres que par leurs actions.
Bien à vous,
Molnar Ferenc
Harry avait presque oublié la biographie que Rita Skeeter avait publiée après la mort de Dumbledore. Ce qu'il y avait découvert l'avait bouleversé. Lorsqu'il y réfléchissait de manière plus approfondie, c'était à cette époque que les premières graines de colère contre Dumbledore avaient germé. La façon dont il l'avait traité lorsqu'il avait été projeté dans le passé, ses mois d'emprisonnement puis les années d'ignorance, n'avaient pas amélioré les choses. À l'époque, lorsqu'il avait appris tout ce Dumbledore ne lui avait pas dit, il aurait donné cher pour pouvoir retourner dans le temps et discuter avec le vieil homme à cœur ouvert. Mais ce n'était pas ainsi que cela s'était passé. Il pouvait encore avoir cette conversation, si seulement Dumbledore ne refusait pas obstinément de lui parler.
Pourtant, malgré tout cela, il lui restait fidèle.
Finalement, il composa une lettre relativement semblable à la précédente, confirmant le retour de Voldemort et exposant les mensonges du ministère de la Magie. Au moment de la clore, il ajouta cependant :
Nous connaissons parfois mal notre propre histoire. Je sais peu de chose des liens que Dumbledore a entretenus avec Grindelwald. Je vous serais reconnaissant si vous pouviez m'en apprendre plus.
La réponse arriva quelques jours plus tard. La longueur de la lettre le surprit et il ne put s'empêcher de la lire de travers afin d'arriver à la partie qui l'intéressait.
Nous n'avons guère de sources fiables de ce que je vais vous révéler, mais je vais essayer d'être le plus rigoureux possible et écarter les affabulations les plus flagrantes. Grindelwald et Dumbledore n'ont probablement été en contact qu'un court moment, pendant les quelques mois où Grindelwald était au Royaume-Uni. Mais cette rencontre a été décisive. Il s'agissait déjà de deux brillants sorciers avant de se rencontrer, mais l'émulation dont ils ont pu profiter en leur présence mutuelle ne fait aucun doute. Plus encore, ceux qui ont côtoyé au plus près Grindelwald savent comment celui-ci citait régulièrement Dumbledore dans ses réflexions. Il est difficile de vouloir refaire le passé, mais beaucoup se demandent ce qu'auraient été les velléités hégémoniques de Grindelwald s'il n'avait pas rencontré Dumbledore. Des lettres ont été retrouvées, parlant de la domination des moldus, pour leur plus grand bien. Je crains que ces lettres ne soient autant signées de la main de Grindelwald que de celle de Dumbledore. Ces deux hommes croyaient en leur supériorité bénéfique. Nous savons où cela mène.
Je dois finir ce compte rendu des faits par une rumeur. Je n'ai d'ailleurs aucune preuve pour l'étayer, mais elle me semble importante et vous comprendrez pourquoi. Il se dit que le lien qui a uni Dumbledore et Grindelwald est d'une nature plus profonde qu'une recherche de pouvoir. Entendez par là qu'il s'agissait d'une relation intime, voire romantique. Si j'apporte du crédit à ces bruits, c'est que je comprends mal comment une telle rumeur pourrait exister si elle n'avait pas un fond de vérité. J'ignore quels sont les préjugés chez vous, mais dans mon pays, on prétend que les pratiques homosexuelles diminuent le pouvoir de la magie. Il va sans dire qu'il s'agit d'un ramassis de sornettes : rien n'a jamais prouvé ces allégations. Mais en général, les rumeurs d'homosexualité ont cours sur des hommes de moindre qualité.
Je ne vous révèle pas cela par simple désir de propager des ragots sordides. Il me semble important d'avoir à l'esprit que de grands hommes, comme l'est selon vous Dumbledore, peuvent se fourvoyer par amour ou luxure. Des sentiments qu'on estime nobles peuvent nous pousser à ne pas voir le mal dans ceux que l'on aime. Je répète les avertissements de ma précédente lettre : soyez prudent, restez rationnel, sachez discerner les faits des passions. Nous en aurons besoin dans les temps à venir.
