Chapitre 47 : Préparatifs
Résumé :
Severus se prépare pour son expédition dans la Chambre avec Dumbledore et Madame Goswami.
Thomas Mulpepper accepta gentiment de prendre en charge les cours pratiques de Potions de l'après-midi avec les quatrième année, et donc le lendemain de sa discussion avec Pompom, Severus passa l'heure après le déjeuner à se préparer pour l'expédition dans la Chambre.
Les robes à grands pans qui flottaient autour de lui étaient utiles dans un duel à la baguette, faisant de lui une cible moins définie, mais moins pratiques dans un environnement inconnu où elles pouvaient s'accrocher à des obstacles. À la place, il utiliserait comme couche extérieure son manteau – celui doublé de trois couches de soie, qui offraient une protection aussi bien contre les coupures que contre le froid. Il vérifia la semelle de ses bottes pour vérifier qu'elle n'était pas trop usée, et trouva la paire de gants de cuir fin qu'il portait parfois lors d'expéditions dans la forêt, quand il était à la recherche de dextérité, de chaleur, et de protection contre les écorces rugueuses et les épines. Après quelque considération, il sortit aussi de l'armoire la canne qu'il avait achetée quelques années plus tôt, et abandonnée au bout d'une semaine. D'habitude, il préférait avoir les deux mains libres, et ne présenter aucun signe de faiblesse. Mais d'habitude, il n'allait pas explorer un endroit inconnu les yeux bandés.
Satisfait de ses vêtements, il porta son attention sur le reste de son matériel. Poudre pour arrêter les saignements. Potion de régénération sanguine. Un rouleau neuf de bandage étirable. Philtre calmant. Potions analgésiques. Plusieurs bézoards, qui ne seraient d'aucune utilité contre le venin de Basilic, mais pourraient aider en cas de pièges empoisonnés. Sa précieuse fiole de larmes de phénix, offerte par Fumseck quelques années plus tôt. Si quelque chose d'autre fonctionnait, il n'y toucherait pas – mais si besoin, cela pourrait permettre d'éviter un désastre. Goutte du Mort Vivant, qui pouvait ralentir au point extrême la plupart des maladies et empoisonnements, jusqu'à ce qu'un traitement adapté puisse être donné. Il vérifia l'étiquette de chaque fiole et pot, puis les rangea dans une petite trousse de cuir molletonnée, qu'il glissa dans la poche élargie à la hanche droite de son manteau.
Il se tourna ensuite vers les potions et plantes qui pourraient aider avant une blessure. Madame Goswami avait indiqué que les Basilics étaient de bons nageurs ; il sortit deux boules de branchiflore. Plusieurs fioles de poudre d'obscurité instantanée du Pérou, au cas où un des bandeaux qu'ils porteraient sur les yeux glissait. Une bouteille de potion d'enflure dont il avait interrompu la préparation, et une autre de philtre dégonflant dans le même état – combinés, ils pouvaient dissoudre la pierre. Un couteau à lame double, glissé dans un fourreau sanglé à son avant-bras gauche. Solution de force et philtre revigorant – tous les deux pouvaient être très utiles, mais mieux valait les prendre si c'était nécessaire plutôt que les boire à l'avance et risquer des interactions avec les autres potions dont il pouvait avoir besoin. Cependant, il avala une dose de potion fortifiante et une d'infusion d'ouïe de chauve-souris. L'endurance serait utile quelle que soit la situation, et s'il devait avancer les yeux bandés, une ouïe supérieure pourrait aider.
Bien sûr, pensa-t-il quand l'infusion d'ouïe de chauve-souris commença à agir, l'inconvénient de cette potion était le même que l'avantage : une sensibilité au bruit. Il pouvait entendre le grognement des canalisations comme s'il avait l'oreille plaquée contre le mur. Il pouvait entendre la conversation des portraits dans le couloir. Quand il remuait, il pouvait entendre les froissements et craquements de ses vêtements. Prudemment, il s'assit et attendit que les bruits soient plus supportables. Quand il se serait habitué, il pourrait y aller.
- Que savez-vous à propos des Basilics ? » leur demanda Madame Goswami à tous les deux. Dumbledore était assis d'un air princier dans son fauteuil derrière son bureau, mais cela ne faisait aucune différence ; il ne faisait aucun doute que la magizoologiste était en plein contrôle de la situation.
