Bonjour/bonsoir à tous, j'espère que vous allez bien. Pour commencer, je tenais à vous souhaiter une bonne année 2021. Je vous souhaite le meilleur pour cette nouvelle année !
On débute avec un chapitre qui va reprendre le point de vue d'Harold et qui j'espère vous plaira.
Merci pour les reviews, vos messages et pour le soutien.
Bonne lecture à tous !
Chapitre 57
— La proposition que je vais te faire Harold, je suis le seul à pouvoir te la proposer et elle ne sera faite à aucun autre que toi, alors je te conseille de bien y réfléchir avant de me donner ta réponse.
— On dirait presque que tu me fais une faveur Drago, cracha Harold. Je n'accepterai jamais une proposition de ta part.
— Tant d'arrogance malgré ta situation, tu es bien digne d'être mon ennemi ! Haha…
Drago s'esclaffa face à la fougue d'Harold. Ce dernier avait beau lui avoir causé bien des problèmes, il ne pouvait s'empêcher de le respecter. Il voyait en lui un semblable, un adversaire face auquel il ne pouvait pas baisser sa garde.
— Rejoins-moi Harold !
— Jamais !
— Je n'ai pas fini ! Si tu me jures obéissance, tu conserveras ton titre de Protecteur du Nord et les terres nordiques ! Tu en deviendras le gouverneur, tu pourras même y emmener des Beurkiens ou toute autre personne que tu souhaites ! Ces terres seront tiennes, tu les réagiras selon tes lois, tu pourras protéger tes dragons, tu en seras le maître !
— Où est le piège ? demanda Harold légèrement abasourdi.
Il avait du mal à croire à la proposition qui lui était faite. La seule différence par rapport à la situation actuelle était qu'il devrait rendre des comptes à Drago. Il ne s'était pas attendu à une telle chose.
— Il n'y en a pas ! Tout ce qui t'est demandé en échange est de me jurer obéissance. Tu me verseras tribut sous forme d'or, tu dresseras les dragons et si je t'appelle aux armes, tu y répondras.
— Les traîtres ?
— Si tu le souhaites, ils te seront livrés.
Harold fit une grimace.
— Comment croire un homme qui trahit les siens…
— Ce ne sont pas les miens Harold. Sache que je suis un homme de parole et la proposition que je te fais aujourd'hui, je ne la fais qu'à toi seul. Si tu l'acceptes, je ne reviendrai pas dessus. Ceux qui t'ont trahi sont des nordiens, si tu acceptes ma proposition, ils deviennent… ou devrais-je dire, ils restent ton peuple, tes subordonnés. Libre à toi de les traiter et de les juger selon tes lois en tant que Gouverneur du Nord. Alors Harold, qu'en penses-tu ? Vas-tu accepter ma proposition ?
Harold était toujours à genoux sur les dalles de pierre froide et terne dans la grande salle de l'île qu'il avait tenté de conquérir. Depuis le trône d'obsidienne sur lequel il siégeait, Drago l'observait, attendant patiemment sa réponse à la proposition qu'il venait de lui faire.
Harold ne savait que répondre. Son cœur lui disait de crier une fin de non-recevoir, mais son esprit rationnel lui clamait qu'il s'agissait là d'une offre des plus intéressantes. À la vérité, si on laissait de côté les sentiments et qu'on l'observait de manière pragmatique, il n'y avait quasiment que des avantages. Si Harold l'acceptait, il pourrait mettre fin à la guerre tout en protégeant ses convictions et ceux auxquels il tenait. Il n'y avait cependant aucune certitude que Drago tiendrait parole et après toutes les horreurs commises, comment aurait-il pu croire un tel homme.
Mais cela épargnerait tellement de vies…
— Je vois que ma proposition te cause un dilemme. Je vais te laisser du temps pour y réfléchir, mais la prochaine fois que je te ferai cette offre, il te faudra me donner une réponse.
— Pourquoi fais-tu tout cela ? Tu aurais pu me faire cette proposition il y a bien longtemps.
— Mais y aurais-tu seulement songé ? Tu connais comme moi la réponse à cette question. Avant de vivre une véritable guerre, avant de voir tes amis risquer leurs vies et mourir, tu n'y aurais même pas porté une seconde d'attention.
Argh ! Le pire c'est qu'il a raison !
