Merci pour les reviews et le soutien.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 58

Astrid observait sa silhouette dans le miroir.

Cela faisait bien longtemps qu'une telle occasion ne lui avait pas été donnée. En y réfléchissant, cela remontait à la matinée où Raina l'avait emmenée chez le tailleur de l'île d'Hagbard. En pensant à son amie, un sourire triste prit forme sur son visage.

J'aurais tellement voulu que tu sois ici. Tu aurais dû y être.

Malgré le temps passé, Astrid n'arrivait toujours pas à faire complètement le deuil de Raina. C'était trop difficile, surtout qu'elle n'arrivait pas accepter la manière dont elle était morte. Tous l'avaient loué pour sa maîtrise du vol à dos de dragons, mais les Dieux l'avaient quand même rappelé à eux. La guerre était effroyable et pendant un combat un rien pouvait provoquer un accident. Une simple poussée, un choc pouvait vous faire chuter.

Tu aurais été fière de moi…

Astrid avait du mal à se reconnaître, ses cheveux avaient légèrement poussé, une très fine cicatrice ornait désormais sa joue gauche et ses yeux reflétaient une douleur qu'elle n'aurait jamais cru y voir. Cette guerre lui avait pris tellement que rien ne pourrait le cacher.

— Je me ferais presque peur, murmura-t-elle en s'observant une dernière fois dans le miroir.

Elle portait une armure noire de nuit. Bottes, pantalon et plastron, tout n'était que ténèbres. Elle avait enfilé l'armure de la Garde Noire et en se voyant ainsi vêtue, elle sentit son cœur se serrer. Elle avait imaginé que lorsque ce jour viendrait, Harold et Raina seraient à ses côtés, mais le destin en avait décidé autrement.

C'est étonnamment léger, dire que ce n'est qu'une armure de remplacement. Je me demande ce que cela aurait donné si Harold l'avait confectionné spécialement pour moi. Deviendrait-elle comme une seconde peau ?

C'était le genre de questions qui ne voulait pas quitter son esprit. Une armure aussi fonctionnelle que résistante était pour elle une merveille de conception. Pour compléter le tout, il ne lui manquait plus qu'un casque et une arme.

Encore un peu de patience et je ferai officiellement partie de la Garde Noire.

Au moment où Astrid songeait à cela, un coup fut frappé à la porte. Il s'agissait du signal convenu. Astrid se détourna du miroir et se dirigea vers la porte, en y arrivant elle s'arrêta. Elle se retourna, jetant un dernier regard à la pièce. Elle se trouvait dans la cabine d'Harold sur le Dragon des Mers, elle lui avait été prêtée pour qu'elle puisse se changer.

Toutes les affaires d'Harold avaient été enlevées, rangées et mises en sécurité, malgré cela, Astrid eut l'impression de sentir sa présence. C'était comme si la pièce s'était imprégnée de ses pensées et de ses sentiments, du travail acharné qu'il y avait mené durant tout le temps passé ici.

Elle fit sien ce sentiment, prêt à affronter ce qui se trouvait derrière la porte. Elle se forgea un masque de détermination, puis elle se rendit sur le pont.

Quand elle sortit de la cabine, Astrid s'arrêta un instant, subjuguée par le spectacle qui s'offrait à elle. Une allée d'honneur s'était formée, de chaque côté se tenaient six guerriers à l'armure d'ébène, portant le casque, arme au fourreau et une torche dans la main gauche. Dans la nuit sans lune, il s'agissait là de la seule trace de lumière visible à des lieues à la ronde.

Astrid avança la tête haute, sans hésiter, afin de faire honneur à ces guerriers qui l'accueillaient en son sein. Il y avait peut-être un traître parmi eux, mais il n'en restait pas moins les protecteurs d'Harold.

La Garde Noire comportait des âmes nobles, elle ne comptait par leur faire affront.

Sur son passage, les guerriers portèrent leur poing droit à leur cœur. Astrid passa devant chacun d'eux, arrivée à la fin de l'allée elle s'arrêta devant leurs deux représentants.

Thorkell et Élia.

Astrid se retint de faire une grimace en voyant cela, en tant que chef de la Garde Noire il n'aurait dû n'y avoir qu'Élia, malheureusement tout était devenu plus compliqué avec la capture d'Harold. Certains voulaient voir Thorkell reprendre son ancien poste alors même que seul un Protecteur du Nord avait l'autorité pour en décider.

