Les quatre champions sont entrés dans le labyrinthe. La foule continue de crier pendant quelques instants avant de se calmer. Les spectateurs se parlent entre eux, chacun espérant que tel ou tel participant gagne la coupe.
Pour ma part, je surveille tranquillement la foule. Il n'y a rien d'anormal. Après plusieurs longues minutes, je m'ennuie. Je commence à discuter avec mes amis tout en gardant un œil sur ce qui se passe autour de moi.
-«C'est moi ou tu cherches quelque chose?, demande Jeff au bout d'un moment.
-Ce n'est rien, réponds-je vaguement.
-Vraiment?»
Jeff, Shawn et Jack me jettent un regard insistant. J'hésite à leur dire quoi que ce soit. En même temps, ils sont au courant de bien des trucs qu'ils ne seraient pas censé savoir.
-«Ne répétez ça à personne, dis-je à voix basse.»
Les trois hommes se penchent vers moi, attentifs.
-«Il y a des chances que le tournoi soit une diversion pour les Mangemorts.
-Quoi?!, s'écrit Jack.
-Chut! Bref, j'observe la foule pour voir s'il y a un truc de louche qui se passe.
-Une diversion pour quoi?, insiste Shawn.
-Je ne sais pas encore, mais il y a des chances que ce soit pour le retour de Voldemort.»
Les Gryffondors grimacent avant de devenir silencieux. Eux aussi se mettent à observer tout autour. D'un coup, le tournoi leur semble moins joyeux.
Une heure et demie passe lorsque Karkaroff attire mon attention. Il est très agité. Je suis tant concentrée sur lui que je remarque à peine que Fleur et Krum ont été sortis du labyrinthe. Ce dernier est visiblement confus. Je me demande pourquoi. Je regarde madame Pomfresh s'occuper d'eux. La coupe sera gagnée par un élève de Poudlard.
La foule s'en rend compte elle aussi. Les élèves de Poudlard crient et applaudissent, encourageant les deux champions restants. Les Gryffondors, avec qui je suis assise, et les Poufsouffles sont les plus bruyants. Ils sont heureux et ne se doutent pas que tout pourrait mal tourner. J'espère de tout mon cœur que tout ira bien.
À mesure que le temps avance, je deviens nerveuse. Mon cœur bat de plus en plus vite et ma gorge est sèche. Je tortille mes doigts sans m'en rendre compte. Jack, qui s'amuse avec une Gryffondor en défendant leur maison respective, s'en rend compte. Il se penche vers moi.
-«Ça va?, demande-t-il, inquiet.
-Pour être franche, je ne sais pas, réponds-je en observant le labyrinthe.
-Nous somme là si tu as besoin, lance Shawn qui c'est lui aussi penché.»
Je lui fais un faible sourire. Je sais que je peux compter sur eux. Ils sont mes amis depuis sept ans maintenant. Ils ont accepté qui je suis malgré mon passé et ne me jugent pas.
Je réalise que j'aurais dû tout leur dire à propos de moi. Ils méritent la vérité sur qui je suis. Dois-je leur dire maintenant? Est-ce le bon moment? Y a-t-il un bon moment pour ça?
J'ouvre la bouche pour leur parler lorsqu'une douleur fulgurante apparaît à mon avant-bras gauche. Je lance un cri de douleur avant de tenir mon bras. Jeff, Shawn et Jack s'approchent rapidement de moi.
-«Qu'est-ce qu'il y a?, lance Shawn en mettant sa main sur mon épaule. Quelqu'un t'a-t-il fait du mal?
-As-tu fait un faux mouvement avec ton bras?, demande Jeff.
-Laisse-moi voir, dit Jack.»
Je les écoute à peine. Je suis perdue dans mes pensées. Pourquoi mon bras me fait autant mal? Ça ne m'est jamais arrivé auparavant. Ma marque m'a picotée à quelques reprises durant l'année, mais… Soudain, je réalise que c'est la marque des ténèbres qui me fait mal.
Jack, qui avait relevé ma manche, a mis à nue cette marque que mon père m'a donnée. Cette fois, elle est plus visible que jamais. Ça me prend quelques secondes avant de réaliser ce qui se passe. Lord Voldemort est de retour.
