Bonjour !
Voici un nouveau chapitre un petit peu particulier par rapport aux précédents, vous allez vite comprendre pourquoi. Surtout ne vous étonnez pas, c'est tout à fait volontaire.
Sur ce, bonne lecture !
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— Seconde chance —
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La bataille était déjà bien engagée lorsque Maglor vit Elaiano se raidir et fixer un point éloigné pendant quelques secondes. Puis sans crier gare elle posa son arc et son carquois presque vide et sauta de l'arbre. L'elfe interpella la jeune fille mais celle-ci ne lui prêta pas attention et fonça tête baissée dans la mêlée. Le fëanorion chercha donc un instant du regard le détail qui avait poussé l'adolescente à cet acte totalement irréfléchi, et ce qu'il vit ne le rassura pas du tout. Faegmôr était venu et se battait. Il comprit aussitôt que sa présence n'était pas anodine et qu'il cherchait à attirer Elaiano en dehors de la protection que lui conférait le bois. Dans son désir de vengeance vis-à-vis du Maia, la jeune fille n'avait pas réfléchit et s'était laissée dominée par ses émotions. S'il n'intervenait pas, elle tomberait dans le piège de l'ancien serviteur d'Irmo et plus jamais il ne retrouvait l'adolescente qu'il avait connu. Le fëanorion passa donc son arc en bandoulière et prit le peu de flèches qui restait dans le carquois d'Elaiano pour les ajouter aux siennes. Puis il sauta souplement de l'arbre et se jeta à son tour dans la bataille.
Il perdit presque aussitôt la jeune fille des yeux tant le chaos qui régnait sur le champ de bataille était important. Forcé de se battre pour avancer, Maglor dégaina son épée et se mit à frapper tous les ennemis qui passaient à sa portée sans la moindre distinction ni état d'âme. Il se retrouva rapidement isolé du reste des combattants Galadhrims mais il n'y prit pas gare, son instinct lui soufflait de continuer d'avancer. Il avait depuis longtemps compris que son instinct ne se trompait que rarement et qu'il se devait de le suivre. Alors il continua à avancer, tranchant la gorge des uns, transperçant le ventre des autres. Parfois il était forcé de parer un ou deux coups avant de faire finalement basculer son adversaire et l'envoyer rejoindre ses congénères déjà morts. Quelques Orcs plus malins que les autres l'atteignirent à plusieurs reprises dont notamment une fois un peu plus profondément sous l'épaule droite. Mais l'Orc ne put savourer sa victoire bien longtemps car le fëanorion le décapita sans détours d'un coup sec et précis. Alors que le corps de son ennemi s'effondrait, il aperçut l'adolescente dos à dos avec un Galadhrim. Elle n'avait pas vraiment l'air blessée.
Mais l'elfe dû détourner les yeux un instant pour repousser deux Orcs décidés à lui faire la peau et lorsqu'il regarda à nouveau dans la direction où il avait vu Elaiano, elle n'y était plus et un autre elfe avait pris sa place. Maglor fut forcer de se frayer un chemin entre leurs assaillants pour parvenir à rejoindre la petite troupe qui semblait en difficulté. L'armée ennemie les avaient isolés du reste du groupe et les éliminaient uns à uns. Le fëanorion se mêla à eux pour les aider et il se mirent tous dos à dos pour se protéger mutuellement. Lorsqu'un tombait, leur cercle se resserrait et le trou ainsi pratiqué se comblait automatiquement. Quand son voisin de gauche s'effondra transpercé, Maglor se retrouva côte à côte avec le commandant du groupe.
— Vous devez vous replier sur la forêt. Faites sonner la retraite et passez à la deuxième étape du plan, cria-t-il pour que son voisin l'entende malgré le fracas incessant des armes et les cris de douleur de ceux qui tombaient.
— Comment ?
— Je vais les attirer. Rejoignez vite la forêt.
Le commandant acquiesça et recula d'un seul coup au centre du cercle pour faire passer le message aux soldats. Une fois fait, il fit un signe de tête à Maglor qui sortit du cercle et fonça droit sur l'attroupement d'Orc le plus proche en hurlant. Tous furent attirés par ce cri de rage et se jetèrent sur l'inopportun qui avait osé provoquer ce bruit. Tout en se battant du mieux qu'il pouvait abattant ennemi après ennemi, le fëanorion cru entendre par-dessus la cohue un cri de ralliement.
— Nan eryn !
