Me revoilà avec, à défaut d'un plus gros projet pour le moment, une petite histoire thématique sur le Nouvel An.
Si, c'est thématique ! On est encore en janvier !
Bref, bonne lecture.
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Les traditions du Nouvel An doivent se cantonner au Nouvel An
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Le Nouvel An. Une des fêtes les plus importantes du calendrier japonais, et probablement la préférée d'une grande partie de sa population. Les premiers jours de l'année étaient placés sous le signe des festivités : on allait au temple, on cassait le kagami mochi, on faisait la queue devant les magasins pour acheter les habituels fukubukuro qui allaient donner lieu à de longues sessions de troc entre amis, et on chassait les mauvais esprits en jouant au hanetsuki. Ce jeu traditionnel, se jouant avec un volant de plumes colorées que les joueurs se renvoyaient avec une raquette plate et étroite appelée hagoita, était très populaire à cette période de l'année. Une tradition si répandue que même les membres du Shinsengumi, pour une fois, déposaient leurs sabres pour s'y adonner.
En effet, les célébrations du Nouvel An étaient si ancrées dans la culture que les services de police étaient organisés pour que chacun d'eux, durant cette période, puisse bénéficier d'une journée de repos pour pouvoir en profiter. Et le hanesuki faisait partie de leurs habitudes depuis déjà plusieurs années : l'après-midi, tous les membres se retrouvaient pour une compétition amicale qui les changeaient agréablement des combats habituels. Quoique celle-ci pouvait facilement générer autant de blessures qu'une de leurs bagarres habituelles en cas de litige au niveau des points... Mais globalement, c'était un bon moment, apprécié par tous. Kondo, que tous s'accordaient pour désigner comme étant le plus impartial, se dévouait pour l'arbitrage. Impartial, mais tous le soupçonnaient de tricher légèrement lors du tirage au sort pour éviter que le vice-commandant Hijikata et le capitaine Okita ne tombent l'un contre l'autre, de peur que le match ne dégénère en règlement de compte et de devoir interrompre le jeu pour les empêcher de s'entre-tuer. Heureusement, il n'y avait pas besoin de magouiller bien longtemps, ni l'un ni l'autre n'allant très loin dans la compétition.
Sougo était naturellement bon à tous les sports auxquels il s'essayait et le hanetsuki ne faisait pas exception ; mais celui-ci ne l'intéressait pas suffisamment pour qu'il s'y investisse très longtemps. Il gagnait quelques parties, juste assez pour être sûr de ne pas se retrouver dernier du classement – celui-ci recevant le gage de se faire barbouiller le visage de motifs à l'encre de Chine choisis par ses camarades – avant de s'en désintéresser et d'aller faire autre chose, par exemple une sieste, cédant la victoire par forfait à son adversaire. Hijikata suivait à peu près le même chemin, mis à part qu'il laissait plutôt son adversaire gagner lorsqu'il voulait quitter le jeu, avant de féliciter le vainqueur et de rejoindre Kondo à l'arbitrage. En somme, le jeu les amusait, mais aucun d'entre eux n'y portait assez d'intérêt pour vraiment essayer de le gagner.
Ce n'était en revanche pas le cas de tout le monde... Il y avait quelqu'un, dans le Shinsengumi, pour qui cette petite compétition revêtait une importance toute particulière : le discret et même bien souvent oublié inspecteur Yamazaki Sagaru. En effet, c'était le seul moment de l'année où il était autorisé, et même encouragé, à briller dans le domaine dans lequel il était à la fois le plus brillant et le plus motivé. À savoir le badminton.