En portant son regard un peu plus loin, Astrid réussit à distinguer l'équipage du Dragon des Mers, et à leur tête Hagbard. Il était le dernier des chefs du Nord dans cette expédition. Ditwin avait été confirmé mort et en ce qui concernait Leif personne ne savait s'il était encore en vie ou fait prisonnier.

L'équilibre des pouvoirs était devenu des plus précaire.

Élia regarda Astrid et lui fit un signe de tête imperceptible, si la cérémonie n'avait pas exigé la plus grande des rigueurs sûrement lui aurait-elle souri. Depuis leur discussion, leur relation s'était améliorée à un point qui étonnait même Astrid.

— Astrid Hofferson, es-tu prête à intégrer la Garde Noire ? lui demanda Élia.

Malgré les divergences, en tant que chef de la Garde Noire, Élia tiendrait la cérémonie comme il se devait. Astrid avait eu peur que Thorkell ne tente quelque chose, une inquiétude qui n'avait finalement pas sa place ici.

— Je le suis !

Astrid posa genou à terre comme l'exigeait la tradition et porta son poing à son cœur.

— Ce faisant tu renonces à tes anciens serments. Peu importe ton origine, en devenant membre de la Garde Noire, tu graveras en ton cœur une seule allégeance. Si tu l'acceptes, répète après moi.

Astrid écouta le serment et sans hésitation le répéta, chacun de ses mots destinés à une seule et unique personne. Harold.

— En cette nuit, devant les Dieux et les astres, voici mon serment. Jusqu'à ma mort ou qu'on m'en délivre, je le tiendrai. Je ne rechercherai la gloire, ni le prestige. Je me battrai avec mon cœur et mon âme. Je suis l'épée du Protecteur du Nord. Je suis son bouclier. Je le protégerai et suivrai ses ordres. Je voue mon existence et mon honneur au Protecteur du Nord. Ma vie pour sa vie.

Élia hocha la tête avec satisfaction. Astrid avait proclamé le serment avec force et détermination, comme il se devait.

— Relève-toi, Astrid Hofferson, tu es cette nuit devenue membre de la Garde Noire.

Astrid se releva, Élia lui présenta alors sa hache à double tranchant en fer de dragon, confectionnée spécialement pour elle par Harold.

— Prends cette arme pour terrasser les ennemis du Protecteur du Nord et le protéger.

Astrid se saisit de l'arme puis Thorkell lui présenta le casque de leur ordre.

— Accepte ce casque afin de compléter ton armure et d'être digne de faire partie de la Garde Noire.

— Je l'accepte, dit Astrid en prenant le casque.

Elle se tourna ensuite vers le reste de ses compagnons. Tous se mirent à taper du poing sur leur armure, signe qu'ils l'acceptaient parmi eux.

Ils donnèrent la torche qu'ils portaient à des membres d'équipage, puis l'un des plus proches se présenta devant Astrid. Avant même qu'il ne retire son casque, Astrid sut de qui il s'agissait.

— Alrik.

— Félicitation Astrid, dit-il en lui serrant amicalement l'épaule d'une main. J'ai quelque chose pour toi.

Alrik sortit d'une poche une broche d'un rouge sanglant représentant deux dragons sanguinaires entourés d'un cercle de flammes.

Le symbole de leur duo.

— Les Dragons de Sang, partenaires jusqu'à la fin, déclara Alrik en fixant la broche sur l'armure d'Astrid au niveau du cœur.

Il eut un peu de mal à percer le cuir renforcé, mais il finit par réussir. Tout du long, Astrid le regarda avec une lueur indescriptible.

— Tu ne vas pas pleurer ? lui demanda-t-il avec un sourire amusé quand il eut terminé.

— Imbécile ! s'exclama-t-elle en donnant un coup de poing dans son armure.

Il lui sourit de plus belle et Astrid fit de même.

— Partenaires jusqu'à la fin, répéta-t-elle.

Alrik hocha la tête, puis il s'écarta pour laisser les autres membres de la Garde Noire venir féliciter Astrid.

Cela dura plusieurs minutes, les membres d'équipages en profitèrent pour rallumer toutes lampes du navire. Un tonneau d'hydromel fut amené et les chopes se remplirent.

— J'ai toujours du mal à croire que toi et Alrik êtes les Dragons de Sang.

