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Chapitre 52
La porte de la citadelle passée, Harold et ses compagnons furent accueillis par les rayons éblouissants du soleil. La brume avait quasiment disparu à l'étonnement d'Harold. Ils avaient passé bien plus de temps que prévu dans la forteresse. À l'Est le soleil avait fini de somnoler pour s'élever avec une teinte rougeâtre, signe du sang déjà versé alors même que la journée venait seulement de commencer.
L'éclat de ses rayons força les membres du groupe à prendre un instant afin d'y habituer leur vision. Le clair-obscur des couloirs seulement éclairés par quelques torches les avait laissés chancelants.
Un sort bien dangereux pour des proies traquées par des chasseurs implacables. Une activité dont Harold n'avait jamais été friand, mais dont il connaissait les rudiments. Même s'il devait admettre l'avoir le plus souvent pratiqué accompagné d'un dragon noir plutôt doué et seulement contre des espèces animales. Acculer ou aveugler sa proie était toujours une bonne technique. Si l'ennemi les coinçait là, ce serait la fin.
Harold cligna à plusieurs reprises des yeux, sa main en visière pour atténuer le changement lumineux. Une fois leur vue stabilisée, Harold constata avec soulagement l'absence du moindre soudard de Drago. Ils avaient réussi à conserver leur avance.
Cela n'empêchait pas son cœur de continuer à jouer aux montagnes russes. Tant de choses pouvaient encore changer en une fraction de seconde, mais l'espoir s'était de nouveau embrasé. Il leur restait une chance de s'en sortir.
— Vous entendez ? demanda Astrid d'une voix tendue.
Au loin on pouvait percevoir le choc des armes et les cris des hommes mêlés aux rugissements des dragons. Le combat battait son plein, faisant frémir Harold d'effroi.
Maintenant qu'il savait son plan éventé. La présence avérée d'un traître dans ses rangs et probablement parmi ses plus proches compagnons signifiait la connaissance par leur ennemi de leurs stratégies de bataille. Harold ne pouvait pas croire que rien n'avait été prévu. S'il n'était pas déjà trop tard, leur armée se jetterait bientôt dans un piège.
Seules l'intuition et l'expérience des chefs pouvaient encore éviter un tel désastre.
— Ils ont certainement atteint la deuxième enceinte. Ils doivent essayer de la passer, commenta Alrik.
Astrid serra les poings de rage.
— Mais ils savaient… ils connaissaient notre plan ! Ils ont forcément prévu des contre-mesures et un moyen de nous repousser !
Il n'y avait pas besoin de confirmer, tous reconnaissaient la véracité de ces mots. Harold plus que tout autre s'en voulait. Il se sentait abattu et perdu. Il avait convaincu tout le monde de suivre ses plans. Les plans d'une marionnette dansant au rythme de son ennemi. Se croyant malin et confiant en ses compagnons, il s'était fait prendre à son propre jeu.
— Qu'est-ce qu'on fait Harold ? demanda Élia.
Ils avaient deux options.
Soit ils prenaient la direction de la deuxième enceinte pour rejoindre leur armée. Il leur faudrait alors réussir à franchir les lignes ennemies, une entreprise dont Harold doutait de la faisabilité. Face à autant d'hommes, ils étaient trop peu nombreux pour faire une percée, d'autant plus que Drago y penserait et tous seraient sur le qui-vive. Sans oublier qu'il y avait le risque de se jeter dans un nouveau piège.
L'autre option était de repartir par où ils étaient venus, mais là encore Drago y penserait. Connaissant leurs plans, il savait forcément l'itinéraire qu'ils avaient pris pour pénétrer dans l'enceinte des murs ou tout au moins le point d'entrée. Les dangers n'en seraient pas moins grands.
Deux choix, deux branches de l'histoire.
Harold jeta un œil au ciel avec un mauvais pressentiment, puis il regarda ses amis. Ils attendaient sa décision.