Molnar Ferenc
Harry reposa la lettre. Ses mains tremblaient légèrement. Les mots de Ferenc avaient touché trop juste, comme s'il l'avait observé toutes ces années, comme s'il avait eu accès à ses pensées, son intimité. Mais ce n'était pas à Dumbledore qu'il pensait, ni à Grindelwald.
Ferenc ne pouvait pas être au courant de sa relation avec Severus et pourtant, il avait le sentiment que l'avertissement était trop spécifique pour être lié au hasard. Si Dumbledore avait pu avoir des comportements troubles, qu'en était-il de Severus qui avait réellement rejoint Voldemort sans arrière-pensée ?
Severus était tout ce que Harry avait et Severus avait besoin de Harry. Que se passerait-il s'il ne pouvait compter l'un sur l'autre ? N'était-ce pas Dumbledore qui disait qu'en ces temps troublés, ils avaient besoin de se faire confiance ?
La même confiance que ses parents avaient accordée à Peter Pettigrow ?
Harry rangea la lettre précautionneusement, loin des regards indiscrets.
Malheureusement, les mots ne le quittèrent pas complètement. Ils résonnèrent en lui les fois suivantes où il vit Severus. Il voyait la peur dans son regard, dans son attitude, même s'il ne l'admettrait que dans un moment de grande faiblesse. Pourtant, Harry percevait autre chose que Severus essayait de lui cacher : une certaine forme d'admiration qu'il ne pouvait comprendre. Malgré sa haine, Severus ne pouvait s'empêcher d'éprouver de l'exaltation devant la puissance de Voldemort.
Severus était de nouveau exposé à la magie noire après des années. Harry savait qu'il ne s'en était jamais détourné complètement. Il l'avait vu lire des traités de magie, l'avait entendu parler de sorts et de rituels avec enthousiasme, et même s'il en taisait toujours le nom, Harry savait qu'il s'agissait de magie noire. Sa vision de la magie noire avait changé avec les années, il n'était plus aussi catégorique, mais tout cela le mettait toujours profondément mal à l'aise. Il pouvait admettre que parfois la frontière était arbitraire, mais dans la majorité des cas, ce tabou avait une raison d'exister.
Cependant, il y avait une différence fondamentale entre s'intéresser au sujet d'un point de vue purement théorique et de nouveau pratiquer la magie noire.
Sans surprise, Severus réagit mal lorsque Harry aborda le sujet
« Je sais ce que je fais, ce que je dois faire. Ce n'est pas toi qui risques ta vie en jouant un double jeu. Tout ceci fait partie d'un rôle. Fais-moi donc confiance, un peu. »
Le ton était méprisant et Harry dut se retenir de répliquer. La confiance. Le problème était bien là. À quel point Severus profitait de sa nouvelle position comme excuse pour de nouveau se livrer à la magie noire ?
Harry devait lui faire confiance. Severus avait trahi Voldemort quinze ans plus tôt, il ne se fourvoierait pas deux fois de la même façon.
- Severus Rogue -
La clef de la réussite, selon Severus, était de ne jamais s'annoncer. Cela agaçait toujours la vieille aristocratie, qui aimait que les choses soient faites selon les règles, mais Severus ne cherchait nullement à s'intégrer. Il essayait juste d'être là.
Il lui avait fallu presque un mois pour comprendre que le Seigneur des Ténèbres s'intéressait au ministère de la Magie. Quelle frustration ! Il ne fallait pas être espion pour comprendre que, lieu de pouvoir, il s'agissait d'un objectif primordial. Il semblait néanmoins que la cible était plus particulièrement le Département des Mystères. Mais c'était la seule bribe d'information qu'il avait pu extrapoler en voyant que ceux qui travaillaient au ministère, ou avaient des contacts, étaient ceux qui avaient l'oreille attentive de leur Maître. Même Macnair avait plus de popularité que lui ! Severus enrageait. Il lui fallait du concret.