Astrid qui était appuyée contre le bastingage, le regard au loin, une chope dans la main, se retourna. Élia était venue la rejoindre.

— Est-ce si étonnant ?

— Pas tant que ça quand on y réfléchit, c'est juste qu'Harold voulait vraiment savoir qui se cachait derrière.

— Je vais avoir beaucoup de choses à lui dire quand on l'aura sauvé.

Les deux jeunes femmes restèrent silencieuses quelques instants, puis Élia reprit la parole en parlant presque dans un murmure.

— Quand partez-vous ?

— Demain. Attendre plus longtemps ne servira à rien. La flotte va bientôt atteindre Ospig et après ça, les Dieux seuls savent ce que les chefs vont décider et combien de temps cela va leur prendre.

— Je suis d'accord, mais vous allez être coupé de toute information. Selon comment les choses vont tourner il pourra s'avérer dangereux de vous arrêter sur des terres détenues par l'Alliance.

— Tu penses qu'ils pourraient nous considérer comme des déserteurs ?

— Je ferais mon possible pour vous couvrir, je ne peux cependant rien garantir.

— Les chefs ont commencé à bouger ?

— On peut dire ça. Hagbard est désormais le seul chef du Nord dans cette expédition, Ditwin est confirmé mort et pour Leif on ne sait pas. Avec la capture d'Harold, les Nordiens se sont tournés vers lui. Il a plus de pouvoir que jamais auparavant.

— Et du côté de la Coalition, tu as des informations ?

— Olrik est confirmé mort, Karl porté disparu. Godfred était avec la flotte, il a survécu, et comme tu le sais Stoïck a été secouru, tout comme Dankrad. Stoïck semble faire face à quelques difficultés, mais pour l'instant il a toujours la main sur la Coalition.

— Pour résumer, le pouvoir se concentre dans le Nord, tandis que dans le Sud il y a des risques de scissions.

— On peut dire ça. Concernant la Coalition il y a des rumeurs selon lesquels Stoïck aurait l'intention de faire tomber quelques têtes pour raffermir son autorité.

— Il compte tuer ceux qui ne veulent pas obéir ? demanda avec étonnement Astrid.

La situation est-elle si critique ?

— Sûrement les officiers qui veulent partir. Apparemment il aurait dit un truc du genre « si on perd notre cohésion, on perdra la guerre, je ferais tout ce qu'il faut pour que cela n'arrive pas ».

— Tu en penses quoi ?

— Si cela peut permettre de maintenir la Coalition alors il doit le faire même si cela peut paraître barbare. Nous avons perdu beaucoup, si l'Alliance vole en éclat, les choses vont devenir extrêmement difficiles. On peut même dire que la guerre sera définitivement perdue.

— Je comprends, mais ce sont quand même nos compatriotes.

— Si c'était pour sauver Harold, tu le ferais sans hésiter. En tout cas, moi, je le ferais.

— Sûrement… Et de ton côté, comment cela se passe avec la Garde Noire ?

— Pour l'instant, j'ai réussi à maintenir ma position. Beaucoup voudraient que Thorkell récupère sa place, Hagbard y compris, il pousse dans ce sens. La seule chose qui me sauve, c'est le protocole.

— Seul un Protecteur du Nord peut te démettre de ta position.

— En effet, tu dois le comprendre maintenant que tu as fait serment.

— Quand je l'ai fait, dans mon esprit le Protecteur du Nord était égal à Harold. Pour moi, cela ne changera jamais même si on lui retire son titre.

— On est deux dans ce cas alors, répliqua Élia avec un sourire.

— C'est en quelque sorte de la trahison.

— Il semblerait que ce soit dans l'air du temps.

Astrid se renfrogna et but une gorgée d'hydromel pour chasser le goût amer qui était né dans sa bouche en pensant au traître.

— Ils vont nommer un autre Protecteur du Nord ?

— Je n'en sais rien. Si la tradition est respectée, il faudra l'accord de tous les chefs. Pour l'instant, c'est impossible à dire.

— Et s'ils ne la respectent pas ?

— Tu penses à ce qu'a dit Eskil quand on lui a demandé de quoi lui et Harold ont parlé ?

