Bonsoir,
Voci un nouveau chapitre qui permettra notamment de donner la solution pour ceux qui s'interrogeaient sur Baldwin.
Juste pour rappel, quand je mets une ligne de séparation cela a pour but de marquer le changement de point de vue ou une ellipse. Normalement je mets des astérisques dans le premier cas et un saut de ligne de plus dans le deuxième. Malheureusement ça ne fonctionne pas, du coup c'est une ligne dans les deux cas, mais rassurez-vous il est facile de voir ce dont il s'agit. Je tenez quand même à vous prévenir.
Merci pour vos reviews !
Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 53
— Comment as-t-on pu en arriver là ? Argh, ça fait un mal de chien…
Baldwin, membre de la Garde Noire et proche ami de Thorkell se tenait dans l'ombre, au coin d'une ruelle, appuyé contre le mur en bois d'un bâtiment. Il n'aurait su dire s'il s'agissait, d'un magasin, d'un lieu de stockage ou plus simplement d'une habitation et à bien y penser cela n'avait pas d'importance. Seul comptait le fait qu'il était en territoire ennemi.
Il avait perdu son casque lors de sa chute et ses fins cheveux de jais couvert de sang volaient au vent. Lui qui n'avait auparavant qu'une seule cicatrice sur le nez en était désormais cousu et son regard perçant avait perdu de sa combativité.
Lorsque Thorkell avait ordonné d'attaquer, il l'avait suivi avec confiance. Ils avaient chargé l'enceinte ennemie pour finalement tomber dans un piège. Baldwin avait alors fait ce qui lui semblait juste. Il avait voulu accomplir son devoir en protégeant son ami, son prince, héritier d'Hagbard, mais ce faisant leurs dragons s'étaient percutés dans la panique. Il avait vu Thorkell tomber, puis son tour était venu.
L'un comme l'autre avait chuté du côté ennemi de l'enceinte, heurtant les toits. Sauvé par ce coup du sort, Baldwin avait survécu à sa chute et il espérait qu'il en était de même pour Thorkell. Il n'avait cessé de le chercher depuis, mais sans succès pour l'instant.
Il avait vu dans le ciel, les dragonniers périrent sous les coups des balistes et des archers. Il en avait vu d'autres tomber, il avait l'espoir que certains aient eu la même chance que lui et s'en soient sortis.
Baldwin porta une main à son flanc gauche avec une grimace de douleur. En tombant, il s'était cassé plusieurs côtés et il était certain d'avoir une fracture de la jambe droite. Il sentait du sang couler depuis sa tête, mais il refusait d'abandonner. Il voulait comprendre, il avait le cœur empli de doute.
Il avait toujours servi le Nord et les Nordiens. Il était de ceux qui faisaient de la distinction entre les peuples, faisant passer le sien avant tout autre, mais pas au point de rejeter bêtement un cœur sincère souhaitant les aider. Il avait accepté Harold pour les avoir sauvés lors du Premier Conflit. Il l'avait reconnu comme Protecteur du Nord même s'il pensait qu'un Nordien aurait dû recevoir ce titre.
Il n'avait pas de haine envers Harold, mais il n'était pas Nordien. Il ne respectait pas comme il se devait les traditions. De son point de vue Harold ne pouvait pas pleinement comprendre toute la signification du titre qu'il portait. C'était pourquoi il aurait voulu voir quelqu'un comme Thorkell l'obtenir. Une obtention qui devait néanmoins suivre les règles. L'idée de trahir pour cela ne lui était jamais venue à l'esprit, mais il commençait à se demander si on ne s'était pas servi de lui.
— J'ai partagé mes convictions avec les autres comme on m'y avait encouragé. J'ai aidé à former un groupe autour de Thorkell en pensant qu'il pourrait se distinguer et devenir un meilleur Protecteur du Nord. J'ai même convaincu Thorkell par moment et il ne semblait jamais vraiment rechigner… Il y avait tellement de doute dans son regard ses derniers temps, mais il a fait preuve de détermination dans la bataille comme s'il avait cessé son combat interne, qu'il s'était enfin décidé à agir, qu'il voulait prouver quelque chose… J'aurais dû réfléchir plus et ne pas l'encourager à attaquer.
Baldwin était complètement perdu, la douleur le faisant marmonner tout ce qui lui passer par la tête.
