JE SUIS EN RETARD.
En retard, je suis je retard, je suis profondément en retard.
J'avais dit août, nous voilà en novembre, me voilà tout à fait confuse.
Puisqu'à vous, je ne cache rien, j'admets avoir beaucoup de mal à finir cette histoire. J'écris une ligne ici, je relis un chapitre là... Pourtant, nous sommes si proches de la fin de cette histoire ! Si proches ! Je vais avoir besoin d'encore un peu de temps (on va dire que ça fait durer le plaisir, hein ? *rire gêné*), mais je vous en ai fait la promesse : cette histoire aura une fin ! Peu importe le temps que cela prendra. Il ne me reste que deux chapitres à écrire, j'y crois encore. Je posterai les nouveaux chapitres le samedi maintenant, à un rythme complètement erratique (navrée), mais sachez qu'en tout cas, je ne vous oublie pas. Et je suis fort aise de vous retrouver, tout de même.
Et parce que ça fait longtemps :
DANS LES ÉPISODES PRÉCÉDENTS
Les quatre nations se sont réunies pour établir un plan d'action et font route vers le pôle Sud où le portail demeure fermé.
Peter est retenu par Thanos dans le Royaume des Esprits, les Mentors prennent les devant pour aller le libérer.
Le solstice n'est qu'à quelques heures de là.
hanabakate : peur que l'histoire soit finie ? Mais au contraire, si elle avait été finie tu aurais pu lire d'une traite la suite et fin, ne pas avoir à vivre mon mois d'absence et les semaines de publication à venir ! Du coup j'espère que mon absnce ne t'aura pas fait m'oublier une deuxième fois :D Mais je sens que tu retrouveras le chemin de cette fic, tôt ou tard. Peut-être même qu'elle sera finie :p Par contre je me dois de t'avouer qu'il n'y aura pas plus de révélations sur ce qu'il s'est passé avec Loki dans le temple au début :o quelles questions avais-tu en tête, que je tente d'y répondre (sans trop contraindre ton imagination) ?
Itsme : alors toi, merci d'être venue me chercher. Cette fin d'histoire (quand elle verra le jour) t'es clairement dédiée. J'avoue que nos reviews / réponses hebdomadaires commençaient à me manquer. Je suis si heureuse que tu aies aimé le chapitre précédent, je l'aime aussi. Tu as souligné tout ce que j'avais envie de mettre en avant : la cohésion des nations, des mentors, un léger retour des maîtrises tout dans le style. Et la fessée que met Fury aux Mentors, j'avoue que j'ai pris un certain plaisir à l'écrire. Non je n'ai pas honte. :3
Chapitre 52 - L'autre monde
Tony avait poussé les moteurs de son dirigeable au maximum de leur capacité. Il abandonna ses consoles lumineuses pour faire face à ses coéquipiers.
« On aura suffisamment de carburant pour atteindre le continent mais pas pour aller jusqu'au pôle, annonça-t-il. On devra finir à pied. »
Si Steve déclara que l'important restait d'y parvenir avant le solstice, cette annonce ne fut pas au goût de Loki.
« Ça ne suffira pas. »
Trois paires d'yeux le questionnèrent, et Loki l'avait un peu anticipé. Dire qu'il n'avait pas senti venir ce moment aurait été un mensonge, il serait plus correct d'affirmer qu'il avait cherché, très fort et pendant très longtemps, à le repousser le plus possible. Malheureusement, le temps allait manquer.
« Même si nous sommes là lorsque Thanos ouvre le portail, depuis le monde physique nous ne pourrons pas récupérer Peter. Il sera mort avant qu'on ne l'atteigne.
– Alors quoi, on abandonne ? dénonça Tony.
– Il faut le récupérer depuis le monde des esprits. A minima, retarder Thanos le temps de pouvoir l'atteindre.
– Comment ? questionna Steve.
– En se rendant là-bas directement. »
Tony posa deux mains exaspérées sur sa large table.
« Je sais pas si t'as remarqué, mais le portail Nord, c'est de l'autre côté.
– Il existe d'autres moyens pour accéder au Royaume des Esprits. Thanos n'utilise pas les portails.
– Il peut s'y rendre physiquement sans emprunter les portails ? s'étonna Gamora.
– Oui.
– Cela requiert des compétences spirituelles dont nous ne disposons pas, déplora-t-elle.
– Vous, non.
– Vous, vous le pouvez ?