— Mmh… Harold l'avait chargé d'enquêter sur l'exécution des officiers ennemis après la bataille sur l'île des dragons. Si Eskil a raison, c'est Hagbard qui a donné l'ordre. Ça ne m'inspire pas confiance. Que se passerait-il s'il décidait de se nommer lui ou Thorkell, Protecteur du Nord ?

Élia mit un peu de temps à répondre, et quand elle le fit, c'était d'une voix inquiète.

— Je ne crois pas qu'on pourrait s'y opposer. Ce serait très difficile et si on réussissait, on risquerait la guerre civile. L'unité du Nord volerait en éclat.

— C'est peut-être le plan de Drago.

— Peut-être.

— À condition, bien entendu, qu'Eskil nous ait dit la vérité.

Élia qui s'était mise à regarder à l'horizon tout en discutant tourna immédiatement son regard vers Astrid.

— Tu as des raisons de douter de lui ?

— Je n'ai pas besoin de raisons, nous devons nous méfier de tout le monde.

— Plus facile à dire qu'à faire, ce sont mes amis, fit Élia d'une voix légèrement désespérée.

— Certains d'entre eux sont aussi devenus mes amis. Ça ne me plaît pas, mais on n'a pas le choix.

— Je sais. Pour l'instant, celui qui m'inquiète, c'est Thorkell. Lara avait raison, il est devenu bizarre, admit Élia.

— Je suis d'accord, fit une voix sortie de nulle part.

Astrid et Élia sursautèrent, la chope tomba par-dessus bord, rebondissant contre la coque avant de se perdre dans le remous. Les deux jeunes femmes se retournèrent comme un seul homme vers la nouvelle venue.

— Eldrid ! s'exclama Élia avec un ton de reproche.

— Désolé pour ça, s'excusa Eldrid en désignant l'océan où était tombée la chope d'hydromel.

— Tu nous écoutais depuis longtemps ?

La voix d'Astrid s'était faite suspicieuse, elle n'avait pas vu Eldrid approcher, mais connaissant sa capacité à se fondre dans les ombres, elle redoutait le pire.

— Vous ne devriez pas parler de ce genre de choses ici. À dos de dragon, lors d'une patrouille serait plus sage.

Astrid et Élia ne dirent rien, elle ne pouvait qu'admettre que la jolie rousse avait raison.

— Je ne dirais rien, bien sûr je ne vous demande pas de me croire, mais écoutez ce que j'ai à dire. Harold est mon meilleur ami, je veux le sauver. Vos sentiments pour lui et votre rapprochement récent me faisaient dire que vous prépariez quelque chose. Quand je vous ai entendu, j'ai été rassuré, cela a confirmé ce que je pensais. Je ne crois pas que vous ayez pu trahir.

— Tu vas nous dire que tu veux nous aider ? demanda Astrid.

— Astrid… commença Élia.

— C'est bon Élia, elle a raison d'être aussi méfiante. Si je peux vous donner un conseil, vous ne devriez pas vous afficher comme ça.

— Nous afficher ? répéta Élia.

— Il était devenu évident que vous ne pouviez pas vous entendre à cause de vos sentiments pour Harold, si vous ne le savez pas, il y avait pas mal de rumeurs. Mais maintenant on dirait que vous êtes devenues amies, tout le monde va se douter que vous êtes en train de préparer quelque chose. Ce n'est pas très prudent avec un traître parmi nous.

Les deux jeunes femmes se regardèrent sans savoir quoi répondre. Elles n'avaient pas pensé que le simple fait de se parler pourrait être interprété ainsi.

— J'essaierai de faire croire que la capture d'Harold vous a rapproché, cela vous fera gagner un peu de temps avant qu'ils ne se demandent ce que vous manigancez.

En écoutant, Eldrid parler, Astrid eu le sentiment qu'elle était sincère. Baisser complètement sa garde aurait été une folie et elle ne le ferait pas, elle espérait cependant au fond d'elle qu'elle pourrait lui faire confiance. La seule ombre au tableau tenait au fait qu'Eldrid aimait Thorkell, et actuellement ce dernier était en haut de sa liste des personnes dont elle devait se méfier.

— Que voulais-tu dire tout à l'heure en disant que tu étais d'accord ?

Eldrid jeta alors un œil vers l'autre bout du navire, là où se tenait Thorkell. Eskil venait de lui servir à boire, les deux étaient en pleine discussion, ce qui n'empêchait pas Thorkell de maintenir son regard fixé sur Eldrid.

