Bonjour ! (ou bonsoir en fait là)

J'espère que vous allez bien et je suis désolée pour le retard, je n'avais pas d'Internet ! Aujourd'hui, mièvrerie et eau de rose au programme avec une touche de tristesse au milieu pour pimenter le tout. Ceux qui veulent la recette, n'hésitez pas à demander !

Bon j'arrête raconter n'importe quoi, d'ailleurs qui lit ces lignes d'absurdité avancée ?

Bonne lecture !

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Ne fais pas de promesses que tu ne pourrais tenir —

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Elaiano courait à perdre haleine dans la forêt. Maglor n'était pas loin derrière elle, elle le sentait. Elle avait déjà essayé de le semer à plusieurs reprises mais peine perdue, l'elfe retrouvait inlassablement sa trace sans même sembler tomber dans les pièges et fausses pistes qu'elle semait sur sa route. Ce ne fut qu'au cours d'une brève pause qu'elle s'était accordée, que l'explication lui apparut. La jeune fille venait de traverser une clairière dont le sol avait perdu toute couleur verte et s'était muée en un marécage de boue dans lequel ses traces de pas transparaissaient de façon plus que visible. L'adolescente comprit qu'en n'essayant pas de camoufler les marques quelle laissait sur son passage, elle facilitait le travail de son poursuivant. Elaiano s'appliqua alors à essuyer ses semelles avant de reprendre sa route avec l'intention de piéger Maglor d'une façon ou d'une autre.

Après quelques minutes à trottiner cette fois dans les bois, la jeune fille arriva au pied de l'un des promontoires qui servait de poste d'avant-garde pour les patrouilles. A cette heure, il était complètement désert et offrait une position de choix pour surveiller les environs et surprendre Maglor lorsqu'il arriverait. L'adolescente s'approcha de la plateforme la plus haute et avisa une échelle de corde qui permettait d'y monter. Elle s'empara des barreaux de bois et entama sa montée. Il ne lui fallut que peu de temps pour arriver sur le promontoire construit tout autour d'un arbre au tronc imposant. Il n'y avait presque rien mis à part deux tables et quelques sièges laissés à l'abandon ce qui surprit la jeune fille. Elle avait depuis longtemps remarqué que les elfes préféraient rester debout alors la présence des chaises en ces lieux était plus qu'incongrue. Mais ne s'y attardant pas plus que ça, l'adolescente détourna les yeux et se pencha par-dessus la balustrade pour s'assurer qu'elle avait un champ de vision idéal sur les sous-bois, mais dès qu'elle jeta un œil au sol, le vertige la prit et elle dû s'écarter du bord pour ne pas être tétanisée par sa peur du vide. Elle se fit la remarque que ce n'était pas forcément la meilleure des idées de se servir des hauteurs car ses actions seraient limitées par son vertige.

Elaiano se mit donc à la recherche d'un objet ou quoi que se soit qui puisse lui permettre de surprendre l'elfe mais impossible de trouver autre chose que des armes et des cornes servant probablement à rameuter les troupes. La jeune fille en prit une dans ses mains, époustouflée devant la beauté de l'instrument. Si les parois internes étaient complètement lisses, l'extérieur était délicatement ouvragé et des décorations en formes de feuilles et de plantes grimpantes l'ornait avec une élégance à nulle autre pareille.

— Tu ne devrais pas souffler dedans. Cela ferait fuir tous les animaux et d'ici quelques minutes, nous ne serions plus seuls, fit une voix moqueuse.

Elaiano sursauta, fit volte-face, mais ne vit personne sur la plateforme.

— Ne panique pas, ce n'est que moi.

La jeune fille leva les yeux et aperçu Maglor accroupit sur une branche qui surplombait légèrement la terrasse. Il semblait absolument ravi d'avoir réussi à surprendre l'adolescente et à la prendre à son propre jeu.

— Comment est-tu arrivé ici ? Et depuis combien est-tu là ?

— Comme toi. Ça doit faire quelques minutes, ajouta-t-il en sautant lestement sur une branche inférieure qui partait de la plateforme. Je commençais à me demander combien de temps tu mettrais à remarquer que j'étais là.

L'adolescente croisa les bras déçue de s'être laissé piéger si facilement.

— Bravo tu m'as eu, et je ne t'ai pas vu. On peut passer à autre chose ?

