Chapitre 44
Gray
Je souris comme un imbécile. Je sais que ce n'est pas le moment, je suis à poil dans une pièce pleine de mecs, et le regard de mon petit ami est assassin. Cependant, je suis tellement content de le voir que je ne contrôle pas les muscles de mon visage. Je le dévore des yeux, son visage sublime, sa tignasse rose... Ses yeux émeraudes, furieux. Il est tellement beau quand il est énervé contre moi !
- Je suis content de te voir aussi, Bébé, je réponds d'une voix chantante. Comment se sont passées tes vacances ?
- Ne m'appelle pas bébé ! Et tu ne mérites pas de savoir comment se sont passées mes vacances ! s'exclame-t-il en regardant les trois coéquipiers qui se douchent à côté de moi. Merde, rincez-vous et foutez le camp ! J'essaie d'engueuler votre capitaine !
Il faut que je me retienne de rire, mais je n'y parviens plus lorsque je vois mes amis se dépêcher d'obéir à Natsu comme s'ils recevaient l'ordre d'un sergent de l'armée. Ils éteignent les douches, se couvrent et, quelques secondes plus tard, nous sommes seuls.
J'éteins également ma douche et je me tourne vers lui. Mon entrejambe est cachée par la porte, mais Natsu n'a qu'à baisser les yeux pour voir constater à quel point ma queue est heureuse de le voir.
Cependant, il ne le fait pas, parce qu'il me dévisage toujours.
- Tu as interdit à tous les mecs du campus de m'approcher ? Tu es sérieux ?
Je plonge mon regard dans le sien et je sais qu'il n'y voit pas le moindre remords.
- Bien sûr !
- Bon sang, tu es incroyable, dit-il en secouant la tête. Qui fait ça, Gray ? Tu ne peux pas menacer tous les mecs de la fac de leur botter le cul s'ils me touchent !
- Je n'ai pas menacé tous les mecs. Tu crois que j'en ai le temps ? Je l'ai simplement dit à quelques personnes clés et je me suis assuré qu'elle ferait passer le message.
- C'est quoi l'idée ? Si tu ne peux pas m'avoir, alors personne ne peut m'avoir ?
- Mais non, ce serait fou ! Je ne suis pas un psychopathe, voyons. Je l'ai fait pour ton bien, Dragneel.
- Ah bon ? Alors vas-y, explique-toi !
- Eh ben, tu es amoureux de moi, et je sais que tu n'as aucune envie de taper d'autres mecs. Mais tu es tellement têtu que tu serais capable de le faire, juste pour appuyer ton mensonge. J'ai dû prendre des précautions, c'est tout. Si tu sors avec un autre tu finiras par le regretter et tu te sentiras bête quand tu reprendras tes esprits. Je voulais t'épargner cette souffrance et cette honte. Tu me remercieras plus tard.
Pendant un instant, Natsu a l'air trop choqué pour parler. Soudain, il éclate de rire.
Merde, son rire m'a tellement manqué ! Je suis à deux doigts d'ouvrir la porte et de l'embrasser, mais je n'en ai pas l'occasion.
- Qu'est-ce qui se passe, ici ?
Natsu sursaute lorsque le coach entre dans la salle de douche.
- Salut, coach. Ce n'est pas ce que vous croyez.
Il n'a pas l'air content.
- Ce que je crois, c'est que tu te douches devant ton copain. Dans mon vestiaire.
- Dans ce cas, c'est bien ce que vous croyez. Mais je vous jure que c'est innocent. Il ne va rien se passer de sexuel, je dis en souriant. J'essaie de le reconquérir.
Le coach ouvre la bouche, puis il la referme, puis il la rouvre. Je n'arrive pas à savoir s'il est amusé, énervé, ou complétement perdu. Il finit par hocher la tête et choisir la troisième option.
- Euh... Poursuivez.
Et il tourne les talons en secouant la tête. Je regarde de nouveau Natsu, juste à temps pour le voir essayer de s'échapper.
- Tu vas où comme ça, Dragneel ? C'est hors de question ! je crie en me couvrant d'une serviette et en sortant de la cabine. Tu ne vas pas partir comme ça.
- Je suis venu te hurler dessus, bégaie-t-il, les yeux rivés sur ses pieds. Et maintenant j'ai fini, alors...
Il sursaute quand je soulève son menton pour l'obliger à me regarder.
- Super, tu as fini de crier. Maintenant, je veux que tu me parles. Tu ne partiras pas tant que tu ne l'auras pas fait.
- Je n'ai pas envie de parler.
- Tant pis pour toi, je rétorque en plongeant mon regard dans le sien. Pourquoi tu as rompu avec moi ?
Un soupir tremblotant lui échappe.
- Parce que ça allait trop vite.
- Tu mens. Pourquoi t'as rompu avec moi ?
- Parce que je veux voir d'autres mecs ?
- Essaie encore. Pourquoi tu as rompu avec moi ?
