Bonjour !

On commence avec une petite référence à un livre que je n'ai jamais lu, mais bon.

Je n'ai rien à dire mis à part que c'est un gros chapitre.

Bonne lecture !

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A la recherche du temps perdu —

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Lorsque les pieds d'Elaiano touchèrent le sol de la forêt, elle ne put réprimer un grognement de douleur. La blessure à son genoux menaçait de se rouvrir et des élans de douleur remontaient par vague dans sa jambe. La jeune fille comprit qu'elle allait aussi devoir éviter de Voyager durant un certain temps, chaque Voyage était assez éprouvant et son corps ne tiendrait pas très longtemps. Encore secouée par ce qui venait de se passer avec Maglor, elle se décida à faire quelques pas dans la forêt pour se calmer. Elle n'avait pas la moindre idée de son emplacement exact en Lothlorien mis à part le fait qu'elle n'était plus à Caras Galadhon. L'adolescente se mit ainsi en marche et vagabonda entre les arbres sans se concentrer sur la direction que prenaient ses pas. Ses pensées se tournèrent alors vers ce que lui avait conté le fëanorion et l'aide qu'il semblait désespérément souhaiter lui apporter.

Elaiano baissa les yeux et se massa les poignets. La marque rouge laissée par la poigne de Maglor s'estompait déjà, mais le souvenir lié restait vivace. L'elfe avait immédiatement compris la raison de la réticence de la jeune fille à son égard, et elle avait réagi bien trop durement. Après ce qui lui était arrivé avec Nínim, ou Faegmôr, elle ne parvenait pas à faire confiance au fëanorion. Et c'était en partie seulement dû aux rêves que le Maia lui avait fait faire à son sujet. En réalité, elle ne savait pas comment réagir avec Maglor. Alors qu'une partie d'elle, basée sur ce que lui avait inculpé Nínim, lui criait de se méfier et de ne pas accorder sa confiance à l'elfe. Une autre partie, plus discrète, lui soufflait qu'elle pouvait se fier à lui. C'était un peu le contraire de ce qu'elle avait ressenti vis-à-vis de Faegmôr. Malgré tout ce qu'il avait fait, la jeune fille ne s'était jamais complètement départie de la gêne et de la méfiance qu'elle éprouvait envers lui en sa présence. A présent il lui semblait devoir choisir entre Nínim et Maglor. Et si elle ne pouvait pas retourner auprès du premier, elle ne savait pas quoi penser du second car il l'attirait tout autant qu'elle s'en méfiait. Mais il y avait encore autre chose qu'elle ne comprenait pas à son sujet. Dès qu'elle voyait l'elfe, elle perdait ses moyens et baissait sa garde comme si une impulsion intérieur la poussait à lui octroyer son entière confiance. Et cela la perturbait au plus haut point. Peut-être devait-elle essayer de le connaitre un peu mieux ?

Le pied d'Elaiano buta sur un tronc d'arbre couché et la fit s'arrêter. Elle remarqua que son beau tronc n'était plus blanc, mais noirci par des restes d'un feu de forêt. La gorge nouée, elle releva lentement la tête et ce qu'elle vit acheva de la briser. Devant elle tout n'était que destruction et mort. Les bois s'arrêtaient nets et derrière, un nombre incalculable d'arbres étaient arrachés de terre et brûlés. Les rares qui tenaient encore debout étaient vilainement entaillés et certains menaçaient de tomber. Le délicat tapis d'herbes, de feuilles et de mousse qui couvrait le sol de la forêt n'était plus qu'un horrible marécage rougeâtre où boue, sang, et flaques nauséabondes se mêlaient. Çà et là, quelques cadavres qui n'avaient encore ni été ramassés, ni dépecés par les charognard, commençaient déjà à pourrir. Quelques tissus ou plantes encore fumants complétaient ce tableau macabre.

Figée devant le massacre, l'adolescente n'osait bouger les yeux écarquillés. Il ne s'agissait de toute évidence pas du même champ de bataille que celui sur lequel elle avait combattu quelques jours plus tôt, mais celui-ci était d'autant plus horrible et désastreux.

— Je me doutais que je te trouverais ici.

La jeune fille fit volte-face et aperçu Maglor qui s'approchait.

— Qu'est-ce que tu fais ici ?

— Je pourrais te retourner la question.

— C'est de ta faute si j'ai Voyagé.

— J'en suis désolé.

Il se tenait à présent juste derrière la jeune fille qui s'était rapidement détournée.