— Tu peux me détester si tu le souhaites, mais je te le répète, comme toi je suis un homme de parole. Si tu acceptes, les termes de l'accord seront strictement respectés. Tout ce que je souhaite, c'est protéger les vikings.
— Faire la guerre et conquérir, est-ce là ta méthode pour les protéger ? Ils te haïront pour cela.
— Pour sûr ils me craindront, mais me haïront-ils quand ils verront les bénéfices de ce que je leur offre ? Cela m'étonnerait. La crainte et la haine sont deux choses différentes Harold. Celui qui craint ne s'élèvera pas contre toi par peur du châtiment, contrairement à celui qui te hait. Celui-ci, tu peux être certain que tôt ou tard il te trahira et c'est pourquoi tu dois t'assurer de ne pas laisser prospérer ce genre d'engeances dans ton entourage.
— Tes soldats ont tué, massacré et violé. Des hommes et des femmes ont été mis en esclavage. Crois-tu qu'ils ne feront que te craindre ?!
— Il s'agit de la guerre. Sans cruauté et récompenses, tu ne peux maintenir une vaste armée dans l'ordre et disposée à toute entreprise. Ce genre de choses n'a eu lieu que contre les peuples qui refusaient de se soumettre et cela a fait naître la crainte chez les autres. Cela les a rendus dociles. Si la cruauté n'est pas utilisée une fois la paix advenue et que les peuples sont bien traités, ils n'auront aucune raison de se rebeller.
— C'est…
Harold ne savait quoi répondre à cela. Les explications de Drago étaient loin d'être aberrantes, peut-être un peu tordues par moment, mais fondamentalement ce n'était pas illogique.
— L'unité est le seul moyen de protéger les vikings. J'aurais pensé que tu l'aurais compris, toi qui as obtenu un titre né de l'unité du Nord.
— C'est ce que tu recherches, l'unité ?
— Elle est nécessaire pour protéger les vikings. Il existe des menaces bien pires que moi Harold.
Harold n'avait aucune idée de ce dont pouvait parler Drago et il n'eut pas le temps de poser de question. Au moment où Drago termina sa phrase, les grandes portes de la salle s'ouvrirent et trois hommes impressionnants y entrèrent d'une démarche assurée. Ils portaient une armure de cuir et de mailles, une épaisse cape de fourrure dont les lanières se croisaient sur leur torse. Ils avaient de longs cheveux tressés ou ramenés en queue de cheval, leurs yeux étaient d'un bleu aussi clair que l'eau d'une source de montage. Une épée quasiment translucide comparable à de la glace pendait à leur flanc. Ils affichaient une assurance et un flegme dont peu auraient été capables en un tel lieu.
Quand ils étaient entrés, Harold avait vu Drago se tendre et ses mains se crisper. Peu importe la relation qui les liait, ce n'était certainement pas une alliance vouée à durer. Harold se demanda s'il pourrait en tirer profit.
— On nous a dit que vous avez fait un prisonnier important, est-ce lui ? demanda le meneur des trois hommes.
Contrairement à ses compagnons, il possédait une barbe des plus fournies, il était également légèrement plus grand et plus musclé. Son visage était marqué par une vie de combat, ses mains semblaient rudes et chaque geste calculé. On pouvait distinguer dans sa voix l'autorité naturelle de ceux habitués à commander.
— Il l'est. Voici Harold Haddock, le Protecteur du Nord, répondit Drago.
— Ça, un Protecteur du Nord ? fit avec mépris l'émissaire en s'arrêtant au niveau d'Harold.
Il le regarda de la tête aux pieds avec un regard de pur dégoût. Il saisit les cheveux d'Harold et lui redressa la tête de manière à plonger son regard dans le sien. Les deux s'affrontèrent ainsi pendant de longues secondes avant que l'homme ne relâche Harold avec un grognement.
— Ces lâches ont dû tomber bien bas pour nommer un homme comme lui Protecteur du Nord. Ces soi-disant conquérants sont loin des récits. Je reconnais néanmoins qu'il y a de la détermination dans son regard.
Des récits, de quoi parle-t-il ?
— Est-ce pour cela que vous êtes venus, pour parler du passé ?
