Salut à tous ! :)

ACTUALITÉ : Suite à l'annonce le 28 octobre 2020 du gouvernement, la France se retrouve de nouveau confinée. Mon entreprise restera cette fois ouverte en espérant pouvoir garder la tête hors de l'eau, nous sommes déjà en difficulté depuis septembre. De mon côté, ma santé m'oblige à être en arrêt maladie comme pendant le premier confinement au moins les deux premières semaines.

Evidemment, j'encourage tout le monde en France et autre pays à suivre les recommandations de son gouvernement pour ralentir la propagation du virus. Comme la dernière fois, le petit avantage à cette situation c'est que je vais avoir plus de temps pour écrire.

Je vais donc pouvoir accélérer certains projets annexes et essayer de vous les proposer au plus tôt.

Je rappelle que comme chaque année je tente de travailler sur plusieurs fanfiction et OS pour Noël, le Clexa, le Swanqueen, le Supercorp... si vous voulez que je tente de nouveau ships, n'hésitez pas à m'en parler.

En ce qui concerne "When I See You Tomorrow", je n'ai pas encore repris l'écriture à cause des histoires de Noël sur lesquels je travaille en annexe, je pensais reprendre l'écriture début janvier mais avec le nouveau confinement mon calendrier sera certainement bousculé donc je vous tiens au courant. Est-ce qu'il a un projet qui vous emballe plus qu'un autre ? Des idées de projets ou de ship ? Comme toujours, je reste ouverte à toute communication.

Bon courage à tous, force, santé, honneur et cookies à vous ! 😷💪


Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Quelque mot sur ce chapitre : Alors, vous êtes prêt pour la partie 4 de NMRP ?

Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées

I was once told that the love I felt beating inside my chest was nothing more than my mind playing an unfair trick on my heart On m'a dit une fois que l'amour qui battait dans ma poitrine n'était rien d'autre que mon esprit jouant un tour injuste à mon cœur

And like a pair of dice dancing along the uneven pavement Et comme une paire de dé dansant le long d'un trottoir inégal

Their fate, much like yours or mine had already been decided Leur sort, tout comme le tien ou le mien, était déjà décidé

That even the cracks that drew their faults between two opposing sides could not escape a fate that was always destined to be sealed Que même les fissures qui ont attirés leurs fautes entre deux camps opposés ne pouvait pas échapper à un destin qui était toujours destiné à être sceller

Forest Blakk – Find Me

Chapitre 65 : (In)constant

"Tu n'es pas réelle", ces mots l'ont hantés depuis le premier jour où elle les a entendus. Ils continuent de l'obséder, ils raisonnent sans contrôle comme une horrible ritournelle, une mélodie incessante. Ils ne cesseront certainement jamais de la poursuivre. Cette phrase plus que toute autre l'avait marqué, comme au fer rouge. Encore plus à ne pas en douter qu'un "Je t'aime" qui ne tardera sûrement pas à arriver. Non, rien ni personne ne pourra autant l'atteindre que cet instant où une partie d'elle avait été percé à jour.

C'est la seule fois où une personne la voyait telle qu'elle était et ce n'était plus jamais arrivé. Du moins, jusqu'à ce qu'elle rencontre de nouveau cet individu, encore, encore, encore et encore. Leurs destins s'étaient liés avec ces mots si particuliers et il ne s'étaient plus détachés. Qu'importe le lieu, le temps ou les circonstances, à chaque fois qu'elle se retrouvait en face de cet être qui l'avait percé à jour, elle y avait le droit à cette phrase : "Tu n'es pas réelle".


J'ai toujours supposé que je finirais par l'oublier, mais elle me poursuit jusque dans mes rêves. Des songes qui inévitablement, puisqu'elle est là, se finissent en cauchemars. C'est toujours la même chose. Dès que je pense à elle, je me sens complètement vide. Combien de temps ? Je me demande vraiment depuis combien de temps, je ne l'ai pas vu ? J'ai conscience que son absence ne se compte pas en simples années. De façon instinctive, je viens placer mes doigts derrière mon oreille droite et je fais glisser de façon répétée mon majeur sur la fine cicatrice qui s'y trouve. Combien de temps…

Sa voix… Je ferme les yeux. Je me souviens de sa voix. Quand nous nous rencontrons à nouveau, je ne serais plus capable de l'entendre. C'est certainement un de mes seuls regrets. Déjà, la dernière fois, je ne pouvais plus percevoir sa voix. Son intonation, ses mots, ils me sont maintenant interdits. Combien de temps… c'était il y a combien de temps ?

"Pour tout ce que je ne peux pas te dire.

Tout ce que je n'aurai jamais le courage de t'avouer.

Tout ce que tu ne pourrais pas entendre."

Elle savait. Comme toujours, elle savait parfaitement ce qui allait arriver. Et, elle ne se trompe jamais. La seule chose qui lui a toujours échappé, c'est mon identité. Je suis la seule chose qui se soustrait à ses incroyables connaissances, qu'elle ne comprend pas. C'est pour cette raison que j'ai autant attiré son attention.

Je ne sais pas encore si c'est pour mon plus grand malheur ou pour son contraire. Je n'ai pas décidé. Pourtant, son absence me fait souffrir. D'autant plus que je sens ses douleurs quotidiennes. Elle se fait torturer, chaque jour et toute sa peine ricoche jusqu'à moi. Elle est plus solide que moi, aussi plus déterminée à survivre ce que je ne comprends pas. Quand je l'ai rencontré, elle était si proche de tout abandonner. Ce changement me rend indécise sur ses aspirations.

Est-ce que l'optique de me retrouver peut vraiment la rendre aussi forte ? J'en doute. Je n'ai rien de spécial. Je suis tellement futile par rapport à elle.

"Parce que sans toi... je suis un monstre, le pire de tous.

Je t'en supplie, ne me laisse pas t'oublier et redevenir cette chose."

Est-ce que ses mots ont véritablement un sens ? Est-il vraiment possible que je sois parvenue à la changer ? Est-ce grâce à moi qu'elle est si différente des autres ? Si la réponse à toutes ces questions est oui, alors je suis à l'origine de tous ses malheurs, toutes ses douleurs. Et si c'est le cas, pour quelle raison cherche-t-elle encore et toujours à m'atteindre ?

Je soupire. Sa présence est de plus en plus forte. Parfois, j'ai la douloureuse sensation que si je tendais la main, je pourrai l'atteindre. Elle me manque terriblement, tous les jours. Et c'est comme si la présence de Skye accentuait son absence à elle. Je n'arrête pas de me demander ce qui va arriver si Skye comprend qui je suis. J'étais obligé de l'aider. Je n'avais pas d'autre choix. Mais si avoir dit les mots m'avait trahi. Que se passera-t-il alors ? Je préfère ne pas y penser.

