Chapitre 66 : Le Rituel de Sang
« Arya ?! »
La jeune fille leva la tête et fixa son frère attaché à la statue mortuaire au-dessus de la tombe de Jedusor Senior. Il y avait une lueur de trahison dans son regard, une lueur qui se transformait peu à peu en colère. Elle déglutit. Elle détourna son regard pour fixer l'être qu'elle tenait dans ses bras.
« Ce sera douloureux, » dit-elle. « Es-tu prêt ? »
« Je le suis, » répondit Tom.
Elle agita sa baguette et alluma le feu sous le chaudron. La potion se mit à bouillonner rapidement. Elle ôta les couvertures et laissa tomber le corps dans le chaudron, l'immergeant totalement. Elle l'entendit tomber dans le fond. Elle ne devait pas traîner pour éviter qu'il se noie lors du rituel.
Elle agita sa baguette en direction de la tombe du père de son ami et protecteur.
« Que les ossements du père, donnés en toute ignorance, fassent renaître le fils ! » dit-elle d'une voix assurée.
Il y eut un léger grincement et de la terre, quelques poussières et une tête de fémur sortit pour voler vers le chaudron. Le liquide couleur diamant prit une teinte bleue, aussi pur que le lapis lazuli. Queudver s'avança ensuite vers elle, légèrement en tremblant, et tendit le bras au-dessus du chaudron. Il tenait un couteau dans l'autre.
« Que la chair du serviteur donnée volontairement fasse revivre son maître. »
L'homme trancha son poignet d'un geste vif. Le sang coula et la main tomba dans le liquide fumant, lui donnant une teinte mauve. Chiara agita simplement la main pour réduire l'afflux de sang qui coulait de la plaie du Maraudeur et lui tendit une potion contre la douleur qu'elle avait prévue. Il la remercia d'un hochement de tête et l'avala rapidement avant de marcher vers Ezéquiel.
« Que le sang de l'ennemi, pris par la force, ressuscite celui qui le combat, » dit-elle ensuite.
Queudver entailla le poignet d'Ezéquiel et revint à hauteur du chaudron. Il agita doucement la lame pour déverser les quelques gouttes dans le liquide qui devint peu à peu aussi blanc que le lait. Chiara porta ensuite la main à ses cheveux et en arracha une mèche.
« Que les cheveux de l'alliée, offerts avec amour, accorde une enveloppe charnelle à l'ami de longue date. »
Elle jeta la mèche dans le chaudron et recula de quelques pas. Elle avait fait ce pourquoi elle était là. De la fumée s'éleva, tellement épaisse qu'on ne pouvait rien voir au travers, et se répandit tout autour de la zone du chaudron. Par respect, la jeune fille détourna le regard quand Queudver apporta une robe et laissa ainsi à Tom son intimité.
Elle sentit soudain une main douce sur son épaule et elle se tourna. Elle vit le mage noir pour la première fois. Il ressemblait en tous points à la forme qu'il prenait dans son esprit. Des cheveux bruns légèrement grisonnants, des yeux chocolat avec une légère lueur rougeâtre, assez grand, un visage anguleux avec des pommettes saillantes. Et un sourire sur son visage.
« Bonsoir, Tom, » dit-elle avec un sourire. « Alors ? Est-ce à ta convenance ? »
« C'est parfait, » répondit-il en examinant sa main, pliant et dépliant ses doigts. « Je n'espérais pas autant. Tu es vraiment douée. »
« Tu es une traitresse, Arya ! » cracha Ezequiel.
La jeune fille fixa son frère dans les yeux et fit de son mieux pour dissimuler sa peine derrière un masque impassible. Elle sentit la pression sur son épaule, rassurante.
