Bonjour !

On se retrouve pour le nouveau chapitre qui est lui aussi un joli pavé ! Et d'ailleurs il arrive en avance car je n'aurai pas le temps de le publier ce weekend, donc voilà.

Bon je n'ai rien à dire mis à part le fait que je suis fière de la référence du titre (je n'ai jamais vu ce film d'ailleurs). Et c'est tout à fait vrai, je suis dans mon mood titre à référence en ce moment.

Bref... Bonne lecture !

0o0o0o0

La couleur des sentiments —

0o0o0o0

Elaiano était seule à l'orée d'une forêt. C'était la nuit et la lune était réduite à un mince croissant à peine visible derrière les nuages noirs qui s'amoncelaient dans le ciel. Derrière la jeune fille une plaine interminable et battue par les vents s'étendait, et devant elle se dressait une immense forêt dont la cime des arbres était si haute que les branches les plus élevées paraissaient côtoyer les nuages. Un souffle froid exhala du bois et hérissa l'échine de l'adolescente. Quelque chose de sombre était tapi à l'affut sous le couvert des arbres et l'observait. Elle le sentait et se refusait d'entrer dans la forêt. Pourtant c'était là la direction qu'elle devait prendre. Comment était-elle arrivée là ? Pourquoi ? Elaiano n'en savait rien, mais elle avait l'intime conviction qu'elle devait traverser la forêt et non pas partir vers la plaine. La jeune fille se tourna une dernière fois vers la lande ventée et fini par se résigner. Elle n'avait pas le choix. A cet instant, le craquement d'une branche derrière elle la fit se retourner et elle vit la silhouette de Faegmôr se jeter sur elle, un long poignard effilé à la main. L'adolescente hurla de terreur et s'éveilla en sursaut.

Il lui fallut un instant pour comprendre qu'elle était à Caras Galadhon et qu'il ne s'agissait que d'un cauchemar. Le même que celui qu'elle faisait chaque nuit depuis qu'elle avait fui le Maia. Le même rêve qui l'éveillait en sursaut et la laissait tremblante. Pourtant cette fois elle avait juste eu peur lorsque Nínim avait surgit, rien de plus. La jeune fille voulu se relever mais à peine se fut elle assise qu'un horrible mal de tête la prit et elle poussa un petit gémissement de douleur. Un bruissement se fit entendre et Maglor apparu dans son champs de vision. Il vint se mettre au niveau d'Elaiano, écarta doucement les mains de celle-ci et posa ses doigts sur les tempes de l'adolescente. Le contact avec la peau froide de l'elfe apaisa presque aussitôt la douleur et lorsque Maglor retira ses mains, ce n'était plus qu'une sensation désagréable à peine perceptible.

— Merci, murmura-t-elle avant de relever la tête et de porter attention à l'endroit où elle se trouvait.

Elle n'était pas dans un talan et elle n'était pas assise sur son lit. Il s'agissait plutôt de l'intérieur d'un énorme tronc d'arbre aménagé pour accueillir une personne voire même deux. Il n'y avait aucune décoration superflue et seul un drap blanc fermait l'accès au lieu. Face au regard surpris et interrogateur d'Elaiano qui se demandait où elle se trouvait, Maglor se décida à lui expliquer même si l'embarras qui le prenait était évident.

— C'est ici que je séjourne depuis mon arrivée en Lothlorien. Après notre ''discussion'' d'hier soir, tu as dormi ici.

— Je ne m'en rappelle pas.

— Tu n'étais pas consciente. Après que… Le fëanorion marqua un temps comme s'il cherchait ses mots. Juste avant que je ne parte, tu t'es soudain effondrée. Nous étions plus proche d'ici que de ta chambre donc je t'ai porté jusqu'ici, finit-il par dire.

Ce n'était pas tout à fait la vérité, mais l'essentiel était là. L'elfe n'eut pas à donner plus de détails car la rougeur qui s'étendait sur les joues de son interlocutrice signifiait qu'elle avait parfaitement compris ce à quoi il faisait allusion.