Bon, pas vraiment le badminton. Le hanetsuki. Il y a un volant et des raquettes, c'est presque pareil. Du moins, ça se ressemblait assez pour que ses compétences dans le premier servent pour le second. C'était un rêve pour lui : il pouvait manier la raquette – ou plutôt la hagoita – en plein milieu du terrain d'entraînement, réaménagé pour l'occasion en cours avec filet, sans que le terrifiant vice-commandant ne l'engueule, le tabasse, le condamne au seppuku voire les trois en même temps, l'applaudissant même avec les autres lorsqu'il gagnait. C'est-à-dire, à chacun de ses matchs. Évidemment, sa fréquente pratique clandestine lui donnait une longueur d'avance sur chacun de ses adversaires et, de fait, remportait la compétition tous les ans. Il en devenait l'attraction du jour, ce qui était aux antipodes de sa position habituelle ; au point que bien vite, le défi du jour n'était plus désigné comme étant « remporter la compétition de hanetsuki » mais « essayer de battre Yamazaki ». Bien entendu, ce n'était qu'une gloire éphémère, plus personne n'y pensant le lendemain, et c'était une des raisons pour lesquelles il mettait un point d'honneur à en profiter un maximum.
L'inspecteur était donc aux anges alors que, pendant ce jour qui avait toujours été pour lui synonyme d'allégresse, il donnait un coup précis de son hagoita au volant coloré qui alla siffler au raz de celle de son adversaire.
- Fin du match ! annonça Kondo en levant le bras sur le côté du terrain, comme il le faisait pour un combat au sabre – en même temps, il n'avait pas d'autre expérience d'arbitrage. Vainqueur, Yamazaki !
La cigarette calée entre les dents depuis l'instant où il avait quitté le tournoi, Hijikata nota le décompte des points. Personne ne lui demanda de le lire à haute voix, car chacun en avait une bonne approximation : Yamazaki devait être confortablement en tête, talonné de pas trop loin par Sougo qui, peut-être par manque d'exercice ces derniers temps, s'était attardé dans le jeu un peu plus longtemps que d'habitude ; suivis de quelques sportifs qui ne s'en sortaient pas trop mal, et les autres plus ou moins loin derrière.
Le vainqueur et le vaincu vinrent se saluer avant de quitter le terrain, le second clairement plus transpirant que le premier.
- Comment tu fais pour ne même pas être essoufflé ? lui demanda-t-il, sincèrement curieux, Yamazaki n'étant pas spécialement réputé pour son endurance.
- Question de gestion de l'espace, répondit l'inspecteur en souriant. Courir le moins possible en faisant courir l'autre le plus possible, c'est ça le secret !
Bien qu'il ne souhaitât pas jouer le rabat-joie de service un jour pareil, Hijikata ne put s'empêcher de grommeler entre ses dents. Si ce benêt mettait autant d'implication, de sueur et de stratégie dans son entraînement au sabre, même Sougo aurait eu du souci à se faire concernant son titre de champion du Shinsengumi.
Bon, peut-être pas à ce point, mais c'était l'idée.
- Bien, aux suivants ! s'exclama Kondo. Toushi, je t'en prie ?
Le vice-commandant plongea la main dans une boîte en carton remplie des noms de tous les agents encore en jeu, et en tira un papier qu'il déplia.
- Oh, Yamazaki, c'est encore tombé sur toi, remarqua Kondo en lisant par-dessus son épaule. Tu veux qu'on retire ou tu sens d'en enchaîner deux de suite ?
- Aucun problème, commandant !
Actuellement, il se sentait assez plein d'énergie pour en enchaîner dix de plus sans se fatiguer. Ce qui était sans doute un peu trop optimiste, en réalité.
- Alors c'est parti ! Ce donc sera Yamazaki contre...?
Hijikata tira un second papier ; lorsqu'il lut le nom qui y était inscrit, Kondo, qui était le plus proche de lui, put percevoir sur son visage un léger frémissement de ses lèvres et un imperceptible haussement de sourcils. Ce fut d'une voix neutre qu'il annonça :
- Yamazaki contre Okita.
Au lieu des applaudissements et encouragements habituels à l'annonce d'un nouveau challenger, ce fut un silence de plomb qui tomba sur l'assistance. Le seul qui ne sembla pas remarquer le changement dans l'atmosphère fut le principal concerné, qui releva la tête en entendant son nom.
- Ah ? C'est à mon tour ? Tiens, Yamazaki, c'est la première fois qu'on joue l'un contre l'autre, non ?
Yamazaki faisait à peu près la même tête que les autres... Une nuance de condamné à mort en plus.