D'un coup, mon cœur manque un bond. Puis, mon corps tremble de peur. Mon teint est livide. Je fige. Les bruits de la foule qui crie s'effacent. J'ai l'impression que ma vision se rétrécit pour ne voir qu'un tunnel.
Ça ne dure que quelques secondes, mais j'ai l'impression d'avoir perdu contact avec la réalité pendant plusieurs minutes. Ce sont les trois hommes qui me sortent de ma tête en me secouant violemment.
-«Séléna!, crie Jack. Séléna! Dis-moi quelque chose!
-On devrait peut-être l'emmener à madame Pomfresh, suggère Shawn.
-Non, réponds-je la bouche pâteuse.
-Mais qu'est-ce qui se passe?, demande Jeff.»
Je baisse les yeux sur la marque sur mon bras et l'observe quelques instants. De nouveau, la peur m'envahit.
-«Qu'est-ce que ça signifie?, insiste Jeff.
-Gardez ça pour vous, dit une voix derrière moi. Ça veut dire que Vous-Savez-Qui est de retour.
-Quoi?!, s'écrient en chœur les trois hommes.»
La personne derrière moi pose une main sur mon épaule et, d'un coup, je me détends. Je reconnais le toucher de Severus et je me sens protégée. Je recule la tête et m'appuie sur mon ami. Sa présence me calme et je ferme les yeux pour mieux apprécier son contact.
Il se penche vers moi et cache mon avant-bras avant de me serrer contre lui.
-«Tu as peur parce que tu vas devoir rejoindre ton père, c'est ça?, questionne Shawn.
-Il est mon père, murmuré-je.
-Je n'ai pas compris.»
Les deux Gryffondors et le Poufsouffle se penchent vers moi pour m'entendre.
-«Il est mon père, répété-je un peu plus fort.
-De qui tu parles?, demande Jeff.
-Voldemort.»
Les trois hommes figent en me regardant. Ils n'y croient pas.
-«C'est pour ça que je ne veux pas que personne sache qui je suis réellement, continué-je. C'est pour ça que j'ai appris à commettre des crimes, que je suis aussi puissante et que j'ai eu la marque des ténèbres à un très jeune âge. C'est parce que je suis sa fille.»
Pendant un long moment, plus rien n'est dit. Je ne fais qu'apprécier la chaleur réconfortante des bras de Severus. Cela me calme énormément. Au bout de quelques minutes, mon ami prend ma main dans la sienne.
-«Écoute-moi bien, Séléna, dit-il avec douceur. Nous ne pouvons pas rester ici, nous devons être auprès de Dumbledore. Il peut avoir besoin de nous à tout moment.»
D'un coup, la dure réalité me revient à l'esprit. La panique revient. Severus le sent immédiatement et me serre plus fort dans ses bras.
-«Reste calme, lance-t-il. Prends de grandes inspirations. Repousse toutes tes pensées, vide ton esprit.
-Tu sais que j'ai beaucoup de difficulté à faire ça, réponds-je.
-Mais tu es capable. Donc, ne laisse pas tes émotions prendre le dessus sur ton intelligence. Oublie le futur et concentre-toi sur le moment présent. J'ai besoin que ton esprit soit aiguisé, que tu sois capable de prendre des décisions dans les moments critiques et que tu ne perds pas de vue ton objectif.
-Tu vas rester auprès de moi, n'est-ce pas?
-Toujours.»
Je souris légèrement et ferme les yeux. Je sais que Severus a raison. Je dois rester calme et avoir l'esprit clair. Même devant mon père qui m'effraie. Eh puis, je ne serai pas seule.
Severus me laisse du temps pour me calmer par moi-même. Lorsque je me sens prête, j'ouvre les yeux. C'est à ce moment que mon ami me lâche. Je jette un regard à Jeff, Shawn et Jack.
-«Je dois y aller, leur annoncé-je.»
Les trois hommes me regardent et acquiescent doucement.
-«Nous sommes avec toi, lance Shawn.
-Ça va bien aller, m'encourage Jack.
-Nous restons tes amis, peu importe qui est ton père, dit Jeff.