Il aurait probablement plus de chance en passant par les Mangemorts plutôt que par le Seigneur des Ténèbres lui-même. Mais il n'était pas invité à leurs réunions. Cela n'empêchait pas Severus de se présenter chez eux malgré tout.
Aussi, lorsqu'il se rendit chez Yaxley et qu'il apprit que le maître de maison n'était pas là, il ne se laissa pas démonter. À force de menaces voilées auprès de son domestique, il apprit que l'homme se trouvait chez Malefoy. Il transplana sans hésiter.
Ce fut Drago qui lui ouvrit la porte au manoir Malefoy. Celui-ci arborait une moue boudeuse et ennuyée, qu'il recomposa dès qu'il vit à qui il avait affaire.
« Professeur ! »
Où étaient donc les domestiques et les elfes de maison pour que ce soit Drago qui servît de portier ? Il se passait définitivement quelque chose et il devait profiter de l'impulsion pour découvrir ce dont il s'agit.
« Drago, répondit Severus avec formalité. Inutile de prévenir Lucius, je connais le chemin. »
Et il pénétra dans la demeure comme s'il était dans son bon droit. Drago se laissa faire, par habitude de lui obéir à Poudlard.
Le manoir était vaste et s'il le connaissait suffisamment pour ne pas s'y perdre, Lucius pouvait se trouver dans n'importe quelle pièce. Tout en marchant d'un pas calme, Severus réfléchit à toute vitesse. L'étude ? La salle de réception ? Le salon privé ? La bibliothèque ? Tant de possibilités…
Severus opta pour l'aile nord, où se trouvait à la fois l'étude et la bibliothèque, et où il pouvait toujours rattraper le salon privé. Statistiquement, il avait plus de chance. Heureusement, Drago ne le suivit pas et il ne croisa par Narcissa dans les couloirs. Le bruit de ses pas était étouffé par l'épais tapis rouge, lui donnant le sentiment d'être un intrus. Comme toujours lorsqu'il se rendait au manoir Malefoy, avec ses boiseries travaillées, ses tableaux centenaires et ses dorures, Severus avait l'impression de ne pas être à sa place. Cette fois-ci, il n'avait réellement pas le droit d'être là.
La porte de la bibliothèque était grande ouverte, Severus put rapidement constater que Malefoy ne s'y trouvait pas. Des bruits assourdis provenaient cependant de l'étude. Severus colla son oreille contre la porte. Plusieurs voix lui parvinrent, mais seule celle de Lucius lui apparut clairement :
« … devez bien avoir un moyen de vous y retrouver… »
L'autre lui répondit d'une voix faible que Severus ne parvint pas à entendre distinctement. Lucius reprit :
« Voyons, il existe forcément un plan. »
Severus se redressa brusquement. Il avait entendu des bruits de pas au bout du couloir. Il ne restait qu'une solution. Il frappa deux coups à la porte et entra sans attendre de réponse.
Trois sorciers se tenaient dans l'étude aux murs richement décorés. Un homme, celui qui était interrogé, tournait le dos à la porte, assis inconfortablement dans un siège au dossier haut. Malefoy se tenait debout à quelques pas de lui, le dominant de toute sa hauteur. Dans un coin de la pièce, Yaxley était assis dans un fauteuil brodé, un verre de whisky Pur Feu à la main, et semblait presque en dehors de la scène. Les deux aristocrates se tournèrent vers Severus alors qu'il avançait, feignant une assurance qu'il ne ressentait pas. Une expression de mécontentement passa sur le visage de Yaxley. Malefoy posa un regard calculateur sur Severus, jeta un bref coup d'œil à Yaxley et prit aussitôt la situation sous contrôle :
« Ah, Severus, tu es venu ! Parfait.
- Tu as fait appel à lui ? s'indigna Yaxley en se redressant.
- Severus a bien des talents cachés, répondit Malefoy avec un sourire, tu dois t'en souvenir…
- C'est une mission qu'Il nous a confiée, répliqua Yaxley, je ne pense pas qu'Il…
- Voyons, l'interrompit Severus, comme si je n'étais pas déjà au courant. Pourquoi ne pas mettre toutes les chances de notre côté ? »
Yaxley se rembrunit. Severus ignorait pourquoi Malefoy jouait la comédie, mais il avait tout intérêt à marcher avec lui. Severus s'approcha de l'homme qui n'avait encore rien dit. Son visage ne lui disait rien, mais il reconnut aussitôt son uniforme : un Langue de Plomb, un sorcier travaillant au Département des Mystères. Il avait vu juste.