- Euh... Je... Vous croyez ? Euh, je veux dire... Oui, oui, c'est bien la première fois, je veux dire, je n'aurais jamais oublié...
- Génial. Allons-y, alors.
Son expression ne s'étant pas défaite de ce masque impassible, impossible de dire s'il était content ou non de jouer contre le champion en titre. Ce « génial », comment fallait-il l'interpréter, au juste ? Est-ce que c'était plutôt « génial, ça va être chouette », ou « génial, j'avais justement envie d'abattre un personnage secondaire, merci de mettre en place une situation pour moi ? »
Connaissant le premier capitaine, la seconde possibilité était aussi attendue que redoutée.
Ou était-ce encore : « génial, ça relèvera le niveau par rapport à mes matchs précédents ? » Sougo aimait les défis, ce n'était pas impossible. Cependant, il détestait être battu, et le meilleur moyen qu'il ait trouvé pour que ça n'arrive jamais était de simplement liquider la concurrence. Mais en même temps, ce n'était qu'un jeu de hanetsuki... Il n'allait pas y accorder tant d'importance que ça, n'est-ce pas ? Ou ne supporterait-il pas d'être surpassé par Yamazaki, dont il ne portait pas les compétences en très haute estime, fût-ce dans quelque chose d'aussi futile ?
Personne n'avait la réponse à ces questions... Ni le public, ni les arbitres – Hijikata, d'ailleurs, n'était pas loin de ressentir de la pitié pour le pauvre inspecteur : ses antennes ne lui indiquaient aucune intention agressive chez Sougo, mais celui-ci était capable depuis longtemps de déjouer ses instincts – ni évidemment Yamazaki dont une goutte de sueur commençait à couler le long de la tempe, et le sport n'y était pour rien. Alors que son adversaire se mettait en place, son hagoita à la main, étirant son cou et ses épaules avant de se mettre en position, lui était pris dans un drame existentiel : devait-il déclarer forfait ? Ou pas ?
… Non, ce n'était probablement pas la chose à faire. Le capitaine avait manifesté l'envie de jouer, le lui refuser allait certainement le contrarier, entraînant une vengeance douloureuse. Dans ce cas, valait-il mieux gagner ou perdre ? S'il gagnait, Okita pourrait mal le prendre, ce qui entraînerait une vengeance douloureuse. S'il faisait exprès de perdre, il allait sans doute s'en rendre compte, le prendrait comme un signe de condescendance, ce qui entraînerait une vengeance douloureuse.
… Et s'il se cassait une jambe, là tout de suite ? Ce serait douloureux, en effet, mais certainement moins que...
- Bon, alors, tu sers ?
Et merde, il avait cogité trop longtemps. Trop tard pour tenter quelque chose maintenant.
Bon, après tout, peut-être qu'il allait perdre à la loyale et qu'il n'aurait pas à affronter cette issue funeste... C'était rageant, mais il fallait reconnaître que le capitaine était un prodige en matière de sport et apprenait extrêmement vite. Il n'était pas impossible qu'il soit déjà bien meilleur que lui à ce jeu dont il se foutait complètement.
Sa nervosité ne s'atténua pas le moins du monde alors qu'il effectua son premier service. Il ne pouvait s'empêcher d'analyser chaque mouvement de son adversaire, pas pour analyser son jeu et prévoir ses coups futurs comme il le faisait avec les autres mais pour y déceler une quelconque tentative d'attaque. Trop occupé à redouter que le capitaine ne décide soudainement de lui envoyer un tir en boulet de canon droit dans son œil, il se déconcentra et perdit le premier point.
Tendu comme un arc, il ramassa le volant pour aller le donner à Sougo de l'autre côté du filet.
- Oh, Yamazaki... l'interpella celui-ci en saisissant l'objet.
- Euh, oui ?
- Tu ne m'as pas laissé ce point, par hasard ?
- Oh, bien sûr que non, capitaine ! s'écria l'inspecteur, en sueur devant le regard soupçonneux de son vis-à-vis. Je ne me permettrais pas... Enfin, je veux dire, je n'estime pas que vous ayez besoin de...
- C'était pourtant un point facile, insista Sougo, coupant ses justifications entremêlées. Ça ne te ressemble pas de laisser passer ça.