– Pas ici. Pas seul. Mais oui, je l'ai déjà fait. »
Les trois maîtres observèrent le quatrième, stupéfaits. Loki s'empêcha de s'agacer – et que pensaient-ils qu'il avait fait, pendant son exil ? Se tourner les pouces pendant cinq ans ? Il se vexa presque qu'ils paraissent si étonnés.
« Admettons que vous parveniez là-bas avant le solstice, posa Steve, Thanos vous tuera.
– ... ou pas, » suspecta Tony.
Loki hésita entre être flatté ou agacé que Tony l'incrimine ainsi.
« Je n'ai pas pour intention de vous trahir.
– C'est sûr que si c'était le cas, tu nous le dirais franchement, railla l'ingénieur.
– Puisque vous le prenez ainsi... Mettons que je vous trahisse. Ou bien je rejoins Thanos et dans ce cas, que je le fasse depuis le Royaume des Esprits ou depuis le monde physique, ça ne changera pas grand-chose pour vous. Ou alors j'ai un quelconque projet personnel pour l'Avatar, serait-ce réellement pire que la mort ? Ou encore dernière hypothèse – sans doute la moins crédible – je suis effectivement prêt à prendre des risques pour le sauver. Ça vous tuerait de l'envisager, je me trompe ? »
Tony allait rétorquer que le rôle de sauveur lui allait très mal, mais Steve ne lui en laissa pas le temps.
« Même si vous parvenez jusqu'à Peter, vos chances seront très maigres.
– Je le sais.
– Vous serez face à une armée.
– J'en ai conscience.
– Vous risquez de ne pas vous en sortir.
– Croyez-moi, je préfère vivre. »
L'irritation perçait dans son ton ; depuis quand le soldat se souciait-il de son intégrité ? Loki n'aurait jamais pensé avoir à débattre sa volonté de se sacrifier.
« Ma marge de manœuvre est faible, j'en ai bien conscience. Mais s'il existe la moindre chance que je puisse ne serait-ce que ralentir Thanos, le temps pour vous d'interrompre son enchantement, seriez-vous vraiment prêts à la laisser passer ? »
Gamora, qui n'avait jusque-là pas protesté – Loki la suspecta d'être celle qui lui accordait le plus de crédit – questionna doucement :
« Quel est votre plan ?
– Il y a un gourou à quelques heures de vol d'ici, au temple le plus au sud de tous. Avec son aide je pourrais physiquement entrer dans le Royaume des Esprits. Je saurais me rendre jusqu'aux portails – là-bas, ils sont mitoyens. Si je le peux je libère Peter et repars vers le Nord, si non, je tente de ralentir Thanos. Vous serez au Sud, prêts à intervenir. »
Tony secoua la tête en négatif.
« On n'a ni le temps, ni le carburant pour un détour.
– Je ne vous ai pas demandé de m'y déposer. »
Joignant le geste à la parole, le prince dévoila un second sceptre qu'il avait conservé avec le premier depuis son départ de la Nation de l'Air. C'était un bâton de bois classique, à pleine plus grand que le sceptre en métal. Il le frappa au sol et des ailes s'ouvrirent : un large éventail noir et deux ailerons plus petits, planeur traditionnel de la maîtrise de l'Air.
« Je m'y rends par mes propres moyens. »
Steve considéra l'objet de bois, puis son propriétaire.
« Vous saviez que ce serait nécessaire.
– Oui.
– Vous êtes prêt à risquer votre vie pour Peter. »
C'était un constat, pas une question. Loki ne se donna donc pas la peine de répondre, il tendit plutôt son sceptre doré à l'intention du capitaine. Ce dernier s'en saisit avec étonnement.
« Faites-moi une faveur, évitez qu'il ne gèle. »
Steve se surprit qu'en plus de partir seul, Loki parte désarmé. Il finit par comprendre qu'il ne pourrait pas correctement utiliser le bâton de l'Air s'il était encombré, et cette idée lui pinça le cœur. Le sceptre entre les mains, il questionna silencieusement Tony et Gamora, réclamant tacitement leur avis, leur approbation. Il ne voulait pas être le seul à accepter d'envoyer Loki dans une telle expédition.
Ils répondirent avec la même retenue, incapables de refuser un infime pas de plus vers Peter. Steve acquiesça pour le compte de tous les trois.
« J'y veillerai. »
Loki hocha la tête. Il se détourna et se rapprocha de la porte, enclencha le mécanisme pour l'ouvrir. Le vent s'engouffra avec force dans le dirigeable et fit fouetter sa cape. Il observa le pas du ballon quelques secondes, les nuages filaient à toute vitesse sous ses pieds, il ne devinait même pas l'océan en contrebas.