— Ils parlaient souvent ensemble… lui aussi n'arrêtait pas de suggérer des choses à Thorkell… mais était-ce vraiment des suggestions ou… ça ne veut rien dire, Eldrid aussi et d'autres… À moins que je ne me trompe, je ne sais plus qui soupçonner, mais tout ça, tous ces morts, c'était forcément préparé. Mes Dieux dites-moi que je n'ai participé à tout cela…
— Il est trop tard pour les regrets.
En entendant la voix, Baldwin se retourna aussi vite que ses blessures le lui permettaient. Il tomba nez à nez avec une silhouette vêtue de noire. D'un rapide mouvement, elle lui mit une main sur la bouche puis l'instant suivant une lame le transperça, tranchant la chair et les organes dans une douleur insoutenable. Les pupilles de Baldwin s'écarquillèrent sous le choc.
Une fois les cris passés, la main se retira et Baldwin tenta de parler, une quinte de toux le saisit, lui faisant cracher un flot de sang.
— Toi… fut le seul mot que Baldwin réussit à prononcer avant que la vie ne quitte définitivement ses yeux.
— Désolé mon ami, mais rien n'est encore fini. Tu étais un trop grand risque.
Eskil avançait dans les rues, se fiant au bruit des combats pour s'orienter. Il avait abandonné l'idée de repartir par où il était venu. Rejoindre le groupe n'était plus possible. Lui et Eldrid avaient combattu pendant de longues minutes pour ralentir les soudards de Drago avant de devoir s'enfuir pour rester en vie.
Le combat avait été rude, mais moins sanglant qu'on aurait pu s'y attendre. Leur seul but avait été de gagner du temps et pour cela rien de mieux que de blesser les hommes en première ligne pour obliger leurs camarades à les ramener à l'arrière ou tout au moins pour restreindre leur mouvement s'ils restaient au front.
Des renforts par dizaine avaient cependant fini par accourir jusqu'à ne leur laisser plus qu'une seule voie d'évasion. Estimant avoir fait tout leur possible, les deux membres de la Garde Noire s'étaient mis à courir, entraînant dans leur sillage les soldats enragés par le combat. Une bénédiction pour leurs amis et une malédiction pour eux.
Ils avaient couru à en perdre haleine, ils s'étaient cachés, ils s'étaient perdus de vue.
Eskil n'avait aucune idée de la localisation d'Eldrid ni de ce qu'il était advenu d'Harold et des autres.
Tout ce qu'il savait c'est qu'il devait quitter la place forte et rejoindre les Nordiens.
Il avançait l'épée à la main entre les bâtiments en bois et aux toits de bardeaux, longeant par moment de simples habitations, des commerces aux portes barricadés, des lieux de stockages et parfois même des casernes désormais vides, tous leurs occupants partis se battre. Il entendait au loin les cris des hommes, le bruit du métal heurtant le métal, les rugissements des dragons. Il y avait de la rage, de la douleur et du désespoir dans ce qu'il entendait.
Tous faisaient face différemment à la mort.
Plus il s'approchait et plus cela devenait distinct. L'odeur de l'air elle-même avait changé. Il était chargé d'un goût métallique, l'odeur du sang et des viscères. La guerre n'était pas un conte, elle n'était pas belle. Eskil l'avait appris durement des années auparavant et aujourd'hui encore cela se prouvait.
Il entra dans nouvelle ruelle après s'être assuré qu'il n'y avait personne, il la remonta quand soudain il remarqua qu'il s'était trompé. Il y avait quelqu'un caché à l'ombre d'un bâtiment. La silhouette lui tournait le dos et il ne pouvait dire de qui il s'agissait. Il y avait peu de possibilités.
Encore quelqu'un à tuer… Sûrement un déserteur venu se cacher ici… tss… je déteste les lâches…
Eskil s'avança doucement, sans un bruit. Il devait faire attention, la silhouette se trouvait à un croisement, s'il se faisait repérer sa cible pourrait s'enfuir dans l'une des rues adjacentes.
Les bâtiments étaient assez hauts et orientés de telle manière que le soleil n'arrivait pas jusqu'au sol. La zone était sombre et la silhouette semblait s'y fondre. Eskil hésita, il avait l'impression qu'elle portait une armure noire. Au même moment il sentit une présence derrière lui et se retourna aussi vite que possible tout en essayant de garder un œil sur sa première cible.
— Eskil ? C'est toi ?
La personne qu'il avait sentie derrière lui n'était autre qu'Eldrid.
La jeune guerrière ne put retenir un soupir de soulagement en voyant à qui elle avait à faire, puis captant un mouvement son regard se tourna immédiatement vers l'autre présence. Eskil fit de même et une nouvelle fois il fut étonné.