- Ah ah, j'ai été distrait... Peut-être que les deux matchs de suite, c'était un peu ambitieux, finalement !
- Tu veux prendre une pause ? Ça me dérange pas, hein. Autant t'affronter quand tu es frais.
- Oh, non, non, ça ira, je vous assure... Je vais me concentrer...
- C'est bon, vous deux ? s'impatientait Hijikata sur le bord du terrain. On peut s'y remettre ?
- Oui... Oui oui, vice-commandant !
Bon... Il avait intérêt à faire un effort, sinon son adversaire allait vraiment croire qu'il était en train de le laisser gagner. Il parvint à se focaliser suffisamment pour marquer le point suivant. Sougo n'accusa pas de réaction particulière en se replaçant pour accueillir son nouveau service ; à vrai dire, il jouait tout à fait normalement, quoique bien mieux que la moyenne.
Yamazaki cessa rapidement de compter les points. Ça le stressait trop. Puis, peu à peu, pris qu'il était dans le jeu, il oublia progressivement qui il avait en face de lui... Il faut dire que, pour lui aussi, le capitaine Okita était l'adversaire le plus sérieux qu'il ait eu depuis un moment. Sa victoire n'était cette fois pas acquise, ce qui ralluma une flamme dans son esprit de compétition. Bientôt, les coups s'échangèrent avec vitesse et fluidité, les deux joueurs totalement concentrés sur leur partie. Le volant touchait rarement le sol, renvoyé parfois de justesse de l'extrémité de la raquette étroite ou tombait à peine derrière ou devant la ligne délimitant le terrain... C'était la partie la plus stimulante qu'il ait connue depuis longtemps, et bon sang, qu'est-ce que c'était bon de flirter ainsi avec ses limites ! À cet instant, il n'y avait plus au monde que cette partie de hanetsuki. Jusqu'à ce que, soudainement, la voix forte de Kondo le ramène à la réalité :
- Terminé ! clama-t-il. Vainqueur du match : Yamazaki !
Un peu étourdi, l'inspecteur se retourna en direction des arbitres, comme s'il venait de se rappeler de leur présence. Le commandant avait levé le bras gauche, soit celui de son côté du terrain, et à côté de lui, Hijikata griffonnait sur le feuille de scores.
- Et du tournoi aussi, vu son avance... commenta ce dernier.
Oh, il avait gagné...
Attendez, il avait gagné ?
Contre le capitaine Okita ?
Oh merde, comment il allait le prendre ?
Autour d'eux, le reste de leurs collègues semblaient se poser la même question. Ils avaient à demi levé leurs mains, ne sachant pas trop s'il était prudent d'applaudir ou non...
Ce fut Sougo lui-même qui mit fin à leur cas de conscience : il cala son hagoita sous son bras, se libérant les deux mains qu'il claqua l'une contre l'autre.
- Bien joué, mon vieux, déclara-t-il tranquillement. Merci pour la partie, c'était marrant.
Les autres eurent un instant d'hésitation ; puis, voyant que leur capitaine semblait véritablement vivre ce qui était, l'air de rien, sa première défaite – oui, ce n'était que du hanetsuki, mais tout de même – plutôt sereinement, les esprits se détendirent et les applaudissements et exclamations se mirent à résonner sur le terrain d'entraînement.
- J'imagine que même si tu as déjà gagné aux points, vous allez quand même finir les matchs histoire d'avoir aussi un grand perdant ? demanda Sougo qui avait fouillé sa poche pour en tirer son masque de sommeil rouge. Je vais vous laisser finir, réveillez-moi juste quand il sera désigné, j'ai plein d'idées pour le moment où il faudra lui barbouiller la gueule. J'aurais juste besoin de dix minutes pour préparer mon matériel.
- On te l'a déjà dit, lui répondit Hijikata avec impatience, pour le gage, uniquement de l'encre de Chine ! Pas de tatouages !
- Pfff, petits joueurs.