L'idée de ce saut dans le vide lui laissait un drôle de goût. Un goût sans amertume, sans aigreur. Un goût étrangement peu désagréable, en fin de compte. Il considéra les trois autres maîtres une dernière fois et sourit.
« Je vous retrouve dans l'autre monde, » annonça-t-il d'une voix couvrant le raffut du vent.
Armé de son bâton de bois, il sauta.
Lorsque Loki mit pied à terre après des heures de voyage en planeur, il prit conscience de l'engourdissement de ses jambes et de ses bras – de tout son corps, en réalité. Voilà qui lui apprendrait à ne pas pratiquer pendant de longues années.
Il n'eut pas le courage d'atteindre le temple en volant, il décida de s'arrêter au premier sentier qu'il trouvât et de finir le reste à pied.
Décision qu'il regretta à moitié lorsqu'il se souvint du nombre de marches qui l'attendait.
Il ne se découragea pas et entreprit son ascension pour atteindre le temple battis au cœur des montagnes. C'était un petit édifice en bois, simple et droit, d'à peine quelques étages de haut avec une terrasse et un perron, un verger à l'arrière, un ruisseau plus bas. C'était un havre coupé du reste du monde, un endroit qu'on ne pouvait trouver qu'en le cherchant.
Une fois arrivé au sommet il prit une seconde pour reprendre sa respiration. Manque d'oxygène, tant par le froid que par l'altitude – à se demander comment tant de végétation parvenait à prospérer dans cet environnement. Il contourna le sanctuaire pour directement accéder au jardin, il s'y invita sans hésiter. Il se savait de toute façon attendu.
L'objet de sa venue se tenait accroupi dans son verger, de dos, collectant les courges les plus dodues. Loki se garda bien d'intervenir, il demeura immobile en observant le processus de récolte.
« Prenez donc un jus, tant qu'il est chaud, clama le maraîcher sans se retourner. Sur la table, derrière vous. »
Loki osa un coup d'œil pour découvrir deux bols fumant.
« Sans façon, » déclina-t-il.
L'hôte, ne semblant pas se satisfaire de cette réponse, se redressa et vint se tenir devant son invité. Sa tenue jaune et orange et son crâne rasé lui était plus caractéristique que n'importe quel autre attribut. Loki ne fléchit pas sous le regard insistant qui lui était lancé.
« Je suis venu réclamer votre aide, Ancienne.
– Certainement pas le ventre vide. Buvez. »
Le prince ne masqua pas son agacement. Il se mit à genoux et accepta le bol tendu, refusa par contre de concéder que cette soupe de courges fût l'une des meilleures qu'il lui avait été donnée de goûter.
Son interlocutrice se positionna face à lui et prit le temps de savourer sa part. Loki la considéra silencieusement. On ne lui donnait pas d'âge, certains la clamaient éternelle. Son crâne chauve ne laissait que peu d'indices pour la caractériser. L'Ancienne était le gourou le plus avisé que Loki connaisse, une maîtresse de l'Air avertie, douée d'une incroyable spiritualité.
Une énigme impossible à déchiffrer.
Il déposa sa bolée vide à son côté, ignora le fait que sa voisine n'ait pas encore fini la sienne et déclara :
« Je veux me rendre au Royaume des Esprits. »
Derrière son bol, elle sourit.
« C'est amusant. N'est-ce pas la première chose que vous m'avez demandée, il y a cinq ans ?
– La demande est la même, les motivations sont différentes. »
Elle prit le temps de finir sa part et de poser son récipient.
« Non pas que vous vous en souciez, dénonça-t-il alors.
– Non ?
– Ne prétendez pas l'inverse.
– Qu'est-ce qui vous fait dire que je ne m'intéresse pas à vos motivations, Loki ?
– Vous m'avez aidé à maîtriser l'énergie obscure en pleine conscience des méfaits que je comptais accomplir. Vous avez également aidé Stephen Strange à maîtriser l'énergie spirituelle en faveur de desseins inverses aux miens. Il n'y a que deux conclusions possibles : vous êtes soit lunatique, soit indifférente.
– Je ne pouvais pas anticiper vos véritables intentions.
– Ne me prenez pas pour un idiot. »
À nouveau elle sourit. Des petites rides amusées creusèrent le coin de ses yeux, elle avisa Loki sans méchanceté.