« Tu te trompes, Ezequiel Potter, » fit Tom en approchant du Gryffondor. « Chiara n'est pas une traîtresse. Elle fait juste ce qu'il lui semble juste. »
« Vous ramenez à la vie n'a rien de juste ! »
« Vraiment ? Parce que suivre Dumbledore ça l'est peut-être ? » rétorqua froidement le mage noir. « Certes j'ai commis des horreurs dans ma vie, je ne le cache pas. Mais je n'ai toujours eu qu'un seul objectif : préserver la magie, la sauver de ce que vous autres ignorants. Elle se meure sans que personne ne lève le petit doigt pour elle ! »
« Et quand vous vous en rendrez compte, il sera trop tard, » termina la jeune Snape d'une voix calme et contrôlée. « La magie aura tout simplement disparu et le monde dépérira sans possibilité de le sauver. »
« Et puis, Potter, dis-moi pourquoi elle vous suivrait avec tout ce qu'elle a enduré à cause de vous ? » continua le mage noir en se rapprochant de l'adolescent. « Certes j'ai ma part de responsabilité dans tout cela mais je ne l'ai pas fait souffrir autant que ton père ou ton oncle ! Je ne lui ai pas arraché son avenir, je ne lui ai pas arraché sa santé, je ne lui ai pas arraché sa famille de cœur, je ne lui ai pas arraché son familier. » Il n'était plus qu'à quelques centimètres d'Ezéquiel et pointait un doigt devant lui. « Je ne l'ai obligée à rien du tout, contrairement à ton père ! »
« Vous devez bien l'avoir ensorcelée pour qu'elle vous ramène à la vie. »
« Je l'ai fait en toute connaissance de cause, Ezequiel, » rétorqua Chiara en approchant à son tour. « Et j'ai travaillé sur base des travaux de mon père. » Elle soupira. « Ecoute … Cela te dépasse complètement. Tu ne peux pas comprendre. Pourtant tu sais tout ce que tu as à savoir, je t'ai fourni toutes les clefs pour me comprendre. Tom n'est pas le monstre dans l'histoire mais bien Lord Potter et Dumbledore. Ce sont eux les coupables. Ils ont toujours été coupables. Tous les deux. Dumbledore est même à la limite d'être un meurtrier. »
« En fait, il l'est, » corrigea Tom. « Enfin, c'est ambigu. »
« Comment ça ? »
« Ariana Dumbledore… la sœur du directeur. Elle est morte en ayant reçu un sort. Sauf qu'on ne sait pas trop qui l'a lancé entre Grindelwald et Dumbledore. »
« Je doute que Mr Grindelwald ai pu faire une chose pareille, franchement, » répliqua la jeune fille. « C'est un elfe. Il respecte bien trop la vie pour la détruire. »
« Il n'empêche qu'il n'y a aucun témoin de la scène si ce n'est eux. C'est pourquoi c'est ambigu. Cela reste un sort perdu… »
Il retourna auprès de la jeune fille.
« Nous allons partir, Chiara. As-tu une idée particulière pour ton frère ? »
« Ne le tuons pas, » répondit-elle en s'avançant vers le Gryffondor. « Est-ce que je peux rester seule avec lui un moment ? »
« Bien sûr, » fit le mage noir. « Mais sois brève. Nous avons beaucoup de choses à faire. »
Il ordonna à Nagini de rester auprès d'elle pour la protéger et s'écarta avec son Mangemort, Queudver. Il nota immédiatement que ce dernier tremblait encore un peu, tenant son moignon contre sa poitrine.
« Donne-moi ma baguette, » lui dit-il simplement.
L'homme s'exécuta sur le champ. Tom sourit en sentant le bois chauffer doucement sous ses doigts. Sa baguette en bois d'if l'avait manqué. Il se sentait à nouveau complet. Enfin… plus ou moins.
Il l'agita au-dessus du bras de son serviteur et une main d'argent poussa, remplaçant ainsi le membre manquant.
« Merci, Maître, » fit Queudver, admiratif. « Merci. »
Le Seigneur des Ténèbres écarta ses remerciements d'un geste et porta son regard sur la jeune fille qui se tenait maintenant à plus d'une trentaine de mètres de lui. Il était hors de question qu'il la perde de vue. Elle était bien trop précieuse pour plus d'une raison et le fait qu'elle était son horcruxe ne figurait même pas en tête de liste. Ce n'était que secondaire à ses yeux. Il l'aimait vraiment et méritait qu'on se sacrifie pour elle.
Pendant ce temps, Chiara fixa son frère avec tristesse, supportant son regard accusateur et colérique avec courage.
« Ezequiel, je ne t'ai pas trahie, » dit-elle en glissa une main sur son visage. « Je n'aurais pas pu. Mais toi tu es trahi par ta propre famille. Tes parents t'ont trahi dès le jour où ils nous ont séparés. » Elle inspira profondément. « Tu sais, avant je te détestais vraiment. J'aurais pu faire le rituel seule sans le moindre problème. J'aurais donné ma chair et ton sang sans la moindre hésitation. Pourtant, depuis quelques temps, depuis la première tâche en fait, j'ai commencé à t'apprécier. »
Elle le fixa dans les yeux.