— Il… il agit de manière étrange, expliqua Eldrid avec difficulté. Il a toujours été un peu surprotecteur envers moi, mais là c'est devenu pire. Plus le temps passe et plus je m'en rends compte. Au début, j'étais contente, on passait plus de temps ensemble, il était plus affectueux. Depuis la bataille par contre… j'ai réalisé que quelque chose ne va pas.

Élia se rapprocha d'Eldrid et lui prit discrètement la main pour lui apporter son soutien sans que cela ne paraisse bizarre à ceux qui auraient pu les observer. Il ne fallait pas que leur discussion puisse sembler sortir de l'ordinaire.

Astrid avait beau se méfier, elle avait du mal à croire qu'Eldrid puisse jouer la comédie. Elle avait véritablement l'air mal en point, sa voix était légèrement tremblante et ses yeux humides. Elle avait peur pour Thorkell.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda doucement Astrid.

— Je ne saurais pas l'expliquer, il est différent. Lui et Harold ont toujours été comme des frères, malgré leur dispute j'étais certaine qu'il voudrait aller le sauver, mais il ne m'en a même pas parlé. Pas un mot. Ce n'est pas le comportement habituel de Thorkell, je ne veux pas croire qu'il ait pu changer autant. Vous allez trouver ça bizarre, mais parfois j'ai l'impression qu'à certains moments c'est lui et à d'autre que ce n'est pas la même personne.

— À certains moments ? demanda Élia.

— Eh bien… comment dire… bégaya Eldrid en rougissant un peu. La nuit… quand on a…enfin vous voyez… expliqua-t-elle en détournant le regard. J'ai le sentiment que c'est vraiment lui, et hier… il m'a dit une chose qui m'a fait peur. C'est pour ça que je vous ai écouté, je voulais être sûre de pouvoir vous parler.

— Que t'a-t-il dit ? demanda Élia.

— Il m'a demandé de le surveiller.

— De le surveiller ? répéta Astrid.

Eldrid hocha la tête avec difficulté.

— Je crois qu'il se doute que quelque chose ne va pas, mais il ne sait pas non plus ce que c'est. S'il m'a demandé ça, c'est qu'il ne se fait plus confiance, cela m'a fait peur et je ne savais pas à qui en parler.

Élia serra plus fortement la main d'Eldrid. Si elles n'avaient pas été sur le pont d'un navire, visible aux yeux de tous, il était certain qu'Élia l'aurait serré dans ses bras. Astrid elle-même avait du mal à ne pas montrer à quel point cela la touchait. Elles n'avaient cependant pas le choix de faire bonne figure au risque que le traître s'intéresse d'un peu trop près à elles.

— Je t'aiderai, affirma Élia avec conviction. On va travailler ensemble si tu es d'accord.

— Merci, je suis heureuse d'avoir pu en parler à quelqu'un.

— On fera tout notre possible pour aider Thorkell et comprendre ce qui lui arrive tout en débusquant le traître, déclara Élia.

Sa méfiance pour Eldrid avait fondu comme neige au soleil, elle était prête à lui faire confiance. Astrid doutait toujours un peu, plus par principe qu'autre chose. Avec cette conversation, Eldrid était devenue l'une des personnes dont elle se méfiait le moins. Elle ne croyait pas qu'elle ait pu feindre une telle sincérité.

— Tu vas partir pour sauver Harold, n'est-ce pas ? demanda Eldrid en reprenant en main ses émotions.

— Je…

— Non, ne me dis rien. Si je ne sais rien, je ne risque pas de dévoiler des informations. C'est mieux ainsi. Ramène-le, c'est tout ce que je souhaite.

— Je ne reviendrai pas sans lui.

Les trois jeunes femmes hochèrent la tête, puis après quelques mots supplémentaires elles se séparèrent.

Astrid s'accouda de nouveau au bastingage, le regard tourné vers l'horizon et ses ténèbres. Un guerrier en noir se positionna à ses côtés, Astrid n'eut pas besoin de tourner la tête pour savoir de qui il s'agissait.

Alrik. Tu sais toujours quand j'ai besoin de toi.

Par sa simple présence, il apporta à Astrid le soutien silencieux dont elle avait besoin.

Un dernier moment de paix pour le duo avant de devoir se replonger dans le sang de leurs ennemis pour la plus importante de toute leur mission.

Sauver Harold.