Je lève les yeux pour mieux détailler le ciel. La nuit est tombée depuis quelques heures. Je sens la morsure du froid mais pourtant je ne compte pas bouger. J'aime trop pouvoir regarder la lune à ma guise. Cet astre majestueux me fait penser à elle. Toujours.

Je perçois des ombres s'approcher. Je deviens tout de suite plus attentive à ce qui m'entoure et quand je comprends que la personne qui avance vers moi n'est autre que Lexa, je me détends. Je n'ai rien à craindre. C'est si je devais me retrouver en face de Skye ou d'un autre membre de la meute d'Anya que je pourrai avoir des ennuis. Et je n'avais pas pensé que Baetan-ihm ou Misik'ilik'ili seraient un problème mais évidemment, ils le sont... comment pourraient-ils en être autrement ? Ils la connaissent. Je peux parfaitement admettre qu'ils puissent identifier sa présence en moi, nous sommes particulièrement semblables et je sais qu'elle continue de me protéger. Elle n'arrêtera jamais.

Quoi que je dise, quoi que je fasse, elle n'arrêtera pas de me protéger. Elle en est incapable. Je dois simplement l'accepter. C'est comme si elle était partout, continuellement avec moi sans l'être véritablement. Je place mes mains sous mes yeux. Je relis les mots qu'elle a laissé sur ma peau. Je secousse tristement la tête. Pour quelle raison est-ce si important pour elle de me sauvegarder de tout danger ? Je suis parfaitement capable de prendre soin de moi. Mais voilà, je suis incapable de lui refuser quoi que ce soit et elle m'a presque supplié de pouvoir m'éloigner des dangers qui résultent de sa simple existence.

Lexa s'accroupit devant moi, alors je me force à la chasser de mes pensées. Je ne détourne pas les yeux de son visage me préparant à lire sur ses lèvres. Lexa me sourit, cette attention m'apaise instantanément. Je ne sais pas comment elle fait pour avoir autant de responsabilités et être toujours aussi calme.

- Je te cherche depuis un certain temps.

- Si je l'avais su, je me serai manifestée. Je ne veux pas te causer d'ennuis.

- Je le sais.

Je devine un silence, une hésitation. Je place de nouveau les doigts de ma main droite derrière mon oreille et passe mon index sur la cicatrice qui m'empêche de percevoir ce changement. Je me demande si un jour je m'habituerai à cette perte. Quand... quand est-ce que c'est arrivé déjà ?

- Tu as disparu pendant des jours. J'étais inquiète. Je n'aime pas te savoir seule. Tu es une alpha née. Cet isolement que tu t'imposes, il ne peut que te faire du mal.

- Je vais bien. Tu ne dois pas t'inquiéter pour si peu.

- Il y a des moments, Lexa sourit un peu plus et elle s'installe plus confortablement devant moi, ou tu me fais vraiment penser à Anya. Alpha née qui refuse de prendre ses responsabilités. Solitaire, un passé incertain, une loyauté à toute épreuve, sans oublier, son regard devient plus doux, les cicatrices.

- Si tu veux me poser une question, fait-le tout simplement.

- Par contre, tu es bien plus directe, elle rit.

Je fronce les sourcils en observant bien ses réactions. J'essaye d'assimiler chacunes de ses mimiques. Je me demande quel son peut avoir son rire. Je ferme les yeux. Je me concentre. Je l'ai déjà entendu, il y a très longtemps... à quoi il ressemblait déjà ? Pourquoi je ne parviens pas à me souvenir ? J'oublie tellement de choses depuis quelque temps.

Le savoir est le plus grand de tous les pouvoirs. J'ai des connaissances qui en ferait pâlir de jalousie plus d'un. Pourtant un détail me fait défaut. Un tout petit rien... ma propre identité. Je m'oublie. Il me manque de plus en plus de petits détails qui, avec le temps, deviennent colossaux. Et si je sais comment remédier à ce problème, je refuse de me soumettre à cette possibilité. Parce que j'ai fait une promesse, celle d'être là. Je ne peux pas la laisser redevenir un monstre. Qu'importe si, au passage, je perds tout ce que je suis. Je lui dois bien.

- Durant ton absence, nous avons appris à connaître Skye, Miles et Ash. Il se trouve que Raven n'était pas la seule à nous cacher attendre un enfant. Figure-toi que Ash est…

- … je sais qui est Ash, je coupe Lexa alors que des souvenirs du trio me reviennent en mémoire. Excuse-moi, je reprends en baissant les yeux, je ne voulais pas te manquer de respect en te coupant la parole. C'est seulement, je me force à regarder Lexa à nouveau, je ne pensais pas les revoir.

- Ils nous ont pourtant assurés ne pas te connaître.

- Ce n'est pas parce que je sais qui ils sont que la réciproque est vraie.

- Moe, Lexa soupire, je suis obligée de te poser la question : est-ce que toi aussi tu viens du futur ?

À la fin de sa question, je la fixe un long moment sans même cligner des yeux. Je reste silencieuse et je réfléchis... oui, je réfléchis à la meilleure réponse. Plus j'attends, plus je me retrouve dans l'incapacité de satisfaire sa curiosité qui est, je dois bien l'avouer, justifiée. Est-ce que je viens du futur ? C'est une excellente question ! Je connais Skye, Miles et Ash mais comment ? Quand je les ai rencontrés au juste ? Et surtout est-ce que c'était réel ou seulement des informations que j'ai arraché à mes rêves ? D'ailleurs, est-ce que je suis celle qui les connais ou ce privilège lui revient-il à elle ?

Je ne sais pas... pour quelle raison est-ce si difficile ? Les souvenirs m'échappent... est-ce que je devrais m'inquiéter plus ? J'oublie de plus en plus de chose... dois-je me résoudre à l'abandonner pour me retrouver ? Redevenir réel... est-ce seulement encore possible ? Je ne pense pas... comment pourrais-je partir en la laissant seule ? C'est inenvisageable... qu'est-ce que cette décision ferait de moi ?

Je sens les larmes s'accumuler dans mes yeux alors que je revis sans aucun mal notre première rencontre. Je ne pourrais et je ne souhaite jamais oublier son regard. Je suis littéralement tombée sur elle, elle n'a pas cherché à se dégager, à la place elle m'a dévisagé de longues, très longues secondes avant de prendre la parole. Elle a dit quatre mots qui m'ont profondément choqués. Je n'ai pas eu le temps de les assimiler qu'elle avait disparu.

Aujourd'hui, je sais qu'aussi choquant que cela a pu être, elle avait raison. Elle a toujours raison. Mais comment... vraiment, je me le demande : comment j'aurais pu savoir que c'était le cas ? Tout ce qu'elle est a défini ma vie. Je suis continuellement attirée par elle, je ne pourrai pas l'abandonner. Pour la simple raison qu'elle, elle ne le ferait pas.