L'elfe lui renvoya un sourire amusé. Il avait compris qu'elle était dégoutée mais qu'elle ne lui en voulait pas vraiment. En quelques bonds rapides, il rejoignit la plateforme et la jeune fille qui se tenait toujours debout les bras croisés, drapée dans sa superbe et le petit air qu'elle prenait lorsqu'elle voulait cacher son désarroi et son amusement. Il se pencha et murmura quelques mots à l'oreille de la jeune fille. Sa réaction ne se fit pas attendre car elle vira au rouge, puis voulu se jeter sur le fëanorion pour lui faire ravaler ses paroles mais ce dernier avait anticipé le coup et d'un bond en arrière, avait atterrit sur la branche. Elaiano se précipita sur lui mais s'immobilisa d'un seul coup au moment de quitter la plateforme le visage soudain déformé par la peur.

— Je ne peux pas.

— Tu ne peux pas marcher sur la branche ? s'étonna Maglor.

— Je ne peux pas… répéta-t-elle en faisant un pas en arrière, apparemment complètement tétanisée par une terreur qui l'avait soudainement prise.

L'elfe se rapprocha d'elle et lui tendit la main pour l'inviter à s'avancer.

— Non…

— Si c'est encore un coup de Faegmôr, crois-moi tu ne crains rien.

— Ça n'a rien à voir. J'ai juste… le vertige.

Le fëanorion s'adoucit immédiatement. Il avait craint que ce soit à nouveau un coup du Maia, mais il n'en était heureusement rien. Il reprit pieds sur l'esplanade et se plaça derrière la jeune fille.

— Si ce n'est que ça je peux t'aider, lui murmura-t-il à l'oreille dans l'espoir que le ton reposant de sa voix apaiserait l'adolescente.

— Comment ?

La question était venue naturellement et Elaiano dû se dévisser le cou pour regarder son interlocuteur.

— Est-ce que tu me fais confiance ?

La jeune fille fit un léger signe affirmatif de la tête mais ne se détendit pas pour autant.

Maglor l'invita à regarder droit devant elle, puis il lui prit les mains et la guida jusqu'à la branche. Comme précédemment, l'adolescente pila net dès que le sol apparu dans son champ de vision.

— Ne regarde pas en bas.

La jeune fille essaya de suivre le conseil de l'elfe et tenta de focaliser son attention sur le tronc d'un arbre non loin, mais malgré elle ses yeux dérivaient inlassablement vers le bas.

— Ne regarde pas tes pieds.

Elaiano redirigea à nouveau son regard vers l'arbre et fit quelques pas en avant. Aussitôt elle sentit le vide qui s'étendait de part et d'autre de la branche, et dans un réflexe pour garder l'équilibre, elle écarta les bras. Les mains de Maglor vinrent se placer juste sous ses paumes et lui offrirent un appui. La jeune fille parvint à parcourir plusieurs mètres avant de se sentir plus à l'aise et ainsi de commencer à se déplacer avec plus d'aisance. Le fëanorion se fit alors plus distant et laissa l'adolescente prendre confiance mais Elaiano sentait toujours sa présence rassurante juste derrière elle. Lorsque la branche se fit plus fine, elle s'arrêta et, en se gardant bien de baisser les yeux vers le sol, se tourna vers Maglor avec l'espoir qu'ils feraient demi-tour. Ce dernier vit l'air interrogateur de la jeune fille et leva les yeux.

Son visage s'éclaira lorsqu'il s'aperçu que les branches de l'arbres n'étaient pas très espacées, et qu'elles étaient suffisamment solides et épaisses pour supporter leur poids. D'un bond, il se hissa sur la ramification la plus proche et tendit une main à l'adolescente.

— Là tu rêves… refusa-t-elle. On est déjà assez haut.

Mais l'elfe se faisant plus insistant, elle finit par accepter et entama l'ascension non sans faire clairement comprendre au fëanorion que cela ne lui plaisait pas du tout. Plusieurs longues minutes plus tard à se hisser tant bien que mal de branche en branche avec l'extrême désagréable impression d'être suspendue au-dessus du vide, Elaiano parvint à atteindre la cime. La ramure sur laquelle elle s'assit était plus frêle que les précédentes, et même s'il restait encore quatre ou cinq branches plus hautes, il était risqué d'y grimper car elles devenaient beaucoup trop fines et fragiles.

