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Odin revient dans la partie, pour le meilleur et pour le pire...


Chapitre n°2 :

Derrière ses excuses


« Je ne sais toujours pas ce qui me retient ici, alors que pendant tout ce temps, je me suis senti si vide à l'intérieur. »

- Evanescence, "Haunted"


- Je me doutais que je te trouverais ici.

Frigga se tourna vers le nouvel arrivant dans la chambre, également le propriétaire de la voix. Odin se tenait sur le seuil, faiblement éclairé par les quelques bougies qui retenaient constamment les ténèbres loin de l'enfant qui occupait la pièce, comme le demandait la tradition asgardienne.

- Le quotidien d'une mère de famille peut parfois se montrer prévisible, sourit Frigga en continuant de bercer Loki. Mais je n'ai pas envie de m'en plaindre, bien au contraire...

- Eh bien, moi, j'aimerais émettre une critique à ce sujet, objecta Odin, se tenant toujours en retrait. Bien que tu te doutes probablement déjà de sa teneur, car je te la répète chaque jour.

- Et tu vois bien, chaque jour, que je n'ai pas envie de tenir compte de cette critique, répliqua calmement la Reine.

Odin grogna et se tourna pour poursuivre son chemin vers la chambre conjugale, où il était conscient que Frigga ne le rejoindrait pas encore avant un long moment.

- Tu souhaiteras peut-être être informé que Thor a émis ses premiers babillages, aujourd'hui.

La voix de sa Reine le fit s'immobiliser dans son mouvement. Il tourna de nouveau son visage fatigué vers elle.

- Il ne cesse de grandir... J'espère que je parviendrai à revenir ici plus tôt, demain, pour passer un peu de temps avec lui.

- Et avec Loki.

Si Frigga lui avait fait ce rappel sur le ton de la conversation, Odin savait néanmoins très bien en décrypter le sous-entendu. Celui qui indiquait qu'elle ne tolérerait jamais, de sa part, la moindre distinction entre ses deux fils.

- Et avec Loki, concéda-t-il à voix basse. D'ailleurs, il m'a l'air enfin assoupi et apaisé, alors il pourrait peut-être retrouver sa place dans son berceau, suggéra-t-il en tentant de conserver un ton poli.

- C'est presque l'heure de son prochain biberon. Il ne va pas tarder à se réveiller de nouveau.

- Et c'est bien pour ce type de situation qu'il a une gouvernante.

Cette fois-ci, il n'avait pu contenir une inflexion cassante dans sa répartie.

- Puisque nous en sommes à nous envoyer des vérités au visage, Odin, répliqua Frigga d'un ton sec, laisse-moi te rappeler que Loki a aussi un père, et que celui-ci s'occupe moins de lui que ne le fait la gouvernante que je ne laisse pourtant pas travailler normalement.

Ils se fixèrent un instant en silence.

- Je t'avais pourtant prévenu, reprit la Reine, dès le moment où tu as émis l'idée d'adopter le fils de Hela et de Laufey comme le tien. Je t'avais averti de ne pas le faire uniquement par culpabilité. Tu m'as répondu que tu te devais de prendre tes responsabilités dans cette affaire, mais j'attends toujours de te voir prendre tes responsabilités auprès de Loki en tant que père.

Odin détourna la tête.

- Il se pourrait que je sois condamné à décevoir ma famille, continuellement, murmura-t-il en n'osant croiser le regard de Frigga. Tu devras apprendre à vivre avec cette malédiction.

- Ce n'est pas une malédiction, c'est un choix. Quand tu accepteras enfin de ne plus te cacher derrière des excuses, alors j'estimerai que je n'aurais plus rien à te reprocher.

La Reine lui tourna froidement le dos.

- Bonne nuit, Odin, le congédia-t-elle.

Il baissa la tête, penaud, et tout d'un coup incroyablement écrasé par le poids de la tragédie familiale qui s'était jouée autour de lui, et dont il continuait d'être acteur alors que la pièce n'avait plus lieu d'être.

- Bonne nuit, Frigga... et Loki.