Eskil se mit à regarder les deux à tour de rôle.
—Thorkell, c'était toi ? Par Thor ! Tu as eu de la chance, un peu plus et je te tuais !
— Eldrid ? demanda faiblement Thorkell comme s'il n'y croyait pas vraiment.
Eldrid lui sourit tristement malgré l'étonnement, puis elle prit les choses en main. Les trois amis avaient été surpris par ces retrouvailles impromptues, mais ils ne tardèrent pas à maîtriser leurs émotions. Pour survivre, ils devaient rester maîtres de leurs pensées et de leur cœur. Se réjouir ou commencer à discuter sans prendre de précaution aurait été pure inconscience.
Sous l'impulsion d'Eldrid, ils se regroupèrent dans une zone un peu plus lumineuse et discrète. Chacun d'eux avait du sang sur son épée, une étrange atmosphère régnait entre les membres du trio.
Eldrid fut la première à prendre la parole. Il était évident qu'elle était presque à bout de nerfs avec tous les événements récents. La poursuite effrénée dont elle venait de faire les frais l'avait ébranlé. Elle aurait voulu se réfugier dans les bras de Thorkell, mais ce n'était ni l'endroit ni le moment pour cela. Certaines questions devaient être posées.
— Qu'est-ce que tu fais là Thorkell ? Tu devrais être avec les dragonniers… Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il y avait du doute dans sa voix. Une incertitude qui lui déchirait le cœur.
— Je… on est tombé dans un piège. J'ai cru voir une occasion, on a attaqué… ils nous attendaient avec des balistes et des archers. Les dragonniers ont été… décimés… je suis tombé de Garm. Contrairement à d'autre j'ai eu la chance d'heurter un toit, depuis j'essaie de retourner de l'autre côté de la muraille.
Son ton était dépourvu de toute émotion, presque froid comme si la tragédie avait déconnecté de force une partie de son être. Quelque chose semblait s'être cassé en lui. Eldrid sentit son cœur se serrer à cette vision. Elle aurait voulu aller le réconforter, mais elle avait peur que se faisant il craque. Si cela arrivait, elle ne pouvait être certaine de réussir à le ramener alors elle s'abstint malgré la douleur dans son cœur.
— Et le sang sur ton épée ?
— Comme vous j'imagine, j'ai dû m'occuper d'un guerrier qui m'avait repéré.
— J'ai aussi dû m'occuper d'un gars ou deux, acquiesça Eskil.
— Vous ne devriez pas être avec Harold ? demanda Thorkell.
— On a été séparé, répondit Eldrid. Nous aussi on était attendu, ça n'a pas été simple de fuir et on a dû rester en arrière avec Eskil pour gagner du temps.
— Je vois et Harold ?
— Si tout c'est bien passé, il doit avoir réussir à rejoindre les dragons. Je suis sûr qu'il a réussi, se reprit Eldrid avec une pointe d'espoir. Il le faut.
— T'en penses quoi Eskil ?
— Hein ? Eldrid doit avoir raison.
— Tu as l'air un peu à côté de la plaque.
— C'est tout ce bordel, c'était pas prévu, et te voir ici ça m'a surpris.
Eskil ressemblait un peu à Thorkell dans son attitude si ce n'est qu'on pouvait clairement y déceler une immense lassitude.
— J'étais pas loin de réussir à sortir du piège, mais un autre dragonnier m'a heurté.
— Il y a beaucoup de victimes ? demanda Eldrid.
— À part ceux qui sont tombés et qui ont survécu à la chute, je ne sais pas s'il y a des survivants. C'était un enfer.
Eldrid baissa le regard et serra les poings de rage.
— On les fera payer !
Les deux autres détournèrent le regard sans répondre. Aucun mot n'aurait pu réconforter Eldrid.
Après un moment, Thorkell posa une main sur l'épaule d'Eldrid. Elle le regarda sans réellement réussir à reconnaître son regard. Elle réussit néanmoins à y capter une faible lueur. L'amour qu'il lui portait.
— Toi et moi, on survivra, je ferais tout pour te protéger. Je te le jure Eldrid.
La force des mots de Thorkell fit presque peur à Eldrid, mais elle lui sourit quand même.
— Moi aussi, je… te protégerai Thorkell.
Thorkell lui sourit faiblement, puis il regarda ses deux compagnons.
— Il est temps de partir, on doit absolument repasser la muraille au plus vite.