-Merci beaucoup, réponds-je, émue.»
Je prends mes amis dans mes bras avant de me lever. Je me tourne vers Severus.
-«Je suis prête, annoncé-je.»
Severus et moi quittons tranquillement les gradins pour descendre vers le terrain de Quidditch afin de rejoindre Dumbledore. À peine avons-nous mis les pieds sur les premières marches de l'escalier que la foule s'emballe. Nous jetons un regard à l'autre. Nous savons qu'il se passe quelque chose sur le terrain. Nous pressons le pas.
En bas, plusieurs personnes sont debout, en cercle et regardent ce qu'il y a au milieu. Nous nous approchons et essayons de voir ce qui se passe. En zigzagant à travers la foule, nous arrivons au milieu du cercle.
Là, Dumbledore et Cornelius Fudge sont penchés vers Harry qui est par terre et ne bouge plus. Il tient dans une de ses mains la coupe du Tournoi des Trois Sorciers. De l'autre, il serre le poignet de Cedric Diggory. Ce dernier ne bouge pas non plus. Ses yeux sont vides et sa poitrine ne bouge pas.
Mon cœur se serre lorsque je constate que Cedric est mort. Je peine à y croire. Je le regarde intensément comme si je m'attends à tout moment à ce qu'il prenne une grande inspiration. Rien. La vie l'a définitivement quittée.
J'entends Dumbledore ordonner à Harry de rester près de lui. Puis, le Ministre de la Magie annonce au directeur que le père de Cedric court vers son fils. Le vieil homme va à sa rencontre. Je le suis des yeux alors qu'il annonce la triste nouvelle. Le père du garçon s'effondre au sol.
La vue de ce moment m'est insupportable. Je tourne les yeux de nouveau vers le corps de Cedric, puis vers Harry qui n'est plus là. D'un coup, j'oublie la tristesse et cherche le Gryffondor du regard. Il n'est nulle part.
-«As-tu vu Harry?, demandé-je à Severus.
-Non, répond-il en observant autour de lui.»
Je m'avance et regarde partout. Il a bel et bien disparu. Pourtant, il devait rester près de Dumbledore. Je fonce vers le directeur.
Celui-ci parle calmement à Amos Diggory.
-«Professeur Dumbledore, lancé-je, pardonnez-moi, mais…
-Pas toute suite, Séléna, répond-il.
-C'est important.
-S'il te plaît, ma chère,…
-Harry a disparu.»
C'est comme si je venais de gifler le directeur. Il me regarde, éberlué. Puis, revient vers l'endroit où doit être Harry. Il regarde à son tour tout autour. D'un coup, son énergie change. Je peux voir la colère dans ses yeux. C'est la première fois que je le vois de cette manière. Je peux sentir toute sa puissante émaner de son corps. Je comprends maintenant pourquoi on dit qu'il est le plus puissant sorcier.
-«Minerva, Severus et Séléna, suivez-moi maintenant, ordonne-t-il.»
Nous nous exécutons et le suivons en silence vers le château.
Je remarque que Dumbledore se dirige vers le bureau du professeur Maugrey.
Près de la porte qui est fermée, le directeur sort sa baguette. Un mouvement de poignet, la porte se brise sous l'effet de la puissance du sort qu'elle reçoit. Celui-ci atteint même Maugrey qui vole dans les airs avant d'atterrir lourdement au sol, inconscient. Cette force me fait sursauter. En un instant, mon respect et mon admiration pour le vieil homme ont augmentés.
Nous entrons tous dans la pièce. Harry nous regarde les uns après les autres. Il est épuisé, confus, apeuré et en douleur. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans le labyrinthe, mais ça l'a déboussolé.
Je jette un regard vers Severus qui observe quelques instants le garçon. Au lieu de voir dans ses yeux l'habituelle haine qu'il a envers le Gryffondor, je remarque de l'inquiétude. Cela me surprend. S'inquiète-t-il vraiment pour lui?
Avant de pouvoir pousser mes réflexions, Dumbledore ordonne à Severus d'aller chercher du Veritaserum et un elfe de maison du nom de Winky. Il demande aussi à McGonagall de conduire un énorme chien noir dans son bureau. Je fronce les sourcils à cela. Est-ce Sirius Black sous sa forme animale?