« Je t'en prie, Severus, l'homme est à toi, poursuivit Malefoy d'un ton doucereux.
- Ne soyez pas ridicule, répliqua le Langue de Plomb. Que comptez-vous faire ? Après avoir essayé de me soudoyer, après m'avoir intimidé, vous pensez que… me torturer par exemple pourrait être efficace ? Nous sommes entraînés pour résister à ce genre de menace ! »
Severus sortit lentement sa baguette et se tourna vers Lucius. Celui-ci lui rendit son regard avec intensité. Severus était piégé. Il ne pouvait refuser d'agir, ou c'était admettre qu'il n'avait rien à faire ici. Malefoy savait-il qu'il était venu délibérément espionner ou pensait-il que ce n'était qu'une coïncidence qu'il mettait à profit ?
Severus s'approcha du Langue de Plomb. Malgré ses dires, l'homme jeta un regard inquiet sur le bureau, où reposait sa propre baguette, probablement confisquée par Malefoy ou Yaxley.
« Legilimens », murmura Severus en pointant le sorcier de son arme.
Rien ne se passa les premières secondes et Severus se raidit, s'attendant au choc face aux défenses. La collision n'arriva pas. À la place, il s'embourba. Brutalement, son esprit perdit tout repère, de temps et d'espace, de lui et des autres. Severus se débattit, essayant de reculer, d'avancer, qu'importe, d'agir, mais même ses émotions semblaient atténuées, sa panique irréelle. Le temps perdit de sa réalité, une seconde et une année s'écoulèrent, et Severus n'était plus.
Et tout s'arrêta. Severus regagna son corps avec une profonde inspiration, trébucha et se retint à l'immense bureau en acajou. Seuls quelques instants semblaient s'être écoulés mais Severus avait eu l'impression de sombrer pendant des heures. Devant lui, l'homme avait une expression méprisante.
« Ne vous a-t-on jamais dit de ne pas user de Legilimancie sur un Langue de Plomb ? ricana l'homme. Maintenant, tout ceci a assez duré… »
Il amorça un mouvement pour se lever, mais aussitôt Yaxley et Malefoy sortirent leurs baguettes. Les évènements étaient déjà allés trop loin.
« Nous n'en avons pas encore fini, mon cher. Severus a d'autres atouts dans sa manche. Incarcerem ! »
Des cordelettes noires se dressèrent dans les airs et ligotèrent solidement le sorcier à son siège. Celui-ci commença à se débattre et à crier.
« Reste donc tranquille, s'écria Yaxley. Offuscosoni ! Vois, ça ne sert à rien de crier. »
Le sortilège d'insonorisation se déploya dans la pièce, une lueur glissant sur les lambris aux murs avant de disparaître.
« Il est à toi, Severus. »
Ce dernier se redressa, encore légèrement tremblant de son expérience. Il retint la rancœur qui grondait dans sa poitrine. C'était toujours ainsi avec les Sang-Pur : jamais ils ne se salissaient les mains. Mais il ignorait encore ce que les deux Mangemorts désiraient savoir, et il ne voyait pas d'autre moyen que de s'exécuter pour obtenir cette information.
Severus ne se laissa pas le luxe de reprendre ses moyens. Il devait se montrer assuré et sans arrière-pensée. Il puisa en lui, dans les recoins les plus sombres de son esprit, des sorts qu'il avait mémorisés sans jamais les utiliser, une magie à laquelle il n'avait pas fait appel depuis plus d'une décennie. Sa baguette effectua le geste sans à-coups, la formule se déroula sur sa langue avec aisance.