Assise sur le bois clair et les jambes pendantes dans le vide, l'adolescente ferma les yeux et savoura un instant la douceur des rayons du soleil sur sa peau. Puis un nuage passa et interrompit momentanément le flot de lumière. La jeune fille rouvrit les yeux et porta un regard sur la forêt. Elle sentait vaguement le poids du regard de Maglor sur sa nuque mais elle n'y prêta pas attention. Depuis leur perchoir, ils dominaient la portion Sud-Est de la forêt et s'ils ne pouvaient apercevoir toutes les bordures des bois, ils avaient néanmoins une vue imprenable sur les plaines qui s'étendaient et formaient le Rohan. Au loin, un nuage noir masquait l'horizon et semblait s'étendre de plus en plus.

— Un orage approche, fit-elle remarquer en désignant la masse nuageuse.

— Ce n'est pas un orage comme les autres, c'est l'Ombre du Mordor. L'influence de Sauron s'étend. Ces nuages cachent la lumière du soleil et permettent ainsi à son armée de se déployer. Il y a quelques jours, une grande bataille a eu lieu à Minas Tirith, la capitale du Gondor.

— Qui a gagné ?

— Rien n'est certain, mais d'après les rumeurs les troupes de l'Ennemi auraient été défaites.

— C'est en soi une bonne nouvelle, optimisa l'adolescente.

— Peut-être mais à quel prix ? La majorité des troupes de Sauron se rassemblent encore derrière les noires montagnes du Mordor et qui sait combien en a-t-il ?

La jeune fille se mordit les lèvres en comprenant enfin pourquoi l'elfe paraissait si tendu.

— Je ne te connaissais pas si défaitiste.

— Je suis simplement réaliste. Nous sommes en guerre Elaiano. La situation n'est pas à notre avantage, le danger peut venir de partout à la fois, nous ne savons rien des plans de l'Ennemi. Nous manquons cruellement d'informations.

Un silence long et pesant tomba entre eux avant que l'adolescente n'ose le rompre.

— Lorsque j'étais en Mordor avec Nín… Faegmôr, j'ai vu des choses. Ce n'est rien de précis, s'empressa-t-elle d'ajouter en apercevant le regard soudain avide de son interlocuteur. Les Orcs sont répartis en camps sur toute la plaine et ils ont allumés des feux. Ils doivent être plusieurs milliers. De plus, si rien n'a changé, il y a des troupes postées dans les profondeurs de la Moria avec une créature de feu. Un Balrog il me semble.

— Rares sont ceux qui ont survécus, cracha Maglor. Mais sache que celui dont tu me parles est mort il y a peu. Il a été abattu par Mithrandir. Ce magicien n'est pas aussi fragile qu'il ne laisse y paraitre, ajouta-t-il comme pour lui-même.

Elaiano se retint de faire un commentaire à ce sujet. Elle savait pertinemment que Mithrandir, ou Gandalf, était un Maia au même titre que Sauron, Nínim, et le Balrog en question, mais elle ignorait si le fëanorion était au courant. Alors elle préféra se taire. Le magicien lui avait fait comprendre que bien peu en avait eu la confirmation, et qu'il valait parfois mieux laisser les autres dans l'ignorance. Tout savoir apportait son lot de responsabilités, la jeune fille était bien placée pour le comprendre.

— Penses-tu qu'il soit possible de défaire Sauron et Faegmôr ? demanda-t-elle d'une toute petite voix.

— Honnêtement, je n'en sais rien. Si les Hommes perdent face à Sauron aucun des royaumes Elfiques ne saurait le vaincre. Rien qu'ici nous serions pris entre la Moria, Dol Guldur, et le Mordor. Nous pouvons combattre une armée, deux si elles sont sur le même front, mais pas trois venues de trois endroits différents.

Le fëanorion s'interrompit avant d'ajouter avec plus de douceur, une touche de nostalgie dans la voix.

— Notre peuple n'est plus ce qu'il était autrefois. Il n'y a presque plus d'elfes en Terre du Milieu, et les derniers sentent l'appel de la mer et s'en vont vers l'Ouest.

— Pourquoi n'est-tu pas parti toi aussi ?

— Il n'est pas encore temps. Si Elrond, Dame Galadriel et d'autres restent, ce n'est pas parce qu'ils ne sentent pas l'appel de l'océan. Ils souhaitent se battre. Ils préfèreront mourir plutôt que d'abandonner la Terre-du-Milieu aux mains de Sauron.

— C'est aussi le cas pour toi ?