-«Séléna, dit Dumbledore, je veux que tu restes aux côtés d'Harry. Protège-le.»
J'acquiesce doucement avant de tourner mon regard vers Maugrey. Je le surveille pendant que le directeur ouvre un coffre. Celui-ci cache le véritable Alastor Maugrey qui est très affaibli. Je porte peu d'attention à lui et me concentre sur l'imposteur.
Puis, Dumbledore s'assoit et me regarde. Je me tourne vers lui.
-«Je te dois des excuses, Séléna, lance-t-il avec douceur.
-Pourquoi?, réponds-je, abasourdie.
-Dès le début de l'année scolaire, tu as mentionné qu'il y a quelque chose qui cloche avec Maugrey et j'ai repoussé cette information du revers de la main. J'étais persuadé que c'était ton aversion pour cet homme qui te poussait à dire cela. Je me rends compte que c'est ton instinct qui a parlé et j'aurais dû t'écouter. Je tâcherai de ne plus commettre cette erreur.
-Je ne vous en veux pas. N'importe qui aurait pensé comme vous.
-Mais cette situation aurait peut-être été évitée.
-Peu importe. Voldemort aurait trouvé un moyen de revenir de toute manière.»
Quelques minutes passent avant que l'effet du polynectar qu'a pris l'imposteur disparaisse. Bientôt, un homme dans la trentaine apparaît devant nos yeux. Je ne sais pas qui il est, mais je peux voir que Dumbledore et Harry le reconnaissent. J'ouvre la bouche pour leur poser la question, mais je suis arrêté par Severus et McGonagall qui sont revenus.
Winky, l'elfe de maison, se rue sur l'homme inconscient.
Severus, surpris, dit le nom de l'imposteur: Barty Croupton. Je me rends compte que j'ai devant moi l'une des personnes ayant attaqué la famille Londubat. Mes poings se serrent.
Dumbledore assoit le Mangemort et lui fait boire trois gouttes du Veritaserum.
-«Séléna, me dit le directeur, je ne sais pas s'il est capable de se défendre contre cette potion. Je veux que tu entres dans sa tête et me dises s'il dit la vérité ou pas.»
J'acquiesce d'un signe de tête avant d'obéir. Pendant un instant, il n'y a pas de pensée, mais dès que Dumbledore le réveil, des phrases m'apparaissent en tête. Puis, le directeur commence à le questionner.
Croupton raconte comment il est sorti de prison avec l'aide de ses parents et comment son père l'a enfermé dans sa propre maison en utilisant des sortilèges impardonnables. Il nous informe aussi de ce qui c'est passé à la coupe du monde de Quidditch, puis comment il est entré en contact avec Voldemort. Il nous dit le plan de mon père d'utiliser le Tournoi des Trois Sorciers pour qu'Harry puisse rejoindre son plus grand ennemi.
Lorsqu'il termine, il y a un long silence. Puis, Dumbledore se tourne vers moi. Je sais ce qu'il veut savoir.
-«Il n'a dit que la vérité, annoncé-je.»
J'observe Croupton et une question me brûle les lèvres. Je dois lui demander.
-«Pourquoi être sorti du personnage de Maugrey pour me provoquer au point de se battre contre moi?, demandé-je.
-Le Maître m'a posé beaucoup de questions sur toi. Il voulait tout savoir. Un jour, il a été curieux sur tes capacités de combat. Alors, il m'a demandé de faire un duel avec toi. Je voulais être plus subtile, mais je devais faire mon rapport au Maître ce soir-là. Je ne pouvais plus attendre. Je t'ai provoqué et me suis battu avec toi.
-Comment a-t-il réagi lorsqu'il a su que je t'ai vaincu?
-Il était très heureux. Il a hâte de te voir. Il a hâte que tu sois à ses côtés.»
Je soupire. Harry me regarde drôlement, alors que les trois professeurs m'observent avec compassion. Ensuite Dumbledore ordonne à McGonagall de surveiller Croupton et à Severus d'aller chercher le ministre de la Magie. Quant à moi, je continue d'être auprès d'Harry. Le directeur veut quelqu'un de puissant et sur qui il peut compter pour protéger le garçon si jamais il doit s'absenter quelques instants.