— Que s'est-il passé ? murmura-t-elle.

— Le jour de ton arrivée, nous avons subi un deuxième assaut plus dur que le précédent et sur deux fronts à la fois. Des troupes d'orques de la Moria, et d'autres venues de Dol Guldur. Il ont cette fois réussit à pénétrer dans la forêt et une partie des bois a été détruit dont cet endroit.

— C'était encore…

— Faegmôr ? Oui. Même s'il n'était pas présent, nul doute que ces troupes aient été envoyées ici sur ses ordres.

— Il ne me l'avait pas dit.

— Il y a sûrement beaucoup de choses qu'il ne t'as pas dites, soupira l'elfe en posant une main sur l'épaule droite de la jeune fille. Allez viens, ne trainons pas ici.

D'une pression de la main, il voulut inviter l'adolescente à se retourner mais celle-ci lui résista et garda son regard braqué sur un point éloigné. Au milieu du champs de bataille, Elaiano vit une silhouette recouverte d'une cape noire. Celle-ci se tenait droite et aussi immobile qu'une statue mais elle était tournée vers la jeune fille et ne la lâchait pas du regard.

— Elaiano ?

La voix de Maglor lui parvint comme à travers un épais brouillard. Avec difficultés, l'adolescente s'arracha à la vision et se tourna vers l'elfe.

— Tout va bien ? s'inquiéta-t-il. Tu as vu quelque chose ?

La jeune fille jeta un regard en arrière, mais elle ne vit rien d'autre qu'un corbeau prendre son envol.

— Non rien. J'ai cru voir quelqu'un.

Elaiano ne vit pas la lueur inquiète qui traversa les yeux du fëanorion lorsqu'il la poussa à faire demi-tour et à s'éloigner de ce qui restait des violents combats qui avaient eu lieu.

Leur retour à Caras Galadhon fut très silencieux et aucun d'eux n'osa dire quoi que ce soit. Maglor laissa finalement l'adolescente devant le talan où elle avait dormi et s'apprêta à partir sans un mot.

— Maglor ?

La jeune fille l'avait interpelée sans vraiment savoir pourquoi et sa voix hésitante franchit à peine la barrière de ses lèvres. Pourtant, l'elfe se retourna.

— Merci de m'avoir raconté tout ça et de m'avoir raccompagnée, fit-elle.

— Je suis désolé pour tout à l'heure, je ne voulais pas te blesser.

— Ce n'est rien.

L'adolescente se détourna et s'apprêta à rentrer dans le talan lorsqu'une idée lui traversa l'esprit.

— Maglor ? Tu m'avais dit que tu connaissais d'autres choses sur mon… passé.

— C'est le cas.

— Est-ce que tu pourrais… commença-t-elle avant de rougir violemment. Est-ce que tu pourrais m'en dire plus ?

Face à sa demande presque inespérée, l'elfe ne parvint pas à cacher sa joie.

— Bien sûr !

— Dans une heure ?

— Je t'attendrais ici.

— Merci.

Sans ne rien ajouter d'autre, Elaiano pénétra dans le talan et referma la porte derrière elle.

Une fois seule, elle se mordit la langue. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qui l'avait poussé à lui faire cette demande et elle s'en voulait. Au moment de se séparer, elle n'avait pas réfléchi et la part d'elle qui ne souhaitait pas le laisser s'en aller avait pris le dessus et lui avait intimé cette idée saugrenue. Mais maintenant il était beaucoup trop tard pour faire demi-tour. C'était elle qui lui avait proposé de faire un tour, elle se devait de tenir ses engagements. Après tout, peut-être ce que lui dirait le fëanorion se révèlerait intéressant ou lui permettrait de se souvenir au moins de quelques bribes de son passé.

La jeune fille baissa les yeux et s'aperçu qu'elle portait toujours les vêtements amples avec lesquels elle était arrivée en Lothlorien. Elle n'osa pas se regarder dans le miroir et se dirigea sans plus attendre vers la salle d'eau qu'elle avait aperçu le matin même. Après s'être nettoyée, elle prit une tenue dans un placard de la chambre et fut surprise de remarquer que celle-ci était à sa taille. Ses hôtes avaient sans aucun doute prévu le fait qu'elle n'avait aucun vêtement de rechange avec elle, et s'étaient empressés d'en laisser à sa disposition. La tunique qu'elle mit était faite dans un tissu souple brun-beige qui se fondrait facilement dans l'ombre des sous-bois. Le pantalon par contre était plus serré que celui qu'elle portait précédemment mais Elaiano comprit que ce choix était plus pratique qu'esthétique. Un bas plus ample aurait tôt fait de s'accrocher dans des buissons et de s'abimer. Une paire de petites bottines complétaient agréablement l'ensemble.