— On repart par où on est venu. En étant rapide, on arrivera peut-être avant que Drago n'ait pu y placer des soldats. De toute façon on a pas les moyens de percer à travers toute une armée et on risquerait de se retrouver sous un tir croisé en essayant de passer l'enceinte.
Le groupe hocha la tête et tous se remirent en route à marche forcée.
Ils avaient conservé leur formation, Astrid et Alrik en tête. Harold avait voulu laisser Eldrid les guider, mais les deux guerriers couverts de sang avaient affirmé se souvenir du chemin. Pour ne pas perdre plus de temps, Harold les avait alors laissés leur ouvrir la voie.
Faisant attention à ne croiser personne, le groupe arriva à l'entrée d'une ruelle, mais au moment de s'y engouffrer un cri retentit.
— Ils sont là ! Dépêchez-vous !
D'une rue latérale longeant la forteresse, un régiment de soldats venait d'apparaître.
— Merde ! Ils sont déjà au courant ! On court !
La troupe ennemie se précipitait dans leur direction, il ne restait que quelques secondes. Harold allait s'élancer quand il vit le regard d'Eskil et d'Eldrid. Ils hochèrent la tête, Élia comprenant ce qu'il en était saisit le bras d'Harold.
— Allez-y, on les retient ! s'exclama Eldrid.
— Non, c'est hors de…
— On a pas le temps pour ça, tu sais que j'ai raison Harold ! Le Nord a besoin de son Protecteur sans quoi il sera perdu !
— Chacun doit faire ce qu'il a à faire, se contenta de dire Eskil.
— Allez-y ! s'exclama une dernière fois Eldrid.
Harold voulut protester une dernière fois, il ne pouvait pas accepter de laisser l'un d'entre eux derrière. Son esprit s'y refusait, mais on ne lui laissait pas le choix.
— On vous attendra alors dépêchez-vous de nous rattraper !
Eldrid et Élia échangèrent un dernier regard puis cette dernière tira Harold, le forçant à la suivre.
La course effrénée reprit.
Le cuir de leurs bottes claquait contre les pavés de pierre tandis que derrière eux le choc des armes se répandait dans l'air. Le crissement des épées et le bruit sourd des boucliers. Les cris des hommes tentant de submerger les guerriers en noir sans y parvenir. Ils se battaient avec la rage du désespoir. Ils accomplissaient leur mission de garde personnelle d'Harold.
En tant que Nordiens c'était pour eux un honneur et un devoir. Ils avaient le devoir de protéger le Protecteur du Nord et au-delà de cela, ils se battaient pour leurs amis et leurs idéaux. C'était une raison plus que suffisante à leurs yeux pour risquer leurs vies, mais cela n'en restait pas moins une torture pour Harold.
Les bâtiments défilèrent, Harold et ses compagnons pénétrèrent dans un nuage de brume retardataire. Ils s'y fondirent pour devenir une nouvelle fois des spectres indiscernables pour un court moment. À chaque pas, le bruit des combats de leurs amis se fit plus lointain, se mêlant à celui de la deuxième enceinte jusqu'à ne plus pouvoir distinguer l'un de l'autre.
Sous la houlette d'Astrid et d'Alrik, les bâtiments de pierre, signe de la promiscuité avec la forteresse se firent de plus en plus rares. Au cours de leur progression, Harold repéra plusieurs des points de repère dont il avait agrémenté sa carte mentale des lieux, preuve qu'ils avançaient dans la bonne direction.
Ils allaient à une vitesse qu'Harold aurait crue impossible pour de fugitifs.
C'était une course contre la montre. Ils ne se préoccupaient plus de rien, seul sortir de cette nasse comptait. Même s'ils faisaient attention à ne pas se frotter à des unités entières de soldats, si un ou deux malheureux avaient la malchance de se trouver sur leur chemin ils goûtaient du tranchant de leur avant-garde.
Plus d'une fois Harold crut qu'il aurait à se servir de ses armes pour constater qu'en un battement de cil Astrid et Alrik avaient déjà réglé le problème. Leur synchronisation était au-delà de sa compréhension. Il en venait presque à croire à un don des Dieux.