— Je me rappelle simplement avoir eu tout d'un coup très mal de tête, et après… plus rien. Je ne sais même pas pourquoi ça a fait… commença-t-elle avant de s'interrompre et de poser sa main sur sa bouche pour étouffer un cri. Non… C'est pas possible.

Elle ferma les yeux un instant, les rouvrit, les referma avec l'apparente difficulté à accepter quelque chose. Ses yeux s'embuèrent sous le coup d'une émotion aussi violente qu'imprévue, de la joie. L'adolescente se tourna enfin vers Maglor qui la regardait perplexe, et dans un geste presque enfantin, elle enroula ses bras autour de son cou et posa sa tête sur son épaule pour pleurer.

— Maglor… je suis désolée pour tout. Je ne me rappelais pas.

A cette dernière phrase, l'elfe comprit ce qui venait de se passer. Il prit la jeune fille dans sa bras avec tendresse et posa une main réconfortante sur son épaule. Il ne savait que dire tant c'était inespéré ni même n'osait y croire.

— Tu te souviens ? finit-il par oser demander.

— De tout.

La réponse à peine murmurée eut l'effet d'un coup de tonnerre dans le cœur de Maglor. Elle se rappelait. Le sceau de Faegmôr s'était brisé et avec lui la dernière emprise qu'il avait sur l'esprit de la jeune fille. Mais le contrecoup allait être dur à accepter pour l'adolescente car à présent qu'elle savait, les atrocités que lui avait fait commettre le Maia n'en seraient que plus difficiles à porter. A commencer par la bataille aux frontières de la Lorien quelques jours plus tôt. Et même s'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'était précisément passé pendant tout ce temps, il n'y avait aucun doute sur le fait que cette bataille n'était pas la seule chose qu'elle ait faite pour le compte de Faegmôr.

Maglor s'aperçu alors qu'Elaiano avait cessé de pleurer et qu'elle s'était écartée de lui soudain affairée.

— Que fais-tu ? lui demanda-t-il lorsqu'il la vit s'emparer d'un petit sac de voyage et commencer à fourrer des affaires dedans.

— Je pars. Je ne peux pas rester, pas après ce que j'ai fait.

— Bien sûr que si tu peux.

— J'ai tué Maglor ! J'ai tué des personnes qui ne m'avaient rien fait ! Je ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé. Comment pourrais-je regarder ne serait-ce que l'un d'eux dans les yeux sans me rappeler que j'ai pu tuer un de ses amis, un membre de sa famille ? Je ne pourrais pas.

— Pourquoi maintenant ? répliqua calmement le fëanorion.

Elaiano se figea le regarda comme s'il était fou et que la réponse était évidente, puis elle reprit ses vas et vient.

— Tu savais pertinemment ce que tu avais fait avant que le sceau ne lâche, d'où ma question. Pourquoi partir maintenant ?

— Parce que je n'étais pas certaine avant.

— De quoi ?

— De tout ! Et de rien ! Je ne savais pas si je pouvais te faire confiance, si je pouvais rester, si je… C'est déjà difficile de savoir que quelqu'un s'est amusé à me manipuler, alors regarder dans les yeux une personne en sachant pertinemment que j'ai tué l'un de ses semblables. Je ne peux pas.

— Bien sûr que si tu peux. Je sais ce que c'est.

— Non tu ne sais pas ! Arrêtes de te comporter comme si tout était facile et qu'il suffisait de l'ignorer ! Tu n'es pas à ma place !

— Tu te trompes. Je sais ce que c'est de devoir regarder dans les yeux une personne en sachant pertinemment avoir tué un de ses proches. Ça fait plusieurs milliers d'années que je vis ça à chaque fois que je croise l'un des nôtres. Ne crois pas être la seule à endurer ça.

La jeune fille se figea et se tourna vers l'elfe.