- Je, évidemment, je ne perçois pas ma voix mais je sais qu'elle déraille, elle trahit mes émotions, je ne sais pas répondre à cette question.

- Tu te, Lexa est sur le point de s'énerver mais elle détourne les yeux avant de reprendre calmement, comment pourrais-tu l'ignorer ? Sans vouloir te vexer, reprend-elle aussitôt, je ne vois pas comment c'est possible.

- Lexa, j'hésite, comment est-ce que tu vois le temps au juste ?

- Je ne comprends pas.

- J'imagine que tu vois une sorte de ligne que vous pouvez, je réfléchis, comment a dit Melina : briser. Et bien, je ne suis pas d'accord avec ça. Le temps n'a rien de linéaire. C'est un concept que nous devons voir en trois dimensions si nous voulons ne serait-ce commencer à le comprendre. Si tu le "brises", une autre ligne se conçoit, encore et encore, c'est comme une arborescence infinie. Je ne peux pas me permettre d'avoir une vision du temps comme la tienne parce que je deviendrai complètement folle.

- Pourquoi ?

- Je te l'ai dit : parce que je deviendrais complètement folle, j'insiste.

- Tu es associée à une sorcière ?

- Pas mon genre, je hoche les épaules avant de penser de nouveau à elle, vraiment pas mon genre, je souris en la voyant parfaitement me détailler comme si j'étais la plus belle chose sur terre, clairement, une sorcière ne ferait pas le poids.

- Moe, Lexa me fixe avec insistance, tu viens du futur oui ou non ?

- Je ne sais pas. C'est possible. Je suppose même que ce serait l'explication la plus logique.

- Tu ne sais pas, souligne Lexa, clairement sceptique.

- Je ne sais pas, je confirme.

- Moe, reprend Lexa avec je suppose une pointe d'agacement, à sa place je serai contrariée par mes réponses seulement je ne connais pas la réponse à sa question ou du moins, je ne la connais plus, est-ce que tu as peur de quelqu'un ou peut-être que tu protèges une personne. Je comprends. Je peux t'aider. Je t'ai promis ma protection quand tu m'as rejointe.

- Moe, je prononce pensive en appuyant mes doigts au niveau de mes cordes vocales, Moe, je dis plus bas en fermant les yeux, Moe pour Moëilla-mathemba qui est devenue Moëilla pour se changer en Moe. J'aurai dû lui dire mon prénom, j'ouvre lentement mes paupières, si je l'avais fait, je me plonge sans peurs dans le regard de plus en plus sceptique de Lexa, je ne l'aurai pas perdu. Il me subsisterait peut-être une infime partie de moi. Tout ce qui demeure de mon identité, c'est ce que j'ai bien voulu lui dire, le reste s'efface c'est inévitable. Je m'oublie parce que je refuse de l'abandonner. Tu veux savoir d'où je viens et qui je suis Lexa ? Et bien, les larmes m'échappent, je les efface aussitôt, moi aussi.

Je soupire sur la longueur. J'essaye… j'essaye de tout mon être de provoquer un souvenir qui ne serait qu'à moi mais comme souvent ces derniers temps, je n'arrive pas à mes fins. Voilà, ce que je sais : j'ai rejoint Lexa sur cette île i ans, 3 mois et 4 jours soit 825 jours. Nous avions estimé que lorsque nous nous échappions, une journée était l'équivalent d'une heure, pour ce qu'elle appelait le principe de Wami, si c'est vrai… 825 heures… plus de 30 jours, nous serions donc absente de chez nous depuis un peu plus d'un mois. Pourtant, je refuse de rentrer sans elle. Je ne peux pas m'y résoudre, pas alors qu'elle souffre. Je veux être là si elle réapparaît même si cette décision doit me détruire. Contrairement à elle, je ne me suis jamais absentée aussi longtemps et j'ignore quels en seront les conséquences pourtant, je ne peux pas me résoudre à l'abandonner. Elle n'a jamais été aussi proche, je le sens. Nous allons nous retrouver d'ici peu.

La souffrance et la peur c'est ce qui nous a rapproché et je sais qu'elles vont trouver un moyen de nous réunir encore une fois. Nous finissons toujours par tomber l'une sur l'autre, qu'importe la distance ou le temps qui nous séparent. Depuis que nous sommes enfants, nous nous séparons pour nous rencontrer encore, encore et encore. Je crois que nous avons toutes les deux tenter d'échapper à l'autre seulement quoi que nous fassions nos vies se rattrape. Il n'y a pas d'exception. Nous sommes liées pour l'éternité. Et oui, c'est vrai, je pourrai me contenter de rentrer chez moi et simplement attendre que le destin nous réunisse une nouvelle fois, mais si je supportais mal l'idée d'être séparée d'elle quand je savais qu'elle se portait bien, aujourd'hui il m'est impossible de juste avancer en la laissant.

D'autant plus maintenant que je sais qui la détient. Je n'ai aucun doute, il n'arrêtera jamais de la faire souffrir. C'est un monstre, un vrai, pas comme elle.

Subitement, je sursaute avant de me tourner vers la gauche pour fixer l'horizon. Je fronce les sourcils, plisse les yeux en essayant de comprendre. D'où me vient cette sensation ? Je réagis à peine en sentant Lexa attirer mon attention en passant sa main sur mon épaule quand je réalise qu'elle insiste, je me décide à détourner le regard. Lexa me semble inquiète mais aussi surprise, les premiers mots que je devine sur ses lèvres sont :

- Tu as entendu ?

Entendre... j'aurais aimé que ce soit le cas, mais non. C'est simplement une session. J'ai ressenti le danger et toute mon attention c'est détourné de l'instant présent pour me concentrer sur ce qui pourrait attenter à ma sécurité. Je secoue d'abord la tête. Je me rends compte à retardement que je réponds à Lexa en utilisant mes mains et non la parole alors je me reprends, j'inspire profondément et je dis :

- Bien sûr que non. Qu'est-ce que c'est ?

- Une explosion, je pense que quelque chose essaye de traverser la barrière.

Pas quelque chose, je pense immédiatement. Quelqu'un. Serait-il possible que ce soit elle ? Serait-ce la raison pour laquelle je l'ai ressentie aussi vivement ? Je dois arrêter de m'agiter et me concentrer. Si c'est vraiment elle, elle ne doit pas être dans son état normal. Elle pourrait même faire du mal à une personne sur cette île et je ne peux pas la laisser faire. Je lui ai promis... oui, je lui ai promis de ne pas la laisser redevenir un monstre. Je place mes mains devant mes yeux, les écritures vacillent légèrement pourtant elles ne changent pas, ni s'effacent, donc c'est très certainement elle. Je n'ai plus de doute.

