Chapitre 63 : Bonne Humeur Envolée
Chiara marchait entre les paillasses, suivie de son pot-de-colle qui lui servait de surveillant, et observait les avancées de ses élèves, les stoppant en cas d'erreur et leur expliquant calmement comment rattraper leur potion. A force d'allées et venues, elle put remarquer que Meredith était étrangement de très bonne humeur, ses yeux brillant d'une certaine malice alors que parfois elle jetait un coup d'œil au surveillant.
La jeune Snape nota à côté de son amie la présence d'un deuxième chaudron, dissimulé sous un sortilège de discrétion, où bouillonnait une mixture qu'elle ne connaissait pas. Elle ne dit rien à ce sujet, sachant parfaitement que son amie avait largement le niveau de sa classe voire même plus, pour avoir étudié auprès de Nicolas Flamel et Horace Slughorn. Et si elle dissimulait son chaudron derrière un sort, c'est qu'elle ne voulait pas que cela soit vu par le surveillant et donc rapporté à une plus haute 'autorité'…
En passant à côté d'elle, elle vit du coin de l'œil sous l'uniforme une tenue bleue pastel avec quelques touches de vert. Se demandant ce qui pouvait mettre la jeune Serdaigle de si bonne humeur, Chiara prit la décision de lui parler directement à la fin du cours. D'autant plus que c'était son dernier de la matinée.
Les élèves partirent rapidement à la sonnerie annonçant la fin de leur calvaire quotidien et le surveillant en fit de même ne voyant que Meredith Slughorn encore dans la classe. Il n'avait aucune directive contre elle donc il n'avait pas à s'imposer plus que nécessaire. Son travail était terminé.
Chiara s'approcha de son amie une fois encore, assez silencieusement pour ne pas la déconcentrer de sa préparation et l'observa travailler, curieuse. Mery ne l'avait même pas remarquée, pas plus que la sonnerie de fin de cours. Ce ne fut que lorsqu'elle eut fini qu'elle leva ses yeux bleus de son ouvrage pour verser le contenu de son chaudron dans un contenant scellé de façon hermétique.
« Oh ! Désolée Arya, » fit-elle avec un sourire. « Je n'avais pas remarqué que tout le monde était parti. »
Elle agita doucement sa baguette et lança un informulé qui ferait paraître la salle vide à quiconque entrerait et couvrirait leurs voix.
« Ce n'est pas très grave, Mery, » répliqua Chiara. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle ensuite en montrant le contenant que son interlocutrice rangeait dans son sac en peau de Moke.
« Un cadeau pour Vaty. Il en aura besoin là où il est… »
« A quoi sert-elle ? »
« C'est un fortifiant magique pour compenser l'absence de verdure autour de lui, » répondit Meredith. « Toutes les plantes que je lui ai amenées auparavant ont crevé de froid dans sa geôle malgré mes sorts de réchauffement. Je pense que l'obsédé du citron n'est pas étranger au phénomène. »
« Oh … » Chiara retint un soupir, nullement étonnée par les manigances de Dumbledore. « Intéressant. Elle fonctionne ? »
« Oui. Je l'avais déjà testée sur moi. Elle l'aidera à supporter sa captivité… Je déteste ne pas pouvoir être là en ce jour spécial. Il fête tout de même ses cent douze ans cette année. »
Ainsi donc voilà qu'elle était la raison qui mettait son amie de si bonne humeur. Gellert Grindelwald fêtait son anniversaire en ce jour. Elle ne le savait pas. Elle enregistra la date dans un coin de son esprit. Grindelwald, sept mai, anniversaire.
« Comment comptes-tu le lui donner ? » demanda-t-elle ensuite. « Ils doivent certainement surveiller et intercepter la moindre chose qui lui soit envoyée. Justement à cause du vieux citronné. »
« J'irais cette nuit avec mon elfe, Eon. Il n'y a jamais de gardien la nuit. Et tu sais, avant Nurmengard n'était pas une prison. C'était une serre géante reliée au Manoir Grindelwald par un passage secret. »
« Je lui souhaite un joyeux anniversaire, enfin aussi joyeux qu'il puisse l'avoir ... Cela ne doit pas être agréable d'être seul ... en prison ... »
Le visage de la métamorphomage s'assombrit alors qu'elle pensait à son père et à ses parrains enfermés à Azkaban et devant toujours et sans cesse supporter l'influence de centaines de Détraqueurs.