Un sourire désabusé transparu sur les lèvres de l'elfe. Il se trouvait à nouveau seul au milieu d'une marée d'Orcs qui se battaient presque entres eux pour être le premier à tuer cet elfe qui osait leur tenir tête et continuer à se battre. Sans perdre de temps, Maglor esquiva habilement un coup et reprit sa danse mortelle sans cesser de chercher Elaiano des yeux. Il blessa et tua un nombre incalculables d'Orcs avant d'enfin apercevoir la jeune fille à seulement quelques pas devant elle. Une troupe d'Orcs venaient de lui sauter dessus. Il vit avec horreur l'adolescente se faire désarmer mais il n'eut pas le temps de lui porter assistance. Une onde de choc provenant de l'endroit où se tenait Elaiano le cueillit et l'envoya valser dans les airs, puis s'écraser lourdement sur le sol. Le dos endolori par la chute et la tête bourdonnante, le fëanorion se força à se relever malgré tout. S'il restait à terre, il périrait écrasé ou transpercé par un ennemi qui l'aurait vu trop affaibli pour se battre mais encore en vie. Tout autour de lui, aucun Orc ne lui prêtait attention et tous semblaient converger vers un grand espace vide qui s'était formé non loin. Au centre de celui-ci, Elaiano se tenait debout désarmée mais en vie. Maglor voulu se dépêcher de la rejoindre avant que les Orcs ne l'atteignent et ne la tue mais une voix froide claqua et il se figea un instant.
— Non ! Occupez-vous de prendre la forêt ! Je me charge d'elle.
Tous hésitèrent avant de faire demi-tour et se précipiter sur les elfes qui défendaient toujours la forêt. Maglor ne perdit pas une seconde et voulu se précipiter en avant pour empêcher Elaiano de combattre Faegmôr, car c'était lui et nul autre qui venait de proférer cet ordre, mais les Orcs l'aperçurent et nombreux furent ceux à se jeter sur lui. Le fëanorion dû alors reprendre le combat, se sachant non loin de la jeune fille, mais incapable de lui porter secours si elle perdait face au Maia. Et si, comme il le suspectait, elle se laissait dominer par sa colère, elle n'avait pas la moindre chance de l'emporter. Il se battit donc avec l'énergie du désespoir. Il se devait d'arriver à temps pour aider l'adolescente. Il devait la sauver avant que le Maia ne l'attrape et ne lui fasse tout oublier à nouveau, ou pire, qu'il ne la tue. A plusieurs reprises, il entendit les cris qu'Elaiano poussait en se battant. Et si cela signifiait que le combat n'était pas terminé, les hurlements qu'il entendaient étaient sauvages et ressemblaient plus à des cris de colère et de désespoir qu'à autre chose. Mais il se battait toujours et n'arrivait toujours pas à rejoindre l'espace vide où Faegmôr et l'adolescente se battaient.
Les cris avaient maintenant cessés et le fëanorion craignait le pire. Que se passait-il ? Le Maia était-il parvenu à ses fins ? Il ne voulait pas y croire, mais la peur de perdre à nouveau son âme-sœur lui étreignait le cœur comme jamais. Puis une certitude s'immisça en lui. Elaiano était en danger. Bien plus qu'elle ne l'était déjà auparavant. Il devait agir vite. Avec toute les forces qu'il possédait encore, il frappa encore et encore avec de plus en plus de vigueur et parvint enfin au cercle. Ce qu'il vit le terrifia autant qu'il le galvanisa. La jeune fille gisait sur le dos et Faegmôr la surplombait. Son épée descendait lentement vers la poitrine de l'adolescente qui avait de plus en plus de mal à bloquer son avancée avec ses doubles-dagues qu'elle avait miraculeusement récupéré. Ses bras tremblaient sous l'effort et elle menaçait de lâcher. Et d'un seul coup, elle écarta les bras et toute la pression qui bloquait la lame du Maia disparu. Celle-ci entama alors sa descente funeste vers la poitrine de l'elfe épuisée. Sans réfléchir plus longtemps, Maglor couru à toute vitesse vers Faegmôr et se jeta sur lui dans le vain espoir de l'empêcher d'atteindre sa cible. Le choc fut plus violent qu'il ne s'y était attendu. Les deux combattants s'écrasèrent lourdement au sol, l'un surprit, et l'autre en détresse. Sans prêter le moindre instant attention au Maia, le fëanorion se précipita auprès d'Elaiano craignant qu'il ne soit trop tard. Mais elle n'avait aucune blessure grave en apparence mis à part son genou qui semblait avoir gonflé. Il s'agenouilla auprès d'elle et prit ses mains dans les siennes.
