Le lendemain matin, je me réveille de mauvaise humeur. J'ai peu dormie et je sais que la journée sera merdique. Je m'assoie et constate que les filles de mon dortoir dorment encore. J'en profite pour quitter la salle commune de Serpentard et aller manger avant que le reste de l'école soit présent.

La Grande Salle est presque vide. Je m'assois le plus loin possible de la table des professeurs. J'avale le plus rapidement possible mon repas. Je suis à ma dernière bouchée lorsque j'entends des bruits de pas et des éclats de rire qui s'approchent. Je me lève et me dirige vers la porte derrière la table des professeurs pour éviter les élèves.

-Hey! Séléna!, cri une élève.

Je n'ai pas eu le temps de m'enfuir. En quelques secondes, plusieurs personnes me demandent si j'ai vraiment embrassé le professeur Rogue. La nouvelle se propage à grande vitesse. Toutes les têtes sont tournées vers moi. Triste et en colère, je garde le silence et continue mon chemin. Je vais m'enfermer dans la bibliothèque afin de faire mes devoirs et d'avoir la paix.

Le soir, je décide d'aller chez Remus pour lui conter tout ce qui s'est passé pendant le bal. Le seul détail que j'omets volontairement de révéler est l'identité de la personne à qui Severus a pensé en m'embrassant.

-Il va peut-être réfléchir et oublier cette personne, lance Remus.

-Je ne pense pas.

-Garde espoir.

-Non, c'est fini. Ça fait assez longtemps que je lui tourne autour et que j'espère que ça fonctionne. Là, il m'a clairement montré que ce n'est pas moi qui aime. J'ai compris et je ne peux pas le forcer à m'aimer. Donc, c'est fini, je le laisse tranquille.

-Ne dit pas ça.

-Remus, je suis tannée d'espérer pour rien. Il me brise le cœur à chaque fois qu'il mentionne cette femme et, là, c'était trop. J'abandonne. Je trouverai quelqu'un qui veut vraiment de moi.

Remus met sa main sur la mien pour me réconforter. Nous gardons le silence quelques instants avant qu'il essaye de me remonter le moral.

Les vacances se terminent et je suis moins fâchée et triste contre Severus. Malgré tout, nous ne nous sommes pas adressé la parole depuis le bal. Mais, au fond de moi, je sais que je peux compter sur lui si j'ai un problème.

Les cours recommencent et je crains un peu d'assister à celui de potions. Je pourrais ne pas y aller, mais ce n'est que repousser le problème. Je dois l'affronter maintenant.

Severus évite de me parler et de me regarder pendant qu'il enseigne et je fais de même. Je fixe mes notes ou mon chaudron sans tourner la tête vers le professeur. C'est tout de même un peu malaisant, surtout à cause du regard des élèves. Mais rien qui ne se tolère pas.

La distance entre Severus et moi réjouit Karkaroff qui essaye de passer beaucoup de temps avec moi. Je ne sais pas s'il fait ça parce qu'il est intéressé par moi ou s'il a une idée derrière la tête. Je reste donc sur mes gardes.

Viens ensuite la deuxième tâche du tournoi des Trois Sorciers. Tout le monde s'installe sur le bord du lac. Je m'assois avec Jack, Shawn, Jeff et sa petite-amie. J'observe les champions attendre le départ pour entrer dans le lac. Je ne les envie pas; l'eau doit être glaciale.

J'observe les participants disparaître sous la surface de l'eau. Puis, plus rien. La foule doit attendre leur retour. Tous décident de parler, chacun partageant leur théorie de ce qui se passe dans le lac à leur voisin.

-Je pense qu'ils doivent retrouver ce qu'on leur a pris entre les pattes du calmar géant, suggère une jeune Gryffondor.

-Ils ont peut-être des énigmes à résoudre sous l'eau, dit une Serdaigle.

-C'est peut-être un parcours qu'ils doivent suivre avec des créatures marines à combattre, lance un Poufsouffle.

Les théories vont de plus en plus loin à mesure que le temps passe. Pour ma part, j'essaye de compter combien de temps reste à Harry avant que la Branchiflore ne fasse plus effet. Cela me stresse.

Vingt minutes passent. Puis trente. Quarante. Toujours rien. Lorsqu'il reste dix minutes à l'épreuve, je ne peux plus rester sur place. Je quitte les estrades et marche sur le bord du lac nerveusement.

L'heure passe et aucun champion n'est de retour. Le professeur McGonagall vient me rejoindre. Elle aussi est nerveuse.

-Combien de temps dure l'effet de la Branchiflore?, me demande-t-elle.

-Entre une heure et une heure et trente minutes.