Il ne répond pas, et ma patience atteint sa limite. J'écrase ma bouche sur la sienne et je l'embrasse plus fort que jamais, rattrapé par toutes ces semaines où il m'a manqué. Il ne recule pas. Au contraire, il répond à mon baiser avec la même passion. Ses mains agrippent mes épaules comme s'il était perdu en mer et que j'étais sa bouée de sauvetage. C'est ainsi que je sais qu'il m'aime encore et que je lui ai manqué autant qu'il m'a manqué.
À regret, j'arrache ma bouche à la sienne pour murmurer :
- Pourquoi tu as rompu avec moi ?
Il me transperce d'un regard plein d'angoisse. Sa lèvre tremble, et après quelques secondes de silence, je me demande s'il va me répondre. Je me demande si...
- Parce que ton père m'a dit de le faire.
J'ai l'impression d'avoir été percuté par un bus. Je vacille et mes bras retombent tandis que je le dévisage. Je ne comprends pas bien ce que je viens d'entendre.
Je déglutis une fois, puis deux.
- Quoi ?
- Ton père m'a dit de rompre avec toi, admet-il lentement. Il m'a dit que si je ne le faisais pas, il...
Je lève ma main pour qu'il se taise. Je suis trop choqué pour l'écouter et trop enragé pour bouger, mais je me force à respirer. J'inspire lentement pour me calmer et reprendre mes esprits, puis j'expire tout aussi lentement en me passant la main dans les cheveux.
- Voici ce qui va se passer : tu vas m'attendre dehors pendant que je m'habille, puis on va aller... n'importe où. Chez toi, dans ma voiture, n'importe où. On va aller quelque part, et tu vas me répéter tout ce que fils de pute t'a dit. Tu vas tout me raconter.
Natsu
Gray ne dit pas un mot. Nous sommes dans ma chambre, parce que mon foyer est plus proche de la patinoire que sa maison et qu'il était trop pressé de discuter. Cependant, pour l'instant, il n'a rien dit. Il se contente de me dévisager en fronçant les sourcils, face à moi, les bras croisés. Quant à moi, je ne peux plus m'arrêter de parler. Je lui répète toutes les menaces de son père, je lui explique pourquoi je lui ai obéi, je le supplie de comprendre que c'est parce que je l'aime et que je veux qu'il réussisse.
Et pendant tout ce temps, Gray ne dit rien. Il ne cligne même pas des yeux.
- Tu ne veux pas dire quelque chose, s'il te plaît ? je marmonne quand j'ai fini et qu'il n'a toujours pas dit un mot.
Ses yeux presque noirs sont rivés sur moi. Je n'arrive pas à savoir s'il est énervé ou juste agacé, déçu ou triste. N'importe laquelle de ces émotions serait logique. Or, la réponse que j'obtiens est absurde.
Gray commence à rire doucement, puis il part en fou rire, et ça me laisse perplexe.
- Tu trouves ça drôle ? je demande, outré.
Je me ressemble à une loque depuis un mois, et lui, il trouve ça amusant ?
- Non, je trouve juste que c'est dommage, dit-il entre deux éclats de rire.
- Quoi ? Qu'est-ce qui est dommage ?
- Ça, répond-il en nous désignant. Toi et moi ! Ce mois qu'on a perdu ! Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
- Parce que je savais ce que tu aurais répondu.
- J'en doute sincèrement, dit-il toujours en riant, mais vas-y, qu'est-ce que j'aurais répondu ?
Je ne comprends vraiment pas sa réaction et ça commence à me mettre réellement mal à l'aise.
- Tu aurais répondu que tu te fiches de l'argent de ton père et que tu ne veux pas le laisser te contrôler.
Gray hoche la tête.
- Ouais, pour l'instant tu as raison. Quoi d'autre ?
- Ensuite, tu m'aurais dit que tu tiens plus à moi qu'à tout son argent.
- Ouaip.
- Et tu l'aurais laissé te couper les vivres.
- Tu as encore raison.
Mon Dieu, j'ai envie de vomir.
- Il m'a dit que tu n'obtiendrais pas de bourse et que tu ne pourrais pas demander un prêt à la banque.
- C'est vrai, dit-il en hochant à nouveau la tête.
- Tu aurais été obligé de vider ton compte épargne pour payer tes frais d'inscription et puis... après... quoi ? On sait tous les deux que tu ne peux pas payer le loyer et rembourser ta voiture sans travailler, donc tu aurais été obliger de te trouver du boulot et...
Il me sourit tendrement.
- Je t'arrête là, Bébé. Revenons en arrière. Je laisse mon père me couper les vivres. Demande-moi ce que j'aurais fait après.
- Quoi ?
Gray se rapproche du lit et caresse ma joue.
- J'aurais dit : « Ne t'en fais pas, Bébé, j'ai vingt et un ans dans quelques semaines, et mes grands-parents m'ont laissé un héritage auquel j'aurai accès le deux janvier. »
- Attends, quoi ?
Il promène son pouce sur ma lèvre inférieure et secoue la tête.