Dumbledore ne répondit pas, donc Severus se dévoua. « Des serpents géants, dotés de crocs empoisonnés et d'un regard mortel, nés d'un œuf de poule couvé par un crapaud, » rapporta-t-il. « Ils sont censés pouvoir vivre plusieurs centaines d'années, mais vous avez dit hier… ? »
Madame Goswami soupira. « Cela devient plus clair, » dit-elle d'un air fatigué. « Il y a une différence, messieurs, entre un Basilic naturel et un Basilic créé. Les ingrédients de base, un œuf de poule et un crapaud peuvent, avec les sorts et le processus adapté, mener à l'éclosion d'un serpent avec des crocs venimeux, un regard mortel, et la capacité d'atteindre une taille gigantesque, le tout avec une espérance de vie de plusieurs siècles. Cependant, c'est une imitation d'une espèce bien plus ancienne et qui possède un comportement, pour être franche, bien plus raisonnable. Si nous avions affaire à un Basilic créé, la seule approche éthique serait de l'abattre. »
Ça, songea Severus, c'était une information totalement nouvelle. Mais bon, aucun Basilic n'avait été vu en Grande-Bretagne depuis des siècles, et cela n'avait probablement jamais été leur habitat naturel. « Vous ne pensez pas que ce soit le cas ? »
Madame Goswami sourit. « Non, » dit-elle. « Il est absolument certain que c'est un Basilic naturel. Plusieurs facteurs m'ont permis de conclure cela, mais le plus important est l'utilisation des canalisations pour se déplacer. Seul un Basilic naturel possède la magie nécessaire pour changer de taille. »
- Si c'est un Basilic naturel, comme vous dites, comment a-t-il pu pénétrer le château ? » demanda Albus, le regard vif et inquisiteur, même si le reste de sa personne était aussi calme que d'habitude.
Madame Goswami écarta les mains en un geste d'impuissance. « Je ne suis pas sûre, » reconnut-elle. « En l'absence de mâles, les femelles peuvent se reproduire, mais dans un tel environnement un seul serpenteau pourrait survivre, et généralement sans sa mère. Donc le scénario le plus probable est que quelqu'un – peut-être cet homme 'Serpentard' – a introduit un Basilic naturel ici en l'apportant depuis un des endroits où ils vivent, et après une dizaine de générations, la lignée ne s'est pas éteinte. »
L'idée de plusieurs Basilics dans le château était… effrayante. « À quoi pouvons-nous nous attendre ? » demanda Severus.
Madame Goswami déroula un morceau de parchemin sur le bureau, révélant le croquis d'une grande pièce meublée de piliers s'alignant contre les murs, avec tout au fond une statue trônant sur une estrade. « Mademoiselle Weasley s'est montrée d'une grande aide, » dit-elle. « Bien sûr, c'est quand elle a retrouvé ses souvenirs que nous avons appris l'existence du Basilic, mais elle a pu me dire encore davantage. D'après mes discussions avec elle et les explorations qu'Abhay et moi-même avons menées dans le château, j'ai pu déterminer ceci : la Chambre devrait être accessible au moyen du Fourchelang ; le Basilic réside au moins partiellement dans la Chambre ; et le Basilic n'est pas naturellement agressif envers les humains. »
Elle plongea la main dans la besace qu'elle portait et en sortit deux bandeaux de tissu, une fiole de cristal, et une étrange paire d'épaisses lunettes avec un objet étrange accroché entre les verres. « Même si le Basilic n'est pas agressif, il a de bonnes raisons de se méfier des humains, et il est préférable de prendre des précautions, » dit-elle. « Abhay a l'habitude de me guider lorsque je me déplace les yeux bandés dans ce genre de situation. Il est pratique d'avoir quelqu'un qui peut voir – Directeur, je vous propose d'être cette personne. Ces lunettes vont vous permettre de tout voir à travers des miroirs, ce qui vous permettra d'être, au pire, pétrifié si quelque chose tourne mal, ce que je peux, bien sûr, annuler. »
Dumbledore ramassa les lunettes, les tournant entre ses doigts et les examinant. « Ah, » dit-il. « Un peu comme un télescope. Ingénieux. » Il hocha la tête, et les reposa sur le bureau. « Et vous proposez que Severus ait les yeux bandés, comme vous-même ? »
- Je ne sais pas si quoi que ce soit là-bas est lié à la lignée des Serpentard, » expliqua Madame Goswami. « Mlle Weasley a pu y pénétrer, donc s'il y a quelque chose, ce n'est pas lié au sang, même si l'esprit qui la possédait pouvait exiger une sorte de créance. Il est possible que ce soit connecté à son usage du Fourchelang. » Elle tendit la fiole à Severus. « Cette potion va vous permettre de comprendre et d'utiliser le Fourchelang pour les prochaines quatre à six heures. En addition à votre rôle dans l'école, cela devrait être suffisant pour satisfaire la plupart des exigences qui ne soient pas basées sur le sang. »
Severus prit la fiole avec recueillement, observant la potion. Elle était opaque, d'un orange terne, et assez épaisse. Quand il ouvrit la fiole et renifla, il put détecter l'usage d'un composant du sang, même si l'odeur de gingembre était plus forte. Par courtoisie professionnelle, il s'arrêta là ; c'était sans aucun doute une potion sous brevet. « Existe-t-il une interaction avec d'autres potions ? » vérifia-t-il.