- Je dois y aller, sont les mots que je devine plus qu'autre chose de Lexa.

- Attend, j'attrape son poignet avant qu'elle disparaisse, je viens avec toi.

- Je ne peux pas te laisser venir, elle secoue la tête de droite à gauche pour soutenir ses dires, c'est certainement dangereux.

- Tu penses que je suis incapable de me défendre, je comprends.

- Il te manque un sens, elle me rappelle, et un des plus important pour nous.

- Je sais parfaitement me battre sans, j'ai appris à vivre sans. J'ai d'autres atouts qui sont bien plus importants.

- Je n'en doute pas mais...

- Je vais venir que tu m'y autorises ou non alors autant gagner du temps et arrêter tout de suite cette discussion.

Lexa me dévisage. Je pense qu'elle essaye de mesurer si oui ou non elle serait capable de me faire changer d'avis. Elle doit rapidement déterminer que c'est une perte de temps puisque je la vois soupirer. Elle se détourne pour murmurer quelques mots que je ne parviens pas à capter. J'ai remarqué qu'elle le faisait de plus en plus, quand je l'agace, elle fait en sorte que ses mots ne puissent pas m'atteindre. Je ne comprends pas pour quelle raison.

De nouveau, je me tourne vers la direction qui a attiré mon attention un peu plus tôt. Est-ce qu'il y a eu une nouvelle explosion ? Des couleurs irréelles viennent colorer le ciel. La nuit est remplacée par un ocre rosé à peine descriptible avant de se stabiliser en un nacré magnifique. Si j'avais des doutes, ils viennent de tous s'effacer en un instant. Je reconnaîtrai cette manifestation de pouvoirs entre toute, c'est elle. J'en suis certaine.

Je place ma main gauche au-dessus de ma poitrine, au niveau de mon cœur. Je me sens encore vide. Pour quelle raison est-ce que je ne la sens pas ? Serait-il possible qu'il l'ai anéanti à ce point ? Si c'est le cas, je ne donne pas chère de sa vie. Je doute être capable de me contrôler s'il est vraiment parvenu à détruire ce lien entre nous. Je suis censé être celle qui est pondérée mais... il y a des limites à ne pas franchir, son bien-être et sa sécurité en font partie !

- Il faut nous dépêcher, j'entends presque la détresse dans ma voix, elle va passer.

Je fais quelque pas quand je sens Lexa me retenir. Je me retourne lentement. Je fais tout pour ne pas laisser paraître mon désarroi, ma frustration et surtout ma colère. Je suis maître de mes émotions, je ne les laisserai pas me contrôler.

- Personne ne passera cette barrière, Raven la renforcer plus que jamais et Morgane a elle aussi insuffler sa magie.

- Elle, j'hésite, elle est déjà à l'intérieur.

- Attend, elle m'empêche de me dégager, tu connais la personne qui veut s'introduire sur notre île. Si c'est le cas, nous pouvons simplement l'accueillir comme nous l'avons fait pour toi.

- J'aimerai que ce soit possible, je réponds la gorge serrée, mais elle représente un trop grand danger. Non, je me sens tellement mal d'avoir ce genre de propos à son égard, elle est trop dangereuse.

- Tu ne sembles pas dans ton état normal. Est-ce que tu vas bien ?

- Quand je t'ai rejointe, je t'ai dit que je cherchais quelqu'un et bien, c'est elle.

- Raison de plus pour lui proposer notre aide et de vivre ici.

- Tu ne comprends pas Lexa, cette fois les larmes m'échappent, elle est venue pour vous faire du mal ou pire, vous tuer. Je... je ne la laisserai pas faire. C'est évident. Mais elle ne fait pas partie des personnes que tu peux sauver. Elle est, je ferme les yeux alors que mon estomac se noue, j'en ai presque la nausée, dangereuse, plus que ce que vous avez affronté ces derniers jours.

- Nous ne sommes pas prêts à nous battre à nouveau.

- C'est pour cette raison que je te préviens. Ne la laisse pas vous approcher. Je ne souhaite pas qu'il vous arrive malheur à cause d'elle et elle... elle ne supporterait pas l'idée d'avoir attenter à la vie de personnes qui me sont venus en aide.

- Elle est déjà là, je suppose que Lexa ne se rend pas compte qu'elle prononce ces mots. Tu parlais de toi. Vous avez une empreinte.

- Rien de tel mais nous avons un lien, c'est indéniable.

Nous échangeons un regard qui me semble durer une éternité. J'essaye de tout faire pour ne pas surréagir et saper l'autorité de Lexa. J'ai conscience que c'est une bonne alpha, une Heda encore meilleure. Je sais que j'avais de très bonnes raisons de la rejoindre même si aujourd'hui, je les ai oubliées. Je la connaissais... je la connaissais même très bien. Je lui faisais confiance pour ma sécurité. C'est encore le cas même si j'en ignore les raisons.

Lexa me fait un signe de tête, elle m'invite à la suivre. Je ne me fais pas prier.

Quand elle commence à courir, je la talonne. Je pourrais être bien plus rapide, mais elle a une idée bien plus précise de l'endroit que nous rejoignons. Je reste donc en arrière. Je sais que nous nous rapprochons, sa présence est particulièrement accentuée. Je ne sens toujours pas notre lien, mais je la connais si bien que même si elle le voulait, elle ne pourrait pas se cacher de moi.

Le rythme de la course ralentit, je me cale sur les foulées de Lexa sans hésiter. Je découvre alors Clarke qui fonce sur elle et qui ne s'arrête qu'une fois ses bras accrocher au cou de l'alpha. Je devine certains mots qui sont de toute évidence personnels. Je détourne les yeux et passe mon regard sur tous ceux qui sont présent. Raven, Anya, Bellamy, Scalet, Melina, Morgane, Misik'ilik'ili, Baetan-ihm, quelques loups de la meute de Lexa, Costia aussi et à l'écart, Skye, Miles et Ash.

C'est inconscient mais pourtant, je reste bloquée un peu plus longtemps sur Skye. La ressemblance avec Anya est frappante, presque déconcertante. Cependant, ce n'est pas ce qui attire mon attention. Elle souffre, ce constat me met mal à l'aise. Je n'en connais pas la raison mais j'aimerai apaiser ses maux. Quand je l'ai sentie arriver, que je l'ai aidée, j'ai su qu'il existait un lien spécial entre nous. J'ai rarement été aussi frustrée de ne pas savoir précisément qui est une personne pour moi.