« Je suis désolée... Je ne voulais pas te rappeler l'enfermement de ta propre famille..., » dit Meredith, venant doucement enlacer son amie pour la réconforter. « Un jour il payera pour ce qu'il a fait. Magia n'a pas supporté cette énième offense du citronné. Déjà, détruire notre serre familiale a été un coup dur pour elle, mais enfermer ses protégés, c'était la goutte de trop. Le retour de bâton sera terrible, foi de Grindelwald ! »
Chiara serra la brune en retour, fermant les yeux. Elle sentait de plus en plus son coeur se réchauffer dans son enfer en voyant autant d'alliés autour d'elle, la soutenant et lui permettant de continuer sa tâche la tête haute. Minerva, Poppy, Tom, Victor, Fred, George, Ginny, Hermione, Barty, ... Et maintenant Mery. Oui, Dumbledore payera, mais il ne sera pas le seul ... ils payeront tous ! Foi de Salazar !
Restait juste un doute quant à Lily et Ezequiel Potter qui ne voulait pas s'effacer…
« Merci, » murmura-t-elle.
« J'ai le droit de venir m'incruster pour un peu de chaleur ? » demanda alors Sephora en sortant du sac de la métamorphomage. « Il fait froid dans ce cachot glacial ! »
« De rien Chiara, » fit doucement Meredith en caressant les cheveux de son amie qui pouvait voir une lueur étrange dans son regard. « Viens donc Sephora, tu es la bienvenue, » siffla-t-elle ensuite
Le basilic camouflé dans le corps d'une vipère ondula rapidement vers les deux sorcières et vint se lover entre elle pour se réchauffer. C'était qu'il faisait vraiment froid ici ! Comment tous ces deux-pattes pouvaient supporter de rester dans un endroit pareil ? Cela dépassait l'entendement de Sephora.
La Chambre des Secrets, son petit nid dans la statue de Salazar tout du moins, était sous un délicieux sort de la chaleur pour son plus grand bonheur. Elle y retournait parfois juste par plaisir mais préférait rester auprès de sa petite sorcière qui avait besoin d'elle, de sa présence pour affronter les épreuves à venir.
Elle émit un sifflement appréciateur une fois en contact avec la chaleur des deux sorcières et était prête à faire une petite sieste entre leurs bras. Mery et Chiara rirent doucement en voyant cela.
« Chiara ? Tu ne sais pas lancer de sort de réchauffement pour ton basilic ? » demanda Meredith étonnée en ressentant le froid que percevait le serpent.
« Oui, mais elle préfère la chaleur humaine ou alors retourner dans la Chambre où le sortilège est nettement plus puissant que ceux que je peux lancer ! Je n'ai pas la puissance de Salazar... »
« Au contraire. Ta puissance est simplement en dormance, je peux le sentir dans ton énergie. Si tu veux, je peux en jeter un pour toi. C'est à base de magie elfique, grand-père me l'a appris récemment et je l'ai testé sur un serpent vivant dans le manoir de mon parrain. »
« Oui, je veux bien. Pour ma puissance, je dois probablement attendre ma majorité, en même temps que mon héritage ... »
« Comme pour moi mon amie, mais ayant été altérée durant ma captivité avant d'être sauvée par mon père, j'ai une puissance supérieure à la tienne actuellement, » dit-elle en sortant sa baguette que Chiara n'avait encore jamais vue.
La brune lança le sort sur le reptile. Les écailles de cette dernière frémirent délicieusement alors qu'un manteau de chaleur la recouvrait peu à peu.
« Merci, Mery, » siffla-t-elle avec bonheur.
« Je t'en prie, ma belle. J'espère juste qu'il fonctionnera aussi bien sur mon grand-père maintenant que je maîtrise ce sort. »
Chiara se fit soudain pensive.
« Je ne sais pas trop ce dont les elfes sylvains ont besoin. Mais si je peux t'être utile ... Je me débrouille pas mal en runes et j'ai mon premier degré en sortilège ... Je pourrais peut-être lui enchanter une amulette que personne ne pourrait voir tant qu'ils ne sont pas au courant de son existence. Comme mon médaillon ou mon bracelet. »
Alors qu'elle les évoquait, les deux bijoux apparurent aux yeux de la brune. Elle put voir clairement le médaillon en argent représentant les armoiries des Prince et des Black avec un petit onyx en son centre, ainsi que le bracelet de cuir sombre où des runes russes avaient été gravées et étaient rehaussées d'argent. Mery put tout de suite ressentir la magie protectrice et l'amour qui se dégageaient des deux objets.
« Les elfes sylvains ont besoin d'amour, de soleil, de chaleur et de la présence de plantes et d'animaux pour s'épanouir Chiara. Mon grand-père dépérit... D'après les calculs de ma grande tante Bathilda, il va finir par mourir dans environs trois ans si on ne le sort pas de là, » explique-t-elle, laissant couler des larmes trop longtemps refoulées.