— Allons Drago, ne réagissez pas ainsi. N'avons-nous pas fourni or, matériel, armes et informations comme promis. De votre côté en revanche, vous nous aviez promis ce dragon noir, ce furie nocturne, répliqua l'émissaire d'une voix menaçante.
— Jamais ! Vous ne l'aurez jamais ! s'exclama Harold en s'invitant dans la conversation.
L'homme se tourna de nouveau vers Harold et le regarda avec une lueur de compréhension.
— Est-ce son dragonnier ?
— Il l'est.
— Un furie nocturne pour un Protecteur du Nord… Peut-être l'ai-je jugé un peu trop rapidement, murmura l'émissaire avant de s'adresser à nouveau à Drago. Il semblerait que vous ayez fait une bonne prise, avec lui vous devriez pouvoir capturer le dragon. Amenez-le-nous et tout sera réglé, nous vous laisserons terminer votre guerre en paix.
L'émissaire se retourna sans attendre de réponse comme s'il était le véritable maître les lieux venant de faire un rappel à l'un de ses subordonnés et non pas un simple invité. Lui et ses hommes quittèrent la salle. Drago serra de nouveau les poings, Harold vit alors apparaître de manière éphémère un rictus satisfait sur le visage de Dagur. Cela avait été tellement rapide que si on lui avait demandé, il n'aurait pu jurer l'avoir vu.
— Doit-on se débarrasser d'eux ? demanda Dagur.
— Ne dis pas n'importe quoi, tu sais que cela est impossible. Du moins pour l'instant, répliqua Drago en regardant son prisonnier.
Harold jeta un regard des plus meurtriers à Drago.
— Voici donc toute la valeur de tes promesses.
— Tss… Le monde n'est pas si simple que tu le crois Harold. Quand je donne ma parole à un viking je la tiens, eux n'en sont pas. Si tu refuses mon offre, je leur livrerai ton dragon, mais si tu l'acceptes alors cela n'arrivera pas. Avec mon armée et tes dragons, tout ira bien.
Serait-il possible qu'il les craigne ? Je dois me faire des idées…
Drago se leva de son trône et s'approcha d'Harold.
— Tu voulais savoir ce qu'il est advenu de ton armée, je vais te le montrer. Cela te convaincra peut-être d'accepter mon offre.
Drago s'adressa ensuite aux deux gardes qui étaient en charge d'Harold.
— Aidez-le à marcher et quand on aura terminé vous l'emmènerez se faire soigner. J'ai besoin de lui vivant et en bonne santé, ordonna Drago en jetant un regard réprobateur à Dagur.
Il était évident qu'il désapprouvait le traitement que son lieutenant avait octroyé à son prisonnier. Heureusement pour lui, l'armure d'Harold l'avait suffisamment protégé pour éviter les blessures graves, même si elles n'en restaient pas moins douloureuses.
Les soldats obéirent immédiatement, ils aidèrent Harold à se relever. Avec leur soutien Harold se mit à suivre Drago.
Quand ils arrivèrent à la sortie de la forteresse, une unité commandée par Dagur se forma et se mit à leur suite. Elle était composée de guerriers d'élite, la garde rapprochée de Drago. Ils faisaient partie des vikings les plus terrifiants qu'Harold avait pu voir. Essayer de s'enfuir n'était même pas envisageable, surtout dans son état.
De toute façon, je ne pourrais pas faire un mètre.
L'une des premières choses que fit Harold fut de chercher le soleil à travers la couverture nuageuse. Quand enfin il le repéra haut dans le ciel, il sut qu'il avait été inconscient plusieurs heures.
Harold n'eut pas besoin de demander où ils allaient, il reconnaissait le chemin. Leur groupe se dirigeait vers la première enceinte. On pouvait entendre dans l'air les rires et les exclamations de joie des soldats. Ils fêtaient leur victoire, une choppe d'alcool à la main. Soit ils étaient véritablement heureux, soit ils cherchaient à oublier le massacre commis dans l'ivresse.
Harold en eut la nausée. C'était là, l'un des symboles les plus absolus de sa défaite.
Sur leur passage, les guerriers se rassemblaient pour acclamer Drago et vilipender Harold. Cela continua un moment, jusqu'à ce qu'ils se rapprochent de leur destination où l'odeur de la mort et les gémissements des blessés se firent plus importants. Il ne restait là que ceux qui étaient trop grièvement atteints pour être déplacés vers les centres de soins. Des hôpitaux de fortunes avaient été mis en place pour ces guerriers qui avaient tout donné au combat.