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Dès le lendemain, le Shinsengumi avait repris son travail et ses habitudes. Mais on pouvait néanmoins déceler une certaine tension dans ses couloirs ; des discussions à voix basse, des regard furtifs lancés en particulier en direction du premier capitaine ou de l'espion paradoxalement à la fois le plus connu et le plus invisible, comme cherchant à détecter une intention machiavélique chez le premier ou des signes de mort imminente chez le second qui, à vrai dire, n'en menait pas large. Mais les jours s'écoulèrent sans qu'il ne se passe rien. Sougo se conduisait avec Yamazaki comme à son habitude – donc pas de façon particulièrement bienveillante, mais pas pire qu'avec un autre non plus – et ne fit aucune allusion de près ou de loin à la compétition de hanetsuki. Il semblait être passé à autre chose, pour autant qu'on puisse dire qu'il s'y soit attardé à un moment donné. Les gars finirent par s'en vouloir un peu de l'avoir cru aussi mauvais joueur et les esprits se détendirent ; et, pour la première fois depuis que cette compétition avait été mise en place, celle-ci nourrissait les conversations encore plusieurs jours après que les festivités du Nouvel An se soient terminées. Le beau spectacle qui leur avait été offert, le finalement bon esprit de Sougo et leur propre paranoïa les faisaient beaucoup rire. Ainsi, il était fréquent de voir deux agents plaisanter à ce sujet au détour d'un couloir.
Il y en avait un cependant que cela n'amusait pas : Hijikata, lui, grinçait des dents à chaque fois qu'il entendait l'un ou l'autre de ses collègues en parler. Et cette fois ne fit pas exception, alors qu'il fusillait du regard les trois agents qui venaient de passer en s'esclaffant – quand bien même il n'avait pas entendu le sujet de la conversation qui, si ça se trouve, n'avait rien à voir avec ça – en écoutant à peine le dernier rapport de mission que Sougo était en train de lui débiter.
- Tu n'aurais pas pu le battre, non ? grinça-t-il entre ses dents avec un dernier regard mauvais aux responsables.
- On se demande ce qu'il te faut ! rétorqua le capitaine. Il est au fond d'une geôle et ses mains dans une autre, il n'est pas assez battu pour toi ?
- Mais non, pas ça ! Je te parle de Yamazaki !
- Oh… Ça, je l'ai fait ce matin, à l'entraînement.
- Mais tu le fais exprès ? Je te parle de la partie de hanetsuki !
- Hein ? s'exclama Sougo, les mains toujours enfoncées dans ses poches. Tu es encore là-dessus ? C'était il y a deux semaines...
- Il n'y a pas que moi qui reste dessus. Je ne peux pas passer une demi-journée sans en entendre parler, fulminait le vice-commandant, accentuant l'effet avec la cigarette qu'il tenait entre ses doigts crispés. Et à cause de ça, cet abruti ne se sent plus pisser !
- Et alors ? lâcha son subordonné, l'air peu concerné. Les gars vont passer à autre chose. C'est de Yamazaki dont on parle après tout. En quoi ça te dérange, au juste ?
- Ce qui m'emmerde, c'est qu'ils sont en train de l'encourager dans sa connerie ! Avec tout le monde qui n'arrête pas de le féliciter, on ne va plus le voir à l'entraînement parce qu'il sera en train de s'amuser avec sa raquette à la con !
- Tu veux dire, par rapport à avant où il suivait l'entraînement avec assiduité et où il gardait le badminton pour ses jours de congé ?
- Ah, la ferme. Je te garantis que ça va être pire !
- Au bout d'un moment, qu'est-ce que ça peut faire, qu'il soit bon au sabre ou pas ? rétorqua Sougo avec un haussement d'épaules. Il est espion. Neuf fois sur dix, quand il se retrouve dans une situation dangereuse, il est incognito donc désarmé. Et comme on a plutôt intérêt à ce qu'il reste vivant pour nous ramener les informations, il vaut mieux qu'il travaille la fuite. Ce qu'il fait à chaque fois que tu le surprends en train de s'entraîner au badminton. Donc, pour être efficace dans son travail, il faut qu'il continue comme ça. CQFD.