Madame Goswami l'observait d'un œil attentif. « Aucune de celles auxquelles vous avez accès, » dit-elle.
Severus hocha la tête, et versa le contenu de la fiole dans sa bouche. C'était, comme la plupart des potions, une expérience assez répugnante.
- Un bonbon au citron ? » proposa Albus d'un air sympathique, et pour une fois, Severus accepta.
Madame Goswami lui reprit la fiole avec un air tout aussi sympathique et la glissa dans sa sacoche. « Abhay, » murmura-t-elle, et quand elle posa à nouveau la main sur ses genoux, le serpent était enroulé autour de son poignet, sa langue butinant les motifs sombres peints sur ses mains. « Si nous testions la potion, Professeur ? »
Severus baissa les yeux sur le serpent et serra les dents. « Je pense que ce serait sage. »
- Vous devriez constater que le langage se traduit de lui-même, » dit-elle, et c'était seulement parce qu'il faisait très attention qu'il put percevoir la nuance de magie dans ses mots. Le mouvement de ses lèvres ne correspondait pas – à son oreille elle semblait parler anglais. « Cela peut prendre un peu de temps pour déterminer quel langage vous êtes en train de parler. »
Intensément conscient de sa bouche et de sa gorge, Severus essaya de répondre. « Je » – non, pas le bon langage – il baissa les yeux sur Abhay. « Je vois. »
Abhay fit trembler sa langue. « On peut y aller, alors ? Plus vite on y va, plus vite je serai au chaud à nouveau. »
Severus cligna des yeux. « Ah – oui, » dit-il. « Oui. Je suis prêt à partir. »
- Remarquable, » commenta Albus, et Severus leva les yeux pour trouver le directeur (et plusieurs des portraits derrière lui) le regarder avec attention. « Je me demande depuis combien de temps nous n'avons pas eu un Directeur de Serpentard capable de parler le fourchelang. »
- 1732, » répondit un des portraits. Severus n'avait pas vu lequel, et Albus ne répondit pas, même si Madame Goswami avait pris un air curieux. Est-ce que cela avait été en fourchelang ? Avec cet indice, il fut capable d'identifier celui qui avait parlé, un directeur de Serpentard du quinzième siècle, Nantier Gaunt. « Regardez bien autour de vous, Directeur de ma Maison. »
Encore une fois, Albus ne répondit pas. « J'imagine que ce serait difficile à vérifier, » commenta Severus, pour meubler le trou dans la conversation. « Ce n'est pas vraiment quelque chose qui soit consigné dans les archives. »
Madame Goswami ne le contredit pas, heureusement. Au lieu de cela, elle se leva, prenant les bandeaux et en passant un à Severus. « Je pense que nous ferions mieux de porter ces accessoires après avoir fait le trajet, » dit-elle. « Directeur, voulez-vous bien mener la voie ? Votre château est un véritable labyrinthe. »
Albus sourit, ses yeux pétillant, et hocha la tête d'un air princier. « Bien sûr, Madame, » dit-il. « Avec plaisir. »
À suivre…
Notes de l'autrice :
Dans mon plan, ce chapitre s'appelait 'un paquet d'infos à propos du Basilic'.
La parthénogenèse – quand une femelle se reproduit sans la participation d'un mâle – existe vraiment chez les reptiles. Jetez un œil aux dragons de Komodo !
La reproduction suicidaire – quand le parent ne survit pas au processus de reproduction – est également authentique, et se produit généralement quand il y a soit a) un nombre ÉNORME de petits à la fois, ou b) quand l'environnement est vraiment merdique. Ici c'est la situation b.