— Sais-tu pourquoi tu dors dans un talan et moi dans un tronc d'arbre à l'écart des habitations principales ? La réponse est simple. Certes tu as tué. Mais ce qui comptes à leur yeux au-delà de l'action elle-même, c'est la volonté que tu y as mise. Dans ton cas c'est Faegmôr qui t'as manipulé, ce n'est un secret pour personne en Caras Galadhon. Alors comment en vouloir à une personne qui ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait. De plus tu es la fille des protecteurs de ces bois, ils te considèrent comme l'une des leurs. Mais ce n'est pas pareil pour moi. Je te l'ai déjà dit et on te l'a déjà raconté. Tu sais ce que j'ai fait à Aqualondë, en Doriath, au Sirion…

— Les massacres fratricides…

— Oui. C'est là toute la différence entre ta situation et la mienne. Tu ne savais pas ce qu'il se passait alors que je savais pertinemment ce que j'étais en train de faire. Il ne se passe plus un jour sans que je regrette mes actions passées, sans que je regrette d'avoir tué tous ces innocents. Des personnes que je ne connaissais pas. Des soldats, des pères, des mères… Et crois-moi, les rares survivants en ont parlé autour d'eux. Ils ne m'ont pas pardonné et j'en aurais fait de même à leur place. Alors ne crois pas un seul instant que je ne sais pas ce qui t'arrives et que je comprends pas ta situation. Au contraire, je dois être celui qui est le plus à même de savoir ce que tu traverses.

Maglor marqua un temps comme pour laisser ses paroles atteindre leur but.

— Alors maintenant, poses ce sac et cesses de te sentir coupable. Ce qui est fait est fait, tu ne peux pas le changer. Acceptes-le et tournes la page. Tu as toute la vie devant toi. Ne la détruit pas avec des remords infondés.

Tout en parlant, il s'était relevé et s'était approché de la jeune fille pour lui prendre avec délicatesse le sac des mains. Elle ne l'empêcha pas lorsque le tissus quitta sa main, et elle ne se déroba pas lorsque Maglor la prit dans ses bras.

— Je ne veux pas te perdre à nouveau. Je ne pourrais supporter de te voir disparaitre une seconde fois. Alors je t'en prie, ne part pas.

Elaiano mit un certain à répondre, mais lorsqu'elle le fit toute trace de colère avait déserté sa voix.

— Comment faire pour tourner la page ?

Un sourire narquois se dessina sur les lèvres du fëanorion. Il prit la main de l'adolescente dans la sienne et sortit de l'abris sans lui donner d'explications. Intriguée, la jeune fille ne dit rien et le laissa la guider entre les arbres. Elle reconnut rapidement le lieu lorsqu'elle entendit, puis vit la rivière. Il s'agissait de l'endroit où Maglor lui avait raconté ce qu'il savait de son passé. En arrivant, Elaiano nota que rien n'avait changé malgré la pluie torrentielle récente. Ou presque. Le gué qui permettait de traverser le ruisseau et dont la présence formait une vasque profonde était presque entièrement recouvert, le niveau de l'eau ayant considérablement augmenté.

Sans expliquer quoi que ce soit, l'elfe retira ses chaussures et s'aventura avec une agilité déconcertante sur les premières pierres glissantes du gué. La jeune fille fit de même et le rejoignit avec plus de prudence. Ils avancèrent ainsi sur le pont submergé, l'eau froide leur glaçant les pieds, jusqu'à atteindre ce qui devait être le milieu de la rivière. A cet endroit, le courant fort avait retiré toute la mousse des pierres, mais l'eau courrait si vite entre le pierres qu'Elaiano avait des difficultés à ne pas tomber. Seul Maglor ne semblait pas gêné le moins du monde, son air amusé plaqué sur ses lèvres.

— Que comptes-tu faire ?

— Te changer les idées, répliqua-t-il avec un grand sourire avant de la pousser sans ménagement dans le bassin.

La jeune fille tomba dans l'eau du bassin et disparu un instant sous la surface. Lorsqu'elle reparu, elle s'écria :

— Mais qu'est-ce qui t'as pris ?!