Elle observe ensuite les bijoux de son amie, une lueur admirative dans le regard, malgré sa peine, en dévoilant à son tour son propre collier. Ce dernier est en argent et serti de petits diamants tandis que le pendentif de la même matière à la forme d'un livre sur lequel sont gravées ses initiales : MS. Il se dégageait également de cet objet une grande force magique et l'amour qu'avait pour elle son parrain.
« Si peu de temps ... J'en parlerais avec Tom, il aimerait le rencontrer qui plus est. Et je dois avouer que je serais honorée de faire sa connaissance également. »
« Tu peux venir avec moi ce soir si tu le souhaites. On ne sera pas trop de deux pour lui apporter des soins, » dit-elle en serrant les dents de douleur.
« Je dois manger tous les soirs avec les Potter mais ... Je pense pouvoir me libérer ... Il faut juste que je demande un peu de polynectar à un ami pour que mon géniteur ne remarque pas mon absence. Lui et sa maudite manie de me suivre via la Carte du Maraudeur... Tinky ou Kreattur me rendront bien ce petit service. On se retrouve où ? »
« J'enverrais Eon te chercher..., » gémit-elle. « Oh le salaud... »
« J'ai trouvé une astuce pour m'en libérer de temps en temps, mais ce serait difficilement crédible la nuit où je suis supposée être bien sagement dans mon lit dans la tour des gryffondors ...
« Pardon mais c'était pas pour ton géniteur que je disais ça..., » gémit-elle de nouveau, tombant à genoux.
« Qu'y a-t-il ? » demanda la jeune fille en s'agenouillant à son tour pour soutenir son amie.
« C'est grand-père... Ce sale citronné lui fait du mal... Les elfes sylvains sont connectés entre eux, comme les arbres d'une forêt... Ce qu'on inflige à l'un, si c'est assez fort, peut affecter les autres... »
« Attends ... Dumbledore rend visite à ton grand-père ? Genre maintenant ? »
Les yeux de Chiara étincelèrent dangereusement
« Oui... là... Maintenant... PUTAIN... Fumseck ! Aide moi je t'en supplie..., » gémit-elle
Le phénix apparaît alors, se lovant contre elle.
La serpentarde serra l'épaule de son amie tout en réfléchissant à ce qu'elle pourrait faire pour l'aider, aider l'homme qui devait probablement souffrir le martyr dans sa cellule, de la main même de Dumbledore. Elle retint soigneusement cette information dans un coin de son esprit. Peut-être qu'elle pourrait l'utiliser à son avantage pour aider Grindelwald. Elle était une métamorphomage après tout...
Le phénix entoura alors les deux filles de sa puissante magie et se mit à chanter, faisant passer son don de soin via le lien unissant Meredith à son grand-père et repoussant ainsi les attaques de Dumbledore. Cela apaisa les douleurs de Meredith qui caressa l'oiseau, soulagée.
« On le sortira de là, » promit Chiara, son front posé contre celui de son amie. « Il n'aura plus à souffrir de la main de cet enfoiré. On sauvera tous nos proches. Bientôt. Les temps changent, Tom sera bientôt de retour parmi nous. Avec lui, libérer ton grand-père et le ramener ici ne sera que plus simple. On le libérera, Meredith. Je t'en fais la promesse. »
« Poppy... Il faut que tu m'emmène chez Poppy... S'il te plait Chiara... »
« D'accord. »
Elle aida son amie à se relever et passa un bras autour de sa taille pour la soutenir. Ensemble, elles se dirigèrent, sous un sortilège d'indifférence pour ne pas attirer les regards, vers l'Antre du Dragon.
La jeune fille tenait à peine debout et le phénix les suivit de son vol majestueux. Quand elle vit Meredith dans cet état, Poppy sut tout de suite qu'il se passait quelque chose d'épouvantable, d'autant plus quand elle s'aperçut de la présence de Fumseck qui ne quittait que rarement le bureau du directeur.
« Oh mon dieu ma pauvre chérie ! Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle en s'élançant vers le duo, heureuse de ne pas avoir d'autres patients pour une fois.
« Le citron a encore frappé, » maugréa Chiara d'une voix amère.
« Oh non... Pas ton grand-père encore mon petit coeur ? » dit-elle en prenant Meredith dans ses bras pour la mettre sur un des lits de l'infirmerie alors qu'un informulé partait de la jeune Serdaigle pour empêcher quiconque d'autre qu'eux d'entendre la suite.
« Si maman... Je n'en peux vraiment plus... »
Chiara resta avec son amie quelques instants. Elle avisa l'heure et soupira.
« Je dois retourner donner cours, Mery. Mais je t'accompagne ce soir. Je vais voir ce que j'ai comme potions qui pourraient être utiles pour soulager ton grand-père. »