- Mais pourquoi je suis venu te parler de ça à toi ? s'exclama le vice-commandant en se frappant le front avec le rapport que Sougo venait de lui remettre, manquant d'y mettre le feu avec sa cigarette. J'aurais dû me douter que tu me contrarierais juste pour m'emmerder ! Ah, vivement qu'on ait une planque ou une mission d'infiltration bien risquée à lui confier, ça le fera descendre de son petit nuage ! Rah, vous m'énervez, tous, j'y vais, j'ai du boulot !
- Hé, oh, protesta Sougo alors qu'il s'éloignait, on n'avait pas fini, là ! Qu'est-ce qu'on fait avec ce type en prison ? Je te rappelle qu'il a encore des infos à nous donner sur sa bande, et que malgré les morceaux qu'on lui a enlevé, il fait encore de la résistance ! On fait comment pour le faire parler ?
- Fais comme tu veux !
Sougo haussa légèrement les sourcils, avant de se tourner vers les deux agents qui passaient par là et qui avaient assisté malgré eux à la scène.
- Vous êtes témoins, déclara-t-il en les pointant du doigt, il a dit « comme je veux ».
Ses deux collègues se regardèrent, embarrassés, tandis que leur capitaine filait en direction des prisons.
- Euh... On va avertir le commandant, hein...
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- Hé, Hijikata-san, il y aurait besoin de toi pour un truc...
- J'ai pas le temps là tout de suite, Sougo ! répondit le vice commandant qui s'agitait de droite à gauche pour donner des directives aux agents qui couraient pour préparer armes et voiture dans ce qui allait de toute évidence être une intervention musclée. Il y a une alerte au centre-ville, faut qu'on soit parti dans les trois minutes !
- J'ai juste besoin d'une seconde, c'est urgent ça aussi, affirma-t-il en lui montrant les feuilles de papier qu'il avait à la main.
- Va voir Kondo dans ce cas !
- D'accord... Tu sais si Otae-dono travaille aujourd'hui ?
- Hein ?
- Pour savoir si je vais voir au bar à hôtesses ou directement chez elle.
- Mais il n'était pas dans son... Ah, merde, bon, montre-moi vite fait ton truc !
- Tu sais le type qu'on a ramené l'autre jour ? Avec les infos qu'on lui a fait cracher, on avait pu coincer sa bande. Mais en les creusant un peu plus, on pourrait réussir à les utiliser pour en faire tomber plusieurs autres avec qui ils étaient en relation...
- Mais je croyais que les autres voulaient boucler cette affaire le plus vite possible ? s'étonna Hijikata en indiquant en même temps dans quelle partie du convoi devaient se rendre les tireurs au bazooka.
L'affaire dont parlait Sougo avait en effet eu lieu en dehors du territoire du Shinsengumi, mais le service de police qui y était affecté ne possédait pas les ressources suffisantes en matière d'anti-terrorisme pour s'en charger. Matsudaira les avait donc mis en relation afin qu'ils s'en occupent ensemble ; heureusement, ce groupe-là était plus facile à vivre que ces snobinards du Mimawarigumi et la collaboration s'était plutôt bien passée. Cependant, Hijikata savait qu'à cause de leur solide réputation de voyous, les autres groupes de policiers préféraient limiter au maximum leurs interactions avec eux, et que leurs collègues préféreraient mettre fin le plus vite possible à leur coopération.
- J'ai réussi à les convaincre, répondit simplement Sougo. Si on y arrive, ce sera quand même un beau coup de filet qui sera bénéfique pour tout le monde, y comprit pour eux qui pourraient désormais bénéficier de suffisamment de moyens pour ne pas avoir besoin de nous la prochaine fois.
Hijikata se retourna vers lui, surpris.
- C'est... Un argumentaire étonnamment bon, constata-t-il.
- Ça fait toujours plaisir de voir que ça t'étonne. Enfin bref, l'idée, ce serait d'infiltrer un espion auprès du type qui, apparemment, les finance en douce. Un notable du Bakufu. Ça fera un peu bosser Yamazaki comme ça.
- ... Yamazaki ?
- Ben oui, on a d'autres espions ? Nommés par l'auteur, je veux dire ?
- Bah, on avait Sinohara, à un moment, mais...
- Qui ?