Elle observe le lac quelques secondes avant de retourner à sa place.

Puis, il y a du mouvement dans l'eau. C'est Cédric qui est de retour avec Cho Chang. La foule applaudit chaudement. Madame Pomfrey court vers les deux élèves avec des couvertures et s'occupe d'eux.

Ensuite, vient Fleur qui n'a pas réussi l'épreuve. Les Strangulots ont eut raison d'elle. L'infirmière essaye de lui donner une couverture chaude, mais elle ne veut rien savoir. Madame Maxime doit intervenir en l'empêchant de retourner dans le lac pour sauver sa petite sœur.

Krum apparaît avec Hermione. Il la regarde les yeux brillants, heureux de l'avoir sauvé. Il l'aide à retourner sur la terre ferme et s'assure qu'elle va bien.

Plus rien. L'épreuve est finie depuis quinze minutes et Harry n'est toujours pas de retour. Du coin de l'œil, je peux voir Dumbledore, Percy, qui remplace M. Croupton, et Ludo Verpey qui se dirigent vers le bord du lac. Ils sont tous nerveux, surtout Weasley dont le visage est livide. J'ai l'impression qu'il pourrait perdre connaissance à tout moment.

Puis, Harry sort enfin de l'eau et cherche son souffle. Ron et la petite sœur de Fleur sont avec lui. Un groupe de Sirènes les entoure afin de parler avec Dumbledore. Pour ma part, j'ai l'impression d'avoir un poids de moins sur les épaules. Je tourne la tête vers McGonagall. Elle aussi est soulagée.

Ayant eu assez d'émotions pour la journée, je décide de retourner au château avant même de connaître les gagnants. De toute façon, les élèves vont tant en parler que je vais être au courant dans peu de temps.

Quelques jours passent et Karkaroff est de plus en plus nerveux et agité. Il essaye d'être le plus souvent possible à mes côtés. Il me complimente constamment et m'invite même en Bulgarie cet été. Aussi, il me fait de petits cadeaux comme une boîte de chocolats ou des roses. Au début, je trouvais cela flatteur. Maintenant, c'est trop. Les élèves comment à me poser des questions à ce sujet, essayant de savoir s'il y a quelque chose entre le directeur de Durmstrang et moi. J'essaye poliment de le repousser ou je me trouve une raison de m'éloigner, mais il revient toujours à la charge.

Un matin, alors que je mange en compagnie de Jeff, Julia, Shawn et Jack, Karkaroff vient me voir et me demande de discuter avec lui.

-Professeur, je suis désolée, mais ça devra attendre, lui dis-je. J'aimerais prendre mon petit-déjeuner avec mes amis et j'ai des devoirs à faire après.

-Combien de fois dois-je te répéter de m'appeler Igor?, répond-il. Eh puis, c'est important ce que j'ai à te dire.

-Ça peut attendre. Hermione, tu veux dire me lancer une orange, s'il te plaît?

-Ça ne prendra pas toute la journée, insiste-t-il anxieux.

-Professeur Karkaroff, lancé-je sèchement en me tournant vers lui, si vous avez un quelconque problème, allez voir le professeur Dumbledore. Il pourra mieux vous aider que moi. Maintenant, laissez-moi tranquille.

Je me concentre de nouveau sur mon assiette. Toutefois, je peux voir que tout le monde autour de moi regarde dans ma direction. Cela me met de mauvaise humeur.

-Je t'en supplie, ma belle, dit-il en se penchant vers moi pour que les élèves n'entendent pas. J'ai besoin de toi et seule toi peux apaiser mon cœur.

-Je vous ai déjà dit non.

-Allons faire une petite promenade à l'extérieur, ça ne prendra pas beaucoup de temps.

-Qu'est-ce que vous ne comprenez pas?

-Je te donnerai tous les cadeaux que tu veux.

-Je n'en veux pas.

Les élèves autour de moi se regardent entre eux en se posant des questions. Karkaroff les observe quelques instants avant de poser un regard désespéré vers moi.

-Vient avec moi, dit-il.

Sa voix est plus froide. Il agrippe mon bras et me force à me lever.

-Lâchez-moi!, riposté-je en essayant de me défaire de sa poigne.

-Mais qu'est-ce que vous faites?, questionne Jeff avec force.

Il fait quelques pas et s'arrête. Devant lui, Severus lui barre le chemin. Il le regarde avec colère.

-Lâche-la immédiatement, crache le maître des potions.

-Désolé, mais je dois lui parler.

Karkaroff fait un mouvement pour s'éloigner, mais Severus ne le laisse pas faire.