Un rictus apparu au coin des lèvres de l'elfe.

— Disons que je ne serais pas vraiment le bienvenu à Valinor. Et tant que les Valar ne m'auront pas pardonné, je ne prendrais pas la mer. Même toi tu finiras par partir.

— Je ne t'abandonnerai jamais, je te le promets !

— Ne fais pas de promesses que tu ne pourrais pas tenir, murmura Maglor en caressant avec douceur la joue de la jeune fille. Tu pourrais bien la regretter un jour.

— Mon seul regret serait de te laisser derrière. Si Sauron et Faegmôr sont défaits, je préfèrerai mille fois rester à tes côtés que partir. Même si cela signifierait attendre que cette forêt ait fini de dépérir et plus encore.

Une lueur de tristesse traversa les yeux de l'elfe. Il savait que la jeune fille était sincère mais il n'osait lui avouer qu'il ne pensait pas qu'ils aient la moindre chance de gagner les combats à venir.

— Tu l'as donc remarqué, fit-il alors dans le maigre espoir que son interlocutrice n'ait pas compris la teneur des doutes qui l'assaillait.

— Quoi donc ?

— Que le forêt dépérit.

— Ce lieu est absolument magnifique mais il y a quelque chose dans l'air qui me rend triste. Les arbres semblent pleurer et le chant des oiseaux, si l'on y fait attention, ressemble plus à une marche funèbre qu'à une ode à la joie. Je m'en étais déjà rendue compte avant que mes souvenirs ne reviennent, mais à présent cela me semble encore plus évident. Peut-être que j'idéalise ce que j'ai vu, pourtant la dernière fois que je suis venue tout était plus lumineux, plus joyeux, plus…

Elaiano marqua un temps de pause comme pour chercher un moyen d'exprimer sa pensée et son ressenti.

— Ce n'est plus la cas. Il y a comme une ombre dans cette forêt. Elle est presque invisible si l'on n'y prend pas garde mais elle existe réellement. Je ne sais si c'est à cause de Sauron, de la guerre, ou d'autre chose mais je m'en suis rendue compte.

— Ce n'est plus un secret pour personne à présent. Quelle que fut la splendeur de la Lorien par le passé, celle-ci n'est désormais qu'un souvenir que seul les derniers habitants qui y résident connaisse. Mais je doute que ce soit leur principal intérêt en ce moment. La guerre les a touché alors qu'ils se sentaient à l'abri. Aucun de nous n'est intouchable.

— S'en serait presque poétique, fit remarquer l'adolescente dans un sourire un peu forcé.

— D'où crois-tu que viennent les poèmes ? répliqua Maglor avec douceur.

— C'est toi qui me pose la question ? Dois-je te rappeler qui a oublié un recueil de balades de Daeron annoté dans ma chambre ? Recueil que cette personne avait déjà à Fondcombe et à qui j'ai…

Le fëanorion ne la laissa pas finir sa tirade. Il posa avec douceur un doigt sur les lèvres de la jeune fille comme pour lui faire signe de se taire mais celle-ci ne l'entendit pas de cette oreille.

— Tu ne veux pas que j'en parle ? demanda-t-elle une lueur à la fois espiègle et surprise dans le regard.

— C'est un peu plus compliqué que ça.

— On croirait entendre Nínim, soupira Elaiano avant de se rendre compte de ce qu'elle venait de dire et de se reprendre tant bien que mal. Désolée, je ne voulais pas.

— Au contraire, répliqua l'intéressé très sérieux, ce qui s'est passé a dû être assez déstabilisant pour toi. Je ne serais pas étonné si tu me disais que quelque chose dans mes paroles te rappelait Faegmôr.

L'adolescente se crispa un instant et l'elfe l'aperçu.

— Je ne te forcerai pas à en parler si tu ne le souhaite pas.

— Il le faudra bien à un moment où à un autre, non ? déplora-t-elle.

Le fëanorion ne répondit pas, mais son absence de réponse en formait une d'elle-même. La jeune fille hésita, mais décida finalement de prendre son courage à deux mains et de raconter à Maglor tout ce qu'elle avait vécu.

— Quoi que je te dise, ne le prend pas mal d'accord, le mit elle en garde.