Je me force à la quitter des yeux afin d'éviter de trop attirer mon attention. Je sais que je dois l'éviter, comme Anya et sa meute. Je le sais… seulement, je ne me souviens plus pour quelle raison. J'inspire profondément pour me forcer à me concentrer, je pose alors mes yeux sur les intrus. Ils sont trois, Yamakou-anami-atos, Jeda-osso-klia et elle. Je serre les poings pour m'empêcher de la rejoindre. Si je n'écoutais que mon cœur, j'accourrai vers elle et ne m'arrêterai qu'une fois qu'elle serait en sécurité.

"Et pourtant, je ne dirai, ni n'écrirais que je t'aime.

Je sais que lorsque mes mots te parviendront, tu comprendras.

Je n'en ai pas le droit, pas encore.

Peut-être dans une prochaine vie."

Elle est tout habillée de noir, aucune parcelle de sa peau n'est exposée. Ses mains sont recouverte de bandes noir et je sais que Yamakou-anami-atos en a fait de même avec son visage. Il a peur d'elle. Ce n'est pas étonnant, mais c'est quelque chose qu'il est important de savoir. Elle se sent oppressée, elle a la sensation d'étouffer mais à part ces deux émotions elle est complètement vide. Il est parvenu à la briser. Je le vois lui parler et je n'ai aucun doute. Il lui donne des ordres. Je me tourne vivement vers Lexa et demande :

- Qu'est-ce qu'il lui a demandé ?

- De s'en prendre à notre plus grand espoir. Autant dire, Lexa tourne la tête dans tout les sens, que ça peut être n'importe qui. Tout le monde reste sur ses gardes !

- Non, je souffle, il ne peut s'agir que d'une personne.

Du coin de l'œil, je la vois se mettre en mouvement alors je fonce vers sa cible. Je suis absolument certaine qu'il n'y a pas d'autre choix possible. J'accélère quand je comprends qu'elle pourrait l'atteindre avant moi. Je trébuche alors que pour la première fois depuis une éternité, un souvenir me martèle la tête. Ce n'est pas le moment ! Pourtant, c'était évident que la retrouver allait me rendre une part de mon identité. Je suis d'autant plus certaine de la victime qu'elle a choisie. Je ne la laisserais pas l'atteindre. Jamais !

Plus j'avance, plus des flashs de mon passé foudroient mon esprit. Si je continue à être distraite de la sorte, elle va finir par me distancer et c'est inenvisageable. Elle ne tuera personne sous mes yeux, encore moins quelqu'un d'aussi important. Je me dois d'être plus rapide donc sans m'arrêter de courir, je défais la fermeture de mon gilet et m'en débarrasse. Je le laisse tomber et alors qu'un tissu normal aurait voleté dans le vent, celui-ci plonge immédiatement vers le sol et s'écrase dans un vacarme fou que je parviens sans raison à percevoir. Je me retourne à peine une seconde pour voir le cratère que vient de former mon vêtement. Est-ce que je viens d'entendre ? Ce n'est pas le moment !

Délester du poids que je m'impose dans l'un de mes vêtements, je parviens à prendre encore plus de vitesse. Je tends ma main droite en la voyant arriver, armé de son sabre. J'ai peu de temps pour agir, pourtant je parviens à saisir violemment le poignet de Raven, à l'attirer en arrière puis à reculer de quelques pas sans la lâcher et à me redresser juste à temps. La lame se fige sur ma carotide. J'ose à peine prendre une inspiration de peur que l'arme que je sais parfaitement affûtée ne transperce ma peau. Elle a les mains qui tremblent et elle non plus n'ose plus bouger.

- RAVEN !

Je m'accroche un peu plus au poignet de la sorcière alors que j'ai l'horrible sensation que la voix d'Anya est décuplée par cent et que des milliers d'échos l'amplifient encore. C'est horrible, inimaginable. Des larmes de douleurs m'échappent, je crois que je préférais quand Yamakou-anami-atos la torturait, c'était bien plus supportable même si j'ai fini par en perdre l'ouïe. J'ai envie de me recroqueviller sur moi-même et de plaquer mes mains sur mes oreilles pour faire enfin cesser cette résonance invivable. Est-ce que j'entends parce qu'elle est en face de moi ?

- Mainn k haussi anibnida.

Encore et toujours cette phrase…

- Mainn k haussi anhseubnida, Moëilla-mathemba.

Je ne me souviens pas de la dernière fois qu'elle a prononcé entièrement le nom qu'elle m'a donnée. Son intonation est si froide, sa voix annihilé de toute vie.

- Balkim, akene me lladd uzokubulala. Mainn k maksakeun angkat.

- Peut-être, qu'en effet, je la défie en utilisant ma langue natale et non la sienne, tu devrais me tuer, j'esquisse un geste sur la gauche appuyant un peu plus ma peau contre la lame, parce que je serai la seule que ta lame pourra atteindre aujourd'hui.

- Yud ! Je t'interdis, elle retire vivement son arme, de mettre ta vie en danger, elle comble le peu d'espace qui nous séparait avant de m'emporter avec elle loin des autres. Je te l'interdis Moëilla !

- Alors, je cherche ses yeux à travers les bandes noir, ne me menace plus.

- Je n'ai jamais et je n'aurai jamais l'intention de te faire du mal.

- Toutes les personnes qui vivent sur cette île sont ma famille, tu m'aurais fait du mal.

- Tu mens, elle m'accuse. Je sais quand tu mens Moëilla et là, tu mens. Tu veux simplement tenir une promesse qui n'a plus lieu d'être. Je t'en libère, elle se retourne, rentre chez toi.

- Je suis chez moi, je hurle. Je suis née ici, je pointe le nord, dans une maison à quelques mètres.

- Mainn k haussi anhseubnida, elle souffle à nouveau, pour ça aussi tu m'avais donné ta parole et j'estime que cette promesse est plus importante. Anhseubnida mainn, s'il te plait, j'entends sa voix se briser, il n'y a plus rien pour toi ici.

- Je ne t'abandonnerai pas.

- Il le faut, elle se retourne en hurlant, pars et ne reviens jamais !

- Je te l'ai dit : je suis chez moi. Je reste.

- Si tu restes, tu meurs.

- Alors, je tends ma main vers elle, ne retourne pas avec lui. Si tu me promets que tu ne rejoindras pas les Enfers avec lui alors, je rentrerai.

- Les Enfers… c'est le seul endroit où je peux demeurer pour le moment.

- Et si je te dis où et quand me trouver, tu abandonnerais ?

- Je préfère Moëilla à la vraie toi, la vraie toi et beaucoup trop dangereuse.

- Tu dirais "je t'aime" à la vraie moi.

- Je ne te le dirais jamais.

- Alors, je ne rentrerais pas.

- Je pourrai t'y forcer, m'intimide-t-elle en entrant dans mon espace personnelle.