-Je sais exactement quel est ton petit jeu, Karkaroff, et je ne te laisserai pas faire.

-Ça fait plus de deux mois que tu ne lui parle plus et, soudainement, tu veux jouer les héros? C'est moi qui étais là pour elle, pas toi.

-Tu penses vraiment que c'est le temps de te faire des ennemis? Avec la situation dans laquelle tu es, je ferais tout pour avoir des alliés si j'étais toi.

-Mais j'ai une très bonne alliée, Severus, répond Karkaroff en faisant un signe de tête vers moi. Elle sait que je suis là pour elle et elle sait que j'ai beaucoup plus à lui offrir que toi.

En une fraction de seconde, Severus pointe sa baguette vers Karkaroff qui fige de peur.

-Tu vas la lâcher et tu ne l'approcheras plus jamais, ordonne mon ami. Et si tu oses aller la voir, je te promets que tu vas le regretter.

Le directeur enlève sa main de mon bras. Sans attendre, je me réfugie auprès de Severus qui surveille de près Karkaroff.

-Vous allez le regretter tous les deux, crache le directeur avec mépris.

-Ce n'est pas nous qui se sont mis dans le trouble, réplique Severus.

Karkaroff pousse un petit cri de rage et s'éloigne à grandes enjambées. Mon ami se tourne vers moi.

-Tu vas bien?, me demande-t-il avec inquiétude.

-Oui, ça va.

Un silence malaisant s'installe.

-Tu peux continuer de manger si tu veux, suggère Severus.

-Non!, lancé-je d'une voix forte qui me surprend.

-Veux-tu discuter dans mon bureau?

-Oui. Je crois qu'il est temps qu'on règle les problèmes que nous avons.

Severus acquiesce avant de tourner des talons. Je le suis.

Mon ami ferme la porte de son bureau et se tourne vers moi. Pendant quelques instants, ni l'un, ni l'autre ne bouge.

-Je veux m'excuser pour le bal, commence Severus mal à l'aise. Je n'aurais pas dû t'embrasser. Je suis sincèrement désolé. Je ne sais pas à quoi j'ai pensé.

-C'est correct, Sev, réponds-je. Oublions ça, d'accord? C'est derrière nous et nous n'en parlerons plus.

-Parfait.

Un silence s'installe.

-Parle-moi de Karkaroff, suggéré-je. Pourquoi agit-il de cette manière?

-Il panique, explique mon ami en allant s'asseoir. Il voit la marque des ténèbres devenir de plus en plus voyante et il se cherche des alliés qui pourront le protéger du Maître.

-Le protéger? Que veux-tu dire?

-Il a trahit le Maître en révélant des noms de Mangemorts pour sortir d'Azkaban. Il croyait être libre et ne pas avoir de problème. Il était sûr que le Maître était mort.

-Et maintenant qu'il sait que Voldemort est vivant et de plus en plus fort, il réalise que ces jours sont comptés.

-Le Maître va le punir pour sa trahison. C'est pour ça qu'il veut un allié qui puisse le défendre. Malheureusement pour lui, il devra répondre de ses actes.

-Je comprends maintenant.

-Sinon, je voulais te parler d'un autre sujet. Je me suis fait voler des ingrédients rares. J'ai aussi surpris quelqu'un qui fouillait dans ma réserve.

-Pendant la deuxième tâche, j'ai vu que Harry a utilisé de la Branchiflore et je suppose qu'il n'en a pas acheté.

-C'était à moi.

-Tu dis que tu as surpris quelqu'un fouiller dans ta réserve. Sais-tu c'est qui?

-Je suis sûr que c'est Potter.

-Pourquoi ça ne m'étonne pas que tu me dises ça?

-Il était là, sous sa cape d'invisibilité, j'en suis sûr. Rusard avait son œuf doré en mains et le bout de parchemin que Potter traîne avec lui était dans les escaliers.

-Tu as peut-être raison, admis-je.

-Et je ne sais pas ce qu'il tente de faire, mais il n'y a pas que la Branchiflore qui a disparue. De la corne de bicorne en poudre et de la peau de serpent d'arbre du Cap aussi ont été volées.

-Vraiment? Je ne sais pas pourquoi ils auraient besoin de faire du polynectar.

-Sûrement pour les mêmes raisons que lorsqu'ils en ont fait il y a deux ans de cela.

-Je vais essayer de réfléchir à tout ça et trouver ce qui se passe.

-Tu devrais plutôt te concentrer sur tes études. Les ASPIC, c'est pour bientôt.

-Je sais et j'ai tant de devoirs que j'ai peu de temps pour étudier.

-Laisse-moi t'aider.