L'elfe acquiesça doucement, alors Elaiano se lança dans le récit le plus difficile qu'elle n'avait jamais eu à conter. Et malgré la douleur que lui causait chacune de ses paroles, elle essaya d'être le plus précise possible. Elle parla de ce que lui avait dit Faegmôr, de ce qu'il lui avait appris, et de ce qu'ils avaient fait. Elle expliqua aussi ses propres peurs et doutes, son incompréhension face à certaines choses autour du Maia qui l'avait chiffonné pendant longtemps. Il lui fallut encore plus de volonté pour parler des arguments avancés par Nínim pour la convaincre de lui faire confiance, et c'est à peine si elle parvint à articuler quelques phrases intelligibles lorsqu'elle parla des batailles dans la Moria et en Lorien. La jeune fille fut forcée d'effectuer plusieurs pauses pour réprimer un sanglot ou simplement trouver le courage de continuer mais elle parvint finalement au bout de son récit.

— …encore aujourd'hui, même avec mes souvenirs, je n'arrive pas à accepter le fait qu'il m'ait manipulée tout ce temps. Mais surtout…

Elle s'interrompit à nouveau.

— Ne le prend pas mal…

C'était la même demande que celle qu'elle avait faite avant de commencer son récit, et même si jusqu'à présent le fëanorion n'avait rien dit, l'adolescente avait peur que ce qu'elle s'apprêtait à dire ne le fasse sortir de ses gonds.

— Je te l'ai promis.

— Quand je te vois, quand tu te déplaces, j'ai encore et toujours l'impression de le voir. J'ai beau me convaincre que tu n'es pas Nínim, je n'arrive pas pour autant à ôter son visage de ma tête. C'est un peu comme si… comme si mon cerveau ne parvenait pas à faire la différence entre vous deux. Vous avez tout deux un côté doux et un autre, pas brutal, mais plus sombre. Plus j'essaie de l'ignorer, et plus ça s'inscrit dans ma tête. Je ne sais pas quoi faire. Je n'ai pas envie de passer le reste de mes jours à avoir l'impression qu'il est là, mais je ne veux pas non plus que tu partes !

Sa voix se brisa sur ses dernières paroles qu'elle avait presque criées de désespoir.

— Tu n'es pas lui, répéta-t-elle avec toute la force de sa conviction tout en se blottissant contre Maglor.

— Je ne savais pas, murmura-t-il atterré.

— Comment aurais-tu pu ? Je ne suis là que depuis quelques jours mais depuis tout ce temps, je n'ai pas osé le dire à quiconque et encore moins à toi.

— Merci de me l'avoir dit.

— Tu ne m'en veux pas ?

— Cela changerait-il quelque chose ?

L'adolescente baissa les yeux.

— Non.

— Alors ne t'en fais pas pour si peu. Viens rentrons, je n'ai pas envie de te faire descendre de cet arbre de nuit, ajouta-t-il en se laissant souplement tomber sur la branche inférieure.

La jeune fille s'aperçu qu'en effet le soleil commençait à descendre vers l'horizon, et s'il restait encore quelques heures de jours, mieux valait ne pas s' attarder. Elaiano baissa les yeux vers Maglor avec l'intention de le rejoindre mais dès qu'elle vit la hauteur qui la séparait du sol, elle pali et se raccrocha au tronc de l'arbre.

— Tu ne vas quand même pas restée perchée là-haut ? Allez viens, je vais t'aider à descendre.

— Parles pour toi, répliqua l'adolescente complètement terrifiée avant de finalement tourner le dos à l'elfe et descendre plus précautionneusement de sa branche.

Il leur fallut plusieurs longues minutes pour atteindre le sol. Plusieurs minutes au cours desquelles la jeune fille manqua de tomber à de nombreuses reprises, et fit plus d'une crise de panique dû à sa peur du vide. Pourtant cette dernière fut particulièrement rapide pour désescalader les trois dernières branches, et elle fut la première à poser les pieds sur le sol non mécontente de retrouver le plancher des vaches. Enfin, Maglor la ramena au talan des étoiles où elle dormait. Alors qu'il allait repartir, l'adolescente se retourna une dernière fois pour l'interpeler.

— Tu ne veux pas rester ?

— Tu as surtout besoin de repos, se contenta-t-il de répondre.

— Alors à demain ?

— A demain.

Elaiano adressa un dernier sourire au fëanorion puis ferma la porte du talan.