— Plus on tarde plus cela devient risqué, acquiesça Eskil.
Les trois hochèrent la tête, la main fermement serrée sur la fusée de leur épée. Ils raffermirent leur détermination et ils s'élancèrent dans les rues.
— On ferait mieux d'aller vers la droite, annonça Eldrid.
Le groupe avait avancé pendant une dizaine de minutes avant de devoir se cacher sous l'appentis d'une forge. À mesure qu'ils s'étaient rapprochés de leur destination, le nombre de soldats avait augmenté de manière exponentielle. Il y avait des corps entassés, des blessés laissés à l'abandon ici et là, des régiments entiers qui se déplaçaient pour apporter leur soutien aux points faibles de la muraille.
Chaque mètre parcouru sans se faire repérer serait désormais un exploit.
— Je pense qu'il suffirait de passer de l'autre côté du quartier, fit Eskil en regardant une patrouille passer dans la rue. Vu le bruit, l'enceinte doit être juste derrière, si on réussit à se faufiler…
— On ne passera pas, coupa Eldrid.
— Elle a raison Eskil, toute leur armée est là-bas. Entre les hommes sur la muraille, ceux qui attendent au pied, peut-être aussi dans les bâtiments et les rues proches, on se fera remarquer. C'est trop dangereux.
En terminant sa phrase, Thorkell jeta un regard à Eldrid. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, il faisait souvent cela comme pour s'assurer qu'elle ne disparaîtrait pas. Il devenait évident qu'il serait prêt à tout pour la protéger.
Un frisson parcourut Eldrid quand elle le comprit.
Je ne veux même pas imaginer ce qu'il se passerait s'il devait choisir entre moi et Eskil…
— Tu penses qu'en passant par la droite ça ira mieux ? demanda dubitativement Eskil.
— Vous n'avez pas remarqué ? Depuis que j'observe leurs renforts, je n'ai vu aucune troupe aller par là-bas.
— Tu penses que la zone est moins défendue ?
— Je pense. D'après mes souvenirs quand on a fait les repérages, on avait exclu cette portion des plans. Les bâtiments y sont trop serrés pour manœuvrer, c'est pas du tout adapté au combat.
— Maintenant que tu le dis, je crois que tu as raison. Ce qui veut dire que si les chefs ont suivi le plan, il n'y aura pas d'hommes ou très peu à tenter de passer par là, commenta Thorkell.
— C'est ce que je pense, et donc il y aura moins de soldats en défense.
— Dans ce cas, autant tenter le coup, conclut Eskil.
Leur plan décidé, le groupe se remit en route et comme l'avait prédit Eldrid plus ils s'en approchèrent moins les forces ennemies se firent visible.
Si le début du trajet fut délicat, la fin s'avéra d'une facilité déconcertante. Les trois compagnons s'étaient attendu à devoir jouer de la lame avant même d'atteindre l'enceinte, mais à leur grand étonnement il n'en fut rien.
— C'est une blague… maugréa sinistrement Eldrid en grinçant des dents.
Les soldats ennemis, loin d'être sur le qui-vive, étaient assis avec nonchalance au soleil ou à l'ombre des bâtiments les plus proches. Certains mangeaient leur ration, discutaient ou encore jouaient aux cartes. C'était un spectacle effarant au point où les trois compagnons se demandèrent s'ils n'avaient pas passé une quelconque porte magique pour se retrouver dans un autre monde.
Les seuls à montrer un semblant de sérieux étaient les soudards chargés des balistes, les yeux fixés en l'air, et les patrouilleurs de l'enceinte, le regard tourné vers l'extérieur au cas où l'Alliance aurait tenté une attaque inexplicable sur cette portion du mur.
L'ennemi n'en avait pas pour autant sous-estimé la possibilité même s'ils croyaient cela infaisable. Pour preuve, le nombre de guerriers présents était assez important, mais leur laisser-aller leur faisait perdre toute crédibilité.
En temps normal, passer à travers autant de soldats aurait été compliqué. Cette fois, ce ne serait pas le cas.
Si on avait su, c'est ici qu'il aurait fallu concentrer notre force malgré toutes les difficultés possibles, songea Eldrid.
Elle rengaina son épée et s'arma de ses dagues. Elle prit la tête du groupe. Après avoir longtemps observé l'organisation ou plutôt la non-organisation des hommes de Drago, le trio se faufila dans une brèche. Un espace où leurs ennemis, trop occupés à se disputer pour une partie de dés perdue, leur tournaient le dos ainsi qu'à l'entrée de la tour près de laquelle ils se trouvaient. Tout en faisant attention à ne pas se faire repérer, ils s'avancèrent vers leur porte de sortie.