-Sev, tu n'es pas obligé…

-Je sais, mais j'insiste.

Je lui souris. Mon ami se met à me poser diverses questions sur plusieurs sujets différents pour tester mes connaissances. La majorité du temps, je connais la réponse. Satisfait, Severus me laisse aller faire mes devoirs.

Un soir, alors que je marche à travers les couloirs, j'entends de petits cris étouffés ainsi que des rires. Je m'approche de la source.

-Laisse-le tranquille, crie une voix que je reconnais comme étant celle d'Harry.

J'accélère le pas, tourne un coin et vois Potter et ses deux amis à l'opposé de moi. Entre nous, Neville est par terre, entouré par trois des filles qui partagent mon dortoir.

-Je vais le lâcher lorsqu'il aura bien compris de regarder où il marche, répond une des Serpentards d'un ton hautain.

-Une petite merde comme lui mérite une bonne leçon après avoir osé nous foncer dedans, lance une autre.

-Je n'ai pas fait exprès!, pleurniche Neville. Je m'excuse!

-La-ferme, Londubat!, ordonne la dernière fille.

En colère, Harry n'hésite pas à s'avancer pour essayer de protéger le Gryffondor. Les Serpentards se tournent vers lui, baguette en main. Ron et Hermione s'approchent à leur tour, prêts à intervenir. Toutefois, je ne vais laisser personne toucher à Harry si je peux l'éviter.

D'un mouvement rapide, je désarme les trois filles une après l'autre qui sursautent de surprises.

-Tient, si ce n'est pas l'amoureuse des Gryffondors, lance la cheffe du groupe.

-Vous pouvez m'appeler comme vous voulez, mais je ne vous laisserai pas faire plus de mal à ce jeune homme.

-Parce que tu penses que…

-Je pense que tu n'es pas en position de dire quoi que ce soit. Toi et tes amies êtes désarmées et tu sais très bien que je peux vous vaincre facilement. En plus, nous avons l'avantage du nombre.

Harry, Ron et Hermione regardent la scène avec attention. Ils sont prêts à intervenir si ça tourne mal.

Les Serpentards me regardent méchamment avant de ramasser leur baguette.

-Tu vas le regretter un jour, Séléna, m'avertit l'une des filles en passant à côté de moi. Bientôt, il n'y aura plus les règles de l'école, ni les professeurs pour te protéger.

-J'ai bien hâte à ce moment, lui assuré-je en la regardant droit dans les yeux.

Le trio s'éloigne en parlant furieusement en voix basse. Je les observe quelques instants avant de m'approcher rapidement de Neville. Je me penche vers lui.

-Tu vas bien, Neville?, demandé-je en mettant une main sur son épaule. Tu n'es pas blessé?

-N-Non, répond-il en tremblant.

-Tu es sûr? Tu n'as pas à me cacher quoi que ce soit.

-J-Je suis correct.

-Tu peux te mettre debout?

Il acquiesce de la tête. Je l'aide à se relever.

-Qu'est-ce qui s'est passé?, le questionné-je alors que le trio de Gryffondor s'approche.

-J'étais perdu dans mes pensées. Je réfléchissais à mon devoir de métamorphose. J-Je n'ai pas vu les filles. J'ai foncé dans l'une d'entre elles. E-Elles m'ont poussé par terre et… et… Je suis tanné d'être aussi faible!

-Neville, écoute-moi bien. Tu n'es pas faible. Loin de là. Tu n'es peut-être pas aussi fort que moi magiquement parlant, mais tu as un très grand cœur et un courage énorme.

-J-Je ne suis pas courageux.

-Oui, tu l'es. Tu as le courage de te lever à tous les matins pour aller à tes cours. Tu as le courage d'aller à ton cours de potions et d'affronter ta plus grande peur. Et tu as le courage de garder la tête haute et de vivre une vie normale malgré tout ce qui s'est passé dans ta vie.

Neville lève les yeux vers moi.

-Le courage n'est pas seulement d'être capable d'affronter un adversaire. C'est bien plus que ça et bien des gens devraient prendre exemple sur toi.

Le Gryffondor finit par me prendre dans ses bras. Je le serre contre moi.

-Merci de m'avoir sauvé, lance-t-il.

-Ça m'a fait plaisir.

Il me libère et sourit.

-Bientôt, tu verras que tu es beaucoup plus fort que ce que tu crois. Mais, pour l'instant, tu devrais aller dans ton dortoir.

Neville acquiesce de nouveau avant d'aller rejoindre Harry, Ron et Hermione qui me sourient.

-Prenez soin de lui, dis-je au trio avant de tourner des talons et de m'éloigner.