La soirée fut très courte et l'adolescente se contenta de grignoter un peu et de se débarbouiller avant de tomber de fatigue et d'aller se coucher. Mais cette nuit-là ne fut pas plus calme que les précédentes et elle rêva à nouveau de la forêt et de la lande qui s'étendait devant. Elle sentit à nouveau un besoin impérieux de traverser les bois, mais elle s'y refusa encore car elle pouvait aussi percevoir la présence d'un danger tapis dans l'ombre. Puis comme les fois précédentes, Nínim jaillit de nulle part et tenta de la tuer à l'aide d'un poignard. L'adolescente se réveilla donc à nouveau en sursaut, couverte de sueur, et incapable de se rendormir. L'aube était alors proche et l'elfe se décida à faire un tour dans Caras Galadhon en attendant une heure plus décente pour retourner voir Maglor. Lorsqu'elle arriva au tronc creux où il séjournait, elle fut surprise de le trouver prêt et absolument pas étonné de la voir.

— Tu m'attendais ?

Il s'agissait plus d'une constatation qu'une question mais le fëanorion la prit comme une interrogation.

— Bien sûr. Tu n'espérais quand même pas me surprendre ?

— J'aurais aimé. Mais puisque tu es debout autant aller faire un tour non ?

— Je serais malavisé de refuser une telle invitation, répondit-il avec un grand sourire tout en partant en direction des bois.

La jeune fille lui emboita aussitôt le pas et répliqua vertement :

— Avisé ? Toi ?

— Tu serais surprise…

L'éclat de rire de l'adolescente se perdit dans les bois mais cet élan de joie arrêta momentanément la mélancolie qui agitait les arbres et il sembla que durant cette journée-là, alors que les deux tourtereaux s'amusaient dans les bois, tous avaient oublié la guerre et les soucis qui les accablaient.

La lune s'était levée depuis bien longtemps lorsque ses rayons éclairèrent la clairière où Maglor et Elaiano avaient fini par s'allonger. Tout deux regardaient les étoiles et profitaient de la fraicheur du soir.

— Crois-tu que nous devrons nous battre à nouveau ? fit la jeune fille les yeux perdus dans l'immensité du ciel.

— Sûrement.

— Et on se retrouvera face à Faegmôr ?

L'elfe ne répondit pas. Aucun réponse n'était nécessaire.

— A-t-on la moindre chance de le battre ? Je l'ai vu se battre, et je n'ai pas décelé une seule faille dans sa garde. Et c'est sans compter sur ses… ses pouvoirs, ajouta-t-elle après avoir grimacé au mot ''pouvoir''.

— Tous ont des points faibles.

— Encore faut-il le trouver.

— Nous y arriverons, je te le promet.

— Ne fais pas de promesses que tu ne pourrais pas tenir, tu me l'as dit toi-même.

Maglor se tourna et s'appuya sur son coude pour pouvoir observer la jeune fille.

— Tu as bien changé depuis que je te connais.

L'adolescente se tourna à son tour et dévisagea son interlocuteur.

— Je suis censée le prendre comment ?

L'elfe sourit doucement, se pencha en avant et déposa un baiser sur les lèvres d'Elaiano. Puis, il approcha ses lèvres de son oreille et murmura :

— Comme un compliment.

La jeune fille rougie et remercia en pensées l'obscurité environnante. Sans répondre elle s'allongea sur le dos et son voisin fit de même. A nouveau le silence s'installa et ils se laissèrent bercer par le bruits des animaux nocturnes qui sortaient de leurs cachettes pour chasser et gambader dans la forêt.

— Maglor ?

— Oui.

— Je n'ai pas envie de me battre.

— Je serais toujours là pour toi et pour te protéger. Et je compte bien tenir cette promesse-là.


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Que tous ceux et celles qui savent ce qu'est le serment de Fëanor se taisent et ne fassent pas de commentaires sur les conseils de Maglor en termes de promesses. Non plus sérieusement, je pense que certains et certaines doivent en avoir un peu assez des scènes à l'eau de rose dans lesquels il ne se passe rien ou pas grand chose. J'en suis désolée, c'était un passage un peu important en terme de rythme, et important tout court en fait.

Bref, je vous promet que l'action va bientôt pouvoir reprendre car ceux et celles qui apprennent par cœur la chronologie savant très bien que nous sommes le 21 mars 3019 au soir, et que... Oups pardon, tous le monde n'a pas appris la chronologie donc je me tais.

J'espère que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à me laisser vos retours ça fait toujours plaisir ! Sur ce, à la prochaine !