— Elaiano…
La jeune fille entrouvrit les yeux surprise de ne pas avoir été touchée par l'épée de Nínim. Et lorsque son regard se posa sur le visage de Maglor qui la fixait avec un air tendu.
— Maglor ? C'est vraiment toi ?
— Oui. Tu vas bien ? fit-il en lui tendant une main après s'être relevée.
L'adolescente ne répondit pas et se contenta de prendre la main tendue après avoir attrapé ses dagues. A cet instant, son pendentif chauffa encore plus fortement que précédemment. Elle devait partir au plus vite, Galadriel lui faisait comprendre que cela devenait urgent.
— Tu ne t'en sortiras pas à si bon compte, cracha Faegmôr en se relevant. Le fils de Fëanor ne sera pas toujours là pour te sauver la mise, ajouta-t-il une lueur dangereuse dans les yeux. Allez ! Viens te battre !
Elaiano n'osa pas le regarder dans les yeux et resta impavide.
— Nous ne poursuivrons pas ce combat, répliqua alors froidement Maglor après avoir posé une main sur l'épaule de la jeune fille qui se contentait de regarder le sol perdue dans ses pensées.
— C'est ce que tu crois, lança le Maia avant de se précipiter sur le binôme.
Aussitôt, le fëanorion s'activa. D'un geste il fit glisser l'arc le long de son épaule, encocha une flèche, visa, et décocha d'une seule respiration. Celle-ci fila se planter dans l'épaule de Faegmôr qui ne s'était pas attendu à une réaction si soudaine. Il se figea lorsqu'il vit que son adversaire n'avait pas attendu pour en encocher une autre et le menacer avec.
— Je planterai la suivante entre tes yeux si tu fais un pas de plus.
A cet instant, le collier de la jeune fille scintilla en plus de la brûler légèrement. Par instinct elle tressailli et le prit entre ses doigts pour l'empêcher de la brûler trop fort. Son geste vif déconcentra Maglor une seconde et Faegmôr profita de cet instant d'inattention pour se jeter sur eux. A la dernière seconde, Elaiano releva les yeux et le vit. Aussitôt elle s'agrippa au fëanorion et Voyagea l'emportant avec elle. Ils eurent à peine atterrit dans les bois de la Lothlorien, que la jeune fille s'effondra en criant de douleur. Son pendentif scintillait de milles-feux et la brûlait en même temps. D'abord déboussolé par ce soudain changement de décor, Maglor mit un temps avant de comprendre qu'ils étaient en sécurité et que l'adolescente avait besoin d'aide. Il rangea aussitôt la flèche qu'il avait encoché, lâcha l'arc, et s'agenouilla auprès de la jeune fille se demandant ce qu'il pouvait faire pour l'aider. Il tentait d'arracher un morceau de sa tenue pour séparer l'objet bouillant de la peau de l'adolescente lorsque le collier s'éteignit et la respiration de l'elfe se calma. Elle se redressa presque instantanément et se massa le cou sur lequel une vilaine trace rougeâtre apparaissait. Sans prêter attention au fëanorion, elle tendit ses jambes devant elle et posa ses mains froides sur son genou gonflé en retenant un grognement de douleur.
— As-tu quelque chose de froid sur toi ? demanda-t-elle sans lever les yeux pour autant.
— Non.
Maglor cru comprendre que la blessée cherchait un prétexte pour ne pas avoir à lui expliquer son action irréfléchie, mais la réaction de la jeune fille le surprit.
— Je sais que tu penses que j'ai agit de façon stupide tout à l'heure. Inutile de me faire des remontrances, je m'en suis rendue compte toute seule.
— Je voulais juste savoir pourquoi.
— C'est évident, non ? répliqua-t-elle sans pour autant se tourner vers son interlocuteur.
Puis sans rien ajouter, elle se leva et tourna résolument le dos à l'elfe. Tout en douceur elle fit jouer sa jambe pour vérifier l'état de son genou.
— Elaiano ?
L'adolescente cessa de s'exercer mais ne se retourna pas pour autant.
— Pourquoi me tournes-tu le dos ? T'ai-je offensé ?
La jeune fille tourna légèrement la tête vers l'elfe sans pour autant le regarder.
— Non, ce n'est pas toi. Tu peux retourner combattre si tu veux, nous sommes à cinq minutes au Sud-Est de la lisière Nord. Mais je doute qu'il reste beaucoup d'ennemis.
— Je suis au courant pour Nenya, répliqua Maglor très calmement. Inutile de feindre l'ignorance, Galadriel m'a dit que tu étais au courant aussi. C'est grâce à cet Anneau qu'elle parvient à ''repousser'' les Orcs à chaque fois. C'est la troisième fois que je le vois en action, je sais très bien ce qu'il s'est passé. Mais cela me surprend que cela t'ai aussi atteint.