Les bâtiments avaient été réquisitionnés. Plus ils avançaient, plus il y avait de soldats. Harold crut défaillir quand il arriva au pied de la première enceinte. Les morts avaient été regroupés et alignés sur le sol là où s'étaient tenus les régiments de Drago un peu plus tôt dans la journée.
— Il y en a tellement… murmura Harold.
— Nous n'avons pas fait de distinction entre tes hommes et les miens, répondit Drago qui l'avait entendu. Ils bénéficieront tous des honneurs dus aux guerriers.
— Je n'aurais pas cru cela de ta part.
— Me prends-tu donc pour un monstre sans cœur ? Ces hommes sont des vikings qui se sont vaillamment battu, je n'offenserai pas les Dieux, ils ont auront le droit à un bûcher funéraire.
— Pourrais-je y assister ?
Drago jeta un regard empli de respect à Harold.
— Bien entendu.
Leur groupe se remit ensuite à s'avancer, ils franchirent les portes. S'il n'y avait pas eu les deux soldats maintenant Harold debout, celui-ci se serait effondré.
— Par tous les Dieux…
Ce qui se présentait à lui n'était plus une cité, mais un champ de désolation. Des bâtiments, il ne restait rien ou alors simplement des ruines noircies et encore fumantes. Par moment on pouvait entendre le bois grincer avant que quelque part une maison, un commerce, un entrepôt, ne s'effondre sous son propre poids. De la destruction à l'état pur.
— Maîtriser l'incendie n'a pas été aisé, heureusement nous avions tout prévu.
Harold fit immédiatement le lien entre ce qu'il voyait et la conversation qu'il avait eue avec Drago. Même s'il n'était pas capable de contrôler les dragons sans les droguer, même s'il n'avait pu créer une unité de dragonniers, il avait réussi à les maîtriser suffisamment pour en faire une arme de dévastation sans commune mesure.
En voyant cela, une question oppressa Harold. Les mots ne voulaient cependant pas sortir, de peur d'entendre la réponse.
Drago le comprit.
— Ton armée se trouvait ici. Nous avons dégagé la voie principale, mais en cherchant bien il n'est pas impossible de trouver encore quelques cadavres.
— Ils sont tous… essaya de demander Harold d'une voix blanche sans réussir à terminer sa phrase.
— Beaucoup sont morts, d'autres se sont précipités pour se rendre afin d'éviter le carnage, et une partie à réussir à s'enfuir.
Harold se sentit légèrement soulagé, cependant cela ne dura pas. Dans son esprit il ne faisait pas de doute que tout ceci était de sa faute, c'était lui qui avait mis en place un tel plan et qui avait causé la mort de tous ces vikings.
— Si cela peut t'aider, sache qu'à partir du moment où tu es tombé dans mon piège, tout ceci était inévitable.
Comme si ça pouvait m'aider. Cela montre juste à quel point je me suis laissé manipuler.
— Que vas-tu faire des prisonniers ? demanda Harold après s'être repris.
À défaut d'être dans un état mental des plus saints, Harold avait encore le bon sens de ne pas étaler ses faiblesses aux yeux de tous. S'il se laissait aller au désespoir, Drago s'en servirait contre lui. Il ne pouvait se le permettre. Ce qu'il voyait avait beau être difficile, il devait rester maître de lui-même.
— Cela dépend uniquement de toi.
— Si j'accepte ta proposition, tu les libéreras et si je refuse tu les tueras ?
— Quelque chose comme ça.
Drago se remit à avancer, Harold un pas derrière lui. Comme il l'avait dit, la voie principale avait été dégagée. Les dalles de pierres constituant la route étaient noires et craquelées par la chaleur. Sur ses bords, il ne restait que des ruines et par moment Harold pouvait distinguer ici et là des cadavres devenus aussi sombres que du charbon.
— Où allons-nous ?
— J'ai autre chose à te montrer.
Ils continuèrent d'avancer jusqu'à atteindre la seconde enceinte où il était clair que de rudes combats avaient eu lieu. Nombre de balistes étaient détruites, et les portes avaient été fracassées. Ils passèrent à travers ces dernières et laissèrent derrière eux la forteresse pour faire face aux plaines.