Dumbledore aide Harry à marcher jusqu'à son bureau. Je les suis en silence, tous mes sens en alerte.
Dans le bureau, un Sirius très inquiet est présent. Il se rue sur Harry. D'un rapide mouvement, je me mets devant le garçon.
-«Doucement, lui dis-je.»
Sirius s'arrête, me regarde et prend quelques instants avant de me reconnaître. Il me fait un faible sourire, puis s'approche tranquillement de son neveu. Il aide ce dernier à s'asseoir.
Pendant que Dumbledore conte ce que Croupton a partagé à Sirius, j'entre dans la tête d'Harry et vois ce à quoi il pense. Pour le moment, il est très épuisé, tout son corps lui fait mal et il semble déprimé. Pour lui, c'est comme si les évènements de la soirée n'étaient qu'un mauvais rêve, que ça ne peut pas être vrai.
À ce moment, j'ai une forte envie de le prendre dans mes bras pour le rassurer. Je m'abstiens puisque je ne peux pas le toucher sans me brûler et lui faire mal.
Harry reprend légèrement vie lorsque le phénix du directeur se pose sur les genoux du garçon. Malheureusement, ce court moment de paix est vite rompu par Dumbledore qui veut que le garçon raconte ce qui s'est passé auprès de Voldemort.
Harry commence à parler. En même temps, je regarde dans sa tête pour voir la scène. Je vois donc la potion qui a ramené Voldemort, les Mangemorts et le duel entre le Gryffondor et mon père. Des frissons d'horreur me parcourent l'échine en voyant les images défiler.
Pendant de longues minutes, je me perds dans mes pensées. L'image de mon père ne veut pas s'effacer de ma mémoire. Il me fait peur. Je remarque à peine que tout le monde est debout. Je reprends contact avec la réalité et suis Dumbledore, Harry et Sirius transformé en chien. Tous se dirigent à l'infirmerie.
Là, madame Weasley, Bill, Ron et Hermione sont présents. Encore une fois, je dois me mettre devant Harry pour empêcher quiconque de lui sauter dans les bras. Puis, Dumbledore doit rejoindre Fudge.
Une fois qu'Harry est installé dans un lit, la famille Weasley, Hermione et Sirius s'assoient autour du garçon. Ils sont tous inquiets. Madame Pomfresh donne au champion une potion pour l'aider à dormir. En quelques secondes, le jeune Gryffondor dort. Tous l'observent sans rien dire. Je décide de m'éloigner pour leur laisser une certaine intimité.
Après presque une heure, j'ai besoin de me dégourdir les jambes. Je m'approche du lit d'Harry et pose mes yeux sur l'énorme chien noir.
-«Patmol, lui dis-je à voix basse, je serai très étonnée que quelqu'un entre ici et attaque Harry. Peux-tu garder un œil sur lui? Je vais sortir un peu.»
Les muscles du chien deviennent tendus. Je fronce légèrement les sourcils avant d'avant dans sa tête pour ce qu'il y a. Une phrase m'apparaît: «que veux-tu faire?».
-«Ne t'inquiète pas, je veux juste me changer les idées en déambulant dans les couloirs. Je vais revenir dans peu de temps.»
Il acquiesce de la tête, mais je peux sentir qu'il ne me fait pas entièrement confiance. Après tout, je suis amie avec Severus et il le sait. Toutefois, il ne peut pas oublier ce que j'ai fait pour son neveu l'an dernier.
Je le remercie et sort de l'infirmerie. Dans le couloir, je me rends compte à quel point je suis fatiguée. J'avance machinalement sans trop regarder où je m'en vais. Après plusieurs minutes, j'entends des bruits de pas qui se rapprochent. Dumbledore apparaît dans mon champ de vision. Il s'arrête devant moi.
-«Que fais-tu ici?, demande-t-il.
-J'avais besoin d'être seule. J'ai averti Sirius, il monte la garde.
-Séléna, c'est bientôt l'heure.»