On en a bavé comme pas possible, mon armure est quasiment en lambeaux, on a dû se séparer et eux ils se la coulent douce… J'y crois pas ! Une fois qu'on aura rejoint l'armée et percé cette satanée muraille, je viendrais personnellement leur apprendre ce qu'est la guerre !
Alors qu'elle montait les escaliers menant à l'étage de la tour qui la mènerait ensuite au chemin de ronde, Eldrid enragea. Elle savait que tout cela n'était qu'une exception sur tout le champ de bataille, un moyen pour les officiers de s'assurer que les soldats ne psychoteraient pas et de détourner leurs esprits de la peur qui les aurait immanquablement gagnés à attendre à ne rien faire, mais pour elle c'était trop. Après avoir frôlé la mort si souvent en aussi peu de temps, elle ne pouvait le supporter.
Le premier soudard qu'elle vit en fit les frais. Il avait beau mesuré dans les deux mètres et être bâti comme une armure à glace, elle lui planta sa dague dans la gorge en un tour de main avant de le poignarder d'une bonne dizaine de coups supplémentaires juste pour se défouler.
Thorkell et Eskil ne furent pas en reste, eux aussi éliminèrent chacun un homme. Les actions de chacun malgré leur brutalité avaient été menées dans un silence total. Les corps avaient été rattrapés avant de toucher le sol pour y être posés sans un bruit. L'étage sécurisé, Thorkell enleva de son épaule la corde qu'il portait.
Le groupe l'avait subtilisé lors de leur arrêt à la forge en prévision de ce moment.
Le trio regarda par l'ouverture donnant sur le chemin de ronde, il n'y avait personne. Les cadavres à leurs pieds devaient être les patrouilleurs destinés à arpenter cette portion du mur. Ils n'avaient pas beaucoup de temps pour agir.
S'assurant que personne ne regardait dans leur direction, ils se dépêchèrent de parcourir le chemin de ronde pour atteindre la portion du mur qui donnait exactement là où ils le souhaitaient. Ils s'approchèrent d'un merlon puis ils y attachèrent la corde. Eskil passa en premier pour s'assurer qu'il n'y avait pas de danger en contrebas. Une fois la zone sûre il fit un signe à ses amis.
— Eldrid vas-y.
— Thork…
— Pas le temps, je veux te savoir en sécurité.
Eldrid sut au regard de Thorkell qu'il n'en démordrait pas. Elle s'avança entre deux merlons puis se retourna.
— Très bien, suis-moi de prè…
Eldrid n'eut pas le temps de finir sa phrase, une flèche frôla la joue de Thorkell, laissant derrière elle une estafilade sanglante avant d'heurter avec un bruit sourd l'armure d'Eldrid.
Thorkell regarda celle qu'il aimait avec un regard d'incompréhension, son cerveau n'avait pas encore eu le temps de réaliser, puis le soulagement se fit jour quand il vit la flèche tomber au sol. La pointe n'était pas en fer de dragon et elle n'avait pu percer l'armure. Mais cela ne dura pas. Un cri s'échappa de sa gorge.
— NON !
Le choc avait poussé Eldrid en arrière, lui faisant heurter le rebord du mur.
Elle essaya de se rattraper.
Ses yeux s'écarquillèrent. Elle avait compris ce qui allait lui arriver.
Elle échoua.
Elle tomba du mur.
Thorkell se précipita. Une autre flèche heurta le merlon à côté de lui. Cela n'avait pas d'importance. Seule Eldrid comptait.
Il se pencha le cœur étreint d'une main glaciale et l'esprit terrorisé à l'idée de la scène à venir.
Son cœur eut un raté. Il avait du mal à réaliser.
Eldrid était saine et sauve.
Elle avait réussi à attraper la corde en tombant, ralentissant sa chute suffisamment pour qu'Eskil la récupère.
— Merci mes Dieux…
Thorkell soupira de soulagement, puis à son tour il s'élança. Il se saisit de la corde en passant par-dessus le mur. En quelques secondes il fut en bas. Il serra brièvement Eldrid dans ses bras et le trio s'enfuit sans demander son reste.
— Pff… pff… je crois que c'est bon, on est assez loin, déclara Eskil essoufflé.