C'est donc l'image d'une jeune elfe blonde et fatiguée que lui renvoya le miroir lorsque l'adolescente fit face à son reflet. Les vêtements faisaient ressortir sa musculature renforcée par l'entrainement intensif que Nínim, ou Faegmôr plutôt, lui avait fait subir. Un léger sourire s'étira sur ses lèvres alors qu'elle se détournait. D'une certaine manière, le Maia s'était tiré une balle dans le pied en forçant la jeune fille à s'améliorer au maniement des armes. Et elle se ferait un plaisir de le lui faire remarquer si leurs routes se recroisaient car il n'y avait aucun doute, un jour viendrait où ils se reverraient, et ce jour-là Elaiano serait prête à lui faire payer sa trahison. Mais avant, elle devait retrouver ses souvenirs. Sans eux, elle serait incapable de décerner le vrai du faux et le mensonge de la vérité. A cet instant, une série de petits coups à la porte attirèrent son attention. L'adolescente prit une grande inspiration, souffla pour se calmer, puis sortit du talan.

Son regard tomba aussitôt sur Maglor qui attendait à quelques pas seulement de l'entrée. Lorsqu'il l'aperçu, il lui fit signe de le suivre. Elaiano n'avait pas la moindre idée de ce qu'il comptait faire mais elle s'empressa tout de même de le suivre. L'elfe la guida de plateforme en plateforme si bien que la jeune fille se perdit rapidement. Elle n'avait pas la moindre idée de l'endroit où ils se trouvaient, ni depuis combien de temps ils marchaient, mais le fëanorion semblait savoir ce qu'il faisait et Elaiano continuait de le suivre, toujours plus intriguée. Plus tard, ils quittèrent Caras Galadhon et s'engouffrèrent dans la forêt. Aussitôt, Maglor leva les yeux au ciel et partit en direction du Sud. Enfin, c'est ce que comprit l'adolescente car le soleil se dressait haut dans le ciel devant eux et midi approchait. Après encore plusieurs longues minutes de marche en silence, il laissèrent le soleil sur leur droite et tournèrent un peu plus vers l'Est. Enfin, la lisière de la forêt se dessina entre les arbres et ils sortirent des bois.

Devant eux, une vaste plaine s'étendait sur des kilomètres sans qu'aucun arbre ou presque ne vienne interrompre la monotonie du paysage. Ce n'était qu'à l'horizon que l'on pouvait apercevoir des collines et au loin, perdu dans la brume et des nuages d'orages des montagnes plus hautes. Mais celles-ci étaient bien trop éloignées pour que la jeune fille puisse faire autre chose qu'à peine les distinguer, ou avoir la simple impression qu'elles existaient. Loin de s'attarder sur le paysage, Maglor s'était arrêté à la lisière des bois et désignait du doigt un bosquet d'arbres visible mais déjà situé à une distance respectable du Bois Doré.

— Qu'y a-t-il ? demanda la jeune fille qui ne comprenait pas pourquoi l'elfe lui indiquait ce lieu en particulier.

— Nous y avons passé une nuit il y a de nombreuses années. Suite à notre fuite des prisons de Barad-Dûr et notre escale dans un village du Rohan, tu as tenu à te rendre en Lorien et c'est là-bas que nous nous sommes arrêté pour dormir. Le lendemain matin, une troupe d'Orcs nous a surpris et tu as fui pendant que je faisais diversion.

L'adolescente se rappela qu'il avait déjà mentionné le fait que c'était en Mordor qu'elle avait été emprisonné, mais il semblait sous-entendre qu'ils s'étaient échappés ensemble et non avec Nínim comme la jeune fille l'avait d'abord cru.

— Pourquoi me raconter cet épisode-là ? l'interrogea-t-elle confuse. S'y est-il passé quelque chose ?

Maglor hésita. Il ne s'était pas attendu à cette question et il ne sut que répondre. En vérité, il avait une raison particulière d'avoir tenu à parler de ce passage à la jeune fille mais il se rendait compte à présent que c'était trop prématuré. Elle ne se rappelait presque rien, alors aborder les sentiments qu'il portait à son égard n'était pas une bonne idée. Faegmôr lui avait appris à le haïr alors il lui semblait impossible qu'elle se rappelle seulement ce qui les avaient unis.