L'énergie gonfla dans sa poitrine, dévala son bras droit, enflamma la Marque des Ténèbres, jaillit de sa baguette en de longs filaments d'un noir d'encre. Les traits sombres s'accrochèrent au visage du Langue de Plomb, glissant sur sa peau tels une toile d'araignée, imprégnant son âme de la pire des noirceurs.
L'homme ne criait plus. Son visage était figé dans une expression de terreur, la bouche ouverte dans un hurlement silencieux, tous ses traits crispés par la douleur.
Severus pouvait le plier à sa volonté, le briser, le forcer à lui obéir, à lui révéler ses secrets les plus sordides, le rendre fou, l'humilier, il pouvait, il pouvait…
« Cela ira, Severus. »
La voix tranquille de Malefoy tranchait avec l'ivresse qui coulait dans les veines de Severus. Celui-ci relâcha le sort et dut faire appel à toute sa maîtrise pour ne pas flancher. Un sentiment de vertige le prit. Devant lui, les trais de l'homme étaient avachis. Seuls les liens qui le maintenaient au siège l'empêchaient de s'écrouler au sol.
« Maintenant, dis-nous. Comment fait-on pour aller dans la salle des Prophéties ? »
Le Langue de Plomb ne répondit pas tout de suite et Malefoy dut répéter sa question d'une voix plus ferme. Un sanglot s'échappa de l'homme.
« Je ne sais pas, je ne sais pas. Je n'y suis jamais allé, jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais…
- Tu sais ce qui va arriver si tu ne nous dis pas ce que l'on veut », le coupa Malefoy.
Sa voix était celle d'un homme rationnel, comme s'il tentait de raisonner un enfant capricieux.
« Je dis la vérité, je vous le jure… Je ne sais pas, je ne sais pas. »
Malefoy poussa un soupir contrarié.
« Severus… »
Celui-ci hocha la tête. Il ressentait un fourmillement dans sa main droite, impatiente de ressentir encore cette puissance. Une part de lui était dégoûtée de ce qu'il faisait, mais il s'en sentait détaché. C'était son devoir, c'était sa place.
Cette fois-ci, les filaments noirs s'enfoncèrent dans la chair, laissant des sillons de souffrance dans la peau. Malefoy se détourna, mais Severus le remarqua à peine, trop absorbé par les modifications qu'il créait dans le corps de l'autre. Sa domination était entière, il pouvait le manipuler à sa guise, l'anéantir ou le libérer, il avait la puissance de créer ou de détruire…
Encore une fois, ce fut Malefoy qui dut l'arrêter.
« Si tu le veux, tu peux mettre fin à tout cela, murmura Malefoy à l'oreille du Langue de Plomb. Il suffit que tu nous dises ce que l'on veut.
- Tout ce que vous voulez, sanglota l'homme. Arrêtez, arrêtez…
- Comment fait-on pour se rendre dans la salle des Prophéties ?
- Je n'y suis allé qu'une fois… par hasard… je vous jure par hasard… nous n'avons pas de plan… personne ne nous dit où aller… nous sommes des chercheurs… même notre chemin nous cherchons… tout change… tout change tout le temps…
- Comment ça ? Vous voulez dire que les pièces ne sont pas fixes ?
- Rien n'est fixe… les salles vous reconnaissent… quand vous y travaillez… elles viennent vers vous… mais pour les autres… un labyrinthe… en mouvement… toujours. »
Il déglutit difficilement. La douleur que Severus lui avait infligée semblait perdurer dans son corps et son esprit.
« C'est une de ses protections… si vous n'êtes pas familier des lieux… vous vous perdrez… vous devez vous perdre… la vérité… je vous jure… la vérité… »
Malefoy et Yaxley échangèrent un regard tandis que l'homme continuait à marmonner.
« Nous ne pouvons prendre le risque de… l'endommager davantage, déclara Yaxley. J'ai souvent été vu en sa présence ces dernières semaines, les soupçons ne tarderaient pas à peser sur moi…
- Je suis d'accord avec toi, répondit Malefoy qui était tout aussi impliqué que lui.
- Je vais lui effacer la mémoire », dit Yaxley en se levant enfin de son fauteuil.