— Voici une partie de ton armée Harold.
Devant eux se tenaient, sur l'herbe et dans la boue créée par le passage de milliers de bottes, des hommes agenouillés. Des soldats les entouraient pour veiller sur eux.
Une nouvelle fois Harold fut soulagé de voir que plusieurs centaines de ses hommes avaient survécu tout en lui rappelant d'un autre côté le nombre impressionnant des victimes.
— Je ne vois pas de dragonniers parmi eux…
Drago se contenta de sourire et se remit à avancer.
Soit il n'en a pas capturé soit ils sont ailleurs. On dirait presque une mise en scène… Il aurait préparé tout cela à l'avance en espérant me faire fléchir ?
Sur leur passage les hommes levèrent les yeux et en reconnaissant Harold ils se mirent à crier :
— Protecteur !
Les plus téméraires essayèrent même d'échapper à la garde de leur geôlier pour s'avancer vers lui avant d'être brutalement remis dans le rang.
— Arrêtez ! s'exclama Harold. Je sais à quel point ce que je vais vous demander peut paraître difficile, mais vous faire tuer ne servira à rien. Restez calme et faites ce que l'on vous dit !
— Protecteur…
— Vous devez rester en vie ! Je m'occupe de tout, ne tentez rien !
Les Nordiens se calmèrent en entendant leur Protecteur. Harold avait essayé de se montrer aussi confiant et rassurant que possible. Il espérait que cela serait suffisant. Les membres de la Coalition, à défaut d'une autre figure d'autorité, suivirent également ses paroles. Restait à savoir combien de temps cela durerait.
— Ils doivent se douter que tout ceci était un piège, pourtant ils t'écoutent, c'est la preuve qu'ils te respectent.
— Tu veux plutôt dire que tu as gardé les plus dociles ici et que les autres sont enfermés ailleurs. Quel est ton plan Drago ? Te servir de mon intervention pour faire croire que je suis désormais de ton côté ? Me montrer que tu détiens leurs vies entre tes mains ?
Une nouvelle fois, Drago se contenta de sourire sans rien affirmer ni infirmer.
Ils continuèrent d'avancer jusqu'à arriver à l'entrée du port où Harold crut être victime d'une hallucination. Devant lui se tenait une barricade faite avec tout ce qui avait pu être trouvé et derrière celle-ci des Nordiens armés et prêts à en découdre. L'armée de Drago attendait non loin, prête à attaquer si on leur en donnait l'ordre.
— Votre Alliance a été plutôt efficace dans son évacuation, je dois dire que je m'attendais à faire plus de prisonniers. Tout cela grâce au chef qui dirige cette ligne de défense.
— Un chef est resté ?
— Un Nordien, ils ont fait évacuer un maximum de monde en sachant pertinemment qu'ils se condamnaient à rester coincés ici. Il ne tient maintenant qu'à toi qu'ils survivent ou qu'ils meurent. Convaincs-les de se rendre et j'épargnerai leurs vies.
— Est-ce une promesse ?
— Je le jure sur les Dieux.
Harold à ses côtés, Drago s'avança vers la barricade certains que les Nordiens ne s'en prendraient pas à lui en voyant leur Protecteur à sa merci.
Quand ils ne furent plus qu'à quelques mètres, un homme musclé d'une cinquantaine d'années, aux cheveux bruns ramenés en queue de cheval apparut.
— Leif.
— Protecteur, répondit le chef en se frappant le poing sur le cœur.
Il était visiblement étonné de voir qu'Harold avait été capturé, mais il était assez intelligent pour en comprendre les conséquences. En bon Nordien il avait salué comme il se devait le Protecteur du Nord. C'était peut-être la dernière fois qu'il le pouvait.
— Comment se portent tes hommes ?
— Prêt à en découdre ! N'est-ce pas les gars ?
À la question de leur chef, un cri de guerre à vous fracasser les tympans s'était élevé des poitrines des fiers hommes du nord. Un sourire triste était apparu sur le visage d'Harold.
— Nous allions bientôt déjeuner, que diriez-vous de venir manger un morceau avec nous Protecteur ?