— Il fallait bien commencer par quelque chose, finit-il par répondre.

— Logique.

Le ton presque froid de l'adolescente retourna le couteau dans la plaie que Faegmôr avait indirectement pratiqué dans le cœur du fëanorion. Le Maia avait peut-être perdu Elaiano, chacun des mots que Maglor partageait avec la jeune fille lui semblait faux, comme monté de toute pièce. Et même si elle ne le savait pas, la situation était intenable. Chaque remarque, chaque geste de méfiance, chaque regard de travers qu'elle lui adressait était une injure à ce qu'ils avaient traversés ensemble. Il avait espéré si longtemps ces retrouvailles. Il avait perdu le compte du nombre de jours passés à la lisière de la forêt dans l'attente du retour de celle qui avait ravi son cœur. Mais celle qui se tenait à présent à ces côtés n'était pas celle qu'il avait connu.

Son teint avait blanchi jusqu'à devenir presque blafard. Le cœur serré, Maglor se prit à se demander depuis combien de temps le soleil n'avait pas éclairé son visage. Mais le plus marquant était sans nul doute son extrême maigreur, que l'air perdu qu'elle prenait dès lors que le mot ''passé'' était prononcé ne parvenait pas à cacher. Pourtant elle gardait la tête haute et une aura de force qu'elle ne possédait pas auparavant émanait d'elle. C'était peut-être, avec sa curiosité, la seule chose qui n'avait pas changé. Elle faisait tout pour continuer à avancer et n'hésiterait pas à le faire seule si la situation l'exigeait.

— Autre chose ?

La question surprit l'elfe qui ne réagit pas immédiatement.

— Non.

La déception qui se peignit sur le visage de l'adolescente au contraire, ne lui échappa pas.

— Il y a tant de moments qu'il est difficile d'en choisir un en particulier et de te le raconter. Je ne sais pas par où commencer.

— Pourquoi pas par le début, répliqua-t-elle sarcastiquement avant de s'éloigner.

— Ondine ! s'écria-t-il avant de se reprendre.

Le nom par lequel il l'avait d'abord connu lui avait échappé par mégarde.

— Je m'appelle Elaiano et pas Ondine ! s'écria la jeune fille avant de disparaitre entre les arbres.

L'adolescente fulminait. D'un le fëanorion lui avait fait traverser la forêt pour lui montrer un bosquet et lui dire qu'elle y avait dormi, et de deux elle n'était pas plus avancer qu'auparavant. Ne comprenait-il donc pas à quel point il était horrible de vivre sans savoir d'où l'on venait, pourquoi, et à qui faire confiance ? Apparemment pas. Encore une fois elle avait osé espéré qu'il lui en apprenne plus, mais sa confiance avait été à nouveau brisée. Peut-être qu'au fond Nínim ne lui avait pas menti sur toute la ligne. Peut-être que…

D'un grand coup de pied rageur, Elaiano avait frappé dans une souche d'arbre qu'elle croyait pourrie mais au lieu de la voir voler au loin, elle ne bougea pas d'un millimètre et ses doigts de pieds s'écrasèrent contre le bois. La douleur irradia sa jambe et la força à s'asseoir contre la souche en attendant que ses orteils acceptent à nouveau de supporter le poids de son corps. De longues minutes s'écoulèrent pendant lesquels l'adolescente se contenta d'écouter le pépiement des oiseaux que le retour du printemps éveillait. Lorsqu'enfin la jeune fille put à nouveau se lever, sa colère était retombée et elle comprit qu'elle avait fait erreur. Dans sa course désespérée pour retrouver ses souvenirs perdus elle avait oublié qu'elle ne pourrait pas le faire seule. Ainsi, elle avait attendu de Maglor qu'il lui raconte tout en un rien de temps sans même prendre le temps de lui expliquer qu'elles étaient ses attentes. Son embarras n'en était que plus compréhensible à présent, tout comme son désarroi face à la réaction qu'elle avait eu.