« Je n'ai pas la science infuse. Je ne lis pas dans les esprits, je ne vois pas le futur. Je réponds simplement aux gens qui me sollicitent.
– Vous tenez à me faire croire que jamais vous ne les jugez ?
– Nul besoin. Vous le faites bien assez vous-même. »
Loki se renfrogna. L'Ancienne se fourvoyait, s'il y avait bien une chose à laquelle il n'était pas bon, c'était se remettre en question.
Du moins, avait-il pensé.
« Vous venez ici en m'affirmant que vos motivations sont bonnes, entama-t-elle.
– Je n'ai jamais dit qu'elles étaient bonnes, coupa Loki.
– Ne le sont-elles pas ?
– Elles l'étaient également il y a cinq ans, contesta-t-il, se raccrochant à ce qui lui restait de mauvaise foi.
– Ce que vous qualifiez de "méfaits" ?
– Nécessaires. Inévitables.
– Pourquoi avoir changé d'avis ? »
Dos au mur face à ses propres contradictions, il ne répondit pas. L'Ancienne poursuivit :
« Vous ne cherchiez pas mon approbation, la première fois.
– Je ne la cherche toujours pas.
– Alors pourquoi vous justifier ? »
Loki regarda vaguement ailleurs, agacé. Soutenir qu'il ne cherchait pas à se justifier n'aurait jamais fait qu'appuyer le propos de la femme chauve, il s'abstint donc. Elle continua :
« Vous me voulez juge de caractère afin que j'apprécie le chemin que vous avez parcouru. Et je le sens bien, Loki. Vous ne fuyez plus.
– Allez-vous m'aider, oui ou non ?
– Oui. »
Satisfait d'avoir mis un terme à la leçon, il hésita à formuler une nouvelle demande. Il ne connaissait pas l'étendue du potentiel de la maîtresse de l'Air, il le soupçonnait d'être infini. Sa curiosité – et un brin de provocation – le poussa à demander :
« Si vous vous souciez du monde, vous joindriez-vous au combat que mènent les quatre Nations pour le sauver ?
– Non.
– Vous êtes donc indifférente.
– Je ne le suis pas. Si j'avais été indifférente au monde, je ne vous aurais jamais aidé en premier lieu.
– Que voulez-vous dire ?
– N'êtes-vous pas venu avec une requête ? demanda-t-elle sur un autre sujet. Il serait temps.
– Vous le saviez, crut-il comprendre. Vous aviez anticipé ce jour.
– Comment aurais-je pu ? Non, je ne cherche qu'à préserver l'équilibre du monde. Non pas par la domination d'une force sur l'autre, mais par leur symétrie. Par la coexistence de l'ombre avec lumière.
– Vous m'avez utilisé ? Vous avez fait de moi votre émissaire de l'ombre.
– Je n'ai fait que répondre à votre requête. »
Loki tapa du doigt sur son genou, impatient – mais peu disposé à abandonner pour autant.
« Si vous voulez éviter la domination d'une force sur l'autre, insista-t-il, vous avez tout intérêt à prendre part à cette guerre.
– Il s'agit du rôle de l'Avatar.
– Il s'agit du combat des quatre Nations.
– Est-ce le vôtre ? »
Elle l'avisa avec curiosité, il se renfrogna. Comment avait-il pu oublier le talent avec lequel elle parvenait à l'irriter ?
« Mon combat ne regarde que moi.
– Je crois que dans le cas présent, il concerne plus que vous. Pressons, Loki. L'Avatar vous attend. »
Steve, Gamora et Tony atteignirent le continent après une demi-journée de vol. Le dirigeable accosta sur une étendue vide de vie composée de glace, de neige et de blizzard, ils devaient poursuivre leur chemin à pied. Tony se munit de sa fourrure brune et de sa boussole, Gamora de son manteau sombre et ses lames et lianes d'acier, Steve accrocha sa gourde à son duvet bleu et s'empara du sceptre de Loki.
Ils se mirent en route, préparés à braver la tempête qui les attendait.
Ils marchèrent plusieurs heures dans ce froid infernal, Steve menant la marche dans un océan de verglas. Impossible de voir plus loin que trois pas, d'entendre autre chose qu'une complainte glacée transperçant les capuches censées les protéger. Tony s'évertuait à chauffer ses poings dans ses poches molletonnées, Gamora se protégeait le visage d'une main, même Steve s'accrochait un peu plus fort que nécessaire au bâton de Loki.