— Vous voyez cette ruelle ? demanda Alrik en désignant une rue étroite de l'autre côté d'une grande avenue.
Leur groupe s'était arrêté au coin d'un bâtiment pour qu'ils puissent reprendre leur souffle et obtenir une occasion de traverser sans risque.
Par rapport à la première fois, il y avait désormais un grand nombre de soldats dans les rues. La majorité se déplaçait en unité, fouillant les recoins de la cité à leur recherche tandis que d'autres se précipitaient vers la seconde enceinte ou du moins Harold l'espérait. Il craignait que les renforts qu'il voyait courir ici et là soient destinés à ses deux amis restés en arrière.
— C'est la ruelle qu'on doit prendre, expliqua Astrid. Si on arrive à passer l'avenue sans se faire repérer on aura toutes nos chances. Il ne restera plus qu'à remonter quelques rues.
— On passera devant l'entrepôt ? demanda Harold.
Tout le monde le regarda. On pouvait voir au regard d'Astrid qu'elle avait compris sa pensée et avant même qu'elle ne réponde Harold sut la réponse. Elle allait modifier leur parcours pour éviter le bâtiment.
Harold sentit son cœur se serrer, mais il ne pouvait lui en vouloir. Elle le faisait par amour.
— On passera bien devant, alors tu as changé d'avis, on y met le feu ?
Concentré sur la recherche d'une occasion de franchir l'avenue, Alrik n'avait pas remarqué ce qui se jouait juste derrière lui. Pour la première fois, lui et Astrid étaient en totale dissonance. S'il avait été plus attentif, il n'aurait pas fait cette erreur.
— Je veux qu'on s'y arrête.
— Maintenant qu'on est repéré, y mettre le feu ne sera pas trop dangereux. De toute façon Drago doit avoir envoyé des soldats par là-bas. Avec de la chance, ça permettra de faire diversion.
Harold ne démentit pas. S'il voulait s'y arrêter, ce n'était pas pour brûler les épées de glaces. Il savait que cela ne servirait à rien puisque seul le feu d'un dragon pouvait les détruire. S'il voulait s'y rendre, c'était pour attendre Eldrid et Eskil. Il voulait leur laisser une chance de les rejoindre. Ils avaient forcément compris que c'était là le seul endroit où ils pouvaient se retrouver au sein de la place forte. Après qu'Harold leur ait dit qu'il les attendrait, ils passeraient forcément par là-bas.
Si l'un d'eux meurt ici je ne pourrais pas le supporter… Si Eldrid meurt… Thorkell me tuera…
Astrid avait compris ses raisons et était clairement en désaccord, mais elle ne dit rien. Ils ne pouvaient se permettre de se disputer maintenant. Cependant Élia ne renonça pas aussi vite.
— Eldrid avait raison…
— Qu'est-ce que tu veux dire ? Ah… son regard, c'est ça ? demanda Harold avec une lueur de compréhension.
— Elle devait se douter que tu dirais un truc comme ça. Il est hors de question qu'on s'arrête.
— On va s'arrêter Élia. Ce n'est pas une proposition, c'est un ordre !
Élia se tendit, mais n'en démordit pas.
— S'il le faut, je t'assommerais.
— Dans ce cas il faudra me traîner. Tu crois vraiment qu'on va s'en sortir si on fait ça ?
— Argh… ce que tu peux être borné. Pas plus de quelques minutes alors.
— Je…
— Je suis d'accord avec Élia, quelques minutes, pas plus, intervint Astrid.
Être d'accord avec sa rivale semblait lui coûter, mais c'était un bien petit prix à payer pour protéger celui qu'elle aimait. Harold n'eut d'autre choix que d'accepter.
— Très bien, quelques minutes.