La jeune fille sortit de ses pensées et remarqua que ses pas l'avait guidé jusqu'à un cours d'eau qui serpentait dans les bois non loin de Caras Galadhon. Et sans nul doute qu'il traversait la cité ou passait tout aux abords de celle-ci. A quelques pas, elle trouva une berge qui descendait en pente douce jusqu'à l'eau. Un gué de fortune avait été aménagé et bloquait l'eau en amont ce qui formait un petit bassin. L'adolescente retira ses chaussures et, pieds nus, s'aventura sur le barrage ainsi créé. La température de l'eau la fit frissonner, mais elle n'abandonna pas pour autant. Elle posa un pied sur un rocher sec, puis posa l'autre sur un autre arrondi. Pas à pas, elle parvint jusqu'au centre du cours d'eau où les pierres disparaissaient momentanément sous la surface avant de reparaitre quelques mètres plus loin. Elaiano remonta son pantalon jusqu'aux genoux et s'engouffra dans le passage en retenant un cri. Passé les premiers centimètres l'eau devenait glaciale. De plus, au milieu du creux, les flots lui montaient jusqu'à mi mollet et le fort courant la faisait glisser sur les rochers couverts de mousse. L'adolescente perdit l'équilibre à plusieurs reprises, se rattrapa de justesse, ripa sur une pierre instable, et manqua de finir dans l'eau suite à la farce d'un morceau de mousse qui s'était détaché au moment où elle avait posé le pied dessus. Enfin elle parvint de l'autre côté et d'un dernier bond, elle sortit de l'eau.

Avec un soupir elle se laissa tomber sur le dos dans l'herbe sans un regard pour ses affaires qui se situaient toujours sur l'autre rive et se perdit dans la contemplation du feuillage des arbres. Il n'était pas encore très touffu, mais il était déjà conséquent pour la saison. Elle aurait juré qu'ils étaient en mai si elle n'avait pas entendu l'un des Galadhrims mentionner la date, pas plus tard que le matin même. Ils étaient en mars. Le 17 mars 3019 pour être précis. Et en ces lieux seuls des bourgeons de fleurs sur les arbres et arbustes permettaient de comprendre que les saisons s'écoulaient bel et bien.

Soudain, un craquement attira son attention et lui fit relever la tête. De l'autre côté, Maglor venait de sortir des sous-bois et venait dans sa direction. L'adolescente se redressa et reprit sa traversé du cours d'eau avec l'intention de connaitre la raison de sa venue même si elle s'en doutait.

Fut-ce un rocher qui se détacha ou une maladresse de sa part dû à sa précipitation, elle ne le sut pas. Mais elle venait tout juste d'atteindre le milieu de la rivière lorsqu'elle perdit l'équilibre et tomba. La surface liquide se rapprocha à toute allure de son visage mais ne la toucha pas. Maglor, — Comment diable avait-il fait si vite ? — s'était précipité et l'avait rattrapé in extremis. D'un geste adroit il aida l'adolescente à se redresser et à reprendre son équilibre. Puis une fois certain qu'Elaiano ne retomberait pas, il sortit de l'eau en quelques bonds de chats et reprit pied sur la berge. La jeune fille prit plus longtemps à faire de même, mais elle parvint finalement à retourner sur la terre ferme. Le cœur encore battant, elle s'assit et soupira.

— Merci.

Elle l'avait à peine soufflé mais le fëanorion l'entendit.

— Je n'allais pas te laisser tomber dans ce ruisseau, répliqua-t-il avec un sourire.

Une énième silence retomba entre eux et ils écoutèrent le chant de l'eau, le grincement des arbres, le gazouillis des oiseaux, et tout ce qui composait de près ou de loin la nature qui les environnaient.

— J'imagine que tu étais là pour une autre raison que celle de me sauver de ma propre maladresse, essaya de plaisanter l'adolescente avant de se reprendre.

La situation n'était clairement pas aux blagues, et encore moins sur ce sujet-là. Le silence de l'elfe d'ailleurs, en dit long sur son état d'esprit en cet instant.

— Je voulais… commença-t-il avant de s'interrompre comme pour choisir avec soin les termes qu'il allait employer. Je voulais m'excuser pour tout à l'heure. Je suis tout à fait conscient que tu dois vivre un moment difficile et j'en suis désolé. Sache que je ne savais vraiment pas comment aborder le sujet. I la fois tant et si peu à dire. Et…

Chaque mot qu'il prononçait semblait lui peser, comme s'il essayait vraiment de s'excuser sans pour autant savoir comment s'y prendre. La jeune fille en conclu qu'il n'avait probablement presque jamais dû le faire, et sa tentative l'attendrit et calma ses nerfs qui s'étaient à nouveau tendus lorsqu'il avait à nouveau abordé le sujet de leur discorde.