- Mes grands-parents m'ont laissé tout leur héritage, Natsu. Mon père ne le savait pas, parce que ma mère a signé tous les papiers dans son dos. Mes grands-parents détestaient cet enfoiré, ils ont vite vu qu'il aimait me contrôler avec le hockey, et ils se sont assurés que je ne manquerais de rien. Ils m'ont laissé suffisamment d'argent pour rembourser tout l'argent que m'a donné mon père, payer le loyer, la fin de mes études, mes dépenses quotidiennes, et sans doute assez pour tenir encore quelques années après la fac.
J'ai du mal à encaisser ce qu'il me dit.
- Tu es sérieux ?
- Oui.
Bordel. Est-ce qu'il vient de me dire que j'ai rompu avec lui pour rien ?
Gray voit mon expression et rit doucement.
- Je parie que tu te sens bête, non ?
J'ouvre la bouche, mais je ne trouve pas mes mots. Je n'arrive pas à croire que... Je suis tellement... Merde, il a raison. J'ai été tellement bête !
- Je pensais faire ce qu'il y avait de mieux pour toi, je marmonne. Je sais à quel point le hockey est important pour toi. Je ne voulais pas que tu sois obligé de faire une croix sur ta passion.
- Je sais, et crois-moi, c'est la seule raison pour laquelle je ne t'en veux pas. Enfin, je t'en veux de ne pas être venu me parler, mais je comprends pourquoi tu ne l'as pas fait. Putain, ce connard n'avait pas le droit de faire ça. Je te jure que je vais...
Gray s'interrompt et soupire.
- En fait, je ne vais strictement rien faire, conclut-il. Il ne mérite pas que je lui accorde mon temps ni mon énergie, tu te souviens ?
- Est-ce qu'il est au courant pour l'héritage, maintenant ?
Un sourire triomphal illumine son visage.
- Oh il le sait, oui. Le notaire de mes grands-parents lui a envoyé un chèque hier. J'ai estimé la somme que je lui devais et j'y ai ajouté quelques centaines de dollars en plus. Il m'a appelé hier soir pour me gueuler dessus. Ça a duré vingt minutes et je lui ai raccroché au nez. Ah, au fait, il y a autre chose que tu devrais savoir. Cindy l'a largué.
- C'est vrai ? je demande, à la fois choqué et soulagé.
- Ouaip. Apparemment, elle a fait ses bagages après Thanksgiving et elle est partie. C'était l'autre raison pour laquelle il était furax au téléphone. Il pense qu'on lui a dit quelque chose pour la faire partir. Ce connard est incapable d'assumer ses responsabilités. Il n'arrive pas à envisager l'idée que c'est peut-être de sa faute si elle l'a quitté.
Des milliers de pensées se bousculent dans ma tête. Je suis contente que Cindy se soit enfuie à temps, mais je suis triste que Gray et moi ayons perdu un mois, et je m'en veux d'avoir laissé Silver Fullbuster me faire peur au point de quitter le mec que j'aime.
- Je suis désolé, Gray. Je suis tellement désolé... pour tout.
- Ouais, moi aussi, répond-il en prenant doucement ma main pour me mettre debout et me rapprocher de lui.
- Ne t'excuse pas ! je m'exclame. Tu n'as aucune raison d'être désolé. C'est moi qui ai voulu jouer les héros et qui ai rompu avec toi en pensant te protéger. Merde, je ne peux même pas être altruiste sans tout foutre en l'air.
- Ça va, dit-il en riant. Au moins, tu es canon. Et je ne parle même pas de ton joli petit cul.
Un cri m'échappe quand il empoigne mes fesses par-dessus mon jean. Il soupire joyeusement tandis qu'il promène ses mains partout sur mon corps qui ne peux s'empêcher de réagir.
- Bon sang, qu'est-ce que ton corps de strip-teaseur m'a manqué, tu ne peux pas savoir à quel point.
- Tu es sérieux ? Tu me pelotes déjà ? On ne s'est même pas vraiment remis ensemble !
Il scotche ses lèvres sur ma joue et sa langue me lèche brièvement.
- En ce qui me concerne, on n'a jamais rompu, dit-il en me mordillant l'oreille. C'est vrai qu'on pourrait pleurer tous les deux puis s'embrasser, ce qui prendrait... quoi, vingt minutes ? Et encore vingt minutes pour que je passe l'éponge et que tu me promettes de m'aimer jusqu'à la fin de tes jours. Peut-être dix de plus si tu me suces pour te faire pardonner de tout le temps qu'on a...
Je le frappe sur l'épaule, mais il continue.
- Mais à quoi ça sert de perdre tout ce temps alors qu'on peut passer tout de suite à la partie intéressante ?
- Ah ? Et c'est quoi, la partie intéressante ?
Tout à coup, je suis sur le dos, plaqué contre le matelas, sous le poids délicieux de Gray. Il dégaine son sourire ravageur, puis sa bouche s'empare de la mienne.
- Ça, dit-il en frottant son bassin contre le mien. C'est ça, la partie intéressante.
Je passe mes bras autour de lui et je le serre contre moi. La sensation est si sublime, si parfaite, que j'en ai les larmes aux yeux.
- Je t'aime, Gray, je dis d'une voix étouffée.
- Je t'aime aussi, Natsu.
Il m'embrasse, et la vie est de nouveau merveilleuse.