Il reposa son verre de whisky Pur Feu, désormais vide, et sortit sa baguette. Le Langue de Plomb tressaillit au mouvement, mais il resta avachi sur la chaise.
« Nous n'aurons plus besoin de toi, Severus », dit tranquillement Lucius.
Severus hocha la tête. Il évita le regard vague de l'homme qu'il avait torturé. Il se sentait étrangement vide. Qu'éprouvait-il ? Du dégoût ? Est-ce qu'une part de lui regrettait réellement que Malefoy l'ait interrompu ? Il ne se demandait pas vraiment si l'homme s'en remettrait. L'absence de souvenirs du traumatisme l'aiderait peut-être à mieux s'en remettre, ou pire, il garderait peut-être toujours les traces invisibles de ce moment, sans jamais parvenir à guérir.
Severus ne parvenait pas vraiment à s'en inquiéter. Il avait fait ce qu'il devait. Il savait désormais que le Seigneur des Ténèbres s'intéressait à la salle des Prophéties et le Langue de Plomb n'avait révélé aucun moyen d'y parvenir. Les aveux faits sous la torture n'étaient pas aussi fiables qu'on pouvait le penser. Les deux aristocrates n'avaient pas à savoir cela.
Le sentiment de puissance perdura lorsqu'il rentra chez lui. Il attendit quelques heures avant de se rendre au quartier général de l'Ordre du Phénix, où une réunion était programmée.
Cette sensation irréelle ne partait pas tout à fait.
Lorsqu'il arriva au 12, square Grimmaurd Dumbledore n'était pas encore arrivé. Cela se produisait souvent et Severus était obligé de supporter la compagnie des autres membres de l'Ordre en l'attendant. S'il ne détestait pas autant arriver en retard, il se passerait volontiers de ces moments.
Severus essaya donc de prendre son mal en patience, restant dans un coin de la grande cuisine, les bras croisés sur sa poitrine pour dissuader qui que ce soit de lui adresser la parole. Il se sentait encore fébrile suite à ce qu'il s'était passé avec le Langue-de-Plomb. Il n'avait qu'une hâte : faire son rapport à Dumbledore. Peut-être s'il le faisait lors d'une réunion de l'Ordre, le vieil homme ne l'interrogerait pas trop sur la façon dont il avait obtenu ces informations.
Agacé, Severus regarda encore une fois l'horloge. Ce jour là, Black était particulièrement bruyant. Il racontait avec de grands gestes une histoire aux jumeaux Weasley et il fallut du temps à Severus pour comprendre qu'il s'agissait d'une farce qu'il avait faite lorsqu'il était à Poudlard. Le professeur de potion se crispa aussitôt. S'il racontait une humiliation qu'il lui avait fait subir... à ses propres élèves...
Severus savait que l'intégralité des enfants Weasley vivait depuis un mois au Square Grimmaurd, ainsi que Granger, aidant l'Ordre à remettre en état la bâtisse. Heureusement, il ne les voyait presque jamais car il étaient chassés de la cuisine par leurs parents avant qu'il n'arrive. Mais aujourd'hui, Molly n'avait pas remarqué que deux de ses fils se trouvaient encore là, plongée qu'elle était dans une discussion avec Maugrey.
L'ancien Auror avait rapidement retrouvé la santé, increvable malgré son âge. Il traitait Severus avec un froid mépris. Dumbledore semblait croire que les faire travailler tous ensemble permettrait aux membres de l'Ordre de mieux intégrer Severus, mais pour l'instant aucune amélioration n'était visible.
Severus reporta son attention sur Black. Il était presque sûr d'être le dindon de la farce de son histoire. Il s'approcha d'eux, revêtant son expression la plus menaçante.
« La réunion va bientôt commencer, grinça-t-il la voix pleine de venin. Vous devriez déjà être partis. »
Les deux garçons se tournèrent vers lui, une expression scandalisée sur le visage, s'apprêtant à marchander leur présence. À la lueur mauvaise dans le regard de Black, celui-ci était prêt à les défendre avec la hargne d'un pitbull.