Elaiano marqua un temps de silence avant de lui avouer.
— Peu de personnes savent qui possède les trois anneaux qui ont été offert à notre peuple par…
— Celebrimbor, je sais, la coupa le fëanorion.
S'il était parfaitement conscient de l'ironie de la situation, il préférait que la jeune fille ne s'y attarde pas. Celle-ci sembla comprendre le message et passa directement à la partie qui intéressait son interlocuteur.
— Chacun des Cinq est relié aux Anneaux confiés à chaque race en quelque sorte. Si les autres l'étaient aux Nains et Hommes, celui-là l'est aux elfes. Ce qu'il s'est passé à l'instant est ce qu'il se produit dès lors que l'un d'eux se sert de son Anneau. Et c'est aussi à cause de cette ''connexion'' que le Seigneur Elrond a pu pratiquer une liaison lorsque tu m'as ramenée empoisonnée à Fondcombe.
Le souvenir des quelques jours de voyage intenses où l'adolescente s'était battue nuits et jours contre le poison qui envahissait son organisme revint en mémoire à Maglor. Même s'il ne savait pas de quoi elle parlait, la jeune fille semblait lui dire la vérité. Il suffisait d'entendre l'hésitation dans sa voix pour comprendre qu'elle avait longtemps gardé le secret, par choix, ou obligation.
— Si tu retournes te battre, tu pourras toujours les aider à achever les derniers Orcs. Je n'y retournerais pas, ajouta-t-elle pour changer de sujet. Sinon, je préfèrerais rester seule un instant.
Elle commença à s'éloigner pour ne pas devoir croiser le regard du fëanorion avant de s'arrêter.
— Au fait… merci d'être venu m'aider. Je ne m'en serais pas sortie toute seule.
Puis elle s'en alla sans mot dire. Maglor resta là au milieu des sous-bois hésitant. Elle venait clairement de lui demander de la laisser tranquille, mais au fond de lui il sentait qu'elle avait besoin d'être supportée. Mais par respect pour sa requête, il se détourna après s'être promis de retourner la voir dès qu'il pourrait. Tout en partant dans la direction qu'elle lui avait indiqué, il n'arrivait pas à se départir de l'impression qu'il avait manqué une information importante. Un détail lié à ce qu'il s'était passé pendant la bataille. Et Faegmôr devait, encore une fois, y être impliqué.
Son arrivée à la lisière de la forêt bien plus tôt que prévu interrompu le cours de ses pensées. Comme la jeune fille l'avait fait remarqué, les combats avaient cessés mais le fëanorion fut atterré lorsqu'il comprit que les Orcs avaient pénétrés bien plus profondément dans la forêt que prévu. Après tout, il n'était que peu resté dans les arbres et avait passé la majorité du conflit dans la mêlée à chercher désespérément Elaiano qui s'y était jeté tête la première. Sans perdre de temps, l'elfe s'avança entre les nombreux troncs d'arbres et arbustes déchiquetés par la violence des combats, et enjamba tant bien que mal ceux qui avaient été abattus. Aucun endroit n'avait été épargné, et des traces plus ou moins macabres marquaient les lieux. Si au pied d'un buisson, un cadavre d'Orc encore chaud avait été abandonné, d'autres espaces plus larges avaient été aménagés pour accueillir les blessés, notamment les plus graves et qui nécessitaient de soins les plus urgent. Maglor s'empressa d'aider un Galadhrim à porter son ami blessé à la jambe avant de quitter les abords de la forêt et partir à la recherche d'autres blessés ou survivants.