— Non c'est ma faute. Je ne t'ai même pas vraiment précisé ce que j'attendais et t'ai accusé alors que tu n'essayais que de m'aider.

Maglor ne répondit pas, mais une lueur d'espoir illumina son visage avant de disparaitre sous un masque de neutralité feinte.

— Tu avais néanmoins raison pour une chose. J'aurai dû commencer par le début au lieu de te donner des bribes d'informations.

L'adolescente baissa les yeux embarrassée.

— J'ai dit ça sur un coup de tête. Je ne le pensais pas.

— Peut-être, mais tu n'avais pas tort. Je sais que je t'ai déçu, et je compte bien me rattraper en te racontant tout du début jusqu'à la fin. Enfin, si tu acceptes de me donner une seconde chance.

Elaiano pouffa avant de se tourner vers Maglor et de perdre à nouveau son sourire. Ce dernier semblait tout à fait sérieux.

— Bien sûr. Pourquoi dirais-je non ?

Le fëanorion haussa des épaules comme s'il était totalement désintéressé mais la jeune fille ne mordit pas à l'hameçon. Il avait réellement eu peur qu'elle refuse. Sans pourtant faire de commentaire, Elaiano s'installa plus confortablement dans l'herbe et fit signe à son interlocuteur qu'elle était prête. Maglor prit une grande inspiration et se lança.

Il lui conta tout depuis leur première discussion en Barad-Dûr jusqu'aux évènements d'Erebor. Il détailla autant que possible mais sans trop préciser la dureté de leur enfermement ainsi que leur fuite miraculeuse. Il lui raconta aussi leur arrêt forcé dans un étrange village à l'extrême Nord du Rohan ainsi que la gentillesse de leurs hôtes Tidlid et Eomund. Puis il parla de la Lothlorien, du col de Caradhras, de la blessure qu'elle y avait subi, puis de leur arrivée remarquée à la vallée d'Imladris. Enfin il expliqua sa propre fuite, puis l'arrivée de Faegmôr et leur atterrissage inopiné à l'autre bout du monde, en Erebor.

— Et je t'ai déjà raconté les évènements qui ont suivi, acheva-t-il après de longues heures.

L'adolescente s'étira mais ne répondit pas encore sous le choc de tout ce qu'il venait de lui raconter.

— Je sais que ça fait beaucoup d'un coup, reprit l'elfe déçu que cela ne suffise pas à débloquer les souvenirs perdues de la jeune fille. Peut-être devrais-je te laisser.

Sans attendre la réponse de son interlocutrice bien trop occupée à assimiler toutes les informations, il se leva et commença à s'en aller.

— Maglor ? Il y a juste quelque chose qui me perturbe. Tu dis m'avoir tout dit et tout raconté mais, il y a quelque chose qui manque.

Le fëanorion se retourna sans comprendre.

— Je ne parlais pas du contenu car je suis bien incapable de le vérifier par moi-même, mais si tu m'as décrit ce qu'il s'est passé et ce que j'ai fait, tu as à peine abordé ce que tu pensais de la situation à chaque fois.

— J'ai préféré rester factuel, se justifia-t-il sans comprendre où elle voulait en venir.

— Peut-être mais… Je voulais savoir pourquoi.

— Pourquoi j'ai préféré te donner les faits ?

— Pas tout à fait. Pourquoi tenais-tu tant à me raconter tout cela ?

— Je ne… commença-t-il avant de s'interrompre en apercevant le regard désabusé d'Elaiano.

Il comprit alors qu'elle avait remarqué son insistance et en avait déduit qu'il n'était pas désintéressé.

— J'ai en effet omis de te parler de… la relation que nous avions, avoua-t-il après une brève hésitation.

— Notre relation ? D'après ce que tu m'as dit nous devions être amis ou quelque chose comme ça, non ? fit l'adolescente déroutée.

— Bien sûr mais…

— Quoi donc ?

— Je…

— Maglor ?!

— Sais-tu ce que sont des âmes-sœurs ?

— Plus ou moins, répondit-elle évasive.

— Et bien, si je t'ai cherché tout ce temps c'est parce que tu es mon âme-sœur. Que tu te nommes Ondine ou Elaiano n'y change rien. Je t'aime.


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*se cache derrière un canapé avec son ordinateur*

Oui je sais, je suis méchante !

Bon… *évite un pot de gel hydroalcoolique* A la semaine prochaine alors ! J'espère que ça vous a plu !