- Peu importe, ça m'arrange, conclut Hijikata en pensant à la conversation qu'ils avaient eue quelques jours plus tôt. Je comptais justement lui trouver un truc à faire...
- Je sais, c'est pour ça que je l'ai proposé.
- C'est pour ça ?
- C'est pas ce que tu avais dit l'autre jour ? Qu'il vaudrait mieux pour son propre bien de partir en mission qui lui remettrait les pieds sur terre ?
- Si, mais...
- Parce que contrairement à toi, continua Sougo d'un ton agacé, moi, je t'écoute quand tu me parles. De boulot tout du moins.
Mouais... Hijikata avaient plusieurs dizaines de contre-exemples en tête en y réfléchissant à peine, mais devant un effort de bonne volonté, il ne voulait pas faire sa tête de con.
- Pardon, pardon. Donc, c'est l'ordre de mission, il faut que je le valide, c'est ça ?
- Oui. Il faut juste que tu mettes ton tampon ici, comme ça je le fais partir cet après-midi et il partira demain.
Le vice commandant fouilla sa poche à la recherche de son sceau, puis, alors qu'il l'apposait en bas des différentes copies, un agent le héla pour lui annoncer que tout le monde était prêt à partir.
- J'arrive ! Sougo, tant que tu y es, tu peux lui expliquer la mission toi-même, je pense que je ne serai rentré que ce soir...
- Aucun problème, fit le capitaine en repartant. J'adore être porteur de bonnes nouvelles !
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Étirant les muscles de ses bras, le vice-commandant bâilla bruyamment en prenant le chemin de sa chambre, rattrapant de justesse sa cigarette qui manqua de tomber. La journée avait été longue, et il avait hâte d'aller enfin se coucher. La paperasse attendrait demain. Mais, c'est étrange, il avait l'impression d'oublier quelque chose...
- Vice-commandant !
Ah. Voilà, c'était ça qu'il avait oublié ; il se retourna pour attendre Yamazaki qui courait vers lui.
- Comment s'est passé votre intervention, vice-commandant ?
- Ça c'est bien... Enfin, ça s'est passé, quoi.
- Ah, tant mieux !
Hijikata haussa un sourcil circonspect. Est-ce que c'était son imagination, ou est-ce que ce type avait l'air un peu trop heureux ?
- Hum... Yamazaki, est-ce que Sougo t'a informé de ta nouvelle...
- Ma nouvelle mission d'infiltration qui commence demain ? Bien sûr, vice-commandant, merci infiniment !
- Euh... Merci ?
- Bien entendu ! affirma-t-il avec un sourire qui s'étirait jusqu'à ses oreilles, je suis tellement ravi que vous me l'ayez confiée ! Sur ce, je vais me préparer, je serai parti demain aux aurores, bonne soirée vice-commandant !
Hijikata ne put rien faire d'autre que de le regarder partir en gambadant, ébahi. Bon, certes, Yamazaki était d'excellente humeur ces jours-ci, et de manière générale, il semblait apprécier son métier d'espion, mais... Enfin, de là à...
Il fut soudainement pris d'un doute. Toute fatigue oubliée, il changea de direction et fonça dans son bureau. Il n'eut pas de mal à trouver ce qu'il cherchait : Sougo avait déposé le document bien en évidence sur son plan de travail, comme pour s'assurer qu'il ne puisse pas le rater. Il s'en saisit et ses yeux parcoururent rapidement l'ordre de mission qu'il avait signé sans le lire plus tôt dans la journée, pour s'arrêter sur le descriptif du travail :
« L'espion devra s'infiltrer dans l'entourage du membre du gouvernement sus-mentionné, en répondant à son annonce visant à trouver pour son fils un professeur de tennis, et... »
Les lèvres du vice-commandant s'entrouvrirent, laissant cette fois choir la cigarette qui alla laisser une marque sur le bois du plan de travail.
- Oh le petit c...
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Merci si vous êtes restés jusque là ! La semaine prochaine, ce sera une nouvelle fable de Kabuki Cho. Et malgré le rythme de parution réduit, sachez que je n'en ai pas fini avec l'Épine et le sadique.