« Fred, George ! s'exclama une voix derrière lui. Qu'est ce que vous faites ici ? »
Molly avait enfin remarqué leur présence. Les jumeaux semblèrent hésiter un instant, puis préférèrent décamper sans demander leur reste. Severus grinça les dents en songeant qu'il avait moins d'autorité que Molly Weasley.
Black, par contre, ne semblait pas en avoir fini.
« Ce n'est pas à toi de leur dire quoi que ce soit, cracha-t-il. Tu n'es pas leur prof, ici.
- Pourtant, je reste un membre de l'Ordre, et j'ai assez de responsabilité pour savoir qu'ils n'ont rien à faire ici. »
Black serra les poings, ses traits se tordant de haine. Lui rappeler que Severus faisait partie de l'Ordre au même titre que lui le mettait dans une colère noire.
« Fais attention à toi, Rogue.
- Sont-ce des menaces ? susurra Severus avec une grimace.
- Tu as peut-être les bonnes grâces de Dumbledore pour l'instant, répondit Black avec mépris, mais ne pense pas que cela t'excuse tout. Le retour de bâton sera d'autant plus douloureux si tu commences à croire que tu es réellement désiré ici... »
Aussi sûrement que Severus savait quoi dire pour le rendre fou de rage, Black avait toujours su où frapper juste pour le faire sortir de ses gonds. Compulsivement, ses doigts s'enroulèrent autour de sa baguette dans sa poche. Il pouvait lui faire payer ces mots, il connaissait des sorts à faire pâlir les ancêtres de Black, il pouvait se venger de toutes les farces qu'il lui avait fait subir, le faire regretter de ne pas être mort à Azkaban, le réduire à jamais au silence, détruire sa volonté et le forcer à lui obéir. Il pouvait...
Une douleur se développa soudainement dans sa poitrine, étendant ses tentacules jusqu'à ses épaules, remontant ses bras. Il lâcha sa baguette, comme brûlé, mais la douleur perdurait, pernicieuse. Il perdait le contrôle.
Il fuit la salle et le sourire goguenard bien qu'interrogateur de Black. Dans le hall, deux membres de l'Ordre entraient en catimini, essayant comme toujours de faire le moins de bruit possible. Ils le saluèrent, mais Severus les ignora. Il se dirigea droit vers les toilettes où il s'enferma en claquant la porte, réveillant par la même occasion le portrait de la mère de Black. Ses hurlements exacerbés lui permirent étrangement de retrouver pied.
Il s'appuya contre le lavabo et dévisagea son visage cireux. Son reflet lui rendit son regard caverneux, les traits creusés, les cavités oculaires engoncées dans son crâne. La douleur était toujours présente, pulsant dans sa poitrine au rythme de son cœur. Tout son corps tremblait, à peine stabilisé par ses mains qui s'accrochaient à la faïence.
La magie noire reprenait son dû. La puissance avait un prix, qu'il se fallait de payer. Un mal contre un mal. Il n'offrait pas son corps, la magie le prenait. Certains sorciers s'y perdaient, aveuglés par les abîmes de puissance de la magie noire, sans penser aux conséquences. L'attrait était trop fort.
Les vrais mages noirs, les plus puissants, ne se laissaient pas avoir à affronter cet abîme sans prendre des précautions. Il était bien plus simple de payer avec le corps d'un autre qu'avec le sien.
Il ne l'avait encore jamais fait. Le Seigneur des Ténèbres lui avait promis de lui apprendre, presque vingt ans plus tôt. Une carotte agitée devant lui, si jeune à l'époque, si avide pouvoir. N'avait-il pas changé depuis ?
Severus essaya de se redresser. Quelque chose avait changé : il trouvait désormais immoral de chercher ainsi cette puissance. Était-ce le contact de Harry qui l'avait ainsi changé, lui qui ne semblait jamais essayer de s'approprier un pouvoir qui n'était pas sien, qui ne se renforçait jamais pour lui mais pour les autres, qui n'en tirait aucun plaisir, qui ne songeait qu'à la survie, la sienne, celle de ses proches, celle d'inconnus.