Son interlocuteur se contenta de lui offrir un sourire innocent mais aida tout de même l'adolescente trempée à remonter sur le gué de pierres. Une fois stabilisée, ce fut une jeune fille dégoulinante qui se tint face à l'elfe. Et sans ménagement elle le poussa à son tour dans l'eau. Mais le fëanorion avait sans doute vu venir le coup car il attrapa Elaiano et ils chutèrent tous deux dans l'eau. A nouveau, celle-ci se redressa.

— Espèce d'idiot ! s'écria-t-elle à moitié hilare lorsque ce dernier apparu en surface, ses cheveux trempés plaqués contre son crâne et son dos.

Il se tenait debout et l'eau lui atteignait à peine les épaules, alors que la jeune fille devait presque nager pour éviter que l'eau qui clapotait sous son menton ne lui entre dans la bouche. En quelques courtes brasses, l'adolescente quitta la zone de courant et se plaça sur un rocher surélevé pour avoir pied. Puis d'un geste précis, elle envoya une gerbe d'eau sur celui qui avait osé la pousser à l'eau. Maglor reçu la vague en pleine figure et ne se fit pas prier pour rendre la pareille à Elaiano qui se prit à son tour un déluge d'eau froide qui la fit glapir.

— Tu vas me le payer ! s'écria-t-elle avant de se jeter sur l'elfe et de disparaitre avec lui à nouveau sous la surface de l'eau.

Cette fois ce fut Maglor qui sortit la tête de l'eau en premier presque immédiatement suivi par l'adolescente qui l'aspergea d'eau en riant avant de boire la tasse.

Ils se débattirent pendant encore plusieurs minutes dans l'eau de la rivière avant de se hisser sur la berge, trempés, frigorifiés, mais heureux. La jeune fille était prise d'un fou rire incontrôlable et un sourire ornait les lèvres du fëanorion. Allongés sur le dos dans l'herbe rendue chaude par le soleil et les bras écartés, ils laissèrent la douceur de l'air les sécher. Peu à peu, l'adolescente se calma et les bruits de la forêt se firent à nouveau entendre. Ils se laissèrent bercer par le murmure de l'eau et le pépiement d'un oiseau perché sur une branche. Mais aucun d'eux ne prêta attention au grincement mélancolique des arbres et à la douleur que transportait le vent. Elaiano fini par tendre un bras vers Maglor et celui-ci fit de même. Leurs doigts s'effleurèrent puis s'entremêlèrent avant de se joindre avec fermeté. L'elfe attira la jeune fille vers lui et ils se tinrent collés l'un à l'autre, l'adolescente lui tournant espièglement le dos. Puis elle se retourna et déposa un baiser sur ses lèvres avant d'attraper une mèche de cheveux du fëanorion et de l'entortiller autour de ses doigts.

— Tu sais que tu es mouillé ?

— Et toi donc ? objecta-t-il amusé.

— Cela vous gênerait-il, Monsieur ? répliqua-t-elle en se redressant comme blessée par ses paroles, mais son sourire démentait son ton soudain très protocolaire.

Maglor fit de même et l'observa avant de répondre avec autant de dignité que le pouvait sa position allongée et ses vêtements trempés.

— Pas le moins de monde, ma Dame.

— Ai-je vraiment l'âge pour mériter le titre de ''madame'', Maglor ? riposta-t-elle sans comprendre le sens des paroles de l'elfe.

Mais comme de nombreuses fois auparavant, l'elfe se contenta de lui rendre un sourire voulu mystérieux.

— Tu sais que je déteste qu'on me fasse des cachotteries. Et je ne suis pas si vieille quand même !

— Quel âges as-tu ?

— Aucune idée, fit-elle après un temps de silence. Le temps ne s'écoule pas de la même façon ici et sur Terre. Et avec mes allers-retours incessants… je n'en sais rien.

— Tu as donc passé beaucoup de temps sur Terre ?