— Ça aurait été avec plaisir, mais j'ai comme qui dirait quelques difficultés pour me déplacer seul, répliqua Harold en comprenant que Leif essayait d'alléger l'atmosphère.
— Moi et les hommes on se fera un plaisir de vous aider si vous le souhaitez, se proposa Leif avec un regard entendu.
Harold eut un sourire triste face à tant de loyauté, s'il l'ordonnait il était convaincu que les hommes lui faisant face se précipiteraient pour le sauver. Il y avait une possibilité, infime certes, mais une possibilité quand même qu'ils réussissent. Harold essaya d'en imaginer les conséquences. Aucun des scénarios ne lui sembla bon. Dans tous les cas, ils ne pourraient pas quitter l'île.
— Si je te le demande, accepteras-tu de rendre les armes ? demanda Harold en abandonnant leur comédie.
— On en est donc là.
— On en est là. Toi et tes hommes aurez la vie sauve.
— Est-ce un ordre ?
Harold comprit ce que le chef souhaitait.
— En tant que Protecteur du Nord, chef Leif je t'ordonne de te rendre.
— J'ai toujours eu confiance et cela n'a pas changé, fit Leif en portant un poing au niveau de son cœur.
Dans la seconde qui suivit, il jeta son arme au sol et se tourna vers ses hommes.
— La bataille est terminée ! Jetez vos armes, ordre du Protecteur du Nord !
Épée, hache, masse d'arme, arc et flèches furent jetés au sol au bruit du cliquetis du métal.
— Je suis désolé, murmura Harold à l'intention de ses hommes puis il se tourna vers Drago. À toi de tenir ta parole.
— Comme promis, aucun mal ne leur sera fait.
Drago fit un geste et ses hommes entrèrent en action. Une part d'entre eux alla récupérer les armes tandis que l'autre faisait mettre en rang les Nordiens, désormais prisonniers.
Une fois certain que tout se déroulait calmement, Drago fit demi-tour.
— Comme tu as pu le voir, je suis un homme de parole.
— Me crois-tu assez bête pour me baser sur ce seul exemple ?
— Tu es libre de croire ce que tu veux, toujours est-il qu'il s'agit de la vérité. Pour l'instant, j'ai fait preuve de miséricorde, mais si tu t'obstines les choses pourraient changer. Choisis bien ta réponse à ma proposition. Les gens comme toi Harold ont toujours des choses à perdre, des gens auxquels ils tiennent et moi Harold, je connais tous tes secrets, déclara Drago en montrant un carnet de cuir noir.
C'est le carnet d'un membre de la Garde Noire…
Ce n'était pas vraiment une chose étonnante, cela lui donnait seulement la confirmation de tout ce qu'il pensait et que les paroles Drago étaient véridiques, au mois sur ce point.
Si je pouvais le voir de plus près, une seule page et je devrais pouvoir reconnaître l'écriture.
Un silence s'ensuivit. Harold ne chercha pas à le briser, il était en pleine réflexion, pesant chacune des options qui se présentaient à lui.
Accepter la proposition ? La refuser ? Trouver un moyen d'obtenir le carnet ? S'enfuir ?
Il essayait d'envisager tous les plans possibles, c'est alors qu'il repensa aux paroles de Drago.
Crainte et haine…
En regardant les soldats de Drago, Harold vit dans leurs yeux crainte et respect pour leur chef. La preuve d'après Drago de leur soumission et de leur loyauté. Certains d'entre eux étaient néanmoins différents, il n'y avait ni crainte ni respect, seulement une émotion plus meurtrière difficilement discernable. Une chose qui concernait de simples soldats, mais aussi des capitaines de régiments et peut-être même certains des lieutenants les plus proches de Drago.
À ce moment, Harold comprit la faiblesse du système de Drago. Une faiblesse à laquelle il avait déjà songé et dont il avait désormais la confirmation. Il était celui qui maintenait cela en place. Si l'occasion se présentait, ceux qui l'avaient un jour haï se retourneraient contre lui. Harold était certain que tous les lieutenants de Drago ne réussiraient pas à s'entendre, certains chercheraient à prendre le pouvoir.
Si Drago venait à disparaître alors tout s'effondrerait.
Il existait encore un moyen de gagner.
Harold allait devoir choisir, tenter sa chance et risquer de tout perdre ou prendre le chemin de la facilité en acceptant la proposition.