Il avait honte, désormais, d'être avide de pouvoir, de sentir son attrait s'exercer sur lui. Pourtant, cette envie était toujours là. Et pernicieusement, il se demandait : en quoi était-ce immoral ? Qui essayait donc de le restreindre ainsi ?
Severus ferma les yeux, refusant de se voir de la sorte. Il s'imagina se servir d'un sorcier pour un rituel de magie noire, un de ses élèves par exemple. Les enfants débordaient de magie indomptée, d'une énergie vitale exubérante, qui se tarissait à l'adolescence, devenait plus chaotique, avant de repartir de plus bel à l'âge adulte. Il s'imagina les premières années, les Serpentard comme les Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle, tous, qu'importe.
Il constata avec soulagement que l'idée le révulsait. Dans son esprit, il fit défiler tous ses élèves, même les plus détestés, même Londubat, à aucun il ne souhaitait cela. Il pensa à ses collègues, aux membres de l'Ordre, aux vendeurs des boutiques qu'il fréquentait, à des inconnus qu'il croisait de temps à autre. Aucun.
Cette puissance ne valait pas cette peine.
Dans le hall, la mère de Black s'était tue. Severus sortit discrètement des toilettes. Il devait rentrer à Poudlard. Dans son laboratoire, il avait des potions qui l'aideraient à faire taire la douleur et qui tranquilliseraient son esprit le temps qu'il soit de nouveau complètement maître de ses pulsions.
Devant lui, la porte d'entrée s'ouvrit avec grand fracas, faisant frémir le voile qui recouvrait le tableau de Walburga Black. Mondingus Fletcher entra en trombe, le souffle court. Son visage sale était recouvert de marques rouges comme si on l'avait frappé et à son expression de panique, Severus sut que quelque chose n'allait pas.
« Où est Dumbledore ? » demanda-t-il précipitamment.
C'est tout ce qu'il fallut pour déclencher encore une fois l'ire du portrait familial. Severus n'eut pas le temps de lui dire qu'il n'était pas là que Fletcher s'était déjà précipité dans la cuisine. Severus lui emboîta aussitôt le pas. Tous les membres de l'Ordre tournèrent vers eux un regard inquiet en avisant l'air échevelé de Fletcher :
« Harry Potter a été attaqué par des Détraqueurs ! Je dois prévenir Dumbledore ! »
Ce fut comme une explosion de feu d'artifice. Tous se levèrent en même temps, commençant à parler les uns par-dessus les autres, certains enfilant déjà leurs capes, prêts à transplaner. Fletcher fut poussé vers la cheminé pour qu'il puisse retrouver Dumbledore à Poudlard. Quelques minutes plus tard, un magnifique Patronus de Phénix se matérialisait au centre de la pièce. La voix de Dumbledore s'éleva du bec translucide :
« Harry a fait usage de sa baguette. Je me rends au Ministère pour me renseigner. Empêchez Harry de quitter la maison de sa tante et d'utiliser de nouveau la magie. Protégez-le. »
La créature fantasmagorique s'évanouit en énonçant ce dernier ordre. Arthur Weasley se hâta de rédiger une lettre pour Potter et transplana lui aussi. Après quelques instants de branle-bas de combat, la cuisine était presque déserte. Il ne restait plus que Molly qui remuait machinalement une immense casserole de soupe tiède, murmurant pour elle-même :
« Mon pauvre Harry, quels ennuis tu t'es encore attiré. »
Tous les autres membres de l'Ordre s'étaient précipités soit au Ministère de la Magie, soit à la maison de Potter pour le surveiller.
Severus se sentait étrangement détaché de tout cela. Potter avait prouvé qu'il savait se défendre. Il avait même tenu tête au Seigneur des Ténèbres. Il n'était plus un enfant, quoi que les autres semblaient encore en penser. Peut-être que connaître une partie du futur l'aidait à être plus serein.
Lorsqu'il quitta le 12, square Grimmaurd, un bruit attira son attention. Il tourna son regard acéré vers le haut des escaliers et vit un éclair roux disparaître. Les amis de Potter n'avaient rien perdu de ce qu'il s'était passé.
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