- Moi aussi, je lui rappelle froidement, je l'ai déjà fait.

- Ne me menace pas Moëilla. Je t'interdis de mettre ta vie en danger. Je te l'interdis.

- C'est dommage, je souris froidement, quiconque me connaît, sait que je n'écoute personne. Tu en as déjà fait les frais il me semble. Si je dis que je ne t'abandonnerai pas, je ne le ferai pas, un point c'est tout. Si je dois mourir pour te ramener à la raison et bien, soit.

- Ne dis pas d'idiotie, elle hurle à nouveau, tu es tellement… tellement…

- … à la fois, la pire et la meilleure chose qui te soit arrivée, je devine. Je sais, je sors la lettre qu'elle m'a écrite de la poche de mon slim noir, ce sont tes mots. Et ceux qui ont le plus d'importance sont ceux-là : "S'il te plaît, ne m'abandonne pas, pas aussi facilement."

- Tu devrais brûler cette chose.

- Tu es encore , quelque part et je vais trouver un moyen de t'atteindre.

- Tu perds ton temps, m'assure-t-elle en partant.

- Pourtant, tu ne m'as pas tuée, je réponds un peu plus fort avant qu'elle ne disparaisse et je suis aussitôt de nouveau entouré par le silence, enfin.

Je recule jusqu'à sentir un soutien dans mon dos. Je me laisse tomber contre cet appui de fortune en passant ma main sur mes yeux puis dans mes cheveux en lâchant un long et grand soupire. C'était bien plus éreintant et douloureux que tout ce que j'avais pu imaginer. Elle a encore plus changé que ce que je pensais. Il va être si difficile de la ramener à la raison. D'autant plus que maintenant, j'ai encore plus conscience que le temps m'est compté. Je ne vais pas pouvoir rester ici, indéfiniment.

Je me meurs. Évidemment, je le savais. Mais en avoir la confirmation donne une toute autre perspective. Je ne peux donc plus me contenter de l'attendre. Je vais la forcer à venir à moi encore, encore et encore jusqu'à ce qu'elle lâche prise. Jusqu'à ce qu'elle redevienne elle-même. Celle qu'elle était me manque tellement… je ne parviens pas à concevoir que ce foutu Dieu de la Mort ou du moins ce qu'il en reste ait pu la changer à ce point.

Il a peur d'elle. Je le sais. Sans quoi, pour quelle raison est-ce qu'il la forcerait à recouvrir chaque parcelle de sa peau. Il a peur de ce qu'elle est. Je peux peut-être jouer avec ses appréhensions qui sont, j'en suis certaine justifier. Il a peur… un rire moqueur s'échappe de mes lèvres, piètre Dieu. Elle vaut cent des leurs et ils ne sont que dix. Je ne pourrai jamais la laisser entre leurs mains, encore moins celle de ce monstre. S'il le faut, je le tuerais moi-même.

Après un certain temps, je rejoint l'infirmerie. Je ne suis pas encore tout à fait remise de mes émotions mais je dois affronter les interrogations qui je le sais seront nombreuses de Lexa et Anya. J'hésite avant d'entrer. Il va être plus difficile de les affronter, de leurs mentir au besoin, maintenant que je me souviens. Combien de temps ma mémoire va-t-elle rester avant de disparaître à nouveau ? Je ne sais pas. Mais il est peut-être préférable que j'oublie à nouveau. Il y aurait bien moins de risque que je me trahisse.

Je passe la porte et je sens immédiatement tous les regards se poser sur moi. Je relève les yeux et je hausse les sourcils, quelque peu effrayée, en constatant qu'ils parlent tous ou presque en même temps. Est-ce qu'ils ont oubliés que je suis incapable d'entendre ? D'ailleurs… je viens glisser mes doigts derrière mon oreille, au niveau de ma cicatrice, c'était si étrange de pouvoir utiliser mon ouïe à nouveau. Durant ces quelques minutes, avoir retrouver mon sens m'a rendu plus négligente. J'ai bien failli perdre Raven à cause de lui.

- Raven, je souffle en me souvenant qu'elle était en danger, comment va Raven ?

Je sursaute en sentant une main se poser sur mon épaule gauche. Je tourne le regard dans cette direction, légèrement sur mes gardes. Je suis surprise en découvrant la sorcière avec un magnifique sourire sur les lèvres. Immédiatement, j'associe ce moment avec les centaines… qu'est-ce que je dis les milliers de souvenirs que j'ai d'elle. Pendant un court instant, j'ai envie de pleurer. Il est si bon de la retrouver ou plutôt de savoir qui elle est. Ces dernières années, je ne me suis pas sentie autant en sécurité qu'à ce moment précis.

-Je vais bien, son calme m'apaise. Grace à toi, elle précise avec un sourire paisible, merci de m'avoir sauvé la vie. Mais, elle plisse le nez comme si elle était contrariée, je n'ai pas l'habitude de l'offusquer, à l'avenir évite d'exposer autant la tienne. Je détesterai avoir ta mort sur la conscience.

- Je ne risquais rien, j'élude. Elle ne m'aurait pas fait de mal. Jamais, je souffle.

- Ce n'est pas ce que nous avons ressenti, elle me répond en se tournant pour échanger un regard avec Anya, peut-être que ce sentiment n'a pas duré longtemps, elle me fait de nouveau face, mais il y a eu un moment, certes infime, mais elle a hésité. Elle aurait pu te faire du mal.

- Elle n'a pas hésité, je refuse que ce soit le cas, elle était seulement en colère de me trouver ici alors qu'elle pensait que j'étais rentrée. D'ailleurs Lexa, je cherche l'alpha des Trikru et la trouve près de sa sœur de cœur, avant que j'oublie de nouveau, je viens bien du futur. Désolée de ne pas avoir pu te répondre tout à l'heure.

- Pourquoi es-tu ici ? Veut savoir Lexa.

- Pour elle.

- Celle qui a voulu me tuer, je parviens à lire sur les lèvres de Raven après qu'elle ait de nouveau attiré mon attention, c'est pour elle que tu es là ?

- Oui.

- Mon père voudrait savoir si c'est…

Je ferme vivement les paupières pour ne pas voir son prénom être prononcé. Il était évident que Misik'ilik'ili la reconnaitrait même avec son visage masqué. Après moi, il est certainement la personne qui la connaît le mieux. Mais il se trompe… ce n'est pas elle, pas vraiment. Elle a perdu une part d'elle et tant que ce sera le cas, je refuse de l'appeler ou même de penser à elle par son nom. Ce serait trop douloureux.