« On est des frères, des jumeaux, nos magies sont complémentaires, même si tu ne le sens pas encore. Tu n'as pas reçu l'enseignement pour t'ouvrir à ta magie et l'écouter te parler, te murmurer la vérité. Moi, je l'entends et j'ai très bien compris que tu as cherché à me connaître parce que tu le voulais et non parce que ton père te l'a ordonné. Tu as cherché à me faire plaisir parce que ton cœur te le dictait et tu as même défié par moments, l'autorité de Lord Potter pour moi en jouant un peu sur les mots ou en profitant de la situation comme l'aurait fait n'importe quel Serpentard. »
« Je ne suis pas un Serpentard ! »
« C'est là que tu te trompes. » Il fronça les sourcils. « Avec Tom, ton père, toi et moi sommes les derniers descendants directs de Salazar Serpentard. A la seule différence que les Potter ont également parmi leurs ancêtres Godric Gryffondor. Nous avons nos places dans les deux maisons. »
Elle sortit sa baguette et la tourna entre ses doigts.
« Quand tu retourneras à Poudlard, écoute uniquement ce que ton cœur et ta magie te dicteront de faire et non ce que deux manipulateurs voudront que tu fasses. Et crois-moi quand je te dis que ton père est un vil manipulateur. Il a fait des choses impardonnables et il en fait encore ! »
« Et notre mère ? »
« Je ne peux pas me prononcer pour elle. Pas encore. »
« Pourquoi ? »
« Je te laisse le soin de le découvrir. Je t'ai laissé tout ce qu'il faut pour cela. »
Elle pointa ensuite sa baguette vers son frère.
« Qu'est-ce que tu vas me faire ? »
« Je ne veux pas te faire de mal, Ezequiel. Je vais juste t'endormir. Quand tu te réveilleras, tu seras libre de partir. Tu n'auras qu'à reprendre le portoloin, il te ramènera à Poudlard. » Elle inspira encore une fois pour retenir ses sanglots dans sa gorge. « Même si les apparences ne jouent pas en ma faveur, sache que je t'aime Ezequiel. Et je suis sincèrement désolée de te paraitre ainsi telle une traitresse. Mais une fois encore, je te l'assure, je te le jure même ! Moi, Chiara Eileen Snape, je jure sur ma magie de ne pas avoir trahi mon frère Ezequiel Charlus Potter. Au revoir, mon frère. »
Elle lança son sortilège en informulé et le Gryffondor s'endormit. Elle le libéra et l'allongea doucement sur le sol. Elle soigna son bras sommairement et le laissa là. Elle tendit ensuite le bras vers son familier qui s'était glissée jusqu'à elle, ainsi que Nagini et les emmena avec elle. Tom lui sourit doucement et récupéra son propre familier avant de tendre les bras et de les transplaner tous, Queudver, la jeune fille et lui pour un lieu inconnu.
Là, le mage noir libéra son serviteur et conduisit sa protégée à l'intérieur de la bâtisse qui ressemblait pour beaucoup à un château.
« Où sommes-nous ? » demanda-t-elle.
« Dans le nord de l'Ecosse, dans la demeure ancestrale de la famille Serpentard. J'ai pu la retrouver quelques temps avant que je … fasse de ta vie un enfer. »
« Oh… »
« Est-ce que tu vas bien ? »
« Je suis triste, un peu blessée psychologiquement aussi. Mais je savais à quoi m'attendre. »
Tom la conduisit à travers un dédale de couloirs qui avaient besoin d'être rafraichis, jusqu'à une porte.
« Ce seront tes quartiers, » dit-il en l'ouvrant. « Les miens sont juste de l'autre côté. Pardonne-moi pour l'état des lieux mais personne n'a vécu ici depuis des siècles. »
« Ce n'est pas grave. Je préfère être libre dans un taudis plutôt qu'enfermée dans une prison dorée. Et cela n'a besoin qu'un bon coup de nettoyage. C'est parfait. Merci, Tom. »
« Si tu as besoin de parler ou même d'une épaule sur laquelle pleurer, je serais dans mes quartiers. N'ai pas peur de venir me déranger. »
« Merci mais… je voudrais être seule. »
« Bien sûr, Chiara. Tout ce que tu voudras, » fit le mage noir en la prenant dans ses bras. « Je ferais tout ce que tu voudras. »
« Tu sais que je pourrais te prendre au mot. »
« Oui, » sourit l'homme, ravi d'entendre un peu de malice dans la voix. « Mais je n'ai pas peur. »
« Tu devrais. »
« Je prends le risque avec plaisir, » dit-il simplement avant de lui baiser le front et de sortir pour la laisser seule avec ses pensées.
Pendant cet échange, les elfes avaient travaillé pour rendre la pièce habitable. Elle restait certes encore impersonnelle mais la jeune Snape aurait tout le temps de la décorer à sa guise le lendemain. Là, elle voulait juste se coucher. Et pleurer d'avoir perdu le frère qu'elle pensait avoir trouvé ces derniers mois. Peut-être reviendrait-il mais peut-être pas. Il ne tenait qu'à lui d'en décider.
Elle s'endormit, épuisée, entourée dans les anneaux protecteurs de Séphora.