Il ne sut combien de personnes il porta et pansa pour ralentir le flot de sang. Ni même combien de cadavre il découvrit, coincés sous des Orcs ou empalés sur des lances ou des épées de tout genre. Il tenta même de sauver certains soldats mais beaucoup trop moururent dans ses bras. Mais aucun elfe avec qui il échangea quelques mots, ni même croisa ne lui adressa l'habituel regard mauvais dont il était normalement adressé dès lors qu'il se trouvait en public. Et il ne s'agissait pas non plus de remerciements, il s'aperçu que les Galadhrims appréciaient son geste. Amèrement, il comprit que parfois seul des batailles permettaient d'oublier temporairement les ressentiments car tous étaient concentrés sur une seule tâche. Défendre ce qui était sien. Aujourd'hui ils avaient défendus les bois de la Lothlorien et c'était ensemble qu'ils avaient vaincus. Et cela comptait beaucoup aux yeux de tous. Maglor aida un dernier groupe à dégager le corps d'un blessé grave et à le porter jusqu'au campement de fortune aménagé non loin du champ de bataille avant de s'écarter pour se poser un instant. La situation lui rappelait désagréablement d'autres batailles qu'il avait mené par le passé, et qu'il aurait préféré oublier. Ce fut étrangement le moment que choisit le Seigneur Celeborn pour paraitre à son côté. C'était lui qui avait mené la seconde vague d'assaut qui s'en était prise aux Orcs dès qu'ils avaient pénétrés dans la forêt. Ses vêtements et son armures maculés de sang tranchaient avec ses cheveux argentés et son visage calme, mais Maglor savait que derrière son apparence sereine, le Seigneur des Galadhrims était un bretteur hors pair pour avoir déjà croisé le fer avec lui, en des temps lointains et en des circonstances très différentes. Et si Celeborn ne lui avait jamais pardonné à ses frères et lui d'avoir attaqué à deux reprises les siens, il semblait avoir accepté le fait que le fëanorion regrette ses actes passés.
— Elaiano est-elle sauve ? Je l'ai vue foncer dans la mêlée, demanda-t-il d'un ton voulu égal.
Maglor prit d'abord le temps de réfléchir avant de répondre, choisissant ses mots avec soin car la tension du père était palpable et son apparent calme n'était qu'une façade.
— Elle n'a aucune blessure physique grave.
Un silence désagréable tomba entre eux, chacun étant parfaitement conscient du sens des paroles du fils de Fëanor. Sa réponse avait été très précise, même trop car elle omettait un point pourtant primordial. Son esprit. Les deux elfes savaient que la jeune fille avait été fortement ébranlée par la trahison du Maia d'Irmo, et même si elle tentait de l'ignorer, aucun d'eux n'ignorait le fait qu'elle ne parvenait pas à accepter ce qui s'était passé.
— Il est venu, n'est-ce pas ? reprit Celeborn.
— Il a tenté de l'attirer en dehors de la forêt et à l'isoler.
— Il semblerait qu'il ait réussi.
— En effet. Mais je croyais que Faegmôr chercherait plutôt à reprendre le contrôle, mais de ce que j'en ai vu, ses intentions étaient tout autres. Il s'en est fallu de peu.
Le Seigneur des Galadhrims marqua un temps pour assimiler l'information consternante que venait de lui délivrer son interlocuteur. Une nouvelle menace latente planait à présent au-dessus de la tête de la jeune fille, et il ne fallait pas la prendre à la légère. Puis d'un ton parfaitement contrôlé malgré le sous-entendu lourd de sens que cela signifiait, Celeborn fit :
— Nous ne pouvons pas changer le passé. Quel qu'il soit. C'est à nous d'éviter que des erreur passées ne se reproduise. Allez parler à Elaiano et gardez un œil sur elle. Je crains que vous soyez le seul qu'elle écoute.
Sur ces paroles, l'elfe salua Maglor puis se dirigea vers les commandants de l'armée qui s'étaient regroupés pour lui apporter des nouvelles de l'autre front, ainsi que l'état de la situation. De son côté, le fëanorion resta pensif. Il ne s'était pas attendu à ce que le propre père d'Elaiano lui donne sa confiance pour la protéger. C'était sa manière de lui faire comprendre qu'il était le seul à pouvoir faire entendre raison à la jeune fille. Mais surtout en faisant allusion aux erreurs du passé, il signifiait clairement qu'il lui accordait une seconde chance.
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Petit point d'elfique : en sindarin "Nan eryn" signifie en gros "vers la forêt".
Sinon, vous aurez sans doute remarqué que ce chapitre tourne presque exclusivement autour du point de vu de Maglor au lieu d'Elaiano comme d'habitude. Ce chapitre tout particulier aura surtout eu pour intérêt d'éviter des longs paragraphes de discours rapporté ce qui aurait été des plus ennuyeux surtout que vous allez vite comprendre que la situation ne s'y prêtera PAS DU TOUT. Il y a aussi d'autres petites raisons que je ne vous communiquerais pas. D'ailleurs si vous n'avez pas compris, les sous-entendus de la conversation entre Celeborn et Maglor (ce qui est tout à fait compréhensible car il s'agit là de références aux évènements du Premier Age relatés dans le Silmarillion) n'hésitez pas à me demander.
Enfin bref j'espère que ce petit aparté avec Maglor ne vous aura pas embêté. J'espère que le chapitre vous a plu et à la prochaine !