Peu importe qui m'a trahi, de toute manière je ne sais même si le traître est ici avec moi… Je ne veux pas y croire… Et puis avec l'échec de Drago à nous capturer, il ne tentera sûrement rien pour ne pas compromettre sa couverture. Je veux tous les ramener.
Le temps de rendre des comptes viendra bien assez vite.
— C'est le moment. On y va !
Sous le commandement d'Alrik, ils traversèrent la grande avenue, profitant d'un moment où rien ni personne ne pouvait les repérer. Ils s'engouffrèrent entre deux bâtiments aux murs de bois et aux toits de bardeaux. Il venait de laisser derrière eux les bâtiments de pierre et d'entrer dans un autre quartier de la cité.
Ils avancèrent d'abord prudemment, Alrik et Astrid toujours en tête. Élia aux côtés d'Harold, prête à le protéger de tout danger. Puis une fois sûr que la voie était libre, ils se remirent à courir.
Les ruelles étaient désertes. Seules les grandes avenues semblaient être empruntées, mis à part pour les unités lancées à leur poursuite. La zone de recherche était cependant tellement grande qu'il était possible de les éviter. Si la majorité des forces ennemies n'avaient pas été concentrées à repousser l'armée de l'Alliance la situation aurait pu être différente.
Drago avait beau connaître les points de sorties possibles il ne pouvait pas connaître avec certitude le chemin qui serait emprunté. Même s'il avait pu avoir cette information, il n'avait pas dû la juger utile, pensant qu'Harold et les siens seraient capturés dans la forteresse. Il avait dû baser tout son plan sur cette capture, c'était là leur chance. Il n'avait pas dû songer qu'Harold réussirait à fuir le bâtiment.
De plus, Harold ne pouvait pas en être sûr à cent pour cent, mais il avait le sentiment qu'Astrid et Alrik ne prenaient pas exactement le même chemin que la première fois.
Ils avançaient toujours dans la bonne direction, semblant se fier à des points de repère dont Harold n'avait pas idée pour les mener à bon port tout en évitant d'éventuels pièges.
Tout ceci ne les empêcha pas de tomber nez à nez avec une patrouille de quatre hommes, mais comme la fois précédente ils ne firent pas de quartier. Astrid et Alrik passèrent en un instant outre la garde des soldats pour envoyer immédiatement deux d'entre eux dans le royaume des morts. Au même moment, Élia et Harold s'avancèrent et d'une parade suivie d'une contre-attaque ils firent suivre un chemin similaire aux deux autres. Seule l'efficacité comptait.
— Ce ne sont pas les mêmes que dans la forteresse. Ils sont surpris trop facilement et inexpérimentés. Drago ne devait vraiment pas penser qu'on réussirait à s'enfuir, commenta Harold.
— Je suis d'accord, acquiesça Alrik. Il a dû envoyer ce qu'il avait sous la main. Le gros des troupes doit être en train de défendre la deuxième enceinte.
— Continuons.
Ils reprirent leur chemin et après quelques minutes de marche soutenue, ils arrivèrent enfin à l'entrepôt. Ils s'engouffrèrent rapidement à l'intérieur et tout le monde soupira. Rien n'avait changé. Le sol était de terre battue, les caisses en bois alignées le long des murs n'avaient heureusement pas été touchées, ce qui voulait dire que les armes étaient toujours à l'intérieur. Un escalier en bois permettait de monter au second étage.
— Surveillez le rez-de-chaussée, je monte à l'étage pour voir si je peux apercevoir quelque chose.
— N'oublie pas Harold, on ne reste que quelques minutes, lui rappela Élia.
— Je sais.
Harold monta à l'étage puis se dirigea immédiatement vers le battant donnant sur la rue et l'entrouvrit. Le bâtiment était de grande taille, malheureusement il n'était pas le seul dans la zone et Harold ne put voir très loin. Il avait néanmoins une bonne vue sur les rues proches menant au défilé et c'était déjà ça.