Sans avoir besoin de se référer à la boussole, lorsqu'ils arrivèrent à destination ils le comprirent immédiatement.
Le vent se fit moins fort, moins froid, moins cinglant. Bientôt la visibilité s'améliora, ils distinguèrent des formes au loin. Ils s'approchèrent jusqu'à pleinement apprécier le lieu du portail Sud.
Des formations de glace dessinaient un cercle d'une centaine de mètres de diamètre : d'imposants rochers inclinés vers le ciel pointaient vers le centre de la place qu'ils protégeaient. Une place pour l'instant vide, inoccupée, mais au milieu de laquelle le portail des esprits pourrait s'ouvrir. Ici la neige se faisait moins épaisse, Gamora pouvait ressentir la Terre tapie sous sa couche verglas.
Il leur fallait encore attendre plusieurs heures avant que le solstice ne débute. Ils décidèrent d'investir les stalagmites qui les encerclaient : ils s'installèrent entre deux rangées de dolmens pour se protéger du froid et se tenir prêts.
Gamora tentait de le dissimuler mais elle grelottait vivement sous ses épaisses fourrures. Tony se rapprocha, passa une main silencieuse autour des épaules de la mercenaire et partagea sa chaleur. Presque aussitôt les tremblements cessèrent. Il lui frictionna les épaules doucement.
Ils observèrent ainsi la place à l'affût du moindre signe, parés à intervenir.
« Il ne s'en sortira pas, chuchota Tony, défaitiste. Je ne vois pas comment il pourrait s'en sortir.
– Espérons, fit Steve.
– Qu'est-ce qui lui a pris ?
– Tu n'aurais pas fait la même chose, à sa place ? » questionna Gamora.
Il ne répondit pas, songeur. C'était sa frustration qui parlait, son impuissance plus qu'autre chose.
Steve répondit pour lui.
« Nous aurions tous fait la même chose. »
Lorsque Loki ouvrit les yeux, il découvrit la forêt d'arbres nus qui l'entourait. Une forêt terrifiante, composée de troncs sans vie surmontés de ramifications anguleuses. Il abandonna sa position accroupie et observa son environnement. Le ciel orange était bas, très bas. Une brume éternelle recouvrait un sol indécelable.
Il ne ressentait rien. Plus spécifiquement, il ne ressentait rien d'ordinaire. Son contact avec l'Air était altéré, il sentait sa maîtrise transformée – à douter que le Royaume des Esprits ait été composé de la même atmosphère que le monde physique.
Une sensation oppressante le tenait, celle d'une énergie écrasante, latente. Elle saisissait ses tripes, sa peau, il avait l'impression de pouvoir la respirer. Par le passé cette sensation avait été un refuge, ce royaume avait été son repère. Il s'était associé à cette énergie, il l'avait fait sienne. Mais à ce moment précis, elle véhiculait une menace dont il n'était plus à l'origine. Elle lui était étrangère, hostile. Ce sentiment adverse lui déplaisait fortement.
Il ferma les poings, regrettant l'absence de son sceptre. Il devait sortir de cette forêt.
Il se laissa guider par son instinct et parvint sans difficulté à son point d'intérêt : tapi à la lisière du bois, il observa le lieu des portails des esprits. Une vaste étendue circulaire aux allures de yin et de yang, formes symétriques aux centres desquelles des cratères jumeaux dessinaient les points d'ouverture des portails.
Le portail Nord était ouvert, son rai de lumière transperçait les cieux. Son voisin Sud était fermé, le cratère était vide, silencieux.
Au centre de cette scénographie reposait un arbre éternel, sans feuillage. Devant cet arbre, un cocon vert.
Loki sentit son pouls s'accélérer, il devina l'enfant endormi dans sa prison translucide. Peter était juste là, à sa portée. La plaine était déserte, il n'y avait aucune vie, aucun esprit dans les environs.
Cette disposition n'était pas naturelle, Loki n'aurait pu songer à un piège plus explicite. Il devina Thanos tout près, observateur. Le géant tendait une invitation et attendait que Loki s'en saisisse. Le prince scruta les environs de longues secondes, rien. Le cocon ne bougeait pas, l'air ne frémissait pas, même l'énergie stagnait, constante, dévorante. Il ne se produirait rien tant qu'il n'agirait pas.
Le solstice avait commencé et Peter était à quelques mètres de lui, en vie.
Il n'avait pas à réfléchir plus longtemps.