- Ne prononce pas ce prénom devant moi, je demande alors que mes yeux se remplissent de larmes, je ne… ce n'est pas elle, pas vraiment. Quand je l'aurais ramené, tu pourras, j'ouvre les yeux pour fixer Misik'ilik'ili, il le pourra aussi mais pas avant parce que pour le moment, elle n'est plus. Tout juste une ombre imparfaite de ce qu'elle a toujours été.

- Je ne comprends pas, rebondit aussitôt le père de Raven, comment peux-tu connaître…

De nouveau, je ferme précipitamment les yeux. Qu'est-ce qu'il n'a pas compris dans : ne prononce pas son prénom devant moi ? C'est pourtant une phrase particulièrement simple ! Et, je trouve que c'est plutôt facile à appliquer. Je me débrouille parfaitement bien depuis plus de deux ans !

- De un, je lève mon indexe en gardant les paupières fermées, la façon dont je l'ai connue est personnelle. De deux, je lève mon majeur en me décidant à lui accorder mon attention, sentant mes iris couler pour devenir celle de mon loup, ne prononce pas ce prénom devant moi. Jamais.

- J'ai le droit de savoir, il insiste, elle est comme ma sœur et je la pensais morte.

- Bien, je souris satisfaite d'apprendre la seconde partie, c'est exactement ce que nous cherchions à faire avant que tout dérape.

- Pourquoi… elle aurait voulu nous faire croire qu'elle était morte ?

- N'est-ce pas évident ?

- Absolument pas, s'agace Misik'ilik'ili.

- Elle ne voulait pas être des vôtres, je réponds sans la moindre compassion, ce que vous êtes devenus : des "Dieux", je mime les guillemets, ça la rendait malade !

- Elle était l'une des nôtre, qu'elle le veuille ou non.

- Elle a disparu juste avant votre ascension alors je dirais que non. Elle n'est pas l'une des vôtres. Et c'est justement ce qui la rend encore plus dangereuse que n'importe quel autres des Dix.

- Moe, je me concentre de nouveau sur Raven, va-t-elle de nouveau s'en prendre à nous ?

- Je pense que oui. Elle croit pouvoir obtenir quelque chose de Yamakou-anami-atos.

- Quoi exactement ?

- Ma protection et ma survie. Si elle reste et qu'elle fait ce qu'il ordonne, je n'encoure aucun danger. Il me menace et cette idiote pense que je suis incapable de me défendre seule. Or, si j'ai réussi à me protéger d'elle, ce n'est pas la Mort qui va m'effrayer. Personne ne sait qui je suis, ni elle, ni lui, ni personne.

Alors que je vois que Raven réagit à ce que je viens de dire, je m'éloigne de tout ce qui se déroule autour de moi. D'aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours eu ces absences. Durant un court instant, je me coupe complètement de ce qui pourtant se déroule sous mes yeux. Le temps m'englobe alors comme dans une bulle ou il n'y a ni début, ni fin, seuls des milliers de possibilité qui se déroule à des moments plus ou moins éloigné les uns des autres, qui ont ou non de l'importance. C'est toujours à moi de faire le tri pour comprendre ce qui est ou non pertinent. Tellement d'images, des secondes qui défilent, de rires, de pleurs… tellement d'instants volés.

Le temps n'est pas linéaire, il ne l'a jamais été. Tous nos choix nous poussent dans une direction ou une autre. En fonction de notre décision, un point se crée, un seul mais notre verdict n'est pas forcément le même à chaque fois donc des milliers de points se forme à la même nanoseconde, créant autant de possibilité. Certaines personnes ont la capacité de voire toute cette toile que représente le temps dans son ensemble, de le comprendre, de le courber à leur guise ou encore d'influer son court. Je fais partie de ces individus. Je me souviens parfaitement de la fois où j'ai pris conscience de ce phénomène hors norme, c'est le jour où je l'ai rencontrée.

Elle pleurait. Elle était dans le noir, recroquevillée dans une sorte d'armoire étrange avec des runes que même aujourd'hui je ne parviens pas à lire. Elle répétait inlassablement les même mots incompréhensibles. Elle ne me voyait pas alors je me suis avancée. J'ai franchi une sorte de barrière étrange et à la seconde même ou je l'ai traversée, elle a relevé les yeux. Elle était effrayée. Non… c'était bien au-delà, elle était tétanisée. Je n'ai compris que bien plus tard qu'elle pensait que ma présence dans son espace causerait ma mort. Puis après un moment, son regard a changé et elle a dit ces mots : Mainn k haussi anibnida. Il m'a fallu presque toute une vie pour les comprendre.

Tu n'es pas réelle.

Je me force à sortir de ce souvenir. Il est aussi heureux que malheur, aussi agréable que douloureux. Je sais parfaitement que lorsque je subis ce genre de transcendance c'est que je suis en danger. Je ne comprends pas. Dans ce lieu, avec ces personnes… je devrais me sentir parfaitement en sécurité. Il me manque donc un élément et le temps tente de me le communiqué. Je ne dois pas divaguer et seulement l'écouter. En une fraction de seconde, à peine un battement de cils, des trillions de scénarios se joue sous mon regard absent. Ils m'apportent de nombreuses possibilités et encore plus de choix que j'essaye. J'échoue un nombre incalculable de fois avant de comprendre enfin d'où et surtout de qui provient la menace. Maintenant que j'ai mis le doigt sur cette information primordial, il me reste à évaluer la meilleure façon de désamorcer cette situation. Je ne parviens pas à m'en sortir, pas sans en dévoiler plus sur mon identité et c'est inacceptable. Celle que je suis est tout ce qui nous protégés, elle et moi. Mon plus grand pour ne pas dire mon seul avantage. Je ne peux pas abandonner aussi facilement.

Il y a certainement une autre solution. Il faut juste que je la trouve. Elle m'a appris à regarder au-delà de ce que nous voulons bien voir. Sa vision du temps est la plus incroyable qui soit. Ce n'est pas étonnant quand on sait qui elle est, qui elle est vraiment.

"Laisse-moi te protéger", je l'entends presque me murmurer cette phrase à mon oreille avant qu'elle ne saisisse mes mains. Les runes de notre première rencontre ont glissé sur ma peau. Je n'ai plus ressenti de tels maux de toute ma vie, c'était comme mourir un peu. L'encre noir à glisser sur et sous mon épiderme et les symboles incompréhensibles ont muté en lettres, puis en phrases qui, durant plus de la moitié de ma vie, sont restées illisibles, insondables, complètement énigmatiques.

De la magie. C'est la magie qu'il me faut. Et… à défaut de pouvoir utiliser la mienne et de me trahir, je peux toujours faire déferler la sienne. Je souris peut-être avec une once d'arrogance quand je me tourne vivement vers Morgane et Luna. Je serre avec force mon poing droit et passe les doigts de mon autre main sur les écritures. Elles n'ont pas le temps de faire un pas de plus que des ombres massives sont projetés sur elles, je les regarde déferler sur elle avec une certaine absence, comme à chaque fois que je les utilise c'est comme si je perdais toute empathie.