Harold observa, détaillant chaque rue à la recherche d'un signe, d'un indice de la présence de ses amis. Parfois il voyait des silhouettes approcher et son cœur se mettait à tambouriner. La sueur coulant sur son front, d'anxiété et d'espoir de les voir arriver, mais à chaque fois ce n'était que déception. Il s'agissait de soldats ennemis.
Ce schéma se reproduisit durant plusieurs minutes, puis il sentit une présence à ses côtés.
— Astrid… dit-il sans même se retourner.
Il était certain que c'était elle, il n'aurait pu l'expliquer, il le savait inconsciemment.
— Il est temps.
— Encore un peu.
— Harold ! Ne te laisse pas guider par tes sentiments. Tu es certainement l'une des personnes les plus rationnelles et réfléchies que je connaisse, mais dès que cela touche à ceux que tu aimes tu perds tes moyens. Tu veux toujours sauver tout le monde, mais ce n'est pas possible.
— Je le sais, je l'ai appris durement…
— Alors ne fais pas cette erreur. Tu sais comme moi qu'il y a un traître parmi nous. Sûrement dans la Garde Noire, c'est l'explication la plus logique, peut-être même avec nous. Ce n'est pas Alrik, j'ai passé du temps avec lui, mais les autres… je pourrais pas dire… On ne peut pas rester ici.
— Mais…
Une nouvelle fois, Astrid ne le laissa pas finir. Elle le força à se retourner, elle saisit son visage avec ses deux mains et l'embrassa. Ce n'était pas un baiser empli de chaleur ou de beaux sentiments. C'était un baiser triste qui n'avait que pour but de ramener Harold à la réalité.
— Les autres ont besoin de toi Harold, il faut partir. Il faut rejoindre l'armée et se replier, dit Astrid en s'écartant juste assez pour parler.
— Elle a raison.
En entendant cette phrase pleine de chagrin, Harold et Astrid se tournèrent pour voir Élia à quelques mètres d'eux. Elle avait enlevé son casque et une larme coulait sur sa joue. Elle l'essuya rageusement puis s'adressa à Harold.
— On part, si tu ne veux pas je t'assomme et on se débrouillera pour te traîner hors d'ici.
— Élia… tenta Harold.
Sa voix était pleine de remords, il n'avait jamais voulu qu'elle le découvre ainsi. Il avait toujours tenu à Élia, et la cruelle vérité était que sans l'arrivée d'Astrid, c'était avec elle qu'il aurait fini.
Il avait essayé de ménager ses sentiments, il a voulu trouver le bon moment pour lui parler. Il était trop tard. Le diable était sorti de sa boîte. Élia n'était pas bête, elle avait déjà dû remarquer les sentiments d'Harold pour Astrid. L'accepter était cependant une tout autre affaire et jusqu'à présent elle s'était voilé la face. Désormais elle ne pouvait plus nier la dure vérité. Harold l'avait rejeté.
— C'est bon, on y va !
Élia mit son casque, s'approcha d'Harold sans regarder Astrid, puis elle lui saisit le bras et l'emmena avec elle vers la sortie. Astrid leur emboîta le pas. Ils descendirent au rez-de-chaussée où Alrik était déjà prêt. Il avait entrebâillé la porte et regardait à l'extérieur. Non loin de lui se trouvait une lampe-tempête allumée, prête à être jetée sur les caisses en bois pour y mettre le feu.
Élia tira Harold jusqu'à la porte sans lui adresser un mot, effectuant seulement son devoir. Une fois sûre qu'il n'y avait personne, elle fit un signe de tête à Alrik et sortit du bâtiment. Alrik mit le feu à l'entrepôt et rejoignit le reste du groupe.
Ils partirent en courant vers le défilé qu'ils avaient emprunté à l'aller. C'était la dernière ligne droite. Ils pouvaient déjà voir la fine fissure dans la paroi de basalte, tout juste assez grande pour laisser passer un homme.
Six soldats ennemis en tenaient l'entrée.