Ils venaient de courir comme des dératés entre les bâtiments pour échapper à d'éventuels poursuivants. Ils se trouvaient sur une petite place dépourvue de toute âme qui vive.
— Eldrid…
Thorkell s'approcha de la jeune femme et sans attendre la prit dans ses bras et l'embrassa.
— Thorkell, je vais bien. Ne t'en fais pas.
— Pendant un instant, j'ai cru… S'il t'arrive quelque chose, je ne sais pas ce que je ferais.
Il l'embrassa de nouveau avant qu'Eldrid ne mette fin au baiser.
Elle pouvait voir dans le regard de celui qu'elle aimait à quel point il était déchiré intérieurement. C'était comme si une partie supplémentaire de son esprit s'était brisé quand il avait cru la perdre.
Qu'est-ce qui lui arrive ? Ce n'est pas son genre de réagir comme ça. Je t'en supplie Thorkell… ne deviens pas ce que tu n'es pas…
— On prendra du temps pour nous après Thorkell et on parlera d'accord ? Je vois bien que quelque chose ne va pas, lui murmura-t-elle doucement avant de s'éloigner d'un pas.
Eldrid lui fit un petit sourire. Vu la situation dans laquelle ils se trouvaient, elle essayait de faire au mieux pour le rassurer.
L'échec de sa mission, la perte des dragonniers et le fait d'avoir cru ne serait-ce qu'un instant en la perte d'Eldrid avait amplifié les dégâts déjà causés par la guerre dans l'esprit de Thorkell.
Eldrid le voyait et redoutait de plus en plus les conséquences.
— On ferait mieux de rejoi… commença à dire Eskil quand une ombre les survola.
L'instant suivant un dragon se posa à leur côté avant même qu'ils n'aient pu réagir.
— Garm ! s'exclama Thorkell.
Il se rendit auprès de son dragon pour vérifier qu'il allait bien
Au moins, il s'inquiète toujours pour son dragon, ça me rassure…
Après la chute de Thorkell, Garm avait eu la chance de pouvoir s'éloigner du piège et depuis il patrouillait à la lisière de la zone de tir ennemi à la recherche de son dragonnier.
— C'est quoi ces points ? demanda soudainement Eldrid. Ça ne peut pas être…
Avec la descente rapide de Garm, Eldrid s'était mise à observer le ciel. Elle s'était attendue à voir des dragonniers venir dans leur direction, ou tout du moins elle l'avait espéré. Ce qui aurait été un sacré avantage. Elle devait au plus vite faire un rapport, retrouver sa dragonne et s'assurer qu'Harold allait bien.
Cependant ce qu'elle venait d'apercevoir n'était pas le salut tant attendu. C'était l'enfer.
Des centaines dragons s'élevaient dans le ciel depuis l'arrière de la forteresse.
Drago ne les avait jamais utilisés jusqu'à présent, j'avais quasiment oublié qu'il avait maîtrisé des dragons… Il fallait qu'ils les sortent aujourd'hui… mais quelque chose cloche, ils n'ont pas de dragonniers et ils volent bizarrement comme si…
— Sans quelqu'un pour les dresser correctement il a dû les droguer, dit Eskil sans élever la voix presque dans un murmure pour lui-même.
— Il faut qu'on rassemble un maximum de dragonniers pour les arrêter ou au moins les retenir ! On ne sait pas de quoi ils sont capables ! s'exclama Eldrid.
Dans leur état, qui sait comment ils vont réagir ou s'ils n'ont pas été conditionnés pour exécuter certaines actions…
— Il ne doit quasiment plus y avoir de dragonniers, rappela Eskil. Il faut se replier.
— Quoi ? Non ! On ne peut pas abandonner l'armée !
— On a pas le temps Eldrid ! C'est trop dangereux de rester là ! intervint Thorkell.
Ils s'étaient rassemblés autour de Garm, prêt à monter dessus quand ils virent que les dragons étaient déjà quasiment arrivés au-dessus d'eux.
Le trio vit alors le peu de dragonniers restant des forces de l'Alliance s'élancer à leur rencontre.
Une corne au timbre sombre résonna dans l'air tel le signal d'une reine à un essaim.
Sous les yeux impuissants du trio, une partie des dragons de Drago se jeta sur les dragonniers tandis que l'autre plongea vers les faubourgs se trouvant entre la première et la deuxième enceinte. Là où ils se trouvaient, eux et tous leurs alliés.
Leurs gueules s'ouvrirent et une pluie de flammes se déversa depuis les cieux.