Il sortit de sa forêt, arracha une branche pointue au passage, arme de dernier recours. D'un pas assuré il investit l'arène. Il ne courba pas le dos, ne chercha pas à se faire discret. Il était inutile de se précipiter, inutile de chercher à fuir ou à tricher. Il savait que Thanos l'épiait depuis la seconde où il avait posé le pied dans cette forêt – il ne pouvait en être autrement. Il se dirigea dans la gueule du loup sans hésiter. C'était ça, le plan. Il l'avait accepté.
Il devait provoquer Thanos, le forcer à se montrer et compter sur les autres. Pour la première fois depuis toujours, Loki devait compter sur autrui. Étrange sentiment de vulnérabilité.
Il arriva au niveau du cocon vert, Peter y flottait paisiblement, les yeux fermés. Loki trancha le cocon du bout de son bâton, la fissure se propagea et le cocon s'ouvrit. Le maître rattrapa le disciple au creux de ses bras. Peter sortit de sa torpeur comme d'une nuit agitée, il ouvrit les yeux.
« Bonjour Peter. »
Il dévisagea son maître comme s'il le voyait pour la première fois.
« L-Loki ?
– Je suis là. »
Il l'aida à tenir sur deux pieds, Peter observa les environs avec anxiété.
« Où... où est..?
– Je te propose de réfléchir à cette question plus tard, fit Loki en indiquant le portail Nord. Viens, partons.
– Partir... où ?
– En sécurité.
– Il nous retrouvera.
– Je nous cacherai. »
Peter secoua la tête, il examina encore son environnement avec cet air concerné.
« Le solstice a commencé, pas vrai ?
– Oui.
– Je dois fermer le portail.
– Non. Tu dois te mettre en sécurité. Laisse tes mentors s'occuper de Thanos au Sud, et viens avec moi, au Nord.
– Steve est au Sud ? » fit le garçon en se tournant vers le portail fermé.
Loki dû le saisir par le bras pour l'empêcher de s'en approcher. Malgré l'urgence, il força sa patience.
« Peter, écoute-moi. Je peux te protéger, mais tu dois me faire confiance, nous devons nous éloigner de ces portails au plus vite. »
Peter considéra son maître, le portail Nord et le portail Sud tour à tour.
« Est-ce que tu me fais confiance, à moi ? »
Le pouls de Loki s'emballa. Une très forte intuition lui commandait de ne pas discuter, de fuir d'ici au plus vite tant que Thanos leur en laissait la liberté. Une pulsion plus forte encore l'amena à tendre l'oreille et écouter.
« Je suis en contact avec Carol, expliqua le garçon. Elle est avec moi, elle peut m'aider à fermer les portails. Si je vais au Sud, je peux retrouver Steve, maîtriser l'Eau et entrer dans l'État d'Avatar. Je peux mettre fin à cette guerre. Personne d'autre ne doit mourir en essayant de me protéger... »
Loki refoula à grand mal le souvenir de sa défunte mère, lisant dans la pupille de Peter le reflet de son propre deuil. Il prit une infime seconde pour regarder autour de lui. Le piège était-il en train de se refermer ?
« Loki... » insista Peter.
Le maître s'accroupit au niveau de son disciple. Il l'examina avec attention, chercha à desceller le moindre signe d'une ruse de Thanos. La petite tête brune était décoiffée, il avait le regard cerné, les traits tirés. La retraite spirituelle l'avait fatigué.
Loki s'autorisa quelques secondes d'inspection supplémentaires. Il leva une main au niveau du visage de l'enfant et sans le toucher l'abaissa jusqu'à son cœur. Il scruta l'Avatar à la recherche de l'énergie qu'il connaissait, celle qu'il avait appris à reconnaître durant leurs longues séances de méditation. Un oasis d'énergie pure, d'énergie blanche dans un royaume d'énergie noire.
C'était bien lui.
Entier.
Et résolu à défier les ordres de son mentor de l'Air, comme d'habitude. Peter n'avait jamais été plus lui-même qu'en cet instant précis.
« Es-tu sûr de toi ? questionna Loki.
– Oui. »
Le maître soupira et se redressa, il avisa l'emplacement du portail Sud.
« Carol nous aidera à passer, » affirma Peter.
Il leva les yeux pour rencontrer l'expression déterminée de son mentor.
« Je t'interdis de t'éloigner, » prévint ce dernier.
Peter hocha la tête prit les devants, son maître aux aguets, protecteur, juste derrière lui. Ils traversèrent ainsi la vaste étendue vide en direction du portail Sud.