Alors on l'a vraiment fait ? On est arrivé avant qu'ils ne mettent en place une défense conséquente ou… Eldrid et Eskil… Ils ont dû faire diversion, faire croire à l'ennemi qu'on allait dans une autre direction, et avec une telle pagaille le temps que les informations et les ordres se transmettent… Argh… je leur avais dit de nous rejoindre…
Harold était quasiment certain que c'était ce qu'il s'était passé, au moins l'un d'eux avait dû agir ainsi. Cela expliquait pourquoi ils n'avaient pas rejoint le groupe. Son cœur se serra à l'idée de ce que cela pouvait signifier. Leur chance de sortir de ce guêpier était bien faible.
En voyant le groupe arriver vers eux, les soudards se mirent à s'exclamer, appelant à grand renfort de cris des renforts. Ils pouvaient bien s'égosiller, la fournaise qui se déchaînait depuis l'entrepôt empêchait quiconque de les entendre. Le bois sec n'avait pas mis de temps à s'embraser, il se fendait sous l'effet de la chaleur et couvrait déjà tout autre bruit. Si le feu n'était pas maîtrisé, il se propagerait au reste de la place forte.
La confusion se propageait dans les rangs ennemis. Beaucoup ne tarderaient pas à venir voir ce qui se passait, mais Harold était certain que les six soldats seraient déjà passés dans le royaume de Hel d'ici là.
Ils arrivèrent rapidement au contact, Alrik et Astrid en tête. Chacun d'eux chargea deux hommes tout en continuant à se battre côte à côte pour pouvoir s'entraider. Harold et Élia se jetèrent sur les deux guerriers restants.
Les deux duos se mirent à danser une nouvelle danse macabre. Il n'y avait de temps ni pour l'honneur ni pour les combats en bonne et due forme. Ce serait un massacre sans aucune pitié.
Tandis qu'Alrik occupait l'un de ses adversaires, Astrid força les siens à reculer d'un large balancement de sa hache avant de se tourner vers celui que combattait son partenaire. Elle lui donna un puissant coup à l'arrière du genou, le faisant crier de douleur et s'agenouiller au sol. Alrik en profita pour lui transpercer la gorge.
Astrid se reconcentra ensuite sur ses adversaires, contrant leurs attaques et laissant sur leurs armures de larges entailles. Alrik ne perdit pas de temps à se débarrasser de son adversaire restant et vint soutenir Astrid en attaquant par le flanc.
Si les quatre qui affrontaient les Dragons de Sang avaient joué de coopération et visé une seule cible en se contentant de retenir le deuxième membre du duo alors peut-être auraient-ils eu une chance. Il était désormais trop tard. À deux contre deux leur sort était scellé.
Du côté d'Harold, il avait fait jouer ses deux lames, interceptant l'attaque de son ennemi de l'une pour contre-attaquer dans le même temps de l'autre. Celui qu'il combattait était muni d'un bouclier, mais comme les autres soldats qu'il avait rencontrés depuis sa sortie de la forteresse il manquait d'expérience. Le soudard tenta soudainement de charger bouclier en avant pour déstabiliser Harold, mais celui-ci l'avait vu venir et il évita habilement le coup. Ses épées tracèrent un arc dans le ciel et s'abattirent dans le dos du soudard. Il s'effondra par terre, les poumons perforés, des bulles de sang aux commissures de ses lèvres.
Sa tâche accomplie, Harold se porta au soutien d'Élia. Elle maîtrisait la situation, mais son ennemi avait compris que son bras gauche était son point faible et il s'en servait. Il faisait tout son possible pour la forcer à exposer son flanc gauche, ce qui mettait Élia dans une position peu enviable. Cette tactique était plutôt intelligente pour un homme qui se savait inférieur en termes de talent. En un contre un, cela aurait payé, cependant ici ce n'était pas le cas. Harold arriva par-derrière, le soudard du le sentir, car il fit un pas précipité sur le côté. Une erreur fatale. Élia l'accueillit de sa lame et lui trancha la gorge.
— Merci Harold.