Une lueur de tristesse passa dans les yeux de l'adolescente à la mention de sa disparition de la Terre-du-Milieu pendant près de soixante ans.

— Ça n'a été que quelques mois pour moi. Six, peut-être sept… je ne sais plus. J'avais complètement oublié l'existence de ce monde. Ce n'est que très tard qu'il m'en a parlé. Et encore, il s'est arrangé pour y mettre un filtre et sa propre vision des choses. Je n'en reviens toujours pas qu'il m'ait menti pendant aussi longtemps.

La voix de la jeune fille se brisa. C'était une des premières fois qu'elle parlait de ce qui lui était arrivé et la douleur liée à la trahison de Nínim était encore bien vivace et n'avait pas eu le temps de cicatriser.

— En soi il n'a jamais été méchant envers moi. Sauf lors de nos entrainements. Il était absolument intraitable à ce sujet. Mais pourtant, plus j'y pense et plus je me dis que tout ce qu'il a fait avait un intérêt et une place dans ses plans.

— Ses plans ?

— Là aussi il ne m'a rien dit. Mais le peu que j'ai compris, est qu'il n'aide Sauron que pour la puissance de son armée car elle peut servir ses propres ambitions.

—Je serai prêt à parier que Faegmôr souhaite diriger lui-même la Terre-du-Milieu. Nul doute qu'il trahira Sauron lorsque le temps sera venu. Mais pour cela il devra choisir le bon moment. Et c'est là qu'il peut se tromper.

— Je n'en suis pas certaine, répliqua l'adolescente pensive après s'être dégagée avec douceur de l'étreinte de Maglor et s'être assise face à l'eau.

L'elfe s'assit à son tour et lui décocha un regard interrogateur.

— Après que tu m'ais parlé à Dol Guldur, je suis retournée sur Terre dans un chalet où nous avons séjourné pendant un long moment. C'est là que j'ai découvert la preuve qu'il me manipulait depuis le début mais aussi…

A nouveau sa voix faiblit et il lui fallut un sursaut de volonté pour continuer son récit.

— Il y avait aussi des livres. Des romans pour enfant qui n'existent que sur Terre et qui racontent l'histoire de la Terre-du-Milieu. Je n'ai pas eu le temps de vérifier mais c'est fort probable que des évènements futurs y soient inscrits.

Elaiano marqua un temps pour laisser Maglor assimiler cette information avant de reprendre.

— Je pourrais y faire un tour rapidement et nous pourrions avoir une longueur d'avance sur lui ou savoir ce qu'il prépare.

— Non ! s'écria Maglor avant de se reprendre plus calme. C'est beaucoup trop dangereux, il pourrait t'y attendre.

— Mais cela vaudrait le coup non ?!

— Non ! Connaitre l'avenir est bien trop risqué, crois-moi ! Et, Faegmôr doit s'attendre à te voir débarquer pour récupérer ces livres, alors soit il t'y attendra, soit il les a déjà déplacés. Il a même probablement fait les deux.

— Tu penses qu'il sait que j'ai retrouvé mes souvenirs ?

— Je n'en ait aucune idée, mais réfléchit un instant. Avec le temps, il doit pertinemment savoir qu'elle serait ta première réaction si son sceau se brisait. Il n'en ait sûrement pas certain. Ne lui offre pas la preuve sur un plateau en te mettant inutilement en danger.

— Ces livres ne faisaient pas partis des souvenirs que j'avais perdu !

— Non, mais ce n'est pas la seule chose sur Terre que tu serais tentée d'aller voir.

— Qu'est-ce que tu veux… Elisa !

Le cri lui avait échappé lorsque le visage de celle qui l'avait élevée s'était imposé à son esprit.

— Je ne peux pas la laisser là-bas ! Il va la tuer !

L'adolescente voulu se lever mais le fëanorion avait anticipé le coup et l'obligea à rester assise.