À ces mots, mon cœur manque un bond et ma fatigue disparaît.
-«Lorsque Severus et toi serez auprès de Voldemort, je veux que vous fassiez tout pour gagner sa confiance, continue le directeur. Vous devez être les membres les plus proches de Voldemort, être les plus importants Mangemorts.»
La tête basse, j'acquiesce en silence. Puis, des hurlements attirent notre attention. Cela vient en direction de l'infirmerie. Sans plus attendre, Dumbledore et moi allons vers le bruit. Plus on s'approche, plus les voix deviennent claires. Bientôt, nous distinguons celle de McGonagall et de Fudge. Le directeur intervient.
En écoutant ce qui se passe, je comprends mieux la colère de la professeure de métamorphose. Le ministre de la Magie a décidé de faire subir le baiser du Détraqueur sur Croupton, éliminant une source importante d'information. Puis, Fudge reste sourd aux dires de tout le monde quant au retour de Voldemort. Severus en vient même à montrer sa marque des ténèbres. À cela, le ministre, dégouté et frustré, quitte la pièce. Pendant quelques secondes, le calme est revenu.
Ensuite, Dumbledore donne ses ordres à tous. Un par un, les gens présents quittent l'infirmerie pour accomplir les ordres du directeur. La guerre a maintenant commencé.
Seuls Harry, Sirius, Severus, Dumbledore et moi sommes présents. Le vieil homme demande au chien de reprendre sa forme humaine. D'un coup, la pièce est remplie d'une tension presque palpable. Sirius et Severus se foudroient du regard. Dumbledore les convainc tout de même de se serrer la main puisqu'ils sont dans le même camp. Puis, il donne ses ordres à l'animagus qui quitte l'infirmerie.
C'est à Severus et moi maintenant. C'est le visage pâle et les mains tremblantes que je descends dans les cachots avec mon ami. Nous ne parlons pas, tous les deux étant perdus dans nos pensées. Je sais que Severus aussi est nerveux. Je peux le sentir même s'il le cache bien.
Dans les appartements privés du maître des potions, celui-ci fouille dans une garde-robe et en ressort une longue robe noire qu'il s'empresse d'enfiler. Puis, prend un masque qu'il garde dans sa main. J'observe quelques instants les habits du Mangemort.
Severus me demande d'aller chercher une cape noire avec un grand capuchon. Après tout, je ne possède pas l'uniforme des Mangemorts. Mais, avec la cape, mon identité sera cachée.
Dans mon dortoir, Kelly et Adriana essayent de me parler, mais je les ignore. Je n'ai pas la force de les conforter pour le moment. Du coin de l'œil, Arabella, Céleste et Alyna ont de grands sourires cruels au visage. Après tout, tout ce qu'elles veulent, c'est devenir des Mangemorts et faire valoir la supériorité des Sangs-Purs. Cela me dégoûte.
De retour dans les appartements de Severus, celui-ci me serre très fort contre lui. Je m'agrippe à lui comme si j'allais tomber si je le lâchais. Puis, il recule et met sa main libre sur ma joue. Sa chaleur me fait du bien.
-«N'oublie pas que je reste près de toi et que je te protégerai, me dit-il d'une voix douce.
-Et sache que je suis là pour toi aussi, répondis-je avec un petit sourire.
-Es-tu prête?
-Non, mais je n'ai pas le choix. Et Dumbledore m'a dit qu'il faut que Voldemort nous fasse entièrement confiance. Donc, on doit travailler là-dessus.
-Nous ferons notre possible.»
Après avoir pris une bonne inspiration, Severus sort de ses appartements et s'éloigne dans les couloirs sombres. Je le suis de près. Nous parcourons l'école et le parc pour rejoindre le portail. Avant de le traverser, Severus met son masque, alors que je jette un dernier coup d'œil à Poudlard. Dans quelques secondes, je ne serai plus sous sa protection. Puis, je couvre ma tête et une partie de mon visage avec mon capuchon.
De l'autre côté du portail, je me rends compte à quel point je suis vulnérable. Cela me fait peur. C'est la gorge nouée, le cœur battant la chamade et le corps qui tremble que je prends la main de Severus et transplane.