— Rien n'a changé Élia, tu pourras toujours compter sur moi.
Un voile de tristesse passa dans le regard d'Élia. Harold aurait voulu lui parler, la réconforter, mais ce n'était pas le moment.
— Allez on y va, ordonna-t-il.
Le groupe rengaina ses armes et se précipita vers la fissure. Alrik et Astrid passèrent en premier pour s'assurer qu'il n'y avait pas de danger de l'autre côté. Une fois la voie confirmée libre, Harold poussa Élia en avant. Il la força à passer avant lui.
Normalement elle aurait dû faire passer Harold avant elle, mais soit parce qu'elle pensait qu'ils étaient sortis d'affaire ou à cause des derniers mots échangés, elle n'y pensa pas.
Élia était quasiment passée de l'autre côté.
On a réussi… ARGH ! MERDE !
Harold se retint de pousser un cri. S'il le faisait, ses amis feraient demi-tour. En baissant le regard, il vit une flèche à la pointe de fer de dragon dépasser de sa jambe.
Il se retourna.
Au loin l'entrepôt brûlait, accaparant les soldats de Drago. La fumée se répandait et la panique était visible, plusieurs autres bâtiments avaient pris feu. La diversion avait bien fonctionné, empêchant les renforts d'arriver.
Pourtant un petit groupe s'était dirigé vers la faille ou à voir son chef peut-être même avait-il décidé d'attendre ce moment précis pour agir. C'était impossible à savoir.
— Dagur… murmura Harold.
Le lieutenant à la tignasse rousse avait un arc à la main et un sourire sauvage sur le visage. La corde de son arc se détendit une nouvelle fois. Une flèche vola dans le ciel, Harold voulut l'éviter, mais sa jambe ne répondit pas.
La flèche se ficha dans son épaule, traversant l'armure pour transpercer la chair avec un son mat. Une autre suivit bientôt et se ficha de nouveau dans sa jambe.
Les hommes de Dagur s'étaient élancés dans sa direction, dans quelques secondes ils seraient sur lui.
— Harold ! NON !
Le temps avait comme ralenti pour Harold. En jetant un œil dans le défilé, il vit qu'Élia avait fini de traverser. Elle criait à s'en briser les cordes vocales, Astrid était tétanisée et Alrik faisait ce qu'il pouvait pour empêcher Élia de retraverser la faille. Il jetait fréquemment des coups d'œil à Astrid de peur qu'une fois la stupéfaction passée elle ne tente la même chose.
Harold regarda Alrik, il n'y avait pas besoin de mot, son ami comprit ce qu'il voulait. Harold cassa la flèche plantée dans son épaule et malgré la douleur il dégaina ses deux lames.
Traverser la fissure était impossible, ses ennemis seraient là avant et même sans cela, il se sentait incapable de faire le moindre pas. C'était déjà un exploit qu'il soit resté debout.
Alrik hocha la tête et cria quelque chose à Élia qu'Harold ne put entendre. Astrid pleurait, Harold lui fit un dernier sourire maladroit et prononça quelques mots puis le temps reprit son cours normal.
— Je les retiens ! Partez !
Les soudards se jetèrent sur Harold, il en transperça un de sa lame qui resta bloqué entre deux côtes. Il l'abandonna puis para une nouvelle attaque de sa seule épée restante, mais une autre suivit et elles se firent rapidement de plus en plus nombreuses.
Harold tenta de résister, frappant tous ceux qui s'approchaient de sa lame, mais en un rien de temps il fut submergé. Il tomba au sol sous les coups, mettant son dernier effort pour tourner la tête et voir ses amis courir vers la liberté. Il sentit quelqu'un lui tirer les cheveux et le visage de Dagur apparut.
— Ton règne s'achève Protecteur du Nord et avec lui cette guerre ! Grâce à toi, la victoire finale sera bientôt nôtre !
L'instant suivant Harold fut frappé fortement à l'arrière de la tête, sa vision se troubla et tout devint noir.