— C'est exactement le genre de réactions à ne pas avoir ! s'énerva-t-il. Je ne peux pas pénétrer tes pensées mais j'ai pu deviner ce que tu allais faire ! Alors ne doute pas un instant qu'il comprendra immédiatement que son sceau s'est brisé si tu te précipites au secours d'Elisa. Aussi longtemps que Faegmôr croira que tu ne te rappelle rien, il n'osera pas lui faire de mal car tu ne te souvenais même pas d'elle, je me trompe ?

— Non, avoua Elaiano penaude en comprenant l'erreur qu'elle avait failli commettre.

Maglor s'adoucit et enserra les mains de la jeune fille dans les siennes.

— Si tu veux que nous aillons la moindre chance face à lui, il ne va pas falloir agir sans réfléchir. Si ce que tu dis est vrai et qu'il connait une partie du futur de la Terre-du-Milieu, alors nous devons nous préparer au pire et non nous jeter dans la gueule du loup.

— Tu me demande d'abandonner Elisa à son sort ?

— Non. Il faut que Faegmôr continu à croire que tes souvenirs ne sont pas revenus.

— Je ne devrais pas être là avec toi alors mais plutôt en train de garder mes distances, non ?

— Nous sommes en sécurité ici. Je ne pense pas qu'il puisse t'atteindre ici. Et si c'est le cas, ce sera uniquement dans tes rêves.

— Je ne veux pas qu'il fasse comme à Erebor. Si j'ai réussi à faire un compromis la dernière fois, ce sera impossible cette fois.

Le fëanorion grimaça. Elle ne lui avait jamais avoué avoir fait un compromis avec Faegmôr mais Maglor se doutait évidemment de la teneur de ce dernier. Le soudain éveil d'Elaiano après des jours à dépérir assailli par les rêves que lui imposait le Maia ainsi que son empressement à se rendre sur Terre pour sauver Elisa n'étaient pas sans lien. Et même si l'adolescente ne le lui avait pas dit, il avait rapidement compris qu'elle avait passé un marché.

— Je suis désolée, fit Elaiano en apercevant la réaction de l'elfe. Il m'avait fait promettre de ne rien vous dire à toi et Glorfindel sinon il aurait tué Elisa.

— Je comprends.

Un silence désagréable tomba entre eux et toute trace de gaieté disparu définitivement de leur visage, chacun se morfondant sur ce qu'il aurait pu faire ou éviter. De longues minutes passèrent avant que la jeune fille, n'y tenant plus, ne se relève.

— Bon. Je n'ai pas envie de laisser ce fichu Maia pourrir ma journée. Tu as une idée d'activité ?

La remarque que l'adolescente avait lâché sans trop réfléchir fit sourire Maglor. Il y avait bien quelque chose d'autre que ses souvenirs qui était revenu. Si la jeune fille était capable de se morfondre pendant des jours ou réagir de façon complètement impulsive juste à cause d'une émotion un peu trop forte, elle possédait une force unique que beaucoup auraient voulu posséder. Si elle le souhaitait, elle arrivait sans difficulté à mettre ses soucis de côté et à se concentrer sur quelque chose de plus amusant. L'elfe l'avait déjà remarqué lors de leur séjour dans les cachots de Barad-Dûr. Malgré la dureté de leur emprisonnement et le caractère désolant et insalubre des lieux, l'adolescente avait souvent réussi à apporter une touche de gaieté à l'ambiance lugubre qui planait en permanence.