"Aide-moi Moe, s'il te plaît, aide-moi à les contrôler. Je n'y arriverai pas seule". Je regarde les amas d'Obscurité prendre forme. Je sens la noirceur s'emparer de mon cœur. Je ne sais pas comment elle fait pour vivre avec cette force nocive en elle. Je n'ai qu'une infime partie de son fardeau. Je ne peux que comprendre comment il doit être aussi facile de basculer mais elle ne l'a pas fait, pas encore. Il n'est pas trop tard. Il reste de l'espoir. Elle ne m'a pas tué. Je ne serais pas celle qui condamnera son âme à la damnation. Je rappelle donc les manifestations et les scelle à nouveau dans mon corps. Les larmes coulent sur mes joues, à chaque fois qu'elles s'échappent c'est de plus en plus douloureux.

- Ne refaites plus jamais ça, je sais que ma voix doit être marqué par la colère et les larmes, nous aurions pu vous tuer.

- Elle t'a donné une partie de ces pouvoirs, comprend Misik'ilik'ili qui a rejoint Morgane, comment… je ne comprends pas comment c'est possible.

- C'est une protection, je lui montre mes deux mains, pour être certain qu'aucun des Dix ne s'en prennent à moi.

- Tu devrais cacher ces marques, ça y est la peur est là, c'est dangereux.

- Hors de question. Je ne suis pas comme elle, je ne me ferais pas dévorer par vos appréhensions.

- Je peux savoir pour quelle raison tu as une telle animosité à mon égard ?

- Parce que j'étais là.

Je sais que je n'ai pas besoin d'en dire plus. Misik'ilik'ili se sent toujours terriblement coupable pour ce qui est arrivé. Il la croyait morte. Ce n'est pas étonnant puisqu'il n'a rien fait quand ils l'ont enfermé, forcer à recouvrir sa peau et condamner à être sa propre mort. Si je n'étais pas intervenue, si je n'étais pas allée la chercher et si je ne l'avais pas emmené avec moi… il aurait eu raison, elle serait morte.

- Je ne suis pas responsable de ce qui est arrivé.

- Regarder et ne rien faire, ne fais pas de toi un innocent.

- Elle avait provoqué Ænkhou qu'est-ce que je pouvais faire ?

- Pour commencer, la libérer de ce sarcophage de bandes qu'il lui a collé sur la peau. Tu n'as pas la moindre idée, je passe mes doigts sur ma joue en ressentant de nouveau cette sensation d'asphyxie, de ce qu'elle peut ressentir.

- C'était pour la protéger !

Un rire sans joie m'échappe après cette réponse. Je revis difficilement les premiers jours, même les premiers mois ou j'ai dû lui réapprendre tous les gestes les plus simple. Elle n'osait plus rien toucher. J'y ai mis toute mon âme, tout mon cœur et un jour… un jour, elle a souri à nouveau. Un autre, elle a posé ses mains sur moi et celui d'après elle m'a embrassé. Nous étions heureuses et amoureuses du moins, moi je l'étais, cachée de tous, mêmes des Dieux, perdu au milieu du temps. Puis sans que je ne comprenne comment, Yamakou-anami-atos la retrouvée.

Elle est partie sans un mot, elle n'a rien laissé d'autre que cette lettre. Elle est partie sans que je puisse lui dire au revoir, elle a provoqué un vide immense en moi. Elle est partie et je m'apprêtais à en faire de même, à reprendre définitivement ma vie et je l'ai sentie souffrir à nouveau sauf que c'était encore pire qu'avant. Alors je suis restée, pour elle, pour la ramener, pour lui rendre son humanité, son bonheur, tout ce que mérite son magnifique cœur.

- Crois ce que tu veux, je lance avec défi.

J'ai à peine prononcé cette phrase que je sens des doigts se resserrer sur mon bras. Je n'aurai pas dû dire ces mots, du moins pas de cette façon. Maintenant, au moins trois d'entre elles vont savoir. Foutus souvenirs… j'étais bien mieux sans eux ! Je relève les yeux pour affronter le regard remplit de questions de Raven. Je fais tout mon possible pour ne pas dévier vers ses lèvres, pour ne pas comprendre ce qu'elle me dit. Pourtant, je sais… elle me demande si je les connais, elle et Anya.

Je déteste mentir. Je le fais pour ainsi dire jamais. Je détourne toute mon attention vers Skye qui est tout aussi surprise que sa mère par mon intervention. Plus je la regarde et plus je comprends qu'elle n'abandonnera pas. Ce n'est pas dans sa nature. Je le sais, je la connais parfaitement, pas aussi bien que Miles mais presque. Alors à cause d'elle, parce que c'est elle qui pourrait tout faire échouer, qui pourrait me faire briser ma promesse je choisi à défaut de mentir de garder le silence.

Révéler que je fais partie de la meute d'Anya, serait donner une trop grande information sur mon identité. Après… après combien faudrait-il de temps pour qu'une d'elle ne comprenne qui je suis ? Quelques jours, un mois peut-être. Je ne peux pas me le permettre. Celle que je suis, c'est tout ce qui me reste pour affronter Yamakou-anami-atos. S'il ne sait pas ce que je suis, il ne peut pas prendre le risque de vouloir me tuer. Celle que je suis, est ma seule arme pour la ramener, elle voudra savoir et je lui donnerais cette information le moment venu, quand elle sera prête pas avant.

Je renonce à la personne que je suis, pour elle. Je renonce à mon nom, pour qu'elle me revienne. Je renonce à ma vie, pour qu'elle choisisse d'échapper à la Mort. Je renonce à tout, pour qu'elle arrête définitivement de survivre. Je renonce et je renoncerai encore, encore, encore et encore jusqu'à ce qu'elle me dise enfin qu'elle m'aime.

Je renonce… je fixe un long moment Skye, puis Anya et enfin Raven. Je renonce à ma famille pour elle. Je renonce… Les souvenirs continuent à me marteler la tête, je veux oublier à nouveau, c'est trop douloureux de se souvenir. Je renonce à tout ce que je suis et si c'est mon choix, je sais qu'elles ne comprendraient pas. Je renonce… jusqu'à ce qu'elle me revienne. Je renonce même si je risque d'effacer jusqu'à ma propre existence.

Je renonce par amour.


Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. Alors cette première immersion dans la tête de Moe était à la hauteur ? Que pensez-vous d'elle maintenant que vous en savez plus ? Vous avez compris qui elle est avec ces quelques indices ? Et croyez-vous que Moe sera capable de "la" sauver, "elle"?

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !

GeekGirlG