Elle était si jeune et était déjà passée au travers de tant d'épreuves. Et même si chacune d'elle avait laissé une trace indélébile, la jeune fille parvenait toujours d'une manière ou d'une autre à surmonter cet obstacle et à continuer à avancer malgré tout. Elle ne le savait sûrement pas, mais sa volonté était d'une force rare que même Faegmôr n'avait pas pu écraser. Sa curiosité et son envie irrépressible de comprendre le monde qui l'entourait avait empêché le Maia d'en faire complètement sa marionnette même sans ses souvenirs. Et c'était sûrement cette même volonté qui lui avait fait douter des intentions de Nínim et qui l'avait poussée à en avoir le cœur net. Ce n'était ni lui, ni ses propositions qui en étaient à l'origine. Maglor le savait et d'une certaine façon, cela le réconfortait. Faegmôr pouvait bien venir, ils seraient tous deux là pour l'accueillir une arme au poing. Même Elaiano finirait par le faire, cela pouvait se sentir dans le ton qu'elle employait dès que le nom du Maia était prononcé. Sa colère couvait, et mieux valait ne pas se trouver en travers de la route de la jeune fille lorsqu'elle éclaterait. L'elfe s'arracha enfin à ses pensées et aperçu l'air amusé de l'adolescente qui semblait avoir remarqué son moment d'absence. Cela était d'autant plus évident qu'elle avait remis ses chaussures et qu'il était lui-même encore pied nus.

— Un tour en forêt ? proposa-t-il à court d'idée.

— Pourquoi pas. Je suis sûre que tu ne me rattraperas pas.

Et sur un sourire goguenard, elle s'enfuit en courant et disparu dans les fourrés qui bordaient le lit de la rivière. Un éclat de rire déjà lointain parvint aux oreilles de l'elfe lorsqu'une fois ses chaussures remises il s'engouffra dans les bois. Elle s'était décidée à jouer avec lui, mais elle ne savait pas à qui elle avait affaire. Un sourire se dessina sur les lèvres du fëanorion lorsqu'il aperçu des traces de pas presque invisibles dans la mousse de la forêt. Elaiano serait bien plus simple à trouver qu'elle ne le pensait. Maglor se lança alors à son tour sur la piste laissé par l'adolescente et disparu à son tour entre les troncs.

Bien au-dessus de leurs têtes, une personne se tenait sur l'une des balustrades les plus excentrées de Caras Galadhon. Lorsqu'elle les vit disparaitre dans les sous-bois, Galadriel ferma les yeux un instant avant de les rouvrir. Voilà bien longtemps qu'elle avait vu cette scène dans son miroir. Elle espérait simplement que toutes ne se vérifieraient pas et qu'aucun des deux ne meurt dans les batailles qui ne tarderaient pas à se profiler devant eux. Quelque chose d'important se jouait et le cours de la guerre pouvait basculer à tout instant. Chaque jour le porteur de l'anneau se rapprochait de la Montagne du Destin, et même si Elaiano l'ignorait il n'y avait plus aucun doute que la réussite ou non de la quête de l'Anneau serait décisif pour l'avenir de tous.


0o0o0o0


Petit rappel pour les personnes perdues : comme précisé il y a quelques chapitres, nous sommes le 20 mars 3019 du Troisième Age ce qui veut dire que nous sommes en pleine Guerre de l'Anneau. Pour les vraiment perdus... Nous sommes pendant les évènements du Seigneur des Anneaux et la Bataille des champs du Pelennor (Minas Tirith) est terminée depuis presque une semaine ! L'Anneau mentionné est l'Anneau Unique ou Anneau de Pouvoir appartenant à Sauron qu'il a "perdu" et qu'il cherche à récupérer. Petit rappel que nous avons deux hobbits actuellement en Mordor en train de crever de soif pour aller jeter cet anneau dans un volcan, seule possibilité pour le détruire. Bon... J'espère que ces petites explications étaient inutiles car sinon je ne sais pas ce que vous avez pu comprendre de l'histoire jusqu'à présent mais bref...

J'ai cette fois essayé de ne pas terminer mon chapitre comme les précédents et d'éviter de vous lâcher sur une fin sadique. C'était prévu initialement mais je me suis un peu plus étalée que prévu donc j'ai coupé plus tôt.

Voilà, j'espère que vous avez aimé... A la semaine prochaine ! Et bonnes vacances à ceux et celles qui partent en vacances ! (C'est bizarre de marquer ça car là on est le 5 octobre et les vacances c'est dans deux semaines pour moi...)